Géopolitique : Impasse stratégique américaine en Eurasie ?

La constitution d’une alliance en Eurasie (Heartland) est une menace, décrite par le géographe Harold Mackinder dès 1903, pour la puissance de la mer qu’est l’Empire britannique. Cette masse continentale est historiquement le foyer de multiples et puissantes civilisations. L’émergence d’un ensemble politique, économique, militaire fort peut, selon lui, menacer le Royaume-Uni, puissance maritime dont l’économie repose sur les débouchés qu’offre le continent eurasiatique. Deux États occupent une place majeure sur ce continent : l’Allemagne pour sa puissance industrielle, technologique et financière, et la Russie pour son immensité et ses réserves considérables de matières premières et énergétiques. Tout rapprochement entre ces deux États constitue une menace majeure pour la puissance maritime britannique.

Lorsque les États-Unis des Treize colonies eurent fini de se constituer, sur le continent nord-américain, un vaste empire territorial dont ils tireront les ressources pour hisser leur économie à la première place mondiale, ils deviennent une puissance maritime tournée vers le marché eurasiatique et vers la domination des mers pour sécuriser leur commerce[1]. Les États-Unis nouvellement créés vont alors progressivement supplanter la puissance navale britannique.

La stratégie américaine de contrôle du Rimland

Ils adhèrent, pour leur propre compte, à l’analyse de Mackinder reformulée par l’Américain Nicholas Spykman et enrichie de réponses. Spykman souligne le rôle que jouent les franges maritimes de l’Eurasie (Rimland) dans la défense de la puissance mondiale américaine contre le Heartland, dès lors que les États-Unis peuvent les contrôler. À partir de 1917, la création puis l’expansion territoriale continue de l’Union soviétique, et sa volonté d’impérialisme politique avec la création du Komintern et sa mission d’endoctrinement. « « Allez aux masses ! » tel est le cri de guerre que le troisième Congrès lance aux communistes de tous les pays ! Préparez-vous aux grands combats ! » confirme cette menace et en font un ennemi déclaré de la démocratie américaine. La mise sous tutelle des démocraties populaires de l’Est européen (1945), la bombe nucléaire soviétique (1949), la création du pacte de Varsovie et le ralliement de la Chine au communisme (1949) donnent une puissance inégalée au Heartland.

Les États-Unis sont alors à la manœuvre pour mettre en œuvre une stratégie de contrôle voire de saisie de ces espaces. Stratégie du containment (doctrine Truman – 12 mars 1947) sous-tendue par l’idée que, si les pays d’Eurasie et leurs vastes potentiels de puissance étaient réunis sous un même pouvoir politique, les « perspectives de survie des États-Unis en tant que nation libre deviendraient très réduites[2] ».

En 1997, Zbigniew Brezinski propose une stratégie destinée à assurer la pérennité de l’hégémonie américaine sur le monde[3]. L’Union soviétique s’est effondrée, les États-Unis sont désormais une hyperpuissance incontestée selon les termes d’Hubert Védrine, mais pour Brezinski, la Russie reste le « trou noir » qu’il s’agit d’une part d’isoler en utilisant l’Europe de l’Ouest comme « tête de pont de la démocratie » et d’autre part de contenir dans ses choix d’alliances et de lui interdire de déboucher sur le Rimland. Il montre aussi que l’Ukraine est indispensable à la Russie pour être un empire et qu’il faut donc l’arracher aux griffes russes. Or, pour la Russie, même affaiblie, voire même surtout affaiblie, la neutralité de l’Ukraine est non négociable.

Brezinski précise : « Même si une alliance stratégique solide de la Russie avec la Chine ou avec l’Iran a peu de chances des se concrétiser, l’Amérique doit éviter de détourner Moscou de son meilleur choix géopolitique[4] ».

Le « meilleur choix géopolitique » est pour lui un rapprochement de la Russie avec l’Occident aux conditions qu’elle mette en œuvre un processus de démocratisation de ses institutions et de libéralisation de son économie. Dès lors, la Russie abandonnerait sa politique impérialiste et le danger de voir se reformer un grand ensemble politique au cœur de l’Eurasie serait écarté.

L’URSS, puis la Russie sont continument la première préoccupation des États-Unis, comme le reflètent la récurrence et la portée des citations dans les stratégies de défense nationale (National Defense Strategy) depuis 1977, quel que soit le contexte soviéto-russe. À partir de George H.W. Bush, émerge en parallèle la volonté de promouvoir la démocratie et les droits humains, une autre façon de désigner la Russie comme un danger pour la démocratie, et une justification au soutien des mouvements d’opposition à l’empire du Heartland et des pays de ses franges maritimes. Commence la période des « révolutions de couleur », des projets d’élargissement de l’OTAN vers l’est et des interventions dans le monde au nom du « devoir d’ingérence », dans lesquelles les États-Unis jouent souvent un rôle en coulisse.

Les États-Unis ont donc mis en œuvre la stratégie proposée par Brzezinski pour contenir la Russie, selon toutes les lignes d’action proposées, jusqu’à la manière forte via l’Ukraine afin de voir « la Russie affaiblie au point qu’elle ne puisse plus faire le genre de choses qu’elle a faites en envahissant l’Ukraine ». Mais avec certainement un manque de prudence et de doigté dans la mise en œuvre.

Car de tous les conseils qu’a donnés Brezinski, le plus important est « […] l’Amérique doit éviter de détourner Moscou de son meilleur choix géopolitique ». Et de fait, la stratégie américaine n’a pas réussi à orienter la Russie vers la démocratie et le marché, et pire encore elle l’a poussée vers la Chine.

L’affrontement Russie contre États-Unis

Dans son discours lors de la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007, Vladimir Poutine expose son analyse des problèmes de sécurité internationale, les buts qu’il poursuit et les moyens qu’il utiliserait pour les mettre en œuvre s’il n’arrivait pas à ses fins par la diplomatie. Il porte l’accusation directement sur les États-Unis « […] certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. À qui cela peut-il convenir ? ». 

Objectif politique et stratégie afférente sont contenus dans cette phrase : contester l’hégémonie globale américaine et pour cela rassembler autour de lui tous ceux à qui la « situation ne convient pas ».

Et l’on voit la Russie abandonner ses tentatives de rapprochement avec l’Occident pour créer un réseau d’alliances avec des pays hostiles, ouvertement ou secrètement, à la suprématie américaine. Elle met sur pied l’Organisation de coopération de Shanghai en 2001. Elle crée avec trois autres grands pays les BRIC (dont le premier sommet des chefs d’État en 2009 était à Ekaterinbourg), ils sont maintenant neuf et bien d’autres frappent à la porte. Elle approfondit la coopération avec la Chine commencée par le traité d’amitié de 2001 et scellée par la proclamation d’une « amitié sans limite », le 4 février 2022, peu avant que la Russie ne lance ses troupes sur l’Ukraine. Et, au fil de cette guerre, elle renforce ses alliances avec la Corée du Nord et l’Iran qui lui livrent armes et munitions, tout comme la Chine. Chine qui de plus sert de pays relai, vers l’Occident et le monde, pour les exportations russes mises sous embargo par l’Occident.

Un rapide coup d’œil sur une carte montre l’étendue de cet espace de connivence au sein du Heartland, bien plus grand, bien plus puissant que l’Eurasie germano-russe craint par Harold Mackinder et Nicholas Spykman. Il est composé de trois puissances nucléaires, plus une en devenir ; il a de vastes ressources naturelles et énergétiques ; une immense population ; des capacités technologiques et industrielles. Certes, dans cet ensemble, Moscou peut être dominé par la Chine, c’est ce que beaucoup d’analystes soulignent, ou plutôt espèrent. Mais Vladimir Poutine a choisi en connaissance de cause. Avant d’être avalé par la Chine, si cela advient, il veut renverser les règles établies par les États-Unis, et il arrive à rassembler de plus en plus de pays à qui « cela ne convient pas ».

Le boulet de la guerre en Ukraine

Les États-Unis se sont mis dans une impasse en suivant la recommandation de Brezinski qui voyait dans l’Ukraine l’instrument de puissance de la Russie, et donc le centre de gravité à affaiblir. Alors que, avant de donner son assaut, la Russie a méthodiquement construit d’autres pivots en Asie et dans le monde, les États-Unis se sont concentrés sur l’affaiblissement de la Russie et ils ont fait de l’Ukraine le pivot de leur stratégie de containment de la Russie.

