Souveraineté globale : La France des 13 fuseaux horaires. 

L’outre-mer échappe à la réflexion stratégique française.

Ce qui frappe l’observateur de l’outremer français (ou des outremers, comme il est désormais convenu de dire), c’est une étrange juxtaposition. D’un côté, les mots pieux qui abondent pour le célébrer : des adresses rituelles des candidats à la magistrature suprême (« chers compatriotes de métropole, de l’outremer et de l’étranger ») à l’axe indopacifique rêvé en son temps par M. Macron qui, de Paris à Canberra en passant par New Delhi, devait se prolonger « de Papeete à Nouméa ». De l’autre, la réalité d’une profonde ignorance de ces territoires, de leur abandon à leur souvent triste sort, et, il faut le dire, d’un grand mépris. Comme dans les banlieues de Paris ou Marseille, cet abandon et ce mépris ne sont en rien incompatibles, bien au contraire, avec de larges transferts financiers. Le chèque social est le revers du déploiement quasi militaire des forces de l’ordre, les centaures de la Gendarmerie étant voués, de Nouméa à Fort-de-France, à devenir une marque permanente de la présence française dans ses anciennes colonies.

Des confettis d’empire ?

« Colonies » : le mot qui fâche est lâché. Il faut l’affronter. Depuis 1946, la France n’a plus, juridiquement, d’empire. Les quatre colonies historiques de Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion ont été départementalisées (loi du 19 mars 1946), rejointes en 2011 par Mayotte. Les autres sont devenues des territoires, puis des collectivités, d’outremer avec des statuts d’autonomie de plus en plus poussés, nulle part davantage qu’en Nouvelle-Calédonie. Mais le mot reste : tout le monde a parlé dans les années 1950 et 1960 de la « décolonisation » de territoires qui ne l’étaient plus, et toujours aujourd’hui, le projet d’accord signé à Bougival le 12 juillet 2025 évoque « une nouvelle étape sur la voie de la décolonisation » de l’archipel calédonien.

De fait, la relation de la métropole française (96 % de la population) aux 2,8 millions d’Ultramarins n’a jamais été clarifiée. Ces territoires sont-ils même « la France » ? La doxa politique et administrative le soutient, mais géographiquement, ce n’est pas le cas : la France a toujours été considérée comme une terre d’Europe. Linguistiquement, il est très difficile quand on prend un avion à Melbourne pour aller à Nouméa de dire qu’on va « en France » : tout le monde comprendrait qu’on part dans une autre direction. Peut-être la réponse est-elle que ces terres sont françaises sans être la France(auquel cas il serait grand temps de réfléchir à ce qu’est une colonie après l’empire), ou bien alors que le mot « France » a plusieurs sens, dont il faudrait nettement clarifier l’usage.

L’interrogation semble technique, mais elle nous paraît fondamentale : car, si nos élites (parisiennes, c’est quasiment une tautologie) n’ont aucune ambition réelle pour les outremers, c’est que non seulement ils ne les connaissent quasiment pas, mais qu’il n’y a pas de place dans leur compréhension de la France et du monde pour ces « confettis » rescapés du passé. Quand ils ne se sentent pas obligés de les flatter pour des raisons électoralistes, ils les voient comme un anachronisme. Des territoires qu’on aurait, précisément, oublié de décoloniser.

Il est vrai que, quand on commence à prendre au sérieux ce que nous avons appelé « la France aux 13 fuseaux horaires », cela oblige à repenser tout ce que nous croyions vrai de la France (au sens de République française). À Nouméa, la loi n’est pour l’essentiel pas votée par l’Assemblée nationale et le Sénat, mais par le Congrès de Nouvelle-Calédonie. La monnaie en vigueur est le franc pacifique. L’élection présidentielle n’a pas lieu au printemps, mais à l’automne. Et on n’est pas dans l’Union européenne. À Saint-Jean-du-Maroni, dans la forêt d’Amazonie, les enfants bushinengués qu’on croise, nus, dans la rue sont des citoyens français, et la coopération transfrontalière de la gendarmerie de l’orpaillage illégal s’effectue avec le Brésil (en revanche, on est bien dans l’Union européenne).

Décentrer le regard

Pour appréhender l’immense atout que représente pour la France son outremer, il faut donc avant tout opérer un décentrement du regard. Il faut cesser de regarder la France comme une réalité européenne qui aurait, dans le meilleur des cas, des extensions dans différentes parties du monde. Il faut accepter que la France ne se confond pas avec la France européenne : on pourrait aller jusqu’à dire que la France n’est pas un pays européen, au sens en tout cas où elle n’est pas uniquement un pays européen.

Il existe évidemment une France européenne : c’est, on l’a dit, la France au sens géographique du terme, et telle qu’elle était entendue au moins jusqu’en 1946 (et peut-être toujours dans le langage ordinaire). Mais il existe aussi une France américaine – ou, si on préfère le dire ainsi, des territoires français des Amériques – qui vit en Guyane, à la Martinique, en Guadeloupe (dont ont été détachés Saint-Martin et Saint-Barthélemy) et à Saint-Pierre-et-Miquelon, dernier témoin de ce qui fut la « Nouvelle-France » sur laquelle Jacques Cartier planta le pavillon royal sous François Ier. Il existe une France indo-océanique, à travers La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises. Il existe enfin une « France pacifique » : Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Polynésie française (et la possession domaniale de Clipperton). Cette dernière est la seule à avoir fait l’objet d’un projet d’organisation politique distincte, avec la Communauté française du Pacifique, dont le seul vestige se trouve sur les billets de banque du « franc CFP ». Peut-être y aurait-il grand intérêt, vu la manière dont la France extra-européenne se répartit de manière si claire en trois blocs, à les structurer, de manière formelle ou informelle, à cette échelle.

