Nous avons souvent souligné les mérites de la Sûreté aux Armées. Jamais encore nous n’avions pu publier un récit documenté montrant son travail. C’était une lacune dans l’oeuvre historique que nous nous sommes assignée.

C’est pour nous une grande satisfaction de pouvoir, aujourd’hui, la combler grâce à notre camarade F. SALAS, Commissaire Principal de la Police Nationale, ancien de l’équipe B.S.M./SA-509. Nous le félicitons et le remercions.

Au-delà de sa personne, ce sont tous les magnifiques fonctionnaires de la Police Nationale que nous saluons, et plus spécialement les volontaires de la S.A, qui, avec un merveilleux esprit patriotique, ont participé avec courage et compétence à la Sécurité des Armées françaises et alliées.

Une réglementation rigoureuse et mal adaptée aux circonstances, n’a pas permis jusqu’à présent de donner à ces fonctionnaires la récompense administrative que leurs services de guerre leur a pourtant acquis.

Nous le déplorons comme nous déplorons tant d’ingratitude à l’égard de ceux qui ont servi généreusement leur Pays, dans la discrétion et sans se soucier d’autre récompense que celle que procure la satisfaction du DEVOIR accompli.

BUREAUX DE SECURITE MILITAIRE ET SURETE AUX ARMEES (1943-1945) Août 1944 !

Sur les côtes de Provence, le formidable débarquement des Forces Françaises et Alliées a commencé le 15, entre HYERES et SAINT-RAPHAËL.

A l’intérieur des Divisions françaises de la 1ère Armée du Général de LATTRE de TASSIGNY, les Bureaux de Sécurité Militaire et de Sûreté aux Armées (B.S.M.-S.A.) rattachés à l’Etat-Major de chaque Division forment des groupes bien modestes, comparés à l’énorme machine de guerre 25 à 30 hommes au maximum.

Le B.S.M. 509 placé en Novembre 1943, en ALGERIE, auprès de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale (9ème D.I.C.), débarque d’un L.S.T. le 17 Août sur la plage de La NARDELLE, entre SAINTE-MAXIME et SAINT-RAPHAËL. Ce bureau a déjà participé à des missions de protection du secret et de Contre-espionnage en ALGERIE, en CORSE, et à l’ILE D’ELBE, mais son personnel sait bien, en débarquant en PROVENCE, que sa véritable mission va commencer. Il est prêt !

La fin de la guerre, et la Victoire, le trouveront à TUTTLINGEN, en ALLEMAGNE.

Il avait bien et complètement rempli la mission qui lui avait été donnée à son départ de la terre d’ALGERIE , en participant activement aux Batailles de TOULON, du DOUBS, d’ALSACE et d’ALLEMAGNE, et en capturant un grand nombre d’agents ennemis. 22 Août 1944. TOULON tient toujours.

Les troupes coloniales progressent vers le grand port militaire.

A bord de ma jeep, j’aperçois les premières maisons de LA FARLEDE, les tirai!leurs sénégalais du 6ème R.T.S. aspergeant de rafales un mamelon sur ma droite d’où un groupe de mortiers cherche à interdire la progression des véhicules sur la route nationale.

Quelques jeeps brûlent ; morts et blessés gisent à terre. J’atteins les premières maisons puis la rue principale du village, jonchée de cadavres allemands.

J’ai mis pied à terre. J’aperçois un groupe d’hommes armés, vêtus d’uniformes bleus et portant des brassards tricolores. Des F.F.I. !

Ils poussent devant eux, vigoureusement, un jeune homme en civil. Je m’approche. Le Chef de groupe est un barbu, énergique. Je me fais connaître. Il me fait part de son intention de fusiller son prisonnier, sur-le-champ.

D’après lui, il s’agit d’un collaborateur. Le jeune homme a les yeux bandés ; il est pâle et muet. A peine 20 ans.

Les rafales crépitent dans le village, tout autour de nous. J’interdis aux maquisards une si expéditive justice. Palabres et discussions.

Le Chef consent enfin à me remettre son prisonnier. Je lui signe un papier. Je me dirige avec le groupe vers la Gendarmerie. Personne ! Je m’installe.

Le prisonnier s’appelle B…-M…. Il est signalé sur les listes ” S.M. Débarquement ” en ma possession, comme ” Journaliste du RNP (de Marcel DEAT) et propagandiste “.

