Enseignement : L’avenir de la France compromis ?

« Le naufrage de l’enseignement scientifique et technique
compromet l’avenir de la France »

Tribune de Yves Bréchet, physicien et membre de l’Académie des sciences, et de Joachim Le Floch-Imad, directeur de la Fondation Res Publica, publiée dans Le Figaro du vendredi 5 juin 2026.

S’il fallait une preuve supplémentaire de la chute libre du niveau scolaire des jeunes Français, une note publiée fin avril par la Direction de l’évaluation du ministère de l’Éducation nationale est venue la fournir. Elle établit que les résultats en sciences – physique-chimie, SVT et technologie – des élèves de troisième n’ont cessé de se dégrader depuis 2013. Ces chiffres s’ajoutent aux constats alarmants en mathématiques issus des évaluations nationales, qui montrent qu’un collégien sur deux ne maîtrise pas les automatismes élémentaires. L’étude Pisa révèle, pour sa part, qu’en vingt ans, le niveau en mathématiques des élèves de 15 ans a chuté de l’équivalent d’une année scolaire. Quant à TIMSS, elle classe les élèves français de CM1 derniers de l’Union européenne et, à l’échelle mondiale, derrière l’Azerbaïdjan et l’Albanie.

Bien sûr, des personnalités de tous horizons ont déjà alerté sur un sujet d’une gravité singulière dans un pays qui, jadis, tirait orgueil de voir la foule se presser au Panthéon pour contempler le pendule de Foucault démontrer la rotation de la Terre, tandis que la presse en faisait un événement national.
Des professeurs, des essayistes et des responsables politiques – avant d’arriver au pouvoir ou après l’avoir quitté – ont sonné le tocsin.
Des mathématiciens ont fait part de leur inquiétude, et l’ont parfois payé cher, à l’image du médaillé Fields Laurent Lafforgue, contraint de démissionner du Haut Conseil de l’éducation pour avoir dénoncé les responsabilités de la « Nomenklatura de l’Éducation nationale ».
De grands capitaines d’industrie sont montés au créneau : Louis Gallois, Patrice Caine, ainsi que le directeur général de Safran, Olivier Andriès.

Ces avertissements sont restés sans effet, si bien que la « crise de l’école », que notre classe dirigeante regarde avec indifférence, voire complaisance, s’est poursuivie à bas bruit, à la faveur d’un processus protéiforme : recul de l’exigence intellectuelle et de l’idéal méritocratique ; affaissement d’un corps social où l’amour des sciences a presque disparu ; pédagogies contestables et réformes délétères ; mépris de la technostructure ministérielle pour le corps enseignant ; mais aussi niveau insuffisant en mathématiques et en sciences d’une partie de celui-ci, la formation initiale n’en garantissant plus toujours la maîtrise et la formation continue ne parvenant pas à combler des lacunes qui conduisent certains instituteurs à les enseigner avec appréhension.

Une évidence s’impose : le naufrage de l’enseignement scientifique et technique compromet l’avenir de la nation en tout domaine.
Du point de vue, d’abord, de notre indispensable réindustrialisation, qui suppose que l’on forme davantage d’ouvriers qualifiés, de techniciens et d’ingénieurs – 100 000 de plus par an d’ici à 2035 selon l’Institut Montaigne – et que l’entrée sur le marché du travail soit plus précoce, ne serait-ce que pour augmenter le taux d’emploi des moins de 25 ans, inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne.
Du point de vue, ensuite, de la place future de la France dans la compétition internationale. Du rapport « Science : the Endless Frontier » publié en 1944 par Vannevar Bush aux travaux des économistes Eric Hanushek et Ludger Woessmann – selon lesquels 25 points supplémentaires à Pisa en mathématiques représenteraient, à l’horizon 2100, 30 % de PIB en plus -, tout montre que la prospérité, la productivité et l’innovation d’une nation dépendent de la qualité de son système éducatif.
Faut-il rappeler, enfin, l’importance des sciences et des mathématiques dans la formation de l’esprit critique et le développement de l’autonomie du jugement, socle sur lequel repose notre conception de la citoyenneté et de la souveraineté populaire ?

Aussi sombre que soit ce diagnostic, rien ne justifie de céder à la résignation. Des solutions existent pour réindustrialiser le pays, relever le défi écologique et orienter efficacement les jeunes vers des métiers plus conformes à leurs talents et aspirations que ceux auxquels peuvent conduire de longues études généralistes. Elles supposent néanmoins un virage à 180 degrés.
C’est d’abord l’image sociale dégradée des sciences qu’il faut restaurer afin d’en faire connaître la richesse et de susciter des vocations, en s’inspirant par exemple des ressources proposées et des actions menées dans les écoles par des initiatives comme MathAData ou
« La main à la pâte », redécouverte merveilleuse de la leçon de choses.
Comme le défend de longue date la Fondation Res Publica, l’Éducation nationale doit en outre renouer avec l’esprit des écoles normales d’instituteurs, où les savoirs disciplinaires occupaient une place centrale dans la formation des maîtres et où les scientifiques considéraient comme un devoir d’être impliqués, ce que nous rappelle le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson.

Dans le secondaire, il faut flécher davantage les jeunes Français vers les filières qui permettent de faire et d’agir sur le monde. Cela implique de revenir sur le dogme du collège unique au profit d’un collège modulaire, permettant à ceux qui le souhaitent une pré-orientation plus précoce vers la voie technique et l’apprentissage. La Suisse et l’Allemagne offrent à cet égard un modèle.
Qu’attendons-nous, en outre, pour refaire de la recherche une priorité nationale, du point de vue des investissements consentis comme de son articulation avec les logiques productives, et pour repenser en profondeur l’enseignement supérieur, où 36 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, contre 69 % au Royaume-Uni ? Puisque, comme le disait Georges Pompidou, « si l’université n’organise pas la sélection, la vie s’en chargera », une telle réforme exige une sélection plus rigoureuse à l’entrée, afin d’enrayer l’explosion des inscriptions et la dévaluation des diplômes – rupture qui gagnerait à aller de pair avec la création d’un « chèque formation », utilisable tout au long du parcours professionnel, pour (re)venir à l’université, actualiser ses compétences ou aider à se reconvertir. Elle suppose aussi un rééquilibrage des effectifs au profit des filières scientifiques, au détriment des sciences humaines saturées, où le risque de chômage à l’issue des études est deux fois plus élevé – paradoxe accablant pour le pays européen où le chômage des jeunes a justement le plus progressé l’an dernier.

Une telle feuille de route, non exhaustive, dessine, au-delà des demi-mesures palliatives, une refondation d’ensemble de notre système éducatif. Le chantier est immense. Il exige, face aux résistances politiques, administratives, syndicales et culturelles que l’on devine aisément, de la volonté, de la méthode et un cap clair, soit précisément ce qui fait défaut depuis des décennies. Mais c’est à ce prix que l’on pourra mettre fin à l’effondrement de l’enseignement scientifique et technique et relever les défis du XXIe siècle. Faute de quoi, le déclassement de la France se poursuivra et nous ne serons plus que les spectateurs d’un avenir qui s’écrira sans nous.

Yves BRECHET et Joachim LE FLOCH-IMAD
Le Figaro
5 juin 2026

Source photo bandeau : Pixabay




Nucléaire : Arrangement de Narvik

Arrangement de Narvik :
vers des opérations nucléaires françaises en Arctique ?

Introduction

Moins de trois mois après le discours de l’Île Longue du 2 mars 2026, dans lequel le président français a présenté le concept de dissuasion avancée impliquant huit États européens, l’initiative continue de convaincre des partenaires majeurs, avec l’entrée de la Norvège via l’Arrangement de Narvik, signé avec Paris le 27 mai 2026.

La dissuasion avancée est régulièrement présentée comme améliorant la résilience des forces stratégiques françaises par la dispersion sur une zone plus vaste que le seul territoire métropolitain.
Mais plus qu’une survivabilité accrue, c’est avant tout une porte d’accès à l’Arctique que pourrait offrir la Norvège aux Forces aériennes stratégiques (FAS).

En effet, l’arrivée d’Oslo dans l’initiative pourrait permettre de « désenclaver » la zone sur laquelle pourront évoluer les Rafale B des FAS. Si la Suède possède un vaste territoire permettant une dispersion des moyens sur de multiples terrains d’aviation, y compris sommaires, le pays est bordé au Nord, à l’Est et à l’Ouest par la Finlande et par la Norvège. Ainsi, seule une sortie par la mer Baltique était possible, sauf à violer l’espace aérien des pays limitrophes, tandis que le seul accès au territoire russe pouvait se faire via l’étroit golfe de Finlande, par lequel transitent régulièrement les appareils russes en route vers Kaliningrad.

Cette contrainte majeure est désormais levée puisque des appareils français déployés en Suède, mais également en Norvège, pourront sortir vers le Nord et ainsi avoir accès à un vaste ensemble de sites stratégiques russes, avec deux atouts majeurs : une plus grande réactivité, mais surtout une allonge bien plus importante.

