Négociation : Entretien TRUMP-POUTINE, la paix à la godille

Vendredi 9 octobre, Donald Trump s’est entretenu avec Vladimir Poutine pendant 90 minutes, sixième entretien entre les deux hommes cette année, selon l’agence TASS. L’enjeu était important pour les deux hommes, particulièrement pour Donald Trump, les Américains, lassés des guerres et de leur impact sur leur vie quotidienne, inflation oblige (prix du gallon et de l’alimentation), devant renouveler les élus du Congrès (Midterm) le 3 novembre prochain.
Cet entretien avait donc été soigneusement préparé, détaille, en français, l’agence vietnamienne VNA, qui croise ses sources (1).
Le conseiller du président russe, Iouri Ouchakov, « l’appel téléphonique initial a été proposé par les États-Unis afin que le président Trump puisse féliciter personnellement Poutine pour son anniversaire, le 7 octobre ». Né le 7 octobre 1952, Vladimir Poutine a eu 74 ans. « Ce jour-là, l’envoyé spécial Steve Witkoff a contacté le Kremlin pour transmettre les félicitations du président Trump, ainsi que ses vœux personnels et ceux de Jared Kushner ». On le sait, les deux conseillers américains avaient rencontré le président russe à Moscou le 5 septembre dernier.
Les enjeux ?
La situation en Ukraine bien sûr, sachant, selon l’agence Reuters (2), que dans le même temps, les 8 et 9 octobre en Floride (Miami), « Witkoff et Kushner devaient tenir une réunion de travail avec les Ukrainiens afin de discuter des ‘‘nouvelles idées et propositions que les négociateurs américains ont commencé à élaborer avec les Russes et les Ukrainiens lors de leur récente visite dans la région’’ ». Mais pas seulement. Selon une source américaine citée par Reuters, participent aussi « des représentants du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche et du ministère américain des Finances », ainsi que « le chef d’état-major ukrainien Kyrylo Budanov, le chef des services de renseignement Rustem Umerov et le négociateur en chef David Arakhamia ».
A noter, quand les Européens sont tenus pour l’instant à l’écart de toute négociation, que des « conseillers à la sécurité nationale du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, ainsi que des responsables de l’OTAN et de l’Union européenne » ont été invités à prendre connaissance de ces « nouvelles idées » russo-américaines, sécurité de l’Ukraine, plan de relance économique d’après-guerre entre autres aspects. Reuters précise encore : « La source a indiqué que les Européens avaient fait part aux États-Unis de leur frustration face aux coûts élevés de l’énergie et aux autres répercussions financières majeures du conflit ».
L’édition européenne de Politico (3) confirme en effet que les pays de l’UE se préparent à une très grave pénurie de gaz pour l’hiver, liée à l’interdiction imminente de l’UE sur les contrats à long terme sur le GNL russe – ce qui, dans la règle actuelle de la Commission impacte tous les prix de l’énergie, électricité comprise.
Très peu d’informations, pour ne pas dire aucune, à l’issue de cette réunion. Selon Reuters relayé par Boursorama ce 10 octobre à l’heure où nous écrivons (4), les participants « ont tenu des discussions constructives vendredi à Miami, sur les moyens de parvenir à une désescalade et de mettre fin à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, a dit l’émissaire américain Steve Witkoff ». Ils « sont convenus de poursuivre les efforts diplomatiques en ce sens ». Selon une autre source (5), « les discussions de Miami ont également porté sur un éventuel cadre de sécurité futur entre l’Europe et la Russie, destiné à soutenir la stabilité régionale à long terme » – ce qui est en réalité essentiel. Mais « la source n’a pas divulgué les détails des arrangements proposés ».
A ce point, précisons qu’avec son sens de la communication, Donald Trump a annoncé vendredi 9 avoir conclu quant à lui un accord sur le diesel avec les Russes – pour faire baisser les prix, dont celui du gallon américain : « Le Kremlin à la rescousse de la Maison-Blanche », commentent les Échos (6). « Le président américain s’est félicité vendredi d’avoir convaincu Vladimir Poutine de libérer jusqu’à 4,8 millions de tonnes de diesel sur les marchés mondiaux ». Une décision confirmée par l’agence TASS qui précise que l’affaire a été conclue lors de l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Trump annonce donc, sur son réseau Truth Social : « La Russie va immédiatement fournir plus de 300.000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500.000 tonnes de plus en novembre et 1.000.000 de tonnes immédiatement après. Par ailleurs, selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3.000.000 tonnes de diesel ».
En retour, le département du Trésor américain annonce « une exemption temporaire des sanctions sur l’expédition de carburant diesel russe, valable jusqu’au 7 avril 2027 » (1).
N’existe-t-il pas un autre enjeu de taille pour Donald Trump ? Oui, l’Iran.
Et, selon l’agence vietnamienne VNA (1), le sujet a bien été évoqué lors de leur entretien par les deux dirigeants russe et américain. On sait que Donald Trump a exclu une intervention de sa part en Iran avant le 3 novembre. Et aussi qu’il « s’est félicité de l’implication de la Russie dans les efforts diplomatiques visant à résoudre la crise ». Du côté russe, « le président Poutine a déclaré qu’il était encore possible de résoudre les différends par la négociation avec Téhéran et a rappelé sa rencontre du 8 octobre avec le président iranien Massoud Pezeshkian au Turkménistan », indiquant aussi que « Washington et Téhéran maintiennent des contacts indirects via le Qatar, malgré la rhétorique agressive des deux pays ». Ou encore que « Moscou a réitéré sa proposition d’accepter l’uranium hautement enrichi iranien, y voyant une solution possible pour sortir de l’impasse sur le dossier nucléaire ».
