Memorial – biographies Led-Lg

LE DREF

Émile, Léon, Jules

 

 

Né le 3 février 1900  à  Lorient (Morbihan) De Emile, Joseph Le Dref  et de  Jeanne, Léontine Trélis Épouse: Yvonne… Profession: employé de la S.N.C.F. Décédé le 15 mars 1945 à Oranienburg (Allemangne) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P2), Hector, Résistance fer, D.G.E.R.Agent P2

 

Émile Le Dref, qui  était né dans une caserne (son père était gendarme maritime), entra à  la S.N.C.F. en 1924, après avoir fait la guerre 1914-1918 comme quartier maître armurier, et devint chef de section principale à la gare de Mantes (Seine et Oise).

En juillet 1941, il s’engage dans la Résistance, agent P1 d’abord, puis agent P2 en juillet 1942; il est alors agent de sabotage. C’est un camarade de Gaston Le Métayer*.

Après un an d’activité, le 9 juillet 1942, il est arrêté dans les bureaux de la S.N.C.F., au cours d’un coup de filet qui décime le réseau. D’abord interrogé sur place vers 8h30,  il est interné à Fresnes puis à Villeneuve-Saint-Georges.

Jugé par le tribunal militaire allemand de la rue Boissy d’Anglas à Paris, avec notamment Georges Agoutin*, André Gardes*, Louis Cavelier*, Jean-Marie Le Boterff*, Gaston Le Métayer* et Olivier Nicolas*,  il est condamné à mort le 20 janvier 1943.

Une intervention du directeur général de la S.N.C.F. dit: “Tous les chefs qui l’ont connu l’ont qualifié de très bon cheminot.(…) Il a reçu une lettre de félicitation de la Feldkommandantur de Versailles, accompagnée d’une gratification de 200 F, à la suite de la remise d’une caisse.” Celle-ci, recherchée à la fois par la Feldgendarmerie et la police française, était tombée d’un train et contenait des fusées éclairantes.

D’autres intervenants tentent de minimiser son action en disant, comme pour Le Boterff, qu’il ne s’est “jamais signalé pour une activité politique subversive” et qu’il a “vraisemblablement joué  dans cette affaire un rôle assez effacé et n’a pas saisi la gravité de l’action qu’il commettait”.

Sa peine étant commuée en déportation, il est envoyé successivement à Reinbach, Sonnenburg et Oranienburg. En février 1945, il part pour une destination inconnu et dès lors  disparaît. Son fils a treize ans.

Déclaré “Mort pour la France, Émile Le Dref recevra la Médaille de la Résistance

 

Références: Archives du Bureau “Résistance”; Archives Nationales (dossier F 60 – 1576);  Bulletin de l’A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; mairie de Lorient

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LEDUC

Jean-Marie

 

 

Né le 16 mars 1898  à  Taulé (Finistère) de Alain Leduc  et de  Euphrosine Jourden Épouse: Germaine Calvez Profession: expéditeur de légumes Décédé le 31 mars 1945  à Neuengamme (?)

 Réseau: Turquoise (Mission Blavet) – BuckAgent P2

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Extrait du Bulletin : Un héros du CE raconte – Capitaine Morange (1)

Introduction par le Colonel Paul Paillole

Avant de nous quitter, il y a déjà plus d’un an, Roger Morange avait entrepris, dans le cadre d’une étude générale sur « les X. dans la Résistance »  la préparation d’une thèse de doctorat d’État sur les activités du Contre- Espionnage français clandestin dans le Sud-Est de la France occupée.

Lui-même avait été en 1943 le chef de notre poste T.R. de Marseille : T.R. 115, puis Glaïeul.

Il avait bien voulu m’associer à ce vaste projet. Avec la méthode et la précision qui étaient dans sa nature, il fouillait les archives, les livres, creusait dans sa riche mémoire, appelait les témoignages. En dépit d’une santé qui chancelait, son travail avançait, toujours remis sur le chantier avec une obstination d’autant plus émouvante que nous sentions ses forces l’abandonner.

Hélas, il laisse une oeuvre inachevée mais d’une exceptionnelle valeur pour l’Histoire de nos Services. D’accord avec son épouse qui le secondait avec autant de dévouement que de compétence, nous n’avons pas voulu qu’elle tombe dans l’oubli. Avec elle nous avons pensé que ces souvenirs de Morange, ses observations, ses réflexions pouvaient non seulement enrichir notre patrimoine, mais encore — et peut-être surtout — servir utilement nos successeurs tant cet esprit curieux savait tirer les conséquences et les enseignements des événements et des faits dont il était l’acteur ou le témoin lucide.

