Vidéo/Podcasts : Retour sur le 09 mars 1945, début de la Guerre d’Indochine

A l’occasion de l’anniversaire de l’attaque surprise japonaise contre les forces françaises en Indochine le 9 mars 1945, l’AASSDN vous propose plusieurs interview du général Latanne.

C’est un retour sur la guerre d’Indochine (1945 – 1954), méconnue et meurtrière,  à travers le témoignage d’un jeune officier de l’époque.

Nature : Entretien
Titre : L’épopée d’Indochine | Pierre Latanne “
Episode : 14
Date de mise en ligne : 09/03/2025
Durée : 01:28:29
Réalisé par : Vétérans de France
Compte YouTube :  Vétérans de France

Découvrez le témoignage du général Pierre Latanne, alors jeune lieutenant engagé en Indochine, qui revient sur son parcours et son expérience au coeur du conflit

***

Nature : Podcast
Titre du podcast :J’étais sous-lieutenant en Indochine”
Episode : 1
Date de mise en ligne : 2022
Durée : 00:19:05
Réalisé par : Chloé, étudiante en Histoire Militaire
Compte Soundcloud : Radio Saigon

Ce 1er épisode est consacré aux premiers pas du général Latanne en Indochine, alors qu’il n’était qu’un jeune sous-lieutenant de 23 ans et chef de section au 5e bataillon de parachutistes vietnamiens, le célèbre “5e Bawan”. 

***

Nature : Podcast
Titre du podcast :De l’opération Castor aux premiers assauts sur Dien Bien Phu
Episode : 2
Date de mise en ligne : 2022
Durée : 00:29:16
Réalisé par : Chloé, étudiante en Histoire Militaire
Compte Soundcloud : Radio Saigon

Ce 2e épisode est consacré à l’opération Castor. Le général Latanne nous racontera donc son saut sur Dien Bien Phu avec le 5e BPVN le 22 novembre 1953, ainsi qu’une mission sur le Mont Pou Ya Tao en tant que jeune chef de section.
Attention aux âmes sensibles.

***

Nature : Podcast
Titre du podcast : “J’étais chef de section à Dien Bien Phu”
Episode : 3
Date de mise en ligne : 2022
Durée : 00:37:03
Réalisé par : Chloé, étudiante en Histoire Militaire
Compte Soundcloud : Radio Saigon

« ‘Les observations aériennes font état d’une forte présence Viet Minh autour de votre point d’appui, très certainement pour attaque imminente dans les heures à venir’.
Alors Bizard a appelé tous les chefs de section, et on a fait une sortie en force, comme en 14. On était suspendus à la radio, et au signal… »

Plongez au cœur de la bataille de Dien Bien Phu… Loin des idées de manœuvres et des débats tactiques et stratégiques, le général Latanne vous raconte ici son expérience de chef de section, de tranchées en points d’appui, sous le feu Viet-Minh.
Si vous avez aimé lire Lartéguy ou Bonnecarrère, c’est un récit assez unique que je vous propose aujourd’hui aux côtés d’un jeune sous-lieutenant. Une mémoire exceptionnelle retraçant ces journées de mars à mai 1954 presque heure par heure.

***

Nature : Podcast
Titre du podcast : “Blessé à Dien Bien Phu et prisonnier du Viet-Minh”
Episode : 4
Date de mise en ligne : 2022
Durée : 00:47:40
Réalisé par : Chloé, étudiante en Histoire Militaire
Compte Soundcloud : Radio Saigon

« Vous avez une très vilaine blessure, je vais devoir vous opérer. Quel âge avez-vous ? Me demande le médecin Viet-Minh.
– J’ai 25 ans, depuis hier, le 11 mai.
– Oh vous êtes jeune, vous allez avoir besoin de vos jambes, je vais essayer de ne pas vous la couper. »

Le sous-lieutenant Latanne est blessé le matin même de la fin de la bataille de Dien Bien Phu. S’en suivent des jours de calvaire et de survie dans le camp retranché, pendant que les soldats Viet-Minh occupent la position.
Il nous raconte ici les derniers jours de la bataille, de l’effondrement du 7 mai à son départ en camp de « rééducation », croyant être libéré car grièvement blessé.
Ces souvenirs très précis vous donneront une idée de la réalité du champ de bataille après la défaite française, et le vécu, concret, d’un soldat blessé, d’un combattant.

Légende de la photo en bandeau :  “In Indo-China, France’s costly six-year-old war against the Communists rages on.”
Source photo bandeau : Commons Wikimédia




N°274 de la revue “Services Spéciaux”

En réfléchissant aux principes qui ont fondé la France, notre revue se penche aujourd’hui sur l’intégrité. Selon le dictionnaire, c’est la qualité d’une personne intègre, incorruptible, dont la conduite et les actes sont irréprochables. Dans la pratique c’est une valeur qui se décline sur le plan moral ou physique, pour les personnes comme pour les États. Elle reste pour beaucoup un but à atteindre ou une référence plus ou moins éloignée alors qu’elle devrait être un impératif absolu qui requiert la cohérence entre les paroles et les actes. Il est vrai qu’elle est trop souvent malmenée par ceux qui devraient en être les propagandistes et les garants, le mauvais exemple venant souvent d’en haut.

L’intégrité territoriale est menacée dans des départements et territoires d’outre-mer par ceux qui sont prêts à les abandonner pour éviter d’avoir à les défendre. L’intégrité de l’information est de moins en moins respectée par des journalistes qui la biaisent en la publiant partialement et substituent l’émotion aux faits. L’intégrité du tissu industriel est remise en cause par le jeu des fusions acquisitions, qui voient des pans entiers de nos activités être transférés ailleurs par intérêt financier, en hypothéquant l’emploi et l’avenir. L’intégrité agricole qui permet d’assurer l’alimentation de nos concitoyens avec des produits respectant nos règles est mise en danger par l’ouverture à d’autres qui ne les respectent pas.

Toutes ces dérives viennent de l’oubli d’une valeur essentielle : l’intégrité morale dont ont fait preuve nos anciens pour tenir envers et contre tout par amour de la France. C’est cette intégrité, chère aux Merlinettes et à beaucoup d’autres, dont nous devons garder la mémoire. Il faut la promouvoir auprès des jeunes générations car elle donne la force de résister, de ne pas subir. Elle donne aussi la fierté de s’inscrire dans la lignée de tous ceux qui, au long de l’histoire, ont su défendre l’essentiel contre les pressions de tous ordres au péril de leur vie.

Notre congrès début juin à Granville sera l’occasion de rappeler ces valeurs et ces fondamentaux que nous mettons en exergue dans la revue. En plus des visites et conférences, vous y verrez le nouveau court métrage réalisé cette année sur Morlanne à l’occasion du 80e anniversaire de sa fondation du Service Action. Pour ceux qui resteront le week-end sur place, ce sera l’occasion d’aller voir le Mont St Michel dont l’archange nous a appris à terrasser le dragon des illusions et de l’argent facile.

Avec ce numéro, notre revue confirme sa nouvelle orientation. Le bulletin est devenu un magazine apprécié dont nous allons augmenter le tirage de 1 500 à 3 000 exemplaires pour répondre, au-delà de nos adhérents, aux demandes d’abonnement et pour le distribuer au niveau national dans les administrations et entreprises qui nous sont chères. J’espère qu’avec votre aide, la publicité que nous commençons à obtenir va augmenter sensiblement pour permettre l’autofinancement de notre belle publication.

Je ne peux conclure cet éditorial sans vous rappeler combien nous comptons sur vous cette année : au plan financier nous avons besoin de vos cotisations et des dons, qui bénéficient de la déduction fiscale, ainsi que d’abonnements à la revue; Au plan publicitaire, nous cherchons pour notre revue des partenaires pouvant être intéressés par des insertions ou des encarts.

N’hésitez pas à solliciter vos amis, vos relations, à en parler autour de vous. Souvenez-vous également que nous sommes toujours à la recherche de contributions et d’articles pour notre site, que je vous conseille de regarder régulièrement car il marche très fort. N’oubliez pas enfin que nous pouvons prendre
vos archives et les garder dans le fonds dédié que nous avons ouvert aux archives nationales.

Profitez bien du temps qui passe et bonnes vacances pour ceux qui vont pouvoir en profiter.

Alain JUILLET
Président AASSDN
Mars 2026

Parution : 15 mars 2026

Pour télécharger le sommaire du numéro 274 (version PDF), cliquez ICI




Industrie. Ariane 6 : Mission accomplie pour Amazon Leo et ses 32 satellites

Ariane 6, dans sa configuration la plus puissante, a envoyé dans l’espace 32 satellites de la constellation Amazon Leo qui se sont séparés avec succès, une mission inaugurale qui scelle le partenariat entre le lanceur lourd européen et son principal client, ce dernier étant déterminé à rivaliser avec Starlink.

Pour son premier vol dans cette configuration à quatre propulseurs, la fusée s’est élancée dans un ciel parfaitement dégagé, à l’orée de la forêt amazonienne, du centre spatial en Guyane française (Amérique du Sud), a constaté une journaliste de l’AFP.

