Capacité de projection en Indopacifique : l’armée lance la mission Pégase 2024

Dans la continuité des projections réalisées en 2021 et 2022, l’armée de l’Air et de l’Espace se déploie de nouveau dans le Pacifique avec 19 aéronefs : 10 Rafale, 5 A330 MRTT Phénix et 4 A400M Atlas.

Commentaire AASSDN : Avec Pégase 2024, l’armée de l’Air et de l’Espace démontre ses capacités de projection de puissance en Indopacifique. Les Rafale avec leur soutien logistique ne mettront que quelques jours pour rejoindre les forces françaises de souveraineté déployées en permanence dans le Pacifique et dans l’Océan Indien.

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et la Réunion constituent de véritables porte-avions capables d’accueillir non seulement des Rafale mais aussi des avions cargos et ravitailleurs susceptibles de renforcer les forces présentes sur place et des bâtiments de la Marine nationale.

Il est apparu indispensable d’accroitre le nombre d’A400 M (25 avions-cargos) et de ravitailleurs (12 MRTT A 330 Phénix) dont dispose l’armée de l’Air et de l’Espace. Cet exercice est une démonstration de la capacité de protection de nos compatriotes ultra-marins et de dissuasion de la France dans ce vaste espace stratégique Indopacifique où notre pays possède plus de 50% de sa zone économique exclusive (ZEE).
Rappelons que les DROM – COM représentent une superficie terrestre de 120 000 km2 et de 11 millions de km2 d’espace maritime (ZEE).

Pendant plus d’un mois (du 27 juin au 15 août 2024), avions de chasse, ravitailleurs et transporteurs français participeront à plusieurs exercices interalliés et réaliseront des escales valorisées en Corée du Sud, Japon, Indonésie, Qatar et Djibouti. Nation riveraine et souveraine de l’Indopacifique, la France démontre sa capacité à protéger sa population et ses intérêts dans la zone par des déploiements réguliers.




Etats-Unis–Russie : puisqu’il faut parler d’escalade…

Depuis le dimanche 23 juin 2024, tout s’est aggravé très vite entre les Etats-Unis et la Russie – mais il y avait des signes annonciateurs – des nuées qui s’accumulaient sans bruit. Avec des conséquences aussi sur la position d’Emmanuel Macron, passées ici inaperçues. Regardons les faits.

Commentaire AASSDN : Une analyse soigneusement argumentée et très pertinente sur la montée des risques d’embrasement et d’extension territoriale du conflit russo-ukrainien.

« L’administration Biden s’apprête à lever l’interdiction de facto imposée aux prestataires militaires américains de se déployer en Ukraine, ont indiqué à CNN quatre responsables américains au fait de la question, afin d’aider l’armée du pays à entretenir et à réparer les systèmes d’armement fournis par les Etats-Unis » (1).

La chaine américaine CNN en détaillait le 25 juin, les raisons. « Les discussions font suite à une série de décisions prises par les États-Unis ces derniers mois pour tenter d’aider l’Ukraine à repousser les Russes. Fin mai, M. Biden a autorisé l’Ukraine à frapper des cibles à l’intérieur de la Russie, près de la frontière avec la ville ukrainienne de Kharkov, avec des armes américaines – une demande que les États-Unis avaient refusée à plusieurs reprises par le passé. La semaine dernière, cette politique a semblé s’étendre une fois de plus, lorsque le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré que l’Ukraine pouvait contre-attaquer avec des armes américaines n’importe où le long de la frontière entre l’Ukraine et la Russie » – ce que Politico, qui suit l’actualité du Congrès à Washington, confirmait (2).

Puis tout s’est précipité en quelques jours.

Le résultat de l’autorisation américaine donnée aux Ukrainiens ne s’est pas fait attendre avec l’attaque le 23 juin, jour de la Pentecôte orthodoxe, de cinq missiles américains ATACMS équipés d’ogives à sous-munitions lancés par l’armée ukrainienne sur des plages, au nord de la ville de Sébastopol, en Crimée. Aucune cible militaire n’a été touchée. « Quatre missiles auraient été abattus par la défense russe, mais l’ogive d’un autre a explosé en l’air au-dessus de la plage, son épave et les sous-munitions ont frappé les civils » explique Anthony Marcus, correspondant pour Eurasia Business News (3). « Initialement, le bilan provisoire était de quatre personnes tuées, dont deux enfants, comme l’indique le ministère de la Santé. Le nombre de victimes blessées suite à ces frappes est passé à 144, dont 83 sont pris en charge dans les hôpitaux de Sébastopol (56 adultes et 27 enfants) puis à 153 victimes (données du 25 juin). Plusieurs enfants ont été envoyés à l’Hôpital pour enfants de Moscou, pour y recevoir des soins intensifs. Au moins cinq enfants ont été placés en réanimation ».

Peu d’échos dans la presse des deux côtés de l’Atlantique – mais, remarque le Canberra Times australien (4), « des responsables russes ont déclaré que le conflit entrait dans l’escalade la plus dangereuse à ce jour ».  

Officiels dont le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov. « “Bien entendu, l’implication des États-Unis dans les combats, qui entraînent la mort de Russes pacifiques, ne peut qu’avoir des conséquences”, a-t-il dit ». Ceci sachant que les Ukrainiens ne peuvent mettre en œuvre seuls lesdits missiles, installation et désignation des cibles. Dans le même temps, Sergueï Lavrov « a convoqué l’ambassadrice des États-Unis, Lynne Tracy, et lui a dit que Washington “menait une guerre hybride contre la Russie et était en fait devenu partie au conflit” » (4). Quelqu’un a dû entendre le sérieux de l’avertissement à Washington puisque, pour la première fois depuis plus d’un an, – le 15 mars 2023 exactement – le secrétaire à la Défense américain, Lloyd Austin, a appelé le 25 juin son homologue russe, Andreï Belousov, le récent successeur de Sergueï Choïgou (5) – annonce du Pentagone. Officiellement pour garder ouvertes des voies de communication. Et les informations sur le contenu réel de la conversation sont rares.

Rares et contradictoires, note un ancien sous-secrétaire adjoint à la défense, Stephen Bryen (6). Par exemple ? « Des blogueurs russes ont rapporté que les Russes avaient abattu un drone américain Global Hawk au-dessus de la mer Noire. Cependant, les États-Unis ont déclaré que leur drone supposé être impliqué dans le ciblage (des plages de Sébastopol), identifié comme un RQ-4 Global Hawk, était retourné sain et sauf à Sigonella (Sicile) ». Stephen Bryen note encore que « les informations russes ne concernent pas le maintien des communications (entre Washington et Moscou). Les Russes rapportent que Belousov et Austin ont “échangé des points de vue sur la situation en Ukraine”. Selon le ministère russe de la défense, M. Belousov “a souligné le danger d’une nouvelle escalade de la situation liée à la fourniture continue d’armes américaines aux forces armées ukrainiennes”.  Le ministère a également indiqué que “d’autres questions ont également été abordées” ».

C’est que, rappelle Stephen Bryen, les incidents graves se sont multipliés qui touchent à la sécurité de la Russie. 