Ainsi a été constitué un comité d’études chargé d’extraire à l’intention de notre Bulletin et des diverses instances nationales chargées de veiller à « cette sacrée Vérité », les bonnes feuilles de ce que l’on peut appeler les Mémoires de Roger Morange alias Mordant. Pour commencer nous présentons le récit de son arrestation par la Gestapo de Marseille à la fin de 1943. Il sera suivi par celui de son interrogatoire et de son évasion. Cette publication vient à son heure, au lendemain du procès de Lyon et à la veille de la nouvelle procédure intentée à l’encontre de Klaus Barbie à propos de l’affaire Jean Moulin. On va retrouver dans le récit de notre camarade cet expert en trahison qu’était Jean Multon, alias Lunel, transfuge du groupe « Combat » arrêté le 28 avril 1943 par la Gestapo de Marseille et « retourné » sans grande difficulté par elle. C’est Multon qui est à l’origine des catastrophes qui se sont abattues sur la Résistance en 1943 : arrestations de Bertie Albrecht, collaboratrice d’Henri Frenay (fin mai 1943), du Général Delestraint, chef de l’armée secrète (9 juin 1943), de René Hardy (7 juin 1943) enfin, dont les conséquences furent si funestes. J’en passe. On va retrouver, face à Morange, le célèbre Dunker, dit Delage, homologue de Barbie à Marseille. Aussi cruel et prétentieux que le S.S. lyonnais — Lui aussi mentionné en 1944 dans nos listes de criminels nazis remises aux services français et alliés de sécurité, accolés aux grandes unités de débarquement. Il eut bien le sort qu’il méritait : il fut fusillé le 28 septembre 1947.

 

Situation du C.E. à Marseille en 1943 Avant de laisser la parole à Morange, il m’apparaît nécessaire de rappeler la situation générale de nos services en 1943. Depuis mai 1942 le commandant Laffont, alias Verneuil, a pris ma place à Marseille à la tête de notre organisation clandestine de C.E. offensif : le T.R. Je suis moi-même en charge de l’ensemble de nos services de sécurité offensifs (T.R.) et défensifs (S.M.). Ils sont en pleine évolution en raison de la répression allemande et des entraves de la police de Vichy.

L’activité croissante de l’Abwehr, celle de plus en plus envahissante du S.D. et de la Gestapo, l’imminence du débarquement allié en A.F.N., m’ont conduit à étoffer le T.R., en …




2014 : année de grands anniversaires pour l’AASSDN

Editorial du Colonel Henri Debrun, Président de l’AASSDN

1) Anniversaire de l’Amicale : l’AASSDN a soixante ans !
Elle est officiellement née le 25 décembre 1953,
Date du Journal officiel qui publia sa déclaration en préfecture de police de Paris.
Le jour de Noël !… Cela ne saurait s’inventer.
Conçue par nos Anciens du Contre-espionnage, Paillole, Rivet, Navarre,
d’Alès, Gérar-Dubot et bien d’autres afin d’entretenir un lien de solidarité et
d’entraide entre ceux qui avaient lutté au sein de ce service et auprès des
familles de leurs camarades disparus mais aussi de faire reconnaître l’importance
du rôle qu’ils avaient joué dans la clandestinité au service de la France
et de faire respecter les actions qu’ils avaient menées pendant la guerre.

Elle s’appelait alors : “ Amicale des Anciens des SSM/TR ”
et prit corps le 27 février 1954 lors de son assemblée générale constituante.
Le Colonel Paul Paillole en fut élu Président national et le resta jusqu’en 2001.
Deux ans après, elle ouvrait ses rangs tout naturellement à ceux qui
avaient oeuvré au sein des SR Guerre, Air, Marine et s’appela en 1956 :
“ Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ”
L’histoire de l’ASSDN commençait. 60 ans après, elle se poursuit. Grâce à
son souci d’adaptation au fil du temps, elle a désormais l’honneur d’être
reconnue comme l’expression associative de la Communauté du
Renseignement et des Opérations spéciales telles qu’elles sont à présent définies,
dans l’esprit légué par ses fondateurs et dans le respect des valeurs qui
lui sont chères et de l’histoire des Services Spéciaux dont elle est “ la gardienne
du temple ”.

Pour célébrer cet anniversaire, nul autre lieu que Ramatuelle, si liée à
l’ASSDN par cette histoire dont notre Mémorial à caractère national est “ la
Pierre de Mémoire ”, ne convenait et quoi de mieux que d’y tenir Congrès,
du 7 au 10 mai prochain ?