Un pivot qu’ils ont bien du mal à défendre aujourd’hui et qui, plus grave encore, contribue à lancer la dynamique d’un Heartland eurasiatique extrêmement menaçant et en consolidation depuis la guerre en Ukraine. La question qui doit tarauder les États-Unis voyant le drame arriver est : Comment sortir de cette impasse ukrainienne ? Et de façon plus pressante, comment casser le Heartland en construction ?

Les deux priorités stratégiques, parce que vitales sur le long terme, sont de casser l’alchimie sino-russe et de reprendre le contrôle d’un monde qui s’organise dans l’opposition comme le montre la dynamique des BRICS.

Dans ce schéma, le soutien à l’Ukraine est tout à la fois une nécessité pour démontrer la fiabilité des États-Unis à « la défense des démocraties alliées » et un boulet qui pèse d’autant plus lourd qu’il resserre les alliances au cœur du Heartland et que les capacités de combat ukrainiennes ne cessent de s’éroder.

L’actuelle administration ne peut que poursuivre sur sa lancée, d’autant plus qu’il ne lui reste que deux mois de pouvoir[5].

La prochaine administration, avec un président sans état d’âme mais affirmant vouloir défendre les intérêts des États-Unis et éviter les guerres, parait plus disposée à se concentrer sur les deux priorités stratégiques citées précédemment et à prendre ses distances avec la politique d’affaiblissement de la Russie via l’Ukraine. À l’Europe de soutenir l’Ukraine, avec des armements américains, puisque l’industrie européenne de défense est insuffisante. Aux États-Unis de renouer les liens avec un monde en décomposition pour y retrouver sa place.

Jean-Claude Allard
Chercheur associé à l’IRIS
18 novembre 2024
https://www.iris-france.org/

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[1] Serge Ricard, Theodore Roosevelt et l’Amérique impériale (Presses universitaires de Rennes, 2016)
[2] « Between the United States and the USSR there are in Europe and Asia areas of great potential power which if added to the existing strength of the Soviet world would enable the latter to become so superior in manpower, resources and territory that the prospect for the survival of the United States as a free nation would be slight. »   Department of State of Washington, Foreign Relations of the United States – 1948 General ; The United Nations, « Report by the National Security Council on the Position of the United States with Respect to Soviet-Directed World Communism » (Washington : United States Government Printing Office, 1976), Volume I, Partie 2.
[3] Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier (Pluriel, Éditions Bayard, 1997)
[4] Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier (Pluriel, Éditions Bayard, 1997)
[5] La décision prise le 17 novembre 2024 d’autoriser les frappes dans la profondeur russe qui auront peu d’impact opérationnel est surtout une tentative de déstabiliser le pouvoir russe.




Influence : Stratégies des Etats-Unis, de la Chine et de la France

Comprendre les stratégies des Etats-Unis et de la Chine.
 Quelle stratégie d’influence et d’indépendance pour la France ?

Vous avez sans doute vu les cours de l’or qui poursuivent leur hausse à plus de 4 200 dollars l’once tandis que l’argent métal, lui aussi monte à n’en plus finir à plus de 53 dollars l’once. Ces deux métaux cherchent à nous dire des choses sur ce qui vient, et ce qui vient sera dévastateur pour les grands équilibres géopolitiques et donc pour les grands équilibres économiques, l’organisation de l’économie mondiale n’étant que l’intendance de la géopolitique.

Vous avez sans doute compris aussi que nous étions pris dans un combat de Titans pour la domination du monde entre trois blocs qui ne sont finalement pas si nouveau que cela.

La Russie et la Chine (avec quelques alliés de ces deux pays) forment le premier bloc. Le second bloc est celui des Etats-Unis et de ses alliés que l’on appellera le bloc atlantiste.

Enfin le troisième bloc est celui des pays non-alignés. Pour la petite histoire et la grande, à Bandoeng (conférence qui portera le nom de cette ville dans les manuels d’histoire) en 1955, l’Égyptien Nasser et l’Indien Nehru revendiquent leur « non-alignement », à égale distance des deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS…

Nous en sommes à nouveau là et une nouvelle guerre froide économique, numérique et technologique menace le monde.

Dans cette guerre hybride que se mènent les deux grands blocs Chine/Russie et Otan de l’autre, il y a une opposition intellectuelle qui sépare les deux camps et sur laquelle je souhaitais partager avec vous quelques considérations et réflexions pour enrichir les analyses de tous.

« L’art de la guerre » et « l’art du deal » sont deux approches stratégiques qui, à première vue, semblent totalement opposées dans leurs objectifs et leurs méthodes. Cependant, en les examinant de près, on découvre des analogies fascinantes qui permettent de mieux comprendre la manière dont la Chine, sous la direction de Xi Jinping, et Donald Trump, à travers ses écrits et sa pratique des relations et des négociations, abordent la politique, la domination et la gestion du temps long. Vous savez que cela fait des années maintenant que je vous conseille de lire Donald Trump dans le texte de même qu’il faut absolument lire l’ouvrage de JD Vance pour comprendre l’actuel Vice-président des USA qui est à mon avis le prochain président des États-Unis et certainement plus rapidement que l’on ne le pense.

D’un côté, l’art de la guerre : une approche indirecte et stratégique

En général il faut du temps et de la maturité pour comprendre « l’Art de la guerre » de Sun Tzu, écrit il y a environ 2 500 ans, qui est une œuvre majeure de la stratégie militaire chinoise et de ses extensions politiques. Il y a bien longtemps que la Chine a utilisé cet ouvrage pour élaborer une vision du pouvoir qui repose sur des principes subtils et indirects. La guerre, pour Sun Tzu, n’est pas une simple confrontation brute de forces, mais une série de manœuvres intellectuelles et psychologiques qui visent à déstabiliser l’adversaire avant même le début des hostilités. En réalité pour Sun Tzu le raffinement suprême est de réussir à vaincre l’adversaire sans même à avoir à tirer un coup de canon… ou de décocher une flèche puisqu’à l’époque il n’y avait pas encore de canon ou de missiles guidés laser !

Xi Jinping, en tant que leader de la Chine contemporaine dépositaire de l’héritage de ses prédécesseurs, incarne cette philosophie dans sa gestion de la politique internationale et de la puissance chinoise. La stratégie chinoise, sous son impulsion, se base sur une planification à long terme, un pragmatisme stratégique et une capacité à investir dans des « armes » douces comme l’économie (en devenant l’usine du monde et en créant des dépendances devenant des armes redoutables), la diplomatie et les alliances. Le temps joue un rôle clé dans la politique chinoise. Contrairement à l’agitation, à la rapidité des marchés boursiers occidentaux court-termiste sans oublier les processus politiques occidentaux souvent chaotiques, la Chine avance sur un rythme qui parfois peut sembler bien plus lent, mais extrêmement calculé, visant à dominer progressivement la scène internationale sans confrontation directe.

L’une des caractéristiques essentielles de l’approche chinoise est la patience. Tout comme dans l’Art de la guerre, où Sun Tzu préconise d’attendre le moment favorable pour attaquer, Xi Jinping, dans sa gestion des relations internationales, privilégie des étapes successives, parfois invisibles, pour atteindre ses objectifs. Cela se traduit, par exemple, par l’approfondissement des investissements dans des régions stratégiques à travers des initiatives comme la Nouvelle Route de la Soie. La Chine mène ainsi une guerre « sans arme » à l’échelle mondiale, préférant la stratégie du « soft power » pour étendre son influence sans provoquer une confrontation ouverte.

Aujourd’hui, pour Xi Jinping le moment de la confrontation est arrivé. La Chine construit un porte-avions par an. La Chine peut construire 20 millions de drones militaires par an. La Chine contrôle 95 % des terres rares du monde et vient de bloquer potentiellement avec sa nouvelle législation tout le complexe militaro-industriel occidental.

De l’autre, l’art du deal : une approche directe et audacieuse

L’ouvrage L’Art du Deal de Donald Trump, publié en 1987, a révélé sa manière de négocier dans le monde des affaires et si en France on aime à le faire passer au mieux pour un benêt simplet, au pire pour un imbécile fasciste d’extrême droite, en réalité très peu ont pris le temps de lire les différents ouvrages de Donald Trump et de comprendre sa personnalité et ses modes de fonctionnement assez peu conventionnels il est vrai. Trump y prône une approche bien plus directe, agressive et opportuniste que celle de Sun Tzu. Là où la stratégie chinoise consiste souvent à travailler dans l’ombre, Trump met en avant des tactiques de négociation très visibles, parfois brutales, qui visent à maximiser l’intérêt personnel à court terme, parfois au détriment des autres parties.