« Avant l’attaque de la Crimée, l’Ukraine a lancé deux attaques de drones contre des stations radar stratégiques russes d’alerte précoce. Ces attaques auraient nécessité une aide au ciblage de la part des États-Unis et de l’OTAN, y compris des tactiques d’évasion pour éviter les défenses aériennes russes. Contrairement aux États-Unis, qui disposent de capacités d’alerte rapide par satellite, les Russes dépendent de radars terrestres capables d’alerter les défenses aériennes conçues pour intercepter les missiles balistiques ». On sait qu’une station a été touchée, sans en connaître la gravité. Et encore ? « Le même jour que l’attaque sur la plage de Sébastopol (23 juin), quatre missiles ATACMS ont été tirés sur la base radar NIP-16 du centre de communications spatiales à longue portée, à Vitino, en Crimée. “Le NIP-16 était destiné à accueillir le complexe de communication avec l’espace lointain Pluton, qui pouvait maintenir le contact avec des engins spatiaux jusqu’à une distance de 300 millions de kilomètres ». Enfin, « Le 26 juin, le lendemain de l’appel d’Austin, l’armée ukrainienne a bombardé une station de surveillance des radiations près de la centrale nucléaire de Zaporozhye, la plus grande installation de ce type en Europe. L’attaque visait une station de surveillance située à Velikaya Znamenka, un village situé à environ 15 km à l’ouest de la centrale nucléaire. La station de surveillance a été détruite lors de l’attaque ».

La situation inquiète aussi l’ancien ambassadeur britannique Alastair Crooke

On le sait, dit-il, Vladimir Poutine a proposé le 14 juin, en même temps que se tenait la « conférence pour la paix » en Suisse, près de Lucerne, sa solution pour mettre un terme à la guerre en Ukraine. Il a rejeté clairement « les dispositifs tels que les “cessez-le-feu” ou les “gels”. Il recherche quelque chose de permanent : Un arrangement qui a des “jambes solides”, qui est durable ». Pensait-il qu’il serait entendu à Washington ? « Pour être clair, Poutine ne s’attendait certainement pas à ce que ses propositions soient accueillies en Occident autrement que par le mépris et la dérision dont elles ont fait l’objet ». Pourquoi ce mépris ?

La raison en est, pour notre ambassadeur, que « les Etats-Unis, dans leur état d’esprit, sont restés bloqués à l’époque de la guerre froide, dans les années 1970 et 1980 ». On en trouve les fondements dès 1992 dans la doctrine Wolfowitz (8) qui « soulignait la suprématie américaine à tout prix dans un monde post-soviétique, ainsi que “l’élimination des rivaux, où qu’ils se trouvent” ». Et le successeur de la puissante URSS « n’était pas son égal et n’était donc pas considéré comme suffisamment important pour être impliqué dans le processus décisionnel mondial ». Sauf que « la Russie est aujourd’hui un acteur mondial de premier plan, tant sur le plan économique que politique. Pourtant, pour la strate dirigeante des États-Unis, il est hors de question d’accorder un statut égal à Moscou et à Washington ».

Un acteur russe de plus certain que « le monde ne sera plus jamais le même » avec la disparition du système de sécurité euro-atlantique. Et que seule une architecture de sécurité tenant compte des intérêts de chacun (« le Rimland et le Heartland dans un langage à la Mackinder* ») peut amener une paix durable. « Et pour être clair », ajoute Alastair Crooke, « si cette analyse est correcte, la Russie n’est peut-être pas si pressée de conclure les affaires en Ukraine. La perspective d’une telle négociation “globale” entre la Russie, la Chine et les États-Unis est encore lointaine ». Que peut-elle faire ? Laisser passer l’été et attendre l’après 5 novembre ? Avec le risque, d’escalade en escalade, de l’utilisation du nucléaire ? Les Américains pensent que Poutine bluffe.

Pourtant leurs « chiffres mettent en avant le risque d’un échange nucléaire. S’ils pensent qu’il s’agit d’un bluff, c’est parce qu’ils présument que la Russie n’a pas beaucoup d’autres options ».

Ce serait une erreur, affirme Alastair Crooke. « La Russie peut franchir plusieurs étapes dans l’escalade, avant d’atteindre le stade de l’arme nucléaire tactique : contre-attaque commerciale et financière ; fourniture symétrique d’armement avancé à des adversaires occidentaux (correspondant aux livraisons américaines à l’Ukraine) ; coupure de la distribution d’électricité en provenance de Pologne, de Slovaquie, de Hongrie et de Roumanie ; frappes sur les passages frontaliers de munitions ; et s’inspirer des Houthis qui ont abattu plusieurs drones américains sophistiqués et coûteux, mettant hors service l’infrastructure de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) de l’Amérique » – toutes choses que nous avons, ici, en effet observées.

La gravité de la situation serait-elle apparue à l’Elysée ?

Notamment avec l’annonce de troupes de mercenaires américains au sol – mercenaires plutôt que soldats réguliers, Joe Biden ne souhaitant simplement pas voir revenir des body bags dans les familles aux Etats-Unis ? Parce que TASS annonçait dès le 24 juin que « la France n’enverrait pas de soldats en Ukraine dans un avenir prévisible » (9). Et que de plus, Emmanuel Macron souhaitait « poursuivre le dialogue avec Vladimir Poutine (10). Ce à quoi le Kremlin répondait le même jour « qu’aucune condition n’est nécessaire pour relancer le dialogue entre la Russie et la France » (11). Nous n’avons pas plus d’explications. Nous posons des faits.  

« Nous marchons vers la guerre comme des somnambules » écrivait Henri Guaino le 12 mai dernier pour le Figaro. La voix de la France peut-elle encore compter ?

Hélène NOUAILLE

Rimland et Heartland carte

Notes :

(1) CNN, le 25 juin 2024, Natasha Bertrand et Oren Liebermann, Ukraine: Biden administration moving towards allowing American military contractors to deploy to country
https://edition.cnn.com/2024/06/25/politics/biden-administration-american-military-contractors-ukraine/index.html 

(2) Politico, le 20 juin 2024, Laura Seligman, US says Ukraine can hit inside Russia ‘anywhere’ its forces attack across the border
https://www.politico.com/news/2024/06/20/us-says-ukraine-can-hit-inside-russia-anywhere-00164261

(3) Eurasia Business News, le 23 juin 2024, Crimée :  attaque de missiles américains ATACMS à Sébastopol, 153 victimes
https://eurasiabusinessnews.com/2024/06/23/crimee-attaque-de-missiles-americains-atacms-a-sebastopol-144-victimes/ 

(4) The Canberra Times, le 24 juin 2024, Russia swears retaliation against US for Ukraine strike
https://www.canberratimes.com.au/story/8673816/russia-swears-retaliation-against-us-for-ukraine-strike/

(5) TASS, le 25 juin 2024, US defense secretary speaks over phone with Russian defense minister — Pentagon
https://tass.com/world/1808411 

(6) Weapons and Strategy, le 27 juin 2024, Stephen Bryen, Why Did US SECDEF Austin Call Russian Defense Minister Belousov ?
https://weapons.substack.com/p/why-did-us-secdef-austin-call-russian

 (7) Strategic Culture, le 24 juin 2024, Alastair Crooke, Putin’s “war” to re-shape the American Zeitgeist
https://strategic-culture.su/news/2024/06/24/putins-war-to-re-shape-the-american-zeitgeist/ 

(8) The New York Times, le 8 mars 1992, Excerpts From Pentagon’s Plan: ‘Prevent the Re-Emergence of a New Rival’
https://www.nytimes.com/1992/03/08/world/excerpts-from-pentagon-s-plan-prevent-the-re-emergence-of-a-new-rival.html

 (9) TASS, le 24 juin 2024, France not to send troops to fight in Ukraine in near future – Macron
https://tass.com/world/1807781 

(10) TASS, le 25 juin 2024, Macron says ready for dialogue with Putin
https://tass.com/world/1807855 

(11) TASS, le 25 juin 2024, Kremlin says no conditions needed to revive Russia-France dialogue
https://tass.com/politics/1808141




L’engagement de la CIA dans la guerre en Ukraine

Afin de mieux mesurer l’ampleur de l’engagement de la CIA en Ukraine, il convient d’en rappeler les origines historiques et d’en analyser les opérations à partir des sources disponibles afin d’essayer de déterminer si l’agence essaie de limiter les dérapages du conflit ou s’attache seulement à le faire croire.

