Cérémonie : Commémoration du débarquement de Provence à Ramatuelle

Commémoration du débarquement de Provence à Ramatuelle
par les membres de l’AASSDN

Samedi 15 août 2026, comme chaque année depuis 1959, fidèle à la tradition inaugurée par le colonel Paul Paillole, président fondateur de l’ASSDN, les représentants de notre association se sont réunis au monument de Ramatuelle, érigé en mémoire du débarquement de Provence le 15 août 1945.

Notre délégué régional Provence, le général de Corps d’Armée (2s) Gilles Lillo, ancien sous-directeur à la Direction du renseignement militaire, ancien gouverneur militaire de Metz, a déposé une première gerbe Boulevard Patch, près de la plage de Pampelonne, puis une deuxième au mémorial national. Il était entouré de madame Catherine Paillole, fille du colonel, d’Alain Henri Bonnaure, délégué au Mémorial national, et de Jonathan Vaissiere, membre de notre association et de notre porte-drapeau Moussa Camara.

L’ensemble des participants s’est ensuite déplacé vers le cimetière de Ramatuelle où Jean-Charles Meyer et Marc Debare, major de police en retraite, tous deux membres de l’AASSDN ont déposé la gerbe de notre association.

La messe de l’Assomption de la Vierge Marie, en ce 15 août, fut célébrée à 10h30 par l’abbé Antonio Araque Bernal, curé de Ramatuelle, à la mémoire de nos soldats morts pour la France, en l’église Notre Dame de l’Assomption au cœur du village. Tous les membres de l’AASSDN présents y ont participé.

Un apéritif convivial réunit les participants à l’école Gérard Philipe où monsieur Jean-Pierre Fresia, maire de Ramatuelle prit la parole. Il nous invita ensuite à un déjeuner amical au restaurant « Le Vesuvio » avenue Georges Clemenceau, qui clôtura cette belle journée.

Lors de son intervention, Le général Lillo souligna trois points importants, à retenir en ce jour du Souvenir : (extrait)

« – A Granville, lors de notre dernier Congrès national, une citation attribuée au général Eisenhower, inscrite sur un blockhaus, attira mon attention : « Lors de la libération de la France, la résistance intérieure joua un rôle aussi important que plusieurs divisions US».

– Un rôle tout aussi important incomba aux « armées de l’ombre », à savoir les Services spéciaux de la défense nationale dont les noms des 326 héros sont inscrits en lettres d’or sur ce mémorial.

– Ma troisième idée s’adresse aux jeunes générations afin qu’elles n’oublient pas que si nous vivons en Paix aujourd’hui, c’est grâce aux sacrifices de ces héros et martyrs et qu’une situation de paix demeure toujours très fragile”.

Alain-Henri BONNAURE,
Délégué AASSDN au Mémorial national.




Géopolitique : Éric DENECE, l’homme libre qui manque

Un an après sa disparition, la géopolitique française
manque toujours d’une voix indépendante, patriote et iconoclaste

L’Édito de Roland LOMBARDI , directeur du Diplomate média

Dans quelques jours, cela fera tout juste un an que disparaissait Éric Denécé. Le temps a passé, les crises se sont succédé, le monde a continué sa folle accélération, mais certaines absences demeurent étonnamment présentes et pesantes. Celle d’Éric est de celles-là.

Je pense souvent à lui. Non pas avec la nostalgie facile que suscite parfois la disparition d’une personnalité connue, mais parce que nos échanges me manquent terriblement. Dans un univers intellectuel où les conversations sont devenues trop souvent des affrontements stériles entre militants et agents d’influence déguisés en experts, discuter avec Éric relevait encore du plaisir de l’intelligence. Nous n’étions pas d’accord sur tout. Loin s’en faut. Sur le Moyen-Orient notamment, nos analyses divergeaient régulièrement. Nous pouvions avoir des désaccords francs, parfois vigoureux – et oui, un débat entre un Breton et un Corse en désaccord peut faire des étincelles… Mais précisément, c’est ce qui rendait ces discussions passionnantes. Elles reposaient sur une chose devenue rare : le débat constructif, le respect mutuel et la recherche honnête et sincère de compréhension.

Je me souviens encore parfaitement où j’étais lorsque j’ai appris sa disparition. Comme beaucoup de ses amis, j’ai d’abord cru à une erreur. Puis est venu le choc. Un vrai choc. Pas seulement parce qu’un expert reconnu venait de disparaître, mais parce qu’un ami s’en allait brutalement. Quelques jours plus tard, j’eus quelques échanges particulièrement émouvants avec son papa. Il me remercia pour l’humble hommage que je lui avais consacré dans Le Diplomate. Je garde encore le souvenir d’une immense dignité, mais aussi d’une profonde tristesse. Une tristesse que je partageais alors, mêlée à une certaine colère que seuls comprennent ceux qui perdent brutalement un proche.

Car avec sa disparition, ce n’est pas seulement un expert reconnu qui nous quittait. C’était une certaine manière d’aborder les affaires du monde qui s’est un peu éteinte avec lui.

Une espèce en voie de disparition

Dans la géopolitique française contemporaine, Éric Denécé occupait une place singulière. Fondateur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), spécialiste reconnu des questions de renseignement et de sécurité, il avait surtout cette qualité devenue presque subversive à notre époque : il refusait les conformismes et les doxas.

Il ne raisonnait pas en fonction des modes intellectuelles, des injonctions idéologiques ou des intérêts de carrière. Il analysait les faits, les rapports de force, les intérêts des acteurs. Bref, il faisait de la géopolitique.

Cela paraît banal. Cela ne l’est plus.

Depuis plusieurs années, le débat stratégique français s’est considérablement appauvri. La chape de plomb idéologique dans le monde de la recherche et depuis peu, les réseaux sociaux ont transformé de nombreux observateurs en procureurs permanents. Les plateaux de télévision regorgent désormais de « spécialistes » instantanés capables d’expliquer en quelques minutes des régions qu’ils ne connaissent pas ou à peine, des peuples dont ils ignorent souvent l’histoire, les langues, les logiciels mentaux et des conflits dont ils ne maîtrisent ni les coulisses, ni les ressorts profonds. La géopolitique est devenue un spectacle. L’expertise, une posture. L’analyse, un exercice de communication.