Dans l’ouvrage, Trump expose une vision du pouvoir et des relations humaines fondée sur l’affirmation de soi, le contrôle de la narration et la capacité à imposer des décisions sans concessions. Il n’hésite pas à utiliser la menace, l’intimidation et la manipulation, des techniques qu’il qualifie d’éléments essentiels pour parvenir à ses fins. Trump fait souvent appel à l’idée de « prendre le contrôle », et son approche du deal est marquée par la volonté de tout négocier au maximum, sans respecter forcément les règles de courtoisie ou les principes traditionnels de diplomatie.

C’est exactement ce qu’il vient de rappeler avec cette affaire de narco-trafiquants venant du Venezuela et dont il fait tout simplement bombarder les bateaux.

Cela peut sembler « bas du front » mais c’est simple, direct et efficace. Cela constitue évidemment une rupture majeure avec l’attitude policée en vigueur. Une attitude policée qui peut d’ailleurs définir la géopolitique chinoise en apparence.

L’un des aspects les plus frappants de cette manière de faire est donc le recours à l’élément de surprise et à la force, souvent au détriment de relations plus longues et construites dans la confiance. Trump, en tant que négociateur, privilégie une méthode de confrontation directe où l’objectif est d’obtenir des résultats tangibles immédiatement. Cette vision est particulièrement manifeste dans sa gestion des négociations commerciales, par exemple avec la Chine, ou lors de ses entretiens avec des leaders étrangers. Le tout est de maximiser l’intérêt économique immédiat, quitte à rompre des conventions ou à faire preuve d’un cynisme calculé. Enfin c’est ce que semble être perceptible dans une première grille de lecture pourtant nettement plus nuancée que cela !

Deux conceptions du temps long

L’une des différences fondamentales entre l’art de la guerre et l’art du deal réside dans leur rapport au temps.

Pour Sun Tzu, le temps est essentiel, mais il est vu à travers le prisme de la patience. Une victoire rapide n’est pas forcément synonyme de réussite : il s’agit de connaître le bon moment pour agir, de planifier avec une vision à long terme et de préparer l’adversaire à une défaite qui semblera presque inéluctable. Dans ce cadre, la durée de la confrontation est relative et peut être étendue pour épuiser l’ennemi ou le désorienter. Le temps est une ressource précieuse, car l’objectif final vise à atteindre un résultat sans confrontation ouverte.

Xi Jinping, dans cette logique, applique la même philosophie à la politique. Il cherche à projeter la Chine comme une puissance mondiale de manière progressive et systématique, en utilisant tous les leviers économiques, diplomatiques et militaires qui s’inscrivent dans des stratégies de « long terme » et non dans la précipitation. La montée en puissance chinoise, avec ses ambitions technologiques et sa présence accrue sur la scène internationale, est une démonstration manifeste de ce long travail de domination mondiale.

À l’opposé, Trump opère sur une temporalité qui semble beaucoup plus courte et plus agressive. Cette approche est assez logique. Xi Jinping est au pouvoir pour plusieurs décennies et n’a pas à se soucier de sa réélection au bout de 4 ans ce qui est le cas du président américain qui est au mieux là pour 4 ans ! Pour Trump il n’y aura pas de second mandat il est donc là au maximum pour 4 années. En réalité il ne lui en reste déjà plus que trois. Son approche du temps se caractérise donc par une forme d’impatience évidente à obtenir des résultats immédiats. Chaque deal ou négociation est un affrontement qui doit conduire à un bénéfice tangible sur le court terme. Pour autant Trump ne souffre pas d’une absence totale de vision à long terme.

Bien au contraire.

Tout ce que vous voyez Trump faire et mettre en place l’est pour le long terme et pour donner des chances à l’Amérique d’affronter la Chine dans leur guerre pour le leadership mondial. Son alliance incomprise avec tous les géants de la Silicon Valley va d’ailleurs dans ce sens. La fin du wokisme, le réarmement psychologique des Américains, l’idée de Make America Healthy Again et de rendre la santé physique à la population américaine devenue obèse, tout concourt à une stratégie de long terme.

Le mode de pensée rapide, réactif, opportuniste et souvent basé sur des calculs immédiats que l’on prête à Trump comme étant les seuls éléments définissant sa politique est une erreur d’analyse majeure.

La stratégie de l’Art du deal à la Trump doit se comprendre comme agissant sur plusieurs niveaux de temps. Il y a les effets immédiats et visibles, puis le moyen et le long terme. Trump maîtrise parfaitement les différents horizons de temporalité stratégique. Mais Trump, s’adresse à l’Américain moyen. Il parle simple. Il parle clair, il parle fort, il parle sans ambiguïté et sans langage d’énarque… mais ne vous y trompez pas, quand il parle ainsi ce n’est pas parce qu’il ne sait pas penser autrement et c’est valable aussi pour JD Vance qui pour un universitaire sait également parler simple et clair.

Différentes conceptions de la domination

Allons un peu plus loin.

Là où l’Art de la guerre de Sun Tzu voit la domination comme une conquête indirecte, réfléchie et mesurée, l’art du deal de Trump conçoit la domination comme une confrontation directe et une affirmation de sa propre volonté.

Xi Jinping, à travers la stratégie chinoise contemporaine, semble moins soucieux de l’affrontement direct que de l’emprise silencieuse sur l’échiquier mondial.

La Chine cherche à devenir une superpuissance non pas en renversant l’ordre mondial actuel, mais en l’adaptant à ses propres intérêts à travers des stratégies subtiles, comme les investissements à l’étranger, l’exploitation des failles économiques et la gestion de crises mondiales. Cette approche est beaucoup plus lente mais ne cesse de gagner en influence en créant spécifiquement des dépendances, car toute la stratégie de domination chinoise peut se résumer à un résultat et un objectif majeur: créer des dépendances pour créer la soumission et l’obéissance.

Trump, lui, envisage la domination comme un processus fait d’actions plus ponctuelles et plus brutales, il cherche à dicter les termes de chaque contrat, à marquer son territoire, et à imposer ses conditions. Que ce soit avec la Chine, l’Union Européenne ou d’autres acteurs mondiaux, sa stratégie de négociation repose sur la mise en avant d’un rapport de force où il occupe toujours la position de négociateur dominant.

Deux visions du monde, un combat de titans !

Les stratégies de Xi Jinping et de Donald Trump illustrent deux visions profondément différentes de la politique, de la domination et du temps. Alors que Xi Jinping incarne la patience, l’indirect, la stratégie long terme inspirée de Sun Tzu, Trump peut sembler représenter l’opportunisme, l’affrontement direct, et une vision de la négociation qui se base sur l’instantanéité et la maximisation des gains immédiats. Ces deux approches mettent en lumière des conceptions du pouvoir profondément différentes, et l’on peut se demander laquelle d’entre elles se révèlera la plus efficace dans le monde de demain.

La réponse est loin d’être évidente. Intuitivement on pourrait penser que la Chine avec son temps long est avantagée, mais il ne faut pas imaginer que les États-Unis ne raisonnent pas non plus à 30 ou 50 ans. Il ne faut pas imaginer que l’action de Trump se résume uniquement à ses saillies télévisées et scénarisées pour plaire à son électorat. Il ne faut pas non plus imaginer que seule la dimension temps rentre en compte. Il y a la capacité d’innovation, d’attraction des talents, l’idée de liberté et de promesses d’enrichissement, la croissance économique, les marchés financiers et encore de nombreux autres facteurs qui permettent d’articuler une stratégie cohérente, et ce qui est certain c’est que la Chine comme les États-Unis sont en train de déployer des stratégies complexes et d’une très grande cohérence pour s’affronter.

Un combat de titans dont nous ne serons non les héros mais les victimes, si nous aussi, les Français, en dehors même de l’Europe ne pensons pas non plus notre puissance et notre indépendance en remettant au cœur de notre stratégie la souveraineté du pays.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT
INSOLENTIAE




Vidéo. RDC / RWANDA : Une paix signée !

Évolution du conflit entre La République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.
Le rôle de Donald Trump. 
Le point de situation d’Alain Juillet (Open box TV). décembre 2026

Dans cette nouvelle émission, Alain Juillet et Claude Medori reviennent sur le conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda qui dure depuis plus de 30 ans.

Cette guerre est en tout point monstrueuse, dont les femmes et les enfants sont les premières victimes et qui a fait plus de 6 millions de morts.

