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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( présentation )
Livre d'Or du Mémorial de Ramatuelle - par Marie Gatard ( et sous sa direction )
 
  • Présentation
  • Avant-propos
  • Les Réseaux militaires

A la mémoire des membres des Services spéciaux morts pour la France pendant l'occupation allemande.

Des pages encore trop peu connues  de la Résistance française.. Ce très important travail réalisé par AASSDN et qui a nécessité de longues et difficiles recherches, est un recueil de témoignages et documents d'archives réunis pour retracer les circonstances de l'engagement patriotique, les activités dans la clandestinité, parfois la vie personnelle, et la fin tragique de ces héros discrets, morts pour notre liberté.

Ce sont près de 320 hommes et femmes, quels que soient leur âge ou profession d'origine et dont les noms sont gravés sur le Mémorial National de Ramatuelle.

Pour tous, s'inscrit là un magnifique et cruel destin.

 

« Il est une chose agréable à Dieu que d’honorer les morts et un enseignement utile aux hommes que de commémorer leurs sacrifices » ( Abbé LAPOUGE, aumônier de l’Amicale - Inauguration Ramatuelle le 3 mai 1959 )

 

Près de 320 noms de militaires et de civils morts pour la libération de la France sont gravés en lettres d'or sur le Mémorial de Ramatuelle.

Autant de noms, autant d'actions, d'abnégations, de drames, de conduites héroïques. Ils étaient âgés de 17 à 83 ans, comptaient 22 femmes dans leur rang, 50 d'entre eux avaient moins de 25 ans. De toutes les origines sociales, de toutes situations de famille, de toutes les professions, ils représentaient la diversité même de la population française.

Le colonel Paillole, qui fut le chef de nombre d'entre eux et l'initiateur de ce monument, heureux de voir se constituer ce Livre d'or, fut très ému devant les découvertes qu'il révélait sur le plan humain. "Pour moi, dit-il, c'est toute une époque qui revit là, avec ses jours éclatants et ses heures misérables. Pour nous tous c'est un hommage à ces agents occasionnels ou non, qui, sans en être toujours conscients, accomplissaient, leur devoir civique et national."

Ainsi le monument de Ramatuelle est une réponse irréfutable aux querelles partisanes qui peuvent encore - 60 ans après! - agiter quelques esprits. Ceux dont le nom est inscrit là sont morts uniquement pour avoir lutté contre l'occupant. Les Allemands eux-mêmes en attestent.

Le général Henri Navarre qui, avant et pendant la guerre de 39-40 fut le chef de la section allemande du S.R. et, à partir de 1943, le chef du Bureau de Sécurité Militaire Précurseur, ne cite-t-il pas, dans son livre Le Service de Renseignements , un rapport de la Gestapo où il est écrit: "Le Cinquième Bureau fut officiellement liquidé mais les officiers du S.R. demeurèrent en place en conservant toute leur énergie pour la continuation du combat.(...) L'activité d'espionnage fut poursuivie avec le même personnel et dans le même esprit antiallemand." Et aussi, ce rapport de l'Abwehrstelle (poste du S.R. allemand) de Paris du 28 novembre 1942: "Le contre-espionnage a permis... d'avoir des preuves certaines que le S.R. militaire français a continué, au cours des années 1940 à 1942, et en violation des conventions d'armistice, à faire de l'espionnage contre l'Allemagne, notamment contre les troupes d'occupation en territoire français occupé...

Le S.R. français a poursuivi son activité d'espionnage après le 11 novembre 1942." "Continuer le combat" était une expression particulièrement adaptée à ces services dont la lutte contre l'Allemagne était déjà avant la guerre la mission.

Pour les familles qui n'ont jamais vu revenir le leur, qui n'ont jamais eu un corps à ensevelir, ce monument est un lieu où se recueillir, en quelque sorte une sépulture, le tombeau des disparus.

Ramatuelle a été choisie pour des raisons historiques. En effet, là, au bout d'un parcours escarpé se trouve la Roche Escudelier. Une plaque y est apposée qui rappele: "Ici à partir de 1943, avec l'aide héroïque des sous-marins de la Marine Nationale et des résistants du maquis des Maures, les services de Sécurité Militaire SSM-TR ont maintenu la liaison par mer entre la Métropole opprimée et l'Afrique Française".