Commentaire AASSDN : Le dossier de recherche du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R) qui vous est proposé et auquel on peut accéder en suivant le lien placé en fin du bref résumé ci-dessous est particulièrement intéressant car il met une fois de plus en perspective les évènements récents dont on ne comprend l’origine, le sens et la finalité qu’en les inscrivant dans le temps long.
Il est maintenant parfaitement documenté que les actions menées notamment par les Services américains, russes, allemands, anglais et ukrainiens ne commencent pas en 2022 ni même en 2014 mais immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre de la Guerre froide.
Les opérations secrètes qui se développent aujourd’hui ne sont que le prolongement de la guerre secrète qui est engagée entre les Russes et les Anglo-saxons depuis près de 80 ans pour maintenir ou restaurer leur leadership. L’Ukraine n’est que leur terrain d’affrontement.

L’un des buts que se fixe l’AASSDN est de sensibiliser nos concitoyens aux dangers de la désinformation liée à la diffusion massive d’informations provenant souvent d’une seule source étrangère. Les anciens des Services spéciaux souhaitent contribuer à renforcer l’esprit critique des Français afin de les inciter et les aider à prendre le temps d’analyser et de décrypter les faits ou au minimum de faire preuve de prudence dans leur appréciation des situations. A cet égard, la quasi simultanéité entre la présentation des faits et des commentaires assénés par des experts auto-proclamés sur les plateaux de TV réduit à néant notre capacité d’analyse personnelle.

Celui qui ne prend plus le temps de réfléchir par lui-même et de chercher à comprendre devient alors manipulable. Si le peuple est manipulé, il est vite asservi et perd inévitablement sa liberté de décider et d’agir ; il perd sa souveraineté car il est conduit par celui qui le désinforme. Le conflit en cours en Europe orientale est un véritable cas d’école. Il mérite d’être analysé à partir de sources distinctes et fiables, avec prudence et bon sens. Gardons-nous des jugements hâtifs.

Savoir jusqu’où ne pas aller trop loin… Vraiment ?

Courant 2023 et début 2024, plusieurs journaux américains ont révélé l’ampleur de l’aide apportée par la CIA aux services spéciaux ukrainiens. Des opérations qui vont de l’infiltration en territoire ennemi au sabotage, en passant par les assassinats ciblés.

Ces médias attestent ainsi que depuis 2014, l’Agence a dépensé des dizaines de millions de dollars pour réorganiser les services ukrainiens, former de nouvelles unités d’action clandestine, fournir des systèmes de surveillance avancés et construire de nouvelles infrastructures afin d’espionner la Russie. Elle a également livré à son allié – mais aussi reçu de lui – une quantité impressionnante de renseignements.

Parallèlement à cet engagement massif et sans ambigüité aux côtés de Kiev, les médias américains insistent néanmoins sur l’autre préoccupation qui animerait la CIA: limiter les actions trop offensives de Kiev contre la Russie afin d’éviter que le conflit ne s’étende au-delà des frontières de l’Ukraine, ou ne provoquent une escalade pouvant conduire à un affrontement nucléaire. Le défi est donc de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin…

Le rapport peut être consulté sur le site




Pourquoi l’Afrique a rompu avec l’« Occident »

Enfermés dans leur bulle sociétale, les dirigeants occidentaux ne mesurent pas le niveau d’exaspération, voire d’indignation et d’écœurement provoqué par la guerre morale qu’ils mènent actuellement contre les piliers des cultures africaines.

Commentaire AASSDN : Ce texte de Bernard Lugan, africaniste reconnu, pose la question de la relation entre le monde occidental et l’Afrique sous un angle rarement évoqué par les médias officiels et les dirigeants politiques européens et américains. Le refus de voir et reconnaître certaines réalités constitue un obstacle majeur dans l’établissement de relations solides et confiantes entre occidentaux et africains et dont nos compétiteurs asiatiques et russes tirent largement profit.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ;
surtout, il faut toujours,
ce qui est plus difficile,
voir ce que l’on voit. »
Charles Péguy

Le 16 mai 2024, lors d’un discours consacré aux relations entre l’Afrique et l’Europe prononcé à Dakar devant les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop en présence de Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a déclaré que la « promotion des droits des homosexuels alimente le sentiment anti-occidental en Afrique ».

Sur un continent où les deux tiers des pays criminalisent l’homosexualité, les injonctions occidentales en la matière sont en effet ressenties comme des attaques directes à l’ordre naturel africain. Ici, les peines contre les homosexuels vont en effet de l’amende à la condamnation à mort. L’ancien président de Gambie, Yahya Jammeh affirmait pour sa part que son pays « lutterait contre ces vermines gays de la même manière qu’il combat les moustiques responsables du paludisme, sinon plus agressivement ». Quant au défunt président Mugabe du Zimbabwe, ce fut à la tribune de l’ONU qu’en 2015, il déclara que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. »

C’est dans un ferme discours au ton très mesuré qu’Ousmane Sonko a condamné les « velléités extérieures d’imposer l’importation de modes de vie et de pensée contraires à nos valeurs et qui risquent de constituer un nouveau casus belli parce que, dans des pays comme le Sénégal, cela soulève énormément de tensions et d’incompréhensions tant cela met face à face des cultures, des civilisations et des systèmes politiques à la vision diamétralement opposée ».

Refusant ce nouveau diktat qui, à la différence des précédents, n’est ni politique, ni économique, mais « existentiel », Ousmane Sonko a déploré que « la question du genre revienne régulièrement dans les programmes de la majorité des institutions internationales et dans les rapports bilatéraux, jusqu’à se poser comme une conditionnalité pour différents partenariats financiers ».

Enfermés dans leur bulle sociétale, les dirigeants occidentaux ne mesurent pas le niveau d’exaspération, voire d’indignation et d’écœurement provoqué par la guerre morale qu’ils mènent actuellement contre les piliers des cultures africaines.

Ancrés sur leur arrogance, eux qui ne trouvent d’échos que dans le cap ouest de l’Europe et en Amérique du Nord, sont partout ailleurs balayés dans ce que le reste du monde considère comme un réflexe de survie. Cependant qu’en Afrique, sur les volutes de leur prétention morale, Russes, Chinois, Indiens, Indonésiens et Turcs tirent les marrons du feu…

Le message d’Ousmane Sonko est très clair :  l’Afrique qui ne cédera pas à l’oukase existentiel du Nord a donc décidé de redevenir africaine. Un écho à ceux qui, de plus en plus nombreux, demandent quant à eux que l’Europe redevienne européenne… Ici et là,  référence est donc faite à l’identité, ce qui annonce le triomphe de l’ethno-différentialisme sur les nuées de l’universalisme.




Capacité de projection de l’armée de l’Air et de l’Espace : l’armée lance la mission Pégase 2024 en Indopacifique

L’armée de l’Air et de l’Espace lance la mission Pégase 2024 en Indopacifique du 27 juin au 15 août 2024. Cet exercice est une démonstration de la capacité de protection de nos compatriotes ultra-marins et de dissuasion de la France dans ce vaste espace stratégique Indopacifique où notre pays possède plus de 50% de sa zone économique exclusive (ZEE). Rappelons que les DROM – COM représentent une superficie terrestre de 120 000 km2 et de 11 millions de km2 d’espace maritime (ZEE).

Commentaire AASSDN : Avec Pégase 2024, l’armée de l’Air et de l’Espace démontre ses capacités de projection de puissance en Indopacifique. Les Rafale avec leur soutien logistique ne mettront que quelques jours pour rejoindre les forces françaises de souveraineté déployées en permanence dans le Pacifique et dans l’Océan Indien.