Nous donnons la parole à des personnalités françaises et congolaises que nous avons interviewées ces derniers mois et qui nous rappellent toute l’importance géopolitique et géostratégique de la RDC en Afrique.

Aujourd’hui, le président Trump a pris à bras le corps ce dossier pour imposer une paix durable, espérons que ses efforts soient couronnés de succès.

Date de mise en ligne : 05/12/2025
Durée : 00:27:27
Compte YouTube : Open Box TV




Vidéo : Entretien avec Paul Paillole, l’homme des services secrets (1995)

Revoir l’archives de l’émission culte “Bouillon de culture” de Bernard Pivot. A l’occasion du 50e anniversaire de la Victoire sur l’Allemagne nazie, le célèbre présentateur de l’époque recevait en 1995 le colonel Paul Paillole, officier français des services de renseignement et chef du contre-espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans cet entretien, Paul Paillole apportait un éclairage peu connu sur le rôle décisif des services spéciaux français et de leurs agents durant la deuxième guerre mondiale.

Voir des documents biographiques de l’AASSDN sur son parcours :
une vie au contre-espionnage par JC Petermann




Equipement : Livraison d’un ordinateur quantique pour le CEA

Quandela, GENCI et le CEA annoncent aujourd’hui la livraison de Lucy, un ordinateur quantique photonique universel numérique de 12 qubits, au Très Grand Centre de calcul (TGCC) du CEA situé à Bruyères le Chatel (91). Le système, fourni par le consortium franco-allemand Quandela – attocube systems AG, a été acquis par l’EuroHPC Joint Undertaking dans le cadre du consortium EuroQCS-France.

​La partie française de cette acquisition est soutenue par le Secrétariat Général pour l’Investissement (SGPI) via le programme France 2030 dans le cadre de la Stratégie Nationale Quantique. GENCI et le CEA, en collaboration avec Inria, ont mis en place une infrastructure de calcul hybride HPC-Quantique appelée HQI (France Hybrid HPC Quantum Initiative) dans laquelle diverses technologies quantiques seront couplées au supercalculateur Joliot Curie hébergé et exploité au TGCC (projet HQI-Acquisitions réf. ANR-22-PNCQ-0001).

Une nouvelle capacité de calcul quantique européenne

Lucy, l’ordinateur quantique photonique le plus puissant jamais déployé dans un centre de calcul , vient d’être livré au TGCC. Équipé de 12 qubits photoniques, le système offre aux chercheurs et aux utilisateurs industriels une plateforme inédite pour expérimenter des algorithmes quantiques, explorer les flux de travail hybrides HPC-quantique et développer les premières applications dans des domaines tels que l’optimisation, la chimie et l’apprentissage automatique.
Conçu pour maximiser l’engagement des utilisateurs finaux, Lucy est hébergé et opéré au TGCC du CEA, où il sera couplé au supercalculateur Joliot-Curie. Il sera accessible à une large communauté d’utilisateurs européens. Les premiers cas d’usage concernent l’optimisation des réseaux énergétiques et l’intégration des énergies renouvelables, l’optimisation et la modélisation des risques financiers, la logistique et la gestion des chaînes d’approvisionnement, ainsi que la conception aérospatiale, les matériaux et l’optimisation de trajectoires.
Lucy renforce ainsi la position de l’Europe à l’avant-garde de la recherche quantique, tout en préparant l’industrie à de futures percées technologiques.

Un ordinateur quantique fabriqué en Europe 

Lucy a été acquis par EuroHPC dans le cadre du consortium EuroQCS-France.  S’appuyant sur les déploiements réussis dans les centres de données d’OVHcloud en 2023 et d’Exaion au Canada en 2024, cette livraison marque une nouvelle étape dans le parcours quantique européen. Assemblé en seulement douze mois dans le site industriel de Quandela, le système illustre la force de la collaboration européenne. Les modules cryogéniques ont été conçus par attocube systems AG près de Munich, les dispositifs quantiques ont été fabriqués sur la ligne pilote de Quandela à Palaiseau, et l’intégration finale a été réalisée dans son usine de Massy. Avec 80% de ses composants – et l’ensemble des composants critiques – d’origine européenne, Lucy incarne la capacité de l’Europe à concevoir et livrer des technologies quantiques souveraines.

Un accès à distance pour favoriser l’adoption

Le système est actuellement en phase d’acceptation, avant son ouverture aux chercheurs européens début 2026. Pour accélérer l’adoption et permettre à la communauté scientifique européenne de se préparer à cette nouvelle capacité, EuroHPC et GENCI ont déjà ouvert un accès distant à d’autres processeurs quantiques photoniques de Quandela hébergés à Massy, via le portail eDARI du GENCI. Les utilisateurs peuvent programmer et exécuter des algorithmes directement à l’aide des environnements Perceval et MerLin (spécialement adaptés à l’apprentissage automatique quantique), assurant ainsi une transition fluide vers un accès sur site lorsque Lucy sera pleinement opérationnel. 
En parallèle, GENCI, le CEA et Quandela proposent déjà des webinaires  et des formations dédiées pour préparer les communautés d’utilisateurs. Ces initiatives couvrent l’accès pratique aux QPU en cloud, les cas d’usage en machine learning quantique, ainsi que des sessions pratiques sur Lucy au TGCC. En combinant accès anticipé et formation, l’objectif est de favoriser une adoption large du calcul quantique dans les milieux académique et industriel.
Lucy sera le deuxième processeur quantique intégré à l’environnement de supercalcul du TGCC, soulignant l’expertise du CEA dans la maîtrise des infrastructures de calcul complexes. C’est une étape majeure vers l’informatique hybride quantique pour les applications à haute performance.

« La livraison de Lucy n’est pas seulement une nouvelle étape – c’est un élément clé pour l’avenir du calcul hybride européen. En collaboration avec attocube systems, nous avons construit un processeur quantique photonique qui sera couplé au supercalculateur Joliot-Curie, permettant de véritables flux de travail HPC-quantique hybrides. En offrant cette capacité à une large communauté de chercheurs et d’utilisateurs industriels européens, nous leur donnons les moyens d’explorer de nouveaux horizons en simulation, optimisation et apprentissage automatique. Cette réalisation renforce la souveraineté technologique de l’Europe et démontre la puissance de la collaboration transfrontalière pour façonner la prochaine génération du calcul. »  Niccolo Somaschi, Co-fondateur & CEO, Quandela

« Dans la course mondiale vers l’ordinateur quantique, la livraison au CEA de Lucy,  le calculateur quantique photonique le plus puissant d’Europe, fabriqué par l’entreprise Française Quandela, constitue une étape majeure de l’ambition quantique française et européenne. GENCI et le programme HQI sont particulièrement fiers d’avoir contribué à l’acquisition par EuroHPC de cette technologie souveraine qui sera ensuite connectée au supercalculateur Joliot-Curie  puis en 2026 à Alice Recoque, le supercalculateur Exascale  franco-européen , afin de démultiplier les synergies entre environnements de HPC et l’informatique quantique, tout ceci au service d’une recherche d’excellence au niveau mondial pour les chercheurs académiques et industriels » a déclaré Philippe Lavocat, PDG de GENCI. 

« En tant qu’acteur majeur du calcul quantique – de la recherche la plus fondamentale à la mise en œuvre de systèmes – le CEA est heureux d’accueillir une deuxième unité de traitement quantique (QPU) dans son centre de calcul. Cette étape marque une nouvelle avancée sur la voie du calcul quantique hybride. Elle illustre les progrès de la plateforme HQI, confiée au CEA dans le cadre de la stratégie nationale quantique française. La machine Lucy s’intègre à l’environnement partagé de calcul haute performance et quantique du TGCC, apportant une technologie de qubits photoniques en pleine évolution et au fort potentiel. Le CEA se réjouit de mettre Lucy à disposition des chercheurs comme des industriels et est fier de continuer à soutenir les start-ups françaises de pointe dans leur développement » a déclaré Jean-Philippe Verger, Directeur du centre CEA DAM Ile de France.

Site : CEA
23 octobre 2025




Le satellite Sentinel-1D prochainement mis en orbite avec Ariane 6

Le 4 novembre 2025, Arianespace placera en orbite avec Ariane 6 le satellite Sentinel-1D du programme Copernicus de la Commission européenne, dans le cadre d’un contrat signé avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Le satellite Sentinel-1D est équipé d’un instrument radar avancé qui fournira, de jour comme de nuit et par tous les temps, des images de la surface de la Terre.