Dans une chorégraphie suivie en direct depuis le centre de contrôle de Kourou, les satellites se sont séparés avec succès et ont pris la route de leur orbite finale, une séquence saluée par les applaudissements.

“Amazon, votre colis a été livré”, a écrit Emmanuel Macron sur X, évoquant une “prouesse française” et un “succès européen”.

“Quelle journée, quel lancement!”, s’est exclamé le patron d’Arianespace David Cavaillolès pour qui la mission a prouvé la capacité du lanceur à “assurer les missions les plus complexes”.

Il s’agit du plus grand nombre de satellites jamais emportés par une fusée Ariane à ce jour.

Ce vol inaugure une série de 18 lancements qu’Arianespace, opérateur du lanceur, réalisera pour la constellation d’internet haut débit d’Amazon, le groupe fondé par le milliardaire américain Jeff Bezos.

“Partenariat stratégique”

Celle-ci ne compte à ce jour que 175 satellites en orbite, qui ont été lancés par United Launch Alliance (ULA) et par le concurrent SpaceX, d’Elon Musk.

Amazon Leo, dont le déploiement a pris du retard, vise 3.200 satellites alors que Starlink repose déjà sur près de 9.400 satellites.

“Avoir un partenariat stratégique avec l’Europe est essentiel” pour Amazon, a déclaré à l’AFP Lisa Scalpone, directrice mondiale du segment consommateurs d’Amazon Leo quelques heures avant le lancement.

Le groupe va toutefois continuer de lancer aussi avec la société SpaceX pour accélérer le déploiement de la constellation et fournir l’internet haut débit à une partie de l’Europe, dont la France, avant fin 2026, a-t-elle précisé.

“Nous voulons diversifier nos prestataires de lancement. C’est notre priorité. Ainsi, nous pouvons continuer et lancer le plus rapidement possible”, a souligné la responsable.

Après cette première charge de 32 satellites, Amazon envisage d’augmenter leur nombre à chaque nouvelle mission, a déclaré à l’AFP Martijn Van Delden, responsable du développement commercial Europe d’Amazon Leo, en soulignant qu’il s’agit de la “charge utile la plus importante à ce jour”.

Pour répondre à ce besoin, Ariane 6 est dotée pour la première fois de quatre propulseurs (version A64), au lieu des deux utilisés pour ses cinq premiers vols (configuration A62), ce qui permettra de doubler les capacités d'”emport” à 21,6 tonnes contre 10 à 11 précédemment.

Une version plus puissante de boosters permettant d’augmenter la capacité d'”emport” de 20% est en cours de fabrication et sera au service de prochains lancements pour Amazon Leo.

“Ariane 6 est un lanceur parfait pour les constellations”, a déclaré David Cavaillolès au cours d’un point presse.

Selon lui, les lancements pour Amazon serviront d’entraînement pour la constellation Iris², un projet phare de l’Union européenne qui vise à assurer une connectivité sécurisée et souveraine et dont le déploiement est prévu à partir de 2029.

1.600 emplois en France

Cette coopération est avantageuse tant pour Amazon, pour qui “il est important d’accélérer les lancements”, que pour Arianespace, qui doit poursuivre la montée en cadence pour rester compétitive, souligne Pierre Lionnet, directeur de recherche à Eurospace, association professionnelle de l’industrie spatiale européenne.

Ses lancements institutionnels sont en effet limités à 2 à 4 par an tandis que de nombreux pays européens se tournent vers SpaceX.

Amazon promet de son côté que ce partenariat se traduira par une hausse de 2,8 milliards d’euros du produit intérieur brut de l’Union européenne entre 2022 et 2029. Sur ce total, la plus grande part –1,38 milliard– bénéficierait à la France, soutenant près de 1.600 emplois.

“A terme, un lanceur européen souverain ne peut pas dépendre principalement des marchés étrangers”, nuance pour sa part Ludwig Moeller, directeur de l’ESPI (European Space Policy Institute). Ceux-ci risquent d’“exiger un traitement prioritaire soutenu par leur puissance économique, ou peuvent devenir imprévisibles ou inaccessibles sans préavis, compte tenu de l’environnement géopolitique actuel et des guerres commerciales”, met-il en garde.

Actualités Orange (rubrique Economie)
AFP
12 février 2026

Ce sujet vous intéresse ? Découvrez d’autres articles consacrés à ce thème et publiés dans leur intégralité sur notre site :




Innovation : AMIAD, une agence clé pour l’IA de défense

Au service d’une intelligence artificielle de défense souveraine et opérationnelle, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) incarne l’ambition de faire de la France un acteur stratégique dans ce domaine en Europe. Créée pour organiser le passage à l’échelle de l’IA – c’est-à-dire transformer les expérimentations en solutions robustes et déployées au sein des forces – elle fait le lien entre la recherche, l’innovation technologique et les besoins opérationnels. 

Qu’est-ce que l’AMIAD ?

Créée le 1er mai 2024, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) constitue la première mesure concrète de la stratégie IA du ministère des Armées, annoncée en mars 2024. Directement rattachée au ministre des Armées, elle a pour mission première d’équiper les forces en solutions d’intelligence artificielle, en transformant les expérimentations en capacités concrètes. Elle joue ainsi un rôle central dans le passage à l’échelle des technologies d’IA de défense. Son objectif ? Renforcer la supériorité opérationnelle et l’efficacité quotidienne du ministère, en réponse aux besoins exprimés par les forces.

Dans un contexte géopolitique marqué par des ruptures technologiques majeures et une compétition stratégique accrue, la maîtrise de l’IA constitue un enjeu de souveraineté nationale. L’AMIAD incarne cette ambition en dotant le ministère d’un acteur unique, à la fois stratégique et opérationnel, capable de porter une vision structurante de l’IA militaire.

1er mai 2024 : création officielle de l’AMIAD

300  Recrutements prévus d’ici fin 2026 :
400 Cas d’usage IA identifiés au ministère
2 Sites principaux : Bruz et Palaiseau

Quels sont le rôle et les missions de l’AMIAD ?

L’AMIAD assure la supervision et la coordination de l’ensemble des projets liés à l’IA de défense au sein du ministère des Armées. Elle conçoit et déploie des solutions d’IA destinées aux forces, qu’elle met en production à grande échelle. Véritable arsenal numérique, elle ne se limite pas à prescrire des orientations technologiques : elle produit, intègre et généralise les capacités d’IA dans tous les domaines militaires. Elle agit ainsi comme levier central d’accélération pour les armées, directions et services.

Elle accompagne également la transformation data-centrée du ministère, tout en exerçant un rôle d’expert référent dans son domaine. L’AMIAD veille à l’intégration de technologies robustes et sûres, en assurant un cadre de fiabilité, de performance et de sécurité pour les systèmes d’IA militaire utilisés dans des contextes opérationnels ou critiques.

Quels sont les axes stratégiques de l’AMIAD ?

L’action de l’AMIAD s’articule autour de plusieurs axes majeurs. Trois grands domaines d’application structurent l’emploi de l’IA de défense :

  • l’IA embarquée dans les systèmes d’armes, les capteurs, la robotique autonome ou le combat collaboratif ;
  • l’IA des opérations, au service de l’analyse d’images, du renseignement, de la cybersécurité et de l’aide à la décision rapide ;
  • l’IA organique, intégrée aux fonctions support telles que les ressources humaines, la santé, les finances ou encore les infrastructures.

L’objectif est d’unifier ces initiatives, d’en accélérer la montée en puissance et de les inscrire dans une logique de performance collective.

Parallèlement, l’AMIAD pilote le développement d’infrastructures logicielles et matérielles d’IA de défense, indispensables à une mise en production sûre et souveraine. Un supercalculateur classifié, implanté à Suresnes, a été inauguré en septembre 2025 pour répondre aux exigences de traitement des données les plus sensibles. Ces investissements sont déterminants pour garantir l’autonomie du ministère dans le traitement de l’information à très haute criticité.

Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche visant à garantir la souveraineté technologique du ministère et à accélérer la diffusion de l’IA dans l’ensemble des champs d’action. Elles traduisent une volonté forte : positionner la France comme un acteur stratégique de l’IA de défense en Europe.

Comment s’organise l’AMIAD ?

L’organisation de l’AMIAD repose sur un modèle hybride, associant agilité de fonctionnement et masse critique. Elle s’appuie sur deux implantations principales : un pôle technique et de direction à Bruz, au sein du site de DGA Maîtrise de l’Information, et un pôle recherche à Palaiseau, sur le campus de l’École polytechnique.

Ces deux sites permettent à l’agence d’articuler pilotage stratégique, développement technique et recherche de haut niveau.

L’AMIAD opère en mode projet, rassemblant des équipes pluridisciplinaires composées de compétences civiles et militaires. Cette organisation favorise la réactivité, le dialogue entre expertises et l’atteinte rapide de résultats opérationnels.