La (presque) fin de la tyrannie des distances

De nombreuses cibles – principalement militaires – hautement stratégiques pour Moscou sont localisées dans le Nord-Ouest du pays. On peut par exemple citer :

  • Mourmansk et ses environs, accueillant la Flotte du Nord et ses sous-marins stratégiques ;
  • la base navale et le chantier naval militaire de Severodvinsk ;
  • le cosmodrome de Plesetsk, d’où sont lancés la très grande majorité des satellites militaires russes et qui est l’un des principaux sites d’essais pour les armements stratégiques ;
  • plusieurs radars d’alerte avancée antiaérienne et antimissiles nécessaires à la défense du territoire russe contre une attaque nucléaire états-unienne ;
  • ou encore la base aérienne d’Olenia, qui accueille de nombreux appareils, dont des bombardiers stratégiques.

Théoriquement, ces sites étaient d’ores et déjà atteignables par un raid nucléaire décollant depuis le territoire français. Cela nécessitait cependant au minimum un transit de plus de 2 000 km en traversant l’espace aérien de plusieurs États souverains. Un contour par la mer du Nord pouvait permettre d’éviter ces survols, au prix d’un allongement parfois important du transit.

Prépositionner des Rafale B des FAS au-delà du Cercle Polaire en Norvège ou en Suède raccourcirait drastiquement ce transit. Ainsi, un Rafale B décollant, par exemple, de la base aérienne norvégienne de Bardufoss n’aurait que quelques centaines de kilomètres à parcourir avant d’atteindre le point de tir de son missile de croisière supersonique à charge nucléaire ASMPA-R ciblant Mourmansk – dont la portée lui permet par ailleurs d’être tiré depuis l’intérieur de l’espace aérien norvégien. D’autres bases de desserrement encore plus proches sont également possibles. Outre un préavis extrêmement faible pour l’adversaire, cela permettrait également d’effectuer une mission sans ravitaillement en vol, diminuant significativement l’empreinte logistique du raid, donc sa visibilité.

Carte représentant les différents aérodromes militaires sur la péninsule scandinave ainsi que des exemples de cibles potentielles pour un raid nucléaire aéroporté. La ligne jaune représente le rayon franchissable théorique (5 000 km) maximal d’un raid depuis la base aérienne de Saint-Dizier dans l’Est de la France, tandis que la ligne rouge correspond à celui depuis la base aérienne norvégienne de Bardufoss. Source du fond de carte : Google Earth.

De multiples possibilités pour l’avertissement nucléaire

Outre ces sites hautement stratégiques, dont la destruction relèverait d’une possible atteinte aux intérêts vitaux russes et qui sont donc peu adaptés à une frappe d’avertissement, le Grand Nord russe regroupe un panel de cibles potentielles pour cet élément fondamental de la doctrine nucléaire française.

Action unique et non renouvelable, le tir d’avertissement est destiné à démontrer la détermination de la France, et au travers elle de ses alliés, à défendre ses intérêts vitaux, y compris au moyen d’armes nucléaires. Il nécessite un choix de cibles particulièrement calibré, puisque tirer sur une cible anodine pourrait montrer une hésitation des autorités françaises, signe potentiel de faiblesse, tandis que la destruction d’une cible trop stratégique ou causant de graves dommages collatéraux pourrait entraîner une sur-escalade dévastatrice. 

Or, un grand nombre de cibles isolées sont localisées dans l’Arctique russe, avec des risques de dommages collatéraux limités mais une importance économique, militaire ou politique significative pour Moscou, comme de nombreux sites liés à l’industrie pétrolière ou gazière, ou encore des sites militaires en Nouvelle-Zemble ou sur l’Archipel François-Joseph. 

Un tir sur le principal site d’essais nucléaires russe aurait par exemple un fort effet symbolique sans pour autant avoir d’importantes conséquences stratégiques à court terme. Il s’agirait par ailleurs d’une cible relativement aisée d’un point de vue opérationnel pour un raid décollant de Norvège ou de Suède, avec un transit d’environ 1 000 km uniquement au-dessus de la mer de Barents, avec pour seul adversaire la chasse russe ne pouvant être soutenue par la défense sol-air en raison de l’éloignement des côtes. On notera par ailleurs que la participation de chasseurs furtifs F-35A norvégiens ou de GRIPEN-E suédois en tant qu’escorte du raid faciliterait encore plus ce type d’action.

L’Extrême-Orient à portée du raid

Si la participation de la Norvège à l’initiative facilitera grandement l’atteinte des cibles dans le Nord-Ouest de l’Arctique, nombre d’entre elles étaient déjà atteignables par un raid nucléaire décollant du territoire français. Les FAS avaient en effet déjà démontré leur capacité à se projeter sur plus de 9 000 km en un vol sans escale, incluant une phase de pénétration très basse altitude / très haute vitesse. 

Cette allonge considérable, permise par plusieurs ravitaillements en vol, rapportée à un départ depuis le Grand Nord ouvre la voie au ciblage de sites stratégiques en Extrême-Orient russe, jusque-là inatteignables par un raid français.

Alors que les États-Unis restent l’adversaire systémique de la Russie, Moscou craint une attaque surprise désarmante et a construit en conséquence un réseau de bases en Arctique visant à détecter et si possible à contrer une telle action hostile. La plupart de ces bases se retrouvent désormais à portée des Rafale B des FAS, y compris, théoriquement, l’aérodrome militaire d’Anadyr-Ugolny, point d’appui le plus oriental du dispositif russe dans l’Arctique. Or, en cas d’échange nucléaire, les forces stratégiques françaises, et possiblement britanniques, seraient à même d’infliger des dégâts colossaux à la Russie, la rendant vulnérable à une action prédatrice d’une autre puissance nucléaire, même en cas de victoire à la Pyrrhus sur Paris.

Cette agression d’opportunité serait d’autant plus facilitée par la neutralisation du réseau d’alerte avancée protégeant le flanc Nord de la Russie. Ainsi, la possibilité de prépositionner les FAS dans le Nord de la Suède ou de la Norvège fait peser une épée de Damoclès sur plusieurs de ces bases jusqu’à présent hors d’atteinte du raid et justifiant difficilement l’allocation d’un missile balistique M51. L’ouverture de ce domaine d’évolution en Arctique augmente donc les risques de dommages inacceptables encourus par la Russie, en raison d’une plus grande vulnérabilité à une seconde attaque par un acteur tiers, augmentant par conséquent un peu plus le pouvoir dissuasif de l’arsenal français.

En attendant la participation de la Finlande…

Dans la foulée de la signature des accords de Narvik, la Finlande a annoncé évaluer l’intérêt de la dissuasion nucléaire française, en complément de celle de l’OTAN. En cas d’aboutissement des négociations, la participation de la Finlande à l’initiative sur la dissuasion avancée aurait une portée similaire à celle de la Norvège. Elle rendrait vulnérable une part significative du flanc Ouest de la Russie, avec laquelle Helsinki partage plus de 1 300 km de frontière, ouvrant de nouveaux points d’entrée possibles du raid, voire uniquement du ou des missiles ASMPA-R, un certain nombre de cibles potentielles se trouvant à portée de tir depuis l’intérieur même du territoire finlandais.

Toute la péninsule scandinave deviendrait alors un terrain de déploiement et d’opérations des forces stratégiques françaises, complexifiant drastiquement la planification de la défense antiaérienne et antimissile russe en cas de conflit menaçant un État allié de la France, forçant à une dispersion des moyens de défense sur l’ensemble du flanc Nord et Nord-Ouest de la Russie. Resterait alors à convaincre les États baltes de rejoindre l’initiative, dont l’espace aérien permettrait de faire la jonction avec la Pologne.

Etienne MARCUZ
Note de la FRS n°16/2026
4 juin 2026

Source de la photo bandeau : Groupe Dassault




Histoire : Le rôle essentiel du renseignement français lors du débarquement le 6 juin 1944

L’ÉPOPÉE DES JEDBURGHS FRANÇAIS

Concept et genèse du plan Jedburgh :
de la guérilla écossaise à la libération de l’Europe.

On attribue la dénomination de ce plan de la Seconde Guerre mondiale, au souvenir de la guérilla écossaise contre les Anglais au XIIe siècle. Jedburgh est le nom d’une localité au sud d’Edimbourg, dans la région des Scottish Borders.

Toute stratégie ou tactique militaire cherche à coincer l’adversaire entre deux mâchoires de tenaille pour le neutraliser. Après la défaite de 1940 face à la Wehrmacht, les généraux alliés de la Deuxième Guerre mondiale n’ont pas éludé cette règle et ont toujours cherché à agir sur les arrières de l’ennemi, soit pour recueillir du renseignement soit pour l’affaiblir.

Quelques mois avant le débarquement américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord, le SO (Spécial Operations) de l’OSS (Office of Strategic Services) se rapproche du SOE (Special Operations Executive) britannique pour étudier la possibilité d’envoyer des parachutistes derrière les lignes ennemies afin de faciliter l’avancée des troupes après le débarquement.
Les Anglais disposent d’une longueur d’avance sur les Américains grâce au réseau du capitaine Piquet-Wicks de la section RF du SOE, et à celui du major Buckmaster de la section F (F pour France), mis en place respectivement en novembre 1940 et printemps 1941.