Je m’entretiens durant une heure avec lui. A l’issue de ce premier contact, je suis convaincu que ce garçon, intelligent et cultivé, n’a pas pu ne pas jouer un rôle dans le grand drame de l’Occupation et de la Résistance.

Je dois partir car j’ai d’autres objectifs à atteindre dans la journée, figurant également sur mes listes, et notamment à SOLLIES-PONT et à TOULON où nos premiers éléments ont pénétré.

Je laisse B…-M… sous la garde du groupe de F.F.I., avec mission de lui permettre, sans l’importuner, de rédiger le curriculum vitae très détaillé que j’ai exigé de lui.

Un saut jusqu’à TOULON ! Personne aux adresses indiquées ! La ville est en effervescence, joies de la Libération, tireurs isolés, femmes rasées que l’on promène dans les rues.

Les forts tiennent toujours, canonnades et crépitements d’armes automatiques.

J’ai laissé DABADIE à SOLLIES-PONT ” s’occuper ” du Maire de la Ville, et de sa secrétaire, inscrits sur nos listes comme collaborateurs.

Retour à LA FARLEDE, tard dans la nuit. Mon prisonnier est… toujours en vie, et je le trouve plus détendu que je l’avais laissé.

Il a noirci plusieurs pages, que je lis. Je le connais mieux, maintenant !

Recruté dans l’Organisation TODT, déplacements nombreux dans les massifs boisés de SAVOIE et du JURA.

Missions de renseignements? Il ne m’en parle que dans la nuit. Je le ” traite ” à fond jusqu’au matin. Je veux en savoir davantage. Petit déjeuner, toilette, et je le laisse à nouveau à ses confessions.

Un saut jusqu’à un village de la région où le Maire a été ” démissionné ” et emprisonné par des F.T.P.

La Mairie est pleine de civils en armes, farouches et peu décidés à écouter cet Officier venu d’on ne sait où et qui exige la libération immédiate du Maire (80 ans) et sa réinstallation à la Mairie.

Rapide ” Référendum ” auprès des gens du village et, très démocratiquement, ce à quoi ne peuvent s’opposer les F.T.P., remise en place du Maire !

Retour à LA FARLEDE. B…-M… a précisé quelques points, en réponse au questionnaire que je lui ai laissé.

Il est bien un ” agent ” recruté par le S.R. allemand, ayant accompli des missions!

Je termine son interrogatoire et j’établis la procédure. Le temps presse et il me faut continuer sur TOULON.

Travail un peu ” bâclé “, mais j’ai obtenu l’essentiel dans cette affaire. D’autres le traiteront, d’une manière plus approfondie, en partant des renseignements déjà recueillis.

Je conduis mon prisonnier à la Prison de TOULON, gardée par nos militaires.

Je dois, quant à moi, aller vers d’autres missions et suivre le sort de ma Division, la 9ème D.I.C.

(Je devais apprendre, plus tard, à BESANÇON, que B…-M… avait été condamné à 20 ans de détention et ce malgré le très bon rapport que j’avais établi à son sujet, à la suite des faits qui vont suivre.) * J’avais traité B…-M… de la manière la plus humaine. J’avais tenu à ce qu’il soit traité correctement et il l’avait été.

Au moment de me séparer de lui à la Prison de TOULON, il me remercia, et notamment ” de lui avoir sauvé la vie “.

” Pour me témoigner sa reconnaissance “, me dit-il, ” il voulait me fournir un renseignement qu’il n’avait pas voulu dévoiler lors de ses interrogatoires, estimant également, après son passage dans notre service, que les activités au profit de l’ALLEMAGNE devaient être neutralisées, la libération du Territoire étant menée par d’authentiques soldats français, contrairement à ce que la propagande avait fait croire aux populations, etc. “

B…-M… m’apprit alors qu’une jeune femme nommée V…, artiste peintre de son état et domiciliée à ANTIBES, jouait un rôle déterminant au profit du S.R. Allemand.

Il l’avait appris de sa bouche même et V… lui avait également confié que le S.R.A. avait placé auprès d’elle un technicien radio chargé de la transmission des renseignements à une Centrale installée quelque part en Forêt Noire.

