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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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PAGES D'HISTOIRE & " Sacrée vérité "
DE L’ARMISTICE A LA VICTOIRE " - Large historique de ce qui fut NOTRE COMBAT "
 

Article paru dans le Bulletin N° 1 - avril/mai 1954

 

par le Colonel Paul PAILLOLE, Président national fondateur

Dès l'ouverture de la séance de la 1ère Assemblée Générale, le Colonel PAILLOLE, après avoir "présenté" les membres du Bureau provisoire, a fait un large historique de ce qui fut NOTRE COMBAT.

Nous sommes certains de répondre à un voeu unanime en ouvrant ce Bulletin par de larges extraits de cette allocution.

Le Général RIVET a bien voulu accepter la Présidence d'Honneur de notre Association. Je lui en exprime toute notre déférente gratitude.

En lui proposant cette charge, votre Bureau Provisoire a pensé que nulle autre personnalité ne pouvait mieux synthétiser l'esprit de l'Amicale et unir ses adhérents.

Le Général RIVET a consacré plus d'un quart de siècle au même combat que nous.

Bien avant la Défaite, il nous a montré le chemin de l'Honneur et de la Résistance.

Il représente beaucoup plus que la saine tradition d'un passé sur lequel on néglige trop souvent de méditer.

Mon Général, si vous êtes aimé et respecté de tous, c'est que nous trouvons en vous ce que, trop souvent, nous cherchons vainement hors de vous : la sérénité et la sûreté du jugement, la générosité du coeur, l'esprit distingué, ouvert à tout ce qui est bien, et par-dessus tout ce sens mesuré du Devoir et du Patriotisme de bon aloi. Entre la modestie, la dignité de votre comportement permanent, et les bruyantes démonstrations des "vocations tardives", nous avons fait un choix. (vifs applaudissements)

"L'Assemblée ratifie à mains levées la décision de son Bureau Provisoire et confirme la désignation du Général RIVET comme Président d'Honneur de l'Amicale".

Le Général NAVARRE, Commandant en Chef en INDOCHINE, est notre 2ème Président d'Honneur. Il fut le Chef prestigieux du S.S.M. précurseur en France en 1943 et 1944.
Il nous a fortement encouragé pour la création de cette Amicale. Tout récemment, en me retournant son pouvoir pour 1ère élection du Conseil d'Administration, il m’écrivait  " Évidemment, je ne pourrai pas venir: mais je serai de coeur avec vous" .

Une fois de plus, dans une situation difficile pour la France, le Général NAVARRE fait face à ses responsabilités avec son impressionnante lucidité et son sens aigu de l'action.
Sa présence en INDOCHINE signifie que rien ne sera négligé pour arriver à une solution militaire intelligente et honorable (vifs applaudissements)

Je reçois, à l'instant, ce télégramme de SAÏGON
"De la part du Colonel MADRE, Chef du Service de Sécurité de la Défense Nationale - Les Anciens du SSM/TR actuellement en Indochine, s'associent avec moi aux camarades réunis ce soir à Paris et regrettant de ne pouvoir se joindre à eux, leur adressent leur très cordial souvenir". (applaudissements)

Après vous avoir présenté vos deux Présidents d'Honneur, j'ai hésité sur l'opportunité d'aller plus avant et de vous présenter individuellement.
La tentation était forte :
Toute l'histoire du service et quelle Histoire ,..,,

Et puis cela m'eut permis de vous remercier les uns après les autres d'être venus, en dépit de vos occupations et malgré les distances : comme Madame Denise LARROQUE qui détient sans doute le record puisqu'elle nous arrive de RABAT.
Le succès de cette réunion, notre nombre, m’interdit, à mon grand regret, cette façon de procéder.
Dois-je avouer aussi, à ma grande confusion, que si vos noms et vos mérites me sont connus pour la plupart, je vois certains d'entre vous pour la première fois.

Grandeur et servitude de nos services :
Il aura fallu dix ans pour soulever un coin du voile et donner visage à la Légende ;
Notre Passé, si riche en souvenirs, un peu mystérieux, n'est-ce pas lui qui nous rassemble et qu'il convient d'évoquer pour bien nous reconnaître ?

Mieux que cette présentation individuelle à laquelle je renonce, il doit relier les maillons de la chaîne, illustrer le nom et la place de chacun, nous guider enfin dans notre action au sein de l'Amicale.

Le 14 juin 1940, près d’Agen, dans la cour du Séminaire de Bon-Encontre, le 5ème Bureau de l'Etat-Major de l'Armée donnait naissance à l'organisation nouvelle du C.E. français.

Nous n'avons pas le mérite d'avoir choisi notre Destin, Le Devoir nous imposait de poursuivre notre mission.

Dans la France défaite, occupée, divisée, nous devions, plus que jamais, veiller au maintien de la notion de Trahison. Il fallait aussi chasser l'envahisseur, faire corps avec tous ceux - Alliés et Français - qui se fixaient pour but, la Libération du Territoire.