Et oui, les cons, ça ose tout comme disait l’autre… Aujourd’hui, ils ont même des chaînes d’information continue, des comptes certifiés et parfois pire, des postes d’enseignants pour le faire.

Éric avait une autre envergure et il appartenait à une autre génération. Celle qui considérait encore que comprendre exigeait du travail, du terrain, des lectures, des archives et parfois même de l’humilité. Une qualité devenue presque aussi rare dans certains milieux que le bon sens dans un colloque européen sur la gouvernance inclusive…

Nos discussions ne portaient d’ailleurs pas uniquement sur la géopolitique. Nous évoquions souvent nos parcours respectifs, nos expériences militaires et de terrains, nos lectures, nos souvenirs, nos rencontres… Éric aimait les hommes d’action autant que les hommes de réflexion, sans doute parce qu’il avait compris qu’en matière stratégique les seconds parlent souvent de ce que les premiers vivent.

Je repense souvent à l’une de nos dernières conversations téléphoniques. C’était à peine une ou deux semaines avant son décès. Nous parlions évidemment de l’actualité internationale, de nos activités du moment, d’un projet commun sur un nouvel ouvrage collectif – qui ne verra jamais le jour malheureusement – et également de notre fatigue respective, mais aussi de choses beaucoup plus simples. Il me disait avec enthousiasme qu’il attendait avec impatience sa pause estivale pour suivre le Tour de France, une passion qui remontait à son enfance. Rien d’extraordinaire me direz-vous. Justement. Ce sont souvent ces détails-là qui restent lorsque les grands débats s’éteignent.

Je repense aussi à un autre souvenir qui me fait encore sourire. Après l’un de nos entretiens réalisés pour Le Diplomate média – qu’il a soutenu et aidé dès les premiers jours –, je lui avais envoyé la vidéo et le teaser montés par notre équipe. Quelques minutes plus tard, mon téléphone sonne. Au bout du fil, un immense éclat de rire. Notre monteur, inspiré par son charisme, son regard bleu et acier ainsi que son passé dans les affaires de renseignement, l’avait présenté comme « le Daniel Craig de la géopolitique française » ! À vrai dire, la comparaison n’était pas totalement usurpée tant Éric avait parfois quelque chose du célèbre acteur britannique dans son physique, son maintien et sa prestance. Lui trouvait cela irrésistible. « Vous abusez quand même », me dit-il en riant de bon cœur de cette ressemblance flatteuse. Et c’était aussi cela, Éric Denécé : un homme extrêmement sérieux dans son travail, mais qui ne se prenait jamais au sérieux. Une qualité rare. Car dans notre petit monde de l’expertise, certains se prennent déjà pour Kissinger ou Brzeziński après trois passages à la télévision. Lui pouvait être comparé à James Bond et en rire comme un gamin.

Un homme libre dans un monde aligné

C’est sans doute pour cette raison qu’il dérangeait autant. Car les hommes véritablement libres sont toujours inconfortables. Ils ne récitent pas les catéchismes du moment. Ils refusent les alignements automatiques. Ils ont le mauvais goût de rappeler que la réalité résiste aux slogans.

Dans le très bel hommage – le plus beau jusqu’ici – de notre ami commun, Tigrane Yégavian, publié par Afrique-Asie après sa disparition, Éric Denécé est décrit comme « l’un des derniers samouraïs du patriotisme français ». Tout est dit ! Une formule juste. Très juste même !

Car son patriotisme n’avait rien à voir avec les caricatures habituelles. Ce n’était ni un fonds de commerce ni une posture médiatique. C’était une exigence intellectuelle. Il considérait simplement qu’un analyste français devait réfléchir d’abord aux intérêts de la France. Cette idée qui paraissait évidente à Raymond Aron est devenue presque révolutionnaire dans certains cercles contemporains où l’on confond désormais morale abstraite, communication et politique étrangère.

Cette liberté lui valut aussi son lot d’attaques voire de harcèlement. Les accusations de « complotisme » lancées contre lui ces dernières années – et même après sa mort, abjecte et pitoyable ! – relevaient souvent davantage de l’anathème paresseux que de la critique argumentée. Dans la France contemporaine, il suffit parfois de poser les mauvaises questions ou de sortir du récit dominant et du politiquement correct pour être immédiatement rangé dans une catégorie infamante. Éric connaissait parfaitement le mécanisme. Et il s’en amusait souvent davantage qu’il ne s’en inquiétait.

Son indépendance lui coûta également une partie de son exposition médiatique. Longtemps invité et star incontournable des plateaux de télévision et des grands médias, il fut progressivement marginalisé après certaines de ses prises de position, notamment sur la guerre en Ukraine. Beaucoup l’ont remarqué. Lui aussi évidemment. Mais là encore, cela ne semblait pas l’obséder et le contrarier outre mesure.

Éric n’était pas un homme de cour. Il n’appartenait à aucun clan. Il ne cherchait pas à plaire. Loin de là ! Cette indépendance lui a probablement fermé certaines portes. Elle lui a surtout permis de conserver ce qui compte le plus : son indépendance et sa liberté de jugement.

Et c’est peut-être cela qui me revient le plus souvent à l’esprit lorsque je repense à nos conversations. Nous pouvions nous chamailler sur Trump, Israël ou l’Iran. Puis finir autour d’un verre à parler histoire, renseignement, stratégie ou simplement de la France. Aujourd’hui, beaucoup ne débattent plus : ils excommunient. De même, ils ne cherchent plus à comprendre : ils cherchent à appartenir à un camp ou pire, servir la soupe à un maître…

Les silences, les polémiques et le respect

La disparition d’Éric a évidemment, à juste titre, suscité des interrogations, des commentaires, parfois des spéculations. Certains ont voulu y voir plus qu’un drame personnel. Soit. D’autres ont immédiatement voulu clore toute question. Je ne rentrerai pas dans ces débats.