Par ailleurs, l’agence TASS précise (7) que d’autres points ont été abordés le 9 octobre entre les deux dirigeants : selon le porte-parole russe Dimitri Peskov en effet, « des discussions sont en cours concernant un large éventail de projets possibles de coopération économique, qui pourraient s’avérer mutuellement bénéfiques ». Ce à quoi tiennent essentiellement les Russes.
D’autres points chauds ont été abordés, sujets de pressions européennes, peut-être aussi à Miami, quand on lit, chez TASS encore (8), ce samedi matin, que « le président du Comité militaire de l’OTAN, Giuseppe Cavo Dragone, a déclaré que l’Alliance atlantique n’avait pas l’intention d’imposer un blocus à Kaliningrad : ‘‘En ce qui concerne Kaliningrad, que les choses soient claires : l’OTAN ne prépare aucun blocus. Les informations faisant état d’une telle menace reposent sur un scénario qui n’existe pas’’, a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal La Repubblica ».
Conclusion ?
Il semble que l’entretien du 9 octobre entre Donald Trump et Vladimir Poutine ait été riche – même s’il faut aller à la pêche aux informations sur son contenu.
Ce qu’on ne sait pas ? Est-ce que le président américain prêche uniquement pour les élections du 3 novembre dans sa volonté d’apaisement avec les Russes – ce qui met Volodimir Zelensky en fureur (9), ou a-t-il fait le choix de réellement mettre un terme à la guerre en Ukraine, celle de Biden, proclamait-il, qui devient la sienne ? Parce que de son côté, le secrétaire d’État Marco Rubio a fait le 7 octobre à Athènes un discours flamboyant d’inspiration parfaitement néoconservatrice (10) appelant l’Europe à « sortir de son long sommeil » en privilégiant la force, « la défense » et les armes aux côtés des Etats-Unis.
Entre options géopolitiques et dissensions dans un entourage qui tire à hue et à dia – rien que le 3 novembre ne résoudra, Donald Trump devra trancher. Naviguer à la godille ne suffira pas à ramener la paix.
Hélène NOUAILLE
Samedi 10 octobre 2026
Site La lettre de Léosthène
Notes :
(1) Vietnam.vn, le 10 octobre 2026, Bao Hai Phong, Cet appel téléphonique de 90 minutes ouvre des perspectives de coopération russo-américaine
https://www.vietnam.vn/fr/cuoc-dien-dam-90-phut-he-mo-trien-vong-hop-tac-nga-my
(2) Reuters, le 8 octobre 2026, Witkoff, Kushner to meet Ukrainians for talks on the war, says US source
https://www.reuters.com/world/europe/witkoff-kushner-meet-ukrainians-miami-friday-says-us-source-2026-10-08/?_x_tr_sl=en
(3) Politico, le 9 octobre 2026, EU faces gas supply shortage as winter looms
https://www.politico.eu/article/eu-faces-gas-supply-shortage-iran-war-winter-looms/
(4) Boursorama, le 10 octobre 2026, Ukraine-Les discussions qui se sont tenues à Miami ont été constructives, dit Witkoff
https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites-amp/ukraine-les-discussions-qui-se-sont-tenues-a-miami-ont-ete-constructives-dit-witkoff-7ff68b20d5abd265a8784d60d1cec725
(5) Investing.com, le 10 octobre 2026, Simon Mugo, Des négociateurs américains, ukrainiens et européens tiennent des pourparlers de paix à Miami
https://fr.investing.com/news/economy-news/les-etatsunis-lukraine-et-lue-tiennent-des-pourparlers-de-paix-a-miami-3629694
(6) Les Echos, le 9 octobre 2026, Bastien Bouchaud, Trump s’entend avec Poutine pour libérer du diesel russe sur les marchés mondiaux
https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/trump-sentend-avec-poutine-pour-liberer-du-diesel-russe-sur-les-marches-mondiaux-2256173
(7) TASS, le 9 octobre 2026, Russia, US in talks on mutually beneficial economic projects — Kremlin spokesman
https://tass.com/economy/2199609
(8) TASS, le 10 octobre 2026, NATO says it has no plans to blockade Kaliningrad
https://tass.com/world/2200231
(9) Le Figaro/AFP, le 9 octobre 2026, Trump conclut un accord avec Poutine sur le diesel russe, Zelensky dénonce une « horrible » décision
https://www.lefigaro.fr/conjoncture/donald-trump-assure-que-la-russie-va-fournir-immediatement-300-000-tonnes-de-gazole-aux-marches-americain-et-mondial-20261009
(10) US State Department, le 7 octobre 2026, Secretary of State Marco Rubio Remarks
https://www.state.gov/releases/office-of-the-spokesman/2026/10/secretary-of-state-marco-rubio-remarks/
Source photo : IA/ Laure Fanjeau