Au large du cap Camarat, sur le territoire de Ramatuelle, le glorieux sous-marin Casabianca , commandé par le capitaine de frégate L'Herminier, qui s'était évadé lors du sabordage de la flotte à Toulon, ainsi que la Perle, l'Aréthuse et le Marsouin menèrent des opérations clandestines périlleuses.

Pendant près d'un an, de février à novembre 1943, chaque mois, par des nuits sans lune, furent ainsi déposés et repris en France occupée les agents chargés de missions, tandis qu'à terre, la ferme de la famille Ottou assurait le relais avec l'aide des partisans locaux. (Certaines de ces opérations sont évoquées dans ce Livre d'or). C'est aussi dans cette commune, sur la plage de Pampelone, qu'ont débarqué les 15 et 16 août 1944 les premiers éléments des Services spéciaux accompagnant les grandes unités alliées et la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny. C'est enfin là, qu'est mort et inhumé Alphonse Alsfasser, venu d'A.F.N. pour une mission particulière de renseignements, tué le 26 novembre 1943 par une patrouille ennemie alors qu'il tentait, mission accomplie, de réembarquer sur le Casabianca., avec un groupe d'agents.

Comme sur le monument, les fiches biographiques sont présentées ici par ordre alphabétique. Si tous faisaient essentiellement partie des Services spéciaux, l'appartenance à divers réseaux souvent mentionnée est due aux liens établis par ces Services avec l'A.S., l'ORA, le B.C.R.A. et d'autres réseaux, comme Combat, Alliance, etc.

Bien que le nom de certains de ces hommes et femmes soit cité dans des livres d'Histoire ou apparaisse sur des plaques de lieux publics, leur histoire personnelle est très rarement connue, d'autant que les Services spéciaux auxquels ils appartenaient étaient plus que d'autres tenus au secret et que leurs membres sont restés peu diserts par-delà même la clandestinité.

De la plupart on savait très peu de choses, seulement parfois une date, un lieu. Pour réaliser ce Livre d'or, il a fallu consulter des archives, certaines déjà accessibles, d'autres tout juste ouvertes à la consultation, d'autres enfin à peine entrouvertes, pour lesquelles l'A.A.S.S.D.N. a obtenu des dérogations.

Citons: - aux Services Historiques de l'Armée de Terre, de la Marine, de l'Armée de l'Air et de la Gendarmerie: les dossiers des officiers, les archives dites "de Moscou", les archives des Services spéciaux d'Alger, qui ne sont encore que partiellement exploitables; - au Bureau Résistance: les dossiers administratifs des résistants et des réseaux, où les familles ont parfois laissé des documents personnels précieux; - aux Archives Nationales: notamment les archives judiciaires allemandes; - auprès des mairies des lieux de naissance des intéressés: des précisions d'état civil, des lieux de mort et de mémoire. Des livres et revues ont également été consultés, des documents directement communiqués par des familles, ainsi que le résultat de recherches, parfois approfondies, faites par des proches.

Toutes ces références figurent dans les fiches individuelles. Compte tenu de doutes que peuvent susciter certains documents allemands et d'imprécisions de certains témoignages ou de textes d'auteurs dont la fiabilité ne peut être garantie, la plus grande prudence a été observée. De plus, l'époque concernée, particulièrement trouble, ne permet pas toujours un éclairage sûr.

Cette collecte a abouti à un ensemble qui peut paraître disparate, tant par la longueur que par la teneur des fiches individuelles; ce qui a prévalu est le souci de faire figurer ce qui a été recueilli. Pour tous, un état civil a pu au moins être constitué. Pour certains, il n'a malheureusement été possible de n'ajouter que quelques lignes. Celles-ci pourront être complétées à mesure des découvertes ultérieures. Pour d'autres, des documents et des témoignages directs, parfois bouleversants, sont autant d'apports à l'histoire quotidienne des Services spéciaux de 1939 à 1945.

A travers l'histoire de chacun, ce Livre d'or évoque les rencontres, les recrutements, l'action clandestine, les liaisons avec Alger et Londres, les arrestations, les tortures, les camps.