B…-M… ne connaissait pas ce technicien ; il savait seulement, par V…, qu’il était Français et qu’il avait été un des premiers opérateurs en ondes ultra-courtes, notamment lors d’une expédition du Docteur CHARCOT au SPITZBERG.

Muni de ces renseignements je filai aussitôt sur ANTIBES.

Tout le secteur de la Côte d’Azur venait d’être occupé par la 36ème Division U.S., qui n’était entrée dans ANTIBES que la veille. (Je ne l’appris qu’en cours de route, par des civils, aucun soldat français n’étant visible dans ce secteur entièrement dévolu à l’Armée américaine).

Je me rendis rapidement au domicile de V…, dont B…-M… m’avait communiqué l’adresse.

Je n’y trouvais que sa mère, seule. Une visite des lieux n’apporta rien à mes recherches, pas de documents, pas de carnets d’adresses ! La mère prétendait qu’elle n’avait pas revu sa fille, depuis la veille au soir et que, les Américains ayant pénétré dans ANTIBES, elle avait pu quitter la ville.

Je me mis à la recherche d’autorités françaises responsables. En pure perte. Personne à la Mairie, au Commissariat de Police et à la Gendarmerie.

La Résistance locale ? Je demandai, au hasard, à une personne rencontrée, d’inviter un membre de la Résistance à se présenter à moi au Commissariat de Police, où je m’installais.

Une heure après, deux hommes se présentaient. L’un d’eux se disait ” Capitaine ROGER “, l’autre était un médecin antibois qui tentait d’organiser les services de la Mairie.

Après m’être fait connaître ès qualité, je leur fis part à tous deux de la nécessité urgente de retrouver V…, sans leur donner de détails.

Je leur dis que la veille elle se trouvait encore à ANTIBES et, qu’à mon avis, elle n’avait peut-être pas pu quitter la ville.

Je leur demandai de mobiliser tous les membres de la Résistance locale pour la retrouver et, en cas de découverte, de la faire conduire devant moi, immédiatement. Ils me quittèrent en me promettant d’agir rapidement.

Une heure après, le ” Capitaine ROGER ” se présentait, seul, à mon bureau. Il commença par me dire qu’il connaissait bien V… et qu’il savait qu’elle travaillait pour les Allemands.

Il paraissait gêné, allant jusqu’à mettre en doute ma qualité d’Officier français, et me faisant part de son étonnement de n’avoir pas vu d’autres soldats français, que moi.

Cet homme cachait quelque chose, cela me paraissait flagrant ! Je me souviens d’avoir fait la grosse voix et de l’avoir menacé d’un rapport foudroyant… ” ROGER ” m’apprit ensuite, et après bien des réticences, qu’il savait où se trouvait V…

Je lui ordonnai vivement de me conduire vers elle.

Nous partîmes ensemble vers la Place principale d’ANTIBES. Là, dans une rue qui y débouche, nous pénétrâmes dans un immeuble de bel aspect.

En cours de route, ” ROGER ” m’avait expliqué que V… s’était réfugiée chez une de ses amies, dans cet immeuble depuis la veille.

Au 3ème étage, ” ROGER ” prit une clé dans sa poche et ouvrit la porte d’un appartement.

Silence complet ! Personne? Je me dirigeai vers une des chambres : une jeune femme, vêtue d’une courte chemise de nuit, gisait à plat ventre, sur le lit non défait, un poignard planté entre les omoplates !

Je me retournai. ” ROGER ” était là, silencieux. Il me fit signe qu’il s’agissait de V…. Je lui demandai aussitôt des explications, sur sa connaissance de cette retraite, sur la possession de la clé de l’appartement, sur ses réticences, sur la découverte de V…, assassinée… Cet homme cachait vraiment quelque chose !

Il s’expliqua, enfin ” La veille”, alors que les premiers Américains étaient aux portes d’ANTIBES, il avait été contacté par un homme qui, sachant qu’il appartenait à la Résistance, lui avait confié appartenir au ” 2ème Bureau français “.

Cet homme lui avait parlé de V…. Il lui avait dit que cette femme était un agent de l’ALLEMAGNE et qu’elle détenait une liste de personnes d’ANTIBES qu’elle s’apprêtait à remettre aux Allemands, que ces otages seraient fusillés le jour même si l’on n’empêchait pas V… de remettre cette liste, et qu’il fallait immédiatement l’exécuter, au nom de la Résistance. “.