[…]


Bertrand SOUQUET

Historien et fils de jedburgh Secrétaire de l’amicale des anciens jedburghs

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – Septembre 2024

Découvrez l’extract “Mémoire vivante” de la revue Services Spéciaux de l’AASSDN paru en septembre 2024 en cliquant ICI.

Plans « SUSSEX & PROUST »

Avant-Propos :

En 1943 les grands réseaux de renseignements (SIS – Secret Intelligence Service, SOE, BCRA) créés et opérant depuis le début de l’occupation en France et en zone dite libre, c’est-à-dire entre 1940 et 1942 avaient subi et subissaient encore des pertes nombreuses et tragiques qu’ils continueraient d’ailleurs à connaître en 1944 et jusqu’à la fin de la guerre. Les services de l’Abwehr et surtout la Gestapo, malgré le courage des patriotes composant ces réseaux, arrêtaient, exécutaient ou déportaient de nombreux
combattants de l’ombre qui étaient indispensables pour informer le grand état-major allié en Angleterre (SHAEF).

Ces grands réseaux qui avaient pour noms Ajax, Alliance, Brutus, Buckmaster, Cohors, Confrérie Notre Dame, Castille, F2, Marco Polo, Phratrie, Saint Jacques, etc., risquaient d’être entièrement anéantis avant le « jour J » correspondant au débarquement des troupes alliées sur les côtes de Normandie, c’est-à-dire au moment où l’on aurait le plus besoin d’eux pour avoir des informations fiables le moment voulu.

Naissance du Plan Sussex :

C’est pourquoi dans l’optique de la préparation du débarquement en France, l’état-major du général Eisenhower imagina en mars 1943 de créer un plan baptisé « Plan Sussex », visant à mettre en place, en parachutant des agents dans toutes les régions au nord de la Loire qui seraient de potentielles zones de combats, des équipes de deux officiers français en civil (un observateur et un radio) placés en des points stratégiques.

[…]

Dominique SOULIER
Fils de Sussex
Conservateur de la Collection Sussex

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – Septembre 2024

Découvrez l’extract “Mémoire vivante” de la revue Services Spéciaux de l’AASSDN paru en septembre 2024 en cliquant ICI.

Source photo : AASSDN / Collection particulière




Géopolitique : L’Iran à la recherche de nouveaux relais

DÉCRYPTAGE – L’Iran cherche de l’oxygène sur la terre ferme…

Le chemin de fer ne remplace pas Ormuz, mais il modifie le calcul de la résistance

La guerre ne se mène pas seulement avec des missiles, des drones et des porte-avions. Elle se mène aussi avec des conteneurs, des wagons ferroviaires, des douanes, des dépôts, du carburant, des pièces de rechange, des lignes de crédit et des corridors terrestres. C’est dans cette zone moins visible, mais décisive, que s’inscrit le nouvel effort iranien pour contourner le blocus américain et réduire sa dépendance au détroit d’Ormuz.

L’augmentation du trafic ferroviaire entre la Chine et l’Iran, le long de l’axe reliant Xi’an à Téhéran en passant par le Kazakhstan et le Turkménistan, ne doit pas être interprétée comme une solution miraculeuse. Aucun train ne peut réellement remplacer le volume des pétroliers qui traversaient Ormuz. Mais ce serait une erreur de considérer cette évolution comme marginale. Pour Téhéran, aujourd’hui, il ne s’agit pas de revenir à une normalité commerciale. Il s’agit d’empêcher l’effondrement, de maintenir en vie l’appareil productif, de conserver des marges de manœuvre et de montrer aux États-Unis que le siège ne produit pas d’effets immédiats.

La différence est décisive. L’Iran ne cherche pas à gagner économiquement. Il cherche à durer.

La Chine et la logique du soutien calibré

Pékin agit avec sa prudence habituelle. La Chine ne rompt pas ouvertement avec Washington au-delà d’un certain seuil, mais elle n’abandonne pas non plus Téhéran. Elle continue d’acheter du pétrole brut iranien, conteste la pression américaine, offre un appui diplomatique et, surtout, maintient ouvertes les infrastructures terrestres qui permettent à l’Iran de recevoir des marchandises industrielles, des générateurs, des composants électroniques, des pièces mécaniques et des biens de consommation.

C’est là le véritable enjeu économique. Il ne s’agit pas tant d’exporter du pétrole par train vers la Chine, opération logistiquement limitée et coûteuse, que de garantir que l’économie iranienne ne s’arrête pas faute de composants essentiels. Une guerre moderne consomme des pièces de rechange avec la même rapidité qu’elle consomme des munitions. Générateurs, circuits, pneus, pompes, matériaux industriels et équipements civils deviennent une partie intégrante de la capacité de résistance nationale.

Dans ce cadre, la Chine n’offre pas à l’Iran une victoire. Elle lui offre du temps. Et le temps, dans une guerre de pression, est déjà une forme de puissance.

La limite logistique du pétrole sur rail

Le nœud central reste le pétrole brut. Avant la guerre, l’Iran exportait vers la Chine plus d’un million de barils par jour. Imaginer transférer ces volumes par voie ferrée revient à ignorer l’échelle matérielle du problème. Un wagon-citerne ne peut transporter qu’une quantité limitée de pétrole. Pour compenser ne serait-ce qu’une partie modeste des exportations maritimes, il faudrait un flux continu de convois, des passages douaniers fluides, une sécurité assurée sur des milliers de kilomètres et des capacités de déchargement adaptées.

C’est pourquoi les routes terrestres ne sont pas le substitut du détroit d’Ormuz. Elles sont une soupape de pression. Elles servent à réduire l’asphyxie, non à l’éliminer. Elles servent à éviter que les dépôts iraniens ne soient saturés, que la production ne doive être interrompue de manière massive, que le système industriel ne reste privé de matériaux vitaux.

En termes économiques, Téhéran cherche à transformer une crise immédiate en crise prolongée. Et une crise prolongée devient politiquement plus difficile à gérer, y compris pour Washington.

L’évaluation militaire : blocus, usure et profondeur stratégique

Du point de vue militaire, la partie est claire. Les États-Unis cherchent à frapper la vulnérabilité structurelle de l’Iran : sa dépendance à la mer pour exporter son pétrole et financer son système. L’Iran répond en construisant une profondeur terrestre. Il ne peut pas briser le blocus naval, mais il peut le rendre moins décisif.

C’est une logique classique de guerre d’usure. Celui qui impose le blocus mise sur l’effondrement rapide de l’adversaire. Celui qui subit le blocus mise sur la durée, l’adaptation, la dispersion des routes et la capacité à supporter des coûts croissants. Si Téhéran peut réellement résister trois ou quatre mois avant de subir des dommages économiques plus graves, alors le problème n’est pas seulement iranien. Il devient aussi américain : combien de temps Washington est-il prêt à maintenir une pression militaire, navale, diplomatique et financière sans obtenir un résultat politique définitif ?

Les routes passant par l’Asie centrale, le Pakistan, la Turquie et la mer Caspienne n’annulent pas la supériorité navale américaine. Elles la relativisent. Elles déplacent une partie du conflit d’Ormuz vers les réseaux terrestres eurasiatiques. Et là, la puissance maritime occidentale rencontre une limite : elle peut contrôler les détroits, mais elle ne peut pas fermer tout un continent.

La Caspienne, le Pakistan et la Turquie : la géographie redevient politique

L’expansion des liaisons par le Pakistan, la Turquie et la mer Caspienne montre que l’Iran tente de construire un réseau redondant. Non pas une seule voie de sortie, mais plusieurs voies, chacune imparfaite, chacune vulnérable, mais toutes utiles lorsqu’elles sont combinées.

La mer Caspienne relie Téhéran à la Russie et ouvre une profondeur septentrionale. Le Pakistan offre un appui vers l’Asie du Sud. La Turquie reste une porte obligée vers l’Europe et la Méditerranée. L’Asie centrale, à travers le Kazakhstan et le Turkménistan, relie l’Iran à la Chine continentale. Cette géographie, qui pendant des années avait semblé secondaire par rapport aux routes maritimes mondiales, redevient soudain centrale.

C’est le signe d’une transformation plus vaste : les sanctions, les blocus navals et les guerres redonnent de la valeur aux infrastructures terrestres. Chemins de fer, ports intérieurs, postes-frontières, oléoducs, routes et douanes deviennent des instruments de souveraineté. Celui qui possède des corridors alternatifs résiste mieux. Celui qui dépend d’une seule artère peut être étranglé.

Le scénario géoéconomique : l’Eurasie comme espace de compensation

Le cas iranien montre le visage concret de la géoéconomie contemporaine. La Chine n’a pas nécessairement besoin de défier militairement les États-Unis pour affaiblir leur stratégie. Il lui suffit de maintenir ouverts des canaux commerciaux, d’acheter de l’énergie à des conditions favorables, de soutenir des infrastructures eurasiatiques et d’empêcher que l’Iran soit totalement isolé.