Un parcours entre défense, recherche et innovation

Bertrand Rondepierre dirige l’AMIAD depuis sa création. Ingénieur de formation, il débute sa carrière à la Direction générale de l’armement (DGA) avant de contribuer, aux côtés de Cédric Villani, à l’élaboration de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle présentée en 2018. Il incarne une expertise rare, à la croisée des enjeux technologiques et stratégiques.

« L’IA militaire, ce n’est pas une IA hors-sol. C’est une IA capable de fonctionner dans la poussière, la boue, sous les chocs…
Une IA au service de l’efficacité, pas de l’effet de mode. »
(Bertrand Rondepierre, directeur de l’AMIAD)

Il rejoint ensuite Google, où il occupe des fonctions de direction au sein de Google Research, puis de Google Brain. Il y pilote des projets de recherche en IA générative et prend part à la fusion avec DeepMind. Diplômé de l’École polytechnique, de Télécom Paris et de l’ENS Paris-Saclay (MVA), il s’est forgé un profil international tourné vers l’action.

Aujourd’hui, il porte une vision ambitieuse pour une IA de défense souveraine, performante et utile aux forces. Son parcours témoigne de sa capacité à faire dialoguer innovation scientifique, vision stratégique et application concrète au service des intérêts nationaux.

Relations industrielles et partenariats

L’AMIAD entretient un dialogue permanent avec les industriels de défense, les startups et l’ensemble de l’écosystème IA national. Elle joue un rôle actif dans la structuration d’un écosystème souverain, compétitif et résilient, en évaluant les solutions technologiques existantes et en favorisant les coopérations.

Elle constitue également une interface accessible et identifiable pour les entreprises innovantes, y compris hors du champ strict de la défense. Elle facilite l’émergence de collaborations, de démonstrateurs et de transferts technologiques adaptés aux besoins des forces. Cet ancrage dans l’écosystème est essentiel pour maintenir une agilité d’intégration et bénéficier des avancées les plus récentes.

L’AMIAD recrute ! Contact : ia@def.gouv.fr

L’AMIAD ambitionne de recruter 300 agents d’ici fin 2026. Les profils recherchés couvrent un large spectre de compétences : experts en IA, développeurs, data scientists, architectes numériques, spécialistes de la cybersécurité ou encore chefs de projets.

La diversité des missions, l’impact direct sur la performance des forces, l’accès à des moyens de calcul avancés et une politique RH adaptée aux profils techniques rares font de l’agence un environnement de travail unique. Les candidats bénéficient également de la proximité avec les utilisateurs finaux, les forces et d’un cadre stimulant, au croisement de l’innovation technologique et des enjeux de souveraineté.

Ministère des Armées et des Anciens combattants




Opinion : La dissuasion, la France, l’Europe et les compétiteurs mondiaux

La dissuasion nucléaire française est déjà européenne depuis 1974. Mais elle ne se partage pas ni ne se mutualise pour des raisons d’indépendance de la force de frappe. Si ce n’était plus le cas, cela créerait un précédent qui pourrait la compromettre le jour où sa mise en œuvre serait décidée.

En estimant dès 2020 que « la France a la responsabilité de mettre sa capacité de dissuasion nucléaire à la disposition de l’Europe », le président de la République a souhaité rouvrir un vieux débat stratégique que le général Poirier, un des théoriciens de la force de frappe, avait déjà mis en exergue en son temps : « Comment accorder les exigences et contraintes de l’autonomie de décision, que l’atome impose à notre stratégie, et celle de notre non moins nécessaire contribution à la sécurité de nos voisins et alliés ? ».

Si l’interrogation est légitime et a donné lieu à un débat pratique (Tribune du groupe Mars) suivi d’un débat intellectuel (Tribune du groupe Aron), elle doit surtout recevoir une réponse politique claire. Le président en donnera une le 2 mars lors de son discours à l’île longue : que nos lecteurs nous permettent d’apporter la nôtre, qui s’inscrit dans le droit fil de l’Épée gaullienne. Cette orthodoxie de la force de frappe qui a su si bien résister aux événements mondiaux par la force intemporelle de ses principes fondateurs et moteurs, doit être ainsi rappelée à trois enceintes : aux Français, aux Européens et aux compétiteurs mondiaux.

Aux Français, d’abord, il convient de leur rappeler la trinité de la force de frappe

La dissuasion est d’abord et avant tout légitime ; fait trop souvent passé sous silence, sa mise en œuvre est parallèle et, pour une large part, consubstantielle, à l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Dans l’optique – morale et politique – du général De Gaulle, le pouvoir de mettre en œuvre la terrible puissance de destruction de la force de frappe ne peut venir que d’une autorité incontestable dans laquelle le peuple français s’incarne : un président élu par la Nation.

La verticalité irréfragable de la dissuasion qui se manifeste par l’évaluation des intérêts vitaux du pays par le seul président et l’ordre de tir, s’en trouve légitimée. On ne dira jamais trop aux Français que la dissuasion est ainsi devenue un projet de la Nation et non un programme mené par les seuls spécialistes, politiques, militaires et industriels, voire intellectuels. Autrefois incarnée par une dynastie (capétienne, valoise et bourbonnienne), l’indépendance nationale est désormais matérialisée d’une manière extrême par la force de frappe. Depuis l’opération « Gerboise Bleue » (13 février 1960) jusqu’à aujourd’hui, la souveraineté s’est liée à la dissuasion pour ne plus s’en dissocier. Ce couple-là ne peut divorcer.

C’est pourquoi notre groupe a tant attaqué dès 2020 [1] les notions, volontairement ambiguës et, partant, dangereuses de «souveraineté européenne » qui organisaient, intellectuellement, le transfert de la souveraineté nationale vers le Moloch européen sous tutelle américaine. Cette dérive sémantique nous semble toujours l’antichambre des abandons, ou, pour paraphraser le général De Gaulle, « la politique chien crevé au fil de l’eau ».

La dissuasion est ensuite crédible. Une des raisons profondes du choix du général De Gaulle d’élire au suffrage universel direct le président de la République était également d’assurer la crédibilité de la dissuasion mise en place, après avoir assise sa légitimité politique. Un président élu ne peut faillir sous peine de trahir sa fonction, la Constitution et la Nation, ce qui dissuade les écarts. La stratégie de dissuasion, comme toute stratégie, est en effet et d’abord une dialectique des volontés : elle repose sur l’expression de la permanence de cette volonté inflexible de la mettre en œuvre si nécessaire, détermination qui s’appuie à son tour, sans hésitation aucune, sur une triple crédibilité opérationnelle, technologique et industrielle de l’outil. La cohérence interne du système à la française tient ainsi en une boucle capacitaire et technologique complexe, longue dans la réalisation mais immédiate dans l’exécution.

La dissuasion est enfin permanente. L’existence de deux forces nucléaires permanentes – la Force océanique stratégique et les Forces aériennes stratégiques, et d’une temporaire, la FANU -, est la concrétisation de cette volonté politique de la Nation et le garant de la crédibilité. Pointe de diamant du dispositif de défense français, la force de frappe tire l’ensemble de la communauté de dissuasion (forces, industries, diplomatie) vers le haut, en les mettant en permanence sous tension opérationnelle. Cet effort inscrit dans le long terme une politique de défense alors même que l’autorité de mise en œuvre – le président – n’a qu’un court mandat devant lui. C’est pourquoi chaque décision et chaque parole d’un président sont si délicates : un président n’est qu’un des maillons d’une longue chaîne alors même que, souvent, le titulaire de la fonction se prend pour le premier et le seul maillon de celle-ci.

Légitime, crédible, permanente, strictement taillée aux besoins français, s’inscrivant également dans un effort de désarmement nucléaire qu’il faut ici rappeler (promotion des traités de désarmement conventionnel et nucléaire ; lutte contre la prolifération), la dissuasion française ne se partage donc pas : pas plus que le pouvoir monarchique, elle ne peut être « concertée » ou « élargie » tant sur un plan politique que technique. Elle est ainsi indépendante et nationale ou elle n’est pas. Elle n’est ni conventionnelle ni d’emploi tactique : elle est ainsi stratégique ou elle n’est pas.

Dans un essai resté un classique, les Deux Corps du Roi (1957), Ernst Kantorowicz, théorisait la double nature, humaine et souveraine, du « corps du roi » ; pour paraphraser l’éminent professeur de l‘Institute for Advanced Study de Princeton, le président de la République possède une double nature : démocratique parce qu’élu mais régalienne car disposant – seul – du sceptre nucléaire. C’est là une donnée historique fondamentale qui explique le cheminement politique si spécifique de la dissuasion française. Leçon d’histoire et de philosophie politique, la dissuasion est aussi cela : l’héritière d’un grand et vieux pays et on demande à l’héritier d’en conserver le dépôt et de le transmettre, sans cesse modernisée mais intégralement, à son successeur.

