La « dissuasion avancée » : Renforcer la défense de l’Europe dans le respect de l’indépendance nationale

L’invasion de l’Ukraine en février 2022, le chantage nucléaire opéré depuis lors par la Russie puis l’éloignement des Etats-Unis de l’Europe rappellent l’intérêt pour la France de pouvoir disposer d’une dissuasion nucléaire opérationnelle, crédible et indépendante. Le discours du président Emmanuel Macron du 2 mars 2026 prononcé sur la base opérationnelle de l’Île Longue a constitué, dans ces conditions, à la fois le point d’arrivée d’une réflexion conduite par tous les présidents de la République sur la dimension européenne de la dissuasion nucléaire française mais également un point de départ pour mettre en œuvre des partenariats avec les neuf pays qui, en septembre 2026, ont répondu favorablement à l’offre de « dissuasion avancée » formulée au nom de la France. Cette évolution de la doctrine nucléaire ne remet pas en cause les principes fondamentaux sur lesquels elle repose depuis 1964 (souveraineté de la décision, indépendance des moyens, définition des « intérêts vitaux » par le chef de l’État). Le président de la République a toutefois ouvert la voie à des partenariats qui pourront aller d’une coordination étroite avec le Royaume-Uni dans le cadre d’une relation stratégique approfondie à des coopérations « à la carte » avec les neuf autres États pouvant prendre la forme d’une participation aux exercices des forces nucléaires françaises. Le chef de l’État a rendu publiques deux décisions importantes. La première concerne un rehaussement de l’arsenal nucléaire français – rompant avec la réduction de l’arsenal engagée dès 1995 et confirmée en 2008 – qui doit permettre à la fois de dissuader une coalition d’adversaires possesseurs de l’arme nucléaire et de répondre à l’amélioration des défenses sol-air des compétiteurs. La seconde consiste à proposer aux pays européens qui le souhaitent d’accueillir des « déploiements de circonstances » des Forces aériennes stratégiques (FAS) sur leur territoire. Les rapporteurs estiment que la mise en œuvre de ces « déploiements de circonstances » ne pourra se faire qu’à moyen ou long terme tout en associant le Parlement.

Les 10 principales recommandations

1. Préserver une dissuasion nucléaire française indépendante et poursuivre l’ajustement de notre arsenal compte tenu de l’évolution du contexte stratégique.

2. Maintenir les deux composantes océanique et aéroportée de la dissuasion nucléaire française en tenant compte de l’évolution des technologies des adversaires.

3. Poursuivre le renouvellement des composantes océanique et aéroportée et garantir les moyens budgétaires nécessaires en préservant les compétences de la BITD.

4. Accroître le format de la trame chasse en renforçant les moyens des FAS sans exclure à terme une hausse du nombre des escadrons.

5. Poursuivre la modernisation des SNLE 2G afin de les doter chaque fois que cela est possible d’équipements de dernière génération.

6. Renforcer les capacités de défense sol/air des sites nucléaires les plus sensibles afin de pouvoir mieux réagir à un engagement de haute intensité en Europe.

7. Lancer les études pour le développement d’un successeur de 6e génération à capacité nucléaire du Rafale reposant sur les compétences des industriels français tout en recherchant des partenariats européens ou internationaux.

8. Développer une trame balistique opérative, stratégique et souveraine pour permettre l’épaulement conventionnel de la dissuasion nucléaire et prévenir son « contournement par le bas ».

9. Privilégier une vision de long terme pour les investissements logistiques à réaliser sur la base navale de Brest et sur la base opérationnelle de l’Île Longue afin d’accueillir les futurs SNLE 3G jusqu’en 2090.

10. Ouvrir le débat sur l’application des dispositions de l’article 35 de la Constitution concernant l’information et, le cas échéant, la consultation du Parlement à l’occasion d’un      « déploiement de circonstances » des FAS dans un pays européen. Dans un monde de plus en plus incertain et alors que perdure un risque d’extension de la guerre en Europe, les rapporteurs entendent rappeler le rôle incontournable de la dissuasion nucléaire dans la défense de la Nation et la nécessité de préserver dans la durée les moyens consacrés à son renouvellement dans toutes ses dimensions (porteurs, vecteurs, têtes nucléaires).

I. LA REDÉCOUVERTE DU RÔLE CLÉ DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE DANS NOTRE POLITIQUE DE DÉFENSE

 La dissuasion nucléaire occupe une place singulière dans la pensée stratégique française qui en fait la clé de voute de sa politique de défense depuis les années 1960. Elle était passée au second plan après la fin de la Guerre froide et la multiplication des conflits asymétriques. L’annexion de la Crimée a joué un rôle de catalyseur pour réorienter notre effort de défense vers l’Europe de trois manières : en favorisant la prise de conscience de la menace ; en accélérant ensuite la réappropriation des fondamentaux de notre doctrine nucléaire ; et, enfin, en permettant l’adaptation de notre outil de défense dont témoignent les deux dernières lois de programmation militaire (LPM). Les rapporteurs considèrent que le travail de remontée du     « QI nucléaire » n’est pas achevé et qu’il convient notamment de développer les études stratégiques afin de renforcer l’expertise des acteurs civils et militaires ainsi que les travaux de recherche académiques. Après l’annexion de la Crimée en 2014 il a fallu dix ans pour retrouver la pleine capacité à maîtriser la dissuasion nucléaire. Une autorité civile auditionnée par les rapporteurs

A. Une organisation structurée autour du chef de l’État

Le président de la République sous la Vème République « est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités » (Art. 5 – 2 C). Il est également le chef des Armées et « préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale » (Art. 15 C). Enfin, depuis 1962, il « est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés » (Art. 7 C) directement par les Français. Le chef de l’État est aujourd’hui encore l’autorité de référence pour déterminer les différents aspects de la politique de dissuasion nucléaire. Celle-ci repose, en effet, sur trois crédibilités distinctes : – – – La crédibilité politique portée par le président de la République, en particulier dans ses discours et par ses arbitrages ; La crédibilité opérationnelle portée par les forces stratégiques qui assurent la permanence ainsi que des démonstrations de leurs savoir-faire à travers des exercices réguliers et des missions opérationnelles ; Et la crédibilité technique qui repose sur les compétences de la DGA, du CEA et des industriels qui concourent à l’« Œuvre commune ». La compétence du chef de l’État pour décider de recourir au feu nucléaire découle de l’article R*1411-5 du code de la défense qui prévoit que : « le chef d’état-major des armées est chargé de faire exécuter les opérations nécessaires à la mise en œuvre des forces nucléaires. Il s’assure de l’exécution de l’ordre d’engagement donné par le président de la République ». Les rapporteurs peuvent confirmer que l’ordre présidentiel une fois transmis n’est pas susceptible d’être contredit par une quelconque autorité civile ou militaire. La crédibilité politique de la dissuasion nucléaire française repose également sur une organisation permettant la planification des besoins et l’organisation de la mise en œuvre qui associe plusieurs autorités distinctes : le chef d’état-major particulier du président de la République, le chef d’état-major des armées et l’EMA-forces nucléaires (EMA-FN), le SGDSN, la DGRIS du MINARM, la DRM et la DGSE. La crédibilité opérationnelle des Forces nucléaires se fonde sur leur aptitude permanente à entrer en action quelles que soient les circonstances et sur l’excellence opérationnelle des deux composantes : la composante nucléaire océanique (CNO) et la composante nucléaire aéroportée (CNA). Les deux composantes possèdent à la fois des spécificités et des caractéristiques très complémentaires. La CNO apporte en permanence la robustesse et la discrétion (permanence à la mer et invulnérabilité, de par la dilution des sous-marins lanceurs d’engins (SNLE), ainsi que la garantie de frappe en second). La CNA apporte en permanence la fulgurance et la réactivité propre à la puissance militaire aérospatiale ainsi que la visibilité (caractère démonstratif du signalement stratégique participant au dialogue dissuasif), et dans certaines circonstances une part de réversibilité.

B. Une capacité à conduire les différents programmes nucléaires préservée dans la durée

La crédibilité de la dissuasion nucléaire française doit encore aujourd’hui beaucoup à son excellence technique qui repose sur des investissements réguliers pour assurer le renouvellement des composantes ainsi que sur un maintien en condition opérationnelle (MCO) afin de garantir à tout moment la disponibilité et l’efficacité de l’outil nucléaire. L’organe permettant d’assurer cette mission est le Conseil des armements nucléaires (CAN) qui définit les orientations stratégiques et s’assure de l’avancement des programmes en matière de dissuasion nucléaire. La délégation générale à l’armement (DGA) conduit les programmes industriels de la dissuasion nucléaire et garantit la crédibilité technique de la dissuasion nucléaire en veillant à sa performance face à tout type de défense en tenant compte de leurs évolutions. La direction des applications militaires (DAM) du CEA a en charge la conduite des programmes nucléaires de défense dans le cadre de la dissuasion française. Ses activités concernent trois grandes thématiques : les armes nucléaires, la propulsion nucléaire (chaufferies nucléaires embarquées) et les matières nucléaires nécessaires aux armes et aux chaufferies. La dissuasion draine de très nombreux emplois en France, que ce soit chez les principaux maîtres d’œuvre industriels de la BITD française, tels Naval Group, TechnicAtome, Thales, Ariane Group, MBDA et Dassault Aviation, ou chez les très nombreux sous-traitants dans toute l’étendue du territoire, dont beaucoup de PME. 2000 entreprises environ travaillent directement ou indirectement pour la dissuasion nucléaire Sans la dissuasion nucléaire, la France aurait eu le plus grand mal à conserver dans la durée une excellence technologique permettant de produire des sous-marins à propulsion nucléaire, des missiles balistiques et des missiles de croisière performants, des chasseurs comme le Mirage 2000 et le Rafale ainsi que l’ensemble des éléments qui leur permettent de fonctionner (radars, électronique…). Concernant les moyens consacrés à la dissuasion nucléaire, les industriels auditionnés ont estimé qu’ils étaient calculés « au juste besoin » et qu’ils avaient également pour mérite d’être garantis dans la durée du fait d’un pilotage au plus haut niveau de l’État. Les rapporteurs observent que non seulement les programmes de la dissuasion nucléaire respectent les enveloppes budgétaires attribuées, mais ils se conforment également le plus souvent aux délais prévus pour les études, les développements, les tests, la production et la livraison.

C. Une doctrine exposée au travers des discours du président de la République

La dissuasion nucléaire ne se limite pas à la possession de l’arme nucléaire et à la capacité d’en faire usage à tout moment. Elle repose également sur une doctrine qui fixe un cadre pour un « dialogue de puissance » avec un éventuel adversaire. Les discours des présidents de la République sont publics et interviennent au rythme d’un discours par mandat environ afin de faire le point sur l’évolution des menaces et les conséquences sur la doctrine nucléaire de la France. La doctrine française repose en particulier sur deux notions fondamentales : la définition des intérêts vitaux de la France et la capacité à produire des dommages de destruction assurée. Le premier discours actant la création de la « force de frappe » a été prononcé par le général de Gaulle le 3 novembre 1959 devant l’École de Guerre. Son principe fondamental était qu’il fallait « que la défense de la France soit française » réaffirmant ainsi le caractère intangible de l’indépendance nationale. Mais le général de Gaulle rappelait toutefois que : « notre stratégie doit être conjuguée avec la stratégie des autres. Sur les champs de bataille, il est infiniment probable que nous nous trouverions côte à côte avec des alliés ». Dès lors les deux principes étaient posés : la France doit être autonome dans ses moyens et elle doit occuper sa place auprès de ses alliés. Concernant les modalités de mise en œuvre d’une frappe d’ « avertissement nucléaire » qui constitue un fondement de la doctrine nucléaire française les rapporteurs peuvent confirmer que les deux composantes sont susceptibles d’accomplir cette mission. Cet avertissement « unique et non renouvelable » doit démontrer à un agresseur que le conflit vient radicalement de changer de nature. Concernant la vocation des deux composantes, il convient de garder à l’esprit, que les deux composantes peuvent remplir ensemble ou séparément toutes les missions dévolues aux forces nucléaires. En particulier, chaque composante participe à la garantie de frappe en second même si seul le sous-marin en patrouille est en mesure de garantir une frappe en second en cas d’attaque surprise massive.

 
II. DEUX COMPOSANTES NUCLÉAIRES PLEINEMENT OPÉRATIONNELLES

Depuis plus de cinquante ans, la présence d’au moins un SNLE au fond des océans constitue la garantie de pouvoir à tout moment délivrer une frappe en second et rend sans issue tout projet d’attaque de décapitation. Le contrat opérationnel de la Force océanique stratégique (FOST) ne se limite toutefois pas à un seul navire, il prévoit la possibilité de faire appareiller jusqu’à trois SNLE concomitamment, ce qui selon certains médias français et internationaux fut fait en mars 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La disponibilité des moyens concerne également les FAS qui s’appuient sur une alerte permanente et la maîtrise des techniques opérationnelles de pénétration des raids aériens qui permettent un engagement nucléaire dans un délai relativement court.

A. La composante nucléaire océanique (CNO) Alors que de nombreuses marines connaissent des problèmes de disponibilité, la flotte française de SNLE est pleinement opérationnelle. La FOST comprend, outre les quatre SNLE en service actuellement, un ensemble de moyens logistiques ainsi que des moyens de transmission et des capacités de reconnaissance acoustique. La composante océanique apporte une profondeur stratégique fondée sur les principes de dilution et de discrétion qui fondent l’invulnérabilité des SNLE en patrouille. Chaque commandant de SNLE est seul décisionnaire de sa cinématique qu’il ajuste en tenant compte des informations qui lui sont envoyées en permanence par l’état-major de la FOST. Dans l’éventualité d’un tir, si le commandant connaît le détail de l’arsenal du navire, il ne connaît en aucun cas les cibles, cette information relevant de la prérogative du chef de l’État. La doctrine française ne désignant aucun adversaire en particulier, les armes ne disposent d’aucune information de ciblage dans leur système jusqu’à la transmission de l’ordre de tir. Pour des raisons de contrôle de l’engagement, le protocole de mise à feu des missiles nécessite l’intervention du commandant et de son second depuis deux emplacements distincts du navire. Le bon niveau de disponibilité des SNLE s’explique par la qualité de la filière nucléaire militaire française tant en ce qui concerne leur fabrication que leur maintien en conditions opérationnelles (MCO), qu’il s’agisse des entretiens réguliers après chaque mission ou bien des opérations de « grand carénage » qui interviennent tous les dix ans. Les rapporteurs recommandent de poursuivre la modernisation des SNLE 2G à travers le remplacement, lorsque cela est utile, de certains matériels d’origine (périscope, sonar) par des matériels de dernière génération plus performants afin de préserver l’excellence technologique de ces navires.