Pour Pékin, l’Iran est à la fois fournisseur énergétique, partenaire stratégique et élément du containment de l’hégémonie américaine sur les routes maritimes. Si Washington utilise la marine et les sanctions, la Chine répond par les chemins de fer, le commerce, la continuité diplomatique et l’absorption sélective du risque.

De ce point de vue, la crise d’Ormuz n’est pas seulement une crise régionale. C’est un test sur l’avenir de la mondialisation. Celle dominée par la mer, les flottes et le dollar reste extrêmement puissante. Mais à côté d’elle grandit une mondialisation terrestre, plus lente, plus coûteuse, moins efficace, mais politiquement précieuse parce qu’elle est moins exposée au contrôle occidental.

Le message de Téhéran

L’Iran sait qu’il ne peut pas remplacer Ormuz par des trains. Mais il sait aussi qu’il n’a pas besoin de le faire entièrement. Il doit démontrer qu’il peut respirer même avec un seul poumon. Il doit convaincre sa population, ses alliés et ses adversaires que le blocus n’équivaut pas à une capitulation.

La valeur politique des routes terrestres est donc égale, sinon supérieure, à leur valeur commerciale. Chaque convoi qui arrive à Téhéran dit que l’Iran n’est pas isolé. Chaque expédition chinoise dit que Pékin n’accepte pas intégralement la discipline des sanctions américaines. Chaque liaison à travers l’Asie centrale dit que la masse eurasiatique peut offrir des alternatives à la pression navale.

La question décisive n’est pas de savoir si ces routes peuvent sauver l’économie iranienne à long terme. La question est de savoir si elles peuvent gagner assez de temps pour que le coût politique, militaire et économique du blocus devienne trop élevé pour celui qui l’a imposé.

Dans cette guerre, le chemin de fer ne bat pas le porte-avions. Mais il peut l’empêcher d’obtenir rapidement ce pour quoi il a été déployé. Et parfois, dans la politique internationale, empêcher l’adversaire de gagner vite est déjà le premier pas pour ne pas perdre.

Giuseppe GAGLIANO
Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le diplomate media
Samedi 23 mai 2026

Source photo bandeau : Le diplomate media




Souveraineté nationale : Le piège politique de l’autonomie corse

La question corse, crise nationale

Adresse aux Parlementaires appelés à se prononcer sur l’autonomie de la Corse.

Depuis plus d’un demi siècle, un mouvement séparatiste corse trouble la vie politique du pays dans une atmosphère de Munich permanent, scandée par des flambées de violence culminant dans l’assassinat d’un préfet. En réponse, une succession de statuts particuliers de la Corse ont conduit à celui en vigueur de la Collectivité Territoriale de Corse, (CDC), dotée de larges pouvoirs dérogatoires. Mais l’engrenage des revendications ne s’est pas pour autant arrêté, aboutissant au projet en débat aujourd’hui, dit « processus de Beauvau », prônant une « autonomie de plein droit et de plein exercice », avec de surcroît un pouvoir législatif. Un Congrès du Parlement est appelé à se prononcer à une majorité des trois cinquièmes pour l’inscrire dans la Constitution.

Après un rappel succinct de la francité de la Corse, nous dénoncerons la nocivité de l’autonomie, et proposerons une sortie de crise par le haut.

Dans le cadre restreint de cette tribune, nous irons à l’essentiel sans tourner autour du pot dans ce débat engageant l’avenir du pays.

La francité de la Corse

Avant Nice et la Savoie, la Corse est française depuis le 30 novembre 1789, à la demande de ses députés à l’Assemblée Constituante l’accordant à l’unanimité dans l’euphorie d’une séance historique.

Au fil du temps, la Corse est ensuite devenue consubstantielle à la France.

D’abord par l’Histoire, à coups d’Empires, les deux napoléoniens et l’empire colonial, au sein duquel les Corses ont joué un rôle éminent dont a témoigné le grand Lyautey.

Consubstantielle à la France, ensuite, par le sang abondamment versé sans broncher sur tous les champs de bataille, au coude à coude patriotique avec tous les autres Français.

Consubstantielle encore par le sang mêlé. On ne compte plus les mariages mixtes Corses-Continentaux, comme l’atteste l’état civil.

Consubstantielle, enfin, par l’extraordinaire implication des Insulaires dans les affaires de la France, au point que d’aucuns ont insinué une colonisation occulte du pays. Paris et Marseille sont les deux plus grandes villes corses. Paris eut longtemps un maire insulaire. Jusqu’à nos jours, tout gouvernement a eu à cœur de comporter au moins un ministre corse.

Ajoutons la contribution reconnue des Corses au rayonnement de la France dans le monde, jusqu’à donner deux présidents de la république au Venezuela, après avoir autrefois longtemps armé la Garde pontificale de Rome. Dans les capitales de nos anciennes colonies, de puissantes amicales corses ont longtemps exercé leur forte influence locale, foi de témoin.

La francité de la Corse a connu son apothéose avec le sublime serment de Bastia, prononcé en 1939 en réplique aux visées annexionnistes de Mussolini : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français! ».

Comment expliquer alors que nombre de Corses renient aujourd’hui la parole de leurs pères ? La réponse est complexe mais relève pour l’essentiel de la psychanalyse.

« Lorsque les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » a écrit Rivarol. D’une intransigeante fierté, le Corse vénère la grandeur et méprise la faiblesse. Il avait trouvé l’épanouissement du destin de son île vénérée dans la Grande France initiée par Napoléon. Hélas, trois fois hélas, l’humiliant désastre militaire de 1940, plus dévastateur au plan psychologique que matériel, mit fin à une admiration passionnée et acta en fait dans les esprits la naissance du séparatisme insulaire. Le fossé ne cessa ensuite de se creuser au fil du déclassement ininterrompu de la France.

Puis le séparatisme fit tâche d’huile dans une proportion que l’on s’est toujours étrangement gardé de mesurer directement dans les urnes.

Circonstance aggravante, très engagés dans la colonisation les Corses ont été des victimes collatérales de la décolonisation. Sevrés de leur exutoire mondial, nombre d’entre eux en ont ressenti une amère nostalgie. L’esprit conquérant d’antan a dégénéré en mentalité casanière.

Puis, l’arrivée massive des Pieds Noirs en 1962, auxquels fut consentie une aide généreuse, provoqua un sentiment de frustration, voire de spoliation.

Et horreur et damnation aujourd’hui, une forte immigration, principalement continentale, s’ajoutant à une dénatalité record, vient de rendre minoritaires sur leur sol les intransigeants insulaires de souche. C’est ainsi que nombre d’entre eux ont poussé leur rancœur jusqu’à la haine de la France, « I francesi fora » ! ( Les Français dehors ! ).

A l’ouverture du débat institutionnel sur la Corse au Parlement, la question fondamentale qui vaille est celle de la pertinence de l’autonomie de l’île comme solution à son particularisme et à ses graves problèmes. Nous avons la conviction que cette solution est néfaste et qu’il y a beaucoup mieux à faire.

L’autonomie, archétype de la fausse bonne idée.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots », selon Platon.

Il faut d’abord faire litière du dogme de l’insularité synonyme d’autonomie. L’insularité n’est qu’une donnée géographique ne conditionnant en rien le statut politique des habitants qui ne relève que de leur seul choix, comme en témoignent maints exemples dans le monde, dont le département français de Mayotte. En revanche, l’insularité oblige l’État à instaurer des mesures de « continuité territoriale » en compensation du handicap géographique. Force est d’admettre que jusqu’ici elles n’ont jamais été à la hauteur des besoins, contribuant à attiser les rancœurs contre l’État, faute politique à ne plus commettre.

La comparaison avec les îles italiennes autonomes voisines est fallacieuse. Séquelles des anciens royaumes absolus de Piémont-Sardaigne, de Naples et des Deux-Siciles, la conservation pour ces îles d’une autonomie de gestion lors de l’éclatement des monarchies impliquées était une nécessité indiscutable. Elles conservent d’ailleurs la nostalgie de l’indépendance d’antan.

Il importe ensuite, et surtout, de s’interroger sur la validité du projet de Beauvau.

Il est d’abord démocratiquement contestable. Initiateur et porteur du projet, le Conseil exécutif de Corse s’est bien gardé, allez savoir pourquoi, de solliciter l’onction de la population insulaire dans cette entreprise engageant pourtant son destin! Il ne peut arguer d’un empêchement constitutionnel de la consultation en raison de la jurisprudence du référendum local de 2003 relatif à la fusion des deux département de Corse, dont le verdict n’a d’ailleurs pas été respecté. Il a abusivement spéculé sur son prétendu triomphe électoral l’ayant porté au pouvoir en 2021. Mais ce résultat n’est qu’un trompe-l’œil à l’examen objectif des chiffres officiels de la consultation. Les Autonomistes et Indépendantistes ont bien totalisé 67,97 % des suffrages exprimés, mais l’exceptionnelle abstention de 41,09 %, qui en dit long par elle-même, plus les 3,2 % de bulletins blancs et nuls, rabaissent le résultat à 40,04 % du corps électoral, très loin de l’indispensable majorité populaire pour un choix de destin. Il y a donc en fait une usurpation du pouvoir constituant, que nous avons entendu un humoriste qualifier d’exercice illégal de la politique.

