Souveraineté nationale : Le piège politique de l’autonomie corse

La question corse, crise nationale

Adresse aux Parlementaires appelés à se prononcer sur l’autonomie de la Corse.

Depuis plus d’un demi siècle, un mouvement séparatiste corse trouble la vie politique du pays dans une atmosphère de Munich permanent, scandée par des flambées de violence culminant dans l’assassinat d’un préfet. En réponse, une succession de statuts particuliers de la Corse ont conduit à celui en vigueur de la Collectivité Territoriale de Corse, (CDC), dotée de larges pouvoirs dérogatoires. Mais l’engrenage des revendications ne s’est pas pour autant arrêté, aboutissant au projet en débat aujourd’hui, dit « processus de Beauvau », prônant une « autonomie de plein droit et de plein exercice », avec de surcroît un pouvoir législatif. Un Congrès du Parlement est appelé à se prononcer à une majorité des trois cinquièmes pour l’inscrire dans la Constitution.

Après un rappel succinct de la francité de la Corse, nous dénoncerons la nocivité de l’autonomie, et proposerons une sortie de crise par le haut.

Dans le cadre restreint de cette tribune, nous irons à l’essentiel sans tourner autour du pot dans ce débat engageant l’avenir du pays.

La francité de la Corse

Avant Nice et la Savoie, la Corse est française depuis le 30 novembre 1789, à la demande de ses députés à l’Assemblée Constituante l’accordant à l’unanimité dans l’euphorie d’une séance historique.

Au fil du temps, la Corse est ensuite devenue consubstantielle à la France.

D’abord par l’Histoire, à coups d’Empires, les deux napoléoniens et l’empire colonial, au sein duquel les Corses ont joué un rôle éminent dont a témoigné le grand Lyautey.

Consubstantielle à la France, ensuite, par le sang abondamment versé sans broncher sur tous les champs de bataille, au coude à coude patriotique avec tous les autres Français.

Consubstantielle encore par le sang mêlé. On ne compte plus les mariages mixtes Corses-Continentaux, comme l’atteste l’état civil.

Consubstantielle, enfin, par l’extraordinaire implication des Insulaires dans les affaires de la France, au point que d’aucuns ont insinué une colonisation occulte du pays. Paris et Marseille sont les deux plus grandes villes corses. Paris eut longtemps un maire insulaire. Jusqu’à nos jours, tout gouvernement a eu à cœur de comporter au moins un ministre corse.

Ajoutons la contribution reconnue des Corses au rayonnement de la France dans le monde, jusqu’à donner deux présidents de la république au Venezuela, après avoir autrefois longtemps armé la Garde pontificale de Rome. Dans les capitales de nos anciennes colonies, de puissantes amicales corses ont longtemps exercé leur forte influence locale, foi de témoin.

La francité de la Corse a connu son apothéose avec le sublime serment de Bastia, prononcé en 1939 en réplique aux visées annexionnistes de Mussolini : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français! ».

Comment expliquer alors que nombre de Corses renient aujourd’hui la parole de leurs pères ? La réponse est complexe mais relève pour l’essentiel de la psychanalyse.

« Lorsque les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » a écrit Rivarol. D’une intransigeante fierté, le Corse vénère la grandeur et méprise la faiblesse. Il avait trouvé l’épanouissement du destin de son île vénérée dans la Grande France initiée par Napoléon. Hélas, trois fois hélas, l’humiliant désastre militaire de 1940, plus dévastateur au plan psychologique que matériel, mit fin à une admiration passionnée et acta en fait dans les esprits la naissance du séparatisme insulaire. Le fossé ne cessa ensuite de se creuser au fil du déclassement ininterrompu de la France.

Puis le séparatisme fit tâche d’huile dans une proportion que l’on s’est toujours étrangement gardé de mesurer directement dans les urnes.

Circonstance aggravante, très engagés dans la colonisation les Corses ont été des victimes collatérales de la décolonisation. Sevrés de leur exutoire mondial, nombre d’entre eux en ont ressenti une amère nostalgie. L’esprit conquérant d’antan a dégénéré en mentalité casanière.

Puis, l’arrivée massive des Pieds Noirs en 1962, auxquels fut consentie une aide généreuse, provoqua un sentiment de frustration, voire de spoliation.

Et horreur et damnation aujourd’hui, une forte immigration, principalement continentale, s’ajoutant à une dénatalité record, vient de rendre minoritaires sur leur sol les intransigeants insulaires de souche. C’est ainsi que nombre d’entre eux ont poussé leur rancœur jusqu’à la haine de la France, « I francesi fora » ! ( Les Français dehors ! ).

A l’ouverture du débat institutionnel sur la Corse au Parlement, la question fondamentale qui vaille est celle de la pertinence de l’autonomie de l’île comme solution à son particularisme et à ses graves problèmes. Nous avons la conviction que cette solution est néfaste et qu’il y a beaucoup mieux à faire.

L’autonomie, archétype de la fausse bonne idée.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots », selon Platon.

Il faut d’abord faire litière du dogme de l’insularité synonyme d’autonomie. L’insularité n’est qu’une donnée géographique ne conditionnant en rien le statut politique des habitants qui ne relève que de leur seul choix, comme en témoignent maints exemples dans le monde, dont le département français de Mayotte. En revanche, l’insularité oblige l’État à instaurer des mesures de « continuité territoriale » en compensation du handicap géographique. Force est d’admettre que jusqu’ici elles n’ont jamais été à la hauteur des besoins, contribuant à attiser les rancœurs contre l’État, faute politique à ne plus commettre.

La comparaison avec les îles italiennes autonomes voisines est fallacieuse. Séquelles des anciens royaumes absolus de Piémont-Sardaigne, de Naples et des Deux-Siciles, la conservation pour ces îles d’une autonomie de gestion lors de l’éclatement des monarchies impliquées était une nécessité indiscutable. Elles conservent d’ailleurs la nostalgie de l’indépendance d’antan.

Il importe ensuite, et surtout, de s’interroger sur la validité du projet de Beauvau.

Il est d’abord démocratiquement contestable. Initiateur et porteur du projet, le Conseil exécutif de Corse s’est bien gardé, allez savoir pourquoi, de solliciter l’onction de la population insulaire dans cette entreprise engageant pourtant son destin! Il ne peut arguer d’un empêchement constitutionnel de la consultation en raison de la jurisprudence du référendum local de 2003 relatif à la fusion des deux département de Corse, dont le verdict n’a d’ailleurs pas été respecté. Il a abusivement spéculé sur son prétendu triomphe électoral l’ayant porté au pouvoir en 2021. Mais ce résultat n’est qu’un trompe-l’œil à l’examen objectif des chiffres officiels de la consultation. Les Autonomistes et Indépendantistes ont bien totalisé 67,97 % des suffrages exprimés, mais l’exceptionnelle abstention de 41,09 %, qui en dit long par elle-même, plus les 3,2 % de bulletins blancs et nuls, rabaissent le résultat à 40,04 % du corps électoral, très loin de l’indispensable majorité populaire pour un choix de destin. Il y a donc en fait une usurpation du pouvoir constituant, que nous avons entendu un humoriste qualifier d’exercice illégal de la politique.

Comble de mépris démocratique, la prévision dans le projet Beauvau d’un référendum local après adoption du Parlement est d’avance ressentie comme un humiliant placement des Insulaires devant le fait accompli.

Une et indivisible, la République n’admet pas d’y avoir un pied dedans et un pied dehors. La revendication de l’autonomie s’apparente en fait à une demande de privatisation politique de l’île de beauté, promise à une mafia aux aguets prête à la transformer en république bananière. La récente prise de conscience locale de la puissance de cette pieuvre conquérante s’est  concrétisée par la fondation

courageuse, non pas seulement d’une, mais de deux associations anti-mafia. Alors est-il bien raisonnable de se priver de la pleine autorité régalienne de l’État pour terrasser la bête immonde ?

Autre argument majeur contre l’autonomie, le droit à la différence appelle inéluctablement une différence des droits. Avec l’autonomie, la Corse, région la plus pauvre de France, perdrait l’assurance tous risques de sa vitale solidarité nationale, coupant ainsi d’elle-même la branche sur laquelle elle est assise !

Mais c’est sans doute au plan national que l’autonomie de la Corse pourrait révéler ses effets les plus pervers. L’inéluctable contagion à d’autres régions, déjà sur les rangs, dynamiterait l’unité du pays qui retournerait alors aux provinces du Moyen-Age. Que l’on sache, la Constitution de la France n’a pas du tout vocation à la transformer en auberge espagnole ouverte aux quatre vents des égoïsmes provinciaux.

Rappelons que la France est le sublime aboutissement de quinze siècles d’un subtil assemblage de provinces toutes fières de leurs particularismes. Le contexte religieux ayant présidé à l’accomplissement de ce chef d’œuvre historique autorise l’allégorie d’une France-Chapelet, dont les grains constitueraient les multiples terroirs du pays et le cordon les reliant l’unité de la Nation. Un seul grain s’en échappant, tout le chapelet se déviderait. C’est ainsi que par contagion l’autonomie de la Corse menacerait la sacro-sainte survie de la France en tant que Nation.

Pour toutes ces raisons s’ajoutant au vice démocratique d’origine du projet Beauvau, le Congrès du Parlement doit impérativement le rejeter en cas de procédure allant à son terme.

Pour autant, on ne sera pas sorti de l’auberge. C’est au plan national que se pose en réalité la seule question qui vaille. Aujourd’hui toutes les régions aspirent à une émancipation administrative, en remplacement d’un centralisme autrefois fédérateur mais devenu entravant. Place à l’esprit girondin ! S’impose d’évidence la vigoureuse relance d’une décentralisation authentique sans compromis frileux.

La régionalisation de la France

La grande question politique du moment ne doit plus concerner un énième statut particulier de la Corse mais porter sur un nouveau statut général de la France. Il importe de procéder à un profond aggiornamento de son administration générale par stricte application du principe de subsidiarité, cette sorte de pierre philosophale de l’harmonie des relations humaines. En bref, ce qui peut être décidé à un niveau hiérarchique donné ne doit plus l’être à un tout autre échelon. Des énergies en jachère seront ainsi libérées dans l’intérêt général.

L’ensemble des Régions du pays doivent accéder à leur autogestion administrative, à l’exclusion bien évidemment des fonctions régaliennes, apanage inaliénable de l’État qui doit rester le gardien intransigeant du temple national. Dans ce creuset refondé d’une France revigorée, les fières et riches identités régionales pourront pleinement s’épanouir avec la garantie de l’État. De son côté, ce dernier doit saisir cette redistribution des pouvoirs pour affermir son autorité locale de contrôle, de péréquation et d’arbitrage. Il s’agira ainsi d’une sorte d’autonomie pour tous, mais dans la Liberté, l’Égalité et la Fraternité républicaines.

Cette espèce de révolution culturelle ne va pas manquer de rencontrer d’opiniâtres résistances. Il faudra certainement en passer par un référendum national donnant enfin aux Corses l’occasion de se prononcer directement sur leur destin. En raison de leur acquis ils devront bénéficier en la circonstance de la dérogation d’un choix entre trois options : l’adhésion, le statut quo ou un rejet qui acterait alors leur sortie définitive de la République. A eux de prendre toutes leurs responsabilités en connaissance de cause!

En définitive, honorables Parlementaires, vous êtes conviés à un rendez-vous de majesté avec la France. Vous avez une ardente obligation de vous montrer à la hauteur !