B. La composante nucléaire aéroportée (CNA) Les forces aériennes stratégiques (FAS) démontrent en permanence aux compétiteurs que l’arme nucléaire est bien une arme d’emploi. Environ 70 opérations et exercices de toutes natures sont organisés chaque année par les FAS afin de conforter leur crédibilité. Les avions des FAS sont disponibles en permanence avec des délais de prévenance très courts et leur mise en alerte constituerait un élément du dialogue nucléaire en cas de crise grave puisque l’adversaire pourrait mesurer en temps réel l’avancement de la préparation d’un raid nucléaire. Le raid une fois décidé et mis en œuvre, le chef de l’État conserverait la capacité de l’annuler tant que l’engagement des forces nucléaires n’est pas effectif. Cette réversibilité de la composante aéroportée constitue sans doute son principal atout opérationnel. Avec l’empilement des contrats opérationnels des FAS, les rapporteurs considèrent que l’accroissement de leurs missions ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur l’évolution de leurs moyens et sur le nombre d’escadrons nécessaire.

C. Un renouvellement des deux composantes nucléaires engagé depuis 2015 Le temps de la dissuasion n’est pas le temps de la vie politique. La dissuasion nucléaire n’a été possible et demeure une réalité uniquement parce que les présidents de la République successifs et les majorités parlementaires ont confirmé année après année cet engagement de la Nation tout entière. La France est aujourd’hui engagée dans le renouvellement de ses deux composantes nucléaires ce qui constitue un défi à la fois humain, technologique et financier. Les SNLE 3G répondront à l’évolution de la menace, notamment en termes d’invulnérabilité, et ils embarqueront jusqu’à l’horizon 2090 les versions à venir du missile M51. Le lancement de l’étape 2 du programme SNLE 3G comprend la conception détaillée des quatre navires qui composeront la classe « Invincible ». Les commandes lancées ne se limitent pas, en effet, au « premier de série » mais concernent tous les approvisionnements à longs délais relatifs notamment aux différents éléments qui permettent de réaliser les chaufferies nucléaires (eg. les cuves) ainsi que les coques (eg. des stocks d’acier spécial). Le programme du futur missile Air Sol Nucléaire de 4e génération (ASN 4G) a été lancé en réalisation en mars 2026 pour une mise en service à l’horizon 2035. Ce changement de classe de missile aura également pour conséquence de devoir développer de nouvelles têtes nucléaires qui seront adaptées aux caractéristiques des nouveaux vecteurs. Les rapporteurs ont été informés que le CEA disposait des stocks suffisants de matières nucléaires pour pouvoir gérer la transition entre les deux types de têtes nucléaires. L’hypervélocité du missile ASN4G (hypersonique et manœuvrant) garantira une supériorité opérationnelle au système d’armes, en tenant compte de l’évolution des défenses adverses jusqu’à l’horizon de son retrait de service et en offrant une capacité de pénétration de ces défenses. Les crédits dédiés à la dissuasion nucléaire étaient de 6,36 Mds€ en 2024, 6,89 Mds€ en 2025 et 7,38 Mds€ en 2026. Environ 57 Mds€ sur les 436 Mds€ prévus par la LPM 2024-2030 seront consacrés à la dissuasion nucléaire. Les efforts supplémentaires prévus par l’actualisation de la LPM permettront de financer le rehaussement de l’arsenal ainsi que la consolidation du programme national Tritium. 57 Mds€ C’est le montant estimé par les rapporteurs des crédits consacrés à la dissuasion nucléaire dans la LPM 2024-2030

III. UN REHAUSSEMENT DE L’ARSENAL FRANÇAIS DEVENU NÉCESSAIRE

Le discours du chef de l’État du 2 mars 2026 maintient les principes fondamentaux comme la dimension strictement défensive de la dissuasion nucléaire française. La doctrine française ne retient pas le concept de « no first use » qui ferait obstacle à deux possibilités clé : le recours à l’avertissement nucléaire et la possibilité d’employer l’arme nucléaire pour faire face à une agression ou à une menace sur nos intérêts vitaux non nucléaires. L’ambiguïté autour de la définition des intérêts vitaux est maintenue tandis que la notion d’escalade nucléaire est toujours écartée. L’arsenal nucléaire français ayant une dimension uniquement stratégique, l’ « avertissement nucléaire » vise à rétablir la dissuasion nucléaire. Par ailleurs, la dissuasion nucléaire demeure souveraine et indépendante. Cinq évolutions majeures intervenues depuis le précédent discours du chef de l’État du 7 février 2020 ont rendu nécessaire une nouvelle expression du chef de l’État dès cette année :

1- La multiplication des conflits sous le seuil impliquant des États dotés ;

2- L’évolution de la doctrine de dissuasion de plusieurs compétiteurs ;

3- Les alliances et coordinations impliquant des États dotés ;

4- Les développements technologiques des arsenaux nucléaires ;

5- L’essor quantitatif et technologique des moyens de défense anti-missiles adverses.

    Une autorité militaire auditionnée Ce nouveau discours tire néanmoins les conséquences de l’évolution du contexte géopolitique et acte les difficultés à poursuivre les efforts en faveur du désarmement et de la lutte contre la prolifération tout en réaffirmant leur nécessité. La principale évolution de la doctrine concerne l’augmentation du nombre des têtes nucléaires sans pour autant que la France s’engage dans une course aux armements. La position française demeure construite autour de la notion des dommages inacceptables même si les termes ne sont plus employés. Le discours laisse entendre que la France se donne les moyens de pouvoir percer n’importe quelles défenses pour atteindre des cibles qui ne se limitent plus aux « centres de pouvoir ». « La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout État à s’en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein. Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l’être. À coup sûr, pourtant, nos intérêts, s’ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales. » (…) « Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ? À l’inverse, qu’une menace extrême en Europe ne concerne que nous-mêmes ? Pour ces raisons fondamentales, les Présidents successifs ont évoqué la dimension européenne des intérêts vitaux de la France » (…) Emmanuel Macron, 2 mars 2026

    A. De la « stricte suffisance » à la « stricte cohérence » Alors que pendant des décennies une parité avait été atteinte entre la Russie et les Etats-Unis en nombre de têtes nucléaires opérationnelles autour de 1 500 à 2 000 pour chaque protagoniste, ce rapport de puissance est estimé de nos jours à 1,5 contre 1 en ajoutant les capacités de la Chine à celles de la Russie et pourrait atteindre 2 contre 1 dans 10 ans compte tenu du développement de l’arsenal chinois voire 2,5 contre 1 en tenant compte de l’arsenal nord-coréen. Cette dégradation nette et prolongée du rapport de puissance est ainsi considérée comme porteuse de menaces pour la préservation des équilibres stratégiques au niveau mondial. Le rehaussement de l’arsenal nucléaire français permet à la dissuasion de conserver son « pouvoir de destruction assuré ». Le rehaussement répond à deux tendances majeures : les mutations de l’environnement stratégique qui imposent d’envisager des scénarios de menace plus complexes voire combinés entre adversaires et les évolutions technologiques des défenses qui doivent être et sont anticipées.

    B. Une contribution française à la défense de l’Europe renforcée La proposition de « dissuasion avancée » constitue une évolution majeure de la doctrine nucléaire française. Elle matérialise la dimension européenne de cette dissuasion à laquelle il était fait souvent référence dans les précédents discours sans définition précise. Elle doit permettre de faire émerger, selon une autorité auditionnée, « une solidarité stratégique » entre les partenaires. Le choix des partenaires a été réalisé avec soin compte tenu des enjeux géopolitiques. L’idée était notamment que le débat stratégique ne doit pas concerner que les grands pays et qu’il est nécessaire de construire une culture stratégique européenne. Les neuf pays (Allemagne, Belgique, Danemark, Finlande, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède) qui ont répondu favorablement à la proposition de participer à la « dissuasion avancée » française se situent plutôt au nord de l’Europe ce qui est de nature à compliquer les calculs de l’adversaire compte tenu des points de contacts qui existent avec la Russie tant sur le plan terrestre que maritime et aérien. À travers la proposition de « dissuasion avancée » la France participe à agréger les capacités européennes et à favoriser leur mise en cohérence, chaque partenaire étant invité à renforcer ses moyens pour contribuer sur des segments conventionnels à sa mise en œuvre.

    C. La nécessité de développer l’épaulement conventionnel Pour un expert auditionné également « le risque nucléaire en Europe est pour l’heure assez faible. Par contre le risque d’attaques conventionnelles au moyen de drones, missiles de croisière et/ou balistique constitue une réelle menace face à laquelle nous n’avons pour l’heure qu’assez peu de moyens défensifs mais également offensifs pour répondre de manière proportionnelle ». C’est la raison pour laquelle le discours du chef de l’État du 2 mars 2026 a constitué une évolution importante au regard de la place accordée à l’épaulement conventionnel. Si la question de la défense sol-air antimissiles est devenue prioritaire c’est que les États dotés ou possesseurs de l’arme nucléaire ne sont plus à l’abri d’un conflit de haute intensité comportant l’utilisation de missiles de croisière ou balistiques. En 2025, quatre pays possédant l’arme nucléaire – l’Inde, le Pakistan, la Russie et Israël – ont été touchés par des attaques de missiles, les deux derniers continuant à subir des frappes en 2026. Les rapporteurs considèrent comme indispensable le renforcement des capacités de défense sol-air des bases à capacité nucléaire afin de pouvoir mieux réagir à un engagement de haute intensité en Europe « sous le seuil » nucléaire. L’évolution de la guerre en Ukraine a mis en évidence le rôle clé des frappes dans la profondeur pour détruire des infrastructures ou des matériels derrière les lignes de front au moyen de drones ou de missiles. Toutefois, l’amélioration des défenses sol-air des belligérants a progressivement réduit l’efficacité des drones et des missiles de croisière qui se déplacent à faible altitude. Si les drones sont maintenant utilisés en salves pour garantir la survivabilité d’une fraction suffisante d’entre eux, le coût des missiles de croisière rend difficile d’en multiplier l’usage. Les contraintes propres aux missiles de croisière ont renouvelé l’intérêt pour les missiles balistiques qui utilisent des trajectoires plongeantes depuis une altitude plus grande et arrivent à des vitesses nettement plus élevées rendant ainsi plus complexe leur interception. La guerre menée par Israël et les Etats-Unis à l’Iran a démontré l’efficacité des missiles balistiques de différentes portées et notamment celle des missiles aérobalistiques d’environ 1 000 km de portée. C’est la raison pour laquelle la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a demandé et obtenu lors du débat sur le projet de loi portant actualisation de la LPM de prévoir le développement d’une véritable trame balistique complète jusqu’à 2 500 km. Les rapporteurs sont favorables au développement d’une trame balistique opérative, stratégique et souveraine pour permettre l’épaulement conventionnel de la dissuasion nucléaire et prévenir son « contournement par le bas ».

    IV. UNE « DISSUASION AVANCÉE » POUR RENFORCER L’AUTONOMIE STRATÉGIQUE EUROPÉENNE

    A. Une démarche progressive visant à compliquer les calculs de l’adversaire Il y a aujourd’hui en Europe une appétence pour partager une culture commune de la dissuasion nucléaire articulée avec la dimension conventionnelle. Cette culture de la dissuasion parfois désignée par les termes « QI nucléaire » doit permettre de susciter une « intimité stratégique » suffisante pour permettre, le cas échéant, une gestion commune d’une dynamique d’escalade. Neuf pays (Allemagne, Belgique, Danemark, Finlande, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède) ont déjà montré de l’intérêt et engagé des discussions sur la proposition française de contribuer à une « dissuasion avancée ». L’offre de coopération française devait, pour aboutir, éviter deux écueils : donner le sentiment de vouloir se substituer à l’OTAN dans sa dimension d’alliance défensive nucléaire et laisser penser que la France pourrait « partager » la décision de recourir à l’arme nucléaire. Ces deux écueils ont bien été évités. Selon l’EMA-FN : « ces coopérations viseront d’une part à démontrer la convergence stratégique et la solidarité grandissantes entre la France et ses partenaires. Elles permettront d’autre part le développement de volets opérationnels adaptés à chaque partenaire. Elles reposeront en premier lieu sur l’établissement d’un dialogue de confiance et de cultures stratégiques communes autour des questions de dissuasion nucléaire. Elles pourront inclure certains partenaires à des actions opérationnelles : participation à des exercices à dimension nucléaire, association à des manœuvres de signalement stratégique, jusqu’au possible déploiement de circonstance d’éléments de la composante nucléaire aéroportée ».

    B. La participation des alliés aux exercices de la dissuasion nucléaire française L’association des partenaires européens aux exercices devrait nécessairement s’opérer de manière progressive. De tels exercices nécessitent, en effet, de bien se connaître notamment au regard des modes de fonctionnement réciproques. L’intégration des partenaires pourra, par ailleurs, pour commencer, prendre la forme d’exercices de guerre électronique et de renseignement avant d’envisager une participation à des exercices en vol. Des « petits Poker » pourront ensuite être envisagés avant, le cas échéant, d’engager la réalisation d’exercices à l’échelle européenne. Ces exercices à l’échelle nationale ou européenne pourront également prendre plusieurs formes : participation de forces conventionnelles partenaires à des exercices dédiés avec les forces stratégiques (dans l’espace aérien français ou dans l’espace aérien conjoint), déploiements de composantes des forces aériennes stratégiques chez le partenaire, etc. Des groupes bilatéraux de pilotage (« nuclear steering group ») ont été créés avec chaque partenaire afin de fixer l’ambition commune et la feuille de route tant dans le domaine de la mission nucléaire que de l’épaulement stratégique. Le caractère bilatéral des coopérations impose de créer un groupe par partenaire, soit neuf groupes de pilotage (dix avec le R-U). À l’issue du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité organisé à Brühl, le 17 juillet 2026, le chancelier Friedrich Merz a déclaré que l’Allemagne participera dès cette année à un exercice nucléaire des forces françaises.