La France, État-monde

Une fois que l’on comprend que la France a ainsi quatre dimensions, certes d’importance inégale – européenne, américaine, indo-océanique et pacifique –, le regard qu’on porte sur elle se modifie en profondeur. En effet, s’il y a une chose qui caractérise la France, c’est d’être un État-monde. Aucun autre pays ne peut pareillement dire qu’il a une envergure mondiale : ni les États-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni la Chine. Le Royaume-Uni a lui aussi conservé quelques morceaux d’empire, mais, après le dramatique abandon des Chagos, ils sont tous – le minuscule îlot de Pitcairn excepté – dans l’océan Atlantique, et ils n’ont jamais fait partie du Royaume-Uni ; quant aux États-Unis, si leur réseau de bases militaires leur donne en pratique une présence mondiale, celle-ci n’est absolument pas intégrée à l’environnement régional. La France, elle et elle seule, peut dire sans ciller qu’elle est chez elle partout – si ce n’est sur tous les continents, du moins tous les océans de la terre. À cet égard, plus que peut-être jamais dans son histoire, surtout après la mort programmée de la Françafrique, ce qui reste de puissance française est aujourd’hui maritime. Bien plus que la dissuasion nucléaire, désormais « démocratisée » et largement dépassée, c’est cela qui permet à la France de justifier le rang qu’on lui prête toujours quatre-vingts ans après qu’elle est devenue membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU : elle est un pays qui se déploie sur la moitié des fuseaux horaires de la terre.

Cet argument pourrait paraître à beaucoup très abstrait, et, de fait, il l’est. Il faut reconnaître qu’il y a quelque chose d’exaspérant à entendre répéter que « la France possède la deuxième zone économique exclusive du monde » lorsqu’elle n’en fait à peu près rien, laissant ses droits d’exploitation soit être pillés par d’autres, soit rester en jachère. De même, il est bien beau d’envoyer des détachements de militaires (accompagnés d’un gendarme en cas de procédure judiciaire !) tourner tous les quarante-cinq jours sur les îles Éparses, ou d’effectuer des « missions de souveraineté » sur les îlots Matthew et Hunter que nous conteste le Vanuatu, mais cela a-t-il la moindre incidence concrète ? On en revient au syndrome post-colonial : chez une majorité, un sentiment de vague culpabilité qui se résout en subventions à tout-va ; chez la minorité, un sentiment abstrait de grandeur qui oscille entre formules creuses et arrogance très réelle, toujours aujourd’hui, entre beaucoup d’administrateurs de l’État « blanc » et les populations locales. Tout sans doute est-il à reprendre sur la base d’un respect mutuel et d’une fierté partagée à appartenir, chacun grâce aux autres, à un grand pays héritier d’une grande histoire.

“L’outre-mer doit intégrer la pensée stratégique française”

Renouer les liens

Avant tout, il s’agit de changer de regard et d’intégrer réellement cette plus grande France au récit (« roman ») national sans lequel aucun pays ne peut prospérer. Connaître l’outre-mer, le respecter, l’aimer, l’intégrer pleinement à la nation française et sa manière de se penser elle-même, de telle sorte que ces territoires ne soient plus vus comme des anomalies dont on ne sait que faire ; mais aussi bien évidemment attendre d’eux qu’ils contribuent pleinement (4 % de la population et 18 % du territoire national, ce qui n’est pas rien) et se prennent en charge. Cela exige de sortir d’un rapport de dépendance et de mépris – aujourd’hui hypocritement caché, mais toujours bien réel – et d’établir un lien mature et responsable entre, d’une part, ces territoires et la métropole et, d’autre part, ces territoires (ou groupes de territoires) et leur environnement régional.

Car, de fait, si ces territoires sont souvent mal français – ne s’aimant guère eux-mêmes en tant que territoires français d’Amérique, de l’océan Indien ou du Pacifique, et mettant trop souvent leur mal-être social sur le dos de la métropole –, ils sont souvent aussi mal intégrés à leur environnement régional. Il suffit pour comprendre l’étendue du problème de regarder la carte des liaisons aériennes (mais tout aussi bien les produits disponibles en grande surface, et le chemin qu’ils ont suivi – souvent en transitant par l’Europe ! – pour se retrouver là). Le président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie a dû récemment admettre qu’il était difficile pour lui de participer au Forum des îles du Pacifique, car les gens… y parlaient anglais : la France des outremers reproduit les pires tares de la France métropolitaine, alors même qu’elle peut encore moins se le permettre.

Le rôle de la puissance publique

L’ambition de la France pour ses outremers (qui est avant tout une ambition pour elle-même de la France tout entière, et une ambition pour eux-mêmes de ces territoires) n’a en un sens rien de très original : il s’agit simplement de les faire prospérer, comme on le voudrait de l’ensemble du pays, et de rayonner ainsi régionalement, comme la France métropolitaine essaye de le faire en Europe. Comme souvent, la responsabilité de l’État n’est pas de faire directement ce qui ne lui appartient pas, mais de procurer les conditions de possibilité pour que d’autres le fassent : qu’il s’agisse des acteurs économiques (qui ont besoin qu’on libéralise des règles souvent absurdes, mais aussi de pouvoir recruter des gens capables d’opérer dans un environnement régional multilinguistique et multiculturel), ou des acteurs publics locaux qui ont besoin de pouvoir avoir des relations d’égal à égal avec leurs partenaires locaux sans passer par Paris (même si une forme de tutelle est inévitable pour maintenir l’unité nationale). Il n’est pas normal que La Réunion ne puisse entretenir de relations avec la Chine ou l’Inde qu’en passant, soit par Paris, soit par les diasporas. Il est fondamental de repenser le cadre juridique, administratif, politique, éducatif, culturel ou humain qui permettra à ces territoires d’être à la fois mieux français et mieux, qui américain, qui indo-océanique, qui pacifique.