Dans la clandestinité, la sécurité exigeant le cloisonnement, les groupes structurés étaient rares et très restreints, pourtant certains de ceux dont le nom figure ici ont opérés ensemble, été arrêtés ensemble, jugés ensemble et parfois sont morts ensemble. Ainsi les cinq jeunes femmes parachutées pour assurer des transmissions radio, ainsi les membres de la "mission Joie", les fusillés d'Armentières, ainsi l'équipe Esparre-Jeanne-Brunet du S.R. Air, ainsi l'ingénieur Keller et ses deux compagnons de l'extraordinaire "Source K", ainsi le groupe Morhange, ou encore le réseau Marco...

D'étonnantes figures surgissent de cette pierre de mémoire, avec toute leur humanité et leur courage. Ces volontaires , si humble ou éminente que soit leur condition, sont, à des titres divers, des êtres d'exception.

Puisse ce Livre d'or aider à faire sortir ces héros de l'ombre et les faire entrer dans l'Histoire.

Annexes: 1- Historique des Services spéciaux de 1940 à 1945 2- Carte de la France pendant l'occupation 3- Les bases de la procédure des tribunaux allemands 4- Une cellule de Fresnes (dessin de Claude Betsch) 5- Le train de la mort: schéma du parcours 6- "Nacht und Nebel Erlass" (directives "Nuit et Brouillard") 7- Carte des camps 8- Sources consultées

Les Services spéciaux de 1940 à 1945

Les T.R.

T.R. est le sigle donné au réseau clandestin de contre-espionnage issu de l'Armée le 1er juillet 1940 pour lutter contre les Services spéciaux de l'Axe. Cette appellation était celle d'une société civile de "Travaux Ruraux", société fictive et éphémère, créée pour camoufler l'existence et les premières actions du réseau clandestin.

Le siège social était situé villa Eole, boulevard de la Plage à Marseille. Après négociations, les autorités allemandes qui, bien sûr, interdisaient le maintien du service de C.E. de l'armée, dont l'action était orientée contre l'Allemagne et l'Italie, tolérèrent l'existence d'un Bureau (B.M.A.) chargé de garantir les unités et services de l'Armée d'armistice contre les menées dites antinationales.

Les T.R., se trouvaient donc en opposition avec cette règle et en contradiction avec la politique de collaboration. Ils devaient être officiellement homologués F.F.C. à daté du 1er septembre 1940 et déclarés unité combattante sous l'appellation S.S.M.F./T.R., regroupant les formations clandestines de sécurité et de contre-espionnage.

1ère phase : du 1er juillet 1940 au 31 mai 1942. Cette première phase a consisté a implanter le réseau, à reprendre en mains les correspondants ainsi que les agents et à engager, dès l'été 1940, l'action clandestine, sous le camouflage de l'entreprise des "Travaux Ruraux" et, à partir d'octobre 1940, sous la protection des B.M.A., seul organisme autorisé par les clauses d'armistice.

L'activité offensive se traduisit par une pénétration accrue de l'Abwehr (avec une douzaine d'agents), ce qui permit la mise à jour de son ordre de bataille et le recueil de renseignements sur les intentions de l'ennemi, renseignements qui allaient être transmis à l'I.S. (exemples: abandon de Seelowe, projet d'attaque de Gibraltar, attaque de l'U.R.S.S. en juin 1941).

L'activité défensive consista à: assurer la protection du S.R. et des mouvements de résistance; en laison avec le B.M.A., arrêter plus de 1.000 traitres et agents ennemis (30 exécutions) et effectuer environ 150 transferts en A.F.N.; opérer une répression sommaire (12 exécutions); faire obstacle à l'infiltration de l'Abwehr en A.F.N.

2me phase : du 31 mai 1942 à janvier 1943. Les services adverses ayant alors connaissance de l'activité et du siège des Travaux ruraux, il fallut en déménager le P.C., qui fut transféré dans la banlieue ouest de Marseille, et mettre les archives à l'abri. Le sigle T.R. fut cependant gardé.

La fin des B.M.A étant programmée pour août 1942, simultanément fut créé le S.S.M., confié au commandant Paillole, tandis que Lafont (alias Verneuil) devenait responsable des T.R , la direction S.M./T.R. étant reconstituée à Alger.

Des B.S.M. clandestins, sous la direction du général Navarre, furent progressivement implantés jusqu'en septembre 1943, et le commandant Paillole devait assumer, dès son arrivée à Alger début 1943, la direction de l'ensemble.