D’autant que 2014 est l’année d’autres anniversaires au retentissement
historique à l’évidence bien plus grand que l’ASSDN, membre du Monde
Combattant, se doit de célébrer également à sa mesure :

2) Le 60e anniversaire de la chute de Diên Biên Phu le 7 mai 1954
après deux mois de combats acharnés, prélude dramatique, mais dans l’honneur
de nos forces armées, de la fin de la guerre d’Indochine à laquelle nos
services apportèrent un concours encore trop méconnu. Nous le commémorerons
au Mémorial de Fréjus, sans oublier que cette fin de guerre lointaine pour la
métropole entraîna “ la Toussaint rouge ” en Algérie, début d’une autre
guerre.

3) Le 70e anniversaire du débarquement de Provence.
Nous commémorerons avec trois mois d’avance cette opération Dragoon en rappelant l’action
déterminante de nos services et de certains de nos réseaux, dont celui de
l’Abbé Lapouge récemment décédé, pour sa préparation, et, dans son exécution,
avec des détachements TR et SA auprès des grandes unités alliées et le
SRO de l’armée B commandée par le Général de Lattre de Tassigny.
Nous saluerons nos derniers Anciens de cette grande époque de la
Libération et ceux qui nous ont quittés. Nous leur rendrons hommage.

4) Le 70e anniversaire du débarquement de Normandie, l’opération Overlord
à laquelle nos services SR et CE participèrent, dans sa phase de préparation,
par un intense travail de recueil et de transmission de renseignements
et une contribution précieuse au fabuleux stratagème “ Fortitude ”,
comme dans son déroulement, grâce à l’accord conclu par le Commandant
Paillole et le Colonel Sheen, chef du G2 de l’État-major du Général
Eisenhower, avec des détachements TR et SA auprès des grandes unités
alliées et les BSM préinstallés.

L’ASSDN sera présente, avec sa délégation de Normandie animée par
Pierre Desjardins, Délégué régional et Jean-Claude Hamel, Délégué de la
Manche, aux commémorations en juin prochain.

5) Enfin le centenaire de la déclaration de la Première Guerre Mondiale.
Nous participerons bien sûr à sa célébration et découvrirons avec intérêt
certaines actions d’acquisition du renseignement.

En somme, une année riche de souvenirs, d’hommages et de découvertes aussi…




Extrait du Bulletin : Deux héros honorés à Toulouse

L’A.A.S.S.D.N. et le Groupe Morhange ont tenu à associer à l’hommage rendu le 31 mai 1986 par la Ville de TOULOUSE à l’action résistante de deux de nos camarades les noms de Léon HAMARD et d’Alexandre ABADIE.

Ainsi ont été unis dans un même élan de gratitude le soldat de l’ombre issu de la police nationale et l’officier de gendarmerie, engagés tous les deux sans retour, dans la lutte contre l’occupant.  

Deux figures de héros qui symbolisent une même conception du devoir et dont l’esprit de sacrifice honore deux grands corps de l’État.  

RUE LEO-HAMARD ET SQUARE LIEUTENANT-COLONEL ABADIE C’est en présence de M. Dominique BAUDIS, maire de TOULOUSE et Président du Conseil Régional, de M. DIEBOLT, déporté et Maire adjoint, du Général EYRAUD commandant d’Armes, du Colonel AMET commandant la gendarmerie régionale, de M. CARRERE représentant le Préfet de Région et de nombreuses personnalités civiles et militaires que le Colonel PAILLOLE et André FONTèS ont tour à tour évoqué la mémoire de nos deux camarades disparus.  

Après avoir dévoilé, à 10 h 30, la plaque qui marque la rue Léo HAMARD, avec l’aide des pièces du héros-martyr, le Président du Groupe MORHANGE André FONTèS s’est exprimé en ces termes  

 

Par André FONTèS

… « Léon, Louis Lucien HAMARD, né le 28 novembre 1919 à Bar-le-Duc.  

En 1940, Léon HAMARD “ alias Léo “ quitte sa Lorraine natale pour TOULOUSE.  

En 1941, il est affecté comme jeune inspecteur de police à la 8° Brigade Mobile, rue du Rempart à SAINT-ÉTIENNE. Garçon intelligent, plein de fougue, un avenir brillant s’offrait à lui.  

Fin 1942, Léo entre dans les rangs de la Résistance et dès la création du Groupe Morhange il est l’un des premiers à joindre cette formation.  

Animé du plus pur esprit patriotique, toujours volontaire pour les missions les plus dangereuses, l’une d’elles, devait lui être fatale.  

Le 11 juillet 1944, accompagné de notre chef, le Commandant TAILLANDIER-Morhange, il tombe dans un piège, tendu par la gestapo.  

Le Commandant Morhange tente de s’échapper, il est abattu sur place. Léo HAMARD est capturé et conduit au siège de la gestapo. Il est torturé. Ses bourreaux tentent de lui arracher les secrets du groupe. En vain.  

Après une longue et atroce agonie, dont ma belle-mère, Mme SIMAN DIRAKIS enfermée dans une cellule voisine, témoignera de l’horreur.