Mais il y a bien sûr des choses qui relèvent directement de la puissance publique nationale. L’une est le militaire. Il paraît évident, et plus évident encore après que nous eussions été chassés d’Afrique, que les territoires ultramarins devraient être considérablement renforcés comme points d’appui du déploiement permanent de nos forces armées en dehors de métropole. Il est vrai que les moyens ne sont pas infinis, mais à l’heure où l’on parle d’augmenter le budget de la défense à 5 % du PIB, il est parfaitement réaliste d’envisager d’avoir, à partir de ce qui existe déjà, une très grande base dans chacun des trois bassins, en lien avec la BITD. Non seulement cela se justifie en soi, mais, partie intégrante d’une politique de véritable développement économique, rapporterait beaucoup plus à long terme que les moyens investis.

L’exemple du nucléaire

Parmi les autres grands projets que seul l’État peut porter, le meilleur exemple est sans doute celui du nucléaire de petite taille : technologie absolument indispensable pour avoir une électricité abordable et que la France est à l’heure actuelle une des rares à maîtriser. On voit ici une illustration presque parfaite de la manière dont une logique vertueuse pourrait s’enclencher avec un peu de volonté. Une petite centrale nucléaire en Nouvelle-Calédonie serait un moyen de mettre en œuvre et de peaufiner une technologie de pointe dans un contexte de compétition internationale ; de sauver potentiellement la « filière nickel » qui se meurt avant tout du coût prohibitif de l’exploitation du minerai, notamment à cause de l’électricité ; et d’illustrer concrètement – y compris aux yeux des Kanaks, dont l’emploi en dépend – le caractère vital du lien avec la métropole, avant d’éventuellement s’exporter dans la région.

Le domaine de la mer (« l’économie bleue ») est un autre exemple évident, et il y a en a beaucoup d’autres. L’outremer de la France constituant, depuis le départ du Royaume-Uni, l’essentiel de celui de l’Union européenne, on mesure ce qui pourrait être mobilisé à son profit en termes de financement, de relais d’influence, etc. La construction européenne a trop tourné, depuis 1995, au bénéfice de l’Allemagne : après lui avant tant concédé, la France devrait pouvoir exiger que son partenaire allemand mette toute la puissance européenne derrière la spécialisation militaire et ultramarine (les deux étant évidemment distincts, mais à notre sens indissociables) de la France.

L’ambition est avant tout une question de vision : le reste, certes fondamental, viendra ensuite, car ce n’est que de manière organique que ces choses peuvent grandir.

Éric DESCHEEMAEKER
Professeur à l’université de Melbourne
Revue Conflits
31 janvier 2026

Source photo : AI




Histoire : Mistinguett, une espionne du music-hall au service de la France ?

Mistinguett,
« la miss aux belles gambettes » a-t-elle sauvé la France en 1918 ?

Le 6 janvier 1956, le général Maurice Gamelin se présente au château de Vincennes. Octogénaire, l’ancien commandant de l’armée française durant la « drôle de guerre » veut faire consigner des révélations sur une femme décédée la veille : une vedette du music-hall à qui la France doit bien plus qu’elle ne l’imagine. Sa déposition restera secrète pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’à ce que l’historien Bruno Fuligni l’exhume en 2010. Il se souvient : « Je travaillais sur les services de renseignement français. Au château de Vincennes, dans les archives militaires du Service historique de la Défense, le document de Gamelin a attiré mon attention. La vedette en question aurait servi la France durant la Grande Guerre et fourni une information capitale en 1918 permettant de briser la dernière offensive allemande. » Son nom : Jeanne Florentine Bourgeois, alias Mistinguett. 

D’abord amusé, Bruno Fuligni est très vite intrigué. La « miss aux belles gambettes » aurait influencé le sort de la Première Guerre mondiale ? L’enquête mérite d’être approfondie.

Mistinguett, « l’un des monuments les plus célèbres de la capitale »

Le 5 janvier 1956, la mort de l’interprète de Mon homme ou Ça, c’est Paris connaît un retentissement mondial. Avec l’Arc de triomphe et les Invalides, Mistinguett est considérée comme « l’un des monuments les plus célèbres de la capitale »[1]. Née à Enghien-les-Bains en 1875, Jeanne Florentine Bourgeois grandit à Soisy-sous-Montmorency, au nord de Paris. De « bourgeois », elle n’a que le nom. « Son père est un immigré belge quasi illettré. Sa mère, née à Lille, est issue d’une famille originaire de Gand, narre Bruno Fuligni.Tous deux sont plumassiers. Ils vident de vieux matelas pour en renouveler la garniture, un travail pénible et mal payé. » Des années plus tard, Jeanne, devenue Mistinguett, se parera de magnifiques costumes à plumes.