D’abord par respect pour sa famille et ses proches. Ensuite parce qu’Éric aurait probablement détesté devenir un objet de récupération ou de fantasmes.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine en revanche : sa disparition a révélé quelque chose de notre époque. Elle a montré à quel point les figures indépendantes deviennent rares… et dangereuses dans le paysage intellectuel français. Et combien leur absence laisse un vide visible.

Il faut d’ailleurs rappeler une évidence que certains oublient : Éric Denécé n’avait pas besoin des médias pour exister. Contrairement à tant d’autres dans notre petit milieu, il ne passait pas son temps à solliciter les rédactions ou à courir après les invitations. Il ne faisait pas partie de cette catégorie d’experts qui mesurent leur importance au nombre de passages télévisés de la semaine. Dans les métiers de l’image comme ailleurs, les divas ne manquent pas. Oh que non !… Certaines sombrent même dans une forme de dépression lorsqu’un plateau cesse de les appeler et qu’elles ne sont plus sous le feu des projecteurs. Éric était à l’opposé de cela. Il savait ce qu’il valait et n’avait nul besoin de la lumière pour s’en convaincre. Son humilité était à la mesure de sa compétence.

Les polémiques passeront. Les rumeurs aussi. Ce qui restera, ce sont ses travaux, ses livres, ses analyses, ses interventions et le souvenir laissé à ceux qui l’ont connu.

Ce qui manque aujourd’hui

Lorsque j’observe les bouleversements internationaux actuels – l’Ukraine, le Moyen-Orient, la fragmentation de l’ordre mondial, le retour brutal des rapports de force, l’effacement progressif de l’Europe stratégique – je me surprends souvent à imaginer ce qu’aurait été son analyse.

Non parce qu’il détenait une vérité absolue. Il aurait été le premier à s’en méfier. Mais parce qu’il apportait toujours un regard original, documenté et souvent à contre-courant des réflexes pavloviens qui dominent aujourd’hui le débat public.

Au fond, ce qui me manque le plus, ce ne sont même pas seulement nos discussions.

C’est leur possibilité…

La certitude qu’il existait encore quelque part une voix indépendante capable de sortir du prêt-à-penser géopolitique.

Et il n’y a pas que l’homme qui manque. Son CF2R manque également. Pendant plus de vingt ans, ce centre fut l’un des rares et meilleurs think tanks français réellement indépendants, capable de produire des analyses sérieuses sur les questions de renseignement, de sécurité et de stratégie, loin des effets de mode et des financements orientant parfois les conclusions avant même le début des travaux. Avec Éric, c’est aussi cet outil précieux qui a disparu. Et le vide qu’il laisse dans le paysage intellectuel français est loin d’avoir été comblé…

Car aujourd’hui, on l’a dit, les analyses abondent. Les experts pullulent. Les commentaires débordent.

Or les esprits véritablement libres deviennent rares.

Et c’est précisément pour cela que l’absence d’Éric continue de se faire sentir.

Un an après

Les hommes passent. Les idées demeurent. Mais certains laissent derrière eux davantage qu’une œuvre ou des publications. Ils laissent une empreinte humaine. Une manière d’être. Une certaine idée de l’intelligence, du débat et de la liberté.

Au fond, c’est peut-être cela qui manque le plus aujourd’hui. Pas seulement l’expert, le directeur du CF2R ou l’analyste reconnu. Mais l’homme. Un homme libre, cultivé, patriote, parfois rugueux, souvent iconoclaste, toujours sincère. Un homme qui n’avait pas besoin d’être sous les projecteurs pour éclairer les autres.

Un an après sa disparition, Éric Denécé continue d’incarner cela.

Et dans le paysage intellectuel français actuel, cette absence se voit. Elle s’entend. Elle se mesure même parfois au niveau général des discussions géopolitiques contemporaines.

Disons-le franchement : quand les hommes libres disparaissent, les perroquets prospèrent.

Nous ne t’oublions pas mon Cher Éric.

Et nos discussions me manquent toujours…

À lire aussi :
Le Grand Entretien avec Éric Denécé – Les conséquences géopolitiques de la guerre d’Ukraine.
–  ANALYSE – Ukraine : Les aspects de la désinformation selon Éric Denécé

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

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Roland LOMBARDI
Directeur du Diplomate média
Publié sur le site Diplomate Media
06 juin 2026




Parution du N°275 de la revue “Services Spéciaux”

Après un numéro spécial sur la désinformation (Revue “Services spéciaux” N274), le thème de celui-ci est l’influence.

Issue de la nuit des temps, l’influence a pris une importance inédite au 21e siècle avec le numérique et les nouveaux médias. Cette action souterraine, est devenue un mode d’action privilégié dans la guerre hybride menée à des degrés divers par tous les pays, par certains grands groupes, et par des organisations criminelles. Sa finalité est de rallier à des objectifs particuliers, degré ou de force, une cible déterminée, en façonnant ses perceptions.

C’est un sujet difficile, compte tenu de l’extrême diversité des moyens employés, des ressorts psychologiques mis en jeu (fausses informations, sensibilité émotionnelle…), de l’origine des attaques (directes, ou par des sous-traitants, de l’extérieur ou de l’intérieur de nos frontières)… Les conséquences en sont la déstabilisation de la cohésion nationale, la fragmentation sociale, et/ou la prise de contrôle de domaines industriels ou financiers et de technologies-clés. Ainsi, depuis plus de vingt ans, l’Allemagne à travers l’institut Heinrich Böll et des ONG internationales aura cherché à détruire notre capacité nucléaire pour nous faire adopter le gaz pour la production d’électricité.

Il faudra apprendre à identifier ces moyens pour y résister, à une époque où le défaitisme ambiant obère notre volonté de gagner. Il faudra aussi passer à l’offensive en développant notre influence au service des intérêts de la France, en s’appuyant sur nos points d’excellence et sur un patrimoine construit autour de la primauté de l’Homme.