Michel FRANCESCHI




Armement : Washington renforce sa suzeraineté européenne

Le réarmement de l’Allemagne
renforce la suzeraineté américaine sur l’Europe

Washington veut accélérer son retrait militaire de l’Europe pour se redéployer en Asie-Pacifique. L’Allemagne est en première ligne car elle abrite plus de 35000 militaires américains sur son sol. Berlin a d’ailleurs publié sa stratégie de défense visant à devenir la première puissance militaire conventionnelle du continent dès 2035. C’est la domination annoncée du premier vassal des Etats-Unis.

La tension entre Donald Trump et ses alliés de l’OTAN semble à son comble. Le Président américain n’a pas caché son intention de désengager ses forces du « vieux continent » pour les redéployer vers la Pacifique. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les pays de l’UE et leur voisin britannique se retrouvent démunis après avoir désinvesti dans leurs forces de défense depuis la fin de la Guerre froide. Donald Trump vient d’annoncer le retrait de 5000 soldats (près de 14% du total) dans les mois qui viennent. Il a présenté cette décision comme une mesure de rétorsion contre le Chancelier Merz – trop critique à ses yeux de l’offensive contre l’Iran. Le locataire de la Maison Blanche a d’ailleurs promis que d’autres bases américaines en Italie et en Espagne allaient subir des retraits. L’OTAN est même visée car Donald Trump maintient qu’il doute de l’intérêt pour son pays d’y rester… Et que les Européens doivent « apprendre à se défendre tout seuls ».

Plus de 80 ans se sont écoulés depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et l’annonce d’un réarmement important de l’Allemagne est – dans ce contexte – présentée comme la promesse d’une Europe plus forte. Le mois dernier a en effet marqué un tournant : c’est la première fois depuis la défaite de l’Allemagne nazie que Boris Pistorius (actuel ministre de la Défense) a présenté une « stratégie de défense » officielle. Les ambitions sont claires : la Bundeswehr doit devenir la première puissance militaire du continent dès 2035 en ce qui concerne les armes conventionnelles. Et accéder à une position dominante en 2039 dans la production de technologies avancées de défense… Les moyens ? Un investissement massif dans les missiles, un déploiement de l’IA pour les capacités militaires et l’augmentation des effectifs pour atteindre 460000 militaires en incluant les réserves (près de 20% de plus qu’aujourd’hui). Les armées françaises comptent – à titre de comparaison – 310000 personnels mobilisables. Le rôle des réserves est mis en avant comme un pont avec la société civile : c’est bien une remilitarisation du pays, un tournant majeur de l’histoire allemande moderne.

Les réactions à cette stratégie officielle ont été diamétralement opposées. D’un côté, d’aucuns saluent le sens des responsabilités de Berlin pour préparer le désengagement annoncé des Américains. D’autres s’inquiètent d’un retour au nationalisme en Allemagne qui serait renforcé par une puissance militaire retrouvée. La lecture attentive du document présenté par Pistorius semble pourtant tracer les contours d’une stratégie bien différente. Loin d’être le signe d’un renforcement de l’indépendance européenne ni d’un retour des années les plus sombres du XXème siècle – l’Allemagne cherche à imposer sa position de « premier vassal » du suzerain américain. Une phrase l’indique clairement : « L’OTAN doit devenir plus européenne pour rester transatlantique. » Berlin vise à devenir le centre névralgique de l’alliance, un « hub » logistique et stratégique au centre du continent tout en maintenant un lien fort avec les États-Unis. En d’autres termes : l’Allemagne se réarme pour consolider l’hégémonie américaine sur l’Europe.

Cette stratégie est parfaitement en ligne avec la vision de l’administration Trump vers un « OTAN 3.0 » selon le commentaire d’Elbridge Colby – le sous-secrétaire d’État à la Défense. Le Département de la Guerre américain a d’ailleurs annoncé travailler avec les Allemands pour soutenir cet effort. Nul doute que les commandes vont pleuvoir au profit du complexe militaro-industriel américain… Et une Allemagne bien armée doit permettre aux forces U.S. de se redéployer en Asie.

L’U.E. et son voisin britannique semblent tout faire pour maintenir leur position de vassaux face à Washington. Si les pays européens reconnaissent qu’il leur faut rattraper le désarmement irresponsable des dernières décennies, ils font preuve de zèle pour conserver les bonnes grâces de Washington. Malgré une situation économique très délicate, l’U.E. a approuvé un prêt énorme de 90 milliards d’euros au profit de l’Ukraine. L’objectif de Washington n’est pas tant de se désengager du « vieux continent » que d’imposer aux Européens un prix plus élevé pour leur « servitude volontaire ». De ce point de vue, la stratégie de Donald Trump s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs : détacher l’Europe de sa dépendance au gaz russe pour lui imposer son GNL (« gaz naturel liquéfié »). La stratégie de sécurité nationale U.S. publiée en novembre dernier le dit explicitement : la priorité absolue est d’assoir la domination américaine sur l’approvisionnement énergétique.

Les offensives menées contre le Vénézuéla et l’Iran s’inscrivent dans cette visée et la guerre qui s’éternise en Ukraine sert les intérêts de Washington puisqu’elle rend les Européens encore plus dépendants. La Russie est d’ailleurs désignée par les stratèges allemands comme la première menace. En attendant, le complexe militaro-industriel américain profite d’une manne provenant de 1300 contrats signés avec 32 membres de l’OTAN.

Ludovic LAVAUCELLE
Synthèse n°2697,
25/05/2026




Géopolitique : Chine – Etats-Unis, entre rivalité stratégique et cordialité forcée

A Pékin, Xi Jinping impérial accueille avec placidité
les vanités et la quête d’amitié de D.Trump

Du 13 au 15 mai D.Trump a effectué une visite d’État en Chine. C’était aussi la première d’un président américain, neuf années après celle qu’il avait lui-même effectuée en 2017.

Au milieu de la prolongation de la guerre en Iran, à qui la Chine apporte un soutien économique et stratégique par ses achats détournés de pétrole, ses ventes de pièces d’équipements antiaériens sous couvert d’exportations duales, et son système de guidage missiles Beidou, la rencontre a clairement consacré – c’était l’un des objets de l’appareil, à l’attention de l’opinion chinoise et mondiale -, l’accession de la Chine au statut d’égal des États-Unis.

Au moment même où Vladimir Poutine que Xi Jinping a déjà rencontré plus de 40 fois, est attendu en Chine sous peu, le faste officiel de l’accueil de D.Trump a eu lieu au son des 21 coups de canon protocolaires par des cérémonies officielles réglées au cordeau dans un Pékin déserté dont l’avenue Chang An et la place Tian An Men avaient été fermées au public hormis la petite cohorte d’étudiants convoqués pour agiter en cadence et en sautillant des drapeaux chinois et américains.

Avant de mesurer l’impact concret de la visite commencée dès Washington par une déclaration de D.Trump, ayant distillé une inquiétude à Taïwan en annonçant qu’il discuterait des ventes d’armes à l’Île avec Xi Jinping, il est utile de passer en revue l’évolution de la relation sino-américaine en même temps que la montée en puissance de la Chine depuis la rencontre en 1972, en plein chaos de la révolution cultuelle, entre Richard Nixon et Mao.

Visites en Chine des présidents américains depuis 1972

On se souvient de Gerald Ford en 1975 qui rencontra Mao déjà très malade et Deng Xiaoping, trois mois avant sa destitution par Mao en avril 1976 qui décéda lui-même cinq mois plus tard ; de Ronald Reagan en 1984, visite d’État à la fois empreinte de défiance anticommuniste et de pragmatisme ; de Georges H.W Bush en février 1989, quatre mois avant la répression de Tian An Men ;

De celle de Bill Clinton, – visite d’État vue par Washington comme « une réconciliation et une normalisation » en juillet 1998, près de dix ans après le massacre de Tian An Men et un an et demi après le décès de Deng Xiaoping, artisan de la modernisation sans la liberté et porteur, depuis la fin des années 70, de l’idée du « socialisme aux caractéristiques chinoises », d’ouverture économique et de strict contrôle politique du pays par l’appareil toujours en vigueur aujourd’hui ;

Rappelons encore les quatre visites de Georges W. Bush fils, la première en 2001 à Shanghai pour l’APEC ; et les trois autres à Pékin, en 2002 marquée par une rencontre avec le très pragmatique Premier ministre réformateur Zhu Rongji ; en 2005, avec Wen Jiabao, à la fois admirateur du grand réformateur Hu Yaobang, mais très prudent dans la mise en œuvre des réformes réelles ;

La dernière visite de Bush fils eut lieu en novembre 2008, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin où Bush fils rencontra à la fois le Président Hu Jintao et Vladimir Poutine. Onze ans après la disparition de Deng Xiaoping artisan de l’ouverture économie sévèrement contrôlée par l’appareil, le PIB de la Chine avait explosé à 4660 milliards de $, quarante fois celui de 1972.

Encore handicapée par de profondes inégalités, la vieille Chine impériale avait néanmoins commencé à secouer la gangue moyenâgeuse dans laquelle elle était restée en partie engluée, même après les révolutions de 1911 et 1949.

Au passage, moins de deux années auparavant, premier signal du rapprochement stratégique opportuniste sino-russe à venir après le traité de bon voisinage de 2001 entre Moscou et Pekin, Poutine avait, lors de son discours à la conférence de Munich, le 10 février 2007, déjà souligné à quel point, seize années après l’effondrement du pacte de Varsovie en juillet 1991, l’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est, constituait une menace pour Moscou.

Il oubliait cependant que les anciens pays d’Europe de l’Est avaient majoritairement voté pour se rapprocher de l’Ouest – Union européenne et OTAN – par une série de référendums et d’élections commencées en 1997 qui se succédèrent jusqu’en 2003.

En parallèle des trois visites de Barack Obama, a surgi la crainte d’une menace chinoise

En novembre 2009, à Shanghai et Pékin, Obama rencontra le Président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le très conservateur président de l’ANP Wu Banguo, grand adversaire politique du réformateur pragmatique de Zhu Rongji.

C’est à cette époque, que, même chez les plus sinophiles, l’œil bienveillant de Washington à l’égard de la croissance chinoise commença à évoluer vers la perception d’une menace.

En 2014, à Pékin au sommet de l’APEC qui fut un apaisement en trompe-l’œil, passant sous silence les points d’achoppement majeurs dans le Pacifique occidental, en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan, devenu aujourd’hui une « ligne rouge », brandie sans esprit de recul par Xi Jinping (Lire : https://www.questionchine.net/l-apaisement-de-l-apec-et-les-hesitations-du-destin).

Du 4 au 7 septembre 2016, à Hangzhou, lors des sommets simultanés de l’APEC et du G.20, où par contraste avec le faste officiel d’État déployé lors des visites de D.Trump en 2017 et 2026, l’appareil avait même omis de dérouler pour Obama le tapis rouge, contrairement au protocole officiel réservé aux autres invités.

Alors que le PIB de la Chine avait atteint 11 200 milliards de $, la mauvaise humeur de la partie chinoise réagissait à la campagne présidentielle américaine entre D.Trump et Hillary Clinton, marquée par de continuelles attaques contre la Chine qui heurtèrent la sensibilité nationaliste du public chinois.

Il s’agissait, entre autres, des accusations de manipulations de la monnaie, de l’impérialisme agressif de la marine chinoise en mer de Chine du sud et autour de Taïwan, de la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme ainsi que des nombreuses études sur la captation des secrets industriels qui provoquèrent un brutal recul de la bonne image de la Chine dans l’opinion américaine.

Enfin, alors que Joe Biden ne s’était rendu en Chine que lors de son mandat de vice-président, la dernière visite d’État d’un Président américain organisée avec faste fut celle de Trump, lors de son premier mandat du 8 au 10 novembre 2017.