” Cet homme savait que ” ROGER ” connaissait bien V….

Il lui ordonna de se charger de cette exécution. ” ROGER ” rendit compte à la Résistance locale et il fut décidé de passer à l’exécution de l’ordre reçu.

” ROGER ” fit porter un billet à V…, à son domicile. Il lui demandait de le rejoindre de toute urgence, à l’appartement de son amie… (” ROGER ” m’avoua, à ce moment, qu’il était l’amant de V…, depuis plusieurs mois). “

” V… vint rapidement. ” ROGER ” lui fit croire à un rendez-vous galant. Elle se déshabilla et, alors qu’elle se tenait contre lui, et qu’il l’embrassait, il lui planta un stylet entre les épaules, sans lui demander d’explications.

La liste d’otages resta introuvable. ” ROGER ” coucha V… sur le lit, dans la position que je l’avais découverte, et il quitta l’appartement pour aller rendre compte de l’accomplissement de sa mission et du résultat négatif concernant la liste. “

Le premier et le plus important maillon de cette chaîne d’espionnage, que je sentais, disparaissait avec la mort de V…. Il me fallait, coûte que coûte, découvrir les autres, c’était trop important !

” ROGER ” ? L’interrogatoire auquel je le soumis, ainsi que le Médecin, ne m’apporta rien ! Ils paraissaient bien avoir agi de bonne foi, et pour la Résistance.

J’étais fatigué (plusieurs nuits sans sommeil), et découragé… Je m’apprêtais à quitter ANTIBES pour TOULON. J’alertai le Commissaire de Police (revenu à son Commissariat), de la découverte du corps de V…, exécutée par la Résistance, mais je ne lui parlai pas du rôle de ” ROGER “.

Je pensai, à ce moment, à cet agent du 2ème Bureau. Il paraissait être bien renseigné et il pouvait, peut-être, m’aider à remonter la filière, en partant de V…

Je demandai à le rencontrer. Je le vis dans un Hôtel, près de la Place d’ANTIBES. Il était accompagné de son épouse, qu’il me présenta. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, d’aspect ” petit bourgeois rangé “. Il se nommait A…. Sa ” femme ” – son amie, m’avoua-t-il au cours de notre conversation, avec un petit air entendu – se nommait S….

A… me confirma son appartenance au ” 2ème Bureau “. Je le fis parler. Mon impression fût qu’il s’agissait plutôt d’un agent occasionnel, d’un quelconque réseau de Résistance. Il n’avait pas la manière ! et il y avait en lui, cependant, un air matois qui m’intriguait.

Depuis quand était-il à ANTIBES ? Qui l’avait renseigné sur V… ? Il m’expliqua qu’il avait été recruté à la terrasse d’un café de TOULON par un Officier français en civil qui s’était présenté à lui sous le nom de ” MATISSE “.

Il avait rencontré cet Officier plusieurs fois et lui avait fourni des renseignements sur TOULON. Il ne s’expliqua pas sur ce point et je n’insistai pas ; je le laissai parler.

C’était ” MATISSE ” qui l’avait envoyé à ANTIBES, il y avait un mois, pour surveiller V…, située comme agent de renseignements de l’ALLEMAGNE.

A… était entré en relation avec elle en l’accostant dans la rue ; il lui avait ensuite rendu visite chez elle. Il n’avait pas pu recueillir des renseignements intéressants sur son activité et n’avait donné aucune nouvelle à ” MATISSE “, depuis son arrivée à ANTIBES.

Tout cela ne me paraissait pas clair ! Je décidai de conduire A… et son amie à TOULON, prétextant un contrôle indispensable de son appartenance à un de nos services. A… se montra réticent. J’insistai gentiment…

Dans le Command-Car qui nous ramenait à TOULON, il ne fut plus question de V…, ni des services de renseignements.

A… s’intéressait au débarquement en PROVENCE, me disait combien il avait été impressionné par l’importance des moyens mis en oeuvre et par l’allure des troupes.

Il me demanda mon origine, me fit parler de l’ALGERIE qu’il ne connaissait pas, disait-il, comme il ne connaissait ni l’AFRIQUE ni les Pays méditerranéens, étant surtout attiré par les pays nordiques.