Léo HAMARD est enterré vivant.

La mort l’arrache enfin à ses terribles souffrances. A ses nièces présentes à mes côtés, nous disons ” soyez fières, votre oncle était un héros “.  

_____

A 11 h 30, c’est le square Lieutenant-colonel ABADIE qui est inauguré avec le même cérémonial.  

Les honneurs militaires sont rendus par un détachement de motocyclistes de la gendarmerie nationale et un détachement du 14° Régiment de Parachutistes.  

Mme Alexandre ABADIE est présente ainsi que deux de ses fils. C’est elle qui, très émue, avec l’aide du Colonel PAILLOLE dévoilera la plaque du square « Lieutenant-colonel ABADIE » tandis que M. Dominique BAUDIS en coupant le ruban tricolore ouvre l’accès au très beau jardin qui portera désormais le nom de notre camarade.  

Notre Président National avait évoqué le souvenir d’Alexandre ABADIE devant une assistance nombreuse et émue.

 

Par le Colonel Paul PAILLOLE

« C’est à un soldat exemplaire que nous rendons ici hommage, grâce à la Ville de TOULOUSE, grâce à vous Monsieur le Maire. Nous vous en sommes profondément reconnaissants.  

Ce qu’il y a d’exceptionnel dans l’existence du Lieutenant-colonel Alexandre ABADIE c’est la spontanéité et le désintéressem…




Extrait du Bulletin : Le colonel Gasser

in Memoriam par le Colonel REMY

– Quel superbe cuirassier il eût fait ! m’écriai-je devant mon ami Marcel Wiriath qui venait de me présenter au Colonel Roger Gasser auquel le liait une profonde affection.

–          « Il le fut », me répondit-il.

 

Je me sentis sur-le-champ attiré par l’impression d’absolue droiture qui se dégageait de cet homme dont la taille me parut approcher de celle du Général de Gaulle. Informé de ma réflexion, il vint vers moi et sourit en disant :« J’ajouterai que les circonstances ont fait que nous sommes devenus quelque peu collègues.

Venez me voir ; on échangera des souvenirs… ».

Je notai son adresse : …, Square de La Tour Maubourg.

 

– C’est une impasse qui donne sur le 143 de la rue de Grenelle », m’expliqua­t-il. « S’il vous advient de m’écrire, ne faites pas comme ces ignares qui écrivent « La Tour » en un mot et l’affublent d’un trait d’union pour accoupler Maubourg à ce nom illustre ; sinon votre pli vous sera retourné. Le 8 est tout au fond, sur la droite. J’habite au rez-de-chaussée, au-dessous de l’étage où résidait avec son épouse le Maréchal Pétain, en deux appartements séparés. La Maréchale est toujours dans le sien, servie avec un dévouement admirable par une vieille Rivesaltaise plus âgée qu’elle et toute percluse de rhumatismes, ce qui n’empêche pas les deux femmes de se chamailler. « Hé ! répète la Rivesaltaise, vous me cassez les pieds avec votre maréchal ! Il n’y a qu’un vrai Maréchal de France, et c’est le Maréchal Joffre !».

 

« Vacant pour les raisons que vous connaissez, l’appartement du Maréchal Pétain n’est pas demeuré longtemps inoccupé : accourant d’Alger pour se voir confier le ministère de l’Éducation Nationale au mois de septembre 1944, M. René Capitant vint s’y installer dans des meubles qui n’étaient pas les siens ! ».

 

En écoutant Roger Gasser, je me disais qu’il n’avait pas seulement la taille pour trait commun avec le Général de Gaulle. Ce dernier n’eût pas désavoué la série de flèches qui venaient d’être décochées à bout portant. Mais je gardai cette opinion pour moi : trois ans à peine s’étaient écoulés depuis que, faisant l’objet de poursuites intentées par la Haute Cour de Justice pour « atteinte à la sûreté de l’État », le Général Weygand en avait été relevé pour « faits de résistance ».

 

Tandis que j’écris, j’ai sous les yeux une photographie qui représente celui dont Foch disait : « Si la France est en danger, appelez Weygand ! »… conseil qui fut retenu au mois de mai 1940 par M. Paul Reynaud, président d’un gouvernement aux abois. « Rappelé au service » l’année précédente par M. Daladier, le Commandant en chef du Théâtre d’opérations en Méditerranée orientale effectue à Beyrouth sa promenade matinale sur la route de la Corniche aux côtés de son chef de Cabinet, le Colonel Gasser qui le domine de toute la largeur de ses épaules. Leurs relations datent de loin.