Capacité de projection de l’armée de l’Air et de l’Espace

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et la Réunion constituent de véritables porte-avions capables d’accueillir non seulement des Rafale mais aussi des avions cargos et ravitailleurs susceptibles de renforcer les forces présentes sur place et des bâtiments de la Marine nationale.
A cet égard, il est indispensable d’accroitre le nombre d’A400 M (25 avions-cargos) et de ravitailleurs (12 MRTT A 330 Phénix) dont dispose l’armée de l’Air et de l’Espace.

Pégase 2024 confirme la montée en puissance de la capacité de projection fulgurante de l’armée de l’Air et de l’Espace autour du globe. Après une première en 2018 en Asie du Sud et une projection en Polynésie française en 2021 avec la mission Heifara / Wakea, les missions Pégase 2022 et 2023 en Indopacifique ont aguerri les aviateurs au déploiement d’un dispositif aérien de haute intensité, vite et loin.
Les missions des armées françaises s’inscrivent dans la stratégie de la France en Indopacifique, entre objectifs de protection d’espaces souverains, promotion du droit international et partenariats avec les pays riverains. Cette année, le dispositif Pégase se posera dans trois bases aériennes des Forces armées françaises, en Nouvelle-Calédonie (FANC), en Polynésie française (FAPF) et dans le sud de l’océan Indien (FAZSOI).
La mission 2024 aura une dimension européenne particulière avec un déploiement conjoint des pays du Système de combat aérien du futur SCAF (France, Allemagne, Espagne) sur une route ouest, et un déploiement conjoint avec l’Angleterre sur une route est, toutes deux à destination de l’Australie pour l’exercice interalliés « Pitch Black ». Sur leur trajet, les Rafale, A400M Atlas et A330 Phénix participeront à l’exercice de haute intensité « Arctic Defender » aux Etats-Unis (Alaska) et réaliseront une série d’escales valorisées et d’exercices conjoints au Canada, au Japon, aux Émirats Arabes Unis, à Singapour, en Indonésie, en Nouvelle-Zélande, en Malaisie, en Inde, au Qatar, en Égypte et pour la première fois aux Philippines.
L’ambition de Pégase 24 prend une résonance particulière en cette année anniversaire où l’armée de l’Air et de l’Espace célèbre ses 90 ans.




Plan Jedburgh : Les Français premiers acteurs de la Libération en France

Le plan Jedburgh, initié en juillet 1942 par le Special Operations Executive (SOE) et l’Office of Strategic Services (OSS), visait à soutenir la Résistance dans les territoires occupés pour faciliter l’avancée des troupes alliées après le débarquement. Cette collaboration anglo-américaine, enrichie par la participation des résistants français, belges et hollandais, comprenait la formation et le déploiement de 100 équipes d’opérations spéciales. Recrutées et entraînées dans le secret, ces équipes furent parachutées pour mener des missions de sabotage et de soutien aux maquis. Le bilan de cette opération secrète, bien que marqué par des pertes, témoigne de son impact crucial dans la lutte contre l’occupant nazi.

Commentaire AASSDN : Comme chaque année mais plus encore cette année, les médias et la classe politique mettront en avant le rôle essentiel joué par les Alliés dans cette opération qui avait pour objectif de vaincre le nazisme après que Hitler ait déclaré la guerre aux Etats-Unis le 11 décembre 1941 soit 4 jours après Pearl Harbour.
La libération de la France démarra par les 2 débarquements de Normandie essentiellement anglo-saxon et canadien (6 juin 1944) et de Provence (15 août 1944) essentiellement franco-américain. Si ces débarquements furent des succès, ce fut d’abord grâce aux innombrables renseignements très précis et actualisés transmis à Londres (vers la France Libre et l’Intelligence service) pendant des mois sur les troupes allemandes (infrastructures, dispositifs et matériels) par les grands réseaux de Renseignement de la Résistance (Confrérie Notre-Dame et Alliance notamment) mais aussi par des équipes de deux ou trois « commandos » souvent dirigées par des Français, entrainées en Grande Bretagne, puis parachutées en France occupée (Plan Jedburgh et opération Sussex).
L’AASSDN tient particulièrement à rappeler le sacrifice de ces combattants de l’ombre, agissant dans la clandestinité et tenus au secret qui ont accepté de sacrifier leur vie pour la liberté de leur pays.
c’étaient des garçons et des filles de 17 ou 25 ans, des patriotes ardents et de vrais guerriers qui n’ont pas eu la notoriété donnée par Hollywood au « soldat Ryan » et à ceux du « jour le plus long ». Mais faut-il rappeler que le premier mort du débarquement fut un parachutiste français largué en Bretagne.
Enfin et quelles que soient les conflits actuels, n’oublions pas de 2 soldats allemands sur 3 furent tués par l’armée rouge aux côtés de laquelle l’escadrille française Normandie Niémen combattit et se couvrit de gloire. Elle fut la seule unité alliée à combattre sur le front oriental.

Naissance du plan Jedburgh

L’idée du plan Jedburgh est née en juillet 1942 au SOE (Special Operations Executive). L’OSS (Office of Strategic Services), se rapproche de lui dès avant le débarquement en Afrique du Nord pour analyser la possibilité d’envoyer du personnel en zone occupée afin de faciliter la progression des troupes après le débarquement, car le potentiel de la Résistance et l’expérience des réseaux anglais sont des atouts majeurs. Mais le plan stagne. Ainsi, afin de faire réagir le commandement, le SOE monte la manœuvre Spartan du 3 au 11 mars 1943. Les Américains y sont observateurs. L’exercice est si positif qu’un mémorandum est rédigé par les deux services 5 jours après. Il définit le rôle, les moyens de commandement et de contrôle ; un effectif de 70 équipes de 3 hommes dont 1 originaire du pays ; les fonctions au sein des maquis et les moyens de communication. On prévoit de larguer les équipes en uniforme pour leur assurer la protection des conventions en vigueur, cependant les habits civils sont admis.

En avril, le nombre des équipes est porté à 100 dont 30 fournies par les pays envahis (France, Belgique et Hollande) car on prévoit de lourdes pertes

Recrutement et entraînement

La création du Comité National de la Résistance en mai 1943 facilite le rapprochement entre la France et les Alliés. En juillet, la France est invitée à recruter pour le plan. De Gaulle accepte, et le commandant Saint Jacques du bureau central de renseignement et d’action (BCRA), fait le tour des régiments d’Afrique du Nord. Les critères sont bien établis. Il ne s’agit pas seulement de recruter des baroudeurs mais des hommes ayant du cran, intelligents, aptes à jauger une situation politique locale et à s’imposer aux chefs des maquis et aux autorités civiles en place. 

Si les Alliés fournissent leur quota sans difficulté, ce n’est pas le cas de la France. Saint Jacques puise la majorité des effectifs dans les unités non prévues pour la campagne d’Italie. Sa tâche est ardue suite aux réticences des colonels chefs de corps. Le quota n’est atteint qu’en avril 1944 alors que les cours ont débuté début février. Pour assurer la discrétion du plan Jedburgh, les Britanniques créent un nouveau camp d’instruction afin d’être sûrs qu’il reste inconnu de l’ennemi. Le château de Milton Hall, à Peterborough, est réquisitionné. Au lieu de STS (Special Training School), ce centre prend l’appellation de ME 65 (Military Establisment 65).

Bien qu’installés dans un superbe cadre, les rapports entre les nationalités manquent de cordialité. Les Britanniques découvrent leurs cousins d’Amérique différents de ce qu’ils imaginaient et parfois plus étrangers que les Français eux-mêmes. Ces derniers, qui ont vécu 3 années de propagande de Vichy et l’affaire de Mers-El-Kébir, gardent leurs distances à l’égard des Anglais. De plus, ils sont exclus de la direction de l’école que se partagent les Alliés, et font face à des instructeurs qui prétendent leur apprendre à combattre alors qu’ils ont connu la campagne de 40 et celle de Tunisie… C’est en fait la guérilla qu’ils vont apprendre. Les cours  s’enchaînent à un rythme soutenu et abordent tous les sujets utiles aux futures missions :  parachutisme ; armement allié et ennemi ; tir instinctif ; mise en œuvre d’explosifs ; radio et chiffrement  ; organisation de zone de parachutage et guidage d’avion ; marches commandos et close-combat avec le major Sykes.