Déjà, à cette époque, le Président américain en quête d’un « deal », avait adopté un ton de conciliation. Tranchant avec celui de la campagne, il avait couvert d’éloges le président chinois et, prenant à contrepied la plupart des commentateurs, il évita même de blâmer Pékin de tirer profit de son excédent commercial.

Quant à la Chine, elle avait promis d’abaisser ses droits de douane dans les secteurs bancaires, de l’assurance, de la finance et des véhicules automobiles.

*

Cette fois, en pleine guerre en Iran allié de la Chine qui donne à Pékin un puissant levier stratégique, après la violente guerre des droits de douane de l’été 2025, la riposte chinoise de l’embargo sur les Terres rares et les restrictions de Washington frappant les hautes technologies, alors que les deux en quête « d’un accommodement raisonnable » sont convaincus de l’urgence d’éviter une escalade catastrophique des tensions, le contraste était total entre les amabilités flatteuses des bonnes paroles de Trump et le réalisme distant de Xi Jinping.

Dissonances et ambiguïtés

Le 14 mai, le jour même du départ de Trump dans un Pékin noyé dans la brume de Chine du nord et vidé de sa population, après un thé privé organisé par Xi en majesté dans la « nouvelle cité interdite  » de Zhongnanhai, résidence opaque des dirigeants chinois depuis 1949 ,aux portes frappées de la calligraphie de Mao, « Wei Renmin Fuwu – 为人民服务- Pour servir le peuple » – à 500 m à l’ouest du Mausolée du Grand Dirigeant, eut lieu un exemple frappant des dissonances du voyage que Trump rêvait comme « l’occasion de retrouvailles entre deux vieux amis. »

L’appareil chinois est en effet resté muet après les déclarations de Trump à Fox News selon lesquelles Xi Jinping qui se serait engagé à ne pas fournir d’équipements militaires à l’Iran, aurait aussi proposé d’aider à dégager le détroit d’Ormuz.

En marge du dîner de gala, alors que Pékin et Washington étaient déjà tombés d’accord sur la nécessité de libérer détroit d’Ormuz, Wang Yi le ministre des Affaires étrangères assis à côté de son homologue Marco Rubio, avait au demeurant sèchement répété l’appréciation de l’appareil sur les responsabilités de l’Amérique.

Il l’a fait, sans cependant dire un mot ni de l’arrière-plan hautement déstabilisant pour la région et le monde du terrorisme de Téhéran, ni sur ses projets d’arme nucléaire et sur son ambition mortelle d’éradiquer Israël de la carte.

« Il faut instaurer un cessez-le-feu et mettre fin aux hostilités. La sagesse chinoise ancestrale nous enseigne que les armes sont des instruments redoutables et ne doivent pas être utilisées sans discernement. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est ravagé par les flammes ».

« Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu ; elle ne profite à personne. L’histoire du Moyen-Orient a toujours démontré au monde que la force n’apporte aucune solution et que les conflits armés ne font qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises. Une fois encore, la Chine appelle à un arrêt immédiat des opérations militaires afin d’éviter une escalade incontrôlée de la situation et d’empêcher que le conflit ne s’étende.  »

Une autre dissonance majeure est apparue dans le contraste des discours, au cours desquels Xi Jinping a, au passage, rappelé au président américain que son pays n’était indépendant que depuis 250 ans, quand l’histoire chinoise était vieille de 5000 ans.

Quand D. Trump ne tarissait pas d’éloges sur lui-même et sur son « ami Xi Jinping » qu’à la grande satisfaction du public chinois il qualifia, comme il le fit pour lui-même, de « Grand dirigeant  », le President chinois rappela les tensions et les risques de conflit.

Opportunément, il retourna comme une chaussette à l’intention de D.Trump, les inquiétudes du politologue américain Graham Allison qui, en 2017, mettait déjà en garde ses compatriotes contre l’obsession américaine de la compétition pour le magistère mondial et les risques d’un emballement fatal du « piège de Thucydide  » (https://www.questionchine.net/du-devisement-du-monde-au-piege-de-thucydide)

« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le « piège de Thucydide » “中美能不能跨越‘修昔底德陷阱et créer un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances 开创大国关系新范式 ? »

« Peuvent-ils se concentrer sur le bien-être des peuples des deux pays et sur l’avenir de l’humanité, 能不能著眼两国人民福祉和人类前途命运 et bâtir ensemble un avenir prometteur 美好未来 pour leurs relations bilatérales ? »

Enfin, une sévère rupture des illusions d’harmonie diffusées à jets continus par D. Trump est survenue à propos de Taïwan, non pas lors des discours publics, mais au cours d’une des rencontres à huis clos.

Rapportée par un témoin, elle a été répétée à l’envie par les commentateurs, quand bien même elle n’indique aucun changement dans la position chinoise qui, depuis 1949 et malgré les évolutions politiques dans l’Île, considère qu’il n’existe « qu’une seule Chine » et que les deux devront être réunifiés sans faute d’ici 2049, centième anniversaire de la prise de contrôle de la Chine par le PCC.

« La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, 理得当 les relations entre les deux pays resteront globalement stables 能保持稳定. Si elle est mal traitée, les deux pays pourraient se heurter 碰撞 directement et même entrer en conflit 冲突 »

De très maigres résultats commerciaux et la persistance des tensions stratégiques

Concrètement le bilan commercial du voyage est resté très en-dessous des espérances, malgré la présence des grandes figures industrielles et technologiques de Boeing, Apple, Tesla, N’Vidia, et Meta. Pas d’avancée sur la vente à la Chine de microprocesseurs de très grande finesse, malgré la présence de Jensen Huang, PDG du géant N.Vidia ; Et seulement 200 Boeing commandés contre 300 lors de la visite de Trump en 2017.

Une des seules notes positives fut un succès par défaut. Les deux se sont mis d’accord pour continuer à respecter leur trêve commerciale conclue après l’avalanche des taxes douanières en 2025. A cet effet, ils ont mis sur pied un mécanisme dit «  Board of Trade » destiné à gérer la réduction progressive des droits de douane et suivre les engagements d’achat de part et d’autre.

Dans le secteur agricole, que les deux voient comme un domaine non sensible moteur possible de relations apaisées, Pékin s’est engagée à importer 25 millions de tonnes de soja en plus des 12 millions de tonnes déjà prévues.

En même temps, Washington espère que les achats chinois de produits agricoles s’élargiront de manière significative vers le maïs, le blé et la viande de porc. Sur ces secteurs Pékin a accepté de faire un geste, accordant des prolongations aux licences d’importation des abattoirs et des groupes américains conditionnant la viande bovine.

*

Sur les contentieux stratégiques majeurs de l’Iran et de Taiwan, le voyage qui a mis d’accord Washington et Pekin sur les urgences d’Ormuz et de la paix en Iran, a aussi fait surgir une ambiguïté à propos de la situation dans le détroit de Taiwan..

Confirmant publiquement depuis Pékin l’ancienne position de Washington bien connu des Taïwanais et acceptée par eux affirmant que l’Amérique ne viendrait pas au secours de l’Île « très éloignée des côtes américaines », si elle déclarait l’indépendance sans avoir été attaquée, D.Trump a aussi initié au moins un retard sinon un blocage de la validation des récents contrats de ventes d’armes destinés à l’Ile.

Le glissement supposé ou réel a touché un nerf sensible dans l’actuel gouvernement de l’Ile qui fait remarquer que l’abandon des ventes d’armes contreviendrait au Taiwan Relation Act, (1979). Disposition de droit interne validée par le Congrès en même temps que la reconnaissance de la Chine par Washington, le décret stipule que la Maison Blanche est tenue de fournir à Taipei les moyens de se défendre contre une agression chinoise.

La crainte d’un « Deal  »ir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

La crainte d’un « Deal  »

L’autre inquiétude taiwanaise qui monte, s’angoisse que D.Trump inquiet du prolongement de la guerre en Iran pourrait demander à Pékin de jouer les médiateurs auprès de Téhéran en échange d’un assouplissement en faveur de la position de Washington à propos de Taiwan.

Dans l’Ile, alors que secrétaire d’État Marco Rubio, prenait la parole pour affirmer que sur Taiwan la position de Washington restait inchangée, en substance « Tout ce qui obligerait ou imposerait par la force un changement à l’actuel statuquo serait problématique. », le Bureau des Affaires continentales, minimisait les conséquences de la rencontre, en rappelant que les déclarations de Pékin à propos de Taiwan n’étaient pas nouvelles.

En même temps, sur le même thème que la porte-parole du gouvernement Michelle Lee 李慧芝, le nº 2 du Bureau des Affaires continentales Liang Wen-chieh 梁文傑, soulignait que « le plus grand risque menaçant la paix dans le Détroit était l’intimidation militaire de la Chine par l’incessant déploiement d’avions et de navires militaires qui harcèlent Taïwan.  » (…)

(…) Il ajoutait que « si Pékin voulait que Washington cesse de vendre des armes défensives à Taïwan, il devrait cesser d’intimider militairement l’Île »

Il reste qu’aujourd’hui le Président Lai Qing De pour qui la situation se complique, est aux prises avec une partie de l’opinion et un parlement hostile qui, sans être favorables à une réunification avec le Continent est de plus en plus en phase avec le discours de Pékin répétant que les ventes d’armes à l’Ile sont des provocations pouvant mettre le feu aux poudres.

C’est notamment le discours de Cheng Li-wun, la nouvelle présidente du KMT qui, à contrecourant de l’histoire des héritiers de Tchang Kai-chek, vient d’être reçue à Pékin par Xi Jinping. Ce dernier, heureux de l’aubaine surgie des querelles internes taïwanaises, a saisi la balle au bond, ouvrant selon lui, la perspective d’une réunification en douceur :

« Les dirigeants de nos deux partis se rencontrent aujourd’hui afin de préserver 维护 la paix et la stabilité 和平稳定 de notre patrie commune 共同家园 ; de promouvoir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

 (Lire notre article https://www.questionchine.net/en-chine-cheng-li-wun-accuse-lai-qing-de-de-fomenter-la-guerre-et-celebre-la-paix-d )

Editorial de François DANJOU
Source questionchine.net
17 mai 2026

Source photo bandeau : Pixabay




Equipement : Réarmement européen sous influence américaine

L’Europe a commandé pour 184 milliards de $ d’armes américaines depuis 2022,
comment les a-t-elle financées ?

La Defense Security Cooperation Agency (DSCA) fait partie du ministère de la Guerre américain et publie les autorisations d’exportations d’armes. Les dates d’agrément des ventes diffèrent parfois significativement de celles de décaissement des fonds et de livraison des marchandises. La première représente néanmoins un indicateur avancé. L’accent fut mis sur l’insuffisance des dépenses européennes d’armement dès le premier mandat du président Trump.

Les pays européens (Royaume-Uni compris) n’en avaient acheté que 8 milliards par an aux États-Unis en 2017 et 2018. Le sommet de l’OTAN en 2018 entraîna un changement de comportement. De 2019 à 2021, les importations européennes doublèrent, passant à 15 milliards par an. Sur les 60 milliards de ventes américaines entre 2017 et 2021, le Royaume-Uni représentait le premier client (23 %), suivi par l’Italie (14 %), la Norvège (7 %), l’Allemagne et la Suède (5 %).

Les pays européens commandèrent massivement de l’équipement dès les prémices d’une possible opération militaire russe, fin 2021. Leurs intentions d’achat ne firent que croître avec le développement du conflit russo-ukrainien. Entre novembre 2021 et janvier 2026, la DSCA a autorisé pas moins de 184 mil
liards de dollars de ventes à l’Europe, une hausse de plus de 340 %. À titre de comparaison, les exportations d’armes russes dans le monde entier ont représenté 27 milliards sur la même période. Les commandes européennes n’étaient pas toutes liées à l’Ukraine puisqu’elles comprenaient par exemple des frégates pour la Grèce (9,4 milliards) ou des catapultes électromagnétiques pour le futur porte-avions français (1,32 milliard). Une partie des importations européennes a pu être donnée à liards d’achats directs ukrainiens ne comptabilisent pas les donations américaines enregistrées dans un autre circuit. Depuis le mois de juillet 2025, les États-Unis ont autorisé principalement la fourniture de services de maintenance à l’Ukraine, à hauteur de 1,2 milliard de dollars.