 

C’est en 1917 que Roger Gasser fit son entrée à Saint-Cyr, dans la promotion « Sainte-Odile – La Fayette ». Deux ans plus tôt, son père — dont le jeune Maxime Weygand fut l’élève à Saumur – avait été tué au front.

 

A Saint-Cyr, il aura pour camarades de promotion Henri de Bournazel (le légendaire héros du Maroc) et le futur Général Salan.

 

Nommé aspirant au bout de quatre mois d’instruction, il partit en première ligne et sa conduite au feu lui valut une citation à l’ordre de l’Armée. « C’est là que je me liai d’amitié avec le futur Général Navarre, saint-cyrien lui aussi de la promotion précédant la mienne,…




Extrait du Bulletin : Un héros du CE raconte – Capitaine Morange (2)

« Vous chercherez à vous évader, j’y veillerai et vous ne vous évaderez pas! »… Ainsi DUNKER-DELAGE du S.I.P.O.-S.D. de MARSEILLE prévenait notre camarade MORANGE, chef du poste T.R.115 (GLAÏEUL) qu’il avait arrêté le 11 décembre 1943, grâce à la trahison d’un important membre du groupe « COMBAT », Jean MULTON alias LUNEL.

Après avoir été blessé et abominablement torturé, MORANGE est finalement incarcéré à la prison des BAUMETTES à MARSEILLE.

Une seule idée le hante : s’évader, rejoindre ses camarades, reprendre le combat.

 

par Roger MORANGE

I – TRANSFERT DE MARSEILLE A COMPIÈGNE : VELLÉITÉ D’ÉVASION

Le 30 mai 1944, grand branle-bas dans les couloirs des Baumettes : galopade de bottes ferrées, vociférations de S.S., portes qui claquent. C’est un transfert qui se prépare. Attachés deux par deux à la même menotte, nous sommes poussés sans ménagement dans des camions militaires, qui stationnent, moteur en marche, dans la cour de la prison.

Le jour se lève à peine. La traversée de MARSEILLE jusqu’à la gare Saint-Charles n’attire pas l’attention des civils malgré l’importance du convoi, une vingtaine de camions, plus des voitures d’escorte. L’installation dans les wagons de 3° classe se fait avec ordre, sans hurlements et dans un confort inespéré puisque tout le monde est assis.

Dans chaque compartiment, stationne un Feldgendarme, la mitraillette suspendue en travers de la poitrine; le nôtre a l’air bonasse et somnolent. Je me suis assis près de la portière, à tout hasard. Je sais qu’on peut faire glisser les menottes, si elles ne sont pas trop serrées, en enduisant le poignet de mousse de savon. Une fois détaché, il faudra profiter de l’assoupissement du gardien pour ouvrir brusquement la portière et sauter en marche à l’occasion d’un ralentissement du train.

Le savon, je l’ai dans la poche. Il y a deux difficultés d’une part ma menotte est très serrée, et, d’autre part, mon compagnon d’attache n’est guère tenté par l’aventure. Je demande au gardien l’autorisation d’aller aux toilettes. Il me détache sans objection. Quand je reviens à ma place, je rattache ma menotte sous ses yeux, en prenant bien soin de la laisser peu serrée. A cagnarder sur le côté, je fais mousser le savon avec un peu de salive. Je frotte discrètement mon poignet. Au premier essai, la menotte glisse le long de ma main et me libère de mon compagnon.

Ce dernier me regarde avec inquiétude, mais nous finissons par convenir qu’il jouera l’innocente surprise du dormeur qui ne s’est rendu compte de rien. Il ne reste plus qu’à guetter un ralentissement du train, car le gardien s’est assoupi, comme je l’espérais. Hélas, le convoi prend de la vitesse, 80, 90, 100 km/h : sauter à cette allure me paraît insensé. Puis, il ralentit à nouveau. Je reprends espoir. Le ralentissement devient freinage et le train s’arrête en gare de Valence. Nouveaux hurlements de S.S. : c’est un contrôle.

Tous les prisonniers sont comptés, les menottes vérifiées et uniformément resserrées. De moi-même et au grand soulagement de mon compagnon de chaîne, j’ai dû replacer ma menotte avant d’être vérifié, et soigneusement la resserrer. Inutile de recommencer mon savonnage.

Arrivé vers la fin de l’après-midi à PARIS, gare de Lyon, où, sous les yeux de centaines de voyageurs de banlieue, notre défilé misérable, ne donne lieu à aucune sorte de compassion. Pour des civils méfiants, nourris de propagande nazie, notre mauvaise mine nous assimile à ces terroristes redoutés de tout honnête citoyen.