Si, dans ses Mémoires, Mistinguett embellit le portrait de son enfance, l’histoire n’est pas si simple. « Les décès tragiques se succèdent chez les Bourgeois : un frère meurt jeune, écrasé par la charrette d’un laitier ; un autre disparaît en bas âge ; le père aurait été tué par son épouse lors d’une soirée de soulographie », raconte l’historien. Culottée et débordante de vie, la petite Jeanne se lance à l’assaut de la capitale, voyant dans le spectacle un moyen d’échapper à la misère. Elle monte sur scène pour la première fois au Casino de Paris, en 1893, à tout juste 18 ans. Son ascension est fulgurante.

Contre un laissez-passer, la reine du music-hall collectera du renseignement

« J’ai trouvé son dossier à la Préfecture de police, se remémore Bruno Fuligni.Un passeport émis en 1914 portait la mention : “Délivré par le Gouvernement militaire de Paris qui l’avait fait demander au cabinet”. Les tampons révèlent ses déplacements : Italie, Angleterre, Suisse… » Ce parcours correspond au récit de Gamelin et aux Mémoires de Mistinguett. La vedette a donc bien multiplié les missions pour le renseignement militaire. « C’est elle qui vient offrir ses services, dès 1914, par amour pour Maurice Chevalier, très populaire à l’époque, poursuit l’historien.Mobilisé, il aurait été fait prisonnier par les Allemands. Pour en avoir le cœur net, il faudrait se rendre à Genève, siège de la Croix-Rouge. » Mais la Suisse neutre n’est pas accessible librement. 

Entrant en contact avec le Grand quartier général, la chanteuse propose un marché : « Contre un laissez-passer, elle ramènera des informations d’hommes influents qu’elle fréquente, comme les rois d’Espagne ou d’Italie », explique l’historien. Le 2e Bureau du Gouverneur militaire de Paris accepte. Si Chevalier est libéré en 1916, cela n’arrête pas pour autant Mistinguett.

« En 1918, le prince de Hohenlohe, aristocrate allemand épris d’elle, lui conseille de quitter Paris : une grande offensive se prépare, non en Picardie, comme le pensent les Français, mais en Champagne, près de Reims. » Mistinguett transmet aussitôt l’information. La suite est connue. Le 14 juillet 1918, les Allemands attaquent effectivement dans les environs de Reims : c’est la seconde bataille de la Marne. L’offensive échoue. Tués, blessés et prisonniers confondus, les pertes allemandes atteignent 168 000 hommes en une semaine. « Son renseignement seul n’a pas suffi, tempère l’historien. L’observation aérienne, des opérations menées dans les tranchées ennemies ou le décryptement de messages allemands ont confirmé l’information. Mais grâce à elle, les Français ont su très tôt où frapperait l’ennemi. »

La vérité sous le sceau du secret-défense…

Appréciée des poilus, Mistinguett ne sera jamais officiellement honorée pour son action. Pire. Lors des « procès de trahison » de l’été 1918, l’ancien ministre Louis Malvy, se défendant, accuse le 2e Bureau d’avoir constitué « une police particulière » incluant « une danseuse comme Mistinguett ». « L’idée qu’elle est une moucharde se répand. “Mistinguett a la peau lisse”: c’est le jeu de mots en vogue. Elle vendrait ses amis du spectacle », explique l’historien. La vedette pourrait se défendre en dévoilant son véritable rôle, mais elle ne le peut : révéler la vérité trahirait le secret-défense.

Deux voix masculines plaideront pour elle. Dans Les Espionnes à Paris publié en 1922, le commandant Massard fustige les agentes pro-allemandes, mais fait une exception pour une « miss très distinguet » dont il ne peut révéler son nom. Décrivant son courage, il demande « qu’on répare cette injustice et que le gouvernement témoigne à cette Française la reconnaissance à laquelle elle a droit »[2]. Trente ans plus tard, le général Gamelin témoigne à son tour en faveur de « cette brave Mistinguett », afin de réparer l’oubli.

Direction du Renseignement Militaire
05 janvier 2026
Série Mémoire : Ils ont marqué l’histoire du renseignement français – épisode 12

[1] Mistinguett est morte, par Jean Couvreur, article publié dans Le Monde, le 6 janvier 1956

[2] « Dans les petites femmes qui ont joué un rôle dans l’espionnage, il en est qui sont connues de tout Paris, de toute la France et même de toute l’Europe, voire des deux Amériques. L’une d’elles est une chanteuse de music-hall qui a fait et qui fait encore la joie des Parisiens et des Bruxellois. Nous ne devons pas la nommer bien que M. Malvy, très maladroitement, ait prononcé son nom devant la Haute Cour. Disons, seulement, que les Anglais déclarent que c’est une miss très distinguet. Ajoutons qu’elle a de jolies jambes, qu’elle a de l’esprit jusqu’au bout des doigts… de pied, et qu’elle a le don de provoquer le fou rire. Nous n’en dirons pas plus, car il ne faut pas qu’on la reconnaisse ! » – Commandant Émile Massard, Les espionnes à Paris (1922)

Pour aller plus loin 

Mistinguett – La danseuse qui a sauvé la France, Bruno Fuligni, Buchet-Chastel (2025) 

« On la connaissait meneuse de revue, vedette du Moulin-Rouge. On ignorait sa carrière d’espionne durant la Première Guerre mondiale… »

Sources photos : DRM
Source photo couverture article : IA




Vidéo. L’Iran : Entre puissance et chaos !