    C. Des « déploiements de circonstances » en Europe Le président de la République a annoncé la possibilité de conduire des « déploiements de circonstances » d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés en indiquant que « nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du territoire européen » et que « cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d’un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous ». Les rapporteurs se sont interrogés sur le sens qu’il convenait de donner à l’expression « déploiements de circonstances ». Le flou de l’expression présidentielle doit permettre la plus grande souplesse. Toutefois, ces déploiements pourraient être justifiés par les circonstances en temps de crise. Ces déploiements constitueraient alors un geste fort de la France puisque les avions déployés seraient armés de missiles ASMPA-R comportant leur tête nucléaire, signifiant par là-même qu’il ne s’agit pas d’un exercice. Les discussions avec les alliés concernés viennent de commencer et ce sont les dialogues bilatéraux qui permettront de préciser les contours du concept et les modalités de sa mise en œuvre. Nous ne sommes, en réalité, qu’au début du processus ce qui explique le fait que cette annonce n’a pas encore donné lieu à la définition d’un cadre opérationnel. Si la décision de déployer les FAS dans un pays européen à l’occasion d’une crise majeure relève du chef de l’État compte tenu de la pratique institutionnelle, la durée de cet engagement comme ses conditions et ses objectifs devront pouvoir faire l’objet d’une information du Parlement ce qui pose la question de l’application de l’article 35 de la Constitution qui fait obligation au Gouvernement d’informer le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger et d’obtenir ensuite son approbation pour prolonger ce déploiement au-delà de 4 mois. Si l’organisation d’un exercice de raid nucléaire « Poker » – même en Europe – ne saurait entrer dans le champ d’application de l’article 35 de la Constitution puisqu’il s’agirait alors d’un exercice sans emport d’arme nucléaire, les choses se présentent différemment pour des « déploiements de circonstances » d’unités des FAS armées de missiles nucléaires ASMPA-R prêtes à être engagées. De tels déploiements présenteraient, en effet, toutes les caractéristiques d’une intervention militaire extérieure qu’il s’agisse d’une part de la projection de capacités militaires à distance du territoire national et d’autre part de la motivation concernant la défense de nos intérêts stratégiques et de sécurité, comme de ceux de nos partenaires et alliés. En l’absence de traité international adopté par le Parlement qui acterait la possibilité de procéder en permanence à des déploiements d’avions des FAS porteurs de l’arme nucléaire, ce sont les dispositions prévues de manière générale par la Constitution qui devraient pouvoir s’appliquer. Les rapporteurs estiment que la capacité du président de la République à exercer sa compétence en matière de « dissuasion avancée » au moyen des « déploiements de circonstances » ne pourrait qu’être renforcée par l’accord du Parlement à déployer dans la durée – au-delà de 4 mois – des unités des FAS dans un pays européen allié.

    Source : Sénat

    Cédric PERRIN Président Territoire de Belfort Les Républicains
    Pascal ALLIZARD Rapporteur Calvados Les Républicains
    Patrice JOLY Rapporteur Nièvre Socialiste, Écologiste et Républicain

    Mercredi 16 septembre 2026




    Géopolitique. Japon : Ouverture prudente vers Moscou et Pékin

    Des nouvelles intéressantes du côté de l’Asie, où se tenait la 33e rencontre ministérielle de l’Association des nations du sud-est asiatique, l’ASEAN, ouverte le 21 juillet à Manille, aux Philippines. Parmi les 27 pays présents, dont la Chine, la Russie, les Etats-Unis, ainsi que l’Union européenne, le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, membre du parti libéral-démocrate (PLD), dont il a été le Secrétaire général (2021-2024), comme la Première ministre Sanae Takaichi – un homme expérimenté, plusieurs fois ministre dans les gouvernements précédents.

    Bien entendu, cette réunion avait pour objet la coopération régionale (l’ASEAN) représente près de 9% de la population mondiale et le FMI lui prévoyait une croissance de 4,5% en avril dernier). Mais une coopération par le dialogue et la diplomatie – loin donc des confrontations qui obscurcissent le climat économique mondial.

    Ce que paraît, prudemment, souhaiter le Japon.

    En effet, nous informe le site Japan Daily via Instagram (1), « Toshimitsu Motegi, s’est brièvement entretenu avec son homologue chinois, Wang Yi, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères dans le cadre de l’ASEAN à Manille ». Pourquoi tant de prudence ? Parce que « cet échange marque la première interaction entre les ministres japonais et chinois des Affaires étrangères depuis novembre 2025, date à laquelle les déclarations de la Première ministre Sanae Takaichi devant le Parlement concernant Taïwan avaient conduit à une recrudescence des tensions diplomatiques ». En effet, nous l’avions relevé ici (2), Sanae Takaichi, proche de son mentor et « faucon » Shinzo Abe, assassiné en juillet 2022, n’avait pas hésité, dès son intronisation, à affirmer une position forte en face des prétentions de la Chine sur Taïwan, suscitant de vives réactions à Pékin.

    A la satisfaction de Donald Trump, qui lui a souhaité « beaucoup de succès dans la mise en œuvre de son programme conservateur, axé sur la paix par la force » (2). Mais depuis, les relations bilatérales avec la Chine ont été marquées « par des frictions persistantes, comme en témoigne l’imposition récente par Pékin, fin juin, de contrôles stricts à l’exportation sur les biens à double usage destinés à des entités japonaises » (1).

    Peu d’informations sur le contenu de la rencontre. La chaîne publique japonaise NHK confirme (3) : « Les détails de la conversation n’ont pas été divulgués. M. Motegi aurait souligné l’importance de la communication. Le ministre japonais a réaffirmé qu’elle était essentielle en raison des problèmes et des défis qui persistent entre les deux pays. Il a déclaré que le Japon et la Chine jouent un rôle majeur pour la paix dans la région et qu’il est extrêmement important de poursuivre le dialogue ». Certes, si l’on en croit l’Asahi Shimbun (4), le deuxième plus grand quotidien japonais, on est plus réservé du côté chinois. « Lors d’une conférence de presse tenue le 23 juillet, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré :

    « Aucune rencontre n’était prévue entre le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et la délégation japonaise à Manille », refusant ainsi de reconnaître ce contact ».

    Soit, les portes fermées sont difficiles à rouvrir.

    Mais il semble bien que Toshimitsu Motegi souhaite cette ouverture, et qu’il ait plus de succès avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, qu’il a « brièvement » rencontré lors d’un dîner, le 21 juillet. Japan Daily comme l’Asahi Shimbun y sont attentifs. Ce dîner est le « premier contact entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 », note le quotidien, quand le Japon a rejoint « les États-Unis et l’Europe pour imposer des sanctions financières et autres à la Russie, qui, en représailles, avait qualifié le Japon de « pays hostile ». Hostile ? La période est difficile, reconnaît Toshimitsu Motegi qui connaît son homologue de longue date, mais « il est important de gérer de manière appropriée les relations bilatérales, notamment la communication intergouvernementale, ainsi que les échanges culturels et entre les peuples » (4).

    Ce à quoi les Russes semblent répondre plutôt favorablement : en effet, rapporte l’agence russe TASS (5), « au Japon, nombreux sont ceux qui ont souligné les relations personnelles étroites que Motegi a nouées avec Lavrov. Le ministre des Affaires étrangères lui-même a évoqué une « relation de confiance », rappelant plusieurs échanges – y compris des discussions informelles – avec Lavrov. Il convient notamment de noter que, lors d’un discours prononcé en avril lors du Rassemblement national pour la restitution des territoires du Nord (terme utilisé par le Japon pour désigner les îles Kouriles du Sud, qui appartiennent à la Russie), Motegi a fait référence à des « longues négociations » menées avec M. Lavrov le 7 février précédent ». Notons que Vladimir Poutine est favorable à un accord sur les Kouriles – et surtout à signer formellement la paix avec le Japon, ce qui paraissait possible avant l’ouverture des hostilités en Ukraine, puis abandonné. La paix n’a jamais été officiellement signée entre les deux pays… depuis 1945.

    Sauf que la route s’annonce encore longue.

    Tass en effet ajoute : « le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Rudenko, a critiqué la position du Japon, affirmant dans une interview accordée à l’agence TASS que Tokyo avait instauré des sanctions contre la Russie « pour faire preuve de solidarité avec l’Occident » et continuait de les maintenir. M. Rudenko a suggéré que le Japon fasse le premier pas vers la réconciliation en renonçant à sa « politique hostile » envers la Russie ». Il avait même été prévu une rencontre formelle entre Toshimitsu Motegi et Sergueï Lavrov à l’occasion de cette réunion de l’ASEAN – ce qui ne s’est pas fait. « Bien que M. Motegi ait déclaré que « Tokyo était ouvert au dialogue avec Moscou », il a précisé qu’il n’existait pour l’instant aucun projet concret concernant de telles discussions ».

    Soyons clairs, le Japon cherche à protéger ses intérêts dans ses relations avec la Russie, à commencer pour ses besoins en énergie. Dès le début du mois de janvier 2026, nous le notions ici (2), la Première ministre faisait passer un message d’apaisement à Vladimir Poutine – malgré le contentieux toujours en cours sur Sakhaline et ses richesses énergétiques, où le Japon a investi. « Sanae Takaichi a transmis un message au président russe Vladimir Poutine, par l’intermédiaire du député Muneo Suzuki, indiquant que Tokyo considère ses relations avec Moscou comme importantes »tout en souhaitant, rapportait TASS, « un cessez-le-feu rapide en Ukraine ». Et les contacts se sont multipliés, ce que confirme l’Asahi Shimbun. « Fin mai, plusieurs responsables, dont Masayoshi Arai, directeur général du Bureau de la politique commerciale au ministère de l’Économie, se sont rendus à Moscou pour discuter de la « protection des actifs » des entreprises japonaises » (4). On a aussi parlé de zones de pêche, de visas, et réussi à rétablir un échange d’étudiants.

    Qu’est-ce qui a fait bouger le Japon, prudemment demandeur de dialogue avec Pékin comme avec Moscou ? Certainement la position américaine sur l’Iran qui ne permet pas la réouverture du détroit d’Ormuz, ce qui pénalise une économie japonaise, la quatrième au monde : 90% de son pétrole provenait du Moyen-Orient – dont 70% passait par le détroit. Le piège, possible, de l’engrenage d’une « guerre sans fin » entre l’Iran et les Etats-Unis éloigne la perspective d’une « paix acquise par la force », mantra de Donald Trump tel que le défendait le département d’État américain (6) le 4 mars dernier, avant l’assassinat de l’ayatollah Khamenei et des siens le 28 février.

    Ce qui n’a pu échapper à Sanae Takaichi. La Chine moins allante que la Russie ? Attendons ce que la belle Sanae aura à dire sur Taïwan.

    Nous suivrons l’affaire.

    Hélène NOUAILLE
    La lettre de Léosthène
     

    Cartes :

    Le Japon, la Russie et les Kouriles (source : le Monde diplomatique)
    https://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L640xH969/carte8155-11f97.jpg?1757206386

    Le Japon, ses petites îles et Taïwan (source : BFM)
    https://images.bfmtv.com/vzrjEUp3X0g06NNlzvrwsT7Hh6Q=/0x0:1920×1080/1920×0/images/Le-Japon-erige-un-archipel-de-missiles-face-a-la-Chine-2198204.jpg

    Les bases américaines à Okinawa (source : Nippon.com)
    https://lesmotsdetaiwan.com/wp-content/uploads/2025/01/2020-okinawa-us-facilities.png?w=914 

    Notes : 

    (1) Japan Daily, le 23 juillet 2026, Japan Foreign Minister Motegi Holds Direct Talks With Chinese and Russian Counterparts
    https://www.instagram.com/p/DbIXUwGkfhd/

    (2) Voir Léosthène n° 1971/2026, le 11 février 2026, Le Japon de Sanae Takaichi : une victoire et des questions

    Ainsi, il peut y avoir des dissolutions heureuses. Au moins au Japon. Sanae Takaichi, conservatrice du parti libéral démocrate (PLD) élue en octobre dernier, ne disposait que d’une courte majorité à la chambre basse (l’Assemblée nationale). Pas assez pour gouverner comme elle l’entendait. Première femme élue au poste de Premier ministre dans un pays encore attaché à son passé patriarcal, elle a pris le pari de profiter de l’extraordinaire état de grâce qui a suivi sa prise de fonction, le 21 octobre dernier – 75% d’approbation en décembre, plus de 60% encore en janvier. Elle décide de dissoudre la chambre basse et de provoquer des élections anticipées le 8 février. Sur quel programme ? Une direction qui plaît à Donald Trump, qui lui souhaite « beaucoup de succès dans la mise en œuvre de son programme conservateur, axé sur la paix par la force », dans un message publié sur les réseaux sociaux ». Que veut dire pour Sanae Takaichi la paix par la force ?

    (3) NHK, le 23 juillet 2026, Premier entretien des ministres chinois et japonais des Affaires étrangères depuis la détérioration des relations entre Pékin et Tokyo
    https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/fr/news/20260723_14/

    (4) Asahi Shimbun, le 24 juillet 2026, Japan dips toe into diplomatic waters with China, Russia
    https://www.asahi.com/ajw/articles/16752964

    (5) TASS, le 23 juillet 2026, Japan’s foreign minister recounts first contact with Russian counterpart in six years
    https://tass.com/world/2164249

    (6) US Departement of State, le 4 mars 2026, Maison Blanche, Le président Trump, ou le leadership de la paix par la force (traduction en français du site lui-même)
    https://www.state.gov/translations/french/le-president-trump-ou-le-leadership-de-la-paix-par-la-force

    Source photo bandeau : Google Maps




    Histoire : Bataillons d’Afrique ou « Aller à Tataouine »

    « Le rôle joué pendant la Grande Guerre par les indigènes algériens a été grand, leur sang s’est mêlé au sang français sur tous les champs de bataille, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs… ». (Baron de Feuchins « Rapport sur le bilan des pertes » (1924)).