Ce fut un douloureux cas de conscience que de désigner les premiers éléments nécessaires à ce nouveau Service. Le personnel du 5éme Bureau, unanime, n'accepta de se disperser qu'avec la certitude d'être rappelé ou utilisé. Ai-je besoin de dire que tous ont fait leur devoir, avec cette abnégation et cette discrétion qui n'appartiennent qu'aux meilleurs serviteurs du Pays.

Émanation directe d'un service officiel des Menées Anti-nationales (M.A.), dont le Général d'ALES était le Chef, une organisation clandestine prenait désormais à son compte toutes les activités de Contre-espionnage interdites par la Convention d'Armistice,

La Direction du Génie Rural, au Ministère de l'Agriculture, acceptait de donner les premières couvertures à cet organisme qui prenait ostensiblement le nom d'Entreprise Générale de Travaux Ruraux (T.R.), Le siège social, fixé à Marseille, Villa Eole, portait le nom de "Cambronne", première manifestation extérieure de notre état d'esprit. Mr et Mme PFISTER en poussèrent les verrous sur des tonnes d'archives sauvées de la débâcle. Le T.R. allait grandir et prospérer sous l'aile des B.M.A. officiels.

Permettez-moi au passage de saluer les promoteurs de cette organisation ;

- Le Général RIVET, resté, dans les coulisses, le Chef de tous nos Services Spéciaux;
- Le Général d'ALES, cible évidente, et combien coriace pour un ennemi acharné. Chef respecté, aussi, couvrant toujours avec courage et sérénité les pires incartades d'un T.R. effréné et souvent encombrant.
Autour du Général d’ALES, installé à Royat (où veillait NICOLAS), un groupe de collaborateurs ardents, dominés par deux grandes figures :
- le colonel André SEROT, tué le 18 Septembre 1948 à Jérusalem aux côtés du Comte FOLKE-BERNADOTTE. SEROT, l'adversaire acharné des Services Spéciaux allemands, avait commencé depuis 15 ans ce combat qu'il avait désormais mission de poursuivre en veillant sur la Sécurité des Forces Aériennes, et plus tard, en partageant avec moi les responsabilités du C.E. français.
- le Commandant Jacques LAMBERT, tué sur le front des Vosges le 14 Novembre 1944. Intransigeant dans son patriotisme et dans sa conception du devoir, LAMBERT fut, dans le cadre du T.R., le créateur des Groupes d'Auto-Défense (G.A.D.), Avec DIONNE et HALLARD, il fut, dès 1941, à l'origine des premières organisations de Résistance de l'Armée.

Incrustés dans les circonscriptions militaires de l'Armée de l'Armistice, les Bureaux M.A. avaient pour charge principale d'exploiter les renseignements de C.E. recueillis le plus souvent par T.R., et de s'opposer, officiellement, aux entreprlses ennemies en zone libre.

De Juillet 1940 à Mars 1942, malgré la présence de l’ennemi :
- 800 arrestations,
- 400 condamnations, dont 50 à mort,
- 10 exécutions en France Métropolitaine,

La dissolution des B.M.A. exigée par les Allemands en Avril 1942, confirme leur efficacité.

Quant au Général d'ALES, pour avoir ainsi manœuvré……. il fut affecté à Limoges.

C'est par un extraordinaire désarroi moral que j'accueillis ces nouvelles, et l'annonce qu'il m'incombait désormais la charge de l'ensemble du C.R. français.

Dans son bureau de l'Hôtel Saint-Mart, le Général d'ALES s'efforçait vainement de me consoler en me prodiguant ses encouragements et ses conseils. A bout d'arguments et avisant une boîte à chaussures posée sur le couvercle d'une armoire métallique, il me dit .. "et puis, mon petit vieux, quand les papiers sont trop assommants (il usa d'un autre terme), vous avez la ressource de l’oubliette ... trois mois après, ils ont perdu leur virulence!".


De l’oubliette, les multiples injonctions de RAHN ou GEISSLER transmises par DARLAN ou LAVAL, tombaient comme feuilles mortes : .
- listes d'allemands "disparus" et recherchés.
- demandes d'explications sur des exécutions capitales, sur des découvertes de postes radios émetteurs, sur des installations de microphones, ,,...
- liste de 118 personnes arrêtées, et non retrouvées dans les prisons métropolitaines, etc. etc.

I1 y avait aussi quelques papiers de T.R, fulminant contre le Service Central : manque de fonds; manque de personnel: manque de matériel……

Je découvrais l'ampleur de ma tâche nouvelle et son vrai caractère; mais ma peine demeurait profonde.

Depuis près de deux ans, je m'étais habitué à cette sécurité que me conférait - et pour cause, et à quel prix - la présence du Général d’ALES.

Depuis près de deux ans, je m'étais identifié à T.R. , et passionné pour cette lutte clandestine qui nous menait au coeur de l'ennemi.

Certes, nos débuts n'avaient été ni faciles, ni de tout repos : j'entends encore les sarcasmes du Commandant GERARD-DUBOT devant la rusticité de notre encre sympathique et notre pénurie d'essence.

C'était l'époque où le S.R. allemand, conquérant, se croyait tout permis : SILBERSTEIN, arrêté, crachait sur des Officiers français; VAN DE CASTELLE, au grand désespoir de BLEMANT, nous tirait sa révérence déguisé en gendarme.