Sur les 184 milliards d’armes acquises par les Européens, 38,4 correspondent à de nouveaux avions ou à la mise à jour de flottes existantes de F-35 (24,5 pour l’Allemagne, la Grèce, la Pologne et la République tchèque), F-16 (10,3 en Bulgarie, Belgique, Turquie, Roumanie, Pologne et Ukraine) et Orion (1,8 pour le Danemark). La Pologne (9,75) et la Roumanie (2,5) se sont procuré le matériel lourd (chars Abrams). 28,3 milliards ont été investis dans des hélicoptères par la Pologne, l’Allemagne, la Norvège et la Grèce. Les achats de missiles et des systèmes associés ont atteint 77 milliards (28 de Patriot ; 14,2 d’AMRAAM ; 12,9 de HIMARS ; 12,8 de missiles divers (Tomahawk, Hellfire, Jagm, Stinger) ; 2,5 d’AARGM-Ers ; 3 d’AGM 158B ; 2 de Javelin et 1,6 de Sidewinder). Les États-Unis ont aussi vendu 28,5 milliards de matériels variés. Les principaux bénéficiaires de ces contrats sont les fabricants Lockheed Martin (49 milliards), et Raytheon (24 milliards) et des partenariats entre ces deux sociétés (38 milliards).

[…]

Jean-Sébastien FEGER
Economiste.
Auteur de « la divergence T2 » sur les politiques monétaires
et les déséquilibres des soldes Target 2 dans la zone euro.

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

Découvrez l’extract de la revue Services Spéciaux de l’AASSDN n°274 en cliquant ICI.

Vous souhaitez acheter la revue n°274 traitant le thème de l’intégrité ? Rendez-vous directement dans la boutique de notre site en cliquant ICI.




Géopolitique : En Europe, la pression des peuples

« Ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent le vrai rempart des cités ». Nicolas Baverez cite Périclès pour engager l’Europe à sortir de son vide politique, à « renoncer aux illusions de la sortie de l’histoire » pour « affronter les réalités du XXIsiècle », en s’appuyant sur « les grandes nations qui la composent » (1). Il sait aussi cette Europe aujourd’hui encalminée, sans avoir trouvé « la possibilité de s’accorder sur un nouveau projet pour le continent » – nous l’avons dit ici il y a quelques jours (2). Il sait encore que nous entrons, sous le double effet des guerres, en Ukraine, qui déchire le continent, et en Iran, « alors qu’elle se tient en retrait des opérations militaires » américaines, « dans un nouvel âge des empires ». Ceci alors que, « traumatisme inouï », l’Amérique, qui l’abandonne, « voit sa population diminuer, les capitaux se détourner et la dédollarisation s’amplifier ».

Oui, il le sent et le sait, les choses peuvent et doivent bouger pour cette Europe qui peut être à nouveau « le refuge des principes de 1945 qui firent le succès des États-Unis et de l’Occident : le libéralisme ; le respect de la souveraineté des nations ; le multilatéralisme ».

Et, en effet, les choses bougent.

Sans préavis public, brusquement, les Européens sont à la recherche d’un médiateur, ou d’une médiatrice, pour reprendre langue avec les Russes – pour peser enfin sur la solution du conflit en Ukraine – le seul qui soit à leur portée. C’est le président finnois Alexander Stubb qui le confie au Corriere delle Sera (3) : « Oui, il est temps d’entamer des discussions avec la Russie (…). Nous avons évoqué avec les dirigeants européens la question de savoir qui établira le contact, mais nous n’avons pas encore de réponse définitive. Le plus important est que tout soit coordonné entre nous, notamment entre les pays du groupe E5 (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Pologne) et les pays nordiques et baltes, qui sont frontaliers ».

Alexander Stubb – qui pourrait être ce médiateur – n’est pas seul porteur de l’idée. Il a été précédé par le président du Conseil, le portugais Antonio Costa, nous dit le Guardian britannique : « Cette semaine, le président du Conseil européen, António Costa, a déclaré qu’il estimait que l’UE avait la possibilité de négocier avec la Russie et de discuter de l’avenir de l’architecture de sécurité en Europe » – enfin. Et encore, relayé par Euronews (4) : « Je discute avec les 27 dirigeants nationaux afin de déterminer la meilleure façon de nous organiser et d’identifier ce dont nous devons effectivement discuter avec la Russie lorsque le moment sera venu de le faire”, a précisé Costa à Florence, en Italie ». Le sujet a été de nouveau abordé lundi 11 mai lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles.

Avec l’appui de la Finlandaise Elina Valtonen (« Nous devons nous décider ») et de l’Italien Antonio Tajani qui a déclaré que « l’UE n’était “pas en guerre” avec la Russie et qu’il était “important” de faire partie des négociations en cours ». Pendant que « l’Autrichienne Beate Meinl-Reisinger a noté qu’il était temps pour les Européens de devenir des participants actifs à travers leur propre équipe ». Le plus étonnant est que Kaja Kallas, l’estonienne qui joue le rôle de haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, invariablement opposée à tout dialogue avec la Russie, considéré comme « humiliant », s’est dite prête à réfléchir à « ce dont nous voulons parler à la Russie et sur nos lignes rouges » après un accord collectif (4).

Sans surprise, les pays Baltes (et la Suède) sont très réservés. « “La Russie doit être repoussée en Russie”, a ainsi déclaré l’Estonien Margus Tsahkna ».

Mais bien sûr, après l’échec du conseiller du président français, Emmanuel Bonne, le 3 février dernier – il s’est vu opposer une fin de non-recevoir par le Kremlin (5), c’est en Allemagne que le sujet a fait explosion. Pourquoi ? Parce que Vladimir Poutine en personne a répondu directement le 9 mai à une question posée par la chaîne de télévision Zvezda (6) : « Monsieur le Président, nous savons qu’il existe une « coalition des volontaires » soutenant Kiev et l’Ukraine, mais il semble également qu’une autre « coalition des volontaires », de plus en plus importante – voire réapparue – souhaite rétablir les contacts avec la Russie. Le président du Conseil européen l’a évoqué hier, ajoutant qu’ils recherchent un candidat idéal pour représenter l’Europe dans ces échanges. Question : Qui préféreriez-vous personnellement pour les négociations ? Pensez-vous qu’il reste encore des hommes politiques pragmatiques en Europe occidentale avec lesquels un dialogue est possible ? ».

Réponse de Vladimir Poutine : « Personnellement, je préférerais l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Sinon, les Européens devraient choisir un dirigeant en qui ils ont confiance, quelqu’un qui n’a pas dénigré la Russie. Nous n’avons jamais fermé la porte aux négociations. Ce n’est pas la Russie qui a refusé le dialogue, ce sont nos partenaires ».

Tempête dans la presse allemande, si l’on en croit Courrier international (7). Du Spiegel à Die Zeit, en passant par le Frankfurter Allegemeine Zeitung, Gerhard Schröder, l’ancien chancelier qui a été, après avoir cédé sa place à Angela Merkel (novembre 2005), président du consortium germano-russe pour la construction et l’exploitation du gazoduc Nord Stream, est considéré comme « l’homme de Poutine » : « Il ne peut donc être un médiateur neutre ni entre Kiev et Moscou, ni entre l’Europe et la Russie ». Bien que, ajoute Courrier international, « certains membres du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) ont salué la proposition ». Et que l’on sache que le sujet divise l’opinion comme les industriels allemands qui ont besoin de l’énergie russe – des prix du gaz russe.

Tempête aussi dans l’opinion allemande et pour le chancelier Merz, qui est en très mauvaise posture, critiqué pour son bilan économique et sanctionné dans les sondages : la CDU affichait au 12 mai un retard de cinq points sur les conservateurs de l’AfD (Alternativ fur Deutschland), avec 23% des suffrages contre 28% à l’AfD (8) – l’institut INSA donne l’évolution des partis allemands depuis 2012, un coup d’œil suffit. A ce point, nous dit le Spiegel, relayé par TASS (9),que l’on envisagerait comme médiateur un duo entre le président allemand, Walter Steinmeier, et Gerhard Schröder – « une option qui pourrait être intéressante » pour le Spiegel.

Conserver un médiateur allemand, donc, écarter les Français comme les Italiens pour garder la main. « Le simple fait que les autorités allemandes se demandent qui pourrait jouer le rôle de médiateur dans le dialogue entre l’UE et la Russie « montre à quel point la pression est forte » dans le contexte de la crise ukrainienne et des efforts visant à mettre rapidement fin au conflit, a souligné le magazine » (9).

C’est qu’en Allemagne comme ailleurs en Europe, Nicolas Baverez a raison, la pression des opinions sur les politiques au gouvernement de leurs pays respectifs est très forte. On sait la bérézina de Keir Starmer aux élections locales au Royaume-Uni (10), suivie de la fronde de quelque 70 (sur 403) députés travaillistes et par le lâchage de plusieurs ministres qui demandent sa démission. C’est Nigel Farage (Reform), le promoteur du Brexit, qui ne souhaite pas « embêter l’ours russe », qui ramasse la mise. Les électeurs ont sanctionné l’immigration sauvage (200 000 clandestins en plus), le marasme économique (endettement du pays à 106% du PIB), la violence dans les rues.

Voyons l’Espagne, nous dit Nicolas Baverez (1), où « le maître tacticien Pedro Sanchez se trouve rattrapé par son absence de stratégie et par les difficultés structurelles de son pays », avec un PIB qui stagne depuis 2019 et « le choix d’une immigration de masse » qui déstabilise le pays. Voyons même l’Italie, où Giorgia Meloni, qui, après un vrai succès, est en difficulté : « La coalition des droites se trouve prise en tenailles entre la mobilisation de la société civile et la création d’un nouveau parti d’extrême droite, Futuro Nazionale, dirigé par le général Roberto Vannacci ». Et si nous regardons la Roumanie, nous voyons un gouvernement imposé par l’UE être jeté à terre le 5 mai dernier. En Hongrie, celui qui a détrôné Viktor Orban, Peter Magyar, ne semble pas être l’européiste que souhaitait Bruxelles – après tout, il vient du même parti que celui qu’il a détrôné.

Quant à la France, écrit encore Nicolas Baverez, sévère, « Emmanuel Macron est discrédité en France comme dans le monde pour avoir ravalé notre pays au rang d’homme malade de l’Europe ». Chômage en hausse, constatons-nous en effet, plus de 5,7 millions selon France Travail (catégories A, B et C), dette à 3 500 milliards, institutions paralysées depuis la dissolution voulue par le président Macron, immigration non régulée, violences quotidiennes.

De fait, en dépit d’une presse détenue par des actionnaires qui soutiennent les vieux mantras des gouvernants actuels, les gouvernés s’en détournent. Non pas pour rééditer l’expérience des années trente, épouvantail fasciste qu’on leur agite sans désemparer, mais pour se retrouver une raison d’être dans le respect de la souveraineté des nations et dans un projet cohérent qui fonctionne pour le continent tout entier. Pour les politiques, rien de simple, une mise en cause violente, pression internationale et pression intérieure des citoyens, de leurs électeurs, aidant.

Mais pour le début d’une renaissance européenne, une lueur au bout du tunnel.

