{"id":2447,"date":"2021-10-29T10:00:25","date_gmt":"2021-10-29T08:00:25","guid":{"rendered":"https:\/\/aassdn.org\/amicale\/un-heros-due-ce-francais-raconte-le-capitaine-morange-du-t-r-115-1\/"},"modified":"2024-04-04T11:57:45","modified_gmt":"2024-04-04T09:57:45","slug":"un-heros-due-ce-francais-raconte-le-capitaine-morange-du-t-r-115-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aassdn.org\/amicale\/un-heros-due-ce-francais-raconte-le-capitaine-morange-du-t-r-115-1\/","title":{"rendered":"Un heros due CE francais raconte.. Le Capitaine Morange du T.R. 115 (1)"},"content":{"rendered":"<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><em>Avant de nous quitter, il y a d\u00e9j\u00e0 plus d\u2019un an, Roger Morange avait   entrepris, dans le cadre d\u2019une \u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale sur \u00ab les X. dans la   R\u00e9sistance \u00bb  la pr\u00e9paration d\u2019une th\u00e8se de doctorat d\u2019\u00c9tat sur les   activit\u00e9s du Contre- Espionnage fran\u00e7ais clandestin dans le Sud-Est de la   France occup\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><em>Lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 en 1943 le chef de notre poste T.R. de Marseille : T.R.   115, puis Gla\u00efeul.<\/em><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><em>Il avait bien voulu m\u2019associer \u00e0 ce vaste projet.   Avec la m\u00e9thode et la pr\u00e9cision qui \u00e9taient dans sa nature, il fouillait les   archives, les livres, creusait dans sa riche m\u00e9moire, appelait les   t\u00e9moignages. En d\u00e9pit d\u2019une sant\u00e9 qui chancelait, son travail avan\u00e7ait,   toujours remis sur le chantier avec une obstination d\u2019autant plus \u00e9mouvante   que nous sentions ses forces l\u2019abandonner.<\/em><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><em>H\u00e9las, il laisse une oeuvre inachev\u00e9e mais d\u2019une exceptionnelle valeur pour   l\u2019Histoire de nos Services.   D\u2019accord avec son \u00e9pouse qui le secondait avec autant de d\u00e9vouement que de   comp\u00e9tence, nous n\u2019avons pas voulu qu\u2019elle tombe dans l\u2019oubli. Avec elle   nous avons pens\u00e9 que ces souvenirs de Morange, ses observations, ses   r\u00e9flexions pouvaient non seulement enrichir notre patrimoine, mais encore \u2014   et peut-\u00eatre surtout \u2014 servir utilement nos successeurs tant cet esprit   curieux savait tirer les cons\u00e9quences et les enseignements des \u00e9v\u00e9nements et   des faits dont il \u00e9tait l\u2019acteur ou le t\u00e9moin lucide.<\/em><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><em>Ainsi a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 un comit\u00e9 d\u2019\u00e9tudes charg\u00e9 d\u2019extraire \u00e0 l\u2019intention de   notre Bulletin et des diverses instances nationales charg\u00e9es de veiller \u00e0 \u00ab   cette sacr\u00e9e V\u00e9rit\u00e9 \u00bb, les bonnes feuilles de ce que l\u2019on peut appeler les   M\u00e9moires de Roger Morange alias Mordant.      Pour commencer nous pr\u00e9sentons le r\u00e9cit de son arrestation par la Gestapo de   Marseille \u00e0 la fin de 1943. Il sera suivi par celui de son interrogatoire et   de son \u00e9vasion.      Cette publication vient \u00e0 son heure, au lendemain du proc\u00e8s de Lyon et \u00e0 la   veille de la nouvelle proc\u00e9dure intent\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de Klaus Barbie \u00e0   propos de l\u2019affaire Jean Moulin.      On va retrouver dans le r\u00e9cit de notre camarade cet expert en trahison   qu\u2019\u00e9tait Jean Multon, alias Lunel, transfuge du groupe \u00ab Combat \u00bb arr\u00eat\u00e9 le 28 avril 1943 par la Gestapo de Marseille et \u00ab retourn\u00e9 \u00bb sans   grande difficult\u00e9 par elle. C\u2019est Multon qui est \u00e0 l\u2019origine des   catastrophes qui se sont abattues sur la R\u00e9sistance en 1943 : arrestations   de Bertie Albrecht, collaboratrice d\u2019Henri Frenay (fin mai 1943), du G\u00e9n\u00e9ral   Delestraint, chef de l\u2019arm\u00e9e secr\u00e8te (9 juin 1943), de Ren\u00e9 Hardy (7 juin   1943) enfin, dont les cons\u00e9quences furent si funestes. J\u2019en passe.      On va retrouver, face \u00e0 Morange, le c\u00e9l\u00e8bre Dunker, dit Delage, homologue de   Barbie \u00e0 Marseille. Aussi cruel et pr\u00e9tentieux que le S.S. lyonnais   \u2014 Lui aussi mentionn\u00e9 en 1944 dans nos listes de criminels nazis remises aux   services fran\u00e7ais et alli\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9, accol\u00e9s aux grandes unit\u00e9s de   d\u00e9barquement. Il eut bien le sort qu\u2019il m\u00e9ritait : il fut fusill\u00e9 le 28   septembre 1947. <\/em><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Situation du C.E. \u00e0 Marseille en 1943   Avant de laisser la parole \u00e0 Morange, il m\u2019appara\u00eet n\u00e9cessaire de rappeler   la situation g\u00e9n\u00e9rale de nos services en 1943.      