Epoque aussi où THIRY, voué à lui-même, se faisait aider pour porter ses valises d'explosifs, par un allemand complaisant.

La vérité est qu'il avait fallu créer des méthodes de travail nouvelles, dans un climat nouveau, avec un personnel d'autant plus réduit que nos ressources étaient faibles.

Si le système D n'avait pas existé, nous l'eussions inventé! L'essentiel de nos matériels et moyens financiers venait de nos raids sur l'ennemi. Il fallait bien se battre, puisque la lutte conditionnait notre existence:

Et puis , il faut le dire beaucoup de Services et d’Administrations hésitaient encore dans le choix de leur voie. Hors du personnel de l’ancien 5ème Bureau, il n'était pas toujours facile, en 1940, de trouver des patriotes convaincus de la nécessité de poursuivre !a lutte sur même plan que nous.

Malgré cela, un énorme travail avait été accompli. A Cambronne, d'où partaient les directives, des tonnes d'archives inutiles avaient été détruites, 60.000 fiches nouvelles avaient été exploitées …. je vois encore au soir de journées épuisantes, notre bon GIBOULOT aller s’ébrouer dans la mer sous l'oeil bienveillant de DOUARIN.

A Marseille GUIRAUD, à Lyon HUGON, à Toulouse d’HOFFELIZE, JOHANNES à Clermont, RIGAUD à Limoges, avaient ressaisi les meilleurs éléments de nos réseaux : DEHENNIN, HENGEN, YOUNG, LOMNITZ, SEGERS, d'autres que je n’ose nommer par souci de discrétion et parce que je connais leur modestie. J'en vois plusieurs dans la salle. Je pense aussi avec infiniment de respect au Colonel MANGES
qui, avant de mourir, nous consacra ses dernières forces, et nous confia un fils que l'ennemi devait abattre.

A ces premiers éléments auxquels nous ne témoignerons jamais assez notre reconnaissance, étaient venus s'adjoindre les postes d'Afrique, stimulés par NAVARRE, alors Chef du 2ème Bureau du Général WEYGAND à Alger. Puis de nombreux volontaires :
- des policiers qui, identifiant leur tâche à la nôtre, complétaient et appuyaient notre effort. J'évoque la mémoire du Commissaire MEME et celle du Commissaire BAUD, dont le patriotisme et le dévouement symbolisent pour nous le vrai visage de la Police Nationale;
- des gendarmes dont nous utilisions les courriers et un nombreux personnel. Le Colonel DAUBIGNEY et le Capitaine DELMAS, victimes l'un et l'autre de leur amour du Devoir, illustrent cet esprit de sacrifice, et cette tradition de l'Honneur, qui font de la Gendarmerie française l'auxiliaire traditionnel de nos Services;
- des patriotes, enfin, dont tout à l'heure, vous pourrez entendre l'impressionnant martyrologe.

L'ennemi, nous le sentions tous les jours davantage, était pris à la gorge, devancé dans ses entreprises, surpris par la vigueur et l'audace de certains de nos coups.

Je pense à l’oubliette du Général d'ALES:

Oui, je pleurais d'avoir à gravir un échelon qui m'éloignait de ce combat; de rompre le contact avec l'action.

J’ignorais à cet instant que j’allais réussir à arracher LAFFONT au Service de Renseignements et à en faire le Chef nouveau de T.R.:

Comme SEROT, il luttait contre l'allemand depuis plus de 15 ans. Son expérience était consacrée, sa technique solidement éprouvée, et son sens du C. E. établi par de multiples cas concrets.

Doué d'une exceptionnelle intuition, d'une fine psychologie, serviable et bon , VERNEUIL était le Chef prédestiné pour une organisation que les événements exigeaient chaque jour plus profonde et plus prudence.

En quelques semaines, il avait fait le tour de T.R. et il me confiait … « Avec ces gens-là, il peut arriver n`importe quoi, on s'en sortira toujours avec les Honneurs de la Guerre" .

La disparition du Général d’ALES et des B.M.A. découvrait dangereusement le T.R. au moment où la préparation d'opérations alliées, capitales pour l'avenir de la France et l'issue de la guerre impliquait une vigilance accrue et la neutralisation impitoyable de l'espionnage ennemi. Il devenait urgent de remettre en place un pare-éclat officiel, d'édifier un réseau de sécurité capable de fonctionner en toutes circonstances, et de protéger l'ensemble des activités de Défense Nationale.

Rassuré sur le sort de T.R. par la présence de VERNEUIL et la valeur de son personnel, je me consacrais à l'organisation de ce Service. J'eus la chance d'avoir autour de moi une étonnante équipe, admirablement animée par ce remarquable technicien qu'est André BONNEFOUS : le Capitaine HELIOT, fin et racé, travailleur
acharné en dépit de sa santé fragile qui ne lui permit pas de supporter les rigueurs de la déportation; le Capitaine DELMAS ; je vous ai déjà dit qu'il paya de sa vie son dévouement à la Patrie; SEROT, MAYEUR pour l'Armée de l'Air, le Frère De JONGLEZ chez les Marins… je ne peux les nommer tous et je m'en excuse.