Le réseau T.R. fut renforcé par la création du T.R. 125 à Barcelone, et sa réorganisation générale fut la suivante: T.R. 112 fut supprimé et transféré à T.R. 113. T.R. 113 fut réuni avec T.R. 113 bis à Paris (Jansen). T.R. 114 passa sous la direction de Hurel T.R. 115 fut réuni avec 115 bis à Nice (Georges, Henri). T.R. 117 fut réuni avec 117 bis à Perpignan (Debré) Enfin, en 1941-1942, furent créés : le T.R. 119 à Alger (Germain), le T.R. 120 à Casablanca (Toussaint) et le T.R. 121 à Tunis (Richepin, Fontès).

La pénétration de l'Abwehr et du S.D. est accrue et l'ordre de bataille ennemi tenu à jour. Les liaisons radio, par voies maritimes, aériennes et terrestres avec Londres et Alger furent intensifiées. Cependant, la répression ennemie augmentait (accords Oberg, Bousquet), tandis qu'avait lieu un recours intensif aux mesures D (Morhange, Blémant, Thiry) et qu'un fichier spécial était constitué (mesure F). Une ligne directe fut instaurée entre l'I.S. et la D.S M. (radio "Cub-Minor") et des accords furent conclus entre Paul Paillole et Menzies (25/31 décembre 1942).

L'action défensive se poursuivt en métropole (environ 300 arrestations et 10 exécutions, dont 7 "mesure D", avec le groupe Morhange).

3me phase : de février 1943 au 8 mai 1945. Pour répondre aux découvertes faites par les Allemands, le T.R. ancien fut transformé en réseau "Fleurs" et le P.C. quitta Marseille pour Le Puy.

Un "T.R. Jeune" fut constitué et mis en place avec Vellaud, tandis que le S.S.M. clandestin se développait avec Henri Navarre. Les liaisons s'intensifièrent : maritimes à partir de la Provence et de Barcelone, aériennes avec Londres et Alger, terrestres par les filières de Saint Sébastien et de Barcelone, enfin radio.

A la fin de 1944 le bilan des laisons T.R.-S.S.M. clandestin était de: - 28 opérations maritimes (Corse, Provence, Espagne), - 16 opérations aériennes (Londres, Alger), - 36 postes radio en service avec Londres et Alger: plus de 3.000 messages échangés de 1942 à fin 1944.

"T.R. choc" fut créé, équipe qui, sous la direction du capitaine Boffy, devait être parachutée dans le Var avec les tout premiers éléments de la division aéroportée anglo-américaine.

"Force A" fut organisée, c'était, au sein de l'état-major d'Eisenhower, une unité dirigée par le général anglais Dudley Clark, où Américains, Anglais et Français bâtirent un plan de fausses nouvelles et mirent au point des moyens d'intoxication de l'ennemi.

Les agents français contribuèrent notamment aux opérations concernant les offensives sur la Tunisie, la Sicile et la Calabre, "Overlord" (débarquement en Normandie ) et Dragoon (débarquement en Provence).

"Fortitude", opération d'intoxication organisée par les Anglais et les Américains pour préparer le débarquement en Normandie, mise au point en novembre 1943, fut une des actions de la "Force A". Elle consista à faire croire aux Allemands, d'une part à un débarquement en Scandinavie, d'autre part que le débarquement en Normandie n'était qu'une manoeuvre de diversion destinée à masquer un débarquement dans le Pas-de-Calais. Fortitude allait contribuer de façon importante au déroulement des opérations en Normandie.

Au S.H.A.E.F. (Supreme Haedquarters of Allied Expedionary Forces), état-major d'Eisenhower, consacré à la préparation d'un débarquement outre-Manche) à Londres, Paul Paillole, du 5 mai au 15 juin 1944, aida à mettre au point les mesures de sécurité des débarquements et les opérations de libération, veilla aux effectifs nécessaires et à la préservation des archives (de juin 1944 à mai 1945 seront saisies celles de l'Abwehr, du S.D., de la Gestapo et de Rommel).

Enfin la souveraineté française en matière de sécurité et de contre-espionnage fut assurée (signature d'une convention Eisenhower-Direction S.M./T.R.).