Depuis mai 1942 le commandant Laffont, alias Verneuil, a pris ma place \u00e0   Marseille \u00e0 la t\u00eate de notre organisation clandestine de C.E. offensif : le   T.R.   Je suis moi-m\u00eame en charge de l\u2019ensemble de nos services de s\u00e9curit\u00e9   offensifs (T.R.) et d\u00e9fensifs (S.M.). Ils sont en pleine \u00e9volution en raison   de la r\u00e9pression allemande et des entraves de la police de Vichy.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">L\u2019activit\u00e9 croissante de l\u2019Abwehr, celle de plus en plus envahissante du   S.D. et de la Gestapo, l\u2019imminence du d\u00e9barquement alli\u00e9 en A.F.N., m\u2019ont   conduit \u00e0 \u00e9toffer le T.R., en particulier en donnant \u00e0 Verneuil deux   collaborateurs suppl\u00e9mentaires d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle les capitaines   Paul Bernard et Roger Morange.      A Marseille, pr\u00e9cis\u00e9ment, le poste T.R.115 qui a comp\u00e9tence sur la Provence-C\u00f4te-d\u2019Azur, est dirig\u00e9 de mains de ma\u00eetre par le capitaine Guiraud   (alias Georges-Henri), un ancien du poste S.R. de Marseille dont le <a href=\"http:\/\/www.aassdn.org\/xldd11322.htm\">colonel Gallizia<\/a> vient de retracer l\u2019existence dans nos Bulletins.      Le 11 novembre 1942, cons\u00e9quence du d\u00e9barquement alli\u00e9 du 8 novembre en   A.F.N., la Wehrmacht a occup\u00e9 la Zone Sud. Entre le 12 et le 26 novembre   1942, Verneuil et moi nous d\u00e9cidons du devenir de notre CE, m\u00e9tropolitain.      Je me propose de le renforcer et surtout d\u2019organiser ses liaisons avec   Londres et Alger.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">La Direction du T.R. \u00e9clate. Verneuil quitte Marseille et installe son P.C.   en Auvergne.   Morange, alias Mordant, est affect\u00e9 sur place au poste T.R.115.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Apr\u00e8s un bref moment de flottement, l\u2019activit\u00e9 du C.E. clandestin reprend de   plus belle, encourag\u00e9e, stimul\u00e9e par deux faits essentiels :   \u2014 le parachutage pr\u00e8s d\u2019Issoire de <a href=\"http:\/\/www.aassdn.org\/xnewsflash3.htm\">Michel Thoraval<\/a> le 19 janvier 1943, venu   de Londres,   \u2014 l\u2019arriv\u00e9e en sous-marin, le 5 f\u00e9vrier 1943, de l\u2019\u00e9quipe Caillot-Guillaume,   venue d\u2019Alger\u2026      Porteurs de directives, de fonds et de postes radios, mes messagers donnent   \u00e0 leurs camarades m\u00e9tropolitains la certitude que d\u00e9sormais ils ne seront   plus seuls, qu\u2019ils seront entendus, \u00e9cout\u00e9s, et que leurs efforts sont   indispensables au succ\u00e8s de nos armes.      H\u00e9las, en juin 1943, l\u2019organisation ancienne de T.R. est fortement \u00e9branl\u00e9e   par une s\u00e9rie de graves arrestations Gatard et Chotin \u00e0 Limoges, Johan\u00e8s et   Simonin \u00e0 Clermont-Ferrand, Garnier, Saint-Jean avec nos vieilles archives   pr\u00e8s de N\u00eemes, etc.      Il faut r\u00e9organiser la maison d\u00e9centraliser davantage, adapter d\u2019autres   m\u00e9thodes, doubler les pr\u00e9cautions\u2026   Guiraud (alias Georges-Henri) devenu \u00ab Soleil \u00bb prend la responsabilit\u00e9 de   la Zone Sud., Son secteur s\u2019\u00e9tend des Alpes-Maritimes aux Pyr\u00e9n\u00e9es   Atlantiques.      Son ex-poste T.R.115, d\u00e9sormais baptis\u00e9 \u00ab Gla\u00efeul \u00bb, passe sous la   direction de Morange.      Dans le m\u00eame temps la S\u00e9curit\u00e9 Militaire clandestine s\u2019organise sous   l\u2019impulsion du futur <a href=\"http:\/\/www.aassdn.org\/xkc021000.htm\">G\u00e9n\u00e9ral Henri Navarre<\/a> (alias Augusta). La r\u00e9gion de   Marseille est confi\u00e9e au Commandant Jonglez de Ligne. Un Seigneur!      En face, le poste S.D.-Gestapo de Marseille s\u2019est consid\u00e9rablement renforc\u00e9,   conscient de l\u2019importance croissante de nos services dans cette r\u00e9gion et de   leur travail intensif. Il est install\u00e9 confortablement rue Paradis.   En janvier 1943, le S.S. Scharfiihrer Ernst Dunker, alias Delage, est   adjoint au S.S. Haupt-sturmf\u00fchrer G\u00fcnter Hellwing, Chef de la Section IV de   ce poste. Il a 31 ans. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 un vieux professionnel de l\u2019espionnage.      En 1940, en Tunisie, il fut \u00ab accroch\u00e9 \u00bb par nos Services et rel\u00e2ch\u00e9 sous la   pression des autorit\u00e9s occupantes. Il vient de Paris o\u00f9 il servait   d\u2019interpr\u00e8te \u00e0 la Gestapo de la rue des Saussaies.   \u2026\u00ab ses yeux bleus verts, durs et vides, clairs et faux, sournois par   habitude s\u00e9culaire d\u2019ob\u00e9issance servile, cruels par nature \u00bb\u2026. telle est   la description qu\u2019en fait Pierre Nord.      Dunker conna\u00eet Marseille. Il sait que pour r\u00e9ussir il faut travailler avec \u00ab   le milieu \u00bb, selon ses m\u00e9thodes et disposer de gangs. En trois mois, il   montera son affaire et les coups vont s\u2019abattre.      Le 28 avril 1943, c\u2019est Jean Multon, alias Lunel qui tombe entre ses griffes   et c\u00e8de \u00e0 la peur et \u00e0 la tentation.      Apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe dans le groupe \u00ab COMBAT \u00bb et la catastrophe de Caluire,   c\u2019est Morange qui va \u00eatre la victime de l\u2019infernal duo Multon-Dunker.         \u00c9coutons Morange :    <\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><strong><em> par Roger MORANGE<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Multon \u00e9tait le secr\u00e9taire, l\u2019homme de confiance de Chevance, l\u2019adjoint   d\u2019Henri Frenay, cr\u00e9ateur et chef de \u00ab COMBAT \u00bb. Il savait tout sur ce groupe   de r\u00e9sistance.        <\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><strong>LE GUET-APENS<\/strong>      Mon rendez-vous avec Stefan Frederkind \u00e9tait tr\u00e8s important.      Depuis l\u2019occupation de la Zone Sud en novembre 1942, notre poste de   Marseille, T.R.115, avait mis en sommeil ses agents de p\u00e9n\u00e9tration dans   l\u2019Abwehr; tous, sauf Frederkind, homme de confiance de l\u2019Abwehr qui, en sa   qualit\u00e9 de fournisseur des mess des officiers avait ses entr\u00e9es non   seulement dans les bureaux de l\u2019H\u00f4tel Lut\u00e9tia mais aussi dans les principaux   \u00c9tats-majors allemands de Paris. Je d\u00e9sirais, gr\u00e2ce \u00e0 lui, poss\u00e9der un   informateur d\u2019autant plus utile que l\u2019Abwehr l\u2019avait pri\u00e9 de constituer un   r\u00e9seau d\u2019agents fran\u00e7ais en Zone Sud.      Rendez-vous avait \u00e9t\u00e9 pris pour le samedi 11 d\u00e9cembre 1943 \u00e0 17 heures \u00e0 la   Brasserie du Parc au Rond-point du Prado. Notre camarade Lomnitz devait y   amener son ami Stefan. A peine rentr\u00e9 dans le Bar, j\u2019ai une mauvaise   impression pas de barman, deux hommes au comptoir me tournent le dos. A une   table isol\u00e9e, Bernard Lomnitz est assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un inconnu. Tous les   personnages sont immobiles et silencieux. Lomnitz ne fait pas un mouvement,   je m\u2019approche de lui et je vois alors son visage tum\u00e9fi\u00e9 avec une barbe   hirsute. Avant d\u2019avoir ouvert la bouche, les deux consommateurs du bar   m\u2019encadrent, tandis que le compagnon de Lomnitz sort un pistolet, d\u00e9masquant   les menottes qui les relient ensemble.      \u2014 Police, vos papiers!      Sans m\u00eame les regarder, ils les confisquent, tandis qu\u2019un quatri\u00e8me \u00ab   policier \u00bb entre dans le bar. Je l\u2019identifie, c\u2019est Lunel, ancien   secr\u00e9taire r\u00e9gional des M.U.R., qui, depuis son arrestation, le 23 avril   1943, est pass\u00e9 au Service de la Gestapo. Barrioz, chef r\u00e9gional de \u00ab   COMBAT \u00bb me l\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e comme \u00e9tant son secr\u00e9taire   personnel et son \u00ab homme de confiance\u00bb (!!!).<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">\u2014 Suivez-nous!      Toute r\u00e9sistance est impossible. Un petit cort\u00e8ge se forme. En t\u00eate, Lomnitz   encha\u00een\u00e9 \u00e0 son gardien. Je suis derri\u00e8re et les trois autres ferment la   marche. On ne m\u2019a pas mis les menottes, circonstance favorable\u2026 J\u2019en   profite pour me retourner et demander : \u00ab Vous \u00eates de la Police? Mais   quelle Police ? \u2014 Police allemande !\u2026 Une violente pouss\u00e9e sur les deux   personnages les plus proches et je d\u00e9tale \u00e9perdument.      Les policiers commencent par s\u2019assurer de Lomnitz, puis sortent leurs   pistolets. C\u2019est une belle \u00ab schieserei \u00bb sur le Prado. Deux Feldgendarmes,   la plaque autour du cou, attendent le tramway. Ils aper\u00e7oivent ces civils   suspects qui tirent des coups de feu. Ils d\u00e9gainent \u00e0 leur tour et menacent   les hommes de la Gestapo. Ce quiproquo me permet de gagner de pr\u00e9cieuses   secondes. A l\u2019Ecole d\u2019Artillerie de Fontainebleau, j\u2019\u00e9tais champion du 1.000   m\u00e8tres c\u2019est le moment de le prouver\u2026 Je cours de mon mieux en zig-zag.   