Nous avons tous été dans nos métiers des guetteurs de la République, il est normal que notre revue joue les lanceurs d’alerte. Soyons clairs : l’enjeu n’est pas seulement technique, il est civilisationnel. L’Europe, berceau des Lumières et des droits de l’Homme, peut encore choisir entre deux futurs : celui d’une civilisation effacée, soumise aux logiques des prédateurs systémiques, ou celui d’une Europe forte de nations souveraines, où la technologie sert l’émancipation pour demeurer libre.

Nous l’avons évoqué au Congrès annuel de l’AASSDN à Granville. Comme les précédents, il avait pour but de nous rassembler, de renforcer notre cohésion et de conforter nos actions au service de la vérité et de l’histoire. Notre privilège est de pouvoir le faire en se référant à l’exemple de nos grands anciens dont deux se sont particulièrement distingués. Jean Deuve, parachuté au Laos en 1945 avant de devenir une des grandes figures du SDECE. Jacques Fille-Lambie, dit Morlanne, patron de la section française de la Force 136 à Calcutta avant de créer en 1946, le Service Action puis les GCMA en Indochine. C’est le héros du film que nous avons réalisé cette année.

La peur étant la réaction devant l’inconnu, notre capacité à déchiffrer l’avenir en s’appuyant sur la connaissance du passé est essentielle pour affronter les incertitudes et les manipulations du futur. C’est la philosophie de toutes nos activités : de l’exposition itinérante aux conférences, du prix du roman d’espionnage aux films sur nos anciens, du site aux manifestations auxquelles participent nos délégations, sans oublier cette revue. La tâche est énorme et tous

Je vous souhaite une bonne lecture et de bonnes vacances pour ceux qui en prennent. ceux qui veulent nous aider sont les bienvenus.

Alain JUILLET
Président AASSDN
Juin 2026

Parution : Juin 2026

Pour télécharger l’extract du numéro 275 (version PDF), cliquez ICI

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Source image : Couverture de la revue Services Spéciaux de l’AASSDN N°275




Mali : la question touarègue au cœur des dynamiques du conflit sahélien

Dans le numéro 200 de L’Afrique Réelle, Bernard Lugan revient sur la situation au Mali et estime que la dimension touarègue demeure une clé essentielle pour comprendre le conflit dans le nord du pays. Il critique une lecture principalement centrée sur le djihadisme, qui négligerait selon lui les dynamiques historiques et territoriales plus anciennes.

Pour Bernard Lugan, la crise qui affecte le nord du Mali s’inscrit dans une continuité historique remontant aux premières rébellions touarègues apparues après l’indépendance. Selon son analyse, ces revendications ont connu différentes expressions depuis 1962, en fonction des rapports de force et des alliances du moment.

L’auteur souligne notamment le rôle d’Iyad Ag Ghali, aujourd’hui à la tête du JNIM, et celui des mouvements regroupés autour de l’Azawad. Il considère que les catégories opposant simplement « nationalistes » touaregs et « islamistes » ne suffisent pas à rendre compte de la complexité des rapports de force locaux.

Bernard Lugan estime ainsi que la politique française au Sahel a trop longtemps privilégié la lutte contre le « terrorisme islamiste » sans accorder suffisamment de place aux réalités qu’il qualifie d’ethno-historiques. Dans son analyse, l’islamisme constitue davantage l’une des formes contemporaines prises par des conflits plus anciens que leur origine première.

Cette lecture, développée dans l’éditorial du numéro 200 de L’Afrique Réelle, conduit l’auteur à appeler à un changement de grille d’analyse pour comprendre les évolutions politiques et militaires du nord du Mali.

Extrait de L’Afrique réelle : Edito du numéro 200
https://bernardlugan.blogspot.com/p/lafrique-reelle.html




Nomination : Arrivée du général de corps d’armée Patrick JUSTEL à la tête de la DRM

Admis à l’école polytechnique en 1992, le général Patrick JUSTEL choisit à l’issue de sa scolarité de servir dans l’armée de Terre, au sein de l’arme des Transmissions. Après une première affectation dans les troupes aéroportées au 14è régiment parachutiste de commandement et de soutien, il effectue l’essentiel de sa première partie de carrière dans des unités de renseignement et guerre électronique (785è compagnie de guerre électronique et 54è régiment de transmissions), avec lesquelles iI sert à plusieurs reprises en opérations extérieures : de la Centrafrique à l’Afghanistan, en passant par l’ex-Yougoslavie.

Diplômé de l’Institut des langues et civilisations orientales (INALCO) et de l’Institut des études politiques (IEP) de Paris, il est breveté du Collège Interarmées de Défense (CID).

Il sert ensuite dans le domaine de la maîtrise des armements à l’unité française de vérification (UFV).

De 2009 à 2013, il est chef du bureau opérations instruction puis chef de corps du 54è régiment de transmissions. Il est à nouveau engagé en Afghanistan, comme chef de détachement ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target, Acquisition &Reconnaissance).

De 2013 à 2016, il rejoint la division « études synthèse management général » (ESMG) de l’état-major des armées (EMA). Il sert ensuite à la direction des ressources humaines de l’armée de Terre (DRHAT) comme chef du bureau pilotage et synthèse.

De 2017 à 2018, il est auditeur de la 67è session du centre des hautes études militaires (CHEM) et de la 70e session de l’institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN).

De juillet 2018 à juillet 2020, il sert à l’état-major de l’armée de Terre (EMAT), d’abord comme chargé de mission innovation puis comme adjoint du Sous-Chef Opérations Aéroterrestres.

Promu général de brigade le 1er juin 2020 puis général de division le 1er août 2023, il sert à nouveau dans le domaine du renseignement. Il occupe notamment les fonctions de commandant en second du renseignement des forces terrestres.

En août 2024, il est nommé général de corps d’armée. Il assume alors les fonctions d’inspecteur de l’armée de Terre de 2024 à 2025. 

En août 2025, il est nommé major général de l’armée de Terre. 

Le 26 juillet 2026, il est nommé directeur du renseignement militaire.

Le général Patrick JUSTEL est officier de la légion d’honneur et commandeur de l’ordre national du mérite. Il est titulaire de la croix de la valeur militaire.