Dans cette nouvelle émission, Claude Medori et Alain Juillet reçoivent Maître Ardavan Amir-Aslani, avocat franco-iranien, qui nous apporte un éclairage différent des médias occidentaux sur la situation en Iran. Au moment où le président Trump positionne une puissance hors norme autour de l’Iran, quelle pourrait être l’incidence géopolitique mondiale de stabiliser ce pays ?

Date de mise en ligne : 06/02/2026
Durée : 00:44:25
Compte YouTube : Open Box TV




Conférence. “Les sociétés du silence. L’invisibilité du crime organisé” avec Jean-François Gayraud

Titre de la conférence : “Les sociétés du silence. L’invisibilité du crime organisé.”

Cadre de la conférence : Cycle 2026 l’institut FMES

Intervenant : Jean-François GAYRAUD, Directeur de l’Académie du renseignement. Commissaire général de la police nationale, il a réalisé l’essentiel de sa carrière dans le renseignement et la lutte contre le terrorisme. Il est par ailleurs l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages traitant de criminologie, de géopolitique du crime ou de renseignement

Organisateur : Institut FMES

Date de la conférence : Jeudi 12 février de 18h30 à 20h
Attention : Une séance de dédicace de son livre sera organisée à 18h avant le début de la conférence à 18h30.

Format de la conférence : Présentiel

Lieu : Faculté de droit, 35 av. A. Daudet – Campus de Toulon – Porte d’Italie

Gratuite /Payante : L’entrée à cette conférence coûte 8 euros et est gratuite pour les moins de 27 ans, les membres de l’université de Toulon ainsi que pour les adhérents 2026 de l’institut FMES.

Comment s’inscrire ? En cliquant ICI

[ La conférence ne sera ni filmée, ni diffusée en direct, ni mise en ligne ultérieurement.]




Industrie : LMB Aerospace vendue à Loar Group

LMB Aerospace vendue à Loar Group :
une opération stratégique sous contrôle de l’État

LMB Aerospace change de pavillon et entre dans une nouvelle ère industrielle. La PME corrézienne, fournisseur clé de la défense française, a été cédée à l’américain Loar Group, déclenchant une vive controverse politique et stratégique.

Entre impératifs de souveraineté, garanties étatiques et logique de consolidation transatlantique, la vente de LMB Aerospace cristallise les tensions actuelles autour du contrôle des actifs sensibles de la base industrielle et technologique de défense.

La vente de LMB Aerospace à l’américain Loar Group a été finalisée fin décembre 2025, après validation formelle des autorités françaises. LMB Aerospace, spécialiste des systèmes de refroidissement et de ventilation embarqués, équipe des programmes majeurs des forces armées françaises. Cette opération, autorisée par Bercy dans le cadre du contrôle des investissements étrangers, intervient dans un contexte de sensibilité accrue sur la protection des technologies militaires et sur l’ouverture du capital d’entreprises jugées stratégiques.

LMB Aerospace et Loar Group : une vente sous haute surveillance

La cession de LMB Aerospace à Loar Group s’est conclue pour un montant de 367 millions d’euros, auxquels s’ajoute la reprise de la dette nette, selon les informations communiquées par le groupe acquéreur et confirmées par la presse nationale. Cette transaction place LMB Aerospace sous le contrôle d’une holding américaine cotée à New York, spécialisée dans les équipements aéronautiques et de défense. Toutefois, dès l’annonce de l’opération, le gouvernement français a tenu à encadrer strictement les conditions de la vente de LMB Aerospace, en invoquant la sensibilité des activités concernées.

Ainsi, l’État français a mis en place une action spécifique, communément qualifiée de golden share, afin de conserver un droit de regard sur les décisions jugées critiques. Ce mécanisme permet notamment d’opposer un veto à certaines opérations portant sur la localisation des activités, la cession d’actifs stratégiques ou la protection des savoir-faire. Selon le ministère de l’Économie, les services de l’État assureront un suivi rapproché et durable du respect de ces engagements, comme l’a indiqué Bercy dans une déclaration reprise par Le Monde.

Dans le même temps, Loar Group a souligné que l’intégration de LMB Aerospace s’inscrivait dans une stratégie de croissance industrielle cohérente. Le groupe américain a précisé que l’entreprise corrézienne conserverait ses implantations françaises et son périmètre d’activité. Selon les projections communiquées par Loar Group, LMB Aerospace devrait générer environ 60 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2026, pour un EBITDA ajusté estimé à près de 30 millions de dollars.

LMB Aerospace, un maillon stratégique de la défense française

Fondée en 1956 à Malemort-sur-Corrèze, LMB Aerospace s’est imposée comme un acteur de niche dans la conception et la fabrication de ventilateurs et de moteurs électriques destinés aux environnements critiques. LMB Aerospace fournit des systèmes de refroidissement indispensables à la fiabilité des équipements militaires, notamment pour l’avion de combat Rafale, l’hélicoptère Tigre ou encore certains systèmes embarqués terrestres et navals. Cette position en fait un fournisseur récurrent des grands maîtres d’œuvre de la défense française.

Selon les données publiques, LMB Aerospace emploie environ 75 salariés hautement qualifiés. L’entreprise réalise une part significative de son activité à l’export, avec près de 30 % de son chiffre d’affaires déjà réalisé aux États-Unis avant la vente. Cette internationalisation progressive a été avancée par ses anciens dirigeants pour justifier l’ouverture du capital et la recherche d’un adossement industriel plus large.