Pour marquer la couleur, quelques-uns d’entre nous amorcent une « Marseillaise », qui sombre immédiatement sous les coups des gardiens. Embarquement en cami…




Sommaire du Bulletin : les Hommages particuliers

AASSDN – Extrait du Bulletin : Commandant Marandet
AASSDN – Extrait du Bulletin : Souvenir de Mg Boyer-Mas
AASSDN – Extrait du Bulletin : Souvenir de Maryse Bastié
AASSDN – Extrait du Bulletin : Hommage mémoire chef d’escadron Kerhervé
AASSDN – Extrait du Bulletin : A la mémoire d’André Sérot
AASSDN – Extrait du Bulletin : En souvenir amis américains : Cassady, Sabalot et Bob Schow
AASSDN – Extrait du Bulletin : Derniers jours d’André Aufranc
AASSDN – Extrait du Bulletin : En souvenir grand resistant André Aufranc et héroique épouse
AASSDN – Extrait du Bulletin : Allocution de Hector Ramonatxo
AASSDN – Extrait du Bulletin : de Tudesq à Alfasser : héros des Services spéciaux
AASSDN – Extrait du Bulletin : Fin glorieuse d’Alfasser et vengeance du groupe Morhange
AASSDN – Extrait du Bulletin : Inauguration square Robert Huguet – Chamalières
AASSDN – Extrait du Bulletin : Hommage à Polacci et Rosa par camarades prisons italiennes
AASSDN – Extrait du Bulletin : Hommage au général Giraud
AASSDN – Extrait du Bulletin : Le colonel Gasser
AASSDN – Extrait du Bulletin : A la gloire des Sous-Mariniers
AASSDN – Extrait du Bulletin : Mort de Marie Bell – une grande française ( souvenir )
AASSDN – Extrait du Bulletin : In memoriam
AASSDN – Extrait du Bulletin : Un héros – capitaine Paul Vellaud
AASSDN – Extrait du Bulletin : Gendarmerie de Saillagousse à l’honneur
AASSDN – Extrait du Bulletin : Deux héros honorés à Toulouse
AASSDN – Extrait du Bulletin : Maurice Recordier
AASSDN – Extrait du Bulletin : Les frères Recordier
AASSDN – Extrait du Bulletin : Décès du Général Chrétien
AASSDN – Extrait du Bulletin : Georges Pradines
AASSDN – Extrait du Bulletin : Henri Frenay
AASSDN – Extrait du Bulletin : Hommages des Alliés
AASSDN – Extrait du Bulletin : Capitaine Léon Lheureux
AASSDN – Extrait du Bulletin : Weygand
AASSDN – Extrait du Bulletin : Colonel Gallizia
AASSDN – Extrait du Bulletin : Pierre Griffi héros de la résistance Corse.
AASSDN – Extrait du Bulletin : Résistance héroïque du Capitaine André Mercier ( 1) et (2)
AASSDN – Extrait du Bulletin : Résistance héroïque du Capitaine André Mercier (3)
AASSDN – Extrait du Bulletin : Roger Wybot
AASSDN – Extrait du Bulletin : Guy Jousselin de Saint-Hilaire
AASSDN – Extrait du Bulletin : Mort de De…




Histoire : “de l’Armistice à la victoire” (Paul Paillole)

Article paru dans le Bulletin N° 1 – avril/mai 1954

par le Colonel Paul PAILLOLE, Président national fondateur

Dès l’ouverture de la séance de la 1ère Assemblée Générale, le Colonel PAILLOLE, après avoir “présenté” les membres du Bureau provisoire, a fait un large historique de ce qui fut NOTRE COMBAT.

Nous sommes certains de répondre à un voeu unanime en ouvrant ce Bulletin par de larges extraits de cette allocution.

Le Général RIVET a bien voulu accepter la Présidence d’Honneur de notre Association. Je lui en exprime toute notre déférente gratitude.

En lui proposant cette charge, votre Bureau Provisoire a pensé que nulle autre personnalité ne pouvait mieux synthétiser l’esprit de l’Amicale et unir ses adhérents.

Le Général RIVET a consacré plus d’un quart de siècle au même combat que nous.

Bien avant la Défaite, il nous a montré le chemin de l’Honneur et de la Résistance.

Il représente beaucoup plus que la saine tradition d’un passé sur lequel on néglige trop souvent de méditer.

Mon Général, si vous êtes aimé et respecté de tous, c’est que nous trouvons en vous ce que, trop souvent, nous cherchons vainement hors de vous : la sérénité et la sûreté du jugement, la générosité du coeur, l’esprit distingué, ouvert à tout ce qui est bien, et par-dessus tout ce sens mesuré du Devoir et du Patriotisme de bon aloi. Entre la modestie, la dignité de votre comportement permanent, et les bruyantes démonstrations des “vocations tardives”, nous avons fait un choix. (vifs applaudissements)

“L’Assemblée ratifie à mains levées la décision de son Bureau Provisoire et confirme la désignation du Général RIVET comme Président d’Honneur de l’Amicale”.