Hélène NOUAILLE
13 mai 2026
La lettre de Léosthène
n°1995/2026
http://www.leosthene.com

Notes :

(1) Le Figaro, le 9 mai 2026, Nicolas Baverez, « L’Europe entre chance historique et vide politique »
https://www.lefigaro.fr/vox/monde/nicolas-baverez-l-europe-entre-chance-historique-et-vide-politique-20260509

(2) Voir Léosthène n° 1994 du 7 mai 2026, Où est le nouveau normal européen ?

 (3) Corriere della Sera, le 11 mai 2026, Paolo Valentino, Stubb: «L’Europa parli con Putin. Noi e gli Usa? Un rapporto difficile, ma possiamo collaborare»
https://www.corriere.it/esteri/26_maggio_11/alexander-stubb-finlandia-putin-intervista-ae9e981c-8a2b-4cf2-9377-33493d5daxlk.shtml 

(4) Euronews, le 12 mai 2026, Jorge Liboreiro et Serge Duchêne, “Nous devons nous décider” : l’UE reste divisée sur les négociations directes avec la Russie
https://fr.euronews.com/my-europe/2026/05/12/nous-devons-nous-decider-lue-reste-divisee-sur-les-negociations-directes-avec-la-russie

(5) Le Monde, le 5 février 2026, Philippe Ricard, Le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron en visite à Moscou, plus de trois ans après l’interruption du dialogue avec la Russie
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/05/macron-envoie-son-conseiller-diplomatique-en-visite-a-moscou_6665496_3210.html 

(6) Réponses de Poutine aux questions des médias le 9 mai 2026, traduction en français de Bruno Bertez, mise en ligne le 11 mai 2026
https://brunobertez.com/2026/05/11/reponses-de-poutine-aux-questions-des-medias/ 

Site du Kremlin (en anglais) : Answers to media questions
http://en.kremlin.ru/events/president/news/79718

 (7) Courrier international, le 11 mai 2026, Poutine propose Gerhard Schröder comme médiateur en Ukraine : une feinte pour “provoquer le chaos”
https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-allemagne-poutine-propose-gerhard-schroder-comme-mediateur-en-ukraine-une-feinte-pour-provoquer-le-chaos_243865

 (8) INSA – Sonntagsfrage, 2012-2013, 2013-2017, 2017-2021, Aktuell
https://www.wahlrecht.de/umfragen/insa.htm

(9) TASS, le 10 mai 2026, German coalition discussing Steinmeier mediating in EU-Russia dialogue — magazine
https://tass.com/world/2129307 

(10) Courrier international, le 11 mai 2026, Noémie Taylor-Rosner, Royaume-Uni. La pression s’accentue sur Keir Starmer, lâché par plusieurs ministres
https://www.courrierinternational.com/article/royaume-uni-la-pression-s-accentue-sur-keir-starmer-lache-par-plusieurs-ministres_243907

Source bandeau : Pixabay




Sport : Alain Mimoun, soldat et légende du sport

Alain Mimoun
un sportif légendaire, combattant de la France Libre

Les personnalités françaises qui ont servi la patrie avec bravoure occupent toujours une place particulière dans notre récit national. Dans ce registre, l’histoire poignante d’Alain Mimoun (1921-2013) reste un exemple saisissant à double titre : le célèbre coureur de fond au palmarès impressionnant a manifesté son amour pour la France non seulement sur les champs de bataille mais aussi tout au long de sa prestigieuse carrière sportive.

Le combattant de la France libre et le sportif légendaire

Né le 1er janvier 1921 à Telagh près de Sidi-bel-Abbès, Mimoun réussit brillamment son certificat d’études primaires. Son père, saisonnier agricole, demande une bourse pour que son fils, l’aîné
d’une fratrie de sept enfants, puisse devenir instituteur. L’aide financière est refusée. Mortifié, le jeune Mimoun va chercher une autre voie pour obtenir la reconnaissance de ses capacités. à 18 ans, il s’engage dans l’armée française au 19e régiment du génie à Hussein Dey. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se distingue sur plusieurs fronts : la campagne de Tunisie contre l’Afrika Korps (novembre 1942- mai 1943) puis la campagne d’Italie dans le corps expéditionnaire français commandé par le général Juin. Grièvement blessé au pied gauche à Monte- Cassino (janvier 1944) par un éclat d’obus, le caporal Mimoun est sur le point d’être amputé par des médecins américains. Pris en charge par les services médicaux français à l’hôpital militaire de Naples, son membre est finalement sauvé. Rétabli, décoré de la Croix de guerre, il participe au débarquement de Provence le 15 août 1944.

Après la guerre, le caporal miraculé qui a failli perdre une jambe entame une carrière éblouissante de coureur à pied. Son bilan est éloquent : 32 titres de champion de France dont le dernier remporté à 45 ans en 1966 (marathon), 3 médailles d’argent aux Jeux olympiques (10 000 mètres en 1948 à Londres, 5000 et 10 000 mètres en 1952 à Helsinki, à chaque fois derrière l’illustre champion tchèque Emil Zatopek) et surtout une médaille d’or au marathon olympique en 1956 à Melbourne.

[…]

Michel Klen
Saint-cyrien, auteur de plusieurs ouvrages dont « La tragédie
de l’Algérie française », « Les ravages de la désinformation »,
« L’odyssée des mercenaires », …

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

Découvrez l’extract de la revue Services Spéciaux de l’AASSDN n°274 en cliquant ICI.

Vous souhaitez acheter la revue n°274 traitant le thème de l’intégrité ? Rendez-vous directement dans la boutique de notre site en cliquant ICI.




Géopolitique : Chine, entre rivalités globales et guerre iranienne

Wang Yi, chef de la diplomatie chinoise, en compagnie d’Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien à droite, et de Musaad bin Mohammed Al Aiban, conseiller à la sécurité nationale saoudien, à Pékin le 10 mars 2023. Source : China Daily.

En dépit de sa proximité avec Téhéran, la Chine se présente comme un médiateur neutre, déterminé à résoudre les conflits entre États rivaux et à réduire les risques d’escalade dans la région. Le rapprochement irano-saoudien de 2023, facilité par la Chine, qui a mis fin à sept années de crise diplomatique et est considéré comme l’un des plus grands succès de la Chine au Moyen-Orient.

Pour autant, trois ans plus tard, la diplomatie de conciliation des contraires, entre l’Iran et l’Arabie saoudite de part et d’autre du détroit d’Ormuz, où transitent 45% des importations chinoises de pétrole et 29% de son GNL se heurte à la déflagration de la guerre existentielle entre les Mollahs terroristes et l’alliance entre Tel Aviv et Washington, dont la brutalité est à l’origine d’une riposte iranienne contre une des plus grandes raffineries saoudiennes.

*

Aux dernières nouvelles de la Maison Blanche, le sommet Xi Jinping – D. Trump initialement prévu fin mars à Pékin aura lieu les 14 et 15 mai.

La même déclaration précisait aussi que « le couple présidentiel américain Donald et Melania Trump accueillera à Washington Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan “plus tard cette année” »
Dans la foulée, le 26 mars, Lin Jian, l’un des porte-paroles du ministère chinois des Affaires étrangères, confirmait les bonnes dispositions de Pékin en déclarant aux journalistes que « les deux parties maintenaient le dialogue concernant la visite du président Trump en Chine ».

Alors qu’officiellement Washington et Pekin et nombre de commentateurs présentent le sommet à venir comme l’occasion de redéfinir la relation sino-américaine sur un mode plus positif, le nouveau calendrier suggère que pour la Maison Blanche, la guerre en Iran n’entrera pas avant six semaines dans une phase de désescalade, seule condition d’un sommet entre Trump et la Chine de Xi Jinping qui, au cœur de la guerre contre les Mollahs, est le premier partenaire stratégique de Téhéran.

Mais un doute demeure. Compte tenu de l’obstination jusqu’au-bouliste des belligérants en Iran et en Israël, rien ne dit qu’à l’échéance de la mi-mai D. Trump pourra se prévaloir d’un succès.

Il risque au contraire d’arriver à Pékin avec, sur les bras les embarras d’une guerre aux répercussions économiques et énergétiques globales dont les effets sur l’opinion américaine, ses alliés du Golfe et toute la sphère occidentale le mettront en porte-à-faux face au Président chinois dont la propagande brandit le discours d’une Chine à la fois opposée à l’Occident et, en même temps, porteuse de paix.

Plus encore, malgré les bonnes paroles, la liste des contentieux est telle que l’exercice de réajustement en quête d’accommodements raisonnables souhaités par les deux rivaux, pourrait s’avérer problématique. Enfin, la carte sauvage de la guerre contre l’Iran a transformé en « guerre chaude », une situation que nombre d’analystes ne voyaient jusqu’à présent que comme une marche insistante vers une nouvelle « guerre froide ».

Avec cependant la différence que les rivalités des propagandes autour de l’efficacité des systèmes politiques chinois et américain se doublent de féroces compétitions technologiques (guerre des puces IA, de l’innovation et de la robotique), tandis que les fortes interpénétrations économiques et commerciales dessinent un paysage stratégique global plus diffus rendant la maitrise des risques infiniment plus complexe qu’à l’époque où les « blocs » étaient séparés par un « rideau de fer » étanche.

La sensibilité explosive du tonneau de poudre international attisée par la reprise d’une course aux armements aux capacités létales infiniment plus élaborées (missiles hypersoniques, armes intelligentes, drones tueurs), est pour la première fois depuis 1969, aggravée par la disparition du cadre de contrôle et de limitation des armements nucléaires stratégiques.

L’expiration le 5 février 2026 du traité START faisait suite au retrait en 2019 de l’Amérique, aussitôt suivi par la Russie, du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire et, en 2020, du traité dit « ciel ouvert » qui autorisait les observations aériennes des installations nucléaires adverses.

La dernière décision en date achevant le retrait du couvercle de la chaudière, fut en novembre 2023, la décision formelle de Moscou d’abandonner le traité FCE de limitation des forces conventionnelles en Europe, 21 mois après avoir mis fin à l’illusion de la paix perpétuelle en Europe en attaquant l’Ukraine, le 24 février 2022.

Au milieu de l’évaporation récente des garde-fous contre le risque d’une apocalypse nucléaire, le cas chinois mérite une attention particulière.

Montée en puissance de l’arsenal nucléaire chinois au milieu de tensions tous azimuts.

Une batterie de missiles chinois hypersonique DF-17. Selon la revue « National Interest », « Discrètement et sans grande médiatisation, les plus hauts responsables scientifiques militaires du Pentagone admettent que la Chine a, dans le domaine stratégique clé du développement des armes hypersoniques, pris l’avantage sur les États-Unis, malgré le considérable écart des budgets de défense. » (…)

« Ayant investi l’équivalent de 10 milliards de dollars dans le développement non pas d’une seule arme hypersonique de pointe, mais de tout un écosystème de missiles, la Chine a, cœur de sa stratégie anti-accès, déployé ces engins redoutables le long de sa zone de défense, notamment en mer de Chine méridionale où ces systèmes peuvent atteindre et menacer des bases aériennes et des porte-avions américains éloignés. 

*

Partie au traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP 1992), la Chine n’est en revanche signataire d’aucun accord de limitation et de contrôles des armes stratégiques ou intermédiaires, au motif que son arsenal très inférieur à celui des Russes et des Américains correspondrait à une stricte suffisance stratégique dissuasive, qui plus est, articulée à la garantie de non-emploi en premier.

Il reste que, contrastant avec son discours d’autosuffisance, les observations du Pentagone et du SIPRI convergent pour souligner que la Chine se livre à un des plus grands renforcements nucléaire militaire de son histoire.