    Lors du dernier repas de l’Assemblée Générale d’une association de réservistes, je me trouvais à la table d’un type sympathique, ingénieur en retraite et commandant de réserve (h) de l’Armée de l’Air. Mais j’ai senti chez lui une sensibilité de gauche quand, alors que nous parlions de la grande boucherie de 14-18, il m’a servi le sempiternel couplet de repentance à l’égard de nos anciens colonisés. Sa sentence était sans appel : « On pas nier que nos troupes africaines ont servi de « chair à canon » pendant la Grande Guerre ». Et il a ajouté, sûr de son fait, que « les Bataillons d’Afrique ont donné d’excellents soldats ». Depuis que la France culpabilise sur son passé colonial, j’ai entendu cent fois ce discours qui voudrait que ces « salauds de Blancs » aient utilisé les troupes indigènes comme « chair à canon » en 14-18. Or c’est inexact ou, pour le moins, très exagéré ! Et dans un pays qui ne connaît pas son histoire, on confond souvent l’Armée d’Afrique et les Bataillons d’Afrique, les fameux « Bat’d’Af ». Aussi, je crois utile, régulièrement, de remettre les pendules à l’heure.

    À l’époque coloniale, nos forces étaient réparties en trois ensembles: l’Armée métropolitaine, les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique qui dépendaient d’un même état-major général.

    Dans la terminologie militaire, les troupes coloniales désignaient les troupes « indigènes », hors Afrique du Nord, et métropolitaines : les anciennes formations de marine (« Marsouins » pour l’infanterie et « Bigors » pour l’artillerie), qui fusionnent, en 1900, pour former l’« Armée coloniale » (ou « la Coloniale »). Ces troupes se distinguent donc des troupes d’Afrique du Nord « indigènes » (Tirailleurs, Spahis) et européennes (Zouaves, Chasseurs d’Afrique, Légion Étrangère), qui forment l’Armée d’Afrique (19ème Corps d’Armée) et provenaient essentiellement d’Algérie.
    Certains régiments, mixtes, regroupaient des chrétiens, des juifs et des musulmans, comme les unités de Zouaves ou de Tirailleurs. On estime que l’Empire a fourni, en quatre années de guerre, entre 550.000 et 600.000 « indigènes » à la mère-patrie, dont 450.000 vinrent combattre en Europe. 270.000 mobilisés, dont 190.000 combattants, étaient des Maghrébins, 180 000 mobilisés, dont 134.000 combattants, étaient des « Sénégalais » (1). Les autres troupes venaient de tout l’Empire : Madagascar, Indochine, Océanie, etc… Les « indigènes » ont représenté 7% des 8.410.000 mobilisés de l’Armée française, affectés majoritairement dans les régiments de Tirailleurs. La proportion de Français blancs au sein des régiments de Tirailleurs nord-africains était d’environ 20 %. Un peu moins dans les bataillons de « Sénégalais ». En 1918, à la fin de la guerre, notre Armée disposait de cent divisions dont six divisions composées de troupes de l’Armée d’Afrique et sept divisions de troupes de l’Armée coloniale. La moitié des effectifs de ces treize divisions étant d’origine métropolitaine.

    Si ces effectifs peuvent sembler relativement faibles, les troupes « indigènes » comptent à leur actif bon nombre de faits d’armes glorieux et leur rôle ne saurait être sous-estimé. Leur apport a été très important dans les semaines décisives de septembre 1914, lors de la bataille de la Marne. Si quelques cas de panique furent signalés lors des toutes premières semaines de combats (comme dans d’autres unités issues de métropole), par la suite, elles se montreront à l’égale des meilleurs.

    Durant la Grande Guerre, le nombre de tués de nos troupes « indigènes » est estimé à plus de 70.000 : 36.000 Maghrébins et 30.000 « Sénégalais » : chiffres à rapprocher des 1.500.000 tués de la Grande Guerre. Les monuments aux morts des villes et villages français sont là pour nous rappeler que la grande boucherie de 14-18 aura été, hélas, assez « égalitaire ».
    Les combattants de notre Empire y ont eu leur part…comme les autres, ni plus, ni moins.

    Disons maintenant un mot des Bataillons d’Afrique: les « Bat’d’Af ».

    Les Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique (BILA), plus connus sous les surnoms de « Bat’d’Af’ » ou de « Joyeux », étaient des unités qui relevaient, effectivement, de l’Armée d’Afrique.
    L’Infanterie Légère d’Afrique, après un projet avorté en 1831, a été créée en juin 1832 pour recycler les soldats condamnés par la justice militaire.

    Elle n’était pas une formation disciplinaire au sens strict du terme, mais il est indéniable qu’il y régnait une discipline plus rugueuse que dans les régiments d’infanterie classiques. On y incorporait des soldats au casier judiciaire chargé, puis à la fin du 19° siècle, des voyous, des petits truands, des proxénètes. Ils relevaient de 54 catégories judiciaires différentes, allant du simple délit à la tentative de meurtre. Basées en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc), « à Biribi », nom générique pour désigner leur cantonnement, ces unités constituaient l’instrument répressif de l’Armée française : destinées à mater les fortes têtes, elles étaient conçues pour « redresser ceux qui ont failli ».
    L’expression « aller à Tataouine » vient des « Bat’d’Af », ce nom désigne un de leurs camps situé dans le sud tunisien (2). Les « Joyeux » avaient leurs traditions : le tatouage « Marche ou Crève » sur une jambe, et parfois, sur un bras « Né sous l’étoile du malheur, mort sous l’étoile du bonheur », en hommage à leur fétiche, « l’étoile du bazar ». À leur retour à la vie civile, c’est grâce à leurs tatouages qu’ils étaient craints et respectés dans le milieu de la pègre. Une autre particularité des « Bat’d’Af » : l’homosexualité dans leurs rangs (héritée des passages en prison).

    En 1914, à la déclaration de la guerre, les effectifs restent en garnison en Afrique du Nord afin d’y assurer le maintien de l’ordre. On a formé pour la durée de la guerre, et par prélèvement dans les 5 BILA, trois Bataillons de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique (BMILA), qui ont été engagés en métropole où ils se sont distingués : les 1er , 2e et 3e BMILA.

    Le chant de marche des « Bat’d’Af » – « Le bataillonnaire » (3) – a été modifié et repris plus tard, pendant la guerre d’Algérie, par les régiments parachutistes (4).

    Sur le sort des bataillonnaires, citons André Nolat qui écrit en argot (5) :
    « …Plus bas dans ces enfers, il y avait les travaux publics. Les Trav’s. Le bagne militaire. Pour ceux qui avaient commis un délit sous les drapeaux, aux Bat’d’Af ou ailleurs, pour les déserteurs, pour les insoumis…C’était Biribi avec ses compagnies de discipline, ses « maisons-mères » en Afrique du Nord : Dar-Bel-Hamrit, Bossuet au sud d’Oran, Douéra, Bougie, Téboursouk… Aux Trav’s, des soldats punis, pègres ou non. Les Trav’s, c’était pas du nougat… Crânes rasés, capotes grises…Fallait marcher bécif, tracer des routes, porter des pierres. Sous le soleil roi, le soleil lion, le soleil assassin. Le cagnard, luisant comme un dinar d’or rouge, qui plie les genoux des plus courageux. Et de la ler dumé(6) a becter. Par terre souvent… ou mêlée à des poignées de sel. Et les chaouchs. Pour la plupart des tocards féroces et provocants. Des pionnards, des fondus ; Peu d’hommes en réchappaient. On y mourrait. On y virait louf. Celui qui décarrait à peu près d’aplomb des Trav’s devenait souvent un vrai cador…Faut pas le nier, parmi ces détenus, il y avait des salauds, des ordures, des monstres. Mais pas tant que ça. Le gros des bataillons, c’était de pauvres mômes, des enfants du malheur, désespérés, qu’une société pourrissante…que l’abandon, l’absence de familles, avait brisé ou métamorphosé en fauves. Des petits qui allèrent à la viande avec rage. Des grands tels Paul Carbone qui fut roi de Marseille et Jo Attia roi du non-lieu. Des hors-la-loi mais des seigneurs loin des crapules d’aujourd’hui, sanglants épiciers de la schnouf. Des hommes qui avaient tout de même une certaine mentalité… »

    Pour être franc, ce romantisme de la canaille ou de la racaille ne m’inspire que du mépris, pas la moindre pitié. Les « Bat’d’Af », définitivement supprimés en 1972, auront eu plusieurs fonctions salutaires.
    Primo – apprendre à des voyous, des petites frappes, des maquereaux, à se réinsérer en travaillant ;
    secundo – protéger la société en internant des truands loin de la métropole ; tertio – leur faire payer leur dette en cassant des cailloux, ce qui n’encourage pas à la récidive. Je ne m’étendrais pas sur les raisons de la montée en puissance des vols, crimes et délits, mais une chose est certaine : ce n’est pas en faisant un simple « rappel à la loi », pas même en infligeant une amende qui ne sera jamais payée (ou une peine de prison assortie du sursis) à un jeune multirécidiviste qu’on lui enlèvera l’envie de recommencer. Notre Code pénal n’a pas besoin d’être revu, il suffirait que les juges – qui se prennent trop souvent pour des justiciers – appliquent les peines prévues par nos lois.
    Les BILA étaient composés en grande majorité de soldats blancs de souche européenne donc ce n’est pas dans ces unités, pas plus que dans d’autres d’ailleurs, qu’on a utilisé des basanés comme « chair à canon ». Nos Tirailleurs, Tabors, Goumiers, nos troupes indigènes dans leur ensemble ont fourni de bons soldats, c’est indéniable, mais ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi.

    En conclusion, je me demande si, compte tenu de l’augmentation de la délinquance – petite, moyenne ou criminelle – dans notre pays, il ne faudra pas, recréer les Bataillons d’Afrique.

    Eric de VERDELHAN

    1) – En fait ce terme englobait toutes les troupes noires d’Afrique.
    2) – J’ai eu l’occasion, il y a bien longtemps, de visiter l’ancienne garnison de « Bat’d’Af », à Tataouine, dans le sud tunisien.
    3) – « En passant par la portière » (« Il est là-bas en Algérie… »). Ceux qui ont eu le privilège de servir chez les paras connaissent ce chant.
    4) – Chanson que certains auteurs attribuent à Aristide Bruant, ce qui est inexact : Bruant a écrit « Au Bat’d’Af » qui n’est pas le chant de marche des BILA.5) — « Les Bat’d’Af et les Travaux » d’André Nolat.
    6) – Lire « de la merde à becter ».




    Arrangement de Narvik : vers des opérations nucléaires françaises en Arctique ?

    Moins de trois mois après le discours de l’Île Longue du 2 mars 2026, dans lequel le président français a présenté le concept de dissuasion avancée impliquant huit États européens, l’initiative continue de convaincre des partenaires majeurs, avec l’entrée de la Norvège via l’Arrangement de Narvik, signé avec Paris le 27 mai 2026.

    La dissuasion avancée est régulièrement présentée comme améliorant la résilience des forces stratégiques françaises par la dispersion sur une zone plus vaste que le seul territoire métropolitain.
    Mais plus qu’une survivabilité accrue, c’est avant tout une porte d’accès à l’Arctique que pourrait offrir la Norvège aux Forces aériennes stratégiques (FAS).

    En effet, l’arrivée d’Oslo dans l’initiative pourrait permettre de « désenclaver » la zone sur laquelle pourront évoluer les Rafale B des FAS. Si la Suède possède un vaste territoire permettant une dispersion des moyens sur de multiples terrains d’aviation, y compris sommaires, le pays est bordé au Nord, à l’Est et à l’Ouest par la Finlande et par la Norvège. Ainsi, seule une sortie par la mer Baltique était possible, sauf à violer l’espace aérien des pays limitrophes, tandis que le seul accès au territoire russe pouvait se faire via l’étroit golfe de Finlande, par lequel transitent régulièrement les appareils russes en route vers Kaliningrad.

    Cette contrainte majeure est désormais levée puisque des appareils français déployés en Suède, mais également en Norvège, pourront sortir vers le Nord et ainsi avoir accès à un vaste ensemble de sites stratégiques russes, avec deux atouts majeurs : une plus grande réactivité, mais surtout une allonge bien plus importante.

    La (presque) fin de la tyrannie des distances

    De nombreuses cibles – principalement militaires – hautement stratégiques pour Moscou sont localisées dans le Nord-Ouest du pays. On peut par exemple citer :

    • Mourmansk et ses environs, accueillant la Flotte du Nord et ses sous-marins stratégiques ;
    • la base navale et le chantier naval militaire de Severodvinsk ;
    • le cosmodrome de Plesetsk, d’où sont lancés la très grande majorité des satellites militaires russes et qui est l’un des principaux sites d’essais pour les armements stratégiques ;
    • plusieurs radars d’alerte avancée antiaérienne et antimissiles nécessaires à la défense du territoire russe contre une attaque nucléaire états-unienne ;
    • ou encore la base aérienne d’Olenia, qui accueille de nombreux appareils, dont des bombardiers stratégiques.

    Théoriquement, ces sites étaient d’ores et déjà atteignables par un raid nucléaire décollant depuis le territoire français. Cela nécessitait cependant au minimum un transit de plus de 2 000 km en traversant l’espace aérien de plusieurs États souverains. Un contour par la mer du Nord pouvait permettre d’éviter ces survols, au prix d’un allongement parfois important du transit.

    Prépositionner des Rafale B des FAS au-delà du Cercle Polaire en Norvège ou en Suède raccourcirait drastiquement ce transit. Ainsi, un Rafale B décollant, par exemple, de la base aérienne norvégienne de Bardufoss n’aurait que quelques centaines de kilomètres à parcourir avant d’atteindre le point de tir de son missile de croisière supersonique à charge nucléaire ASMPA-R ciblant Mourmansk – dont la portée lui permet par ailleurs d’être tiré depuis l’intérieur de l’espace aérien norvégien. D’autres bases de desserrement encore plus proches sont également possibles. Outre un préavis extrêmement faible pour l’adversaire, cela permettrait également d’effectuer une mission sans ravitaillement en vol, diminuant significativement l’empreinte logistique du raid, donc sa visibilité.

    Carte représentant les différents aérodromes militaires sur la péninsule scandinave ainsi que des exemples de cibles potentielles pour un raid nucléaire aéroporté. La ligne jaune représente le rayon franchissable théorique (5 000 km) maximal d’un raid depuis la base aérienne de Saint-Dizier dans l’Est de la France, tandis que la ligne rouge correspond à celui depuis la base aérienne norvégienne de Bardufoss. Source du fond de carte : Google Earth.