Cependant l'activité défensive continuait à s'exercer en A.F.N. (759 arrestations, 150 exécutions) et en métropole (mesure D: 23 exécutions) et devait se poursuivre pendant les opérations de libération et après le 8 mai 1945, en liaison avec le S.S.M. (4. 589 arrestations dont 756 condamnations à mort).

 

Le S.R. Kléber

Kléber est le nom de code donné après l'invasion de la zone sud par la direction d'Alger à l'ensemble des éléments de recherche du renseignement du S.R. Guerre restant en France (en fait le réseau devait être homologué par la suite à dater de juillet 1940), soit au total une quinzaine de réseaux dont l'action s'étendait sur toute la France.

Son commandement avait été confié au lieutenant colonel Delor par le colonel Rivet partant pour Alger, puis il fut assuré, à partir de fin juin 1943, par le commandant Bertrand et, après l'arrestation de ce dernier, par le capitaine Lochard. Cette branche prendra au printemps 1944 l'appellation de Saturne.

En 1943, le S.R. Kléber comportait: - Une annexe à Paris (de l'ancien S.R. Guerre, poste 2), avec les réseaux Marco, Chabor, Gallien, Jean Messner, Berne-Bruno, Jérôme, Gérard, Cérès (qui avait pour mission de dresser l'ordre de bataille des unités formées de ressortissants russes), Coronel, Archevêque.

Certains de ces réseaux se regrouperont au sein du réseau Marco. - La branche de Lyon (issue du S.R. Guerre P4) qui prendra au printemps 1944 le nom de Uranus. - La branche de Marseille (issue du S.R. Guerre P5), qui prendra l'appellation de Eole, puis de Mercure, au cours de l'été 1944. - La branche de Toulouse (issue su S.R. Guerre P6), avec une zone d'activité élargie et qui deviendra Flore, puis Vénus l'été 1944.

 

Le S.R. Air

Lors de l'armistice de 1940, des aviateurs désireux de poursuivre la lutte et conscients de l'importance capitale de l'aviation dans l'issue de la guerre, se sont regroupés autour du colonel Georges Ronin qui était à la tête de la section Air du S.R. depuis 1936.

Celui-ci, dès fin 1940, installa son poste de commandement à Vichy. Le S.R. Air a alors entrepris la recherche et l'exploitation de renseignements concernant l'aviation au profit de la R.A.F., les Britanniques étant les seuls à permettre l'exploitation de renseignements dans des délais compatibles avec leur efficacité.

Henri Navarre dit que le colonel Ronin réussit à prendre un contact direct avec son homologue britannique et à noyauter les services d'écoute des P.T.T. Grâce à un ingénieur de l'armée de l'Air il put organiser un service de décryptage et une écoute des escadres allemandes.

Au moment de l'invasion de la Zone Sud, en novembre 1942, le S.R. Air effectua, comme le S.R. Guerre, un repli partiel sur l'A.F.N. Cependant, en France, à partir de ce moment, les réseaux constitués (Samson, François Villon) couvrirent tout le territoire. Leurs agents ne négligeant pas les renseignements susceptibles d'intéresser le S.R. Guerre, une collaboration s'établit, notamment avec les réseaux Gisèle, Lenoir, des Ministères, Albert-Arnaud et Aubray, ainsi qu'avec les T.R.

Le général Jean Bézy écrit (dans "Le S.R. Air"): "Le réseau François Villon transmit, dans la deuxième quinzaine de mai (1944), tout l'ordre de bataille de la Wehrmacht dans l'ouest et le sud de la France; ces renseignements rapidement exploités à Alger, firent l'objet d'un document remis par nos services au général De Gaulle lorsqu'il se rendit d'Alger à Londres le 3 juin juste avant le débarquement en Normandie.

Les réseaux Samson et S.R. Air Gervais avaient donné avant le débarquement une énorme moisson de renseignements sur les défenses de Normandie, Bretagne et côte Atlantique et sur l'ordre de bataille de la Luftwaffe; depuis plus d'un an et sur demande expresse de la R.A.F., ils avaient porté leur effort sur la localisation des radars ennemis et des rampes de V1 permettant ainsi leur neutralisation préalablement aux opérations de bombardement d'autres objectifs."

 

Le S.R. Marine

Au moment de la mobilisation, le S.R. Marine n'avait qu'un effectif réduit. Il devint le 5e Bureau des Forces Maritimes Françaises (F.M.F./5), sous les ordres de l'amiral Darlan.