L’accélération se traduit par : 1) Le doublement de ses ogives depuis 2019, passées de 300 à 600 et dont, selon le Pentagone, le nombre atteindra 1000 d’ici 2030 ; 2) La construction de nombreux sites de lancement de missiles balistiques intercontinentaux (DF-41) au Gansu (région de Yumen), à l’Est du Xinjiang (région de Hami) et en Mongolie Intérieure (près de Ordos) ;

3) Le déploiement de SNLE dotés de missiles JL-2 et JL-3 (portée de 8 à 10 000 km) ; 4) Le développement de missiles à double usage, à moyenne portée (DF-26) ou hypersoniques (DF-17) portant des charges nucléaire ou classique.

Dans ce contexte embrasé non seulement par la brutalité meurtrière des guerres en Ukraine et en Iran, mais encore par la violence endémique d’une soixantaine de conflits en Afrique (Soudan, Sahel, Érythrée), en Asie (Myanmar), au Moyen-Orient (Syrie, Liban, Gaza, Cisjordanie) que voit-on ?

D’une part un bloc Chine-Russie-Iran-Corée du Nord renforcé par la proximité de la nébuleuse du « Sud Global » aux allégeances parfois incertaines, mais dont l’affirmation anti-occidentale ne cesse de se préciser par le truchement des BRICS et de l’OCS (lire : Xi Jinping au centre, avec V.Poutine et Kim Jong Un, vent debout contre l’Occident) ; d’autre part, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, les Israéliens, la Corée du sud, le Japon, l’Ukraine et certains pays du Golfe.

Dès lors que saute aux yeux le hiatus d’une Chine première alliée stratégique de l’Iran lui-même directement attaqué par l’Amérique, mais cherchant en même temps un accommodement raisonnable avec Washington, on peut, avec la Revue Esprit du 27 mars, se demander « Combien de temps la Chine pourra-t-elle tenir cette position d’équilibre ? ».

Alors que Pékin a refusé de répondre à la demande américaine de s’impliquer pour sécuriser les flux commerciaux dans le détroit d’Ormuz, la question de la capacité de l’appareil à Pékin de concilier les contraires entre sa proximité avec Téhéran et sa recherche d’un apaisement avec Washington, sera assurément le fond de tableau du sommet de la mi-mai.

En attendant, dans le contexte où Pékin et Washington s’accordent pour considérer qu’un affrontement militaire entre les deux ferait entrer le monde dans le « brouillard » incontrôlable d’un déchaînement de violence universellement funeste, la plupart des observateurs s’appliquent à passer en revue les termes et les limites d’un « accommodement raisonnable » entre les deux.

Il serait certainement possible de conclure des accords exprimant une bonne volonté réciproque, par exemple pour confirmer le moratoire sur les droits de douane réduits à 10% et le renouvellement de l’accord sur la suspension par la Chine de son contrôle des Terres rares (valable jusqu’au 27 novembre 2026) ou encore sur la poursuite des achats chinois de soja, de maïs ou de blé américains dont le montant atteint déjà 25 milliards de $.

Autre espoir d’apaisement au milieu des férocités vindicatives, à l’étage stratégique, un consensus existe déjà sur la sécurité maritime et aérienne dans le cadre du MMCA (Military Maritime Consultative Agreement) conclu en 1999, dont le rôle a été élargi à la sécurité aérienne, pour tenir à distance une éventuelle méprise en mer de Chine du sud et dans les parages de Taïwan.

Enfin des pourparlers sont en cours pour circonscrire les risques posés par les automatismes de l’Intelligence artificielle dans la mise en œuvre des systèmes d’armes nucléaires.

Pour autant, l’inventaire des sources de friction reste impressionnant.

François DANJOU
Site : Questionchine.net
Editorial


Une longue liste des contentieux.

Selon le New-York center for Foreign Policy Affairs, « la compétition stratégique sino-américaine façonne la dynamique économique et sécuritaire mondiale. Exacerbée par les tensions commerciales, les restrictions technologiques et les démonstrations de force militaire, cette rivalité influence les politiques publiques, les alliances internationales et la stabilité mondiale. L’enjeu central réside dans la confrontation des visions de la domination mondiale, notamment en matière de politiques commerciales, de contrôle des technologies de pointe et de stratégies de sécurité. » Image : discoveryalert.com.

*

L’inventaire des sources d’inquiétude va de la guerre commerciale et technologique avec la persistance, malgré une baisse 31% par rapport à 2024, du déficit commercial américain voisin de 200 milliards de $ et le maintien en retour des droits de douane de 10% imposés par Washington et leurs répliques chinoises sur le charbon, le pétrole et le gaz ;

En même temps, constatons qu’aux restrictions structurelles de la Chine à l’ouverture de son marché, Washington a, en riposte, interdit l’accès d’entreprises comme Tencent et CATL qui travaillent avec l’armée chinoise, aux hautes technologies du numérique et de l’IA.

En réalité, le fond de tableau reste une rivalité systémique des modèles politiques de société fondamentalement concurrents et du rapport à l’ordre mondial. L’antagonisme se cristallise autour des revendications chinoises sur 80% de la mer de Chine du sud au mépris du droit de la mer et sur l’Île de Taïwan où la démocratie s’exprime avec de plus en plus de force en faveur d’une identité séparée du Continent.

L’évolution, politique de l’Île, « trou noir » de la pensée politique chinoise, crée entre Washington et Pékin une tension dans le Détroit qu’au cours de son deuxième mandat, Donald Trump a, chiffon rouge pour l’appareil chinois, échauffée en augmentant notablement la vente d’armes défensives à l’Île.

Après qu’en décembre dernier, la Maison Blanche avait, en accord avec le Congrès approuvé [1] dans le cadre du Taiwan Relation Act, la vente de 11,1 milliard de $ d’équipements militaires à l’Île (dont, entre autres, des Himars, des drones, et des missiles anti-char) – record depuis les 18 milliards vendus sous la présidence de Georges W. Bush en 2001 -, le ministre taïwanais de la défense, Wellington Koo déclarait le 17 mars, qu’une nouvelle vente d’une valeur totale de 14 milliards de $, était en cours d’examen à Washington.

Enfin et surtout, si malgré la somme des divergences anciennes et récentes, le sommet était confirmé, D. Trump ira à Pékin avec en tête la preuve obtenue sur le vif, que, contrairement à son discours de neutralité, Pékin a ostensiblement pris parti pour Téhéran.

Une nouvelle guerre froide dont les mèches explosives sont allumées.

Selon Reuters, le 25 mars, le port saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge, actuellement le seul point d’exportation du pétrole brut d’Arabie, a été la cible d’une attaque iranienne qui visait la raffinerie Aramco-ExxonMobil (SAMREF).

L’attaque a eu lieu deux jours après que l’Arabie saoudite qui anticipait d’importantes perturbations dans le détroit d’Ormuz avait offert à ses clients pétroliers la possibilité de recevoir leurs allocations du mois d’avril avril via le port de Yanbu. Photo publiée par The Economic Times.

*

Selon le Pentagone et la CIA, la coopération militaire entre la Chine et l’Iran des Mollahs s’est renforcée en 2025 et 2026. Notamment après la guerre de juin 2025, par une aide chinoise à la défense aérienne de Téhéran, au moyen des systèmes HQ-16, HQ-17AE et HQ 9-B dont l’efficacité a cependant été décevante [2], et par la fourniture de technologies de pointe permettant d’augmenter la capacité des frappes missiles.

Dans ce domaine crucial de la précision des frappes, Pékin a notamment mis à disposition des Mollahs terroristes, son système de navigation BeiDou 北斗, opérationnel depuis 2020 et indépendant du GPS des américains qui ne parviennent pas à le brouiller localement.

Si comme le souligne la Revue Esprit, l’incapacité de l’Amérique à rétablir la circulation dans le cul-de-sac d’Ormuz, verrou majeur de l’économie mondiale, confirme sa perte de puissance, la guerre en Iran met aussi à l’épreuve la capacité diplomatique globale de la Chine à défier l’Amérique notamment sur ses plates-bandes au Moyen Orient.

Que vaut en effet aujourd’hui le rapprochement entre les deux théocraties rivales du Golfe, Ryad et Téhéran, mis en scène le 11 mars 2023 par Wang Yi, le ministre des Affaires d’un régime chinois athée ? (lire Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient).

Ayant à la fois fait l’impasse sur la carte sauvage d’Israël menacé dans son existence et la culture terroriste des Mollahs, la stratégie de Pékin est percutée de plein fouet par l’embrasement de la guerre en Iran. Dernier exemple en date que la conciliation des contraires n’est pas sans limites, le 25 mars, réduisant au moins pour l’instant à néant la stratégie du grand écart chinois, une attaque de drone iranienne ciblait le site névralgique de la raffinerie saoudienne de Samref à Yanbu, permettant de contourner le détroit d’Ormuz.

François DANJOU
Site : Questionchine.net
Editorial
30 mars 2026

Note(s) :

[1] Si le président américain a l’autorité finale de décider la vente d’armes à Taïwan, le Congres dispose d’un droit de regard et de blocage qu’il peut exercer pendant une période de trente jours. La procédure s’inscrit dans le cadre légal du Taiwan Relations Act de 1979.
(Lire : Relations Chine, Taïwan, États-Unis)
Historiquement, le Congrès manifeste un fort soutien transpartisan aux ventes d’armes à Taïwan. Il est souvent arrivé qu’il presse l’exécutif d’accélérer les livraisons.
[2] Selon des rapports datant de janvier 2026, les systèmes antiaériens (missiles HQ-9B et radars YLC-8B) n’ont pas été à la hauteur des attentes iraniennes pendant la guerre de juin 2025.




Vidéo. Jeu de go : la géopolitique de la Chine.

Le jeu de go, né en Chine il y a plus de 3 000 ans, est bien plus qu’un simple jeu de stratégie : il reflète une philosophie, une façon de concevoir le monde et d’anticiper l’adversaire. Dans cette émission, OpenBoxTV explore comment ce jeu offre une grille de lecture saisissante de la stratégie géopolitique chinoise, à la lumière de la crise iranienne. Pour nous guider, Pierre Saillard, fidèle auditeur d’OpenBoxTV, partage son expertise et nous révèle ce que les pièces sur le goban nous disent des ambitions mondiales de Pékin.

Date de mise en ligne : Vendredi 03 avril 2026
Durée : 00:38:35
Compte YouTube : Open Box TV

Source photo bandeau : Open Box TV




Culture historique : “Réformer dans la continuité”

Conférence prononcée par le général d’armée aérienne François Mermet, ancien DGSE et président d’honneur de l’AASSDN.

« L’Histoire, c’est ce qui reste quand on a tout oublié de la petitesse partisane »
(Histoire de France Valéry Giscard d’Estaing 1981) 

Dans le domaine de la défense, le septennat de Valéry Giscard d’Estaing aura été conforme à l’un de ses engagements de campagne électorale : « Réformer dans la continuité »

Indéniablement, le Président a hissé l’armée à un niveau de crédibilité attesté par des opérations extérieures audacieuses et par la modernisation de nos capacités de dissuasion.  

Je m’attacherai dans un premier temps à rappeler le contexte et l’état de nos armées à cette époque puis je relaterai quelques opérations dont j’ai été le témoin avant de conclure par l’évocation du spectaculaire renforcement de nos capacités stratégiques conventionnelles et nucléaires. 

De Gaulle était saint-cyrien, Giscard d’Estaing polytechnicien.

Tous deux diplômés de prestigieuses écoles militaires étaient des anciens combattants. VGE – on l’a oublié – s’était engagé volontaire dans la 1ère Armée. Il avait participé glorieusement aux campagnes de France et d’Allemagne. Il avait reçu la Croix de guerre.

Il faut mettre en avant cette singularité qui le distingue de la plupart des autres présidents de la Vème République.