Comble de mépris démocratique, la prévision dans le projet Beauvau d’un référendum local après adoption du Parlement est d’avance ressentie comme un humiliant placement des Insulaires devant le fait accompli.

Une et indivisible, la République n’admet pas d’y avoir un pied dedans et un pied dehors. La revendication de l’autonomie s’apparente en fait à une demande de privatisation politique de l’île de beauté, promise à une mafia aux aguets prête à la transformer en république bananière. La récente prise de conscience locale de la puissance de cette pieuvre conquérante s’est  concrétisée par la fondation

courageuse, non pas seulement d’une, mais de deux associations anti-mafia. Alors est-il bien raisonnable de se priver de la pleine autorité régalienne de l’État pour terrasser la bête immonde ?

Autre argument majeur contre l’autonomie, le droit à la différence appelle inéluctablement une différence des droits. Avec l’autonomie, la Corse, région la plus pauvre de France, perdrait l’assurance tous risques de sa vitale solidarité nationale, coupant ainsi d’elle-même la branche sur laquelle elle est assise !

Mais c’est sans doute au plan national que l’autonomie de la Corse pourrait révéler ses effets les plus pervers. L’inéluctable contagion à d’autres régions, déjà sur les rangs, dynamiterait l’unité du pays qui retournerait alors aux provinces du Moyen-Age. Que l’on sache, la Constitution de la France n’a pas du tout vocation à la transformer en auberge espagnole ouverte aux quatre vents des égoïsmes provinciaux.

Rappelons que la France est le sublime aboutissement de quinze siècles d’un subtil assemblage de provinces toutes fières de leurs particularismes. Le contexte religieux ayant présidé à l’accomplissement de ce chef d’œuvre historique autorise l’allégorie d’une France-Chapelet, dont les grains constitueraient les multiples terroirs du pays et le cordon les reliant l’unité de la Nation. Un seul grain s’en échappant, tout le chapelet se déviderait. C’est ainsi que par contagion l’autonomie de la Corse menacerait la sacro-sainte survie de la France en tant que Nation.

Pour toutes ces raisons s’ajoutant au vice démocratique d’origine du projet Beauvau, le Congrès du Parlement doit impérativement le rejeter en cas de procédure allant à son terme.

Pour autant, on ne sera pas sorti de l’auberge. C’est au plan national que se pose en réalité la seule question qui vaille. Aujourd’hui toutes les régions aspirent à une émancipation administrative, en remplacement d’un centralisme autrefois fédérateur mais devenu entravant. Place à l’esprit girondin ! S’impose d’évidence la vigoureuse relance d’une décentralisation authentique sans compromis frileux.

La régionalisation de la France

La grande question politique du moment ne doit plus concerner un énième statut particulier de la Corse mais porter sur un nouveau statut général de la France. Il importe de procéder à un profond aggiornamento de son administration générale par stricte application du principe de subsidiarité, cette sorte de pierre philosophale de l’harmonie des relations humaines. En bref, ce qui peut être décidé à un niveau hiérarchique donné ne doit plus l’être à un tout autre échelon. Des énergies en jachère seront ainsi libérées dans l’intérêt général.

L’ensemble des Régions du pays doivent accéder à leur autogestion administrative, à l’exclusion bien évidemment des fonctions régaliennes, apanage inaliénable de l’État qui doit rester le gardien intransigeant du temple national. Dans ce creuset refondé d’une France revigorée, les fières et riches identités régionales pourront pleinement s’épanouir avec la garantie de l’État. De son côté, ce dernier doit saisir cette redistribution des pouvoirs pour affermir son autorité locale de contrôle, de péréquation et d’arbitrage. Il s’agira ainsi d’une sorte d’autonomie pour tous, mais dans la Liberté, l’Égalité et la Fraternité républicaines.

Cette espèce de révolution culturelle ne va pas manquer de rencontrer d’opiniâtres résistances. Il faudra certainement en passer par un référendum national donnant enfin aux Corses l’occasion de se prononcer directement sur leur destin. En raison de leur acquis ils devront bénéficier en la circonstance de la dérogation d’un choix entre trois options : l’adhésion, le statut quo ou un rejet qui acterait alors leur sortie définitive de la République. A eux de prendre toutes leurs responsabilités en connaissance de cause!

En définitive, honorables Parlementaires, vous êtes conviés à un rendez-vous de majesté avec la France. Vous avez une ardente obligation de vous montrer à la hauteur !

Michel FRANCESCHI




Armement : Washington renforce sa suzeraineté européenne

Le réarmement de l’Allemagne
renforce la suzeraineté américaine sur l’Europe

Washington veut accélérer son retrait militaire de l’Europe pour se redéployer en Asie-Pacifique. L’Allemagne est en première ligne car elle abrite plus de 35000 militaires américains sur son sol. Berlin a d’ailleurs publié sa stratégie de défense visant à devenir la première puissance militaire conventionnelle du continent dès 2035. C’est la domination annoncée du premier vassal des Etats-Unis.

La tension entre Donald Trump et ses alliés de l’OTAN semble à son comble. Le Président américain n’a pas caché son intention de désengager ses forces du « vieux continent » pour les redéployer vers la Pacifique. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les pays de l’UE et leur voisin britannique se retrouvent démunis après avoir désinvesti dans leurs forces de défense depuis la fin de la Guerre froide. Donald Trump vient d’annoncer le retrait de 5000 soldats (près de 14% du total) dans les mois qui viennent. Il a présenté cette décision comme une mesure de rétorsion contre le Chancelier Merz – trop critique à ses yeux de l’offensive contre l’Iran. Le locataire de la Maison Blanche a d’ailleurs promis que d’autres bases américaines en Italie et en Espagne allaient subir des retraits. L’OTAN est même visée car Donald Trump maintient qu’il doute de l’intérêt pour son pays d’y rester… Et que les Européens doivent « apprendre à se défendre tout seuls ».

Plus de 80 ans se sont écoulés depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et l’annonce d’un réarmement important de l’Allemagne est – dans ce contexte – présentée comme la promesse d’une Europe plus forte. Le mois dernier a en effet marqué un tournant : c’est la première fois depuis la défaite de l’Allemagne nazie que Boris Pistorius (actuel ministre de la Défense) a présenté une « stratégie de défense » officielle. Les ambitions sont claires : la Bundeswehr doit devenir la première puissance militaire du continent dès 2035 en ce qui concerne les armes conventionnelles. Et accéder à une position dominante en 2039 dans la production de technologies avancées de défense… Les moyens ? Un investissement massif dans les missiles, un déploiement de l’IA pour les capacités militaires et l’augmentation des effectifs pour atteindre 460000 militaires en incluant les réserves (près de 20% de plus qu’aujourd’hui). Les armées françaises comptent – à titre de comparaison – 310000 personnels mobilisables. Le rôle des réserves est mis en avant comme un pont avec la société civile : c’est bien une remilitarisation du pays, un tournant majeur de l’histoire allemande moderne.

Les réactions à cette stratégie officielle ont été diamétralement opposées. D’un côté, d’aucuns saluent le sens des responsabilités de Berlin pour préparer le désengagement annoncé des Américains. D’autres s’inquiètent d’un retour au nationalisme en Allemagne qui serait renforcé par une puissance militaire retrouvée. La lecture attentive du document présenté par Pistorius semble pourtant tracer les contours d’une stratégie bien différente. Loin d’être le signe d’un renforcement de l’indépendance européenne ni d’un retour des années les plus sombres du XXème siècle – l’Allemagne cherche à imposer sa position de « premier vassal » du suzerain américain. Une phrase l’indique clairement : « L’OTAN doit devenir plus européenne pour rester transatlantique. » Berlin vise à devenir le centre névralgique de l’alliance, un « hub » logistique et stratégique au centre du continent tout en maintenant un lien fort avec les États-Unis. En d’autres termes : l’Allemagne se réarme pour consolider l’hégémonie américaine sur l’Europe.

Cette stratégie est parfaitement en ligne avec la vision de l’administration Trump vers un « OTAN 3.0 » selon le commentaire d’Elbridge Colby – le sous-secrétaire d’État à la Défense. Le Département de la Guerre américain a d’ailleurs annoncé travailler avec les Allemands pour soutenir cet effort. Nul doute que les commandes vont pleuvoir au profit du complexe militaro-industriel américain… Et une Allemagne bien armée doit permettre aux forces U.S. de se redéployer en Asie.