Le 4 novembre 2025 à 18h03 heure locale (21h03 UTC, 22h03 CET), Arianespace doit lancer le satellite Sentinel-1D avec Ariane 6 depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane française.
Désignée VA265, cette mission représente le troisième vol commercial du nouveau lanceur lourd européen Ariane 6, qui placera son passager en orbite héliosynchrone (SSO) à 693 km d’altitude. La séparation du satellite interviendra environ 34 minutes après le décollage.

Le satellite Sentinel-1D fait partie de Copernicus, la composante d’observation de la Terre du Programme spatial de l’Union européenne. Copernicus est géré et financé par l’Union européenne avec une contribution partielle de l’ESA. Ce système, le plus performant au monde, fournit des données et services d’observation de la Terre de façon permanente, indépendante et fiable au profit des pouvoirs publics, des entreprises et des citoyens du monde entier. Sentinel-1D emporte une technologie radar avancée pour fournir des images de la surface de la Terre de jour comme de nuit et par tous les temps, livrant ainsi des données essentielles pour suivre l’évolution de la glace de mer, des icebergs et des glaciers, détecter les affaissements de terrain et les déversements d’hydrocarbure, et bien d’autres applications.

Thales Alenia Space, société conjointe entre Thales (67 %) et Leonardo (33 %), est le maître d’œuvre de Sentinel-1D, qui est arrivé en Guyane le 11 septembre 2025.

La mission VA265 souligne une fois de plus l’engagement d’Arianespace de mettre l’espace au service d’une vie meilleure sur Terre et de garantir à l’Europe un accès indépendant à l’espace.

Le vol VA265 en bref :

  • 356e lancement opéré par Arianespace
  • 4e lancement et 3e vol commercial d’Ariane 6
  • 10 % des satellites lancés par Arianespace sont dédiés à l’observation de la Terre
  • 7e satellite Sentinel lancé par Arianespace
  • 53e mission assurée par Arianespace pour le compte de l’ESA
  • 109e satellite fabriqué par Thales Alenia Space à être lancé par Arianespace

Camille SOHIER
Publié sur le site d’Arianespace
06 octobre 2025

Source photo : Ariane Group




Stratégie : L’art de la guerre Etats-Unis – Chine

Vous avez sans doute vu les cours de l’or qui poursuivent leur hausse à plus de 4 200 dollars l’once tandis que l’argent métal, lui aussi monte à n’en plus finir à plus de 53 dollars l’once. Ces deux métaux cherchent à nous dire des choses sur ce qui vient, et ce qui vient sera dévastateur pour les grands équilibres géopolitiques et donc pour les grands équilibres économiques, l’organisation de l’économie mondiale n’étant que l’intendance de la géopolitique.

Vous avez sans doute compris aussi que nous étions pris dans un combat de Titans pour la domination du monde entre trois blocs qui ne sont finalement pas si nouveau que cela. La Russie et la Chine (avec quelques alliés de ces deux pays) forment le premier bloc. Le second bloc est celui des Etats-Unis et de ses alliés que l’on appellera le bloc atlantiste. Enfin le troisième bloc est celui des pays non-alignés. Pour la petite histoire et la grande, à Bandoeng (conférence qui portera le nom de cette ville dans les manuel d’histoire) en 1955, l’Égyptien Nasser et l’Indien Nehru revendiquent leur « non-alignement », à égale distance des deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS…

Nous en sommes à nouveau là et une nouvelle guerre froide économique, numérique et technologique menace le monde.

Dans cette guerre hybride que se mènent les deux grands blocs Chine/Russie et Otan de l’autre, il y a une opposition intellectuelle qui sépare les deux camps et sur laquelle je souhaitais partager avec vous quelques considérations et réflexions pour enrichir les analyses de tous.

« L’art de la guerre » et « l’art du deal » sont deux approches stratégiques qui, à première vue, semblent totalement opposées dans leurs objectifs et leurs méthodes. Cependant, en les examinant de près, on découvre des analogies fascinantes qui permettent de mieux comprendre la manière dont la Chine, sous la direction de Xi Jinping, et Donald Trump, à travers ses écrits et sa pratique des relations et des négociations, abordent la politique, la domination et la gestion du temps long. Vous savez que cela fait des années maintenant que je vous conseille de lire Donald Trump dans le texte de même qu’il faut absolument lire l’ouvrage de JD Vance pour comprendre l’actuel Vice-président des USA qui est à mon avis le prochain président des États-Unis et certainement plus rapidement que l’on ne le pense.

D’un côté, l’art de la guerre : une approche indirecte et stratégique

En général il faut du temps et de la maturité pour comprendre « l’Art de la guerre » de Sun Tzu, écrit il y a environ 2 500 ans, qui est une œuvre majeure de la stratégie militaire chinoise et de ses extensions politiques. Il y a bien longtemps que la Chine a utilisé cet ouvrage pour élaborer une vision du pouvoir qui repose sur des principes subtils et indirects. La guerre, pour Sun Tzu, n’est pas une simple confrontation brute de forces, mais une série de manœuvres intellectuelles et psychologiques qui visent à déstabiliser l’adversaire avant même le début des hostilités. En réalité pour Sun Tzu le raffinement suprême est de réussir à vaincre l’adversaire sans même à avoir à tirer un coup de canon… ou de décocher une flèche puisqu’à l’époque il n’y avait pas encore de canon ou de missiles guidés laser !

Xi Jinping, en tant que leader de la Chine contemporaine dépositaire de l’héritage de ses prédécesseurs, incarne cette philosophie dans sa gestion de la politique internationale et de la puissance chinoise. La stratégie chinoise, sous son impulsion, se base sur une planification à long terme, un pragmatisme stratégique et une capacité à investir dans des « armes » douces comme l’économie (en devenant l’usine du monde et en créant des dépendances devenant des armes redoutables), la diplomatie et les alliances. Le temps joue un rôle clé dans la politique chinoise. Contrairement à l’agitation, à la rapidité des marchés boursiers occidentaux court termiste sans oublier les processus politiques occidentaux souvent chaotiques, la Chine avance sur un rythme qui parfois peu sembler bien plus lent, mais extrêmement calculé, visant à dominer progressivement la scène internationale sans confrontation directe.

L’une des caractéristiques essentielles de l’approche chinoise est la patience. Tout comme dans l’Art de la guerre, où Sun Tzu préconise d’attendre le moment favorable pour attaquer, Xi Jinping, dans sa gestion des relations internationales, privilégie des étapes successives, parfois invisibles, pour atteindre ses objectifs. Cela se traduit, par exemple, par l’approfondissement des investissements dans des régions stratégiques à travers des initiatives comme la Nouvelle Route de la Soie. La Chine mène ainsi une guerre « sans arme » à l’échelle mondiale, préférant la stratégie du « soft power » pour étendre son influence sans provoquer une confrontation ouverte.

Aujourd’hui, pour Xi Jinping le moment de la confrontation est arrivé. La Chine construit un porte-avion par an. La Chine peut construire 20 millions de drones militaires par an. La Chine contrôle 95 % des terres rares du monde et vient de bloquer potentiellement avec sa nouvelle législation tout le complexe militaro-industriel occidental.

De l’autre, l’art du deal : une approche directe et audacieuse

L’ouvrage L’Art du Deal de Donald Trump, publié en 1987, a révélé sa manière de négocier dans le monde des affaires et si en France on aime à le faire passer au mieux pour un benêt simplet, au pire pour un imbécile fasciste d’extrême droite, en réalité très peu ont pris le temps de lire les différents ouvrages de Donald Trump et de comprendre sa personnalité et ses modes de fonctionnement assez peu conventionnels il est vrai. Trump y prône une approche bien plus directe, agressive et opportuniste que celle de Sun Tzu. Là où la stratégie chinoise consiste souvent à travailler dans l’ombre, Trump met en avant des tactiques de négociation très visibles, parfois brutales, qui visent à maximiser l’intérêt personnel à court terme, parfois au détriment des autres parties.

Dans l’ouvrage, Trump expose une vision du pouvoir et des relations humaines fondée sur l’affirmation de soi, le contrôle de la narration et la capacité à imposer des décisions sans concessions. Il n’hésite pas à utiliser la menace, l’intimidation et la manipulation, des techniques qu’il qualifie d’éléments essentiels pour parvenir à ses fins. Trump fait souvent appel à l’idée de « prendre le contrôle », et son approche du deal est marquée par la volonté de tout négocier au maximum, sans respecter forcément les règles de courtoisie ou les principes traditionnels de diplomatie.