Il m’a été rapporté que l’un de ses successeurs à l’Élysée – dont je tairais le nom – confondait les galons d’un adjudant-chef avec ceux d’un capitaine de vaisseau.

Rappelons que l’occupant de l’Élysée est d’abord, – j’allais dire avant tout – le chef des armées.

De ce point de vue, VGE fut incontestablement un très grand chef militaire dans la lignée de son illustre prédécesseur, le Général de Gaulle.

CONTEXTE A SON ARRIVEE

Lorsqu’il accède à l’Élysée en 1974, VGE est présenté par la presse comme le grand argentier de la France. Il est en effet l’un des artisans majeurs de son redressement et de sa prospérité car il a été successivement pendant douze ans secrétaire d’état puis ministre de l’Économie et des finances du Général de Gaulle. Il va d’ailleurs améliorer la bonne santé des français dont le pouvoir d’achat va augmenter de 7 à 10% durant son septennat, en dépit de la plus grave crise économique qu’ait connu le monde depuis cinquante ans ! Ça laisse rêveur !

Mais si en 1974 la France se porte bien, son armée va mal. 

C’est une armée ternie, délaissée, ignorée, j’oserais dire méprisée par une partie de la population. La France n’est pas tout à fait remise de ses guerres d’Indochine et d’Algérie. Elle est encore ébranlée par le séisme sociétal de 1968…Hors cérémonies commémoratives, les officiers ne circulent plus dans la rue en uniforme. Plus grave : les soldats s’agitent dans les casernes. 

Au lendemain de son élection, VGE va être confronté à une crise antimilitariste d’une ampleur inédite.

Déjà, quelques jours avant le second tour des élections présidentielles de mai 1974 une centaine d’appelés du contingent soutenus par les syndicats et des partis de gauche avaient publié une pétition.

Ce texte, abondamment diffusé par la presse sous le nom « Appel des 100 » formulait un ensemble de revendications matérielles et politiques : solde égale au SMIC, gratuité dans les transports, liberté syndicale, abolition des tribunaux militaires…

Au fil des semaines, le mouvement prend de l’ampleur dans de nombreuses casernes y compris au sein de nos forces stationnées en Allemagne. C’est du jamais vu ! On assiste même à des manifestations dans les rues de Draguignan et de Karlsruhe. 

Bref, l’armée menaçait de faire sa révolution soixante-huitarde. 

Voici rapportée par le Président dans son livre le Pouvoir et la Vie, la confidence que lui fit, embarrassé, Helmut Schmidt « Valery, j’ai été ministre de la défense, j’ai connu la situation de vos forces en Allemagne Vos soldats sont de bons soldats. Leur situation matérielle n’est pas digne. Elle est même choquante pour la population allemande qui les entoure. Leurs casernements sont mal entretenus. Il est visible qu’ils n’ont pas d’argent. Ils utilisent de vieux matériels, hors d’usage. »

REPONSES IMMEDIATES A LA CRISE

Face à cette contestation véhémente au cœur même de l’institution militaire, le Président appliquera la double stratégie de la concession et de la fermeté. 

Le 31 janvier 1975 il nomme secrétaire d’État à la Défense le général Marcel Bigeard dont le charisme et l’aura auprès de ses officiers en Indochine et en Algérie sont connus.

Aussitôt, il fait le tour des casernes et procède à de profonds changements d’affectation assurant la promotion d’officiers au passé prestigieux.

Dans le même temps et grâce à l’obtention d’une enveloppe budgétaire supplémentaire, il accorde une augmentation de la solde, la gratuité dans les transports et ordonne une série de mesures destinées à désamorcer la colère des appelés par l’amélioration de leurs conditions de vie quotidienne. 

Très tôt, le Président avait non seulement évalué les dangers de cette révolte, mais il en avait aussi compris les causes, notamment celle de la sclérose de l’institution. Giscard, l’ancien Brigadier, combattant engagé volontaire de la Libération avait très vite constaté que le mode d’encadrement des appelés n’avait pas évolué depuis 1945 !

À cette compréhension des revendications traduite par des concessions, le Président va parallèlement ordonner des mesures de fermeté pour endiguer la dissidence. 

Il réactive laCour de sûreté de l’État (27 novembre 1975) pour juger les soldats et les militants soupçonnés de « démoraliser l’armée ».

Il y aura des arrestations, des procès comme celui Draguignan en 1975 et l’inculpation de 53 militants en 1976. 

L’affaire des comités de soldats est révélatrice de la méthode deValéry Giscard d’Estaing : modernité, fermeté, pragmatisme, compétence.

LA MODERNISATION DE NOS ARMEES

Dès son entrée à l’Élysée il a sélectionné de grands généraux :  Mery comme chef d’état-major des armées, Vanbremeersh à son état-major particulier, Saint-Cricq à l’armée de l’air et surtout Lagarde au commandement de l’armée de terre où est affectée la grande majorité du contingent parmi lesquels les trublions.

Ces généraux conduiront des réformes en profondeur qui rétabliront le lien de confiance entre l’armée et les appelés grâce à un nouveau style de commandement fondé sur l’initiative et la discipline librement consentie.

Par ailleurs les équipements de l’armée de terre sont modernisés. Un nouveau fusil le FAMAS, un nouveau blindé l’AMX10 RC, un nouvel obusier automoteur l’AUF1… 

Le Président de la République va sur le terrain à la rencontre des militaires. J’en ai été témoin.

Ainsi, lors d’une visite le 30 octobre 1975, sur la base aérienne d’Orange dont j’avais alors le commandement, je lui expliquais que la dotation en carburant étant exprimée en valeur monétaire et non en besoins, elle était devenue insuffisante suite au choc pétrolier pour assurer pleinement l’entraînement des pilotes, mais aussi le roulement des véhicules et le chauffage de la base, que mon prédécesseur avait dû mettre en sommeil en décembre, sauf l’alerte Mirage IV et la police du ciel !  

Comprenant immédiatement l’enjeu pour notre défense, le président ordonnait aussitôt (quoi qu’il en coûte) un programme annuel minimum de 180 heures de vol pour les pilotes de chasse, 320 pour les pilotes de transport et 200 pour les hélicoptères, 100 jours de mer pour les marins, 100 jours de camp pour l’armée de terre.

Ces directives demeurent aujourd’hui encore, inscrites dans le marbre de toutes les lois de programmation militaire ! 

Mais l’action de VGE ne se limite pas alors à remettre de l’ordre dans les casernes et moderniser l’équipement des soldats. Il poursuit aussi avec détermination la politique de dissuasion nucléaire du général de Gaulle.

DEVELOPPEMENT DE LA DISSUASION NUCLEAIRE

N’en déplaise à certains de ses détracteurs qui clabaudaient sur « un président qui n’aimait pas la bombe ! », VGE s’est rapidement saisi du fait nucléaire.

Il déclare en juin 1976 à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale: « La nature de l’arme nucléaire est de creuser un écart entre les espérances de gain de l’agresseur et le risque des pertes que son agression lui fera subir. Cet écart fonde la dissuasion…il ne peut y avoir d’impasse ni de « tout ou rien » (IHEDN en juin 1976)

Ces propos marquent la volonté de la France de peser en tant que troisième puissance nucléaire mondiale après les Etats-Unis et l’URSS. Le Président engage dans ce domaine une réflexion doctrinale et entreprend un effort de modernisation spectaculaire qui se traduit par des mesures concrètes.

 Création d’un PC sous terrain à l’Élysée

La console Jupiter était une liaison vidéo protégée entre l’Élysée et le poste de commandement des Forces nucléaires à Taverny. Ce dispositif qui transmettait après authentification, l’ordre d’engagement nucléaire se trouvait alors dans un placard du bureau du Secrétaire général. Le test hebdomadaire avait lieu la plupart du temps en l’absence de ce dernier à l’heure du déjeuner !

La Président décida d’aménager dans un abri de défense passive du sous-sol de l’Élysée une salle des cartes pour suivre en temps réel les crises, organiser discrètement les réunions, tenir des traditionnels conseils de défense et héberger la console Jupiter.   

Modernisation et renforcement des capacités nucléaires

Premier Président à effectuer une plongée dans un sous-marin nucléaire lanceur d’engins : « le Terrible ». À cette occasion il confirmera la décision de lancement d’un sixième SNLE « l’Inflexible » équipé du nouveau missile M4 à têtes multiples.

Il fait procéder à un tir opérationnel d’une arme nucléaire tactique depuis un avion Jaguar au large de l’atoll de Mururoa.

Toutefois, soucieux de l’environnement, le président annonce en juin 1974 le remplacement des essais aériens par des expérimentations souterraines en Polynésie.

La même année, une série d’autres mesures de dissuasion sont prises dont je ne citerai que quelques exemples : modernisation du système sol-sol balistique terrestre sur le Plateau d’Albion, lancement du missile nucléaire Air-Sol Moyenne Portée sur les Mirage IV puis les Mirage 2000 et les Super-Etendard.

Pour la première fois, des Pluton accompagnent la parade du 14 juillet 1975 qui pour la circonstance défile avenue de Vincennes.

Enfin, à l’imitation du système américain TACAMO destiné à garantir la transmission de l’ordre de riposte nucléaire, il lance l’étude du système ASTARTÉ permettant de joindre les forces stratégiques françaises y compris les SNLE en plongée même après une première frappe dite de décapitation. Quatre exemplaires des nouveaux Transall sont modifiés à cet effet. 

Enfin pour convaincre davantage de la capacité de l’armée française à se défendre face à l’Union Soviétique il est procédé à une

 Manœuvre nucléaire en vraie grandeur (1980)

Il existait déjà de nombreux exercices périodiques, mais aucun n’avait jusqu’alors eu lieu pour tester la flexibilité et les limites de la « gesticulation » nucléaire et pour éclairer le débat concernant une sanctuarisation élargie.  

Cette diplomatie de la dissuasion nucléaire ne détourne pas le Président de sa mission de protecteur de l’Afrique. Il y ordonnera trois interventions militaires audacieuses.

LES INTERVENTIONS EN AFRIQUE 

1977 : Sahara occidental (opération Lamantin) 

Après l’évacuation du Sahara occidental par l’Espagne et son occupation par le Maroc au nord et par la Mauritanie au sud, le Polisario, soutenu par l’Algérie, revendique ce territoire.

Il s’attaque au train mauritanien, son poumon économique, qui transporte sur plus de 700 km le minerai de fer de Zouérate jusqu’au port de Nouadhibou.

En mai 1977 à Zouerate, deux Français sont tués et six sont enlevés par le Polisario qui refuse de les libérer. En octobre, après le rapt de deux nouveaux civils français et de 18 Mauritaniens, le Président de la République décide d’intervenir. 

Le général Michel Forget, commandant en second la Force Aérienne Tactique et la 1ère Région Aérienne, se voit confier la mission d’organiser, à partir de Dakar, un dispositif aérien spectaculaire : une dizaine de Jaguar d’attaque, deux avions 2 C135F pour le ravitaillement en vol, 5 Breguet Atlantic pour la reconnaissance et le suivi des colonnes du Polisario et quelques Transall dont un faisant office de PC volant. Soit une vingtaine d’appareils au total.

 C’est le plus important dispositif de projection de nos forces aériennes depuis la fin de la guerre d’Algérie !

 Le président fixe un cadre d’engagement très strict et se réserve de donner lui-même l’autorisation d’ouverture du feu, ce qui, compte tenu de la faiblesse de nos moyens de communications de l’époque, se révélera acrobatique !

En décembre 1977, trois raids à plus de 1 200 kilomètres de Dakar avec les Jaguars, dont c’était le baptême du feu, détruisent les colonnes du Polisario. Le ministre sahraoui de la Défense confirme alors la libération des otages.