Le 24 Août 1942, le Général REVERS et l'amiral BATTET nous permirent de rendre officielle la création du Service de Sécurité Militaire.
Je lis cet extrait d'un rapport de la Gestapo, signé de BICKLER, en date du 18 Juillet 1943 :
"Le 5ème Bureau fut dissout officiellement, mais le personnel demeura en place, en consacrant son énergie à la poursuite du combat. Dès le 25 Août 1940, une organisation appelée B.M.A.fut créée sous le prétexte officiel de combattre les Menées AntiNationales. L'activité d'espionnage fut poursuivie sous son couvert, dans le même esprit anti-allemand. La véritable activité du B.M.A. fut connue des Services du Reich; pour ces motifs, cette organisation fut dissoute.
"Le 24 Août 1942, elle fut remplacée par une organisation nouvelle du nom de Service de Sécurité Militaire (S.S.M.). Cette nouvelle création n'avait théoriquement que le pouvoir de combattre la désorganisation de l’Armée française, mais pratiquement, elle représente le véritable service de Contre-espionnage, qui ne fut installé qu'en partie au grand jour."
Les Services de Sécurité Terre, Air, Marine, étaient désormais unifiés, ils le sont encore. Enfin, nous jetions les bases d'une organisation spéciale pour l'Afrique, centralisée à Alger; la Direction en était confiée au Colonel CHRETIEN, d'accord en cela avec le Général SALAN, de la Direction des Troupes Coloniales.

Depuis 1939, nous acheminions sur Alger le double de tous les renseignements recueillis dans la Métropole.

Le personnel du S.S.M., pour la plupart issu des B.M.A. défunts, était très réduit mais de qualité.

Dans mon esprit, il devait à la fois assurer sa mission officielle, protéger le T.R., et fournir l'ossature du Service de Sécurité de la France Libérée.

Les consignes, en cas d'invasion, étaient de se terrer et d'observer, sans renseigner.

Je sais bien que cette mission, redoutable pour des hommes épris d'action, ne fut pas toujours suivie.

Je sais aussi, et je les en remercie, que des Officiers de Sécurité Militaire, comme du Service de Renseignements, emportés par leur élan patriotique et leur désir de lutte, vinrent épauler le T.R. d'une façon décisive : n'est-ce pas KESSLER ? N'est-ce pas les 2 MERCIER ?

Mais revenons au 25 Août 1942, jour historique qui avait vu rassemblé à Royat tous nos Chefs de postes et de services. Je savais l'état des préparatifs alliés en vue du débarquement en A.F,N.

I1 fallait aller vite, mettre chacun à sa place et assurer les liaisons entre nous.

Je demandais au Colonel ARNAUD et au Capitaine CLERY de nous équiper rapidement et de leur mieux en matériels modernes radio-émetteurs-récepteurs. Hélas, nous étions toujours réduits aux moyens volés aux Allemands et à quelques appareils anciens remis par les Anglais. La Gestapo pourchassait vigoureusement ces clandestins.

D'accord avec VERNEUIL, je faisais évacuer "Cambronne", repéré par l'ennemi. J'en profitais pour renforcer le T.R. par des Officiers de valeur comme BERNARD et MORANGE.

Organisation, équipement technique, déménagements, tout cela en même temps que l'intensification de notre mission répressive : c'était beaucoup.

Le 8 Novembre 1942 arriva, puis l'invasion de la zone libre.

Nous n'étions pas prêts : ….. ce qui aurait pu être fait dans un calme relatif, nous devions désormais l'entreprendre sous la menace constante de l'ennemi, la Métropole séparée du monde libre, le service coupé en deux.

En Afrique, après une brève période de rodage et de grincements, l'organisation connaissait son plein épanouissement : le S.S.M. s'étoffait et assurait la sécurité des opérations de Libération de l'A.F.N. Le T.R. poursuivait sa mission offensive hors d'Afrique. J'y reviendrai.

En France, une longue période de confusion succédait à l'occupation totale.

Ce n'est pas mon propos de l'analyser,

Je constate que nous étions livrés à nous-mêmes.

L'Armée sur laquelle nous nous étions toujours appuyés, était définitivement détruite.
Les liaisons sur lesquelles nous comptions, spécialement avec l'A.F.N étaient inexistantes. Notre valeureux SIMONIN, nuit et jour, appelait vainement Alger. Je n'ai jamais bien compris cette criminelle défaillance des ondes.

La leçon était dure :"Dans le monde, disait le monarque du Bon sens qu'était Louis XIV, les plus grandes affaires ne se font jamais que par les petites" .

Un soir, assis sur leur cantine, l'oeil mauvais, VERNEUIL et BONNEFOUS, furieux de notre impuissance, me sommèrent de me rendre à l'évidence.

C'était le 18 Novembre 1942, jour de mon anniversaire :
- pas de liaisons avec l'extérieur, et aucun espoir d'en établir par nos propres moyens.
- plus de Chefs dans la Métropole, les Généraux RIVET et RONIN étaient en A.F.N.
- plus d'argent;
- la Gestapo à nos trousses.