Source : Site internet de la Direction du Renseignement Militaire (DRM)




Innovation défense : Succès du premier vol d’Heliblade, futur drone de très haute altitude

Le démonstrateur Heliblade, développé par X721 avec le soutien du ministère des Armées, a franchi une première étape majeure lors d’un vol d’essai réussi en Nouvelle-Aquitaine. Ce drone solaire expérimental vise, à l’horizon 2030, des missions de renseignement, de télécommunication et de sécurité depuis la stratosphère, à plus de 20 km d’altitude

Au cours de ce vol, réalisé à basse altitude, la société X721, en présence de l’armée de l’Air et de l’Espace, de la Direction générale de l’armement (DGA) et de l’Agence de l’innovation de défense (AID), a pu tester le concept, la stabilité et la manœuvrabilité de ce drone. L’exploitation des données du vol permettra à la société de poursuivre le développement du système Heliblade. Le vol s’est déroulé en deux temps avec un premier palier à 15 mètres, puis une seconde phase en palier à 35 mètres d’altitude.

Cette première étape est une réussite collective et le fruit d’un travail commun entre l’armée de l’Air et de l’Espace et son Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), la DGA (via l’AID et la direction de l’ingénierie et de l’expertise) et la Direction de la sécurité des aéronefs d’État (DSAÉ). Ce vol illustre la capacité du ministère des Armées et des Anciens combattants à innover au profit des opérations et à accompagner les entreprises du secteur aérospatial. Le développement de ce drone, soutenu et accompagné par l’AID au profit de l’armée de l’Air et de l’Espace, s’inscrit pleinement dans la déclinaison de la stratégie des Armées pour la très haute altitude.

À propos de la très haute altitude La « très haute altitude » (THA) correspond à l’espace aérien compris entre environ 20 et 100 km d’altitude, espace qui sera de plus en plus utilisé dans les années à venir, par les acteurs civils comme militaires. Pour répondre aux enjeux de souveraineté et de supériorité opérationnelle de cet espace, la stratégie des armées pour la THA publiée en juin 2025 repose sur trois piliers: détection, interception, opération. Pour opérer dans la THA, les armées suivent le développement des plateformes permanentes en haute altitude (High altitude permanent systems) telles que les drones solaires, les ballons stratosphériques ou les ballons dirigeables




Géopolitique. Japon : Ouverture prudente vers Moscou et Pékin

Des nouvelles intéressantes du côté de l’Asie, où se tenait la 33e rencontre ministérielle de l’Association des nations du sud-est asiatique, l’ASEAN, ouverte le 21 juillet à Manille, aux Philippines. Parmi les 27 pays présents, dont la Chine, la Russie, les Etats-Unis, ainsi que l’Union européenne, le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, membre du parti libéral-démocrate (PLD), dont il a été le Secrétaire général (2021-2024), comme la Première ministre Sanae Takaichi – un homme expérimenté, plusieurs fois ministre dans les gouvernements précédents.

Bien entendu, cette réunion avait pour objet la coopération régionale (l’ASEAN) représente près de 9% de la population mondiale et le FMI lui prévoyait une croissance de 4,5% en avril dernier). Mais une coopération par le dialogue et la diplomatie – loin donc des confrontations qui obscurcissent le climat économique mondial.

Ce que paraît, prudemment, souhaiter le Japon.

En effet, nous informe le site Japan Daily via Instagram (1), « Toshimitsu Motegi, s’est brièvement entretenu avec son homologue chinois, Wang Yi, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères dans le cadre de l’ASEAN à Manille ». Pourquoi tant de prudence ? Parce que « cet échange marque la première interaction entre les ministres japonais et chinois des Affaires étrangères depuis novembre 2025, date à laquelle les déclarations de la Première ministre Sanae Takaichi devant le Parlement concernant Taïwan avaient conduit à une recrudescence des tensions diplomatiques ». En effet, nous l’avions relevé ici (2), Sanae Takaichi, proche de son mentor et « faucon » Shinzo Abe, assassiné en juillet 2022, n’avait pas hésité, dès son intronisation, à affirmer une position forte en face des prétentions de la Chine sur Taïwan, suscitant de vives réactions à Pékin.

A la satisfaction de Donald Trump, qui lui a souhaité « beaucoup de succès dans la mise en œuvre de son programme conservateur, axé sur la paix par la force » (2). Mais depuis, les relations bilatérales avec la Chine ont été marquées « par des frictions persistantes, comme en témoigne l’imposition récente par Pékin, fin juin, de contrôles stricts à l’exportation sur les biens à double usage destinés à des entités japonaises » (1).

Peu d’informations sur le contenu de la rencontre. La chaîne publique japonaise NHK confirme (3) : « Les détails de la conversation n’ont pas été divulgués. M. Motegi aurait souligné l’importance de la communication. Le ministre japonais a réaffirmé qu’elle était essentielle en raison des problèmes et des défis qui persistent entre les deux pays. Il a déclaré que le Japon et la Chine jouent un rôle majeur pour la paix dans la région et qu’il est extrêmement important de poursuivre le dialogue ». Certes, si l’on en croit l’Asahi Shimbun (4), le deuxième plus grand quotidien japonais, on est plus réservé du côté chinois. « Lors d’une conférence de presse tenue le 23 juillet, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré :

« Aucune rencontre n’était prévue entre le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et la délégation japonaise à Manille », refusant ainsi de reconnaître ce contact ».

Soit, les portes fermées sont difficiles à rouvrir.

Mais il semble bien que Toshimitsu Motegi souhaite cette ouverture, et qu’il ait plus de succès avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, qu’il a « brièvement » rencontré lors d’un dîner, le 21 juillet. Japan Daily comme l’Asahi Shimbun y sont attentifs. Ce dîner est le « premier contact entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 », note le quotidien, quand le Japon a rejoint « les États-Unis et l’Europe pour imposer des sanctions financières et autres à la Russie, qui, en représailles, avait qualifié le Japon de « pays hostile ». Hostile ? La période est difficile, reconnaît Toshimitsu Motegi qui connaît son homologue de longue date, mais « il est important de gérer de manière appropriée les relations bilatérales, notamment la communication intergouvernementale, ainsi que les échanges culturels et entre les peuples » (4).