L’ambiance est morose et la rigidité du directeur du centre, le colonel Spooner, n’arrange rien. En avril, il est remplacé par le Colonel Musgrave. Tout s’améliore. Des permissions sont  accordées. Il crée une osmose entre les stagiaires en formant avant l’heure les « teams » par libre choix des officiers qui choisissent ensuite leur radio. Puis, il organise un concours de dessin destiné à créer un insigne commun à tous. C’est Victor Gough qui gagne en créant les ailes « SF ». En mai et juin, 25 équipes partent pour Alger, le rayon d’action des avions ne pouvant assurer leur largage dans le sud de la France depuis l’Angleterre.

Les missions

A partir du 6 juin, Tempsford et Harrington sont les bases d’envol depuis l’Angleterre. En Algérie, ce sont celles de Maison Blanche et Blida. 

Les missions se regroupent en 5 zones d’actions : la Bretagne ; la vallée de la Loire ; l’axe Châteauroux-Toulouse ; les Alpes et le sud-est ; enfin le nord-est. En juin, le but principal de retarder les renforts allemands vers la Normandie est atteint. Les mois suivants, la mission de protection des flancs des armées de libération progressant depuis la Normandie et la Provence est une réussite.

L’utilisation du potentiel Jedburgh se répartit ainsi : en juin, 13 teams sont largués dans le sud, le centre et  la Bretagne. En juillet, 11 autres suivent vers la Bretagne et le centre-ouest. En août, suite au débarquement de Provence, l’aide aux maquis s’intensifie. 53 teams sont parachutés  vers le sud-ouest et les Alpes. En septembre, 10 teams renforcent l’est. Sur le front Atlantique, 4 autres sont déposés par mer. En novembre, un dernier team est positionné en Alsace face à la menace allemande. Chaque équipe saute avec une douzaine de containers d’armes ce qui permet aux Jedburghs d’instruire les maquis en attendant les parachutages demandés par radio. Le commandement des maquis n’est pas automatique et se fait en fonction des circonstances, mais la supervision reste la règle. 

Le bilan

Au total, 92 équipes Jedburghs sont envoyées en France dont 1 proche de la Belgique. En Hollande, 8 teams sont parachutés, dont 6 en appui à l’opération Market Garden.

285 hommes ont été Jedburghs en France (103 Français, 89 Britanniques, 83 Américains, 8 Hollandais, 1 Belge et 1 Canadien). Les prévisions de 40% de perte n’ont heureusement pas été atteintes. On déplore cependant 19 tués (13 au feu, 4 exécutés après capture et 2 sauts mortels); 25 blessés (18 au feu et 7 au saut); 4 prisonniers.

Bertrand SOUQUET
Historien, fils de Jefdburgh

Stagiaires Jed en salle de formation de télégraphie sans fil (W/T)
Entrainement aux barres parallèles dans la cour de Milton Hall

Team Daniel : Entraînement au stand de tir
Team IVOR : saut nuit du 6 au 7 aout 1944 à Beddes, 6 km de Chateaumeillant, Indre. Balisage par Jed team Hamish.
de G à D : T Sgt lewis GODDARD (US) W/T code name “Oregon “, atterrissage hors DZ, se tue a l’atterrissage, parachute en torche, KIA
Captain Brit John Howard COX, team leader, code name “Monmouth “, atterrissage hors DZ, tombe dans un trou et se fait une entorse
Ltn Fr Robert COLIN code name “Selune“, IF “LE DANTEC”, atterrissage hors DZ, tombe dans un trou, une balle de son pistolet lui traverse la jambe




Souveraineté numérique ou autonomie stratégique

Par le Vice-amiral d’escadre (2S) Arnaud COUSTILLIÈRE, Président du Pôle d’Excellence Cyber 

Le thème de la souveraineté numérique est venu sur le devant de la scène française à la suite de plusieurs travaux parlementaires entre 2018 et 2021. Il prend acte du fait que l’espace numérique est devenu un domaine où les enjeux de puissance, tant des nations que des acteurs économiques et politiques, s’expriment sans retenue, transgressent les frontières et permettent une forme d’ingérence et d’extraterritorialité. C’est un terrain d’affrontement où tout semble permis afin d’assoir sa supériorité économique et stratégique, au point qu’il faille y redéfinir la place des États et de leur souveraineté.

Sans vouloir refaire toute l’histoire, plusieurs éléments méritent d’être cités. Internet est venu du monde universitaire avec l’appui de la DARPA. Il a mis en place des normes techniques permettant à des réseaux locaux d’échanger entre eux. Initialement déployé aux États-Unis, il s’est très rapidement répandu : il a balayé en Europe les normes et projets portés par les grands opérateurs historiques de télécommunication. Il est ainsi intéressant de relire le rapport Nora-Minc de décembre 1977 sur « l’Informatisation de la société ». Particulièrement visionnaire, il pose la question de la souveraineté européenne et celle des données et de leur traitement. Mais en dépit de cette analyse, la France et l’Europe ont raté le démarrage du numérique et laissé le champ libre à l’Internet, bientôt « colonisé » par les grandes sociétés informatiques américaines. La voie de l’hégémonie numérique américaine est alors ouverte ; seule la Chine viendra la challenger à partir des années 2010.

La souveraineté numérique « globale » de l’Europe au sens classique du terme n’existe plus. Le numérique poursuit son développement avec une forte dynamique, les innovations s’enchainent. Parti d’une matière technique, il est devenu global avec des enjeux commerciaux, culturels, sociétaux et stratégiques. Les couches techniques et informationnelles se sont rejointes. Les infrastructures continuent à se renforcer. Les autoroutes de transport des données prennent progressivement une valeur stratégique. Les data centers et les techniques du Cloud permettent de mobiliser au moment opportun des puissances de calcul considérables. Les traitements Big Data sont devenus possibles et facilement accessibles. La maitrise des données confère la puissance. L’ère des algorithmes et de l’Intelligence artificielle est arrivée.

La souveraineté devrait s’appuyer sur :

  • un champ « technique » avec une infrastructure et un socle technologique permettant de protéger et garder les données dans un cadre exclusivement européen ;
  • un champ « valorisation » avec des capacités d’analyse et de valorisation des données via des algorithmes « certifiés/vérifiés » pour éviter les biais ;
  • un champ « perception » avec des réseaux sociaux imperméables aux actions d’ingérence et de propagande allant contre les intérêts de la nation.

Cette souveraineté n’est accessible qu’aux États-Unis, à la Chine et à certains grands GAFAM comme Google. Il s’agit donc de définir une voie d’autonomie stratégique qui corresponde à nos intérêts et à choisir ses formes et niveaux de dépendances, un peu comme cela a été fait pour la Dissuasion Nucléaire en son temps face à des grandes puissances bien plus fortes et équipées que notre nation.

Ce débat semble cependant très franco-français à ce stade et pas perçu de la même façon par nos différents partenaires européens. Un premier biais porte sur la notion de « souveraineté ». En France, la vision est politique et porte sur l’ensemble des trois champs décrits par la « Loi pour Sécuriser et Réguler l’Espace Numérique » de fin 2023. Pour d’autres partenaires européens, il s’agit simplement de pouvoir changer de prestataire de Cloud comme l’ont montré les travaux GAIA X sur le Cloud Européen. La vision sur les échanges des données, notamment avec nos partenaires américains, semble plus mature et les initiatives pour équilibrer la relation EU-US davantage partagées. Les conséquences de l’extraterritorialité des lois américaines et chinoises commencent à être mieux appréhendées, comme le montre le débat sur les données de santé des citoyens.