Aux Européens, deuxième enceinte, il conviendrait de dire trois choses avec force et clarté :

D’abord que la force de frappe française protège l’Europe depuis sa mise en place. Sa contribution à la sécurité du continent européen a été reconnue dès la déclaration d’Ottawa (1974) et depuis, régulièrement dans les documents de l’Alliance (qui se conçoit comme une alliance nucléaire) et européens. Cette évidence dont on s’étonne qu’elle nécessite la réouverture d’un débat au fond très simple, tient à deux faits, tout aussi évidents : son existence dont le triple caractère légitime, crédible et permanent doit probablement être encore davantage démontré en conviant les alliés volontaires à constater son déploiement opérationnel et…la géographie qui rend de facto la France solidaire du sort de son continent. Comme le disait le général De Gaulle, « Vous savez, le Rhin est beaucoup plus étroit que l’Atlantique. La France se sent plus intimement liée à la défense de l’Allemagne que l’Amérique à la nôtre  ». (De Gaulle et les grands, Eric Branca). Que rajouter de plus qui ne pourrait être que superflu et superficiel ?

Ensuite que la force de frappe ne se partage pas pour les raisons déjà invoquées ci-dessus mais que deux faits étayent fortement :

sur le plan politique, l’appréciation des intérêts vitaux ne relève que du seul président et non d’un conseil européen quelconque. La verticalité de la dissuasion qui demeurera toujours LE pouvoir du seul président français, crée de fait un paradoxe dont les Européens n’ont pas conscience du bienfait indirect : seule l’exclusivité du pouvoir de décision peut assoir la crédibilité d’un instrument français aux effets bénéfiques pour l’Europe ; il faut donc assumer la part d’égoïsme de notre dissuasion, puisque pour sa défense ultime, la France n’a pas d’alliés, mais il convient de souligner que cet égoïsme bénéficie à l’Europe ; au demeurant, c’est d’abord et surtout aux Européens de montrer leur détermination face à une quelconque agression : leur détermination politique et leurs forces conventionnelles épauleraient ainsi bien mieux la dissuasion française que leur abandon massif et lâchement consenti de souveraineté (acquisitions de F-35, du Patriot, etc) depuis 1949.

Les optimistes diront que depuis « le changement d’époque » de février 2022, l’Europe indolente, si semblable aux deux petits cochons se moquant du troisième (la France et son hochet nucléaire), s’est enfin réveillée, l’Allemagne en tête. Notre groupe préfère se montrer prudent sur la durée de ce changement, son ampleur et son efficacité. Un budget colossal, s’il conforte une base industrielle, ne produit pas nécessairement des capacités militaires opérationnelles permanentes. Si l’Europe s’intéresse à la dissuasion française, qu’elle réarme d’abord dans la durée de manière cohérente et déterminée : la France, elle, a sa maison en dur depuis longtemps, grâce à une politique intransigeante et exigeante, d’indépendance nationale qui a produit la dissuasion, ce que De Gaulle, appelait le « méritoire renouveau » : abriter les cochons imprévoyants, pourquoi pas mais non sans conditions.

Sur le plan des moyens, il faut dire et redire que la dissuasion française est intégrée, c’est-à-dire que l’ensemble de ses moyens – SLNE, Rafale équipé de son missile nucléaire, communications et infrastructures de transmission, avions de patrouille maritime, patrouilleurs hauturiers, bâtiments de guerre des mines, ou AWACS – est et doit rester totalement nationale : toute mutualisation sur une des composantes de son environnement remettrait en cause l’indépendance de la force de frappe et créerait un précédent qui pourrait la compromettre le jour où sa mise en œuvre serait décidée. Cette exigence de la cohérence intégrée doit ainsi exclure les gadgets européens bien connus de la mutualisation : valables sous certains conditions dans le domaine conventionnel, ils sont à proscrire pour la force de frappe.

Que la force de frappe, enfin, ne saurait être dispersée ni même étendue. Si elle protège l’Europe, c’est par voie de conséquence et non sa raison d’être. C’est pourquoi il ne saurait être question d’initiatives comme le déploiement de Rafale des FAS en Europe centrale, orientale ou baltique : multiplier des chèvres au piquet ou des chiffons rouges, sous la forme d’intérêts vitaux artificiels, ne renforce pas la dissuasion mais, au contraire, la décrédibilise en lui retirant la très nécessaire ambigüité qui doit présider à l’emploi de la force de frappe nationale. Là aussi, un effort d’explication de la doctrine française s’imposera, quitte à convier les dirigeants politiques à l’Ile Longue.

Aux compétiteurs stratégiques, il faut marteler que la dissuasion est « tous azimuts » et désormais « toute distance »

La dissuasion offre en effet une excellente « posture générale d’attente stratégique » (Général Poirier) : à l’heure du retour des prédateurs, et puisque la dissuasion est, en raison de l’évolution des technologies, réellement « toute distance » (Général de Villiers), elle doit de nouveau se penser « tous azimuts » (Général Ailleret). La France, répétons-le, n’a ni allié ni partenaire en la matière : elle n’a que des intérêts vitaux à défendre. Le pouvoir égalisateur et destructeur que lui confère la dissuasion, lui permet de mener une grande diplomatie de puissance dans le monde que le général De Gaulle avait voulue indépendante, constante et équidistante. En ce sens, l’outil de dissuasion ne peut se concevoir sans une grande politique mondiale qui dépasse, rappelons-le, le cadre étriqué et mesquin, de l’Europe des deux Bruxelles, cadres mal bâtis « où s’égare la nation et se disqualifie l’État ».

La dissuasion française, parce qu’indépendante, ne relevant pas du Groupe des Plans Nucléaires de l’OTAN, introduit ensuite un élément de doute, d’incertitude et donc de risque dans le calcul stratégique de ses adversaires ; quand, comment et à quelle condition cette dissuasion serait-elle mise en œuvre ? Voilà une question qui complique sérieusement la stratégie d’éventuels adversaires, comme le soulignait avec pertinence un adversaire pourtant déclaré de la politique otanienne du général De gaulle, Raymond Aron.

Cet effet pourrait être démultiplié au centuple si la France quittait le commandement intégré de l’OTAN tout en maintenant les liens bilatéraux, politiques et technologiques, avec ses alliés les plus sûrs comme elle l’a fait dès le 10 août 1967 : moins prévisible, la dissuasion de la France resterait un mystère plus profondément entouré de secrets, c’est-à-dire une variable majeure compliquant l’équation adverse.

Notre groupe rappelle de nouveau que dans la vision gaullienne et en des temps tout aussi troublés que les nôtres, le retrait du commandement intégré de l’OTAN (débuté dès 1958 avec la Marine), s’accompagnait de la montée en puissance de la force de frappe et que la décision finale (7 mars 1966) a été précédée de la première prise d’alerte des Mirage IV avec la bombe AN11 le 8 octobre 1964, et suivie, fait également oublié, des accords Ailleret-Lemnitizer du 10 août 1967 qui organisaient l’articulation entre les forces françaises et otaniennes et assuraient ainsi la très nécessaire interopérabilité entre les deux. La cohérence de ces trois décisions a produit un modèle d’armée français qui s’affiche encore comme très supérieur à ceux qui ont vécu grassement sous le parapluie nucléaire américain.

L’indépendance nationale se paie mais génère des résultats efficaces comme la dissuasion. Face à cette fourmi française, laborieuse et sérieuse, les armées européennes, cigales de la défense, ont ainsi emprunté un autre chemin : celui de l’insouciance et du confort. On en voit les résultats dès lors que le protecteur menace. Le discours présidentiel du 2 mars prochain gagnerait certainement à rappeler à ces pays leur errance doctrinale et leur critique passée du modèle français. Peut-être faudrait-il leur traduire la fable de la cigale et la fourmis (mars 1668) ?

« La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse
— Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Dansez maintenant
. »

Quitte à ouvrir le débat, faisons-le en toute franchise. La dissuasion est enfin confortée par l’existence de forces conventionnelles professionnelles qui l’épaulent. Cette articulation, rendue arthritique par le sous-investissement dont elle a fait l’objet pendant plusieurs décennies, doit être réparée afin d’éviter des manœuvres de contournement de la dissuasion en dessous de son seuil de déclenchement en en rehaussant le seuil. Une dissuasion conventionnelle n’existe pas (encore une divergence avec l’Allemagne), mais il faut obliger un compétiteur quelconque à s’engager à un niveau tel qu’on en vient, naturellement, à poser l’équation nucléaire.

Cet épaulement conventionnel doit être revu recalibré dans cette optique-là. Mais, répétons-le, nous nourrissons de grands doutes sur la durée, la cohérence et l’efficacité du réarmement européen ; il appartient donc à la France de poursuivre son effort national sereinement et sans l’aide d’instruments aussi fourbes que SAFE qui ne vient pas en plus mais en moins de la LPM et obligera à tout dépenser en européen, faute de quoi le solde restant des crédits SAFE français reviendra à Bercy et non à Brienne.