Le 28 Novembre 1942, je disais au revoir à VERNEUIL à Perpignan et quittai la France. Nous étions,l'un et l'autre, décidés à agir. A tout faire pour que le service vive et retrouve son efficacité.

Ma première victime fut LARQUIER. Mais il m'a pardonné, il a d'Auguste la clémence et la générosité. Je l'installai avec sa seule bonne volonté à Barcelone. Il reçut mission de rétablir les liaisons interrompues par l'arrivée de l'ennemi aux Pyrénées. Le Colonel MALAISE, Attaché de l'Air à Madrid, alerté à mon passage dans la capitale espagnole, lui fournit quelques moyens et un appui moral incontestable, que renforça ostensiblement Monseigneur BOYER- MAS.. Cela n'empêcha pas Auguste … sans ressources avouables, de passer un triste Noël en Catalogne. Peu de temps après, monsieur RAMONATXO, "TONTON", devait lui apporter une aide décisive, et ainsi s'établit en Espagne une base essentielle pour nous et qui, de surcroît, permit à l'effectif d'une véritable division d'élite de passer en A.F.N. Après avoir été aviateur, et avant de devenir cavalier de l'Arme Blindée, on vit LARQUIER se muer en marin et présider avec l'autorité d'un "rombier" à des opérations d'embarquement et de débarquement clandestines en rade de Barcelone.

Ma deuxième victime fut Michel THORAVAL.

Il était à Londres, impatient d'action. Je fus surpris de son air de jeunesse et de sa froide résolution.

Aujourd'hui encore, j'ai peine à croire qu'il a plus de 20 ans : une belle nuit de Janvier 1943, il descendait du ciel dans les bras de T.R.

Il avait de l’argent, des postes radios, des directives plein les poches.

Il établissait la première série de nos liaisons via Londres.

Ma troisième victime fut le Commandant LHERMINIER. I1 fallait à tous prix, établir des contacts sans intermédiaires entre la Métropole et Alger où j'étais arrivé enfin le 3 Janvier 1943. Depuis qu'il avait réussi à quitter Toulon avec le sous-marin "Casabianca", ce prestigieux marin n'avait cessé de prodiguer les preuves d'une surprenante audace et de son intérêt passionné pour les services secrets. Il venait d'établir plusieurs liaisons clandestines avec la Corse dans de remarquables conditions de sûreté.

Je le suppliai (pas bien longtemps) de déposer sur les côtes de France quelques camarades volontaires pour y effectuer des missions.

Le CASABIANCA partit avec son précieux chargement, sans autre indication que celles d'une carte marine. Grâce à T.R. 115, un débarquement catastrophique fut évité, in extremis, à l'embouchure du Loup (entre Cannes et Nice). CAILLOT, GUILLAUME, et leurs compagnons furent déposés au Cap Camarat et réalisèrent ainsi notre première liaison par tube.

Je ne veux mettre à mal la modestie de personne, mais je vous demande de réfléchir à ce que représente l’arrivée de nuit, sans réception, dans un site inconnu, infesté d'ennemis, avec comme bagages des postes radios, des codes, des armes, des fonds, les directives secrètes, des lettres pour des amis ou des parents cachés.

On aurait tort de chicaner CAILLOT pour quelques assiettes cassées ….

Je m'étends dangereusement pour la durée de ce qui ne doit être qu'une allocution, sur ces moments décisifs de la vie de notre Service,

Il était vraiment à un tournant décisif de son Histoire, et le rétablissement des liaisons conditionnait son existence. J’ajoute l'existence de beaucoup d’autres aussi : n'est-ce pas par nos 1iaisons que l’O.R.A., en particulier, pût nouer ses premiers contacts avec l'A.F.N.? Je pense au Colonel BONNOTAUX qui fut des nôtres à la naissance des B.M.A, et qui trouva une mort glorieuse en assurant ainsi la première mission de l'O.R.A. C'est aussi grâce à ces liaions que les Généraux CHOUTEAU, ZIEGLER (Directeur Général d’Air France), GRANIER, que Monique GIRAUD, que Madame De LATTRE de TASSIGNY purent rejoindre l’Afrique.

Nous ne témoignerons jamais assez de gratitude à ceux qui, sans défaillance, et, le plus souvent, sans aide, risquèrent ainsi leur vie.

Certain désormais d'agir dans le cadre des directives du Commandement, d'être entendu, d'être aidé, le T.R. métropolitain reprit une vigueur accrue. Son rendement devint rapidement d'une exceptionnelle valeur. Malgré les difficultés croissantes, malgré les rigueurs d'une répression impitoyable, il trouva encore la force de faciliter l'extension du S.S.M.précurseur, dont le rôle devait être décisif à la Libération.

Le 1er Octobre 1943, moins d'un an après l'occupation totale, nous pouvions dresser le bilan suivant :
- 10 postes S.M. précurseurs installés (dont Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Clermont-Ferrand, Limoges, etc.)
- 6 postes S.M. précurseurs sur le point de l'être à Lille, Nantes, Rouen, Tours, Le Mans, Montpellier. L'ensemble sous la Direction d'AUGUSTA : le Général NAVARRE.
- 12 postes T.R. groupés en 4 inspections couvraient la France entière (CAMELIA - Centre - PIVOINE - Nord - SOLEIL - Midi - et SOUCI - Lyon) sous les ordres de DAHLIA, VERNEUIL.