    De multiples possibilités pour l’avertissement nucléaire

    Outre ces sites hautement stratégiques, dont la destruction relèverait d’une possible atteinte aux intérêts vitaux russes et qui sont donc peu adaptés à une frappe d’avertissement, le Grand Nord russe regroupe un panel de cibles potentielles pour cet élément fondamental de la doctrine nucléaire française.

    Action unique et non renouvelable, le tir d’avertissement est destiné à démontrer la détermination de la France, et au travers elle de ses alliés, à défendre ses intérêts vitaux, y compris au moyen d’armes nucléaires. Il nécessite un choix de cibles particulièrement calibré, puisque tirer sur une cible anodine pourrait montrer une hésitation des autorités françaises, signe potentiel de faiblesse, tandis que la destruction d’une cible trop stratégique ou causant de graves dommages collatéraux pourrait entraîner une sur-escalade dévastatrice. 

    Or, un grand nombre de cibles isolées sont localisées dans l’Arctique russe, avec des risques de dommages collatéraux limités mais une importance économique, militaire ou politique significative pour Moscou, comme de nombreux sites liés à l’industrie pétrolière ou gazière, ou encore des sites militaires en Nouvelle-Zemble ou sur l’Archipel François-Joseph. 

    Un tir sur le principal site d’essais nucléaires russe aurait par exemple un fort effet symbolique sans pour autant avoir d’importantes conséquences stratégiques à court terme. Il s’agirait par ailleurs d’une cible relativement aisée d’un point de vue opérationnel pour un raid décollant de Norvège ou de Suède, avec un transit d’environ 1 000 km uniquement au-dessus de la mer de Barents, avec pour seul adversaire la chasse russe ne pouvant être soutenue par la défense sol-air en raison de l’éloignement des côtes. On notera par ailleurs que la participation de chasseurs furtifs F-35A norvégiens ou de GRIPEN-E suédois en tant qu’escorte du raid faciliterait encore plus ce type d’action.

    L’Extrême-Orient à portée du raid

    Si la participation de la Norvège à l’initiative facilitera grandement l’atteinte des cibles dans le Nord-Ouest de l’Arctique, nombre d’entre elles étaient déjà atteignables par un raid nucléaire décollant du territoire français. Les FAS avaient en effet déjà démontré leur capacité à se projeter sur plus de 9 000 km en un vol sans escale, incluant une phase de pénétration très basse altitude / très haute vitesse. 

    Cette allonge considérable, permise par plusieurs ravitaillements en vol, rapportée à un départ depuis le Grand Nord ouvre la voie au ciblage de sites stratégiques en Extrême-Orient russe, jusque-là inatteignables par un raid français.

    Alors que les États-Unis restent l’adversaire systémique de la Russie, Moscou craint une attaque surprise désarmante et a construit en conséquence un réseau de bases en Arctique visant à détecter et si possible à contrer une telle action hostile. La plupart de ces bases se retrouvent désormais à portée des Rafale B des FAS, y compris, théoriquement, l’aérodrome militaire d’Anadyr-Ugolny, point d’appui le plus oriental du dispositif russe dans l’Arctique. Or, en cas d’échange nucléaire, les forces stratégiques françaises, et possiblement britanniques, seraient à même d’infliger des dégâts colossaux à la Russie, la rendant vulnérable à une action prédatrice d’une autre puissance nucléaire, même en cas de victoire à la Pyrrhus sur Paris.

    Cette agression d’opportunité serait d’autant plus facilitée par la neutralisation du réseau d’alerte avancée protégeant le flanc Nord de la Russie. Ainsi, la possibilité de prépositionner les FAS dans le Nord de la Suède ou de la Norvège fait peser une épée de Damoclès sur plusieurs de ces bases jusqu’à présent hors d’atteinte du raid et justifiant difficilement l’allocation d’un missile balistique M51. L’ouverture de ce domaine d’évolution en Arctique augmente donc les risques de dommages inacceptables encourus par la Russie, en raison d’une plus grande vulnérabilité à une seconde attaque par un acteur tiers, augmentant par conséquent un peu plus le pouvoir dissuasif de l’arsenal français.

    En attendant la participation de la Finlande…

    Dans la foulée de la signature des accords de Narvik, la Finlande a annoncé évaluer l’intérêt de la dissuasion nucléaire française, en complément de celle de l’OTAN. En cas d’aboutissement des négociations, la participation de la Finlande à l’initiative sur la dissuasion avancée aurait une portée similaire à celle de la Norvège. Elle rendrait vulnérable une part significative du flanc Ouest de la Russie, avec laquelle Helsinki partage plus de 1 300 km de frontière, ouvrant de nouveaux points d’entrée possibles du raid, voire uniquement du ou des missiles ASMPA-R, un certain nombre de cibles potentielles se trouvant à portée de tir depuis l’intérieur même du territoire finlandais.

    Toute la péninsule scandinave deviendrait alors un terrain de déploiement et d’opérations des forces stratégiques françaises, complexifiant drastiquement la planification de la défense antiaérienne et antimissile russe en cas de conflit menaçant un État allié de la France, forçant à une dispersion des moyens de défense sur l’ensemble du flanc Nord et Nord-Ouest de la Russie. Resterait alors à convaincre les États baltes de rejoindre l’initiative, dont l’espace aérien permettrait de faire la jonction avec la Pologne.

    Etienne MARCUZ
    Note de la FRS n°16/2026
    4 juin 2026

    Source de la photo bandeau : Groupe Dassault




    Souveraineté nationale : Le piège politique de l’autonomie corse

    Adresse de Michel FRANCESCHI aux Parlementaires appelés à se prononcer sur l’autonomie de la Corse.

    Depuis plus d’un demi siècle, un mouvement séparatiste corse trouble la vie politique du pays dans une atmosphère de Munich permanent, scandée par des flambées de violence culminant dans l’assassinat d’un préfet. En réponse, une succession de statuts particuliers de la Corse ont conduit à celui en vigueur de la Collectivité Territoriale de Corse, (CDC), dotée de larges pouvoirs dérogatoires. Mais l’engrenage des revendications ne s’est pas pour autant arrêté, aboutissant au projet en débat aujourd’hui, dit « processus de Beauvau », prônant une « autonomie de plein droit et de plein exercice », avec de surcroît un pouvoir législatif. Un Congrès du Parlement est appelé à se prononcer à une majorité des trois cinquièmes pour l’inscrire dans la Constitution.

    Après un rappel succinct de la francité de la Corse, nous dénoncerons la nocivité de l’autonomie, et proposerons une sortie de crise par le haut.

    Dans le cadre restreint de cette tribune, nous irons à l’essentiel sans tourner autour du pot dans ce débat engageant l’avenir du pays.

    La francité de la Corse

    Avant Nice et la Savoie, la Corse est française depuis le 30 novembre 1789, à la demande de ses députés à l’Assemblée Constituante l’accordant à l’unanimité dans l’euphorie d’une séance historique.

    Au fil du temps, la Corse est ensuite devenue consubstantielle à la France.

    D’abord par l’Histoire, à coups d’Empires, les deux napoléoniens et l’empire colonial, au sein duquel les Corses ont joué un rôle éminent dont a témoigné le grand Lyautey.

    Consubstantielle à la France, ensuite, par le sang abondamment versé sans broncher sur tous les champs de bataille, au coude à coude patriotique avec tous les autres Français.

    Consubstantielle encore par le sang mêlé. On ne compte plus les mariages mixtes Corses-Continentaux, comme l’atteste l’état civil.

    Consubstantielle, enfin, par l’extraordinaire implication des Insulaires dans les affaires de la France, au point que d’aucuns ont insinué une colonisation occulte du pays. Paris et Marseille sont les deux plus grandes villes corses. Paris eut longtemps un maire insulaire. Jusqu’à nos jours, tout gouvernement a eu à cœur de comporter au moins un ministre corse.

    Ajoutons la contribution reconnue des Corses au rayonnement de la France dans le monde, jusqu’à donner deux présidents de la république au Venezuela, après avoir autrefois longtemps armé la Garde pontificale de Rome. Dans les capitales de nos anciennes colonies, de puissantes amicales corses ont longtemps exercé leur forte influence locale, foi de témoin.

    La francité de la Corse a connu son apothéose avec le sublime serment de Bastia, prononcé en 1939 en réplique aux visées annexionnistes de Mussolini : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français! ».

    Comment expliquer alors que nombre de Corses renient aujourd’hui la parole de leurs pères ? La réponse est complexe mais relève pour l’essentiel de la psychanalyse.

    « Lorsque les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » a écrit Rivarol. D’une intransigeante fierté, le Corse vénère la grandeur et méprise la faiblesse. Il avait trouvé l’épanouissement du destin de son île vénérée dans la Grande France initiée par Napoléon. Hélas, trois fois hélas, l’humiliant désastre militaire de 1940, plus dévastateur au plan psychologique que matériel, mit fin à une admiration passionnée et acta en fait dans les esprits la naissance du séparatisme insulaire. Le fossé ne cessa ensuite de se creuser au fil du déclassement ininterrompu de la France.

    Puis le séparatisme fit tâche d’huile dans une proportion que l’on s’est toujours étrangement gardé de mesurer directement dans les urnes.

    Circonstance aggravante, très engagés dans la colonisation les Corses ont été des victimes collatérales de la décolonisation. Sevrés de leur exutoire mondial, nombre d’entre eux en ont ressenti une amère nostalgie. L’esprit conquérant d’antan a dégénéré en mentalité casanière.

    Puis, l’arrivée massive des Pieds Noirs en 1962, auxquels fut consentie une aide généreuse, provoqua un sentiment de frustration, voire de spoliation.

    Et horreur et damnation aujourd’hui, une forte immigration, principalement continentale, s’ajoutant à une dénatalité record, vient de rendre minoritaires sur leur sol les intransigeants insulaires de souche. C’est ainsi que nombre d’entre eux ont poussé leur rancœur jusqu’à la haine de la France, « I francesi fora » ! ( Les Français dehors ! ).

    A l’ouverture du débat institutionnel sur la Corse au Parlement, la question fondamentale qui vaille est celle de la pertinence de l’autonomie de l’île comme solution à son particularisme et à ses graves problèmes. Nous avons la conviction que cette solution est néfaste et qu’il y a beaucoup mieux à faire.

    L’autonomie, archétype de la fausse bonne idée.

    « La perversion de la cité commence par la fraude des mots », selon Platon.

    Il faut d’abord faire litière du dogme de l’insularité synonyme d’autonomie. L’insularité n’est qu’une donnée géographique ne conditionnant en rien le statut politique des habitants qui ne relève que de leur seul choix, comme en témoignent maints exemples dans le monde, dont le département français de Mayotte. En revanche, l’insularité oblige l’État à instaurer des mesures de « continuité territoriale » en compensation du handicap géographique. Force est d’admettre que jusqu’ici elles n’ont jamais été à la hauteur des besoins, contribuant à attiser les rancœurs contre l’État, faute politique à ne plus commettre.

    La comparaison avec les îles italiennes autonomes voisines est fallacieuse. Séquelles des anciens royaumes absolus de Piémont-Sardaigne, de Naples et des Deux-Siciles, la conservation pour ces îles d’une autonomie de gestion lors de l’éclatement des monarchies impliquées était une nécessité indiscutable. Elles conservent d’ailleurs la nostalgie de l’indépendance d’antan.

    Il importe ensuite, et surtout, de s’interroger sur la validité du projet de Beauvau.

    Il est d’abord démocratiquement contestable. Initiateur et porteur du projet, le Conseil exécutif de Corse s’est bien gardé, allez savoir pourquoi, de solliciter l’onction de la population insulaire dans cette entreprise engageant pourtant son destin! Il ne peut arguer d’un empêchement constitutionnel de la consultation en raison de la jurisprudence du référendum local de 2003 relatif à la fusion des deux département de Corse, dont le verdict n’a d’ailleurs pas été respecté. Il a abusivement spéculé sur son prétendu triomphe électoral l’ayant porté au pouvoir en 2021. Mais ce résultat n’est qu’un trompe-l’œil à l’examen objectif des chiffres officiels de la consultation. Les Autonomistes et Indépendantistes ont bien totalisé 67,97 % des suffrages exprimés, mais l’exceptionnelle abstention de 41,09 %, qui en dit long par elle-même, plus les 3,2 % de bulletins blancs et nuls, rabaissent le résultat à 40,04 % du corps électoral, très loin de l’indispensable majorité populaire pour un choix de destin. Il y a donc en fait une usurpation du pouvoir constituant, que nous avons entendu un humoriste qualifier d’exercice illégal de la politique.

    Comble de mépris démocratique, la prévision dans le projet Beauvau d’un référendum local après adoption du Parlement est d’avance ressentie comme un humiliant placement des Insulaires devant le fait accompli.

    Une et indivisible, la République n’admet pas d’y avoir un pied dedans et un pied dehors. La revendication de l’autonomie s’apparente en fait à une demande de privatisation politique de l’île de beauté, promise à une mafia aux aguets prête à la transformer en république bananière. La récente prise de conscience locale de la puissance de cette pieuvre conquérante s’est  concrétisée par la fondation

    courageuse, non pas seulement d’une, mais de deux associations anti-mafia. Alors est-il bien raisonnable de se priver de la pleine autorité régalienne de l’État pour terrasser la bête immonde ?

    Autre argument majeur contre l’autonomie, le droit à la différence appelle inéluctablement une différence des droits. Avec l’autonomie, la Corse, région la plus pauvre de France, perdrait l’assurance tous risques de sa vitale solidarité nationale, coupant ainsi d’elle-même la branche sur laquelle elle est assise !

    Mais c’est sans doute au plan national que l’autonomie de la Corse pourrait révéler ses effets les plus pervers. L’inéluctable contagion à d’autres régions, déjà sur les rangs, dynamiterait l’unité du pays qui retournerait alors aux provinces du Moyen-Age. Que l’on sache, la Constitution de la France n’a pas du tout vocation à la transformer en auberge espagnole ouverte aux quatre vents des égoïsmes provinciaux.

    Rappelons que la France est le sublime aboutissement de quinze siècles d’un subtil assemblage de provinces toutes fières de leurs particularismes. Le contexte religieux ayant présidé à l’accomplissement de ce chef d’œuvre historique autorise l’allégorie d’une France-Chapelet, dont les grains constitueraient les multiples terroirs du pays et le cordon les reliant l’unité de la Nation. Un seul grain s’en échappant, tout le chapelet se déviderait. C’est ainsi que par contagion l’autonomie de la Corse menacerait la sacro-sainte survie de la France en tant que Nation.