C’est exactement ce qu’il vient de rappeler avec cette affaire de narco-trafiquants venant du Venezuela et dont il fait tout simplement bombarder les bateaux.

Cela peut sembler « bas du front » mais c’est simple, direct et efficace. Cela constitue évidemment une rupture majeure avec l’attitude policée en vigueur. Une attitude policée qui peu d’ailleurs définir la géopolitique chinoise en apparence.

L’un des aspects les plus frappants de cette manière de faire est donc le recours à l’élément de surprise et à la force, souvent au détriment de relations plus longues et construites dans la confiance. Trump, en tant que négociateur, privilégie une méthode de confrontation directe où l’objectif est d’obtenir des résultats tangibles immédiatement. Cette vision est particulièrement manifeste dans sa gestion des négociations commerciales, par exemple avec la Chine, ou lors de ses entretiens avec des leaders étrangers. Le tout est de maximiser l’intérêt économique immédiat, quitte à rompre des conventions ou à faire preuve d’un cynisme calculé. Enfin c’est ce que semble être perceptible dans une première grille de lecture pourtant nettement plus nuancée que cela !

Deux conceptions du temps long

L’une des différences fondamentales entre « l’art de la guerre » et « l’art du deal » réside dans leur rapport au temps.

Pour Sun Tzu, le temps est essentiel, mais il est vu à travers le prisme de la patience. Une victoire rapide n’est pas forcément synonyme de réussite : il s’agit de connaître le bon moment pour agir, de planifier avec une vision à long terme et de préparer l’adversaire à une défaite qui semblera presque inéluctable. Dans ce cadre, la durée de la confrontation est relative et peut être étendue pour épuiser l’ennemi ou le désorienter. Le temps est une ressource précieuse, car l’objectif final vise à atteindre un résultat sans confrontation ouverte.

Xi Jinping, dans cette logique, applique la même philosophie à la politique. Il cherche à projeter la Chine comme une puissance mondiale de manière progressive et systématique, en utilisant tous les leviers économiques, diplomatiques et militaires qui s’inscrivent dans des stratégies de « long terme » et non dans la précipitation. La montée en puissance chinoise, avec ses ambitions technologiques et sa présence accrue sur la scène internationale, est une démonstration manifeste de ce long travail de domination mondiale.

À l’opposé, Trump opère sur une temporalité qui semble beaucoup plus courte et plus agressive. Cette approche est assez logique. Xi Jinping est au pouvoir pour plusieurs décennies et n’a pas à se soucier de sa réélection au bout de 4 ans ce qui est le cas du président américain qui est au mieux là pour 4 ans ! Pour Trump il n’y aura pas de second mandat il est donc là au maximum pour 4 années. En réalité il ne lui en reste déjà plus que trois. Son approche du temps se caractérise donc par une forme d’impatience évidente à obtenir des résultats immédiats. Chaque deal ou négociation est un affrontement qui doit conduire à un bénéfice tangible sur le court terme. Pour autant Trump ne souffre pas d’une absence totale de vision à long terme.

Bien au contraire.

Tout ce que vous voyez Trump faire et mettre en place l’est pour le long terme et pour donner des chances à l’Amérique d’affronter la Chine dans leur guerre pour le leadership mondial. Son alliance incomprise avec toutes les géants des la Silicon Valley va d’ailleurs dans ce sens. La fin du wokisme, le réarmement psychologique des Américains, l’idée de Make America Healthy Again et de rendre la santé physique à la population américaine devenue obèse, tout concourt à une stratégie de long terme.

Le mode de pensée rapide, réactif, opportuniste et souvent basé sur des calculs immédiats que l’on prête à Trump comme étant les seuls éléments définissant sa politique est une erreur d’analyse majeure.

La stratégie de l’Art du deal à la Trump doit se comprendre comme agissant sur plusieurs niveaux de temps. Il y a les effets immédiats et visibles, puis le moyen et le long terme. Trump maîtrise parfaitement les différents horizons de temporalité stratégique. Mais Trump, s’adresse à l’Américain moyen. Il parle simple. Il parle clair, il parle fort, il parle sans ambiguïté et sans langage d’énarque… mais ne vous y trompez pas, quand il parle ainsi ce n’est pas parce qu’il ne sait pas penser autrement et c’est valable aussi pour JD Vance qui pour un universitaire sait également parler simple et clair.

Différentes conceptions de la domination

Allons un peu plus loin.

Là où l’Art de la guerre de Sun Tzu voit la domination comme une conquête indirecte, réfléchie et mesurée, l’art du deal de Trump conçoit la domination comme une confrontation directe et une affirmation de sa propre volonté.

Xi Jinping, à travers la stratégie chinoise contemporaine, semble moins soucieux de l’affrontement direct que de l’emprise silencieuse sur l’échiquier mondial.

La Chine cherche à devenir une superpuissance non pas en renversant l’ordre mondial actuel, mais en l’adaptant à ses propres intérêts à travers des stratégies subtiles, comme les investissements à l’étranger, l’exploitation des failles économiques et la gestion de crises mondiales. Cette approche est beaucoup plus lente mais ne cesse de gagner en influence en créant spécifiquement des dépendances, car toute la stratégie de domination chinoise peut se résumer à un résultat et un objectif majeur: créer des dépendances pour créer la soumission et l’obéissance.

Trump, lui, envisage la domination comme un processus fait d’actions plus ponctuelles et plus brutales, il cherche à dicter les termes de chaque contrat, à marquer son territoire, et à imposer ses conditions. Que ce soit avec la Chine, l’Union Européenne ou d’autres acteurs mondiaux, sa stratégie de négociation repose sur la mise en avant d’un rapport de force où il occupe toujours la position de négociateur dominant.

Deux visions du monde, un combat de titans !

Les stratégies de Xi Jinping et de Donald Trump illustrent deux visions profondément différentes de la politique, de la domination et du temps. Alors que Xi Jinping incarne la patience, l’indirect, la stratégie long terme inspirée de Sun Tzu, Trump peut sembler représenter l’opportunisme, l’affrontement direct, et une vision de la négociation qui se base sur l’instantanéité et la maximisation des gains immédiats. Ces deux approches mettent en lumière des conceptions du pouvoir profondément différentes, et l’on peut se demander laquelle d’entre elles se révèlera la plus efficace dans le monde de demain.

La réponse est loin d’être évidente. Intuitivement on pourrait penser que la Chine avec son temps long est avantagée, mais il ne faut pas imaginer que les États-Unis en raisonnent pas non plus à 30 ou 50 ans. Il ne faut pas imaginer que l’action de Trump se résume uniquement à ses saillies télévisées et scénarisées pour plaire à son électorat. Il ne faut pas non plus imaginer que seule la dimension temps rentre en compte. Il y a la capacité d’innovation, d’attraction des talents, l’idée de liberté et de promesses d’enrichissement, la croissance économique, les marchés financiers et encore de nombreux autres facteurs qui permettent d’articuler une stratégie cohérente, et ce qui est certain c’est que la Chine comme les États-Unis sont en train de déployer des stratégies complexes et d’une très grande cohérence pour s’affronter.

Un combat de titans dont nous ne serons non les héros mais les victimes, si nous aussi, les Français, en dehors même de l’Europe ne pensons pas non plus notre puissance et notre indépendance en remettant au cœur de notre stratégie la souveraineté du pays.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT
Site : Insolentiae.com
17 octobre 2025




Mutation : Une France à majorité africaine et musulmane d’ici à 2100 ?

Dans un entretien au Figaro Magazine, l’ancien directeur de la DGSE Pierre Brochand dresse un diagnostic glaçant : la France, minée par l’immigration de masse et la désintégration culturelle, glisserait lentement vers une “confrontation interne” qui pourrait précipiter sa régression.