Les courriers arrivaient régulièrement à Alger :
- soit par tube (sous-marin) pendant les nuits sans lune,
- soit par l'Espagne où le sous-réseau GEDEON de Gilbert GETTEN centralisait les renseignements de nombreux postes et assurait des livraisons postales dignes des P.T.T. : - soit par pick-up (avion) pendant les nuits de pleine lune, - soit même, parfois, par valise via Lisbonne ou Berne.

Les liaisons radios fonctionnaient journellement, avec des fortunes diverses.

De leurs prisons même, nos camarades, indomptables, continuaient à renseigner ;
Les renseignements ainsi recueillis représentaient incontestablement la contribution la plus précise et la plus importante de l'ensemble des services français et alliés à la Sécurité des opérations militaires.
Pour vous en convaincre, s'il en est besoin, je vous donne lecture de cet extrait d'une lettre que m'adressait le Général CLARK le 1er Janvier 1944 :
. .. "je me rends parfaitement compte que nos heureux résultats sont dus au grand enthousiasme et à la grande habileté professionnelle dont votre nombreux personnel a fait preuve dans la poursuite de l'effort commun.
Il nous eut été impossible de mener à bien notre tâche sans l'aide si experte et si généreuse de vos services".

Le maintien des liaisons, vous l'avez compris, était vital. C'est cette impérieuse nécessité qui fut à la base de la création du T.R., dès Février 1943.

J’en définissais ainsi les missions dans une note adressée à VERNEUIL .
1°- Organiser les réceptions :
- accueil des camarades
- organisation matérielle des pick-up, parachutages, embarquements, débarquements (bateaux, sous-marins, etc.
2° - installer de nouvelles liaisons radios.
3°- Grouper et acheminer le courrier,
4° - Mission de C.E. en accord avec DAHLIA.

"La préparation du Jour J incombe à Monsieur VERNEUIL et tous les postes T.R. (jeunes et anciens) sont intégralement sous ses ordres à cet effet".
L'exécution de telles missions exigeait un personnel jeune ardent, ayant suivi les stages indispensables auprès des services alliés spécialisés (recherche des terrains, signalisation, codes de liaisons, réception, etc..,).
Je confiais ce service au Capitaine VELLAUD.

On imagine difficilement meilleur animateur que cet élégant chasseur, souriant, sympathique, à l'enthousiasme contagieux.

Il ignorait le danger, comme la limite de ses forces: Sur le chemin du sacrifice, son dernier message, écrit d'une main ferme, témoigne de la sérénité de sa mort et de l'élévation de son âme.

Plus de vingt missions T.R. jeunes furent de la sorte introduites en France et alimentées d'Alger : la plupart
spécialisées dans les liaisons terrestres et aériennes, 3 spécialisées dans les liaisons maritimes :

- LE HENAFF en Bretagne.
Certains d'entre vous se souviennent sans doute de ce jeune Enseigne de Vaisseau au visage pur et droit, qui eut le courage de recourir à la chirurgie esthétique pour se rendre méconnaissable.
Nous l'appelions FANFAN, sans doute parce qu'il avait la générosité et l'intrépide ardeur de Fanfan la Tulipe :
- LA VALLEE sur les côtes Atlantiques.
Merveilleux marin, calme, pondéré, droit, pures traditions françaises.
- AVALLART - Larva - sur la côte méditerranéenne,
Légionnaire farouche, intransigeant dans son patriotisme comme dans sa volonté d'agir.

Toutes ces équipes de jeunes se lancèrent dans la bataille avec une extraordinaire résolution. Les pertes attestent de l'intensité de la lutte :
L'HEUREUX et BELLET dans le Nord, De PEICH dans la zone sud et à Paris, CHAIGNEAU, De SEGUIER, HE USCH. ROUSSELIN, RAMBAUD, CORBUSIER, d'autres encore.

Tous rivalisèrent d'héroïsme avec leurs anciens du T.R. et emplirent magistralement leurs missions.

Dans cette épopée, les femmes donnaient l'exemple du courage et de l'esprit de sacrifice :

Combien de mères, d'épouses, de filles, de soeurs, ont douloureusement ressenti le poids de notre guerre, et supporté stoïquement les pires épreuves ?

J'en vois dans cette salle et je leur dis notre affection.

Ma pensée va aussi à Madame JOHANNES, dont le fils ne revint jamais, à Madame LUTTWIG, épouse et mère admirable, à Madame SEROT, déportée par représailles et dont l'état de santé ne lui a pas permis devenir ici aujourd'hui.

D'autres, emportées par un généreux enthousiasme, se mêlèrent à nos combats, certaines pour ne plus revenir: telles Marie-Louise CLOAREC, Eugénie DJEN'DI, Alice MARTIN, Juliette ROUX, Eugénie CLAUDEL, Pierrette LOUIN dont le visage enfantin cachait une volonté ardente.