C’est là précisément que le pouvoir politique se heurte à ses propres contradictions : faute d’avoir fait de bonnes finances, il ne peut faire de bonne politique, comme on l’a vu sur la LPM. Sous financée dès le début, exagérant ses revenus, et sous-estimant ses dépenses, traînant comme un boulet ses reports de charges, venant trop tôt pour récolter les précieuses leçons du conflit ukrainien, elle était déjà dépassée et condamnée dès sa conception doctrinalement et financièrement comme notre groupe l’a rappelé dans deux retentissantes tribunes [2] ; faisant la guerre à l’économie au lieu de commander enfin des équipements tant retardés, elle apparaissait surtout insincère car ses hausses majeures n’étaient prévues qu’après 2027 ; son actualisation prévue qui ne ferait que revenir aux montants souhaités par les armées (430 milliards €) dès 2022, sera votée par une Assemblée qui remet son mandat en jeu en 2027. Quelle pérennité politique aura-t-elle donc ? Comment la Défense pourra-t-elle continuer à être financée alors même que l’ensemble des finances publiques vacillent ? La première réforme à mener sera donc celle de l’économie, comme en 1958. En ce sens, le garant de la dissuasion sera le nouveau Jacques Rueff de 2027.

En conclusion, quel que soit le discours que fera le président Macron le 2 mars, orthodoxe ou transgressif, ou les deux « en même temps », son mandat est sur la fin et sa succession, déjà engagée : raison de plus pour s’en tenir à l’esprit et à la lettre que la célèbre allocution général De Gaulle du 27 avril 1965 rappelait et qui demeure d’une actualité frappante : «notre indépendance exige, à l’ère atomique où nous sommes, que nous ayons les moyens de dissuader nous-mêmes un éventuel agresseur sans préjudice de nos alliances mais sans que nos alliés tiennent notre destin dans leurs mains. Or, ces moyens, nous nous les donnons. Sans doute, nous imposent-ils un méritoire renouveau, mais ils ne nous coûtent pas plus chers que ceux qu’il nous faudrait fournir à l’intégration atlantique sans être sûrement protégés pour autant si nous continuons de lui appartenir comme auxiliaire subordonné. Nous en venons au point où aucun État du monde ne pourrait porter la mort chez nous sans la recevoir chez lui, ce qui est certainement la meilleure garantie possible dans l’ordre économique, scientifique et technique, pour sauvegarder notre indépendance ».

Groupe Vauban*
La Tribune
27/02/26

Légende de la photo : ArianeGroup est maître d’œuvre industriel du M51 de la force de dissuasion océanique française, pour le compte de la Direction générale de l’armement (DGA) depuis 2010.
Source de la photo : ArianeGroup

                             ———————————————–

[1] Voir notre trilogie : https://www.latribune.fr/opinions/la-france-et-son-epee-1-3-851724.html; https://www.latribune.fr/opinions/la-france-face-au-casse-tete-de-la-defense-de-l-europe-2-3-852149.html; https://www.latribune.fr/opinions/les-veritables-menaces-qui-pesent-sur-l-industrie-d-armement-francaise-3-3-852610.html.




SCAF : L’industrie aéronautique allemande veut son propre chasseur

L’industrie allemande est sortie du bois. Sa filière aéronautique a officiellement pris position dans le conflit qui oppose Paris à Berlin sur le système aérien du futur (SCAF). Dans une tribune avec le vice-président du syndicat IG Metall, Jürgen Kerner, la présidente de la Fédération des industries aéronautiques et de l’espace, Marie-Christine von Hahn, engage le gouvernement allemand à développer son propre avion de combat.

« Depuis près d’un an, l’entreprise française Dassault revendique de facto la mainmise sur le projet », déplorent les deux dirigeants dans un texte publié ce lundi matin par le journal « Handelsblatt ». Pour les responsables, l’attitude de l’avionneur français est « une invitation à nous renier au plan industriel : ça ne peut pas passer ».

« Deux avions au sein d’un SCAF européen commun »

Désigné comme maître d’oeuvre, Dassault martèle depuis l’été dernier qu’il lui faut un leadership industriel plus clair sur le pôle avion de combat du SCAF, réparti à parts égales entre l’avionneur, Airbus Allemagne et Airbus Espagne. Une idée qui a suscité une levée de boucliers de la part d’Airbus.

Depuis, les mois passent sans qu’aucune décision ne soit prise. Les deux signataires appellent donc le gouvernement allemand à mettre fin à « une longue période d’incertitude » alors que les Etats-Unis sont en train de lâcher l’Europe. Il s’agit de faire preuve de « responsabilité en reconnaissant clairement les désaccords ».

Bilan des courses ? « Pourquoi nous accrocherions-nous donc à un super-jet unique qui devrait tout faire et satisfaire tous les intérêts ? La réponse cohérente est la suivante : deux avions au sein d’un SCAF européen commun », prônent les deux dirigeants, qui rappellent que le SCAF est bien plus qu’un avion de combat. « Conduite sans pilote, capteurs, mise en réseau, propulsion, armement : tout doit interagir de manière innovante », soulignent Jürgen Kerner et Marie-Christine von Hahn.

Dans un courrier adressé au ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, IG Metall avait déjà estimé début décembre que Dassault s’était disqualifié comme partenaire en Europe. « Nous ne faisons plus confiance à Dassault », écrivaient alors Jürgen Kerner et le président du comité d’entreprise d’Airbus Defence & Space, Thomas Pretzl.

Une lettre à la chancellerie

La prise de position de l’industrie allemande constitue, elle, une nouveauté. Elle intervient alors que Berlin évalue la possibilité de rejoindre le programme GCAP d’avion de combat mené par Londres, Rome et Tokyo. Alors que Paris plaide toujours pour un programme unique, la présidence de la République a envoyé une lettre à la chancellerie pour savoir s’il était exact qu’elle se tournait vers le projet concurrent, mené par le Royaume-Uni, avec l’Italie et le Japon (BAE Systems, Leonardo et Mitsubishi).

« Il nous a été répondu que l’engagement du chancelier n’avait pas changé et qu’à Berlin, on estimait toujours stratégique d’avoir un avion de sixième génération européen », expliquait-on ce lundi au ministère des Armées. L’inquiétude à Paris était née des articles de la presse italienne qui relataient la semaine dernière que le chancelier Friedrich Merz avait demandé à la présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni, son assentiment, au cas où l’Allemagne souhaite rejoindre le programme CGAP. Lequel soulève d’ailleurs des critiques du côté de Rome et de Leonardo, qui se plaignent que BAE Systems ne partage pas suffisamment ses données avec ses partenaires et se garde la part du lion.

Quoi qu’il en soit, plus le temps passe, plus les industriels se déchirent et plus les lobbys, en ce moment essentiellement allemands, donnent de la voix. Jürgen Kerner et Marie-Christine von Hahn estiment que la construction de deux avions représenterait pour l’Allemagne « une nouvelle opportunité ». « Nous ne nous associons plus à un projet multinational, mais mettons en place notre propre programme et recherchons ensuite des partenaires qui souhaitent y participer », plaident les deux dirigeants.

Soucieux de ménager l’impact politique désastreux de cette décision, ils soulignent qu’« une approche à deux avions n’est pas un échec, mais l’arrivée à maturité de ce projet ». Pour les responsables, cette approche va permettre « des priorités nationales différentes » et réduira « les frictions » entre Paris et Berlin, car la coopération aura lieu « là où elle est économiquement et technologiquement utile », sans être déterminée par une « symbolique politique ».

A Paris, on concède qu’il y a un besoin de clarification et on sent un certain découragement. Le projet politique du SCAF, s’unir pour se défendre, n’a jamais eu autant de force au vu des injonctions américaines qui demandent aux Européens de prendre leur défense en main. Le projet industriel n’a de son côté jamais été aussi mal en point, ce qui laisse la voie libre aux lobbys industriels pour plaider en faveur de la multiplication des avions, et donc des crédits publics.

Emmanuel GRASLAND et Anne BAUER
Les Echos
Mardi 09 février 2026




Vidéo. Trump : La loi du plus fort !

Dans cette nouvelle émission, Alain Juillet et Claude Medori analysent le National Security Strategy du président Trump, qui est le document officiel pour l’administration Trump qui dicte la politique américaine des prochaines années. Tout est clair dans ce document et Alain juillet avait déjà décodé une possible intervention des États-Unis au Venezuela. Si on s’en tient à ce qui est écrit dans ce document officiel, 2026 risque d’être une année riche en rebondissements géopolitiques.

Date de mise en ligne : 16/01/2026
Durée : 00:46:09
Compte YouTube : Open Box TV




Culture stratégique : La stratégie de la Chine et Taïwan

La stratégie de la Chine pour faire basculer Taïwan sans un coup de feu
ou l’art chinois de transformer les crises en opportunités

En évoquant « l’Incident de Xi’an » de 1936, cet article propose une grille de lecture historique pour comprendre comment la crise parlementaire taïwanaise de 2024 2025 pourrait servir les desseins du Parti communiste chinois (PCC). Il explore les conditions dans lesquelles le blocage institutionnel d’un pays peut être exploité par un acteur extérieur – en l’occurrence le PCC – sur les plans psychologique, informationnel et stratégique.