Puis, après deux nouvelles attaques en mai 78 où ses colonnes subissent le même traitement, il accepte un cessez-le-feu avec la Mauritanie. Le succès de nos armées est total.

Par ailleurs, l’appui aérien apportée au Maroc contre le Polisario par les livraisons d’armements terrestres AMX10 RC et aériens Mirage F1 se traduiront par une relation durable de grande confiance entre le roi du Maroc Hassan II et le Président Giscard d’Estaing.

1978 : Tchad (opération Tacaud)

La guerre civile dure depuis 15 ans !

L’armée gouvernementale s’est effondrée face à l’invasion des rebelles du Front de Libération Nationale du Tchad (FROLINAT) soutenus par la Libye qui a annexé la bande d’Aouzou depuis 1973.  Faya-Largeau constitue le dernier rempart de la capitale N’Djamena où des combats ont déjà éclaté.

Le général Malloum qui avait demandé en octobre 1975 le retrait des forces françaises crie au secours, appuyé par les chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest. Notre état-major est réticent et demande une réunion d’urgence à laquelle assiste le ministre de la défense pour envisager une évacuation. Un général inconnu du Président présente une situation alarmante qu’il noircit à l’évidence et s’attire cette remarque cinglante : « Général, pouvez-vous m’expliquer comment ces Toubous, dont on me disait récemment qu’ils faisaient la guerre pieds nus, se sont transformer en quelques mois en une Afrika Korps ? ».

Pour le Président il est en effet hors de question de fuir devant les Libyens et les Toubous et il ordonne la frappe de la colonne libyenne par les Jaguar et le déploiement des marsouins de la 9ème Brigade d’infanterie de Marine et de la 11ème Division parachutiste notamment pour protéger nos ressortissants dans la capitale.

La situation est rétablie dans tout le pays au cours de violents combats ; dix-huit de nos militaires perdront la vie et deux avions seront abattus par des missiles sol/air soviétiques.

Il sera alors décidé une plus grande professionnalisation de nos armées.

Après avoir quitté à nouveau le Tchad en mai 1980, le général Méry, chef d’état-major des armées relativisera notre évacuation : ça s’est finalement bien passé et j’espère que nous n’y retournerons pas de sitôt !  …

Pourtant, quelques années plus tard, accédant à l’appel d’Hissène Habré devenu président du Tchad, le président Mitterrand fera revenir les parachutistes français ! 

1978 : Zaïre, Kolwezi (opération Bonite)  

De permanence à l’Élysée en ce dimanche de Pentecôte du 14 mai 1978, je reçois un appel de notre ambassadeur à Kinshasa M. Ross et de l’attaché de défense le colonel Gras. Ils me demandent d’informer le Président qu’à Kolwezi 3 000 Européens sont sur le point d’être pris en otages et massacrés par des rebelles venus d’Angola.

Ils suggèrent d’envoyer le plus rapidement possible deux compagnies parachutistes.

Le Président est à Authon, le général Méry, chef d’état-major des armées n’est pas à Paris, le général Vanbremersch, chef d’état-major particulier dont je suis l’adjoint est également éloigné de la capitale.

C’est le général Michel Delaval, aviateur et major général des armées qui lance la mobilisation. Le 2ème régiment étranger parachutiste en Corse rappelle ses permissionnaires, les cinq DC 8 de l’armée de l’air sont mis en alerte. Par la suite, les américains mettront à notre disposition des avions gros porteurs C141 et C5A pour le transport d’équipements lourds et volumineux. 

Le président du Zaïre M. Mobutu appelle directement le Président pour lui demander une aide militaire d’urgence. 

À Paris et à Bruxelles nos diplomates ne sont pas favorables à une intervention non conjointe avec la Belgique. Il faut dire que l’ancienne puissance coloniale compte alors 40.000 ressortissants au Zaïre !

Pourtant, l’année précédente, une tentative d’invasion de cette province du Shaba avait été mise en échec grâce à l’intervention des soldats marocains transportés par des Transall français.

Cette nouvelle attaque de plus grande ampleur sur la région de Kolwezi a été lancée par des rebelles katangais, réfugiés en Angola et encadrés par des officiers cubains. Elle est dirigée par un colonel de la RDA (Allemagne de l’est), avec le soutien de l’URSS.

Nos préparatifs se heurtent à une violente opposition du ministre belge des affaires étrangères. Ses collègues socialistes au Parlement font appel à leurs camarades français pour faire pression sur l’Élysée.

Sans en tenir compte, le mercredi 17 mai, le Président réclame un plan d’intervention et          le lendemain dans la salle souterraine de l’Elysée, le général Méry présente le seul scénario envisageable compte tenu de l’éloignement et des délais.

Il s’agit d’une opération aéroportée avec largage de parachutistes. Les risques sont grands car les commandos se retrouveront seuls sur le terrain, sans appui aérien et sans aucune possibilité de recevoir des renforts ni d’être récupérés. 

Dans le même temps, nos moyens nucléaires sont placés en alerte renforcée et un message de fermeté est passé aux Soviétiques pour les informer que l’époque de Suez et de l’intimidation est révolue.

L’avertissement est semble-il bien reçu car – par pure coïncidence sans doute –  lors de la séance des questions au gouvernement, le président du groupe communiste à l’Assemblée nationale s’abstient d’intervenir, laissant aux socialistes le soin de fustiger M. Bourges, ministre de la Défense.

Ignorant les embrouillaminis franco-belges, les controverses diplomatiques, politiques et même militaires, le Président Giscard d’Estaing – qui reçoit en visite d’Etat le président Léopold Senghor – est informé du début des massacres et décide de faire sauter les légionnaires du 2ème REP sur Kolwezi.

Nos troupes, après une escale à Kinshasa, embarquent immédiatement et en surnombre dans un dispositif aérien réduit à 4 C130 Hercules zaïrois et un Transall français leader.  

Par surprise, avec un jour d’avance sur l’atterrissage annoncé des forces belges sur l’aéroport, nos 500 parachutistes sautent directement sur la ville à très basse altitude le vendredi 19 mai à 15h30.

Une deuxième vague de 250 légionnaires sautera le lendemain.  

Cette opération extrêmement audacieuse conduite à 7.000 km de Paris, est remarquablement exécutée. Cinq légionnaires seront tués et vingt seront blessés mais Kolwezi est libérée. 

Lamentin, Tacaud et Bonite furent des opérations audacieuses foudroyantes qui permirent le sauvetage de civils français et étrangers au Zaïre et en Mauritanie et le rétablissement de la souveraineté de ces deux pays.

La crédibilité de la France dans le monde, celle de l’autorité présidentielle et la démonstration de l’efficacité de nos armées s’en trouvèrent internationalement confortées.

ENSEIGNEMENTS ET MODERNISATION

Les retours d’expérience de ces trois opérations révélèrent toutefois nos insuffisances dans le transport aérien, dans nos moyens de communications à longue distance et dans le renseignement.  

C’est pourquoi le président décida de relancer la chaîne de l’avion de transport Transall en 1977 avec 31 appareils de Nouvelle Génération dotés d’une avionique modernisée, de deux réservoirs supplémentaires et de la double capacité d’être ravitailleur et ravitaillé.

Le premier vol eut lieu en avril 1981, un mois avant la fin du septennat, et la livraison à l’armée de l’Air l’année suivante.

Quatre exemplaires de cette composante aérienne seront dédiés à la transmission de l’ordre de riposte nucléaire à nos SNLE en plongée et deux pour la guerre électronique.

C’est aussi à cette époque que furent lancées les premières études d’un avion de transport stratégique qui deviendra plus tard l’A 400M.

POLITIQUE AFRICAINE

Au plan diplomatique, ces actions menées dans le prolongement de la politique africaine du général de Gaulle permettront à Giscard d’Estaing de nouer des liens privilégiés avec Hassan II au Maroc, Bourguiba en Tunisie et Anouar el Sadat en Égypte.

Plus encore, la volonté manifeste de contrecarrer l’impérialisme soviétique en Afrique, dont l’opération de Kolwezi est un symbole, confèreront au Président Giscard d’Estaing une autorité considérable au sein de l’alliance Atlantique et dans le monde.

CONCLUSION

En politique et c’est un tort, l’économique prime sur tout. La défense en temps de paix semble être un domaine secondaire. Mais pour avoir la paix, il faut préparer la guerre. Il faut dissuader.

Valéry Giscard d’Estaing en chef des armées a modernisé avec une attention quotidienne, – j’en ai été le témoin direct – l’ensemble de nos capacités militaires. Celui que l’on qualifiait de « grand argentier » en raison de ses talents d’économiste, ne fut pas seulement un énarque avisé mais aussi un polytechnicien dont la préoccupation première a été celle de la défense de la France dans la paix. Évidemment, on ne peut s’empêcher de transposer sa pensée dans le monde agité d’aujourd’hui. Pour ma part, je me contenterai d’espérer que nos chefs puissent s’en inspirer.

***************

Programmes d’armement lancés ou poursuivis pendant le septennat de VGE

    • Lancement du Mirage 2000 en 1975
    • Commande de l’obusier automoteur de 155 mm AUF1
    • Premières discussions sur l’hélicoptère Tigre franco-allemand en 1975, lancé en 1989
    • Commande en 1977 du véhicule blindé de reconnaissance AMX10 RC doté d’un canon de 105, livré en 1979
    • Commande du Transall Nouvelle Génération en 1977, livré en 1981
    • Lancement en 1977 du missile nucléaire Air Sol Moyenne Portée ASMP
    • Commande du FAMAS en 1978, livré à partir de 1979
    • Décision lors du Conseil de défense du 23 décembre 1980 de lancer les études de deux Porte-avion à propulsion nucléaire de 35.000 tonnes pour remplacer le Foch et le Clémenceau, qui sont modernisés et capables d’emporter des armes nucléaires tactiques. Le projet d’un PA de nouvelle génération devra attendre 1986 et le lancement du seul Charles de Gaulle pour des raisons financières.
    • Modernisation des VAB, AMX-30 B2, Mirage F1
    • Poursuite du programme de satellites de communications militaires franco-allemand Symphonie
    • Lancement du programme militaire de communications Syracuse début 1980

    Source bandeau : AASSDN




    Sécurité : Agir militairement contre les cartels de la drogue et les gangs

    Trump encourage les dirigeants latino-américains à utiliser l’action militaire pour aider les États-Unis à combattre les cartels

    (Extrait)

    DORAL, Floride — Le président Donald Trump a déclaré samedi que les États-Unis et les pays d’Amérique latine s’unissaient pour combattre les cartels violents. Son administration cherche ainsi à démontrer son engagement à recentrer la politique étrangère américaine sur l’hémisphère occidental, même face aux crises majeures qui secouent le monde.

    Réunis dans son club de golf près de Miami, Trump a exhorté les dirigeants régionaux à entreprendre une action militaire contre les cartels de la drogue et les gangs transnationaux qui, selon lui, constituent une « menace inacceptable » pour la sécurité nationale de l’hémisphère.

    « Le seul moyen de vaincre ces ennemis est de déployer la puissance de nos armées », a déclaré Trump. « Nous devons utiliser nos forces armées. Vous devez utiliser les vôtres.»

    Citant la coalition menée par les États-Unis qui a affronté le groupe État islamique au Moyen-Orient, le président républicain a déclaré : « Nous devons maintenant faire de même pour éradiquer les cartels chez nous. »

    Extrait de l’article publié sur Defense News
    par Aamer MADHANI, Joshua GOODMAN et Alanna DURKIN RICHER
    Chroniqueurs à l’Associated Press
    07 mars 2026

    Source image : Image créée par intelligence artificielle (IA)