Ce à quoi les Russes semblent répondre plutôt favorablement : en effet, rapporte l’agence russe TASS (5), « au Japon, nombreux sont ceux qui ont souligné les relations personnelles étroites que Motegi a nouées avec Lavrov. Le ministre des Affaires étrangères lui-même a évoqué une « relation de confiance », rappelant plusieurs échanges – y compris des discussions informelles – avec Lavrov. Il convient notamment de noter que, lors d’un discours prononcé en avril lors du Rassemblement national pour la restitution des territoires du Nord (terme utilisé par le Japon pour désigner les îles Kouriles du Sud, qui appartiennent à la Russie), Motegi a fait référence à des « longues négociations » menées avec M. Lavrov le 7 février précédent ». Notons que Vladimir Poutine est favorable à un accord sur les Kouriles – et surtout à signer formellement la paix avec le Japon, ce qui paraissait possible avant l’ouverture des hostilités en Ukraine, puis abandonné. La paix n’a jamais été officiellement signée entre les deux pays… depuis 1945.

Sauf que la route s’annonce encore longue.

Tass en effet ajoute : « le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Rudenko, a critiqué la position du Japon, affirmant dans une interview accordée à l’agence TASS que Tokyo avait instauré des sanctions contre la Russie « pour faire preuve de solidarité avec l’Occident » et continuait de les maintenir. M. Rudenko a suggéré que le Japon fasse le premier pas vers la réconciliation en renonçant à sa « politique hostile » envers la Russie ». Il avait même été prévu une rencontre formelle entre Toshimitsu Motegi et Sergueï Lavrov à l’occasion de cette réunion de l’ASEAN – ce qui ne s’est pas fait. « Bien que M. Motegi ait déclaré que « Tokyo était ouvert au dialogue avec Moscou », il a précisé qu’il n’existait pour l’instant aucun projet concret concernant de telles discussions ».

Soyons clairs, le Japon cherche à protéger ses intérêts dans ses relations avec la Russie, à commencer pour ses besoins en énergie. Dès le début du mois de janvier 2026, nous le notions ici (2), la Première ministre faisait passer un message d’apaisement à Vladimir Poutine – malgré le contentieux toujours en cours sur Sakhaline et ses richesses énergétiques, où le Japon a investi. « Sanae Takaichi a transmis un message au président russe Vladimir Poutine, par l’intermédiaire du député Muneo Suzuki, indiquant que Tokyo considère ses relations avec Moscou comme importantes »tout en souhaitant, rapportait TASS, « un cessez-le-feu rapide en Ukraine ». Et les contacts se sont multipliés, ce que confirme l’Asahi Shimbun. « Fin mai, plusieurs responsables, dont Masayoshi Arai, directeur général du Bureau de la politique commerciale au ministère de l’Économie, se sont rendus à Moscou pour discuter de la « protection des actifs » des entreprises japonaises » (4). On a aussi parlé de zones de pêche, de visas, et réussi à rétablir un échange d’étudiants.

Qu’est-ce qui a fait bouger le Japon, prudemment demandeur de dialogue avec Pékin comme avec Moscou ? Certainement la position américaine sur l’Iran qui ne permet pas la réouverture du détroit d’Ormuz, ce qui pénalise une économie japonaise, la quatrième au monde : 90% de son pétrole provenait du Moyen-Orient – dont 70% passait par le détroit. Le piège, possible, de l’engrenage d’une « guerre sans fin » entre l’Iran et les Etats-Unis éloigne la perspective d’une « paix acquise par la force », mantra de Donald Trump tel que le défendait le département d’État américain (6) le 4 mars dernier, avant l’assassinat de l’ayatollah Khamenei et des siens le 28 février.

Ce qui n’a pu échapper à Sanae Takaichi. La Chine moins allante que la Russie ? Attendons ce que la belle Sanae aura à dire sur Taïwan.

Nous suivrons l’affaire.

Hélène NOUAILLE
La lettre de Léosthène
 

Cartes :

Le Japon, la Russie et les Kouriles (source : le Monde diplomatique)
https://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L640xH969/carte8155-11f97.jpg?1757206386

Le Japon, ses petites îles et Taïwan (source : BFM)
https://images.bfmtv.com/vzrjEUp3X0g06NNlzvrwsT7Hh6Q=/0x0:1920×1080/1920×0/images/Le-Japon-erige-un-archipel-de-missiles-face-a-la-Chine-2198204.jpg

Les bases américaines à Okinawa (source : Nippon.com)
https://lesmotsdetaiwan.com/wp-content/uploads/2025/01/2020-okinawa-us-facilities.png?w=914 

Notes : 

(1) Japan Daily, le 23 juillet 2026, Japan Foreign Minister Motegi Holds Direct Talks With Chinese and Russian Counterparts
https://www.instagram.com/p/DbIXUwGkfhd/

(2) Voir Léosthène n° 1971/2026, le 11 février 2026, Le Japon de Sanae Takaichi : une victoire et des questions

Ainsi, il peut y avoir des dissolutions heureuses. Au moins au Japon. Sanae Takaichi, conservatrice du parti libéral démocrate (PLD) élue en octobre dernier, ne disposait que d’une courte majorité à la chambre basse (l’Assemblée nationale). Pas assez pour gouverner comme elle l’entendait. Première femme élue au poste de Premier ministre dans un pays encore attaché à son passé patriarcal, elle a pris le pari de profiter de l’extraordinaire état de grâce qui a suivi sa prise de fonction, le 21 octobre dernier – 75% d’approbation en décembre, plus de 60% encore en janvier. Elle décide de dissoudre la chambre basse et de provoquer des élections anticipées le 8 février. Sur quel programme ? Une direction qui plaît à Donald Trump, qui lui souhaite « beaucoup de succès dans la mise en œuvre de son programme conservateur, axé sur la paix par la force », dans un message publié sur les réseaux sociaux ». Que veut dire pour Sanae Takaichi la paix par la force ?