L’analyse met en parallèle les logiques de division, d’ingérence et de recomposition du pouvoir, tout en soulignant les différences fondamentales : nature du régime, solidité des institutions, neutralité des forces armées et environnement international dissuasif. L’analogie de Xi’an apparaît ainsi comme un outil d’analyse, un miroir qui invite à la vigilance, non une carte qui annoncerait le déclin.

Xi’an, décembre 1936

Deux généraux nationalistes enlèvent leur commandant en chef, Chiang Kai-shek, pour le forcer à cesser la guerre civile et s’unir avec leurs adversaires communistes contre le Japon. Ce qui aurait pu être un simple coup de force militaire devint, sous l’habile médiation du PCC, un tournant historique : la formation du Second Front uni. Huit décennies plus tard, Pékin semble s’inspirer des mêmes principes à Taïwan, mais avec des méthodes adaptées au XXIe siècle : subversion politique, guerre cognitive et pression économique plutôt que revolvers et négociations secrètes. Depuis les élections taïwanaises de janvier 2024, l’île fait face à une crise institutionnelle sans précédent faite de blocage parlementaire, de polarisation sociale et de division de la classe politique. Pour le PCC, cette situation n’est pas une menace, mais une opportunité stratégique.

[…]

Claude JAECK
AASSDN
Article publié dans la Revue Services Spéciaux de décembre 2025

Pour lire l’article “La stratégie de la Chine pour faire basculer Taïwan sans un coup de feu ou l’art chinois de transformer les crises en opportunités, dans son intégralité, cliquez ICI

Vous pouvez également lire, dans leur intégralité, les articles parus dans la Revue Services Spéciaux de décembre 2025 :

…..

Informations sur l’article :

Titre : “La stratégie de la Chine pour faire basculer Taïwan sans un coup de feu ou l’art chinois de transformer les crises en opportunités” 
Auteur : Claude JAECK (AASSDN)
Pages : 4
Rubrique : Culture stratégique
Paru dans la revue : Revue Services spéciaux
Numéro : 273
Périodicité : Décembre 2025
Revue de : AASSDN

Pour acheter la revue Revue Services Spéciaux de l’AASSDN à partir de notre boutique, cliquez ICI




Géopolitique : Impasse stratégique américaine en Eurasie ?

La constitution d’une alliance en Eurasie (Heartland) est une menace, décrite par le géographe Harold Mackinder dès 1903, pour la puissance de la mer qu’est l’Empire britannique. Cette masse continentale est historiquement le foyer de multiples et puissantes civilisations. L’émergence d’un ensemble politique, économique, militaire fort peut, selon lui, menacer le Royaume-Uni, puissance maritime dont l’économie repose sur les débouchés qu’offre le continent eurasiatique. Deux États occupent une place majeure sur ce continent : l’Allemagne pour sa puissance industrielle, technologique et financière, et la Russie pour son immensité et ses réserves considérables de matières premières et énergétiques. Tout rapprochement entre ces deux États constitue une menace majeure pour la puissance maritime britannique.

Lorsque les États-Unis des Treize colonies eurent fini de se constituer, sur le continent nord-américain, un vaste empire territorial dont ils tireront les ressources pour hisser leur économie à la première place mondiale, ils deviennent une puissance maritime tournée vers le marché eurasiatique et vers la domination des mers pour sécuriser leur commerce[1]. Les États-Unis nouvellement créés vont alors progressivement supplanter la puissance navale britannique.

La stratégie américaine de contrôle du Rimland

Ils adhèrent, pour leur propre compte, à l’analyse de Mackinder reformulée par l’Américain Nicholas Spykman et enrichie de réponses. Spykman souligne le rôle que jouent les franges maritimes de l’Eurasie (Rimland) dans la défense de la puissance mondiale américaine contre le Heartland, dès lors que les États-Unis peuvent les contrôler. À partir de 1917, la création puis l’expansion territoriale continue de l’Union soviétique, et sa volonté d’impérialisme politique avec la création du Komintern et sa mission d’endoctrinement. « « Allez aux masses ! » tel est le cri de guerre que le troisième Congrès lance aux communistes de tous les pays ! Préparez-vous aux grands combats ! » confirme cette menace et en font un ennemi déclaré de la démocratie américaine. La mise sous tutelle des démocraties populaires de l’Est européen (1945), la bombe nucléaire soviétique (1949), la création du pacte de Varsovie et le ralliement de la Chine au communisme (1949) donnent une puissance inégalée au Heartland.

Les États-Unis sont alors à la manœuvre pour mettre en œuvre une stratégie de contrôle voire de saisie de ces espaces. Stratégie du containment (doctrine Truman – 12 mars 1947) sous-tendue par l’idée que, si les pays d’Eurasie et leurs vastes potentiels de puissance étaient réunis sous un même pouvoir politique, les « perspectives de survie des États-Unis en tant que nation libre deviendraient très réduites[2] ».

En 1997, Zbigniew Brezinski propose une stratégie destinée à assurer la pérennité de l’hégémonie américaine sur le monde[3]. L’Union soviétique s’est effondrée, les États-Unis sont désormais une hyperpuissance incontestée selon les termes d’Hubert Védrine, mais pour Brezinski, la Russie reste le « trou noir » qu’il s’agit d’une part d’isoler en utilisant l’Europe de l’Ouest comme « tête de pont de la démocratie » et d’autre part de contenir dans ses choix d’alliances et de lui interdire de déboucher sur le Rimland. Il montre aussi que l’Ukraine est indispensable à la Russie pour être un empire et qu’il faut donc l’arracher aux griffes russes. Or, pour la Russie, même affaiblie, voire même surtout affaiblie, la neutralité de l’Ukraine est non négociable.

Brezinski précise : « Même si une alliance stratégique solide de la Russie avec la Chine ou avec l’Iran a peu de chances des se concrétiser, l’Amérique doit éviter de détourner Moscou de son meilleur choix géopolitique[4] ».

Le « meilleur choix géopolitique » est pour lui un rapprochement de la Russie avec l’Occident aux conditions qu’elle mette en œuvre un processus de démocratisation de ses institutions et de libéralisation de son économie. Dès lors, la Russie abandonnerait sa politique impérialiste et le danger de voir se reformer un grand ensemble politique au cœur de l’Eurasie serait écarté.

L’URSS, puis la Russie sont continument la première préoccupation des États-Unis, comme le reflètent la récurrence et la portée des citations dans les stratégies de défense nationale (National Defense Strategy) depuis 1977, quel que soit le contexte soviéto-russe. À partir de George H.W. Bush, émerge en parallèle la volonté de promouvoir la démocratie et les droits humains, une autre façon de désigner la Russie comme un danger pour la démocratie, et une justification au soutien des mouvements d’opposition à l’empire du Heartland et des pays de ses franges maritimes. Commence la période des « révolutions de couleur », des projets d’élargissement de l’OTAN vers l’est et des interventions dans le monde au nom du « devoir d’ingérence », dans lesquelles les États-Unis jouent souvent un rôle en coulisse.

Les États-Unis ont donc mis en œuvre la stratégie proposée par Brzezinski pour contenir la Russie, selon toutes les lignes d’action proposées, jusqu’à la manière forte via l’Ukraine afin de voir « la Russie affaiblie au point qu’elle ne puisse plus faire le genre de choses qu’elle a faites en envahissant l’Ukraine ». Mais avec certainement un manque de prudence et de doigté dans la mise en œuvre.

Car de tous les conseils qu’a donnés Brezinski, le plus important est « […] l’Amérique doit éviter de détourner Moscou de son meilleur choix géopolitique ». Et de fait, la stratégie américaine n’a pas réussi à orienter la Russie vers la démocratie et le marché, et pire encore elle l’a poussée vers la Chine.

L’affrontement Russie contre États-Unis

Dans son discours lors de la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007, Vladimir Poutine expose son analyse des problèmes de sécurité internationale, les buts qu’il poursuit et les moyens qu’il utiliserait pour les mettre en œuvre s’il n’arrivait pas à ses fins par la diplomatie. Il porte l’accusation directement sur les États-Unis « […] certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. À qui cela peut-il convenir ? ». 

Objectif politique et stratégie afférente sont contenus dans cette phrase : contester l’hégémonie globale américaine et pour cela rassembler autour de lui tous ceux à qui la « situation ne convient pas ».

Et l’on voit la Russie abandonner ses tentatives de rapprochement avec l’Occident pour créer un réseau d’alliances avec des pays hostiles, ouvertement ou secrètement, à la suprématie américaine. Elle met sur pied l’Organisation de coopération de Shanghai en 2001. Elle crée avec trois autres grands pays les BRIC (dont le premier sommet des chefs d’État en 2009 était à Ekaterinbourg), ils sont maintenant neuf et bien d’autres frappent à la porte. Elle approfondit la coopération avec la Chine commencée par le traité d’amitié de 2001 et scellée par la proclamation d’une « amitié sans limite », le 4 février 2022, peu avant que la Russie ne lance ses troupes sur l’Ukraine. Et, au fil de cette guerre, elle renforce ses alliances avec la Corée du Nord et l’Iran qui lui livrent armes et munitions, tout comme la Chine. Chine qui de plus sert de pays relai, vers l’Occident et le monde, pour les exportations russes mises sous embargo par l’Occident.