Il va donc falloir convaincre nos partenaires européens du bien-fondé de notre analyse, et ce d’autant que le monde est de plus en plus dangereux. Trois facteurs qui s’amplifient peuvent faire ouvrir les yeux et permettre d’accélérer cette prise de conscience. Le possible retour de Donald Trump pour un nouveau mandat. Les dernières déclarations se résument à « l’Europe devra encore plus payer pour rester le vassal des États-Unis… ». Cette vassalité est admise et acceptée par bon nombre de partenaires européens, voire les grandes sociétés du CAC 40. La guerre économique que les États-Unis mènent à l’Europe n’est pas nouvelle et permet de consolider son hégémonie face à la montée en puissance de la Chine. L’empire numérique fera tout pour garantir sa suprématie.

En 1996, François Mitterrand confiait au journaliste George-Marc Bennamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

La Chine poursuit son expansion économique et culturelle via la technologie et le développement d’infrastructures mondiales, des ventes à très bas prix et des réseaux sociaux ciblant la jeunesse. Elle se positionne en alternative au modèle occidental tout en verrouillant ses réseaux internes. L’Europe et l’Afrique sont des zones de conquête numérique et économique. La Russie poursuit ses agressions, elle vient troubler fortement l’ordre mondial établi et les règles du droit international. Le numérique est pour elle une capacité de combat, mais aussi un moyen d’ingérence dans les démocraties afin de les déstabiliser et les discréditer.

Dans un tel contexte, il va falloir faire preuve de pédagogie et de force de conviction pour rallier nos partenaires européens et prendre en commun des mesures concrètes et courageuses face aux trois acteurs évoqués. Le numérique est marqué par une forte asymétrie qui permet à un « petit » de challenger ou perturber un « grand », ce qui ouvre depuis quelques années la voie à des ingérences en provenance d’autres nations ou partenaires.




Commémoration du combat de Camerone (1863) : le colonel Grué, officier de légion et de renseignement mis à l’honneur

Il y a 70 ans, Diên Biên Phu tombait après un affrontement dantesque où la fatigue, la boue, le sang, la mort mais aussi la fraternité d’armes étaient quotidiens. La chute du camp retranché sonnait le glas de la présence française en Indochine où la Légion était présente depuis 1883. Ils sont moins d’une soixantaine de survivants aujourd’hui. Ils étaient soixante-trois à Camerone. Tous se sont battus, fidèles à leur serment de servir la France, jusqu’au bout, à tout prix.

Les survivants valides et disponibles de l’Indochine seront à Aubagne, au pied du monument aux morts pour honorer la mémoire des héros de Camerone et celle des 12 602 officiers, sous-officiers et légionnaires tombés en Indochine. Entourés de la Légion d’active, des régiments et bataillons de Légion ayant combattu à Diên Biên Phu, le colonel Bernard Grué remontera la voie sacrée en portant la relique de la main du capitaine Danjou. Il représentera l’ensemble de ses frères d’armes

Commentaire AASSDN : Tous les ans, partout dans le monde les Légionnaires et les Anciens célèbrent le 30 avril la grande fête de la Légion. C’est la date anniversaire du combat légendaire et exemplaire de Camerone, qui s’est déroulé le 30 avril 1863 au Mexique. Ce combat symbolise l’accomplissement de la mission confiée, quelles que soient sa nature et le lieu, jusqu’au sacrifice de sa vie. C’est aussi l’expression la plus haute de la fidélité à la parole donnée et de la cohésion de cette troupe unique au monde, exemple du génie français, qui compte des hommes venus de 150 pays.

Le colonel Grué a eu l’immense honneur de servir la Légion en Indochine. Il y eut un comportement héroïque au combat au cours duquel il a été grièvement blessé et capturé. Il a survécu à 4 ans d’une terrible captivité dans le camp de rééducation communiste vietminh n° 1. Il y montra une capacité de résistance notamment psychologique, hors du commun.

Ses remarquables aptitudes intellectuelles le conduisirent à continuer à servir la France comme officier de Renseignement notamment dans des pays qui font aujourd’hui la une de l’actualité : l’Iran et la Russie. Ce soldat exceptionnel a écrit ses souvenirs riches d’enseignement dans 2 ouvrages :
« l’espoir meurt en dernier » : guerre et captivité en Indochine avec la Légion étrangère 1949 – 1954 (Ed. Rocher) « Aventure en Iran et guerre en Algérie » 1954 – 1967 (Ed ; L’Harmattan)

L’engagement au service de la France

Bernard Grué voit le jour le 24 décembre 1924 à Bordeaux. Engagé volontaire devant l’intendant militaire de Coëtquidan au titre de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr le 28 novembre 1945. Affecté au centre d’instruction d’Angers, il rejoint le camp du Ruchard le 15 décembre 1945. Conformément aux directives du Général de Lattre de Tassigny, qui prévoyait que les saint-cyriens devaient obligatoirement au préalable faire un stage dans la troupe comme sous-officier, il est nommé au grade de sergent le 15 mars 1946. Il est affecté au 99e bataillon

d’infanterie alpine à Bourg-Saint-Maurice, en Tarentaise le 15 avril 1946. Le 1er août 1946, il est affecté au 92e régiment d’infanterie au camp d’Opme, près de Clermont-Ferrand.

Admis aux cours de l’école spéciale militaire interarmes, il rejoint Coëtquidan en Bretagne le 16 janvier 1947. Ayant satisfait aux épreuves de l’examen de sortie, il fait le choix de l’infanterie métropolitaine. De novembre 1947 à février 1948, il est détaché au 7e régiment de tirailleurs algériens en Allemagne où il est promu sergent-chef le 1er décembre 1947 avant de rejoindre l’école d’application de l’infanterie au camp d’Auvours dans la Sarthe le 16 février 1948.

A l’issue de sa formation, il choisit la Légion Etrangère et est affecté au Dépôt commun des régiments étrangers en Algérie. Il embarque à Toulon le 18 novembre, débarque à Oran le lendemain et est présent à Sidi Bel Abbès le 20 novembre 1948. Il est affecté au groupement d’instruction motorisé en qualité de chef de peloton.

L’Indochine : les combats et le camp de rééducation N°1

Le 22 mai 1949, il embarque à bord du SS Pasteur à destination de l’Extrême-Orient. Il débarque à Saigon le 7 juin où il est affecté au 3e régiment étranger d’infanterie. Il prend alors le commandement du poste 41 situé à une vingtaine de kilomètres au sud de That-Khê, sur une portion de la RC4. Il est nommé au grade de lieutenant le 1er octobre 1949.

Les 16 et 17 septembre 1950 à Dong Khe, le lieutenant Grué est à la manœuvre sur la défense de son point d’appui fortement attaqué par un adversaire très supérieur en nombre et en moyens, se battant pied à pied avec un acharnement admirable, infligeant de lourdes pertes aux rebelles. Le 17 au matin, alors que l’adversaire a pris pied dans la citadelle, Grué, en se précipitant au canon de 57, servant lui-même cette arme, repousse l’assaut par un tir meurtrier à bout portant qui provoque un repli désordonné des rebelles, laissant sur place une dizaine de cadavres. Le 18 au matin, sa position est écrasée par l’artillerie et cernée de toutes parts, il lutte jusqu’au corps à corps, puis, blessé, il perd connaissance et est capturé par l’adversaire.

Durant quatre ans, de septembre 1950 à août 1954, le lieutenant Grué est interné au camp n°1. Libéré le 28 août 1954, il est rapatrié sanitaire. Il quitte Saigon le 10 septembre et débarque à Marseille le 4 octobre. Evacué sur l’hôpital du val-de-Grâce à Paris, il bénéficie de congés de convalescence et de fin de campagne jusqu’à la fin mars 1955.