Le Général NAVARRE, Commandant en Chef en INDOCHINE, est notre 2ème Président d’Honneur. Il fut le Chef prestigieux du S.S.M. précurseur en France en 1943 et 1944.
Il nous a fortement encouragé pour la création de cette Amicale. Tout récemment, en me retournant son pouvoir pour 1ère élection du Conseil d’Administration, il m’écrivait  ” Évidemment, je ne pourrai pas venir: mais je serai de coeur avec vous” .

Une fois de plus, dans une situation difficile pour la France, le Général NAVARRE fait face à ses responsabilités avec son impressionnante lucidité et son sens aigu de l’action.
Sa présence en INDOCHINE signifie que rien ne sera négligé pour arriver à une solution militaire intelligente et honorable (vifs applaudissements)

Je reçois, à l’instant, ce télégramme de SAÏGON
“De la part du Colonel MADRE, Chef du Service de Sécurité de la Défense Nationale – Les Anciens du SSM/TR actuellement en Indochine, s’associent avec moi aux camarades réunis ce soir à Paris et regrettant de ne pouvoir se joindre à eux, leur adressent leur très cordial souvenir”. (applaudissements)

Après vous avoir présenté vos deux Présidents d’Honneur, j’ai hésité sur l’opportunité d’aller plus avant et de vous présenter individuellement.
La tentation était forte :
Toute l’histoire du service et quelle Histoire ,..,,

Et puis cela m’eut permis de vous remercier les uns après les autres d’être venus, en dépit de vos occupations et malgré les distances : comme Madame Denise LARROQUE qui détient sans doute le record puisqu’elle nous arrive de RABAT.




Extrait du Bulletin : Pierre Griffi héros de la résistance Corse.

Par Toussaint Griffi

Allocution à Corte, le 11 Septembre 1993 Mon nom est Toussaint Griffi Je vous parle à double titre d’abord en ma qualité d’ancien adjoint du Commandant Roger de Saule, Chef de la mission Pearl-Harbour », et de mes camarades, notamment : – Laurent Preziosi, Président de l’Union Fraternelle de la Résistance. – Georges Lasserre ancien officier du sous-marin « Casabianca ». – Joseph-Louis de Montera, Avocat et ancien Bâtonnier, compagnon de lutte de la première heure, venu spécialement de Bastia pour participer à cette journée du souvenir. Ensuite en tant que membre de la famille et compagnon de lutte de Pierre Griffi. Mais avant tout je tiens à exprimer notre reconnaissance à la municipalité de Corte et à son Maire Jean-Charles Colonna pour l’excellente initiative qu’ils ont prise d’honorer la mémoire de Pierre Griffi en donnant son nom à un square de la ville. Je salue la présence du Colonel Paul Paillole, Président National des Anciens des Services Spéciaux ainsi que celle de Monique Blanc, fille du Général d’Armée Giraud principal artisan de la libération de la Corse en septembre 1943.  

Certains esprits mesquins ou mal informés ont trop souvent tendance à l’oublier. Pierre Griffi, premier radio clandestin débarqué en Corse dans la nuit du 14 au 15 décembre 1942, était né à Alger au mois de mai 1914, de père Corse et de mère Savoyarde.

Pierre avait vingt-neuf ans lorsqu’il vint en Corse pour la première fois. Il n’en repartit plus. Fusillé par les Italiens à Bastia, le 18 août 1943, son corps repose dans le carré miliaire du cimetière de la ville.

Radio dans la clandestinité à Alger, en liaison avec les postes du quartier Général de Tanger, Gibraltar et Londres, il prit une part active à l’insurrection d’Alger dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, facilitant le débarquement des troupes alliées.

Comme tant d’autres enfants de chez nous, Pierre n’a pas fait mentir notre race et notre histoire. Ce descendant de Sanpiero portait dans ses veines le sang chaud de nos ancêtres montagnards, aussi fier de ses origines insulaires que de celles non moins farouches de l’antique Savoya.

Les qualités dominantes de Pierre Griffi étaient la bravoure digne des preux chevaliers, un courage à toute épreuve, joint à une honnêteté scrupuleuse. Il avait une haine farouche de l’occupant fasciste, un mépris provoquant pour son armée sans panache qui avait annexé, en mercenaire des nazis, ses deux petites patries : la Corse et la Savoie.

Mieux que quiconque, Pierre Griffi, a ressenti l’éventualité du déshonneur et de la honte si le drapeau tricolore ne flottait plus sur ces deux plus belles régions de France, les deux berceaux de sa famille. A son idéal, il sacrifia sa vie. Professionnel averti, il se conduisit également en soldat, acceptant tous les risques, ne poursuivant qu’un but : l’accomplissement de la mission qu’il avait voulue.