    Pour toutes ces raisons s’ajoutant au vice démocratique d’origine du projet Beauvau, le Congrès du Parlement doit impérativement le rejeter en cas de procédure allant à son terme.

    Pour autant, on ne sera pas sorti de l’auberge. C’est au plan national que se pose en réalité la seule question qui vaille. Aujourd’hui toutes les régions aspirent à une émancipation administrative, en remplacement d’un centralisme autrefois fédérateur mais devenu entravant. Place à l’esprit girondin ! S’impose d’évidence la vigoureuse relance d’une décentralisation authentique sans compromis frileux.

    La régionalisation de la France

    La grande question politique du moment ne doit plus concerner un énième statut particulier de la Corse mais porter sur un nouveau statut général de la France. Il importe de procéder à un profond aggiornamento de son administration générale par stricte application du principe de subsidiarité, cette sorte de pierre philosophale de l’harmonie des relations humaines. En bref, ce qui peut être décidé à un niveau hiérarchique donné ne doit plus l’être à un tout autre échelon. Des énergies en jachère seront ainsi libérées dans l’intérêt général.

    L’ensemble des Régions du pays doivent accéder à leur autogestion administrative, à l’exclusion bien évidemment des fonctions régaliennes, apanage inaliénable de l’État qui doit rester le gardien intransigeant du temple national. Dans ce creuset refondé d’une France revigorée, les fières et riches identités régionales pourront pleinement s’épanouir avec la garantie de l’État. De son côté, ce dernier doit saisir cette redistribution des pouvoirs pour affermir son autorité locale de contrôle, de péréquation et d’arbitrage. Il s’agira ainsi d’une sorte d’autonomie pour tous, mais dans la Liberté, l’Égalité et la Fraternité républicaines.

    Cette espèce de révolution culturelle ne va pas manquer de rencontrer d’opiniâtres résistances. Il faudra certainement en passer par un référendum national donnant enfin aux Corses l’occasion de se prononcer directement sur leur destin. En raison de leur acquis ils devront bénéficier en la circonstance de la dérogation d’un choix entre trois options : l’adhésion, le statut quo ou un rejet qui acterait alors leur sortie définitive de la République. A eux de prendre toutes leurs responsabilités en connaissance de cause!

    En définitive, honorables Parlementaires, vous êtes conviés à un rendez-vous de majesté avec la France. Vous avez une ardente obligation de vous montrer à la hauteur !

    Michel FRANCESCHI




    Le réarmement de l’Allemagne renforce la suzeraineté américaine sur l’Europe

    Washington veut accélérer son retrait militaire de l’Europe pour se redéployer en Asie-Pacifique. L’Allemagne est en première ligne car elle abrite plus de 35000 militaires américains sur son sol. Berlin a d’ailleurs publié sa stratégie de défense visant à devenir la première puissance militaire conventionnelle du continent dès 2035. C’est la domination annoncée du premier vassal des Etats-Unis.

    La tension entre Donald Trump et ses alliés de l’OTAN semble à son comble. Le Président américain n’a pas caché son intention de désengager ses forces du « vieux continent » pour les redéployer vers la Pacifique. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les pays de l’UE et leur voisin britannique se retrouvent démunis après avoir désinvesti dans leurs forces de défense depuis la fin de la Guerre froide. Donald Trump vient d’annoncer le retrait de 5000 soldats (près de 14% du total) dans les mois qui viennent. Il a présenté cette décision comme une mesure de rétorsion contre le Chancelier Merz – trop critique à ses yeux de l’offensive contre l’Iran. Le locataire de la Maison Blanche a d’ailleurs promis que d’autres bases américaines en Italie et en Espagne allaient subir des retraits. L’OTAN est même visée car Donald Trump maintient qu’il doute de l’intérêt pour son pays d’y rester… Et que les Européens doivent « apprendre à se défendre tout seuls ».

    Plus de 80 ans se sont écoulés depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et l’annonce d’un réarmement important de l’Allemagne est – dans ce contexte – présentée comme la promesse d’une Europe plus forte. Le mois dernier a en effet marqué un tournant : c’est la première fois depuis la défaite de l’Allemagne nazie que Boris Pistorius (actuel ministre de la Défense) a présenté une « stratégie de défense » officielle. Les ambitions sont claires : la Bundeswehr doit devenir la première puissance militaire du continent dès 2035 en ce qui concerne les armes conventionnelles. Et accéder à une position dominante en 2039 dans la production de technologies avancées de défense… Les moyens ? Un investissement massif dans les missiles, un déploiement de l’IA pour les capacités militaires et l’augmentation des effectifs pour atteindre 460000 militaires en incluant les réserves (près de 20% de plus qu’aujourd’hui). Les armées françaises comptent – à titre de comparaison – 310000 personnels mobilisables. Le rôle des réserves est mis en avant comme un pont avec la société civile : c’est bien une remilitarisation du pays, un tournant majeur de l’histoire allemande moderne.

    Les réactions à cette stratégie officielle ont été diamétralement opposées. D’un côté, d’aucuns saluent le sens des responsabilités de Berlin pour préparer le désengagement annoncé des Américains. D’autres s’inquiètent d’un retour au nationalisme en Allemagne qui serait renforcé par une puissance militaire retrouvée. La lecture attentive du document présenté par Pistorius semble pourtant tracer les contours d’une stratégie bien différente. Loin d’être le signe d’un renforcement de l’indépendance européenne ni d’un retour des années les plus sombres du XXème siècle – l’Allemagne cherche à imposer sa position de « premier vassal » du suzerain américain. Une phrase l’indique clairement : « L’OTAN doit devenir plus européenne pour rester transatlantique. » Berlin vise à devenir le centre névralgique de l’alliance, un « hub » logistique et stratégique au centre du continent tout en maintenant un lien fort avec les États-Unis. En d’autres termes : l’Allemagne se réarme pour consolider l’hégémonie américaine sur l’Europe.

    Cette stratégie est parfaitement en ligne avec la vision de l’administration Trump vers un « OTAN 3.0 » selon le commentaire d’Elbridge Colby – le sous-secrétaire d’État à la Défense. Le Département de la Guerre américain a d’ailleurs annoncé travailler avec les Allemands pour soutenir cet effort. Nul doute que les commandes vont pleuvoir au profit du complexe militaro-industriel américain… Et une Allemagne bien armée doit permettre aux forces U.S. de se redéployer en Asie.

    L’U.E. et son voisin britannique semblent tout faire pour maintenir leur position de vassaux face à Washington. Si les pays européens reconnaissent qu’il leur faut rattraper le désarmement irresponsable des dernières décennies, ils font preuve de zèle pour conserver les bonnes grâces de Washington. Malgré une situation économique très délicate, l’U.E. a approuvé un prêt énorme de 90 milliards d’euros au profit de l’Ukraine. L’objectif de Washington n’est pas tant de se désengager du « vieux continent » que d’imposer aux Européens un prix plus élevé pour leur « servitude volontaire ». De ce point de vue, la stratégie de Donald Trump s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs : détacher l’Europe de sa dépendance au gaz russe pour lui imposer son GNL (« gaz naturel liquéfié »). La stratégie de sécurité nationale U.S. publiée en novembre dernier le dit explicitement : la priorité absolue est d’assoir la domination américaine sur l’approvisionnement énergétique.

    Les offensives menées contre le Vénézuéla et l’Iran s’inscrivent dans cette visée et la guerre qui s’éternise en Ukraine sert les intérêts de Washington puisqu’elle rend les Européens encore plus dépendants. La Russie est d’ailleurs désignée par les stratèges allemands comme la première menace. En attendant, le complexe militaro-industriel américain profite d’une manne provenant de 1300 contrats signés avec 32 membres de l’OTAN.

    Ludovic LAVAUCELLE
    Synthèse n°2697,
    25/05/2026




    Géopolitique : Chine – Etats-Unis, entre rivalité stratégique et cordialité forcée

    Du 13 au 15 mai D.Trump a effectué une visite d’État en Chine. C’était aussi la première d’un président américain, neuf années après celle qu’il avait lui-même effectuée en 2017.

    Au milieu de la prolongation de la guerre en Iran, à qui la Chine apporte un soutien économique et stratégique par ses achats détournés de pétrole, ses ventes de pièces d’équipements antiaériens sous couvert d’exportations duales, et son système de guidage missiles Beidou, la rencontre a clairement consacré – c’était l’un des objets de l’appareil, à l’attention de l’opinion chinoise et mondiale -, l’accession de la Chine au statut d’égal des États-Unis.

    Au moment même où Vladimir Poutine que Xi Jinping a déjà rencontré plus de 40 fois, est attendu en Chine sous peu, le faste officiel de l’accueil de D.Trump a eu lieu au son des 21 coups de canon protocolaires par des cérémonies officielles réglées au cordeau dans un Pékin déserté dont l’avenue Chang An et la place Tian An Men avaient été fermées au public hormis la petite cohorte d’étudiants convoqués pour agiter en cadence et en sautillant des drapeaux chinois et américains.

    Avant de mesurer l’impact concret de la visite commencée dès Washington par une déclaration de D.Trump, ayant distillé une inquiétude à Taïwan en annonçant qu’il discuterait des ventes d’armes à l’Île avec Xi Jinping, il est utile de passer en revue l’évolution de la relation sino-américaine en même temps que la montée en puissance de la Chine depuis la rencontre en 1972, en plein chaos de la révolution cultuelle, entre Richard Nixon et Mao.

    Visites en Chine des présidents américains depuis 1972

    On se souvient de Gerald Ford en 1975 qui rencontra Mao déjà très malade et Deng Xiaoping, trois mois avant sa destitution par Mao en avril 1976 qui décéda lui-même cinq mois plus tard ; de Ronald Reagan en 1984, visite d’État à la fois empreinte de défiance anticommuniste et de pragmatisme ; de Georges H.W Bush en février 1989, quatre mois avant la répression de Tian An Men ;

    De celle de Bill Clinton, – visite d’État vue par Washington comme « une réconciliation et une normalisation » en juillet 1998, près de dix ans après le massacre de Tian An Men et un an et demi après le décès de Deng Xiaoping, artisan de la modernisation sans la liberté et porteur, depuis la fin des années 70, de l’idée du « socialisme aux caractéristiques chinoises », d’ouverture économique et de strict contrôle politique du pays par l’appareil toujours en vigueur aujourd’hui ;

    Rappelons encore les quatre visites de Georges W. Bush fils, la première en 2001 à Shanghai pour l’APEC ; et les trois autres à Pékin, en 2002 marquée par une rencontre avec le très pragmatique Premier ministre réformateur Zhu Rongji ; en 2005, avec Wen Jiabao, à la fois admirateur du grand réformateur Hu Yaobang, mais très prudent dans la mise en œuvre des réformes réelles ;

    La dernière visite de Bush fils eut lieu en novembre 2008, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin où Bush fils rencontra à la fois le Président Hu Jintao et Vladimir Poutine. Onze ans après la disparition de Deng Xiaoping artisan de l’ouverture économie sévèrement contrôlée par l’appareil, le PIB de la Chine avait explosé à 4660 milliards de $, quarante fois celui de 1972.

    Encore handicapée par de profondes inégalités, la vieille Chine impériale avait néanmoins commencé à secouer la gangue moyenâgeuse dans laquelle elle était restée en partie engluée, même après les révolutions de 1911 et 1949.

    Au passage, moins de deux années auparavant, premier signal du rapprochement stratégique opportuniste sino-russe à venir après le traité de bon voisinage de 2001 entre Moscou et Pekin, Poutine avait, lors de son discours à la conférence de Munich, le 10 février 2007, déjà souligné à quel point, seize années après l’effondrement du pacte de Varsovie en juillet 1991, l’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est, constituait une menace pour Moscou.

    Il oubliait cependant que les anciens pays d’Europe de l’Est avaient majoritairement voté pour se rapprocher de l’Ouest – Union européenne et OTAN – par une série de référendums et d’élections commencées en 1997 qui se succédèrent jusqu’en 2003.

    En parallèle des trois visites de Barack Obama, a surgi la crainte d’une menace chinoise

    En novembre 2009, à Shanghai et Pékin, Obama rencontra le Président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le très conservateur président de l’ANP Wu Banguo, grand adversaire politique du réformateur pragmatique de Zhu Rongji.

    C’est à cette époque, que, même chez les plus sinophiles, l’œil bienveillant de Washington à l’égard de la croissance chinoise commença à évoluer vers la perception d’une menace.

    En 2014, à Pékin au sommet de l’APEC qui fut un apaisement en trompe-l’œil, passant sous silence les points d’achoppement majeurs dans le Pacifique occidental, en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan, devenu aujourd’hui une « ligne rouge », brandie sans esprit de recul par Xi Jinping (Lire : https://www.questionchine.net/l-apaisement-de-l-apec-et-les-hesitations-du-destin).

    Du 4 au 7 septembre 2016, à Hangzhou, lors des sommets simultanés de l’APEC et du G.20, où par contraste avec le faste officiel d’État déployé lors des visites de D.Trump en 2017 et 2026, l’appareil avait même omis de dérouler pour Obama le tapis rouge, contrairement au protocole officiel réservé aux autres invités.

    Alors que le PIB de la Chine avait atteint 11 200 milliards de $, la mauvaise humeur de la partie chinoise réagissait à la campagne présidentielle américaine entre D.Trump et Hillary Clinton, marquée par de continuelles attaques contre la Chine qui heurtèrent la sensibilité nationaliste du public chinois.

    Il s’agissait, entre autres, des accusations de manipulations de la monnaie, de l’impérialisme agressif de la marine chinoise en mer de Chine du sud et autour de Taïwan, de la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme ainsi que des nombreuses études sur la captation des secrets industriels qui provoquèrent un brutal recul de la bonne image de la Chine dans l’opinion américaine.

    Enfin, alors que Joe Biden ne s’était rendu en Chine que lors de son mandat de vice-président, la dernière visite d’État d’un Président américain organisée avec faste fut celle de Trump, lors de son premier mandat du 8 au 10 novembre 2017.