Vingt ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, Pierre Brochand, ancien patron des services secrets français (2002-2008), livre au Figaro Magazine une analyse d’une rare lucidité sur l’état du pays. Loin des euphémismes politiques, il évoque sans détour la désagrégation de la cohésion nationale, l’épuisement du modèle d’intégration et le danger croissant d’un éclatement social et identitaire. « Si nous restons bras croisés, nous irons vers le pire », prévient-il. « Ce pire sera la régression de notre pays en tous domaines, à commencer par la sécurité et le bonheur de vivre. »

De Clichy-sous-Bois à la France de 2025 : vingt ans d’aveuglement

Pour Pierre Brochand, les émeutes de 2005 n’étaient pas un accident, mais le symptôme d’un basculement profond. Depuis quarante ans, dit-il, la France a laissé s’installer sur son sol des populations venues de cultures incompatibles avec la sienne, tout en refusant de voir les conséquences de cette immigration massive. « Nos immigrés sont entrés avec de lourds bagages culturels, religieux, historiques, qu’ils n’ont pas abandonnés à la frontière », rappelle-t-il.
Le résultat : des enclaves ethno-culturelles, où s’enracinent islamisation, endogamie, délinquance et refus d’assimilation.
Brochand estime qu’environ 25 à 30 % des résidents français sont désormais issus de l’immigration récente, mais que seule une minorité de 5 à 10 % est véritablement assimilée.
La majorité flotte, selon lui, « de la non-adhésion à la haine sur fond d’assistanat ». Une analyse brutale, mais conforme à ce que beaucoup d’élus locaux constatent sur le terrain : la fracture ethno-culturelle supplante peu à peu la fracture sociale.

La “guerre civile” ? Non, une “confrontation interne”


Contrairement à certains observateurs alarmistes, Brochand ne croit pas à une guerre civile au sens classique du terme — un affrontement organisé entre deux camps armés. Mais il décrit avec précision un processus de délitement, fait d’émeutes sporadiques, d’agressions, de pillages et d’une défiance croissante envers l’État. Un scénario où le pays s’enfonce dans des sables mouvants, sans explosion brutale mais avec une lente asphyxie L’ancien diplomate préfère parler de “confrontation interne”, un affrontement hybride où les lignes de fracture sont autant ethniques que culturelles.
Il évoque un “magma souterrain” de frustrations et de haines, dont les éruptions périodiques — émeutes de 2005, 2023 ou 2024 — ne seraient que les premiers signes visibles.

Un État impuissant face à la tiers-mondisation

Sous la forme de l’État de droit, l’État régalien “n’est plus que l’ombre de lui-même”, estime Brochand. Les forces de l’ordre, saturées et bridées par des contraintes juridiques, ne disposent plus des moyens d’assurer la paix civile. L’ancien patron de la DGSE dénonce un “renversement de paradigme” survenu dans les années 1970, lorsque la souveraineté des peuples a été remplacée par celle des individus : le droit de migrer a supplanté le droit des nations à se protéger.
Cette révolution silencieuse aurait ouvert la voie à une immigration devenue incontrôlable, mais aussi à l’impuissance volontaire des gouvernants, paralysés par la peur d’être accusés de racisme.
Le résultat : une France à deux vitesses. Les élites urbaines, abritées dans leurs “zones vertes”, continuent de prêcher le vivre-ensemble, tandis que la France périphérique subit le choc multiculturel sans avoir le droit d’en parler.

Démographie, insécurité, impunité : la bombe à retardement

Brochand identifie la démographie comme l’accélérateur décisif du déclin.
Selon lui, la France se dirige, avant la fin du siècle, vers une majorité africaine et musulmane — un basculement qu’il juge “impossible à vivre paisiblement”.
Ce changement d’échelle démographique, conjugué à la complaisance politique et judiciaire, alimente un système d’impunité généralisée. Les “zones de non-droit”, désormais plus de 1 500 selon certaines estimations, deviennent des “territoires perdus” où l’État n’entre plus qu’en convoi.
Brochand y voit les prémices d’une guérilla de basse intensité, semblable à des “insurrections coloniales en mode mineur”. Le terrorisme, les pillages et les violences urbaines ne seraient plus que les manifestations visibles d’un même mal profond : la perte de la confiance sociale et du sens du bien commun.

L’ancien directeur de la DGSE n’est pas fataliste. Il estime qu’un sursaut reste possible, mais à condition d’un courage politique inédit.
Il appelle à geler les régularisations, réduire drastiquement les naturalisations, externaliser les demandes d’asile et rétablir une véritable autorité pénale. Des mesures qu’il juge nécessaires pour restaurer l’ordre public et la souveraineté nationale — à rebours d’un État obsédé par les “droits individuels” au détriment du bien commun.
Dans un paysage politique où la lucidité se paie souvent au prix du silence, la voix de Pierre Brochand tranche par sa clarté et son expérience. Ancien diplomate, chef du renseignement extérieur, observateur privilégié des fractures du monde, il ne s’exprime pas pour choquer mais pour alerter : la France, si elle continue à nier la réalité, risque de basculer dans une “tiers-mondisation” irréversible.

 Breizh-info.com
20 octobre 2025
(dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine)

Source photo : Pixabay




Guerre en Ukraine : Une nouvelle rencontre Trump-Poutine se dessine en Hongrie

Jeudi 16 octobre dans la soirée, l’agence TASS relayait les propos de la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, sur Fox News : les deux présidents Donald Trump et Vladimir Poutine venaient de s’entretenir au téléphone pendant deux heures et demie. « Ce fut un appel fructueux et productif », disait-elle donc. Les dirigeants « ont abordé de nombreux sujets » (1).

Cette huitième conversation directe s’est tenue la veille de la rencontre à Washington entre Volodimir Zelensky et Donald Trump ce 17 octobre.

La presse américaine comme européenne, très occupée par la livraison possible de missiles américains longue portée Tomahawk à l’Ukraine, évoquait un « sommet surprise » (Le Monde). En Europe, la BBC rappelait « que Donald Trump avait adopté “une ligne beaucoup plus dure envers Poutine sur la guerre en Ukraine” depuis le sommet en Alaska, promettant même un soutien renforcé à l’Ukraine, à la grande satisfaction des alliés de Kiev ». De son côté, le Guardian remarquait que « le ton conciliant de Trump après l’appel avec Poutine laisse planer le doute sur la probabilité d’une aide immédiate à l’Ukraine et ravive les craintes européennes d’une capitulation américaine face à Moscou ». Ce que relève aussi le New York Times en notant que le président américain avait « brusquement » changé de position (2) – d’autant que les deux hommes ont prévu de se rencontrer dans les quinze jours en Europe, plus précisément en Hongrie, à Budapest, chez Victor Orban.

Faut-il être surpris ? Pas vraiment, pourtant.

D’abord parce que Donald Trump lui-même avait admis la limite de l’exercice, quant aux Tomahawks, ce que rapportait ZeroHedge le 8 octobre (3) : « ‘‘J’ai en quelque sorte pris une décision’’ », a déclaré Trump lorsque les journalistes lui ont demandé s’il avait pris une décision définitive. La réponse supplémentaire suivante est une mauvaise nouvelle pour les faucons, mais une bonne nouvelle pour les colombes qui souhaitent voir une désescalade de la guerre par procuration : « ‘‘Je suppose que je vais devoir leur demander où ils les envoient. Je poserai quelques questions. Je ne souhaite pas voir une escalade’’ », déclarait-il. A Moscou, l’adjoint de Sergueï Lavrov, Sergueï Riabkov, remarquait dans le même temps que « le transfert de missiles de croisière Tomahawk à l’Ukraine modifierait considérablement la situation, mais ne changerait pas les objectifs de l’opération militaire spéciale menée par Moscou » (4). Donald Trump a, durant la conversation du 16 octobre, évoqué la question des Tomahawks.

Ce à quoi, selon le compte-rendu donné sur le site du Kremlin (5), Vladimir Poutine a répondu sans ambages, « que les Tomahawks ne changeraient pas la situation sur le champ de bataille, mais qu’ils porteraient gravement atteinte aux relations entre nos pays, sans parler des perspectives d’un règlement pacifique ».

Du côté américain, Donald Trump exprimait sa satisfaction d’avoir tenu une conversation « productive » sur son réseau Truth Social (6). Félicité par V. Poutine pour « la grande réussite que représente la paix au Moyen-Orient », il pense que ce succès « facilitera nos négociations visant à mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine ». Et il ajoute, préoccupation qu’il a en commun avec le président russe : « Nous avons également passé beaucoup de temps à discuter du commerce entre la Russie et les États-Unis une fois la guerre avec l’Ukraine terminée ». Ce que, nous l’avons relevé ici il y a peu de temps en rendant compte de la réunion à Sotchi du club Valdaï, début octobre. Certes, il est naturel que les Etats-Unis défendent leurs intérêts, disait Vladimir Poutine. « Mais alors, si vous me permettez, la Russie se réserve également le droit d’être guidée par ses intérêts nationaux. L’un d’entre eux, soit dit en passant, est le rétablissement de relations à part entière avec les États-Unis » (7).