Nous qui avons eu l’honneur de vivre avec lui cette épopée de plusieurs mois, allant de la montagne à la plaine, de vallées en calanques, de grottes en bergeries, savons avec quelle ténacité, quel admirable sang-froid et quelle maîtrise étonnante il réussit, aux prix de risques et d’efforts quotidiens, la liaison radio-télégraphique entre la Corse et le Haut Commandement Allié en Afrique du nord. (plus de 100 messages passés par lui.).

Repéré, traqué, puis arrêté en mai 1943 par les services de l’O.V.R.A., cette gestapo, il fut soumis à d’odieuses tortures. Il tomba sous les balles italiennes pour la libération de la Corse en août 1943.

Extrayons ce passage du texte de la citation à l’ordre de l’Armée qui lui fut décernée à…




Extrait du Bulletin : Conflits outre-mer 45-56 (2)

L’INDOCHINE, LA GUERRE DU PACIFIQUE ET SES CONSEQUENCES

par le Colonel DAUGREILH 

Dans cette nouvelle avancée de notre publication, nous évoquons les événements qui, en étendant la Guerre au Pacifique et à l’Asie du Sud-Est, ont modifié les données initiales du conflit déclenché en Europe, puis étendu déjà à l’Afrique et au Moyen-Orient, lui donnant ses réelles dimensions de Guerre Mondiale et motivant la présence américaine sur l’ensemble des théâtres d’opérations.

Dans ce tumulte notre Indochine semble apparemment épargnée, mais malgré un calme trompeur elle en subira les conséquences et son destin basculera sans rémission.

En premier lieu, nous ferons une rapide analyse des hostilités dans le ” Grand Océan ” et les Mers du Sud en nous inspirant des écrits de l’Amiral Decoux qui paraît particulièrement qualifié tant en sa qualité de Marin qu’en raison des fonctions importantes qui ont été siennes : Participant en qualité d’Expert Naval aux entretiens Franco-Britanniques de 1935, Chef de la Section d’Études des Armements Navals à l’Etat-Major Général de la Marine, puis Commandant en Chef des Forces Navales Françaises en Extrême­Orient (Mai 1939-Juillet 1940), et enfin Gouverneur Général de l’Indochine (1940-1945).

En second lieu, nous nous pencherons sur l’évolution de la situation indochinoise tant intérieure qu’extérieure pendant la période 1940-1945 dominée par la montée des périls, puis enfin sur les péripéties de la décennie suivante qui a scellé le destin de ce magnifique territoire et consacré notre éviction.

L’ensemble de ces événements a donné lieu à de nombreux ouvrages qui ont retracé leur cheminement. Nous n’avons pas la prétention de faire ici oeuvre d’Historien ; de plus qualifiés l’ont déjà fait. En outre, le sujet est particulièrement vaste et le traiter sur le fond dépasserait le cadre de ce bulletin.

Nous nous bornerons en conséquence à faire oeuvre de souvenirs et à donner in fine une bibliographie non exhaustive susceptible d’intéresser nos camarades désireux d’aller plus avant dans le détail.

Pour revenir à notre sujet, nous nous limiterons à un simple exposé chronologique permettant de saisir en connaissance de cause les données qui se sont posés à nos services dans cette situation nouvelle et le pourquoi des solutions qui ont été tentées.

 

LE CONFLIT DU PACIFIQUE ET SES MOTIVATIONS

Le Japon, situé entre la Mer du Japon qui le baigne à l’Ouest et l’Océan Pacifique à l’Est, est un chapelet de cinq îles principales et d’îlots qui couvrent ensemble une superficie totale de 370.000 km avec une population de plus de cent millions d’habitants.

Depuis son ouverture au monde moderne, ce pays, si petit par sa taille, se trouve en permanence confronté au double problème d’une poussée démographique longtemps galopante et d’une insuffisante chronique de ses approvisionnements en matières premières qu’il doit rechercher hors de ses frontières.

C’est l’Amérique qui, sous la menace d’une flotte de Guerre, oblige en 1854 l’Empire du Soleil Levant à ouvrir ses ports au commerce et à la civilisation occidentale.

Ce sont les ingénieurs navals français qui l’aident à équiper ses arsenaux et à construire les premiers éléments de sa puissance navale.

En 1894, recherchant des avantages sur le continent asiatique, il déclenche et gagne une guerre contre la Chine qui aboutit en 1895 au Traité de Shimo­noseki, lui donnant l’Île de Formose et lui ouvrant l’entrée dans le cercle des grandes puissances.

En 1902, le Gouvernement du Mikado conclut avec Londres un Traité d’Alliance poli…