Cependant, cette vente de LMB Aerospace a suscité des réserves au sein même de l’appareil d’État. D’après des informations publiées par Usine Nouvelle, la Direction générale de l’armement avait émis un avis défavorable lors de l’instruction du dossier. La DGA aurait notamment recommandé une entrée de Bpifrance au capital, solution finalement écartée. Malgré cet avis, le gouvernement a validé la cession, estimant que les garanties juridiques et opérationnelles étaient suffisantes pour préserver les intérêts stratégiques nationaux.

Une décision politique au cœur des débats de souveraineté

La vente de LMB Aerospace à Loar Group a rapidement pris une dimension politique. Plusieurs responsables et élus ont dénoncé la cession d’un actif industriel jugé critique pour l’autonomie stratégique française. Les critiques portent à la fois sur le signal envoyé aux partenaires européens et sur la dépendance accrue vis-à-vis d’acteurs extra-européens dans un contexte de réarmement généralisé.

Face à ces attaques, l’exécutif a multiplié les prises de parole pour défendre lacohérence de sa décision. Le ministère de l’Économie a rappelé que le régime français de contrôle des investissements étrangers permettait d’imposer des contraintes strictes aux investisseurs non européens. Il a également souligné que des sanctions étaient prévues en cas de non-respect des engagements pris par Loar Group.

De son côté, Loar Group a cherché à rassurer sur ses intentions industrielles. Le groupe américain a insisté sur la complémentarité technologique de LMB Aerospace avec son portefeuille existant et sur la nécessité de renforcer les capacités industrielles face à une demande mondiale en forte croissance. Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation du secteur aéronautique et de défense, marqué par une intensification des acquisitions transfrontalières.

Jehanne DUPLAA 
Armee.com/lmb
29 janvier 2026




Géopolitique. Groenland : l’île qui verrouille l’Arctique

Le Groenland est au centre d’un triangle stratégique où se superposent trois dynamiques : la militarisation du Grand Nord, l’ouverture progressive de routes maritimes arctiques, et la compétition pour le contrôle des accès entre Atlantique et Arctique. Vu depuis cette projection polaire, l’île n’est plus une périphérie glacée : c’est un pivot.

Un verrou géographique entre deux océans

Le Groenland se trouve à la jonction de l’océan Arctique et de l’Atlantique Nord. Cette position crée un « effet goulet », surtout si l’on raisonne en trajectoires aériennes et navales. Entre l’Amérique du Nord et l’Europe, l’espace formé par le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni (souvent décrit comme un couloir de passage de l’Atlantique Nord) a longtemps été une zone clé de surveillance. La carte, en montrant l’île comme centre du cercle polaire, rappelle pourquoi : qui tient le Groenland observe et influence une large part des mouvements entre les deux grands théâtres.

Routes maritimes : raccourcis prometteurs, réalité encore contraignante

Deux itinéraires sont dessinés en bleu : le passage du Nord-Ouest, côté canadien, et la route maritime du Nord, côté russe.

Mais l’Arctique reste un environnement saisonnier, risqué et coûteux (glace résiduelle, brouillard, tempêtes, éloignement des secours, contraintes d’assurance). L’enjeu, pour les acteurs maritimes, n’est donc pas seulement la route est plus courte, mais la route fiable, rentable et sécurisée.

Militarisation : la carte d’une compétition

Avec les bases de l’Otan et de la Russie, l’Arctique est devenu un espace de surveillance.

Côté russe, la densité des points le long de l’arc arctique et autour de l’axe de Mourmansk reflète une logique de profondeur stratégique : protéger les approches, sécuriser les infrastructures militaires du nord et contrôler l’accès à la route maritime du nord. La Russie apparaît comme l’acteur qui dispose de la continuité territoriale la plus directe sur l’Arctique.

Côté OTAN, la dispersion des points en Amérique du Nord et autour du Groenland rappelle une logique complémentaire : surveillance des voies d’accès, alerte avancée, contrôle des espaces aérien et maritime. Le Groenland devient ici une sorte de plateforme avancée : peu peuplée, mais idéalement placée pour capter des signaux, suivre des trajectoires et soutenir une présence.

Le Groenland : puissance militaire sans armée, puissance politique par sa position

Ce qui rend le Groenland singulier, c’est qu’il concentre de la valeur stratégique sans être, en lui-même, une grande puissance militaire. Son atout principal, c’est la géographie. Cela a deux conséquences politiques.

D’abord, l’île est entraînée dans une compétition qui la dépasse : même si l’objectif local est souvent le développement et la stabilité, le territoire est perçu de l’extérieur comme une pièce de l’échiquier arctique. Ensuite, cette centralité renforce mécaniquement son poids diplomatique : dans les discussions sur la sécurité nord-atlantique, les infrastructures, la recherche, ou les routes maritimes, le Groenland pèse plus que sa démographie.

Revue Conflits
18 janvier 2026

Source création image : IA




Servir le France et aimer sa patrie jusqu’au sacrifice

UNE RUE “ PIERRETTE LOUIN ” A TOULOUSE

Le 7 octobre 1999, à l’initiative de notre délégué régional André Fontès, eut lieu à Toulouse l’inauguration de la rue Pierrette Louin du groupe des “ Merlinettes ” – SSM/FTR.

Cette manifestation fut émouvante : 20 drapeaux représentant diverses associations d’Anciens Combattants et une centaine de nos camarades assistaient à cette cérémonie qui se déroula en présence de M. Dominique Baudis, député – maire de Toulouse.