Il me confia qu’il avait fait de nombreux voyages dans ces pays et, dans la conversation, me lâcha ” qu’il avait même participé à la première expédition du Docteur CHARCOT au SPITZBERG ! ! ! “

Cette phrase était terrible… et lumineuse !

J`avais là, près de moi, à portée de ma main, le technicien radio du S.R. Allemand, dont m’avait parlé B…-M… !!!

Quel frémissement de joie me saisit ! Quel effort dus-je faire pour ne rien en laisser paraître!

Le voyage se poursuivit. Il n’y eut, entre nous, que conversations aimables jusqu’à l’arrivée.

Il était près de minuit lorsque nous arrivâmes à l’Hôtel où notre service s’était installé, à l’angle du Boulevard de Strasbourg et de la rue Colbert. Je fis conduire A… et sa compagne dans une chambre, leur fis servir une collation et leur souhaitai bonne nuit.

Je me rendis, quant à moi, auprès du Capitaine MASSE, Chef du B.S.M. Il était avec le Lieutenant LAGUGNE, Commissaire de la Sûreté aux Armées.

Je leur parlai de l’Affaire V… et de ses développements, le dernier étant l’identification du technicien radio du réseau.

Je ne tenais pas en place.

Après un léger dîner, je décidai de ne pas attendre le lendemain pour poursuivre l’affaire. Je me rendis chez A….

Je le trouvai en robe de chambre, détendu et calme. Je l’invitai à me suivre dans une chambre voisine et, devant lui et très ostensiblement, je chargeai un de nos soldats 3 de surveiller très étroitement sa compagne “. Ses traits pâlirent.

Lorsque nous fûmes seuls et dès mes premières paroles, il comprit la situation.

Il ” craqua ” après avoir tenté de me faire promettre qu’il ne serait pas fusillé.

J’exigeai de lui toute la vérité, l’assurant que seule sa franchise pourrait influencer favorablement le Tribunal Militaire devant lequel il comparaîtrait. Il me raconta son histoire.

Contacté puis employé par les troupes allemandes d’occupation en raison de ses très sérieuses connaissances en matière de radiotélégraphie, il avait été ensuite recruté par les Services de renseignements de l’Abwher, et avait accepté la mission d’implanter un réseau radio tout le long de la côte méditerranéenne française, de MENTON à PORT-VENDRES.

Ce réseau comptait douze opérateurs et devait fonctionner dès le débarquement, après stabilisation du front, situation qui était envisagée par le Commandement allemand, dans la Région Sud de la FRANCE.

Le réseau était en place. A… me donna l’identité des opérateurs et le nom de la ville où ils se trouvaient. Je notai toute la nuit le maximum de précisions à ce sujet.

Je fis transmettre l’ensemble car il s’avérait impossible d’exploiter efficacement cette affaire, à notre seul échelon. Je m’étais réservé cependant quelques objectifs et je poursuivis l’affaire.

Dès le lendemain matin, A… nous conduisait chez lui. Il habitait une villa, au CANNET, au-dessus de CANNES. Admirablement située sur les hauteurs, isolée, sa visite allait être fructueuse.

Dès l’arrivée, une double antenne impressionnante, et très visible sur le toit, nous le faisait prévoir.

A l’intérieur, dans une pièce, se trouvaient bien rangés sur deux tables distinctes, deux postes radio émetteurs-récepteurs, parfaitement équipés, avec quartzs et tableaux de fréquences.

Dans un placard, une quantité importante de clichés photographiques, parmi lesquels de nombreuses vues de la côte méditerranéenne.

Tout devait et allait rester en l’état, l’exploitation du réseau à notre profit étant dès lors envisagé, compte tenu de la totale coopération qu’A… promettait.

Après les mesures conservatoires qui s’imposaient – garde militaire installée – nous reprenions la route de TOULON.

A… m’avait appris qu’il avait été chargé, d’installer, ” techniquement “, le réseau allemand et que cette installation était terminée.

Il m’apprit aussi que chaque opérateur dépendait d’un réseau de renseignements auprès duquel il était placé.

Il ne connaissait, quant à lui, que les opérateurs et ignorait les réseaux de renseignements, sauf pour les réseaux d’ANTIBES-NICE et de MARSEILLE.

Le réseau de renseignements d’ANTIBES-NICE était dirigé par V… qui devait disposer dans la région, probablement, d’agents nombreux.

La liaison Renseignements-Transmission devait se faire uniquement entre V… et lui-même.