L’U.E. et son voisin britannique semblent tout faire pour maintenir leur position de vassaux face à Washington. Si les pays européens reconnaissent qu’il leur faut rattraper le désarmement irresponsable des dernières décennies, ils font preuve de zèle pour conserver les bonnes grâces de Washington. Malgré une situation économique très délicate, l’U.E. a approuvé un prêt énorme de 90 milliards d’euros au profit de l’Ukraine. L’objectif de Washington n’est pas tant de se désengager du « vieux continent » que d’imposer aux Européens un prix plus élevé pour leur « servitude volontaire ». De ce point de vue, la stratégie de Donald Trump s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs : détacher l’Europe de sa dépendance au gaz russe pour lui imposer son GNL (« gaz naturel liquéfié »). La stratégie de sécurité nationale U.S. publiée en novembre dernier le dit explicitement : la priorité absolue est d’assoir la domination américaine sur l’approvisionnement énergétique.

Les offensives menées contre le Vénézuéla et l’Iran s’inscrivent dans cette visée et la guerre qui s’éternise en Ukraine sert les intérêts de Washington puisqu’elle rend les Européens encore plus dépendants. La Russie est d’ailleurs désignée par les stratèges allemands comme la première menace. En attendant, le complexe militaro-industriel américain profite d’une manne provenant de 1300 contrats signés avec 32 membres de l’OTAN.

Ludovic LAVAUCELLE
Synthèse n°2697,
25/05/2026




Géopolitique : Chine – Etats-Unis, entre rivalité stratégique et cordialité forcée

A Pékin, Xi Jinping impérial accueille avec placidité
les vanités et la quête d’amitié de D.Trump

Du 13 au 15 mai D.Trump a effectué une visite d’État en Chine. C’était aussi la première d’un président américain, neuf années après celle qu’il avait lui-même effectuée en 2017.

Au milieu de la prolongation de la guerre en Iran, à qui la Chine apporte un soutien économique et stratégique par ses achats détournés de pétrole, ses ventes de pièces d’équipements antiaériens sous couvert d’exportations duales, et son système de guidage missiles Beidou, la rencontre a clairement consacré – c’était l’un des objets de l’appareil, à l’attention de l’opinion chinoise et mondiale -, l’accession de la Chine au statut d’égal des États-Unis.

Au moment même où Vladimir Poutine que Xi Jinping a déjà rencontré plus de 40 fois, est attendu en Chine sous peu, le faste officiel de l’accueil de D.Trump a eu lieu au son des 21 coups de canon protocolaires par des cérémonies officielles réglées au cordeau dans un Pékin déserté dont l’avenue Chang An et la place Tian An Men avaient été fermées au public hormis la petite cohorte d’étudiants convoqués pour agiter en cadence et en sautillant des drapeaux chinois et américains.

Avant de mesurer l’impact concret de la visite commencée dès Washington par une déclaration de D.Trump, ayant distillé une inquiétude à Taïwan en annonçant qu’il discuterait des ventes d’armes à l’Île avec Xi Jinping, il est utile de passer en revue l’évolution de la relation sino-américaine en même temps que la montée en puissance de la Chine depuis la rencontre en 1972, en plein chaos de la révolution cultuelle, entre Richard Nixon et Mao.

Visites en Chine des présidents américains depuis 1972

On se souvient de Gerald Ford en 1975 qui rencontra Mao déjà très malade et Deng Xiaoping, trois mois avant sa destitution par Mao en avril 1976 qui décéda lui-même cinq mois plus tard ; de Ronald Reagan en 1984, visite d’État à la fois empreinte de défiance anticommuniste et de pragmatisme ; de Georges H.W Bush en février 1989, quatre mois avant la répression de Tian An Men ;

De celle de Bill Clinton, – visite d’État vue par Washington comme « une réconciliation et une normalisation » en juillet 1998, près de dix ans après le massacre de Tian An Men et un an et demi après le décès de Deng Xiaoping, artisan de la modernisation sans la liberté et porteur, depuis la fin des années 70, de l’idée du « socialisme aux caractéristiques chinoises », d’ouverture économique et de strict contrôle politique du pays par l’appareil toujours en vigueur aujourd’hui ;

Rappelons encore les quatre visites de Georges W. Bush fils, la première en 2001 à Shanghai pour l’APEC ; et les trois autres à Pékin, en 2002 marquée par une rencontre avec le très pragmatique Premier ministre réformateur Zhu Rongji ; en 2005, avec Wen Jiabao, à la fois admirateur du grand réformateur Hu Yaobang, mais très prudent dans la mise en œuvre des réformes réelles ;

La dernière visite de Bush fils eut lieu en novembre 2008, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin où Bush fils rencontra à la fois le Président Hu Jintao et Vladimir Poutine. Onze ans après la disparition de Deng Xiaoping artisan de l’ouverture économie sévèrement contrôlée par l’appareil, le PIB de la Chine avait explosé à 4660 milliards de $, quarante fois celui de 1972.

Encore handicapée par de profondes inégalités, la vieille Chine impériale avait néanmoins commencé à secouer la gangue moyenâgeuse dans laquelle elle était restée en partie engluée, même après les révolutions de 1911 et 1949.

Au passage, moins de deux années auparavant, premier signal du rapprochement stratégique opportuniste sino-russe à venir après le traité de bon voisinage de 2001 entre Moscou et Pekin, Poutine avait, lors de son discours à la conférence de Munich, le 10 février 2007, déjà souligné à quel point, seize années après l’effondrement du pacte de Varsovie en juillet 1991, l’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est, constituait une menace pour Moscou.

Il oubliait cependant que les anciens pays d’Europe de l’Est avaient majoritairement voté pour se rapprocher de l’Ouest – Union européenne et OTAN – par une série de référendums et d’élections commencées en 1997 qui se succédèrent jusqu’en 2003.

En parallèle des trois visites de Barack Obama, a surgi la crainte d’une menace chinoise

En novembre 2009, à Shanghai et Pékin, Obama rencontra le Président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le très conservateur président de l’ANP Wu Banguo, grand adversaire politique du réformateur pragmatique de Zhu Rongji.

C’est à cette époque, que, même chez les plus sinophiles, l’œil bienveillant de Washington à l’égard de la croissance chinoise commença à évoluer vers la perception d’une menace.

En 2014, à Pékin au sommet de l’APEC qui fut un apaisement en trompe-l’œil, passant sous silence les points d’achoppement majeurs dans le Pacifique occidental, en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan, devenu aujourd’hui une « ligne rouge », brandie sans esprit de recul par Xi Jinping (Lire : https://www.questionchine.net/l-apaisement-de-l-apec-et-les-hesitations-du-destin).

Du 4 au 7 septembre 2016, à Hangzhou, lors des sommets simultanés de l’APEC et du G.20, où par contraste avec le faste officiel d’État déployé lors des visites de D.Trump en 2017 et 2026, l’appareil avait même omis de dérouler pour Obama le tapis rouge, contrairement au protocole officiel réservé aux autres invités.

Alors que le PIB de la Chine avait atteint 11 200 milliards de $, la mauvaise humeur de la partie chinoise réagissait à la campagne présidentielle américaine entre D.Trump et Hillary Clinton, marquée par de continuelles attaques contre la Chine qui heurtèrent la sensibilité nationaliste du public chinois.

Il s’agissait, entre autres, des accusations de manipulations de la monnaie, de l’impérialisme agressif de la marine chinoise en mer de Chine du sud et autour de Taïwan, de la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme ainsi que des nombreuses études sur la captation des secrets industriels qui provoquèrent un brutal recul de la bonne image de la Chine dans l’opinion américaine.

Enfin, alors que Joe Biden ne s’était rendu en Chine que lors de son mandat de vice-président, la dernière visite d’État d’un Président américain organisée avec faste fut celle de Trump, lors de son premier mandat du 8 au 10 novembre 2017.

Déjà, à cette époque, le Président américain en quête d’un « deal », avait adopté un ton de conciliation. Tranchant avec celui de la campagne, il avait couvert d’éloges le président chinois et, prenant à contrepied la plupart des commentateurs, il évita même de blâmer Pékin de tirer profit de son excédent commercial.

Quant à la Chine, elle avait promis d’abaisser ses droits de douane dans les secteurs bancaires, de l’assurance, de la finance et des véhicules automobiles.

*

Cette fois, en pleine guerre en Iran allié de la Chine qui donne à Pékin un puissant levier stratégique, après la violente guerre des droits de douane de l’été 2025, la riposte chinoise de l’embargo sur les Terres rares et les restrictions de Washington frappant les hautes technologies, alors que les deux en quête « d’un accommodement raisonnable » sont convaincus de l’urgence d’éviter une escalade catastrophique des tensions, le contraste était total entre les amabilités flatteuses des bonnes paroles de Trump et le réalisme distant de Xi Jinping.

Dissonances et ambiguïtés

Le 14 mai, le jour même du départ de Trump dans un Pékin noyé dans la brume de Chine du nord et vidé de sa population, après un thé privé organisé par Xi en majesté dans la « nouvelle cité interdite  » de Zhongnanhai, résidence opaque des dirigeants chinois depuis 1949 ,aux portes frappées de la calligraphie de Mao, « Wei Renmin Fuwu – 为人民服务- Pour servir le peuple » – à 500 m à l’ouest du Mausolée du Grand Dirigeant, eut lieu un exemple frappant des dissonances du voyage que Trump rêvait comme « l’occasion de retrouvailles entre deux vieux amis. »

L’appareil chinois est en effet resté muet après les déclarations de Trump à Fox News selon lesquelles Xi Jinping qui se serait engagé à ne pas fournir d’équipements militaires à l’Iran, aurait aussi proposé d’aider à dégager le détroit d’Ormuz.