En 1943, le Commandant Paillole alors chef des services clandestins de CE (contre-espionnage) et de Sécurité militaire se rend compte que le Service manque d’opérateurs radio. Il pense aux ressources du corps féminin des Transmissions qui faisait ses preuves sur le théâtre des opérations en Italie, après s’être distingué en AFN et lance un appel à ces volontaires féminines des transmissions dirigées par le Général Merlin, pour accomplir en France occupée des missions dans des conditions difficiles mais exaltantes. Il est parfaitement entendu : plusieurs d’entre elles se présentèrent, toutes animées du plus pur esprit de patriotisme et toutes conscientes du danger. Pierrette Louin était de celles-là.

De cette élite féminine française, l’histoire ne retiendra que quatre noms, dont le sien.

Martyrisées à Ravensbrück, elles ont revendiqué devant la mort l’honneur d’être traitées en soldat. Elles étaient pourtant bien jeunes.

Après la très belle allocution de M. Dominique Baudis, maire de Toulouse, André Fontès lut avec beaucoup d’émotion la lettre écrite de Londres par Pierrette Louin à sa famille, le 23 janvier 1944, avec la mention “ ouvrir après ma mort ”.

Cette lettre fit perler bien des larmes dans l’assistance. Elle est publiée ci-après.

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OUVRIR APRÈS MA MORT

LONDRES 23 janvier 1944 

Chers tous-

Avant de partir pour la grande aventure j’ai voulu tout vous raconter moi-même — Ce sera peut-être pour vous une consolation, car si vous la lisez c’est que je ne serai plus — Je sais quelle pourra être votre peine mais la seule chose qui pourra non l’amoindrir, mais la rendre moins amère, c’est que ma mort n’aura pas été inutile, c’est qu’elle aura servi à la France — il ne faut pas que vous en soyez trop tristes car cette mort-là c’est la seule que je souhaite avoir, parce que c’est la plus belle — mon âge ne compte pas, l’important c’est que je ne vais pas me battre, comme une unité quelconque dans un troupeau qui se bat parce que “c’est ainsi”, parce que c’est une obligation — je suis volontaire — et cela veut dire beaucoup — c’est autre chose qu’un mot — cela implique avant tout la lucidité, le choix — Cette mission dont je ne reviendrai peut-être pas, je ne l’ai pas subie comme un ordre — je ne l’ai pas non plus acceptée à l’aveuglette — non j’ai pensé et j’ai choisi — c’est mon esprit qui a consenti, et dès lors donner ma vie, n’est plus un sacrifice. Pourtant j’aime la vie — je sens en moi une force, un goût de la lutte qui pourraient me gagner ma vie. Mais je ne pourrais conserver cette force, ni avoir le désir de vivre, si je me dérobais à ce qu’il y a dans mon esprit — cette chose là ce n’est plus le chauvinisme sentimental de mon enfance — c’est quelque chose qui fait partie de moi, c’est l’amour de la France — une passion qui n’est plus “instructive” mais lucide, dépouillée d’attendrissement ridicule — Je ne vais pas me battre pour des mots, pour des idées ou pour des gens — je ne vais pas non plus me battre contre des mots, des idées d’autres gens — mais pour sauver un “tout” qui ne peut pas disparaître — une forme de vie un idéal — c’est la France — je ne sais pas vous expliquer cela — mais je sens la France en moi et c’est pour cela que j’ai choisi de partir, que je n’ai pas voulu être le spectateur impuissant qui se contente de souffrir en mots — que j’ai refusé d’acheter mon existence au prix de mon esprit — Pour cela je me suis engagée — la chance m’a rapidement servi — fin juillet j’ai été une des deux filles à l’occasion de servir a été donnée — La seconde suivante j’avais accepté — je suis donc entrée au 2e bureau — En septembre je suis arrivée à Londres par avion — j’ai complété mon instruction technique par la formation de radio clandestine — Puis j’ai fait l’entraînement de parachutiste — Après un départ raté en novembre, il y a eu les jours d’attente et de fièvre — et à nouveau l’espoir c’est pour dans quelques jours — Ainsi, une nuit, dans la lune qui vient, un avion m’emportera au-dessus de la France — je sauterai en parachute — et accomplirai ma mission — J’aurai de faux papiers et des appareils radio clandestins — ma mission sera d’émettre sur Londres et Alger tous renseignements que les agents et moi-même recueillerons — je n’ignore aucun des dangers que je cours — je sais que j’ai peu de chances de m’en tirer — le moins que je risque c’est la forteresse en Allemagne — Mais est-ce que cela compte puisque j’aurai lutté ? Si je meurs, ce sera la règle du jeu, sans regrets, sans amertume puisque mon âme sera intacte — Si je vis, j’aurai gagné mon droit à la vie, et la joie d’avoir été fidèle à mon idéal — Mais je pense à vous, qui restez — et j’en ai beaucoup de peine — mais je sais que vous comprendrez et m’approuverez — Nous nous retrouverons — Je vous dis adieu, sans tristesse — encore une fois je vous embrasse avec toute ma tendresse — 

PIERRETTE 

Cet article a été publié dans le BULLETIN DE LIAISON de l’AASSDN N° 183 (3e trimestre 1999)

Source création photo : IA




Economie : Reprise du méga-projet gazier mozambicain avec TotalEnergies.

Le Mozambique annonce la reprise de son méga-projet gazier
avec TotalEnergies

Après cinq ans d’arrêt, le Mozambique relance le méga-projet gazier Mozambique LNG de TotalEnergies, suspendu après une attaque jihadiste meurtrière.