Les balles commencent par me rater, mais un coup heureux de Lunel m\u2019atteint   \u00e0 la cuisse. Je ressens un choc brutal, ma jambe gauche s\u2019alourdit, je dois   m\u2019arr\u00eater. Je m\u2019effondre sur un banc o\u00f9 Lunel, haletant, me rejoint son   pistolet \u00e0 la main. Triomphant, il crie : \u00ab Salaud, je t\u2019ai eu! \u00bb      Cette fois, on me passe les menottes et je suis pouss\u00e9 vers la traction   avant des Policiers dont les coussins sont bient\u00f4t inond\u00e9s de mon sang. Le   trajet est bref jusqu\u2019au si\u00e8ge de la Gestapo qui est \u00e0 quelques centaines de   m\u00e8tres dans le haut de la rue Paradis.      C\u2019est le premier contact avec Dunker. Soutenu par mes gardiens, je me tra\u00eene   jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ascenseur. Mon cas est mauvais d\u00e8s le d\u00e9part. Pris dans une   sourici\u00e8re apr\u00e8s une tentative de fuite, je suis \u00e9minemment suspect. Le   pire, c\u2019est Lunel ! Le mis\u00e9rable me conna\u00eet comme officier r\u00e9sistant et ami   de son ex-patron Chevance. Il est inutile de faire l\u2019innocent. Je suis   affal\u00e9 sur une chaise. Mon pantalon poisseux est lourd de sang et les   gouttes commencent \u00e0 tomber sur le plancher. Il me reste pourtant assez de   vitalit\u00e9 pour apostropher violemment les tristes sires qui sont devant moi :   \u2013 Vous \u00eates des salauds et des tra\u00eetres, vous collaborez avec la Gestapo.   Vous ne perdez rien pour attendre, les alli\u00e9s vont d\u00e9barquer, l\u2019Allemagne   est perdue et vous serez tous arr\u00eat\u00e9s et fusill\u00e9s. Vous, Lunel, le premier   qui avez trahi le Mouvement \u00ab COMBAT \u00bb. Vous savez que celui-ci vous a   condamn\u00e9 \u00e0 mort. Une seule chose m\u2019\u00e9tonne, c\u2019est que vous soyez l\u00e0 encore   vivant!      Lunel bl\u00eamit, les autres ne disent mot, mais un homme vient d\u2019entrer dans la   pi\u00e8ce. Il s\u2019emporte en entendant ces anath\u00e8mes :   \u2014 \u201d Quoi? un prisonnier qui prof\u00e8re des menaces? Comment osez-vous parler   sur ce ton? Vous parlerez quand je vous questionnerai. D\u2019ici l\u00e0, taisez vous   ou je vous ferme la gueule \u00e0 coup de cravache.\u201d      De taille moyenne, vigoureusement b\u00e2ti, ses yeux gris bleus ont une lumi\u00e8re   dure. Son ton de commandement est sans r\u00e9plique. Je suis entre les mains de   Dunker, alias Delage, l\u2019un des chefs de la Gestapo de Marseille.      Par une porte entreb\u00e2ill\u00e9e, j\u2019aper\u00e7ois dans la pi\u00e8ce voisine, Lomnitz et   Frederkind encha\u00een\u00e9s sur leurs chaises et prostr\u00e9s, le menton tombant sur la   poitrine. J\u2019apprendrai plus tard qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 cruellement battus pour leur   faire avouer l\u2019identit\u00e9 du personnage qui avait rendez-vous avec eux. Aucun   d\u2019eux ne r\u00e9v\u00e9lera mon nom. Pour eux, je suis seulement \u00ab Monsieur Ren\u00e9 \u00bb.      Apr\u00e8s avoir renvoy\u00e9 ses acolytes, l\u2019Allemand reste seul avec Lunel et moi.   Apr\u00e8s avoir pris la pr\u00e9caution de m\u2019attacher les mains dans le dos avec les   menottes, l\u2019interrogatoire commence.    <\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><strong>L\u2019INTERROGATOIRE DU CHEF DE T.R.115<\/strong>      \u2014 Quel est votre nom? votre vrai nom, bien s\u00fbr! ne perdons pas de temps.   Nous saurons vous faire avouer rapidement. Une simple piq\u00fbre et votre t\u00eate   devient grosse comme un ballon. Alors racontez gentiment votre histoire.   Choisissez, et vite !      Je suis \u00e0 demi \u00e9vanoui, mon cerveau tourne \u00e0 toute allure : nier mon   identit\u00e9 et mon activit\u00e9 en bloc, c\u2019est peine perdue devant Lunel. Le   tra\u00eetre m\u2019observe avec des yeux froids, derri\u00e8re de grosses lunettes. Il   faut l\u00e2cher un morceau et gagner du temps      \u2014 Je suis le Capitaine Mordant de l\u2019\u00c9tat-Major de l\u2019Arm\u00e9e. Les papiers que   je porte au nom de Martigny sont faux et m\u2019ont \u00e9t\u00e9 remis par le Bureau M.A. de Marseille avec lequel je travaillais jusqu\u2019\u00e0 la dissolution de   l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Armistice. Mon r\u00f4le consiste \u00e0 chercher des terrains de   parachutage pour recevoir des \u00e9missaires d\u2019Alger.      Dunker essaie de me faire pr\u00e9ciser certains points. Je perds opportun\u00e9ment   connaissance. Alors seulement on songe \u00e0 arr\u00eater mon h\u00e9morragie et je suis   transport\u00e9 rapidement dans une clinique de la Kriegsmarine, pr\u00e8s d\u2019Endoume.   Je re\u00e7ois les soins \u00e9clair\u00e9s de deux jeunes m\u00e9decins allemands, fort   sympathiques.   \u2014 Vous avez beaucoup de chance! dira l\u2019un d\u2019eux. La balle est entr\u00e9e et   sortie en fr\u00f4lant l\u2019art\u00e8re f\u00e9morale qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9e, heureusement.   