(3) NHK, le 23 juillet 2026, Premier entretien des ministres chinois et japonais des Affaires étrangères depuis la détérioration des relations entre Pékin et Tokyo
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/fr/news/20260723_14/

(4) Asahi Shimbun, le 24 juillet 2026, Japan dips toe into diplomatic waters with China, Russia
https://www.asahi.com/ajw/articles/16752964

(5) TASS, le 23 juillet 2026, Japan’s foreign minister recounts first contact with Russian counterpart in six years
https://tass.com/world/2164249

(6) US Departement of State, le 4 mars 2026, Maison Blanche, Le président Trump, ou le leadership de la paix par la force (traduction en français du site lui-même)
https://www.state.gov/translations/french/le-president-trump-ou-le-leadership-de-la-paix-par-la-force

Source photo bandeau : Google Maps




Hommage à Marc BLOCH, officier de renseignement dans les tranchées

Le 16 juin 1944, Marc Bloch est exécuté avec 29 de ses camarades. Le 23 juin 2026, il entrera au Panthéon. Historien majeur, cofondateur des Annales, résistant, l’auteur de L’Étrange Défaite fut aussi officier de renseignement au 72e régiment d’infanterie durant la Grande Guerre.

À l’été 1940, la France s’effondre. Démobilisé, Marc Bloch rédige à chaud L’Étrange Défaite, ouvrage dans lequel il analyse les causes de la débâcle. Il y fustige notamment l’action du renseignement militaire. Pour comprendre la sévérité de son jugement, il faut revenir vingt-cinq ans plus tôt : Bloch arpentait alors les tranchées de la Grande Guerre comme officier de renseignement.

Un renseignement recueilli directement sur le champ de bataille

Né en 1886 à Lyon dans une famille alsacienne de confession juive, Marc Bloch est professeur au lycée d’Amiens lorsque la guerre éclate en août 1914. Il est affecté au 272e régiment d’infanterie (RI) avant de rejoindre le 72e RI en juin 1915, au grade d’adjudant. « Ses qualités attirent l’attention du commandement. Brillant, volontaire et surtout polyglotte, il parle couramment l’allemand et l’anglais. D’abord chef de section, Bloch est affecté au service de renseignements du régiment (SRR) à partir de 1916 », explique le lieutenant-colonel Ivan Cadeau, docteur en histoire et chef de la section « opérations et renseignements » au Service historique de la Défense (SHD).

Dès la fin de l’année 1914, la guerre de position s’installe : le front se fige, les tranchées se généralisent. « La cavalerie, qui assurait traditionnellement une partie du recueil d’informations sur l’ennemi, ne peut plus remplir ce rôle. Résultat, le commandement est aveugle. Il faut donc inventer d’autres moyens pour savoir ce qui se passe en face », précise l’historien. Apparus pendant le conflit, les SRR alimentent les 2e Bureaux [1] des divisions et des corps d’armée en renseignement tactique, recueilli directement sur le champ de bataille. Deux sources dominent alors : l’observation et l’interrogatoire des prisonniers capturés par le régiment ou des déserteurs passés dans son secteur.

Observer le front et faire parler l’ennemi

« Faute d’une véritable culture du renseignement dans l’armée de l’époque, les militaires ne savent pas toujours quels indices relever », souligne le lieutenant-colonel Cadeau. « La formation d’historien de Bloch est ici un atout : il sait distinguer, classer, comparer, synthétiser. Au SRR, il exploite les signalements transmis par les postes d’observation avancés, ces “sonnettes” disséminées sur le front », poursuit-il. Au SRR, Bloch est également chargé d’interroger les prisonniers et les déserteurs. Sa maîtrise de l’allemand devient un avantage décisif. Mais l’exercice ne s’improvise pas. « L’interrogatoire est codifié et strictement encadré. Dès l’arrivée des prisonniers, il les trie par catégorie : officiers, sous-officiers, militaires du rang. Son rôle est d’identifier l’homme, son unité, son secteur d’origine », indique le lieutenant-colonel Cadeau. L’interrogatoire se double de l’exploitation des effets personnels du prisonnier, selon un ordre précis : « Plaque d’identité d’abord, puis pattes d’épaule, soutaches [2], passepoils, boutons de tunique ou de capote. Viennent ensuite les armes, vêtements, équipements, documents saisis », liste-t-il. Neuf fois sur dix, les indices recueillis se répètent. Mais c’est justement la dixième fois qui compte : « L’apparition d’une unité nouvelle, par exemple, peut annoncer une offensive. Dans le renseignement, les petits ruisseaux font souvent les grandes rivières. » Le prisonnier est ensuite envoyé vers l’échelon supérieur, à l’arrière.

Cette affectation au SRR ne le tient pas pour autant à distance du front. « Ce n’est pas un officier de bureau. Il parcourt les tranchées, assure des liaisons physiques entre les unités, circule dans les boyaux et les abris. Comme tout fantassin, il est exposé », signale l’historien. Ses états de service, conservés au SHD au château de Vincennes, en témoignent : quatre citations, une par an à partir de 1915, saluent son intelligence, son courage et son sang-froid.

1940 : l’amertume de Bloch envers le 2e Bureau

En 1939, à 53 ans et père de six enfants, Marc Bloch pourrait rester à l’écart. Pourtant, il demande à servir. Rappelé dès le 26 août, il est affecté à Strasbourg, où il participe à l’organisation de la mobilisation. Une fois celle-ci achevée, il tente de rejoindre le 2e Bureau, où ses compétences pourraient être utiles. Mais les postes sont déjà pourvus. Bloch intègre le 4e Bureau, responsable des transports et de la logistique, au parc des essences n° 1 de la 1re armée. Depuis ce poste, il observe la machine militaire dont il livrera une analyse sévère dans L’Étrange Défaite. Mais pour le lieutenant-colonel Cadeau, ce témoignage doit être replacé dans son contexte : « Bloch a travaillé dans un service logistique, connu pour ses pesanteurs administratives, ses circuits de décision et ses difficultés d’exécution. Il a aussi assisté aux rivalités internes. » Et si le Bloch de 1940 est aussi critique envers le 2e Bureau, c’est peut-être parce qu’il a connu, en 1914-1918, « l’âge d’or » du renseignement militaire français. « D’autres officiers, comme le général Navarre, ancien responsable du Service de renseignement et de la Section allemande, ont porté un regard plus favorable sur le 2B. Celui-ci a souvent correctement analysé les intentions et les capacités de l’adversaire », décrypte-t-il.