L’officier de renseignement

Désigné pour suivre une formation d’officier spécialisé dans les questions d’Orient et du Moyen-Orient, il est affecté à l’état-major des forces armées à Paris en novembre 1955. Diplômé des langues orientales en Persan, puis breveté de l’enseignement militaire supérieur, il part comme capitaine en Algérie d’où il revient pour intégrer le centre militaire d’études slaves puis pour suivre les cours de l’Ecole de guerre iranienne à Téhéran. De 1968 à 1971, il est attaché militaire adjoint à Moscou, de 1972 à 1974, il commande le 46e régiment d’infanterie à Berlin, puis il prend la direction du renseignement au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) à Paris.

La vie civile et familiale

Il quitte l’armée en 1978 avec le grade de colonel et fera une seconde carrière dans un grand groupe pharmaceutique.

Il est marié depuis 70 ans cette année à Marie-Odile, qui l’a attendu pendant sa captivité. Il est père de trois enfants, Christine, Philippe et Anne-Marie, baptisée du nom du chant bien connu du 3e REI.

Le colonel Bernard Grué est Grand officier de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite et titulaire de la croix de Guerre des théâtres d’opération extérieures avec une palme et deux étoiles de bronze, de la médaille coloniale et de la croix de la Valeur militaire.

A lire :

« Aventure en Iran et guerre en Algérie » 1954 – 1967 (Ed ; L’Harmattan)

« l’espoir meurt en dernier » : guerre et captivité en Indochine avec la Légion étrangère 1949 – 1954 (Ed. Rocher)




De nouvelles capacités de dissuasion conventionnelle pour la France

Le 18 avril 2024, la frégate multi-missions Aquitaine et un sous-marin nucléaire d’attaque de classe Suffren ont effectué pour la première fois un double tir simultané de missiles de croisière navals, atteignant avec succès une cible terrestre sur le site des Landes de DGA Essais de missiles.

Commentaire de l’AASSDN : Une nouvelle fois, la France confirme son excellence notamment dans les domaines des missiles (de croisière) et dans celui des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire (SNA). Ces derniers semblent s’imposent comme les bâtiments stratégiques prioritaires de la Marine nationale en raison de leur autonomie (plusieurs mois sans ravitaillement), leur discrétion ainsi que de la puissance et de la précision de leur armement (contre des objectifs maritimes et terrestres) . Ces 2 types de bâtiments (FREMM et SNA) équipés de missiles de croisière donnent à la France en complément des Rafale équipés de missiles SCALP, des capacités de rétorsion et de dissuasion conventionnelles.
Ces missiles de croisière s’appuient sur les capacités d’observation spatiale dont dispose, en toute indépendance, notre pays. Ces capacités (renseignement, missiles, frégates, sous-marins nucléaires d’attaque,…) de haute technologie pourraient constituer une part essentielle de la contribution de notre pays à la défense de l’Europe, le jour où tout ou partie des nations européennes souhaiteront assurer leur défense sans dépendre de l’accord des américains. Elles contribuent également à la défense et à la surveillance de notre espace maritime qui est le deuxième du monde. En poursuivant le développement de nos armements de ces domaines d’excellence, la France contribue à renforcer son indépendance stratégique en matière de Défense.

La Marine nationale a effectué pour la première fois un double-tir simultané de missile de croisière naval

La Frégate multi-missions (FREMM) Aquitaine, positionnée au large de Quimper, et un Sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de classe Suffren, au large de Biscarrosse, ont conduit pour la première fois, le 18 avril 2024, un double tir simultané d’entrainement du Missile de croisière naval (MdCN).
Ce tir a permis de traiter avec succès une cible terrestre, située sur le site des Landes de DGA Essais de missiles. Les deux missiles ont atteint leur cible en parfaite synchronisation.
Ce tir de munitions complexes a été réalisé grâce à l’expertise de la Marine nationale et de la DGA, qui a coordonné la préparation, avec le concours de MBDA. DGA Essais de missiles a assuré la conduite d’ensemble de l’opération, la mise en œuvre de la cible ainsi que la sécurité des biens et des personnes sur la zone d’exercice.
Réalisé dans des dispositions matérielles et humaines identiques à celles prévalant en opération, ce tir ambitieux a permis de renforcer le savoir-faire opérationnel des équipages de la Marine nationale, en mettant en œuvre une séquence particulièrement complexe.
Les enseignements tactiques et techniques de ce tir sont multiples et contribueront à développer les aptitudes au combat de nos marins, dans le cadre de la préparation opérationnelle à la haute intensité initiée par la Marine nationale.

Focus sur le Missile de croisière naval :
Dérivé et complémentaire du missile de croisière air-sol SCALP-EG mis en œuvre par les Mirage 2000D et les Rafale de l’armée de l’Air et de l’Espace et du Groupe aéronaval (GAN) de la Marine nationale, le Missile de croisière naval (MdCN) permet à la Marine nationale de conduire des opérations vers la terre en disposant d’une capacité de frappe dans la profondeur depuis les Frégates multi-missions (FREMM) et les Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de classe Suffren.

Source :
Media@dicod.fr
sirpa-marine.relation-presse.fct@intradef.gouv.fr




Rwanda: désinformer les Français, culpabiliser la France

Suite aux propos du Président de la République française : Emmanuel Macron indiquant que « La France aurait pu arrêter le génocide avec ses alliés occidentaux et africains mais n’en a pas eu la volonté », le Général Jean Claude Lafourcade, commandant l’opération Turquoise au Rwanda témoigner que la France a eu la volonté de rétablir la paix et d’arrêter le génocide au Rwanda. De son côté Bernard Lugan, l’un des meilleurs africanistes français rappelle le déroulement exact des événements.

Commentaire AASSDN : Dans les deux articles ci-dessous, le général Jean Claude Lafourcade, commandant l’opération Turquoise au Rwanda et Bernard Lugan, l’un des meilleurs africanistes français grand connaisseur du Rwanda, rappellent avec précision l’ensemble des évènements et les décisions prises par la France, l’ONU et les “alliés” anglo-saxons dans les semaines qui précédèrent le génocide.

Les faits tels qu’ils se sont déroulés, font apparaître très clairement que notre pays a été le seul à tenter de s’opposer aux massacres, mais comme le rappelle le général Lecointre dans son livre c’était difficile. Ils révèlent aussi une étonnante convergence entre les anglo saxons , le général canadien Allaire alors commandant desfroces de l’ONu et paul Kagamé , chef du FPR. Depuis 30 ans, ce dernier devenu président du Rwanda tient son pays d’une main de fer et pille le Kivu province orientale de République démocratique du Congo et particulièrement riche en minerais stratégiques, au plus grand profit de ses alliés anglo-saxons. Une fois de plus, une analyse incomplète des faits, le rapport Duclert n’a utilisé que les archives françaises, et une compréhension superficielle de l’enchainement des évènements conduit les dirigeants français actuels à culpabiliser la France alors qu’elle a été la seule puissance à avoir engagé ses soldats pour tenter de limiter les massacres. Ce narratif erroné sur le Rwanda, repris par les plus hautes autorités de l’Etat contribue à décrédibiliser donc la France et son armée ainsi qu’ à affaiblir son influence dans le monde. Ces évènements et leur interprétation erronée rappellent que le terme d'”alliés” n’est en aucun cas synonyme d’amis mais bien de pays avec lesquels la France est en compétition. L’affaire des sous-marins avec l’Australie en a été un épisode particulièrement significatif. En refusant le montage d’un récit médiatique mensonger qui met en cause la France, l’AASSDN dénonce et s’oppose aux opérations de désinformation pour œuvrer à la défense les intérêts fondamentaux de la Nation.