En marge du dîner de gala, alors que Pékin et Washington étaient déjà tombés d’accord sur la nécessité de libérer détroit d’Ormuz, Wang Yi le ministre des Affaires étrangères assis à côté de son homologue Marco Rubio, avait au demeurant sèchement répété l’appréciation de l’appareil sur les responsabilités de l’Amérique.

Il l’a fait, sans cependant dire un mot ni de l’arrière-plan hautement déstabilisant pour la région et le monde du terrorisme de Téhéran, ni sur ses projets d’arme nucléaire et sur son ambition mortelle d’éradiquer Israël de la carte.

« Il faut instaurer un cessez-le-feu et mettre fin aux hostilités. La sagesse chinoise ancestrale nous enseigne que les armes sont des instruments redoutables et ne doivent pas être utilisées sans discernement. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est ravagé par les flammes ».

« Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu ; elle ne profite à personne. L’histoire du Moyen-Orient a toujours démontré au monde que la force n’apporte aucune solution et que les conflits armés ne font qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises. Une fois encore, la Chine appelle à un arrêt immédiat des opérations militaires afin d’éviter une escalade incontrôlée de la situation et d’empêcher que le conflit ne s’étende.  »

Une autre dissonance majeure est apparue dans le contraste des discours, au cours desquels Xi Jinping a, au passage, rappelé au président américain que son pays n’était indépendant que depuis 250 ans, quand l’histoire chinoise était vieille de 5000 ans.

Quand D. Trump ne tarissait pas d’éloges sur lui-même et sur son « ami Xi Jinping » qu’à la grande satisfaction du public chinois il qualifia, comme il le fit pour lui-même, de « Grand dirigeant  », le President chinois rappela les tensions et les risques de conflit.

Opportunément, il retourna comme une chaussette à l’intention de D.Trump, les inquiétudes du politologue américain Graham Allison qui, en 2017, mettait déjà en garde ses compatriotes contre l’obsession américaine de la compétition pour le magistère mondial et les risques d’un emballement fatal du « piège de Thucydide  » (https://www.questionchine.net/du-devisement-du-monde-au-piege-de-thucydide)

« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le « piège de Thucydide » “中美能不能跨越‘修昔底德陷阱et créer un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances 开创大国关系新范式 ? »

« Peuvent-ils se concentrer sur le bien-être des peuples des deux pays et sur l’avenir de l’humanité, 能不能著眼两国人民福祉和人类前途命运 et bâtir ensemble un avenir prometteur 美好未来 pour leurs relations bilatérales ? »

Enfin, une sévère rupture des illusions d’harmonie diffusées à jets continus par D. Trump est survenue à propos de Taïwan, non pas lors des discours publics, mais au cours d’une des rencontres à huis clos.

Rapportée par un témoin, elle a été répétée à l’envie par les commentateurs, quand bien même elle n’indique aucun changement dans la position chinoise qui, depuis 1949 et malgré les évolutions politiques dans l’Île, considère qu’il n’existe « qu’une seule Chine » et que les deux devront être réunifiés sans faute d’ici 2049, centième anniversaire de la prise de contrôle de la Chine par le PCC.

« La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, 理得当 les relations entre les deux pays resteront globalement stables 能保持稳定. Si elle est mal traitée, les deux pays pourraient se heurter 碰撞 directement et même entrer en conflit 冲突 »

De très maigres résultats commerciaux et la persistance des tensions stratégiques

Concrètement le bilan commercial du voyage est resté très en-dessous des espérances, malgré la présence des grandes figures industrielles et technologiques de Boeing, Apple, Tesla, N’Vidia, et Meta. Pas d’avancée sur la vente à la Chine de microprocesseurs de très grande finesse, malgré la présence de Jensen Huang, PDG du géant N.Vidia ; Et seulement 200 Boeing commandés contre 300 lors de la visite de Trump en 2017.

Une des seules notes positives fut un succès par défaut. Les deux se sont mis d’accord pour continuer à respecter leur trêve commerciale conclue après l’avalanche des taxes douanières en 2025. A cet effet, ils ont mis sur pied un mécanisme dit «  Board of Trade » destiné à gérer la réduction progressive des droits de douane et suivre les engagements d’achat de part et d’autre.

Dans le secteur agricole, que les deux voient comme un domaine non sensible moteur possible de relations apaisées, Pékin s’est engagée à importer 25 millions de tonnes de soja en plus des 12 millions de tonnes déjà prévues.

En même temps, Washington espère que les achats chinois de produits agricoles s’élargiront de manière significative vers le maïs, le blé et la viande de porc. Sur ces secteurs Pékin a accepté de faire un geste, accordant des prolongations aux licences d’importation des abattoirs et des groupes américains conditionnant la viande bovine.

*

Sur les contentieux stratégiques majeurs de l’Iran et de Taiwan, le voyage qui a mis d’accord Washington et Pekin sur les urgences d’Ormuz et de la paix en Iran, a aussi fait surgir une ambiguïté à propos de la situation dans le détroit de Taiwan..

Confirmant publiquement depuis Pékin l’ancienne position de Washington bien connu des Taïwanais et acceptée par eux affirmant que l’Amérique ne viendrait pas au secours de l’Île « très éloignée des côtes américaines », si elle déclarait l’indépendance sans avoir été attaquée, D.Trump a aussi initié au moins un retard sinon un blocage de la validation des récents contrats de ventes d’armes destinés à l’Ile.

Le glissement supposé ou réel a touché un nerf sensible dans l’actuel gouvernement de l’Ile qui fait remarquer que l’abandon des ventes d’armes contreviendrait au Taiwan Relation Act, (1979). Disposition de droit interne validée par le Congrès en même temps que la reconnaissance de la Chine par Washington, le décret stipule que la Maison Blanche est tenue de fournir à Taipei les moyens de se défendre contre une agression chinoise.

La crainte d’un « Deal  »ir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

La crainte d’un « Deal  »

L’autre inquiétude taiwanaise qui monte, s’angoisse que D.Trump inquiet du prolongement de la guerre en Iran pourrait demander à Pékin de jouer les médiateurs auprès de Téhéran en échange d’un assouplissement en faveur de la position de Washington à propos de Taiwan.

Dans l’Ile, alors que secrétaire d’État Marco Rubio, prenait la parole pour affirmer que sur Taiwan la position de Washington restait inchangée, en substance « Tout ce qui obligerait ou imposerait par la force un changement à l’actuel statuquo serait problématique. », le Bureau des Affaires continentales, minimisait les conséquences de la rencontre, en rappelant que les déclarations de Pékin à propos de Taiwan n’étaient pas nouvelles.

En même temps, sur le même thème que la porte-parole du gouvernement Michelle Lee 李慧芝, le nº 2 du Bureau des Affaires continentales Liang Wen-chieh 梁文傑, soulignait que « le plus grand risque menaçant la paix dans le Détroit était l’intimidation militaire de la Chine par l’incessant déploiement d’avions et de navires militaires qui harcèlent Taïwan.  » (…)

(…) Il ajoutait que « si Pékin voulait que Washington cesse de vendre des armes défensives à Taïwan, il devrait cesser d’intimider militairement l’Île »

Il reste qu’aujourd’hui le Président Lai Qing De pour qui la situation se complique, est aux prises avec une partie de l’opinion et un parlement hostile qui, sans être favorables à une réunification avec le Continent est de plus en plus en phase avec le discours de Pékin répétant que les ventes d’armes à l’Ile sont des provocations pouvant mettre le feu aux poudres.

C’est notamment le discours de Cheng Li-wun, la nouvelle présidente du KMT qui, à contrecourant de l’histoire des héritiers de Tchang Kai-chek, vient d’être reçue à Pékin par Xi Jinping. Ce dernier, heureux de l’aubaine surgie des querelles internes taïwanaises, a saisi la balle au bond, ouvrant selon lui, la perspective d’une réunification en douceur :

« Les dirigeants de nos deux partis se rencontrent aujourd’hui afin de préserver 维护 la paix et la stabilité 和平稳定 de notre patrie commune 共同家园 ; de promouvoir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

 (Lire notre article https://www.questionchine.net/en-chine-cheng-li-wun-accuse-lai-qing-de-de-fomenter-la-guerre-et-celebre-la-paix-d )

Editorial de François DANJOU
Source questionchine.net
17 mai 2026

Source photo bandeau : Pixabay




Résistance : Annie Almand, mourir sans jamais parler

ANNIE ALMAND,
UNE ÂME IRREDUCTIBLE DANS LA TOURMENTE

En cette période de déséquilibre mondial où il est permis de douter de la nature humaine, il est bon d’évoquer la mémoire d’êtres qui, même s’ils n’ont pas accompli ces actes qui font les manuels d’histoire, par leur exemple de constance dans le courage, « remettent les pendules à l’heure ».

