LA SITUATION PRESENTE : LA FIN D’UN MONDE

Si. nous faisons effort pour nous remémorer un passé que je situerais en 1989, lors de la chute du mur de Berlin, il y a cinq ans, nous ne pouvons que constater que nous avons vécu une suite ininterrompue d’événements d’importance majeure qui ont bouleversé notre univers politique, économique, social, culturel, voire mental.

En effet, en 1989 s’est produit l’effondrement du régime communiste, ramenant dans notre monde plus d’un milliard et demi de personnes qui en vivait jusque là séparé.

Ce fut le signal de l’éclatement de ce qu’était l’U.R.S.S. en 15 entités différentes. C’est l’unification de l’Allemagne qui redevient la première puissance européenne, effaçant en partie les inconvénients de la défaite de 1944. C’est l’éclatement de la fédération yougoslave avec le début de la guerre civile en Bosnie, avec la menace que ces guerres civiles se multiplient dans tout ce qui a été l’Est.

Nous avons vécu en direct et presque en temps réel, grâce à la télévision, la guerre du Golfe qui a bouleversé les données de la situation stratégique et politique du Moyen-Orient et qui a permis l’événement majeur que nous constatons aujourd’hui, c’est-à-dire, la tentative de rapprochement et de cohabitation entre Israël et les Palestiniens.

Nous assistons aussi quotidiennement à la guerre larvée que mène l’Islamisme contre les régimes qui se sont formés à notre contact et qui ont essayé dans le monde arabe, arabo- musulman, une montée de sociétés modernes. Elles se trouvent particulièrement menacées et demain poseront un problème au sud de la Méditerranée aux nations de l’Europe.

Nous avons été les témoins de la faillite de la transposition de notre modèle de société en Afrique Noire, faillite totale, politique, économique, sociale et culturelle, au travers de la famine et du développement de la guerre civile. Rien ne se fera plus dans ce monde qui est retourné au tribalisme, sans une autre vision de l’Afrique. Espérons que l’expérience qui se mène en Afrique du Sud, tout en restant sceptiques, prendra bonne tournure. Ce serait la seule chance présente de voir l’Afrique échapper au chaos total.

Enfin, pendant le même temps, nous avons découvert que se développait sur le continent asiatique un monde nouveau qui risque de devenir dangereux pour notre propre modèle de développement.

Nous sommes nous-mêmes pris par les turbulences d’une dynamique que nous avons pourtant contribué à créer. C’est celle d’une économie basée sur la productivité et la mondialisation ainsi que sur la technologie. Elle fonctionne comme une formidable machine d’exclusion menaçant notre modèle de civilisation et nos sociétés. Ceci nous indique que nous avons vraiment vécu la fin d’un monde et que notre univers, politique, économique, social et culturel est profondément bouleversé.

LES CARACTERISTIQUES DU NOUVEAU MONDE

La première réflexion que nous pouvons nous faire c’est que nous avons quitté le monde de la mécanique causale, celui qui relie directement la cause à l’effet, pour rentrer dans un monde qui est le monde de la complexité.

Si un problème naît quelque part, dans le domaine politique ou économique ou social ou militaire ou stratégique ou culturel, il s’étend rapidement aux autres facteurs d’évolution et aux autres domaines qui s’imbriquent les uns avec les autres, s’enchevêtrent et sont souvent interactifs.

Ce que doivent apprendre les responsables, c’est à comprendre les complexités, à les dominer et à les maîtriser et c’est la raison pour laquelle, je crois, que ce qui est le plus important c’est d’avoir cette capacité d’analyse qui donne l’intelligence des choses. Elle n’est possible que par une approche systématique.

Je crois que là est la première réflexion. Dans ces mondes complexes, il n’est pas possible de gouverner à vue. Il faut gouverner avec des outils modernes seuls capables de permettre de comprendre et de gérer des situations complexes.

Aujourd’hui me semble-t-il, aucune analyse, encore moins aucune conclusion ne peut être prise sans une analyse globale et sans une vision planétaire qui englobe d’une façon synoptique tous les facteurs qui s’enchevêtrent.

Et si nous voulons comprendre ce monde moderne et la conjoncture à laquelle nous sommes confrontés, c’est-à-dire l’événement du moment et le début d’un autre univers dont nous ne savons pas encore s’il donnera naissance à un nouvel ordre international ou bien s’il débouchera sur le chaos comme le prétend Alain Minc.

Je vous proposerai une autre option à laquelle je crois et que nous aurons l’occasion de développer, cela serait plutôt à un retour des Empires. L’espace communiste et plus particulièrement la zone d’influence de la Russie devrait retrouver son calme par un retour de l’empire russe. Le monde troublé Arabo-islamique devrait donner naissance à un ou deux empires islamiques situés entre l’océan atlantique et l’océan indien. Trouveront-ils leur centre à Téhéran ou à Ankara, nous ne pouvons pas encore le prévoir, mais c’est entre ces deux capitales que se disputera cette position. En Asie, il est bien clair que le Japon a refait, avec sa sphère de prospérité, un empire qui ne porte pas ce nom. Près de 400 millions d’hommes vivent dans le système économique japonais. La Chine redevenant la Chine, constituera un autre empire. Le monde indien aussi. Quant aux Etats-Unis, ils ont la vocation d’un empire sans frontières.

Je crois donc que c’est plutôt vers cette troisième solution que nous allons ? un ordre mondial s’articulant autour de ces empires plutôt qu’un ordre mondial uni.

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