    Déjà, à cette époque, le Président américain en quête d’un « deal », avait adopté un ton de conciliation. Tranchant avec celui de la campagne, il avait couvert d’éloges le président chinois et, prenant à contrepied la plupart des commentateurs, il évita même de blâmer Pékin de tirer profit de son excédent commercial.

    Quant à la Chine, elle avait promis d’abaisser ses droits de douane dans les secteurs bancaires, de l’assurance, de la finance et des véhicules automobiles.

    *

    Cette fois, en pleine guerre en Iran allié de la Chine qui donne à Pékin un puissant levier stratégique, après la violente guerre des droits de douane de l’été 2025, la riposte chinoise de l’embargo sur les Terres rares et les restrictions de Washington frappant les hautes technologies, alors que les deux en quête « d’un accommodement raisonnable » sont convaincus de l’urgence d’éviter une escalade catastrophique des tensions, le contraste était total entre les amabilités flatteuses des bonnes paroles de Trump et le réalisme distant de Xi Jinping.

    Dissonances et ambiguïtés

    Le 14 mai, le jour même du départ de Trump dans un Pékin noyé dans la brume de Chine du nord et vidé de sa population, après un thé privé organisé par Xi en majesté dans la « nouvelle cité interdite  » de Zhongnanhai, résidence opaque des dirigeants chinois depuis 1949 ,aux portes frappées de la calligraphie de Mao, « Wei Renmin Fuwu – 为人民服务- Pour servir le peuple » – à 500 m à l’ouest du Mausolée du Grand Dirigeant, eut lieu un exemple frappant des dissonances du voyage que Trump rêvait comme « l’occasion de retrouvailles entre deux vieux amis. »

    L’appareil chinois est en effet resté muet après les déclarations de Trump à Fox News selon lesquelles Xi Jinping qui se serait engagé à ne pas fournir d’équipements militaires à l’Iran, aurait aussi proposé d’aider à dégager le détroit d’Ormuz.

    En marge du dîner de gala, alors que Pékin et Washington étaient déjà tombés d’accord sur la nécessité de libérer détroit d’Ormuz, Wang Yi le ministre des Affaires étrangères assis à côté de son homologue Marco Rubio, avait au demeurant sèchement répété l’appréciation de l’appareil sur les responsabilités de l’Amérique.

    Il l’a fait, sans cependant dire un mot ni de l’arrière-plan hautement déstabilisant pour la région et le monde du terrorisme de Téhéran, ni sur ses projets d’arme nucléaire et sur son ambition mortelle d’éradiquer Israël de la carte.

    « Il faut instaurer un cessez-le-feu et mettre fin aux hostilités. La sagesse chinoise ancestrale nous enseigne que les armes sont des instruments redoutables et ne doivent pas être utilisées sans discernement. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est ravagé par les flammes ».

    « Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu ; elle ne profite à personne. L’histoire du Moyen-Orient a toujours démontré au monde que la force n’apporte aucune solution et que les conflits armés ne font qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises. Une fois encore, la Chine appelle à un arrêt immédiat des opérations militaires afin d’éviter une escalade incontrôlée de la situation et d’empêcher que le conflit ne s’étende.  »

    Une autre dissonance majeure est apparue dans le contraste des discours, au cours desquels Xi Jinping a, au passage, rappelé au président américain que son pays n’était indépendant que depuis 250 ans, quand l’histoire chinoise était vieille de 5000 ans.

    Quand D. Trump ne tarissait pas d’éloges sur lui-même et sur son « ami Xi Jinping » qu’à la grande satisfaction du public chinois il qualifia, comme il le fit pour lui-même, de « Grand dirigeant  », le President chinois rappela les tensions et les risques de conflit.

    Opportunément, il retourna comme une chaussette à l’intention de D.Trump, les inquiétudes du politologue américain Graham Allison qui, en 2017, mettait déjà en garde ses compatriotes contre l’obsession américaine de la compétition pour le magistère mondial et les risques d’un emballement fatal du « piège de Thucydide  » (https://www.questionchine.net/du-devisement-du-monde-au-piege-de-thucydide)

    « La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le « piège de Thucydide » “中美能不能跨越‘修昔底德陷阱et créer un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances 开创大国关系新范式 ? »

    « Peuvent-ils se concentrer sur le bien-être des peuples des deux pays et sur l’avenir de l’humanité, 能不能著眼两国人民福祉和人类前途命运 et bâtir ensemble un avenir prometteur 美好未来 pour leurs relations bilatérales ? »

    Enfin, une sévère rupture des illusions d’harmonie diffusées à jets continus par D. Trump est survenue à propos de Taïwan, non pas lors des discours publics, mais au cours d’une des rencontres à huis clos.

    Rapportée par un témoin, elle a été répétée à l’envie par les commentateurs, quand bien même elle n’indique aucun changement dans la position chinoise qui, depuis 1949 et malgré les évolutions politiques dans l’Île, considère qu’il n’existe « qu’une seule Chine » et que les deux devront être réunifiés sans faute d’ici 2049, centième anniversaire de la prise de contrôle de la Chine par le PCC.

    « La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, 理得当 les relations entre les deux pays resteront globalement stables 能保持稳定. Si elle est mal traitée, les deux pays pourraient se heurter 碰撞 directement et même entrer en conflit 冲突 »

    De très maigres résultats commerciaux et la persistance des tensions stratégiques

    Concrètement le bilan commercial du voyage est resté très en-dessous des espérances, malgré la présence des grandes figures industrielles et technologiques de Boeing, Apple, Tesla, N’Vidia, et Meta. Pas d’avancée sur la vente à la Chine de microprocesseurs de très grande finesse, malgré la présence de Jensen Huang, PDG du géant N.Vidia ; Et seulement 200 Boeing commandés contre 300 lors de la visite de Trump en 2017.

    Une des seules notes positives fut un succès par défaut. Les deux se sont mis d’accord pour continuer à respecter leur trêve commerciale conclue après l’avalanche des taxes douanières en 2025. A cet effet, ils ont mis sur pied un mécanisme dit «  Board of Trade » destiné à gérer la réduction progressive des droits de douane et suivre les engagements d’achat de part et d’autre.

    Dans le secteur agricole, que les deux voient comme un domaine non sensible moteur possible de relations apaisées, Pékin s’est engagée à importer 25 millions de tonnes de soja en plus des 12 millions de tonnes déjà prévues.

    En même temps, Washington espère que les achats chinois de produits agricoles s’élargiront de manière significative vers le maïs, le blé et la viande de porc. Sur ces secteurs Pékin a accepté de faire un geste, accordant des prolongations aux licences d’importation des abattoirs et des groupes américains conditionnant la viande bovine.

    *

    Sur les contentieux stratégiques majeurs de l’Iran et de Taiwan, le voyage qui a mis d’accord Washington et Pekin sur les urgences d’Ormuz et de la paix en Iran, a aussi fait surgir une ambiguïté à propos de la situation dans le détroit de Taiwan..

    Confirmant publiquement depuis Pékin l’ancienne position de Washington bien connu des Taïwanais et acceptée par eux affirmant que l’Amérique ne viendrait pas au secours de l’Île « très éloignée des côtes américaines », si elle déclarait l’indépendance sans avoir été attaquée, D.Trump a aussi initié au moins un retard sinon un blocage de la validation des récents contrats de ventes d’armes destinés à l’Ile.

    Le glissement supposé ou réel a touché un nerf sensible dans l’actuel gouvernement de l’Ile qui fait remarquer que l’abandon des ventes d’armes contreviendrait au Taiwan Relation Act, (1979). Disposition de droit interne validée par le Congrès en même temps que la reconnaissance de la Chine par Washington, le décret stipule que la Maison Blanche est tenue de fournir à Taipei les moyens de se défendre contre une agression chinoise.

    La crainte d’un « Deal  »ir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

    La crainte d’un « Deal  »

    L’autre inquiétude taiwanaise qui monte, s’angoisse que D.Trump inquiet du prolongement de la guerre en Iran pourrait demander à Pékin de jouer les médiateurs auprès de Téhéran en échange d’un assouplissement en faveur de la position de Washington à propos de Taiwan.

    Dans l’Ile, alors que secrétaire d’État Marco Rubio, prenait la parole pour affirmer que sur Taiwan la position de Washington restait inchangée, en substance « Tout ce qui obligerait ou imposerait par la force un changement à l’actuel statuquo serait problématique. », le Bureau des Affaires continentales, minimisait les conséquences de la rencontre, en rappelant que les déclarations de Pékin à propos de Taiwan n’étaient pas nouvelles.

    En même temps, sur le même thème que la porte-parole du gouvernement Michelle Lee 李慧芝, le nº 2 du Bureau des Affaires continentales Liang Wen-chieh 梁文傑, soulignait que « le plus grand risque menaçant la paix dans le Détroit était l’intimidation militaire de la Chine par l’incessant déploiement d’avions et de navires militaires qui harcèlent Taïwan.  » (…)

    (…) Il ajoutait que « si Pékin voulait que Washington cesse de vendre des armes défensives à Taïwan, il devrait cesser d’intimider militairement l’Île »

    Il reste qu’aujourd’hui le Président Lai Qing De pour qui la situation se complique, est aux prises avec une partie de l’opinion et un parlement hostile qui, sans être favorables à une réunification avec le Continent est de plus en plus en phase avec le discours de Pékin répétant que les ventes d’armes à l’Ile sont des provocations pouvant mettre le feu aux poudres.

    C’est notamment le discours de Cheng Li-wun, la nouvelle présidente du KMT qui, à contrecourant de l’histoire des héritiers de Tchang Kai-chek, vient d’être reçue à Pékin par Xi Jinping. Ce dernier, heureux de l’aubaine surgie des querelles internes taïwanaises, a saisi la balle au bond, ouvrant selon lui, la perspective d’une réunification en douceur :

    « Les dirigeants de nos deux partis se rencontrent aujourd’hui afin de préserver 维护 la paix et la stabilité 和平稳定 de notre patrie commune 共同家园 ; de promouvoir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »

     (Lire notre article https://www.questionchine.net/en-chine-cheng-li-wun-accuse-lai-qing-de-de-fomenter-la-guerre-et-celebre-la-paix-d )

    Editorial de François DANJOU
    Source questionchine.net
    17 mai 2026

    Source photo bandeau : Pixabay




    Comment l’Europe a financé les 184 Mds $ d’armes américaines depuis 2022 ?

    La Defense Security Cooperation Agency (DSCA) fait partie du ministère de la Guerre américain et publie les autorisations d’exportations d’armes. Les dates d’agrément des ventes diffèrent parfois significativement de celles de décaissement des fonds et de livraison des marchandises. La première représente néanmoins un indicateur avancé. L’accent fut mis sur l’insuffisance des dépenses européennes d’armement dès le premier mandat du président Trump.

    Les pays européens (Royaume-Uni compris) n’en avaient acheté que 8 milliards par an aux États-Unis en 2017 et 2018. Le sommet de l’OTAN en 2018 entraîna un changement de comportement. De 2019 à 2021, les importations européennes doublèrent, passant à 15 milliards par an. Sur les 60 milliards de ventes américaines entre 2017 et 2021, le Royaume-Uni représentait le premier client (23 %), suivi par l’Italie (14 %), la Norvège (7 %), l’Allemagne et la Suède (5 %).

    Les pays européens commandèrent massivement de l’équipement dès les prémices d’une possible opération militaire russe, fin 2021. Leurs intentions d’achat ne firent que croître avec le développement du conflit russo-ukrainien. Entre novembre 2021 et janvier 2026, la DSCA a autorisé pas moins de 184 mil
    liards de dollars de ventes à l’Europe, une hausse de plus de 340 %. À titre de comparaison, les exportations d’armes russes dans le monde entier ont représenté 27 milliards sur la même période. Les commandes européennes n’étaient pas toutes liées à l’Ukraine puisqu’elles comprenaient par exemple des frégates pour la Grèce (9,4 milliards) ou des catapultes électromagnétiques pour le futur porte-avions français (1,32 milliard). Une partie des importations européennes a pu être donnée à liards d’achats directs ukrainiens ne comptabilisent pas les donations américaines enregistrées dans un autre circuit. Depuis le mois de juillet 2025, les États-Unis ont autorisé principalement la fourniture de services de maintenance à l’Ukraine, à hauteur de 1,2 milliard de dollars.

    Sur les 184 milliards d’armes acquises par les Européens, 38,4 correspondent à de nouveaux avions ou à la mise à jour de flottes existantes de F-35 (24,5 pour l’Allemagne, la Grèce, la Pologne et la République tchèque), F-16 (10,3 en Bulgarie, Belgique, Turquie, Roumanie, Pologne et Ukraine) et Orion (1,8 pour le Danemark). La Pologne (9,75) et la Roumanie (2,5) se sont procuré le matériel lourd (chars Abrams). 28,3 milliards ont été investis dans des hélicoptères par la Pologne, l’Allemagne, la Norvège et la Grèce. Les achats de missiles et des systèmes associés ont atteint 77 milliards (28 de Patriot ; 14,2 d’AMRAAM ; 12,9 de HIMARS ; 12,8 de missiles divers (Tomahawk, Hellfire, Jagm, Stinger) ; 2,5 d’AARGM-Ers ; 3 d’AGM 158B ; 2 de Javelin et 1,6 de Sidewinder). Les États-Unis ont aussi vendu 28,5 milliards de matériels variés. Les principaux bénéficiaires de ces contrats sont les fabricants Lockheed Martin (49 milliards), et Raytheon (24 milliards) et des partenariats entre ces deux sociétés (38 milliards).

    […]

    Jean-Sébastien FEGER
    Economiste.
    Auteur de « la divergence T2 » sur les politiques monétaires
    et les déséquilibres des soldes Target 2 dans la zone euro.

    Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

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    Géopolitique : En Europe, la pression des peuples

    Sans préavis public, brusquement, les Européens sont à la recherche d’un médiateur, ou d’une médiatrice, pour reprendre langue avec les Russes – pour peser enfin sur la solution du conflit en Ukraine – le seul qui soit à leur portée.

    « Ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent le vrai rempart des cités ». Nicolas Baverez cite Périclès pour engager l’Europe à sortir de son vide politique, à « renoncer aux illusions de la sortie de l’histoire » pour « affronter les réalités du XXIe siècle », en s’appuyant sur « les grandes nations qui la composent » (1). Il sait aussi cette Europe aujourd’hui encalminée, sans avoir trouvé « la possibilité de s’accorder sur un nouveau projet pour le continent » – nous l’avons dit ici il y a quelques jours (2). Il sait encore que nous entrons, sous le double effet des guerres, en Ukraine, qui déchire le continent, et en Iran, « alors qu’elle se tient en retrait des opérations militaires » américaines, « dans un nouvel âge des empires ». Ceci alors que, « traumatisme inouï », l’Amérique, qui l’abandonne, « voit sa population diminuer, les capitaux se détourner et la dédollarisation s’amplifier ».

    Oui, il le sent et le sait, les choses peuvent et doivent bouger pour cette Europe qui peut être à nouveau « le refuge des principes de 1945 qui firent le succès des États-Unis et de l’Occident : le libéralisme ; le respect de la souveraineté des nations ; le multilatéralisme ».

    Et, en effet, les choses bougent.

    Sans préavis public, brusquement, les Européens sont à la recherche d’un médiateur, ou d’une médiatrice, pour reprendre langue avec les Russes – pour peser enfin sur la solution du conflit en Ukraine – le seul qui soit à leur portée. C’est le président finnois Alexander Stubb qui le confie au Corriere delle Sera (3) : « Oui, il est temps d’entamer des discussions avec la Russie (…). Nous avons évoqué avec les dirigeants européens la question de savoir qui établira le contact, mais nous n’avons pas encore de réponse définitive. Le plus important est que tout soit coordonné entre nous, notamment entre les pays du groupe E5 (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Pologne) et les pays nordiques et baltes, qui sont frontaliers ».

    Alexander Stubb – qui pourrait être ce médiateur – n’est pas seul porteur de l’idée. Il a été précédé par le président du Conseil, le portugais Antonio Costa, nous dit le Guardian britannique : « Cette semaine, le président du Conseil européen, António Costa, a déclaré qu’il estimait que l’UE avait la possibilité de négocier avec la Russie et de discuter de l’avenir de l’architecture de sécurité en Europe » – enfin. Et encore, relayé par Euronews (4) : « Je discute avec les 27 dirigeants nationaux afin de déterminer la meilleure façon de nous organiser et d’identifier ce dont nous devons effectivement discuter avec la Russie lorsque le moment sera venu de le faire”, a précisé Costa à Florence, en Italie ». Le sujet a été de nouveau abordé lundi 11 mai lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles.

    Avec l’appui de la Finlandaise Elina Valtonen (« Nous devons nous décider ») et de l’Italien Antonio Tajani qui a déclaré que « l’UE n’était “pas en guerre” avec la Russie et qu’il était “important” de faire partie des négociations en cours ». Pendant que « l’Autrichienne Beate Meinl-Reisinger a noté qu’il était temps pour les Européens de devenir des participants actifs à travers leur propre équipe ». Le plus étonnant est que Kaja Kallas, l’estonienne qui joue le rôle de haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, invariablement opposée à tout dialogue avec la Russie, considéré comme « humiliant », s’est dite prête à réfléchir à « ce dont nous voulons parler à la Russie et sur nos lignes rouges » après un accord collectif (4).

    Sans surprise, les pays Baltes (et la Suède) sont très réservés. « “La Russie doit être repoussée en Russie”, a ainsi déclaré l’Estonien Margus Tsahkna ».

    Mais bien sûr, après l’échec du conseiller du président français, Emmanuel Bonne, le 3 février dernier – il s’est vu opposer une fin de non-recevoir par le Kremlin (5), c’est en Allemagne que le sujet a fait explosion. Pourquoi ? Parce que Vladimir Poutine en personne a répondu directement le 9 mai à une question posée par la chaîne de télévision Zvezda (6) : « Monsieur le Président, nous savons qu’il existe une « coalition des volontaires » soutenant Kiev et l’Ukraine, mais il semble également qu’une autre « coalition des volontaires », de plus en plus importante – voire réapparue – souhaite rétablir les contacts avec la Russie. Le président du Conseil européen l’a évoqué hier, ajoutant qu’ils recherchent un candidat idéal pour représenter l’Europe dans ces échanges. Question : Qui préféreriez-vous personnellement pour les négociations ? Pensez-vous qu’il reste encore des hommes politiques pragmatiques en Europe occidentale avec lesquels un dialogue est possible ? ».

    Réponse de Vladimir Poutine : « Personnellement, je préférerais l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Sinon, les Européens devraient choisir un dirigeant en qui ils ont confiance, quelqu’un qui n’a pas dénigré la Russie. Nous n’avons jamais fermé la porte aux négociations. Ce n’est pas la Russie qui a refusé le dialogue, ce sont nos partenaires ».

    Tempête dans la presse allemande, si l’on en croit Courrier international (7). Du Spiegel à Die Zeit, en passant par le Frankfurter Allegemeine Zeitung, Gerhard Schröder, l’ancien chancelier qui a été, après avoir cédé sa place à Angela Merkel (novembre 2005), président du consortium germano-russe pour la construction et l’exploitation du gazoduc Nord Stream, est considéré comme « l’homme de Poutine » : « Il ne peut donc être un médiateur neutre ni entre Kiev et Moscou, ni entre l’Europe et la Russie ». Bien que, ajoute Courrier international, « certains membres du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) ont salué la proposition ». Et que l’on sache que le sujet divise l’opinion comme les industriels allemands qui ont besoin de l’énergie russe – des prix du gaz russe.

    Tempête aussi dans l’opinion allemande et pour le chancelier Merz, qui est en très mauvaise posture, critiqué pour son bilan économique et sanctionné dans les sondages : la CDU affichait au 12 mai un retard de cinq points sur les conservateurs de l’AfD (Alternativ fur Deutschland), avec 23% des suffrages contre 28% à l’AfD (8) – l’institut INSA donne l’évolution des partis allemands depuis 2012, un coup d’œil suffit. A ce point, nous dit le Spiegel, relayé par TASS (9),que l’on envisagerait comme médiateur un duo entre le président allemand, Walter Steinmeier, et Gerhard Schröder – « une option qui pourrait être intéressante » pour le Spiegel.

    Conserver un médiateur allemand, donc, écarter les Français comme les Italiens pour garder la main. « Le simple fait que les autorités allemandes se demandent qui pourrait jouer le rôle de médiateur dans le dialogue entre l’UE et la Russie « montre à quel point la pression est forte » dans le contexte de la crise ukrainienne et des efforts visant à mettre rapidement fin au conflit, a souligné le magazine » (9).

    C’est qu’en Allemagne comme ailleurs en Europe, Nicolas Baverez a raison, la pression des opinions sur les politiques au gouvernement de leurs pays respectifs est très forte. On sait la bérézina de Keir Starmer aux élections locales au Royaume-Uni (10), suivie de la fronde de quelque 70 (sur 403) députés travaillistes et par le lâchage de plusieurs ministres qui demandent sa démission. C’est Nigel Farage (Reform), le promoteur du Brexit, qui ne souhaite pas « embêter l’ours russe », qui ramasse la mise. Les électeurs ont sanctionné l’immigration sauvage (200 000 clandestins en plus), le marasme économique (endettement du pays à 106% du PIB), la violence dans les rues.

    Voyons l’Espagne, nous dit Nicolas Baverez (1), où « le maître tacticien Pedro Sanchez se trouve rattrapé par son absence de stratégie et par les difficultés structurelles de son pays », avec un PIB qui stagne depuis 2019 et « le choix d’une immigration de masse » qui déstabilise le pays. Voyons même l’Italie, où Giorgia Meloni, qui, après un vrai succès, est en difficulté : « La coalition des droites se trouve prise en tenailles entre la mobilisation de la société civile et la création d’un nouveau parti d’extrême droite, Futuro Nazionale, dirigé par le général Roberto Vannacci ». Et si nous regardons la Roumanie, nous voyons un gouvernement imposé par l’UE être jeté à terre le 5 mai dernier. En Hongrie, celui qui a détrôné Viktor Orban, Peter Magyar, ne semble pas être l’européiste que souhaitait Bruxelles – après tout, il vient du même parti que celui qu’il a détrôné.

    Quant à la France, écrit encore Nicolas Baverez, sévère, « Emmanuel Macron est discrédité en France comme dans le monde pour avoir ravalé notre pays au rang d’homme malade de l’Europe ». Chômage en hausse, constatons-nous en effet, plus de 5,7 millions selon France Travail (catégories A, B et C), dette à 3 500 milliards, institutions paralysées depuis la dissolution voulue par le président Macron, immigration non régulée, violences quotidiennes.

    De fait, en dépit d’une presse détenue par des actionnaires qui soutiennent les vieux mantras des gouvernants actuels, les gouvernés s’en détournent. Non pas pour rééditer l’expérience des années trente, épouvantail fasciste qu’on leur agite sans désemparer, mais pour se retrouver une raison d’être dans le respect de la souveraineté des nations et dans un projet cohérent qui fonctionne pour le continent tout entier. Pour les politiques, rien de simple, une mise en cause violente, pression internationale et pression intérieure des citoyens, de leurs électeurs, aidant.

    Mais pour le début d’une renaissance européenne, une lueur au bout du tunnel.

    Hélène NOUAILLE
    13 mai 2026
    La lettre de Léosthène
    n°1995/2026
    http://www.leosthene.com

    Notes :

    (1) Le Figaro, le 9 mai 2026, Nicolas Baverez, « L’Europe entre chance historique et vide politique »
    https://www.lefigaro.fr/vox/monde/nicolas-baverez-l-europe-entre-chance-historique-et-vide-politique-20260509

    (2) Voir Léosthène n° 1994 du 7 mai 2026, Où est le nouveau normal européen ?

     (3) Corriere della Sera, le 11 mai 2026, Paolo Valentino, Stubb: «L’Europa parli con Putin. Noi e gli Usa? Un rapporto difficile, ma possiamo collaborare»
    https://www.corriere.it/esteri/26_maggio_11/alexander-stubb-finlandia-putin-intervista-ae9e981c-8a2b-4cf2-9377-33493d5daxlk.shtml 

    (4) Euronews, le 12 mai 2026, Jorge Liboreiro et Serge Duchêne, “Nous devons nous décider” : l’UE reste divisée sur les négociations directes avec la Russie
    https://fr.euronews.com/my-europe/2026/05/12/nous-devons-nous-decider-lue-reste-divisee-sur-les-negociations-directes-avec-la-russie

    (5) Le Monde, le 5 février 2026, Philippe Ricard, Le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron en visite à Moscou, plus de trois ans après l’interruption du dialogue avec la Russie
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/05/macron-envoie-son-conseiller-diplomatique-en-visite-a-moscou_6665496_3210.html 

    (6) Réponses de Poutine aux questions des médias le 9 mai 2026, traduction en français de Bruno Bertez, mise en ligne le 11 mai 2026
    https://brunobertez.com/2026/05/11/reponses-de-poutine-aux-questions-des-medias/ 

    Site du Kremlin (en anglais) : Answers to media questions
    http://en.kremlin.ru/events/president/news/79718

     (7) Courrier international, le 11 mai 2026, Poutine propose Gerhard Schröder comme médiateur en Ukraine : une feinte pour “provoquer le chaos”
    https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-allemagne-poutine-propose-gerhard-schroder-comme-mediateur-en-ukraine-une-feinte-pour-provoquer-le-chaos_243865

     (8) INSA – Sonntagsfrage, 2012-2013, 2013-2017, 2017-2021, Aktuell
    https://www.wahlrecht.de/umfragen/insa.htm

    (9) TASS, le 10 mai 2026, German coalition discussing Steinmeier mediating in EU-Russia dialogue — magazine
    https://tass.com/world/2129307 

    (10) Courrier international, le 11 mai 2026, Noémie Taylor-Rosner, Royaume-Uni. La pression s’accentue sur Keir Starmer, lâché par plusieurs ministres
    https://www.courrierinternational.com/article/royaume-uni-la-pression-s-accentue-sur-keir-starmer-lache-par-plusieurs-ministres_243907

    Source bandeau : Pixabay




    Sport : Alain Mimoun, soldat et légende du sport

    Alain Mimoun
    un sportif légendaire, combattant de la France Libre

    Les personnalités françaises qui ont servi la patrie avec bravoure occupent toujours une place particulière dans notre récit national. Dans ce registre, l’histoire poignante d’Alain Mimoun (1921-2013) reste un exemple saisissant à double titre : le célèbre coureur de fond au palmarès impressionnant a manifesté son amour pour la France non seulement sur les champs de bataille mais aussi tout au long de sa prestigieuse carrière sportive.

    Le combattant de la France libre et le sportif légendaire

    Né le 1er janvier 1921 à Telagh près de Sidi-bel-Abbès, Mimoun réussit brillamment son certificat d’études primaires. Son père, saisonnier agricole, demande une bourse pour que son fils, l’aîné
    d’une fratrie de sept enfants, puisse devenir instituteur. L’aide financière est refusée. Mortifié, le jeune Mimoun va chercher une autre voie pour obtenir la reconnaissance de ses capacités. à 18 ans, il s’engage dans l’armée française au 19e régiment du génie à Hussein Dey. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se distingue sur plusieurs fronts : la campagne de Tunisie contre l’Afrika Korps (novembre 1942- mai 1943) puis la campagne d’Italie dans le corps expéditionnaire français commandé par le général Juin. Grièvement blessé au pied gauche à Monte- Cassino (janvier 1944) par un éclat d’obus, le caporal Mimoun est sur le point d’être amputé par des médecins américains. Pris en charge par les services médicaux français à l’hôpital militaire de Naples, son membre est finalement sauvé. Rétabli, décoré de la Croix de guerre, il participe au débarquement de Provence le 15 août 1944.

    Après la guerre, le caporal miraculé qui a failli perdre une jambe entame une carrière éblouissante de coureur à pied. Son bilan est éloquent : 32 titres de champion de France dont le dernier remporté à 45 ans en 1966 (marathon), 3 médailles d’argent aux Jeux olympiques (10 000 mètres en 1948 à Londres, 5000 et 10 000 mètres en 1952 à Helsinki, à chaque fois derrière l’illustre champion tchèque Emil Zatopek) et surtout une médaille d’or au marathon olympique en 1956 à Melbourne.

    […]

    Michel Klen
    Saint-cyrien, auteur de plusieurs ouvrages dont « La tragédie
    de l’Algérie française », « Les ravages de la désinformation »,
    « L’odyssée des mercenaires », …

    Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

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