Un sondage r\u00e9cup\u00e8re divers morceaux de tissu rest\u00e9s en chemin. Injection   antit\u00e9tanique et puis piq\u00fbre de morphine. Je m\u2019endors beno\u00eetement\u2026      Vers 22 heures, tel un cauchemar, Dunker me r\u00e9veille. Cette fois, il me   parle de Frederkind.   \u2014 Qu\u2019est-ce que vous faites avec lui?   \u2014 Je connais Frederkind comme un officier allemand de Paris qui voyage   beaucoup et fait un peu de march\u00e9 noir. A ce titre, il me vendait du whisky.   \u2014 Ce n\u2019est pas vrai! Frederkind n\u2019est pas officier. C\u2019est un agent des   Services Allemands. Il a trahi notre cause. Aujourd\u2019hui je n\u2019ai pas le temps   d\u2019en parler davantage. Je veux seulement savoir ce que repr\u00e9sentent ces   cl\u00e9s.   \u2014 Ce sont celles de mon appartement, rue de Suez.   \u2014 Et celles-ci ?   Ce sont celles d\u2019un deuxi\u00e8me appartement que j\u2019ai lou\u00e9 46, boulevard   Rabateau pour loger les \u00e9ventuels arrivants d\u2019Alger.      Dunker perquisitionnera aussit\u00f4t rue de Suez. Evidemment il ne trouvera   rien. Boulevard Rabateau, par une malchance extraordinaire (cet appartement   est en principe vide), il tombe sur mon chef de Secr\u00e9tariat, l\u2019Adjudant-Chef Marchal qui \u00e9tait venu, \u00e0 tout hasard, m\u2019apporter des t\u00e9l\u00e9grammes   d\u2019Alger. Vers 22 heures de ce m\u00eame funeste samedi, Marchal est, h\u00e9las,   arr\u00eat\u00e9 dans l\u2019appartement par la m\u00eame \u00e9quipe qui m\u2019avait captur\u00e9 \u00e0 17   heures.      Il est horriblement battu \u00e0 plusieurs reprises dans la journ\u00e9e du dimanche.   Il r\u00e9ussit \u00e0 gagner du temps et ce n\u2019est que le lundi 13 d\u00e9cembre, \u00e0 bout de   forces, qu\u2019il avoue l\u2019adresse de notre Bureau. La Gestapo perquisitionne sur   le champ. Elle trouve les locaux vides\u2026 Il s\u2019est pass\u00e9 pr\u00e8s de deux jours   depuis ma disparition et mes camarades ont appliqu\u00e9 ma consigne tr\u00e8s stricte   : \u00ab Si l\u2019un de ceux qui connaissent le bureau ne donne pas signe de vie   pendant vingt-quatre heures, il faut le pr\u00e9sumer arr\u00eat\u00e9, tout d\u00e9m\u00e9nager   imm\u00e9diatement et dispara\u00eetre. \u00bb      Or, j\u2019avais pris rendez-vous pour le samedi 17 heures avec mon adjoint, le   Lieutenant Laffitte. A cette heure, j\u2019\u00e9tais sur la table d\u2019op\u00e9ration de la   clinique de la Kriegsmarine d\u2019Endoume. Laffitte laisse passer la nuit. Il se   pr\u00e9sente le dimanche \u00e0 midi au rendez-vous de rattrapage pr\u00e9vu dans les cas   analogues. Toujours pas de Mordant! Inquiet, Laffitte alerte les camarades   du Poste. Il d\u00e9m\u00e9nage lui-m\u00eame le bureau et tout le monde s\u2019\u00e9vanouit dans la   nature. Quand la Gestapo a fouill\u00e9 le bureau le lundi, elle est arriv\u00e9e avec   un jour de retard\u2026 tout est vide!    <\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><strong>L\u2019INTERROGATOIRE MUSCLE \u2014 LA BAIGNOIRE<\/strong>      Le lundi soir, 13 d\u00e9cembre 1943, on me transf\u00e8re de la clinique militaire   allemande \u00e0 la prison des Baumettes o\u00f9 je fais une entr\u00e9e tr\u00e8s remarqu\u00e9e   appuy\u00e9 sur mes b\u00e9quilles. Dans la cellule 17, je retrouve l\u2019Adjudant Marchal   et Bernard Lomnitz tous deux fort mal en point. Curieusement, aucune   confrontation n\u2019a eu lieu avec Frederkind que je n\u2019ai plus revu de ma vie.   Nous apprendrons, plus tard, que la Gestapo de Marseille l\u2019a mis \u00e0 la   disposition du B.D.S. de Paris. Il a d\u00fb exploiter avec all\u00e9gresse ce   camouflet inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019Abwehr, son rival d\u00e9test\u00e9. Quel scandale! L\u2019homme de   confiance de l\u2019H\u00f4tel Lutetia. Frederkind \u00e9tait en fait un homme de confiance   des Fran\u00e7ais depuis plus de cinq ans!<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Nous voici au Secret rigoureux. Plus de soins m\u00e9dicaux pendant huit jours.   Par bonheur, les sulfamides allemandes re\u00e7ues \u00e0 la clinique de la   Kriegsmarine \u00e9taient de premi\u00e8re qualit\u00e9 et ma blessure, sans jamais   s\u2019infecter se cicatrisa en quelques semaines, gr\u00e2ce aux soins diligents de   l\u2019infirmi\u00e8re fran\u00e7aise de la Croix-Rouge, Mlle Gu\u00e9rin. Elle pansait tous les   jours les \u00e9clop\u00e9s revenant d\u2019interrogatoires dans des \u00e9tats pitoyables.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Le 22 d\u00e9cembre 1943, on vient me chercher pour un interrogatoire qui doit   aller au fond des choses. Dunker est tout miel et s\u2019exprime en un fran\u00e7ais   excellent.   \u2014 Nous n\u2019en voulons pas aux officiers fran\u00e7ais qui font leur service. Nous   punissons les tra\u00eetres comme Frederkind qui s\u2019appelle en r\u00e9alit\u00e9 Friedmann.   Il est juif comme Lomnitz et n\u2019est pas un officier. C\u2019est un agent allemand   qui a trahi notre Service. Qu\u2019avez-vous \u00e0 me dire sur lui? Si vous avouez la   v\u00e9rit\u00e9, vous ne serez plus inqui\u00e9t\u00e9 et envoy\u00e9 dans un Oflag jusqu\u2019\u00e0 la fin   de la guerre.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Je r\u00e9ponds par des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. Je mets en avant ma qualit\u00e9 fragile de \u00ab   prisonnier de guerre \u00bb. Impatient\u00e9, il s\u2019\u00e9crie   \u2014 Vous allez parler! Oh, nous ne toucherons pas un cheveu de votre t\u00eate,   mais c\u2019est vous qui m\u2019appellerez lorsque vous le d\u00e9ciderez vous-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Sur un signe, Lunel et un autre agent fran\u00e7ais de la Gestapo, Charles R\u2026,   me conduisent dans la salle de bains. Ils me donnent l\u2019ordre de me   d\u00e9shabiller. Une fois nu, ils me mettent les menottes aux poignets et aux   chevilles et je suis bascul\u00e9 dans la baignoire pleine d\u2019eau glac\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">Nous   sommes le 22 d\u00e9cembre. Le traitement de la baignoire est inspir\u00e9 d\u2019un   supplice, qui, en Chine, est pratiqu\u00e9 en liant le patient \u00e0 un poteau plant\u00e9   dans le lit d\u2019un torrent glac\u00e9, le courant rafra\u00eechit sans arr\u00eat le corps.   Celui-ci se contracte en crampes douloureuses, avec des troubles oculaires   et une agression violente du syst\u00e8me vaso-constricteur, g\u00e9n\u00e9ratrice de   crises cardiaques. Avec la Gestapo, le refroidissement est l\u2019oeuvre de la   temp\u00e9rature basse qui entre par la fen\u00eatre et par des blocs de glace qui   flottent dans la baignoire. C\u2019est, si l\u2019on peut dire, un supplice \u00ab propre \u00bb   qui ne laisse pas de traces sur le corps, il \u00e9vite toute fatigue aux   tortionnaires. Assis sur des chaises, ils se contentent de me surveiller,   confortablement emmitoufl\u00e9s dans de bons manteaux.   Des camarades me raconteront plus tard comment certains tortionnaires   acc\u00e9l\u00e8rent l\u2019effet du froid en plongeant la t\u00eate du d\u00e9tenu sous l\u2019eau   jusqu\u2019\u00e0 suffocation. Je n\u2019ai pas subi cette variante. J\u2019avoue que la   r\u00e9frig\u00e9ration \u00e0 elle seule est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s convaincante! Affaibli par ma   blessure, je m\u2019efforce de tenir bon.       L\u2019\u00e9puisement finit par me gagner. Je sens que je vais c\u00e9der en me souvenant   de ce que recommandait notre Chef, le Commandant Verneuil :   \u00ab Si vous vous obstinez \u00e0 vous taire, ils s\u2019obstineront \u00e0 vous faire parler.   La partie est in\u00e9gale, ne les bravez pas, ne faites pas le malin, n\u2019attendez   jamais le dernier moment o\u00f9 vos forces vous abandonnent. Faites semblant de   c\u00e9der, essayez de \u00ab les avoir \u00e0 la Chansonnette \u00bb, vous y gagnerez au moins   un r\u00e9pit. Occupez vos insomnies \u00e0 pr\u00e9parer vos aveux, ceux qui ne   compromettent rien ni personne, si ce n\u2019est que vous-m\u00eame. Parlez   d\u2019organisation g\u00e9n\u00e9rale, de pseudos br\u00fbl\u00e9s, de lieux de rendez-vous p\u00e9rim\u00e9s,   de bo\u00eetes aux lettres abandonn\u00e9es, de camarades hors d\u2019atteinte. L\u00e2chez tout   \u00ab cela par tranches, car eux, s\u2019y reprendront \u00e0 plusieurs fois avec vous. \u00bb      Mes forces m\u2019abandonnent. Je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 crier \u00ab Gr\u00e2ce \u00bb ! Je suis   toujours sous la surveillance de R\u2026 et surtout de Lunel. Il lit un journal   mais para\u00eet mal \u00e0 l\u2019aise en me regardant.   -Arr\u00eatez, je vais parler!      Ils se dressent tous les deux. Me retirent de la baignoire \u00e0 demi gel\u00e9,   incapable de remuer. Je suis port\u00e9 \u00e0 nouveau devant Dunker. Des soins   \u00e9nergiques me redonnent chaleur et vie : frictions vigoureuses, claques,   peignoir chaud, caf\u00e9 br\u00fblant\u2026      Je remis! En avant pour la \u00ab Chansonnette \u00bb.        <\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\"><strong>\u00ab LA CHANSONNETTE \u00bb<\/strong>      D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, mon activit\u00e9 depuis le Maroc \u00e9tait suffisamment vari\u00e9e   pour que \u00ab la Chansonnette \u00bb fut garnie d\u2019adresses v\u00e9rifiables mais p\u00e9rim\u00e9es   et d\u2019\u00e9v\u00e9nements int\u00e9ressants, mais d\u00e9pass\u00e9s. C\u2019\u00e9tait un jeu tr\u00e8s   professionnel et routinier pour tout Officier de Contre-espionnage que   d\u2019alimenter astucieusement les r\u00e9ponses aux questionnaires allemands   apport\u00e9s par nos agents de p\u00e9n\u00e9tration dans l\u2019Abwehr. Selon un plan   approuv\u00e9, nous \u00ab r\u00e9v\u00e9lions \u00bb des renseignements rigoureusement exacts, mais   d\u00e9j\u00e0 connus ou sans cons\u00e9quence.      