Je m’incline aussi devant Madame CLAIR-DREYER, qui après avoir courageusement risqué sa propre vie pour la Libération de la France, vient de perdre son fils., en Indochine.

Je ne peux clore jette évocation de nos services métropolitains, sans saluer le magnifique réseau MORHANGE dont le jeune Chef TAILLANDIER, justicier implacable et redouté, tomba le 11 Juillet 1944 sous les balles allemandes.

Dans les territoires libérés depuis le 8 Novembre 1942 ( A.F.N., Corse, Italie, France), le S.S.M. constitué sur les bases définies le 24 Août 1942, assurait la sécurité des opérations.

S.S.M. territoriaux, S.S.F. d'armées, postes T.R. en Afrique ou à l’Etranger, étaient animés par le Service Central d'Alger que les événements développaient chaque jour :
- Recrutement et formation d'un personnel de plus en plus nombreux destiné à la Métropole, à l'Afrique et aux théâtres d'opérations (officiel et clandestin, notre service a atteint un effectif voisin de 1.500 non compris agents et correspondants).
- Recherche et exploitation rapide de tonnes de renseignements de toutes provenances (depuis la fusion avec le B.C.R.A, le système français des poids et mesures avait été adopté pour jauger le rendement des Services secrets).
- Création de services nouveaux adaptés aux fluctuations de la situation militaire
- S.M. de débarquements,
- T.R. opérationnels et bien entendu T.R. jeune,
- Sûreté aux Armées.

Ces créations imposaient aussi l'élaboration de toute une législation spéciale et d'archives particulières
- protection du secret, liaisons avec les Alliés;
- résolution de maints problèmes techniques, radios, voire même mécaniques, n'est-ce pas ROUGIER ?

Je passe sur les multiples occupations, hors service, que nous procurait un climat politique dont le moins qu'on puisse en dire est qu'il n`était pas vivifiant.

J’affirme au passage, qu’ il serait injuste d'attribuer à l'ennemi la totalité de nos tracas majeurs.

Labeur écrasant, accompli dans la bonne humeur. L'exemple venu de la Métropole exaltait les cœurs.

A Alger, comme ailleurs, c'était toujours la même volonté de servir, le même esprit de sacrifice :
- trop de volontaires pour aller en France ou sur les théâtres d'opération;
- personnel ardent, courageux, toujours à la pointe du combat : RENAUD, Officier T.R. tué à Pantellaria, BUDET, Officier S.M., tué en Italie, ALSFASSER, T.R. tué à Ramatuelle, DUPONT, SCHMITT, TANGUY, TEROL de la Sûreté aux Armées, morts sur le front de France.

Arrêtons là ce regard sur le passé.
Nos conversations, tout à l'heure, préciseront ce que malgré moi, je passe sous silence.
Je répugne à dresser un bilan.
Les chiffres sont menteurs, et on peut tout leur faire dire :
- plus de 1.000 arrestations en France Métropolitaine de 1940 à 1942.
- plus de 5.000 en A.F.N. et sur les théâtres 1943 à 1944;
- des milliers encore à la Libération.
- ...
Tout cela a moins de sens que la certitude d'avoir fait oeuvre utile en préservant de la trahison, la France, et ceux qui se battaient pour elle.

Ajoutez à cette conviction, la netteté, la rectitude morale d'une action qui n’a jamais eu d'autre inspiration que le bien de notre Patrie.
L'ampleur même de nos sacrifices en est un témoignage :
- 84 des nôtres ont disparu, ou sont morts en plein combat '
- Depuis la Libération, 20 autres, à notre connaissance, sont décédés, victimes le plus souvent de l'épuisante lutte

Je vous demande d'écouter dans le recueillement l'appel de leurs noms.