Un rapide coup d’œil sur une carte montre l’étendue de cet espace de connivence au sein du Heartland, bien plus grand, bien plus puissant que l’Eurasie germano-russe craint par Harold Mackinder et Nicholas Spykman. Il est composé de trois puissances nucléaires, plus une en devenir ; il a de vastes ressources naturelles et énergétiques ; une immense population ; des capacités technologiques et industrielles. Certes, dans cet ensemble, Moscou peut être dominé par la Chine, c’est ce que beaucoup d’analystes soulignent, ou plutôt espèrent. Mais Vladimir Poutine a choisi en connaissance de cause. Avant d’être avalé par la Chine, si cela advient, il veut renverser les règles établies par les États-Unis, et il arrive à rassembler de plus en plus de pays à qui « cela ne convient pas ».

Le boulet de la guerre en Ukraine

Les États-Unis se sont mis dans une impasse en suivant la recommandation de Brezinski qui voyait dans l’Ukraine l’instrument de puissance de la Russie, et donc le centre de gravité à affaiblir. Alors que, avant de donner son assaut, la Russie a méthodiquement construit d’autres pivots en Asie et dans le monde, les États-Unis se sont concentrés sur l’affaiblissement de la Russie et ils ont fait de l’Ukraine le pivot de leur stratégie de containment de la Russie.

Un pivot qu’ils ont bien du mal à défendre aujourd’hui et qui, plus grave encore, contribue à lancer la dynamique d’un Heartland eurasiatique extrêmement menaçant et en consolidation depuis la guerre en Ukraine. La question qui doit tarauder les États-Unis voyant le drame arriver est : Comment sortir de cette impasse ukrainienne ? Et de façon plus pressante, comment casser le Heartland en construction ?

Les deux priorités stratégiques, parce que vitales sur le long terme, sont de casser l’alchimie sino-russe et de reprendre le contrôle d’un monde qui s’organise dans l’opposition comme le montre la dynamique des BRICS.

Dans ce schéma, le soutien à l’Ukraine est tout à la fois une nécessité pour démontrer la fiabilité des États-Unis à « la défense des démocraties alliées » et un boulet qui pèse d’autant plus lourd qu’il resserre les alliances au cœur du Heartland et que les capacités de combat ukrainiennes ne cessent de s’éroder.

L’actuelle administration ne peut que poursuivre sur sa lancée, d’autant plus qu’il ne lui reste que deux mois de pouvoir[5].

La prochaine administration, avec un président sans état d’âme mais affirmant vouloir défendre les intérêts des États-Unis et éviter les guerres, parait plus disposée à se concentrer sur les deux priorités stratégiques citées précédemment et à prendre ses distances avec la politique d’affaiblissement de la Russie via l’Ukraine. À l’Europe de soutenir l’Ukraine, avec des armements américains, puisque l’industrie européenne de défense est insuffisante. Aux États-Unis de renouer les liens avec un monde en décomposition pour y retrouver sa place.

Jean-Claude Allard
Chercheur associé à l’IRIS
18 novembre 2024
https://www.iris-france.org/

_______________

[1] Serge Ricard, Theodore Roosevelt et l’Amérique impériale (Presses universitaires de Rennes, 2016)
[2] « Between the United States and the USSR there are in Europe and Asia areas of great potential power which if added to the existing strength of the Soviet world would enable the latter to become so superior in manpower, resources and territory that the prospect for the survival of the United States as a free nation would be slight. »   Department of State of Washington, Foreign Relations of the United States – 1948 General ; The United Nations, « Report by the National Security Council on the Position of the United States with Respect to Soviet-Directed World Communism » (Washington : United States Government Printing Office, 1976), Volume I, Partie 2.
[3] Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier (Pluriel, Éditions Bayard, 1997)
[4] Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier (Pluriel, Éditions Bayard, 1997)
[5] La décision prise le 17 novembre 2024 d’autoriser les frappes dans la profondeur russe qui auront peu d’impact opérationnel est surtout une tentative de déstabiliser le pouvoir russe.




Influence : Stratégies des Etats-Unis, de la Chine et de la France

Comprendre les stratégies des Etats-Unis et de la Chine.
 Quelle stratégie d’influence et d’indépendance pour la France ?

Vous avez sans doute vu les cours de l’or qui poursuivent leur hausse à plus de 4 200 dollars l’once tandis que l’argent métal, lui aussi monte à n’en plus finir à plus de 53 dollars l’once. Ces deux métaux cherchent à nous dire des choses sur ce qui vient, et ce qui vient sera dévastateur pour les grands équilibres géopolitiques et donc pour les grands équilibres économiques, l’organisation de l’économie mondiale n’étant que l’intendance de la géopolitique.

Vous avez sans doute compris aussi que nous étions pris dans un combat de Titans pour la domination du monde entre trois blocs qui ne sont finalement pas si nouveau que cela.

La Russie et la Chine (avec quelques alliés de ces deux pays) forment le premier bloc. Le second bloc est celui des Etats-Unis et de ses alliés que l’on appellera le bloc atlantiste.

Enfin le troisième bloc est celui des pays non-alignés. Pour la petite histoire et la grande, à Bandoeng (conférence qui portera le nom de cette ville dans les manuels d’histoire) en 1955, l’Égyptien Nasser et l’Indien Nehru revendiquent leur « non-alignement », à égale distance des deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS…

Nous en sommes à nouveau là et une nouvelle guerre froide économique, numérique et technologique menace le monde.

Dans cette guerre hybride que se mènent les deux grands blocs Chine/Russie et Otan de l’autre, il y a une opposition intellectuelle qui sépare les deux camps et sur laquelle je souhaitais partager avec vous quelques considérations et réflexions pour enrichir les analyses de tous.

« L’art de la guerre » et « l’art du deal » sont deux approches stratégiques qui, à première vue, semblent totalement opposées dans leurs objectifs et leurs méthodes. Cependant, en les examinant de près, on découvre des analogies fascinantes qui permettent de mieux comprendre la manière dont la Chine, sous la direction de Xi Jinping, et Donald Trump, à travers ses écrits et sa pratique des relations et des négociations, abordent la politique, la domination et la gestion du temps long. Vous savez que cela fait des années maintenant que je vous conseille de lire Donald Trump dans le texte de même qu’il faut absolument lire l’ouvrage de JD Vance pour comprendre l’actuel Vice-président des USA qui est à mon avis le prochain président des États-Unis et certainement plus rapidement que l’on ne le pense.

D’un côté, l’art de la guerre : une approche indirecte et stratégique

En général il faut du temps et de la maturité pour comprendre « l’Art de la guerre » de Sun Tzu, écrit il y a environ 2 500 ans, qui est une œuvre majeure de la stratégie militaire chinoise et de ses extensions politiques. Il y a bien longtemps que la Chine a utilisé cet ouvrage pour élaborer une vision du pouvoir qui repose sur des principes subtils et indirects. La guerre, pour Sun Tzu, n’est pas une simple confrontation brute de forces, mais une série de manœuvres intellectuelles et psychologiques qui visent à déstabiliser l’adversaire avant même le début des hostilités. En réalité pour Sun Tzu le raffinement suprême est de réussir à vaincre l’adversaire sans même à avoir à tirer un coup de canon… ou de décocher une flèche puisqu’à l’époque il n’y avait pas encore de canon ou de missiles guidés laser !

Xi Jinping, en tant que leader de la Chine contemporaine dépositaire de l’héritage de ses prédécesseurs, incarne cette philosophie dans sa gestion de la politique internationale et de la puissance chinoise. La stratégie chinoise, sous son impulsion, se base sur une planification à long terme, un pragmatisme stratégique et une capacité à investir dans des « armes » douces comme l’économie (en devenant l’usine du monde et en créant des dépendances devenant des armes redoutables), la diplomatie et les alliances. Le temps joue un rôle clé dans la politique chinoise. Contrairement à l’agitation, à la rapidité des marchés boursiers occidentaux court-termiste sans oublier les processus politiques occidentaux souvent chaotiques, la Chine avance sur un rythme qui parfois peut sembler bien plus lent, mais extrêmement calculé, visant à dominer progressivement la scène internationale sans confrontation directe.

L’une des caractéristiques essentielles de l’approche chinoise est la patience. Tout comme dans l’Art de la guerre, où Sun Tzu préconise d’attendre le moment favorable pour attaquer, Xi Jinping, dans sa gestion des relations internationales, privilégie des étapes successives, parfois invisibles, pour atteindre ses objectifs. Cela se traduit, par exemple, par l’approfondissement des investissements dans des régions stratégiques à travers des initiatives comme la Nouvelle Route de la Soie. La Chine mène ainsi une guerre « sans arme » à l’échelle mondiale, préférant la stratégie du « soft power » pour étendre son influence sans provoquer une confrontation ouverte.