Les renseignements seraient chiffrés par la soi-disant compagne d’A…, S…, en réalité agent chargé du chiffre, ayant suivi un stage au 3 Réseau CONDOR 3, à TOULOUSE.

L’opérateur du réseau de MARSEILLE était un nommé G…, domicilié sur le PRADO, à une adresse qu’A… me communiqua.

A… m’apprit aussi que la propre soeur de G… était l’agent chargé des renseignements.

Elle se nommait L… et était l’épouse… d’un Commandant d’Artillerie qui venait de débarquer avec la 9ème D.I.C. ! (et qui n’était nullement au courant des activités de son épouse, l’enquête dont il fit l’objet l’établissant de manière irréfutable.)

Avant de partir pour MARSEILLE, il me fallait compléter l’affaire A… – V… – S….

Je m’y employai, aidé par tout le B.S.M.

Tout paraissait clair, désormais. Craignant l’arrestation de V…, trop marquée sur le plan local en raison de ses sentiments pro allemands connus, A… n’avait pas hésité à la faire supprimer, au nom de la Résistance, pour éviter toute dénonciation de sa part.

En m’avouant cela, A… prétendit qu’il ne voulait pas servir les Allemands, après le débarquement, et, qu’en revanche, il tenait à servir les Français.

Avec V…, vivante, ces décisions n’auraient pas été possibles !…

Le déplacement à MARSEILLE revêtait deux aspects : conduire A… et S… auprès du T.R., et appréhender G… et sa soeur.

L’équipe se partagea le travail. Je filai vers le domicile de G…, pendant que MASSE et LAGUGNE présentaient A… et sa compagne au T.R.

G… fut introuvable. Sa sœur fut cueillie à son domicile personnel et interrogée sur-le-champ. Peu d’aveux.

Nous manquions de moyens pour atteindre G…, qui n’avait pas quitté MARSEILLE ; sa soeur nous l’apprit.

Liaison opérée avec le B.S.M. Territorial et la B.S.T., qui venaient de s’installer à MARSEILLE. Je leur laissai la femme L…, leur expliquai le rôle de G… et le sien, dans le réseau allemand de la Méditerranée, et je leur précisai bien l’utilisation envisagée de tout le réseau à notre profit, en recommandant expressément de rendre compte au Commandement des résultats obtenus.

(Messages et notes nombreux avaient été adressés les jours précédents aux Autorités militaires et rien ne devait se faire sans ordre du Commandement.)

Je rejoignis l’autre équipe chez le Capitaine BERTRAND chargé du T.R., installé dans une villa sur la Corniche. Lorsque j’arrivai, A… était interrogé par les Officiers du service.

La décision était prise, dans la journée, de le conduire avec S…, au G.Q.G. de la VII ème Armée U.S. à CANNES.

Le Capitaine BERTRAND et ses Officiers s’en chargeaient, mais je les accompagnai, avec MASSE et LAGUGNE.

Présentation à l’ HÔTEL MARTINEZ, un court exposé aux Officiers américains et nous nous retirons.

L’affaire ne nous appartenait plus. Elle allait être poursuivie, d’une part, par les Services Territoriaux de Sécurité Militaire et de la Surveillance du Territoire en ce qui concernait les agents identifiés à neutraliser et, d’autre part, par le T.R. et les Services Spéciaux américains, pour la manipulation, à notre profit, de tout le réseau.

Je n’ai jamais su quelle suite a été donnée à cette exploitation. A-t-elle été faite ?

Je n’ai également jamais connu les développements et les arrestations qui ont dû suivre.

Ce que j’ai appris – et cela nous fit tous entrer dans une grande fureur au B.S.M. 509 – c’est que les Services de MARSEILLE avaient arrêté G… et que – malgré nos fermes et précises recommandations – son affaire avait été largement divulguée et commentée dans la presse marseillaise, sur plusieurs colonnes !!!

Bel exemple de discrétion et de modestie !

La manipulation du réseau était irréalisable, après un tel gâchis, bien sûr, mais certains devaient être fiers d’avoir réalisé cette ” belle affaire “.

Nous, au B.S.M. 509, nous avons continué à remplir notre mission… discrètement… jusqu’en ALLEMAGNE, et jusqu’après l’Armistice, fiers et heureux d’avoir parfois réussi.

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