Mise au point du Général Jean Claude Lafourcade suite à la déclaration du Président Macron du 4 avril 2024

« La France aurait pu arrêter le génocide avec ses alliés occidentaux et africains mais n’en a pas eu la volonté » (Président de la République française : Emmanuel Macron)

En tant qu’ancien commandant de l’opération Turquoise je peux témoigner que la France a eu la volonté de rétablir la paix et d’arrêter le génocide au Rwanda.

Dès le début de l’agression du Rwanda par le front patriotique rwandais (FPR) tutsi, le président Mitterrand a eu la volonté constante de rétablir la paix et de mettre fin au conflit en imposant des négociations au président Hutu Habyarimana. Les accords d’Arusha en 1993 ont permis d’arrêter les combats et d’instituer un partage du pouvoir avec l’installation d’un bataillon du FPR à Kigali.

Une force de l’Onu de 2 500 hommes, la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar), a été mise en place pour contrôler ces accords. Tous les soldats français ont alors quitté le Rwanda.

L’attentat sur l’avion du Président rwandais le 6 avril 1994 a été l’événement déclencheur des massacres et du génocide. L’ONU, sous la pression des occidentaux et du FPR, a alors inexplicablement retiré l’essentiel des troupes de la Minuar alors qu’elle aurait pu arrêter les massacres. Comment ne pas penser que les Américains et les Britanniques voulaient laisser le champ libre à Kagame dans sa conquête du pouvoir. En effet ces occidentaux, lorsque les massacres ont pris de l’ampleur, ont refusé d’intervenir. C’est la France la première qui, dès le mois de mai, reconnait un génocide et décide d’une intervention avec la Force Turquoise sous mandat de l’ONU malgré l’opposition du FPR et de la Minuar. Aucun de ses « alliés occidentaux » ne s’est joint à elle.

L’opération Turquoise a été la manifestation de la volonté de la France d’arrêter le génocide et le nier n’est pas acceptable pour les soldats qui ont rempli cette mission difficile avec courage et honneur. Mais les blocages des Américains à l’Onu n’ont permis l’intervention Turquoise qu’au mois de juin, laquelle, bien que tardive, a arrêté le génocide et sauvé plus de 15 000 vies rwandaises.

Pourquoi refuse-t-on de s’interroger sur l’absence de volonté des occidentaux d’arrêter le génocide ?

Général (2S) Jean Claude LAFOURCADE Lille le 5 avril, 2024


Article de Bernard LUGAN : Qui sont les vrais responsables du génocide rwandais ?

Monsieur le président Macron, en avril 1994, c’était aux 2 539 soldats de l’ONU commandés par général canadien Roméo Dallaire de s’opposer au génocide…Non aux forces françaises qui avaient quitté le Rwanda depuis le mois d’octobre 1993…

La seule question qui se pose est en effet celle de la responsabilité de l’ONU. Pourquoi le général Roméo Dallaire qui avait tous les moyens de le faire, ne fit-il rien de sérieux pour empêcher le génocide ?

Devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), loin du héros médiatique, « capitaine courageux » face à l’indicible génocidaire, c’est tout au contraire le portrait d’un homme désemparé qui est ressorti des longues audiences. Ses fautes de commandement, ses atermoiements, ses hésitations, son absence de décision sur le terrain ainsi que ses initiatives politiques aberrantes, et parfois même incohérentes, prises en violation de la chaîne de commandement de l’ONU, font que nous sommes désormais devant l’alternative suivante :
– Soit le général Dallaire commandant des Forces de la Mission d’assistance des Nations Unies au Rwanda fut dépassé par les évènements.
– Soit, comme l’a écrit son supérieur, M. Booh-Booh[1][1], il avait reçu pour ordre de faire gagner le général Kagamé et le FPR[1][2].
 
En application des accords de paix d’Arusha, l’ONU devait en effet garantir la Transition démocratique. La Résolution 872 (1993) du Conseil de Sécurité du 5 octobre 1993 porta ainsi création de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR).
Le chef de cette mission était M. Jacques Roger Booh-Booh, nommé Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Rwanda. Il avait sous ses ordres le général canadien Roméo Dallaire qui était le chef militaire de la mission. Or, ce dernier était un officier qui n’avait aucune expérience du commandement opérationnel. De plus, il ne connaissait rien de l’Afrique.
 
Après l’attentat du 6 avril 1994, le général Dallaire ne fit rien pour s’opposer à la reprise des hostilités par les forces du général Kagame.
Alors qu’il se devait de sécuriser au moyen de ses 2 539 hommes et de ses blindés, l’axe menant du centre-ville de Kigali à l’aéroport, au lieu de montrer sa force, il la replia tout au contraire dès la nuit du 6 au 7 avril, en commençant par abandonner cet axe vital pourtant sous sa garde et que le FPR coupa…
Plus largement, dès la reprise des hostilités, le général Dallaire aurait dû imposer un couvre-feu et déclarer qu’il ferait tirer sur quiconque le violerait. Le général Kagamé aurait alors hésité à lancer son offensive. Avec la compagnie para-commando belge, il disposait d’une excellente unité qui pouvait sans problèmes majeurs remplir une telle mission. Il lui aurait également fallu, avec ses blindés, occuper en ville les points stratégiques dont la tenue aurait freiné l’extension des massacres et des débordements, ce qu’il n’a pas davantage fait.
 
Le 7 avril, quand le FPR eut unilatéralement rouvert les hostilités, le général Dallaire ne condamna pas cette violation gravissime des accords d’Arusha. Encore plus insolite, au lieu d’agir sur la partie qui avait déclenché la reprise de la guerre, il somma au contraire les forces gouvernementales de rester dans le cadre des Accords d’Arusha, leur interdisant de fait de simplement se défendre.
 
Les manquements du général Dallaire qui présida au plus grand échec militaire de l’ONU depuis sa création sont à ce point nombreux qu’il est licite de demander si une telle incompétence est concevable chez un officier général, ou si l’explication de tels errements ne se trouve pas dans l’hypothèse de M. Booh-Booh, à savoir la « connivence » avec le général Kagamé.
 
Ce général canadien aurait-il donc été nommé à la tête de la MINUAR afin de permettre la réalisation du plan américain visant à évincer la France du Rwanda puis du Zaïre, et pouvoir faire main basse sur les richesses du Kivu ?
 
Page 123 de son livre qui a pour sous-titre éloquent Révélations sur les dérives d’un général de l’ONU au Rwanda, J.R. Booh-Booh qui était donc le supérieur hiérarchique de Roméo Dallaire écrit ainsi sans détours que :
 
« Dallaire n’était pas neutre : il était plutôt de connivence avec le FPR. Voilà la clé qui permet de comprendre cette situation ».
 
Tant que François Mitterrand eut la capacité de gouverner, ce plan anglo-saxon fut mis en échec. Mais, après les élections législatives de 1993, et la « cohabitation » qui s’en suivit, le suivisme atlantiste des dirigeants français fit que tout fut bouleversé.
Ces évènements provoquèrent même une totale redistribution des cartes en Afrique centrale au profit du Rwanda, principal allié de Washington qui reçut un blanc-seing pour mettre l’est de la RDC (l’ex-Zaïre), à savoir le Kivu, en coupe réglée.
 
Monsieur le président Macron étiez-vous informé de cela, avant de faire porter la responsabilité des évènements sur votre propre pays et sur son armée… ?

Bernard LUGAN
Afrique réelle
https://bernardlugan.blogspot.com/

 [1] Booh-Booh, P-R., (2005) Le patron de Dallaire parle. Révélations sur les dérives d’un général de l’ONU au Rwanda. Paris.
[2] Pour tous les détails concernant l’attitude et les responsabilités du général Dallaire, on se reportera au chapitre VIII du livre « Rwanda, un génocide en questions »