Aux questions pos\u00e9es par Dunker, je r\u00e9ponds donc en me r\u00e9f\u00e9rant au pass\u00e9. Je   d\u00e9cris l\u2019organisation g\u00e9n\u00e9rale du T.R. m\u00e9tropolitain avec sa t\u00eate \u00e0   Marseille alors que la \u00ab Villa Eole \u00bb est abandonn\u00e9e depuis plus d\u2019un an et   que Paillole lui-m\u00eame si\u00e8ge en Alg\u00e9rie, hors de port\u00e9e.      Une mention sp\u00e9ciale fut accord\u00e9e aux liaisons avec Alger par le \u00ab tube \u00bb   sous-marin \u00ab Casabianca \u00bb. Je ne risquais gu\u00e8re de commettre des   indiscr\u00e9tions \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019anonymat absolu des officiers qui transitaient   et du fait que depuis novembre 1943 la liaison par tube M\u00e9tropole-Alger est   interrompue.      Aux questions relatives \u00e0 l\u2019organisation interne de T.R. 115, j\u2019oppose les   cloisonnements rigoureux entre les hommes. Chacun de mes subordonn\u00e9s ne   rencontrait que l\u2019\u00e9chelon imm\u00e9diatement sup\u00e9rieur et l\u2019\u00e9chelon imm\u00e9diatement   inf\u00e9rieur. Ainsi, le chef radio ne rencontrait que le chiffreur (\u00e9chelon   sup\u00e9rieur) et ses propres \u00ab pianistes \u00bb (sous-officiers radio) \u00e0 l\u2019\u00e9chelon   inf\u00e9rieur. L\u2019un est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9coute d\u2019Alger, les deux autres   \u00e9mettent alternativement, l\u2019un \u00e0 la campagne, dans une voiture dont les   accumulateurs alimentent le poste, l\u2019autre \u00e0 Marseille sur le courant de la   ville. J\u2019ignore tout des emplacements d\u2019\u00e9mission et des d\u00e9tails techniques.   Ils sont du ressort exclusif du chef radio dont je ne connais pas l\u2019adresse.   Les appareils sont au nombre de Trois. La voiture utilis\u00e9e est gar\u00e9e \u00e0 une   adresse que je donne. La Gestapo se pr\u00e9cipite et met la main sur une 203   Peugeot rest\u00e9e au garage ce qui confirme la v\u00e9racit\u00e9 de mes \u00ab aveux \u00bb.      J\u2019ajoute, toujours en veine de \u00ab confidences \u00bb : \u00ab le tableau journalier des   \u00e9missions radios se trouve dans les papiers que vous avez saisis \u00e0 mon   bureau \u00bb.      Cette d\u00e9claration laisse Dunker impassible. J\u2019en conclus qu\u2019il n\u2019avait rien   saisi et que le bureau avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en temps utile.   Il se contente de demander   \u2014 Comment assuriez-vous la s\u00e9curit\u00e9 de vos \u00e9missions?   \u2014 Par les soins d\u2019un surveillant. Il reste dehors et guette l\u2019arriv\u00e9e des   voitures goniom\u00e9triques. Celles-ci sont tr\u00e8s reconnaissables. Elles se   d\u00e9placent lentement en t\u00e2tonnant, selon l\u2019audition plus ou moins claire de   leurs \u00e9coutes.      Dunker reste pensif. Il passe \u00e0 un autre sujet   \u2014 Quelle \u00e9tait votre activit\u00e9?   \u2014 Nous ne faisions pas d\u2019espionnage, mais du contre-espionnage. Nous   recherchions les tra\u00eetres fran\u00e7ais, les r\u00e9seaux de la Collaboration et   notamment ceux de la Gestapo. Nous nous int\u00e9ressons aussi \u00e0 la situation   int\u00e9rieure fran\u00e7aise : S.T.O.-P.P.F., r\u00e9fractaires, terrorismes. Nous   voulons que soient r\u00e9duits au minimum les d\u00e9sordres in\u00e9vitables qui suivront   l\u2019effondrement de P\u00e9tain et de Vichy.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">A cet appel du pied, Dunker r\u00e9agit :   Il me fait un discours sur la lutte commune contre le bolchevisme.   \u2014 Pourquoi un officier patriote comme vous est-il notre adversaire? Nous   devrions lutter ensemble comme le demande le Mar\u00e9chal P\u00e9tain.      Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 lui lancer   \u2014 Bravo pour votre collaboration qui torture un officier bless\u00e9!   Sans r\u00e9pondre, il me demande pour qui je travaille \u00e0 Alger.   \u2014 Pour le G\u00e9n\u00e9ral Giraud.   Cette r\u00e9ponse le fait rire. Il estime que pour les Fran\u00e7ais il n\u2019y a qu\u2019un   choix P\u00e9tain ou de Gaulle.   \u2014 Mais continuons! Quels sont vos r\u00e9seaux d\u2019agents?   \u2014 Je n\u2019en ai pas. Nos agents d\u2019avant-guerre ont \u00e9t\u00e9 mis en sommeil apr\u00e8s   l\u2019Armistice, puis liquid\u00e9s d\u00e9finitivement lorsque vos Services ont saisi nos   archives en 1943. Notre r\u00f4le \u00e9tait surtout de recevoir les informations   recueillies aupr\u00e8s des autres organismes de r\u00e9sistance et de les transmettre   \u00e0 Alger soit par radio, soit par sous-marin. Il est vrai que je voulais   utiliser Frederkind. En l\u2019arr\u00eatant, vous avez supprim\u00e9 notre unique agent   allemand que je ne connaissais pas encore moi-m\u00eame.      Dunker hoche la t\u00eate. Par bonheur il n\u2019insiste pas.   \u2014 Quelles sont vos liaisons avec Alger?   \u2014 Il existe \u00e0 Marseille depuis six mois environ un r\u00e9seau T.R. bis qui   double le n\u00f4tre. Il a, en particulier, la mission d\u2019organiser les liaisons   avec Alger par le sous-marin \u00ab Casabianca \u00bb et il rembarque les   personnalit\u00e9s de la R\u00e9sistance qui viennent rendre compte au Gouvernement   Provisoire de l\u2019activit\u00e9 de leurs r\u00e9seaux.      Du printemps \u00e0 l\u2019automne, ces liaisons ont march\u00e9 chaque mois en un point   diff\u00e9rent de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne. Mais la liaison du 26 novembre a \u00e9t\u00e9   intercept\u00e9e par une patrouille allemande qui, en tirant dans la nuit, a tu\u00e9   un agent de la R\u00e9sistance de Toulouse. Les autres personnes ont pu se   disperser dans la nature.      Dunker ricane m\u00e9chamment.   \u2014 Oui, si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 l\u00e0, tout le monde aurait \u00e9t\u00e9 pris.   \u2014 D\u2019ailleurs, je sais tout ce qui se passe dans le r\u00e9seau de votre ami Jean-Marie, je les laisse s\u2019agiter. Quand je le d\u00e9ciderai, j\u2019arr\u00eaterai tout le   monde.      \u00ab La Chansonnette \u00bb s\u2019\u00e9tala ainsi sur plusieurs jours. Elle fut souvent   interrompue du fait des absences de Dunker appel\u00e9 dans d\u2019autres affaires\u2026   Pendant ses absences, je restais menottes aux mains sous la garde de R\u2026   qui en profite pour me glisser qu\u2019il travaille sous la contrainte. Pour   prouver sa bonne foi, il me dit qu\u2019ils n\u2019ont rien trouv\u00e9 en perquisitionnant   dans notre bureau. Pr\u00e9cieux renseignement qui simplifiera mon   interrogatoire. Toutefois, je reste sur mes gardes car le sympathique R\u2026 a   plus de chances d\u2019\u00eatre un mouton qu\u2019un alli\u00e9.      C\u2019est sur la base de ces \u00ab aveux chansonnettes \u00bb que Dunker put r\u00e9diger un   magnifique Proc\u00e8s-Verbal. Il ne pouvait entra\u00eener aucune arrestation. Le   seul butin fut la 203 Peugeot dont s\u2019empar\u00e8rent les gestapistes pour leur   usage personnel. De son c\u00f4t\u00e9, Dunker confisqua divers objets saisis dans mon   logement tels que disques, livres et tapis.<\/p>\n<p class=\"Style28 Style29\" align=\"justify\">\u00b0\u00b0\u00b0   Au cours des s\u00e9ances d\u2019interrogatoire qui ont suivi l\u2019\u00e9pisode de la   baignoire, le d\u00e9tenu ne fut plus maltrait\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait \u00e9tablie entre lui et   Dunker une atmosph\u00e8re relativement courtoise. Dunker veillait m\u00eame \u00e0 ce que   mon pansement f\u00fbt chang\u00e9 tous les jours, m\u2019offrait caf\u00e9 et cigarettes. Un   jour, il me posa calmement la question   \u2014 Pour le moment, c\u2019est moi qui vous garde. Qui dit qu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9barquement   am\u00e9ricain les r\u00f4les ne seront pas invers\u00e9s. Vous \u00eates un officier qui ne   s\u2019incline plus. Vous chercherez \u00e0 vous \u00e9vader, j\u2019y veillerai et vous ne vous   \u00e9vaderez pas<\/p>\n<p class=\"Style28 Style17\" align=\"justify\"><!-- InstanceEndEditable -->            <\/p>\n<p class=\"Style6\" align=\"justify\">\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/aassdn.org\/amicale\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2447?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" data-src=\"https:\/\/aassdn.org\/amicale\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" class=\"lazyload\" style=\"--smush-placeholder-width: 32px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 32\/32;\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/aassdn.org\/amicale\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2447?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de nous quitter, il y a d\u00e9j\u00e0 plus d\u2019un an, Roger Morange avait entrepris, dans le cadre d\u2019une \u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale sur \u00ab les X. dans la R\u00e9sistance \u00bb la pr\u00e9paration d\u2019une th\u00e8se de doctorat d\u2019\u00c9tat sur les activit\u00e9s du Contre- Espionnage fran\u00e7ais clandestin dans le Sud-Est de la France occup\u00e9e. 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