Le Mozambique va relancer officiellement jeudi un méga-projet gazier dirigé par le géant énergétique français TotalEnergies, qui était resté en suspens pendant près de cinq ans après une attaque jihadiste meurtrière.

Le président mozambicain Daniel Chapo annoncera la reprise du projet Mozambique LNG lors d’une cérémonie à laquelle assistera le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a indiqué le gouvernement.

Ce projet d’un montant de 20 milliards de dollars, situé dans la province septentrionale de Cabo Delgado, à la frontière avec la Tanzanie, a été mis à l’arrêt à la suite d’une attaque jihadiste sanglante en mars 2021 sur la ville voisine de Palma (nord).

Revue Conflits avec AFP
29 janvier 2026

Source création photo : IA




Souveraineté militaire : SNA type Suffren

SNA type Suffren :
Sous les mers, au cœur de la supériorité stratégique

Avec son admission au service actif en avril 2024, le Duguay-Trouin s’est imposé comme un jalon majeur du renouvellement de la composante sous-marine française. Deuxième unité de la classe Suffren, il succède au bâtiment éponyme entré en service en 2022, et préfigure l’arrivée d’ici 2030 de quatre autres sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), dans le cadre du programme Barracuda.

Une évolution capacitaire majeure

Cette montée en puissance traduit une ambition claire : offrir à la Marine nationale un outil polyvalent, interopérable et au meilleur standard mondial, capable de tenir son rang dans un contexte stratégique profondément renouvelé et marqué par le retour des logiques de puissance.
Bien plus qu’un simple renouvellement matériel, la transition entre les SNA de type Rubis et les Suffren constitue en effet plutôt une transformation de fond, à la fois technologique, humaine et doctrinale, à la hauteur des enjeux stratégiques contemporains.

L’évolution capacitaire de ces nouveaux bateaux est incarnée par des capacités accrues : leur autonomie, leur discrétion acoustique, leur puissance de feu, leur endurance et leurs capacités de renseignement dépassent très largement celles de leurs prédécesseurs.
Pensés pour durer, ils sont dimensionnés pour affronter les défis du XXIe siècle : retour des confrontations interétatiques, prolifération des menaces sous-marines, contrôle des espaces d’intérêt stratégique et montée en intensité des opérations.

Renseigner : une sentinelle silencieuse

Le Duguay-Trouin est une plateforme discrète, mobile et autonome : il voit sans être vu, écoute sans émettre, agit sans alerter.
Ces qualités font de lui un atout incomparable dans le domaine du renseignement militaire.

[…]

Jean BOYER
Membre de l’AASSDN
Article publié dans la Revue Services spéciaux de décembre 2025

Source photo : Marine nationale

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Informations sur l’article :

Titre : SNA type Suffren : Sous les mer, au cœur de la supériorité stratégique”
Auteur : Jean BOYER, Membre de l’AASSDN
Pages : 3
Rubrique : Souveraineté militaire
Paru dans la revue : Revue Services Spéciaux
Numéro : 273
Périodicité : Décembre 2025
Revue de : AASSDN

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Souveraineté militaire : Urgence absolue

Alors que la contrainte budgétaire est plus forte que jamais et que l’immobilisme est quasiment devenu la règle dans la plupart des compartiments de l’action publique, il y a au moins une bonne nouvelle. Elle est intervenue le 13 octobre dernier. Elle concerne un sujet majeur et « sensible », même s’il n’est pas ou plus au premier plan de l’actualité, à savoir les moyens financiers qui sont et seront dévolus aux Armées.

Juste avant que le débat parlementaire s’ouvre1, le Premier ministre a confirmé que le budget du ministère des Armées serait majoré de 3,5 Mde en 2026 et de 3 Mde d’euros en 2027 par rapport à ce que prévoit la LPM 2024-20302. Si positive et si importante que soit sa déclaration, a fortiori dans le contexte actuel, elle ne suffit malheureusement à lever ni les incertitudes, ni les hypothèques qui pèsent sur le budget des Armées. Il y a plusieurs raisons à cela.

L’effort annoncé par le chef de l’état il y a trois mois s’inscrit dans le cadre de la LPM 2024-2030, laquelle reste, jusqu’à nouvel ordre, la « feuille de route » du ministère des Armées. La question qui reste sans réponse à ce stade est de savoir ce qu’il en sera, le moment venu, des trois dernières annuités de la
LPM3. Ceux qui seront aux affaires après le mois de mai 2027 voudront-ils et, si tel est le cas, pourront-ils (car il est peu probable que la situation des finances publiques soit appelée à s’améliorer sensiblement dans les deux ans à venir) majorer chacune des trois dernières annuités de la LPM de 3 à 3,5 Mde ? S’ils estiment qu’ils ne sont pas en mesure de le faire, ils devront assumer la décision, lourde à tous égards, de diminuer les moyens dévolus aux Armées dans des proportions significatives dès le début de leur mandat alors même que l’environnement international a toute chance d’être aussi incertain qu’aujourd’hui. C’est, à bien des égards, une bombe à retardement que le chef de l’état laisse à son successeur, quel qu’il soit.

[…]

Jacques HELIOT
Membre de l’AASSDN
Article publié dans la Revue Services Spéciaux de décembre 2025

Source photo : Armée de l’Air et de l’Espace

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Informations sur l’article :

Titre : “Urgence absolue” 
Auteur : Jacques HELIOT, Membre de l’AASSDN
Pages : 3
Rubrique : Souveraineté militaire
Paru dans la revue : Revue Services spéciaux
Numéro : 273
Périodicité : Décembre 2025
Revue de : AASSDN

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