Touché par le statut des Juifs d’octobre 1940, Marc Bloch est exclu de la fonction publique. Relevé de cette mesure en janvier 1941 pour services exceptionnels rendus à la France, il est affecté à Montpellier en juillet. Après l’invasion de la zone sud en 1942, il rejoint la Résistance au sein de Franc-Tireur. « Jugé trop âgé, sa candidature ne suscite pas l’enthousiasme. Mais il prouve sa valeur et prend des responsabilités. Il participe aux réunions organisées par Jean Moulin, puis devient, en juillet 1943, l’un des trois membres du directoire régional des Mouvements unis de Résistance », commente le lieutenant-colonel Cadeau. Le 8 mars 1944, la Gestapo l’arrête à Lyon. Torturé, emprisonné à Montluc, il est exécuté le 16 juin 1944 avec 29 de ses camarades.

Propos du Lieutenant-colonel Ivan CADEAU,
Docteur en histoire
Chef de la section « opérations et renseignements »
au Service historique de la Défense (SHD)

Direction du Renseignement Militaire
Mardi 16 juin 2026

[1] Structures qui pilotent les actions de renseignement des forces armées
[2] Ornement sur l’uniforme militaire




Dissuasion nucléaire avancée: Gesticulation Franco-allemande

Le 16 juillet, le Commandement des forces aériennes stratégiques françaises (CFAS) et l’armée de l’Air allemande (Luftwaffe) ont conduit la première activité aérienne conjointe en déclinaison de la stratégie française de « dissuasion avancée », sans mise en œuvre d’arme nucléaire.

Deux avions de combat Rafale français de la base aérienne de Saint-Dizier (52) et deux Eurofighter allemands de la base aérienne de Nörvenich (Allemagne) ont rejoint un MRTT Phenix français pour réaliser un ravitaillement en vol.

Les chasseurs ont ensuite conduit des manœuvres spécifiques et se sont posés ensemble sur la base aérienne de Nörvenich, qui accueillait le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) le 17 juillet 2026.

Cette activité matérialise la première étape opérationnelle dans le cadre de la coopération stratégique bilatérale mise en place par le président Macron et le chancelier Merz dans leur déclaration conjointe du 2 mars 2026.

De surcroît, cette initiative a également permis de renforcer l’interopérabilité globale des forces aériennes françaises et allemandes.

Etat-major des Armées




Hommage à Marie-Madeleine FOURCADE, chef du réseau Alliance durant la Seconde Guerre mondiale

Née le 8 novembre 1909 à Marseille, dans une famille de la haute bourgeoisie catholique. Enfance à Shanghai, entre les cadres des Messageries Maritimes et les dîners en costume d’apparat. Rien dans ce milieu-là ne prédestinait à finir nue à s’arracher aux barreaux d’une cellule de la Gestapo.
En juin 1940, la France « capitule ». Elle refuse.⠀

Avant la guerre, pendant de nombreuses années, MM Fourcade a été l’adjointe du commandant Loustaunau – Lacau, comme rédactrice en chef des publications de la Spirale. Dès l’été 1940, c’est lui qui crée le réseau qui deviendra Alliance. Il est arrêté en AFN alors qu’il tentait de faire basculer l’Afrique du Nord dans la reprise du combat contre les Allemands et est déporté.

À 31 ans, sous le nom de Marie-Madeleine Méric — celui de son premier mari — elle succède alors au commandant Loustaunau-Lacau et prend la tête du réseau Alliance.
Jusqu’à 3 000 agents travaillent sous ses ordres pour l’Intelligence Service britannique : des soldats, des instituteurs, des médecins, des paysans. Ils transmettent les déplacements des sous-marins allemands, les positions des défenses côtières, les cartes des rampes de lancement des V1 et V2. La Gestapo, incapable de mettre un visage sur cette organisation tentaculaire, finit par la surnommer « l’Arche de Noé » — parce que ses membres portent des noms d’animaux. Son alias à elle : « Hérisson ». Longtemps, l’Intelligence Service et la Gestapo ignorent que c’est une femme qui est à la tête de ce réseau.⠀

En novembre 1942, la police française l’arrête à Marseille avec son état-major. Elle s’évade quelques jours plus tard, en route vers Castres.⠀
La guerre ronge aussi l’intime. Son compagnon, le commandant Léon Faye — le père de son fils né dans la clandestinité en juin 1943 — est arrêté à l’automne 1943. Déporté, il est assassiné en Allemagne en janvier 1945.⠀
Elle continue.⠀

Le 17 juillet 1944, la Gestapo la capture à Aix-en-Provence. Elle est détenue à la caserne Miollis. Elle sait ce qui l’attend. Elle connaît les codes du réseau. Elle connaît les noms.⠀

Dans la nuit du 17 au 18 juillet, elle se déshabille entièrement,  s’enduit le corps d’eau savonneuse, et au prix d’énormes douleurs, elle se glisse nue à travers les barreaux de sa fenêtre. Elle disparaît dans la nuit.⠀
Le réseau Alliance a compté 429 morts.⠀

Après la guerre, elle a consacré des années à les nommer, à reconstituer leurs dossiers, à les rendre à l’Histoire. Dans les manuels scolaires, dans les commémorations, dans les discours du 8 mai, c’est Jean Moulin qu’on cite. Elle, elle reste absente du récit qu’on enseigne aux enfants de France.⠀

Elle est morte le 20 juillet 1989 à Paris.⠀


La mémoire ne se transmet pas toute seule.