Après la débâcle polonaise, le F.M.F./5 recueillit une partie du S.R. polonais, puis il fut supprimé le 27 juillet 1940. Enfin, en août 1941, il apparut, avec le S.R. Guerre et le S.R. Air, dans un ensemble réunifié sous le nom de "Centre d'Information Gouvernemental" (CIG).

En août 1942, fut créé un S.R. centralisé des trois armées, sous la direction du Cl Rivet. Mais quand, en novembre 1942, le S.R. Guerre et le S.R. Air se replièrent sur l'A.F.N. ou entrèrent dans la clandestinité, le S.R. Marine décida de se conformer aux ordres de l'amiral Darlan et fut en principe supprimé.

Cependant, certains de ses éléments continuaient à agir au sein du 2e Bureau Marine et à travailler avec le S.R. Guerre, avec pour objectifs prioritaires l'Allemagne et l'Italie. Il s'agissait là d'initiatives individuelles.

A la fin de la campagne de Tunisie (mai 1942), dans le cadre de la "Direction des Services de Renseignements et de Sécurité Militaires" (D.S.R.-S.M.), créée à Alger le 14 novembre 1942 et réunissant les trois armées, le S.R. Marine était aux ordres du capitaine de corvette Trautmann.

Le poste de Casablanca avait été très tôt renforcé. A Berne, le poste "Bruno-Marine" eut une grande activité de novembre 1942 à la fin de la guerre. Bien que basé en Suisse, les renseignements "marine" qu'il fournit furent très utiles aux états-majors navals alliés (situation permanente des sous-marins allemands, activité des bases en Baltique et en Norvège, des ports français de Nice à Dunkerque, de la marine italienne).

Deux réseaux de l'ancien S.R. Marine s'étaient maintenus sur les côtes de Provence et du golfe du Lion et les renseignements qu'ils fournirent furent profitables au débarquement d'août 1944.

Enfin, la participation des marins fut capitale pour les liaisons maritimes clandestines entre Alger et la France ( "missions Tube", en particulier rôle essentiel du sous-marin "Casabianca").

Le S.R. Marine eut une action directe lors du débarquement en Provence: sept officiers et dix gradés furent parachutés en France en juillet 1944 pour s'opposer à certains sabotages prévisibles. Sur la côte méditerranéenne, avec l'aide de contacts établis, ils parvinrent à désamorcer des engins destinés à rendre le port de Sète inutilisable, à préserver des emplacements d'accostage à Port-de-Bouc et à Marseille, à détruire des radars de surveillance de zones d'atterrissage.

Au moment du débarquement, une action psychologique du S.R. Marine permit de rallier de nombreuses petites unités.

 

Les agents des Services spéciaux

P.O. : agent occasionnel. P.1. : agent permanent non rétribué. P.2. : agent permanent rétribué. W : agent de pénétration infiltré dans le service de renseignement adverse. W 2 : agent recruté par le service de renseignement adverse et retourné au profit du S.R. français. H.C. : "Honorable Correspondant", personne qui, du fait de sa position, était en mesure de rendre des services au S.R. français (bénévole).

 

Les effectifs

Les effectifs des réseaux ayant appartenu à l'ensemble de ces services secrets sont, d'après Henri Navarre, approximativement les suivants à l'issue du conflit:

S.R. Guerre

3.514

dont Branche "Renseignement" S.R. Kléber

1.879  

dont Réseaux annexes (ayant travaillé pour le S.R. Guerre)

361  

dont Branche "Contre-espionnage" Réseau S.S.M.F./T.R.

(*)1.274  

S.R. Air

407

S.R. Marine

220

Total Services secrets militaires

4.141

(*) D'après le Colonel Paillole, le total des agents et cadres des réseaux S.S.M./T.R. homologués en 1950 est de 1.683 (nombre inférieur à la réalité, des homologations tardives ayant eu lieu après cette date). Le pourcentage des victimes est légèrement inférieur à 20%.

Pour l'ensemble des Services, les pertes officielles subies sont en dessous de la vérité, aussi la liste qui figure à Ramatuelle sera-t-elle encore à compléter à mesure des recherches faites pour honorer la mémoire de tous leurs héros.

 

 

 

 
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