Annie Almand fut l’un d’eux, de ceux qui résistèrent à la torture pour ne pas mettre en danger leurs compagnons de lutte.

Le 30 juin 1944, Annie Almand a 23 ans. C’est une belle jeune femme au visage fin, au regard droit et intelligent, professeur de Latin, grec, français au collège de Lure (Haute-Saône). Elle apporte à la prison de Dijon un colis pour son frère Edouard, incarcéré par les Allemands pour ses activités de résistance (dans le réseau Marco qui sera plus tard affilié au SR Kléber). Pour lui, sa sœur est devenue une précieuse auxiliaire.

Dans le colis est dissimulée une lime. Celle-ci découverte, Annie est immédiatement arrêtée et inculpée de complicité.

Elle mourra dès son retour de Ravensbrück, le 23 juin 1945, mais aura le temps de raconter à sa famille les étapes de son calvaire, et son frère, lui aussi rescapé des camps, retranscrira fidèlement son témoignage.

Dès son arrestation, elle est interrogée par la Gestapo « 20 juin 1944.

[…]

Marie GATARD
Administratrice de l’AASSDN

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

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Ukraine-Russie : L’heure des bilans

Après quatre ans de guerre, l’heure des bilans s’annonce sévère bien que ceux ci soient différenciés. C’est avec beaucoup de peine que j’ai rédigé cet article. D’abord, en qualité de Consul général de France à Kiev (URSS), puis comme premier Ambassadeur en Ukraine en 1991, j’ai assisté, en direct, à la réalisation d’un
rêve séculaire du peuple ukrainien. Accéder à l’indépendance. Celle-ci a été obtenue, non sans difficulté mais sans effusion de sang, comme je le relate dans mon ouvrage publié chez Flammarion, « Journal du premier Ambassadeur de France à Kiev ». La paix injuste mais nécessaire qui s’annonce donne une vague idée de l’immense gâchis. Ensuite, en qualité de diplomate, j’ai pu mesurer au fil des jours l’effacement de notre diplomatie dont les « coups de com » à usage domestique ne leurrent aucunement nos partenaires et encore moins nos adversaires.

La communication n’est pas de la diplomatie. La suppression, à défaut de le réformer, du corps diplomatique, exception française, est une erreur grave dont on mesurera la portée trop tard, quand
le mal sera fait, tout comme, par exemple, après avoir laissé se déliter notre industrie nucléaire. (Les soudeurs notamment, élément essentiel à la sureté nucléaire, font désormais cruellement défaut et
nous sommes devenus incapables de remédier rapidement à cette carence). La dissolution du corps diplomatique, se traduira demain par une perte de mémoire collective, alors que celle-ci semble déjà
nous manquer.

1. Bilan dramatique pour Kiev

    • Les pertes humaines, encore difficiles à recenser, sont de l’ordre du million de victimes, mortes au combat ou blessés ou traumatisés, durant les bombardements russes sur les villes. Les déplacés à l’intérieur et hors d’Ukraine se comptent par millions.Une économie dévastée, tant au niveau des infrastructures particulièrement visées par les bombardements russes, de l’industrie que de l’agriculture avec les champs de mines.
    • Des finances proches de la banqueroute et de surcroît gangrenées par une corruption endémique.
    • Un territoire amputé. Quelle que soit la solution retenue, Kiev, sauf coup de théâtre, devrait entériner la perte, plus ou moins définitive, selon la formule retenue, cessez le feu ou accord de paix, de près de 20 % de son territoire dont la Crimée et tout ou partie du Donbass.
    • Une société traumatisée qui devra affronter une crise politique et morale majeure sur le thème de l’injustice. Les soldats, de retour du front, sans avoir capitulé, après s’être battus avec une bravoure qui ne peut que susciter l’admiration, pourraient légitimement nourrir un sentiment d’amertume à l’égard des plus de deux millions de jeunes qui ont fui, souvent avec l’accord du gouvernement, leurs obligations militaires. C’est donc à une crise d’envergure qu’ il faut se préparer à affronter dans ce pays qui, contrairement aux présentations idylliques de certains de nos médias, n’a pas atteint un niveau de démocratie réelle. Les risques de propagation ne sont pas à négliger.
      Des garanties de sécurité très incertaines devraient assurer que de tels événements ne se reproduisent…. Sans ratification par le Congrès des États-Unis et sans réarmement – réel – de l’Europe, ces garanties seront aléatoires. L’absence de dispositifs analogues à ceux de l’article 5 de l’OTAN rendrait illusoire la valeur des engagements souscrits.
    • Le phénomène essentiel est qu’une Ukraine nouvelle consciente de ses destinées s’est forgée dans le sang et dans la résistance. Elle pourrait réserver de bonnes surprises. L’impasse faite par les dirigeants ukrainiens mais également français sur la réélection possible de D. Trump a également son coût. Il est élevé. Une diplomatie avisée auraitdu ménager les deux options durant la campagne électorale comme cela est de tradition et admis aux États-Unis.Si la responsabilité de la Russie est incontestable, celle de ceux qui n’ont pas su anticiper, prévenir ni arrêter, tant qu’il en était encore temps, ce désastre, feront l’objet d’études de la part des historiens….

    2. Bilan consternant pour l’UE

    Les pays constituant l’Union européenne n’ont globalement pas souffert de manière dramatique de cette crise en Europe.

    […]

    Hugues PERNET
    Premier ambassadeur de France en Ukraine

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    Equipement : Réarmement européen sous influence américaine

    L’Europe a commandé pour 184 milliards de $ d’armes américaines depuis 2022,
    comment les a-t-elle financées ?

    La Defense Security Cooperation Agency (DSCA) fait partie du ministère de la Guerre américain et publie les autorisations d’exportations d’armes. Les dates d’agrément des ventes diffèrent parfois significativement de celles de décaissement des fonds et de livraison des marchandises. La première représente néanmoins un indicateur avancé. L’accent fut mis sur l’insuffisance des dépenses européennes d’armement dès le premier mandat du président Trump.

    Les pays européens (Royaume-Uni compris) n’en avaient acheté que 8 milliards par an aux États-Unis en 2017 et 2018. Le sommet de l’OTAN en 2018 entraîna un changement de comportement. De 2019 à 2021, les importations européennes doublèrent, passant à 15 milliards par an. Sur les 60 milliards de ventes américaines entre 2017 et 2021, le Royaume-Uni représentait le premier client (23 %), suivi par l’Italie (14 %), la Norvège (7 %), l’Allemagne et la Suède (5 %).

    Les pays européens commandèrent massivement de l’équipement dès les prémices d’une possible opération militaire russe, fin 2021. Leurs intentions d’achat ne firent que croître avec le développement du conflit russo-ukrainien. Entre novembre 2021 et janvier 2026, la DSCA a autorisé pas moins de 184 mil
    liards de dollars de ventes à l’Europe, une hausse de plus de 340 %. À titre de comparaison, les exportations d’armes russes dans le monde entier ont représenté 27 milliards sur la même période. Les commandes européennes n’étaient pas toutes liées à l’Ukraine puisqu’elles comprenaient par exemple des frégates pour la Grèce (9,4 milliards) ou des catapultes électromagnétiques pour le futur porte-avions français (1,32 milliard). Une partie des importations européennes a pu être donnée à liards d’achats directs ukrainiens ne comptabilisent pas les donations américaines enregistrées dans un autre circuit. Depuis le mois de juillet 2025, les États-Unis ont autorisé principalement la fourniture de services de maintenance à l’Ukraine, à hauteur de 1,2 milliard de dollars.

    Sur les 184 milliards d’armes acquises par les Européens, 38,4 correspondent à de nouveaux avions ou à la mise à jour de flottes existantes de F-35 (24,5 pour l’Allemagne, la Grèce, la Pologne et la République tchèque), F-16 (10,3 en Bulgarie, Belgique, Turquie, Roumanie, Pologne et Ukraine) et Orion (1,8 pour le Danemark). La Pologne (9,75) et la Roumanie (2,5) se sont procuré le matériel lourd (chars Abrams). 28,3 milliards ont été investis dans des hélicoptères par la Pologne, l’Allemagne, la Norvège et la Grèce. Les achats de missiles et des systèmes associés ont atteint 77 milliards (28 de Patriot ; 14,2 d’AMRAAM ; 12,9 de HIMARS ; 12,8 de missiles divers (Tomahawk, Hellfire, Jagm, Stinger) ; 2,5 d’AARGM-Ers ; 3 d’AGM 158B ; 2 de Javelin et 1,6 de Sidewinder). Les États-Unis ont aussi vendu 28,5 milliards de matériels variés. Les principaux bénéficiaires de ces contrats sont les fabricants Lockheed Martin (49 milliards), et Raytheon (24 milliards) et des partenariats entre ces deux sociétés (38 milliards).

    […]

    Jean-Sébastien FEGER
    Economiste.
    Auteur de « la divergence T2 » sur les politiques monétaires
    et les déséquilibres des soldes Target 2 dans la zone euro.

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