Le 20 juillet 1989, mort de Marie Madeleine Fourcade, chef du réseau Alliance durant la Seconde Guerre mondiale.
Marie-Madeleine FOURCADE (1909- 1989)
Née le 8 novembre 1909 à Marseille, dans une famille de la haute bourgeoisie catholique. Enfance à Shanghai, entre les cadres des Messageries Maritimes et les dîners en costume d’apparat. Rien dans ce milieu-là ne prédestinait à finir nue à s’arracher aux barreaux d’une cellule de la Gestapo.⠀
En juin 1940, la France « capitule ». Elle refuse.⠀
Avant la guerre, pendant de nombreuses années, MM Fourcade a été l’adjointe du commandant Loustaunau – Lacau, comme rédactrice en chef des publications de la Spirale. Dès l’été 1940, c’est lui qui crée le réseau qui deviendra Alliance. Il est arrêté en AFN alors qu’il tentait de faire basculer l’Afrique du Nord dans la reprise du combat contre les Allemands et est déporté.
À 31 ans, sous le nom de Marie-Madeleine Méric — celui de son premier mari — elle succède alors au commandant Loustaunau-Lacau et prend la tête du réseau Alliance.
Jusqu’à 3 000 agents travaillent sous ses ordres pour l’Intelligence Service britannique : des soldats, des instituteurs, des médecins, des paysans. Ils transmettent les déplacements des sous-marins allemands, les positions des défenses côtières, les cartes des rampes de lancement des V1 et V2. La Gestapo, incapable de mettre un visage sur cette organisation tentaculaire, finit par la surnommer « l’Arche de Noé » — parce que ses membres portent des noms d’animaux. Son alias à elle : « Hérisson ». Longtemps, l’Intelligence Service et la Gestapo ignorent que c’est une femme qui est à la tête de ce réseau.⠀
En novembre 1942, la police française l’arrête à Marseille avec son état-major. Elle s’évade quelques jours plus tard, en route vers Castres.⠀
La guerre ronge aussi l’intime. Son compagnon, le commandant Léon Faye — le père de son fils né dans la clandestinité en juin 1943 — est arrêté à l’automne 1943. Déporté, il est assassiné en Allemagne en janvier 1945.⠀
Elle continue.⠀
Le 17 juillet 1944, la Gestapo la capture à Aix-en-Provence. Elle est détenue à la caserne Miollis. Elle sait ce qui l’attend. Elle connaît les codes du réseau. Elle connaît les noms.⠀
Dans la nuit du 17 au 18 juillet, elle se déshabille entièrement, s’enduit le corps d’eau savonneuse, et au prix d’énormes douleurs, elle se glisse nue à travers les barreaux de sa fenêtre. Elle disparaît dans la nuit.⠀
Le réseau Alliance a compté 429 morts.⠀
Après la guerre, elle a consacré des années à les nommer, à reconstituer leurs dossiers, à les rendre à l’Histoire. Dans les manuels scolaires, dans les commémorations, dans les discours du 8 mai, c’est Jean Moulin qu’on cite. Elle, elle reste absente du récit qu’on enseigne aux enfants de France.⠀
Elle est morte le 20 juillet 1989 à Paris.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.