Aujourd’hui, pour Xi Jinping le moment de la confrontation est arrivé. La Chine construit un porte-avions par an. La Chine peut construire 20 millions de drones militaires par an. La Chine contrôle 95 % des terres rares du monde et vient de bloquer potentiellement avec sa nouvelle législation tout le complexe militaro-industriel occidental.

De l’autre, l’art du deal : une approche directe et audacieuse

L’ouvrage L’Art du Deal de Donald Trump, publié en 1987, a révélé sa manière de négocier dans le monde des affaires et si en France on aime à le faire passer au mieux pour un benêt simplet, au pire pour un imbécile fasciste d’extrême droite, en réalité très peu ont pris le temps de lire les différents ouvrages de Donald Trump et de comprendre sa personnalité et ses modes de fonctionnement assez peu conventionnels il est vrai. Trump y prône une approche bien plus directe, agressive et opportuniste que celle de Sun Tzu. Là où la stratégie chinoise consiste souvent à travailler dans l’ombre, Trump met en avant des tactiques de négociation très visibles, parfois brutales, qui visent à maximiser l’intérêt personnel à court terme, parfois au détriment des autres parties.

Dans l’ouvrage, Trump expose une vision du pouvoir et des relations humaines fondée sur l’affirmation de soi, le contrôle de la narration et la capacité à imposer des décisions sans concessions. Il n’hésite pas à utiliser la menace, l’intimidation et la manipulation, des techniques qu’il qualifie d’éléments essentiels pour parvenir à ses fins. Trump fait souvent appel à l’idée de « prendre le contrôle », et son approche du deal est marquée par la volonté de tout négocier au maximum, sans respecter forcément les règles de courtoisie ou les principes traditionnels de diplomatie.

C’est exactement ce qu’il vient de rappeler avec cette affaire de narco-trafiquants venant du Venezuela et dont il fait tout simplement bombarder les bateaux.

Cela peut sembler « bas du front » mais c’est simple, direct et efficace. Cela constitue évidemment une rupture majeure avec l’attitude policée en vigueur. Une attitude policée qui peut d’ailleurs définir la géopolitique chinoise en apparence.

L’un des aspects les plus frappants de cette manière de faire est donc le recours à l’élément de surprise et à la force, souvent au détriment de relations plus longues et construites dans la confiance. Trump, en tant que négociateur, privilégie une méthode de confrontation directe où l’objectif est d’obtenir des résultats tangibles immédiatement. Cette vision est particulièrement manifeste dans sa gestion des négociations commerciales, par exemple avec la Chine, ou lors de ses entretiens avec des leaders étrangers. Le tout est de maximiser l’intérêt économique immédiat, quitte à rompre des conventions ou à faire preuve d’un cynisme calculé. Enfin c’est ce que semble être perceptible dans une première grille de lecture pourtant nettement plus nuancée que cela !

Deux conceptions du temps long

L’une des différences fondamentales entre l’art de la guerre et l’art du deal réside dans leur rapport au temps.

Pour Sun Tzu, le temps est essentiel, mais il est vu à travers le prisme de la patience. Une victoire rapide n’est pas forcément synonyme de réussite : il s’agit de connaître le bon moment pour agir, de planifier avec une vision à long terme et de préparer l’adversaire à une défaite qui semblera presque inéluctable. Dans ce cadre, la durée de la confrontation est relative et peut être étendue pour épuiser l’ennemi ou le désorienter. Le temps est une ressource précieuse, car l’objectif final vise à atteindre un résultat sans confrontation ouverte.

Xi Jinping, dans cette logique, applique la même philosophie à la politique. Il cherche à projeter la Chine comme une puissance mondiale de manière progressive et systématique, en utilisant tous les leviers économiques, diplomatiques et militaires qui s’inscrivent dans des stratégies de « long terme » et non dans la précipitation. La montée en puissance chinoise, avec ses ambitions technologiques et sa présence accrue sur la scène internationale, est une démonstration manifeste de ce long travail de domination mondiale.

À l’opposé, Trump opère sur une temporalité qui semble beaucoup plus courte et plus agressive. Cette approche est assez logique. Xi Jinping est au pouvoir pour plusieurs décennies et n’a pas à se soucier de sa réélection au bout de 4 ans ce qui est le cas du président américain qui est au mieux là pour 4 ans ! Pour Trump il n’y aura pas de second mandat il est donc là au maximum pour 4 années. En réalité il ne lui en reste déjà plus que trois. Son approche du temps se caractérise donc par une forme d’impatience évidente à obtenir des résultats immédiats. Chaque deal ou négociation est un affrontement qui doit conduire à un bénéfice tangible sur le court terme. Pour autant Trump ne souffre pas d’une absence totale de vision à long terme.

Bien au contraire.

Tout ce que vous voyez Trump faire et mettre en place l’est pour le long terme et pour donner des chances à l’Amérique d’affronter la Chine dans leur guerre pour le leadership mondial. Son alliance incomprise avec tous les géants de la Silicon Valley va d’ailleurs dans ce sens. La fin du wokisme, le réarmement psychologique des Américains, l’idée de Make America Healthy Again et de rendre la santé physique à la population américaine devenue obèse, tout concourt à une stratégie de long terme.

Le mode de pensée rapide, réactif, opportuniste et souvent basé sur des calculs immédiats que l’on prête à Trump comme étant les seuls éléments définissant sa politique est une erreur d’analyse majeure.

La stratégie de l’Art du deal à la Trump doit se comprendre comme agissant sur plusieurs niveaux de temps. Il y a les effets immédiats et visibles, puis le moyen et le long terme. Trump maîtrise parfaitement les différents horizons de temporalité stratégique. Mais Trump, s’adresse à l’Américain moyen. Il parle simple. Il parle clair, il parle fort, il parle sans ambiguïté et sans langage d’énarque… mais ne vous y trompez pas, quand il parle ainsi ce n’est pas parce qu’il ne sait pas penser autrement et c’est valable aussi pour JD Vance qui pour un universitaire sait également parler simple et clair.

Différentes conceptions de la domination

Allons un peu plus loin.

Là où l’Art de la guerre de Sun Tzu voit la domination comme une conquête indirecte, réfléchie et mesurée, l’art du deal de Trump conçoit la domination comme une confrontation directe et une affirmation de sa propre volonté.

Xi Jinping, à travers la stratégie chinoise contemporaine, semble moins soucieux de l’affrontement direct que de l’emprise silencieuse sur l’échiquier mondial.

La Chine cherche à devenir une superpuissance non pas en renversant l’ordre mondial actuel, mais en l’adaptant à ses propres intérêts à travers des stratégies subtiles, comme les investissements à l’étranger, l’exploitation des failles économiques et la gestion de crises mondiales. Cette approche est beaucoup plus lente mais ne cesse de gagner en influence en créant spécifiquement des dépendances, car toute la stratégie de domination chinoise peut se résumer à un résultat et un objectif majeur: créer des dépendances pour créer la soumission et l’obéissance.

Trump, lui, envisage la domination comme un processus fait d’actions plus ponctuelles et plus brutales, il cherche à dicter les termes de chaque contrat, à marquer son territoire, et à imposer ses conditions. Que ce soit avec la Chine, l’Union Européenne ou d’autres acteurs mondiaux, sa stratégie de négociation repose sur la mise en avant d’un rapport de force où il occupe toujours la position de négociateur dominant.

Deux visions du monde, un combat de titans !

Les stratégies de Xi Jinping et de Donald Trump illustrent deux visions profondément différentes de la politique, de la domination et du temps. Alors que Xi Jinping incarne la patience, l’indirect, la stratégie long terme inspirée de Sun Tzu, Trump peut sembler représenter l’opportunisme, l’affrontement direct, et une vision de la négociation qui se base sur l’instantanéité et la maximisation des gains immédiats. Ces deux approches mettent en lumière des conceptions du pouvoir profondément différentes, et l’on peut se demander laquelle d’entre elles se révèlera la plus efficace dans le monde de demain.

La réponse est loin d’être évidente. Intuitivement on pourrait penser que la Chine avec son temps long est avantagée, mais il ne faut pas imaginer que les États-Unis ne raisonnent pas non plus à 30 ou 50 ans. Il ne faut pas imaginer que l’action de Trump se résume uniquement à ses saillies télévisées et scénarisées pour plaire à son électorat. Il ne faut pas non plus imaginer que seule la dimension temps rentre en compte. Il y a la capacité d’innovation, d’attraction des talents, l’idée de liberté et de promesses d’enrichissement, la croissance économique, les marchés financiers et encore de nombreux autres facteurs qui permettent d’articuler une stratégie cohérente, et ce qui est certain c’est que la Chine comme les États-Unis sont en train de déployer des stratégies complexes et d’une très grande cohérence pour s’affronter.

Un combat de titans dont nous ne serons non les héros mais les victimes, si nous aussi, les Français, en dehors même de l’Europe ne pensons pas non plus notre puissance et notre indépendance en remettant au cœur de notre stratégie la souveraineté du pays.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT
INSOLENTIAE