La libération amenait l'éclatement de cette union de nos services de C.E.
Union que le législateur de 1939 avait voulue, et que la guerre avait imposée dès la fin de 1942 :
L’état de siège n'était même pas levé, et on peut épiloguer longuement sur l'opportunité d'une telle dislocation.
Chacun revint chez soi.
Ce fut alors cette longue, trop longue période où notre pays, reprenant son équilibre, mesurait à chaque pas l'irréparable absence de nos meilleures générations, et le trouble profond des révolutions successives.
Quant à nous, toujours imprégnés du même esprit de sacrifice, nous assistions, muets, au partage des prébendes, et nous nous efforcions de faire discrètement notre devoir :
- VERNEUIL, DUMONT, sauvegardaient une partie de nos services;
- SEROT, puis DEVAUX, avec BONNEFOUS, protégeaient notre défense nationale. Aujourd'hui, le Colonel MADRE a repris le flambeau.
- WYBOT donnait à la police du C.E. une ampleur nouvelle.
- Civils ou militaires, tous, nous avons tenté, avec plus ou moins de bonheur, de contribuer à la remise en ordre du pays.
Tous nous avons mesuré, à des titres divers, l'abîme profond entre les rudes réalités de ce singulier après-guerre, et l'idéal élevé qui nous avait uni.
Trop de désordres, trop d'injustices, trop d'égoïsmes, nous ont rapprochés de ces temps passés, d'où nous nous efforcions de les bannir.
Est-ce à dire que si nos déceptions matérielles ou morales avaient été moins vives, nous eussions moins intensément ressenti le besoin de nous réunir ?
Peut-être ;
En tout cas, le moment est venu où nous nous sentons, plus que jamais, solidaires de ce passé.
Parce qu'il appartient à la France, nous entendons en respecter - et faire respecter - l'esprit, aussi bien que les hommes.
Adhérents ou non de l'Amicale, tout ce qui touche à cette période de notre existence, nous touche.
Chacun ressent qu’il y va de son Honneur que rien ne la ternisse.
Sur de telles bases, notre association morale est déjà une réalité. J'en veux pour preuve les 632 adhésions recueillies en quelques semaines.
Bien sûr, ce n'est pas l'unanimité.
Mais une de nos tâches sera de nous efforcer de nous en approcher.
Je veux dire ici un mot de certaines réserves faites sur l'opportunité de notre association.
Elles peuvent se résumer ainsi : est-il conforme à nos traditionnelles règles de discrétion de créer une association de ce genre ?
Comme nous sommes orfèvres en matière de sécurité, nous pourrions nous contenter de répondre que nous avons dit OUI par 632 voix et passer à l'ordre du jour, en saluant les associations précédentes du même type.
Mais nous sommes courtois. Nous rassurerons nos zélateurs en mal de fausses moustaches. Depuis fort longtemps, hélas, nous sommes tombés -sinon au rebut- du moins dans le domaine public à l'instar des grands classiques. Nous nous groupons maintenant, pour des fins humaines, très précises, qui n'ont plus rien à voir avec les règles du Secret , et à fortiori avec les divagations des professionnels du complot et du mystère.
Il y a les sceptiques - qui adhèrent quand même. Il faudra les rassurer .
Il y a aussi les aigris, les repus qui n'ont plus rien à attendre du Service, les indifférents qui ne répondent pas .
Je leur dis comme Paul Claudel :
"Ceux qui viennent nous voir nous font honneur, Ceux qui ne viennent pas nous voir nous font plaisir"
La vérité est plutôt dans les multiples adhésions du coeur, venues de tous les horizons, et dont l'expression émouvante mieux que de longs palabres nous dicte ce que doivent être les aspects essentiels de notre tâche,
- dépister et aider tous ceux d'entre nous à qui nous pouvons être utiles
- soutenir ceux qui poursuivent notre oeuvre.
Je ne crois pas qu'il suffise de maintenir entre nous les liens de camaraderie et de rendre hommage à nos Morts.
Seule l'action, et l'action généreuse, dans la tradition du passé, peut préserver l'Amicale de la Routine et convaincre ses adhérents -comme les autres- de sa véritable efficacité. Si, comme autrefois, nous sommes sûrs d'être utiles, nous ne ménagerons ni notre temps, ni notre peine.
La chose publique est ce qu'elle est.
Nous devons nous en accommoder, et pallier ses défaillances par nous-mêmes : J'en demande pardon à ses représentants au sein de cette Assemblée.

QUE CHACUN DE NOUS FASSE QUELQUE CHOSE, ET, D’ABORD, APPORTE SES IDÉES !
QUE CHACUN DE NOUS AIT LA VOLONTÉ DE DONNER PLUTÔT QUE CELLE DE RECEVOIR OU DE CRITIQUER !
ALORS L'AMICALE VIVRA ET SE DÉVELOPPERA.

Vous avez sous les yeux notre "livre", je veux dire les statuts.
Vous attendez peut-être qu'on vous en fasse un commentaire et que, par nos seuls propos, soit défini tout ce que nous pouvons attendre de l'Amicale
Erreur :
L'entreprise est plus vaste, et vaut mieux que cela.
"Avant d'expliquer aux autres mon livre, j'attends que d'autres me l'expliquent".
"Vouloir l'expliquer d'abord, c'est en restreindre aussitôt le sens, car si nous savons ce que nous voulions y dire, nous ne savons pas si nous n’y disions que cela.
Ce qui surtout m’intéresse , c’est ce que j’y ai mis sans le savoir - cette part d’inconscient que je voudrais appeler " la part de Dieu "….

Ainsi André Ide présentait son œuvre…..
Ainsi votre Bureau présente la sienne……

Il attend de vous une collaboration effective, pour faire passer de l'inconscient dans le conscient,
cette part de Dieu que, tous, nous pressentons immense.

A cette magistrale synthèse de tout notre passé d’authentique Résistance, écoutée avec l’attention la plus soutenue, il manquait cependant un chapitre mais, respectant le désir qui leur en a été formellement exprimé, les Responsables du Bulletin ont accepté de ne pas évoquer ici le souvenir de la douloureuse émotion qui avait marqué, pour eux, les derniers Jours de Novembre 1944.
Les doctrines, dont la divergence s'était affirmée dans l`Ordre N' 5932/SSM/CAB, ont maintenant subi l'épreuve du temps; les résultats de cette confrontation nous dispensent de tout commentaire.

 

 

 

 
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