N’oublions pas les besoins américains en terres et métaux rares – quand la Chine impose des restrictions sur ses exportations. Selon le Temps helvétique, (8) « le gouvernement américain a appelé mercredi à faire front commun contre les restrictions mises en place par Pékin sur les exportations de terres rares, essentielles à l’économie mondiale, assurant que «c’est la Chine contre le reste du monde». «Nous n’allons pas laisser un groupe de bureaucrates à Pékin tenter de contrôler les chaînes de production mondiales», a dit le ministre des Finances Scott Bessent, lors d’une rare conférence de presse organisée au sein du ministère par le Trésor, à quelques pas de la Maison-Blanche ». N’oublions pas non plus la proposition russe d’exploitation en commun avec les Américains de ses propres immenses réserves – affaire évoquée par exemple au Forum de Saint-Pétersbourg en juin dernier. Comme l’intérêt que portent les entreprises américaines au marché russe.

Même si amener les deux parties à un accord est difficile, ce que reconnaît le vice-président américain JD Vance, qui constate un « désalignement fondamental des attentes »entre les deux camps, (le Figaro live du 17 octobre, 13 h23), l’intérêt russo-américain n’est pas à l’escalade.

Qu’est-ce qui gêne Donald Trump que ses oscillations rendent peu lisible pour ses observateurs ?

C’est, nous l’avons remarqué ici, la situation dans son propre pays, où néoconservateurs, regroupés au Sénat, Républicains et Démocrates réunis autour, par exemple, de Lindsey Graham, veulent la poursuite de la guerre en Ukraine – et donc une escalade avec Moscou. Ce que dénonce un membre républicain de la chambre des Représentants, Anna Paulina Luna (Floride) :

« Les faucons de l’OTAN et les néoconservateurs ici aux États-Unis aimeraient continuer à massacrer la jeunesse des deux nations », a-t-elle écrit sur X, en référence au conflit ukrainien », relevait l’agence TASS le 16 octobre (9). « Je reproche en partie au Royaume-Uni de ne même pas avoir autorisé la tenue de pourparlers de paix », disait-elle le 10 octobre dernier, certainement en faisant allusion à Boris Johnson conjurant au début du conflit Volodimir Zelensky de refuser l’accord de paix proposé par les Russes. Ajoutant : « Ma critique de la guerre en Ukraine ne vise pas le peuple ukrainien, mais directement Zelensky. Il a subi des pressions de la part du gouvernement britannique pour ne pas accepter un accord de paix il y a plus de deux ans ». Affirmant « que le régime de Kiev se battait désormais pour «les intérêts de gouvernements étrangers». Et que pour sa part, « Luna a déclaré qu’elle attendait l’occasion de mener une délégation de législateurs américains pour rencontrer des membres de l’Assemblée fédérale russe. Elle n’a pas précisé quand la réunion devait avoir lieu. La députée s’est dite convaincue que le président américain Donald Trump était déterminé à résoudre le conflit en Ukraine et à rétablir les relations avec la Russie ».

C’est peut-être chez lui que Donald Trump a le plus de mal à imposer ses vues. Ce que Vladimir Poutine ne peut pas ignorer quand une partie de l’Europe – dont la France, la Grande-Bretagne de Keir Starmer et l’Allemagne de Friedrich Merz – fait partie des « faucons de l’OTAN » avec les pays Baltes et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Au contraire du hongrois Victor Orban, qui tient contre vents et marées pour une paix négociée, depuis le début de la guerre. Et qui prépare, avec Marco Rubio et Sergueï Lavrov, la rencontre Trump-Poutine à venir sur ses terres – le premier voyage en Europe de Vladimir Poutine depuis 2021.

Rien de simple, confirme le Guardian (10) : « Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a déclaré aux journalistes que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, devraient s’appeler et organiser une réunion afin de régler de nombreuses questions préalables au sommet. «Il y a beaucoup de questions à régler, les équipes de négociation doivent être constituées, etc. Tout se fera donc par étapes, mais la volonté des présidents est bien là», a déclaré M. Peskov vendredi. «(Le sommet) pourrait effectivement avoir lieu dans deux semaines ou un peu plus tard. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne faut rien remettre à plus tard ».

A l’heure où nous écrivons, la rencontre de Donald Trump avec Volodimir Zelensky n’a pas encore eu lieu. On sait peu de choses sur la situation réelle du président ukrainien dans son propre pays – sauf que, soutenu par les faucons européens, néoconservateurs compris, il ne vient pas chercher la paix à Washington. La suite ?

La main est à Donald Trump.

Hélène NOUAILLE
La lettre de Léosthène

Image créée par IA

Infographie :
Cibles potentielles des Tomahawks en Russie (source Institute for Study of War)
https://cms.zerohedge.com/s3/files/inline-images/tomahwkreach.jpg?itok=bc6QXenJ

Notes :
(1) TASS, le 16 octobre 2025, Trump, Putin hold productive call — White House
https://tass.com/world/2031091
(2) Courrier International, le 17 octobre 2025, Un nouveau sommet Trump-Poutine “dans les deux prochaines semaines”
https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-guerre-en-ukraine-nouveau-sommet-trump-poutine-dans-les-deux-prochaines-semaines_236401
(3) ZeroHedge, le 8 octobre 2025, Tyler Durden, Watch : Trump ‘Sort Of Made A Decision’ On Tomahawks To Ukraine
https://www.zerohedge.com/geopolitical/watch-trump-sort-made-decision-giving-tomahawks-ukraine
(4) TASS, le 8 octobre 2025, Senior Russian diplomat evaluates Alaska summit outcome, Tomahawk issue
https://tass.com/politics/2026641
(5) Kremlin.ru, le 16 octobre 2025, Commentary by Aide to the President of Russia Yury Ushakov following a telephone conversation between Vladimir Putin and President of the United States Donald Trump
http://en.kremlin.ru/events/president/news/78237 
Le détail de la conversation par RT en français : Donald Trump annonce une rencontre avec Vladimir Poutine à Budapest
https://francais.rt.com/russie/126418-vladimir-poutine-donald-trump-conversation-telephonique
(6) Truth Social, le 16 octobre 2025, Donald Trump au sortir de sa conversation avec Vladimir Poutine
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/115384956858741387
(7) Voir Léosthène n° 1938 du 4 octobre 2025, Poutine au club Valdaï : les Etats-Unis d’abord
(8) Le Temps/AFP, le 15 octobre 2025, « C’est la Chine contre le reste du monde »: Washington appelle le monde à dénoncer la manœuvre de Pékin sur les terres rares
https://www.letemps.ch/economie/c-est-la-chine-contre-le-reste-du-monde-washington-appelle-le-monde-a-denoncer-la-manoeuvre-de-pekin-sur-les-terres-rares
(9) TASS, le 16 octobre 2025, US ‘neocons’ want Ukraine conflict to continue, congresswoman says
https://tass.com/world/2031163
(10) The Guardian, Minute by minute, le 17 octobre 2025, Sarah Haque
https://www.theguardian.com/world/live/2025/oct/17/viktor-orban-vladimir-putin-volodymyr-zelenskyy-donald-trump-europe-latest-news-updates-russia-ukraine-war?CMP=share_btn_url&page=with%3Ablock-68f2111e8f080b32d591debe#block-68f2111e8f080b32d591debe




1944 : la « bombe volante » d’Hitler ou la naissance du drone de combat

Le 13 juin 1944, un étrange nouvel avion apparut dans le ciel anglais. Alors que la Royal Air Force était habituée à effectuer des vols d’urgence pour intercepter les chasseurs et bombardiers allemands en provenance d’Europe continentale, cette nouvelle menace était différente. Il était sans pilote. Décrit par des observateurs perplexes comme un « avion sans pilote », il était équipé d’ailes, d’un réacteur et d’une ogive qui provoquait des dégâts explosifs considérables à l’impact. Son moteur s’est arrêté en plein vol peu avant de s’écraser sur ses cibles. Il était autoguidé. Il s’agissait du Fieseler Fi 103, ou Vergeltungswaffe 1, plus connu sous le nom de « bombe volante » V-1, souvent qualifié de premier missile de croisière. Mais le V-1 pourrait plus précisément être décrit, dans la nomenclature actuelle, comme un véhicule aérien sans pilote (UAV) – et plus précisément, comme le premier drone suicide.

Comme les drones actuels, le V-1 était peu coûteux à fabriquer et simple à assembler. Son prix abordable, ainsi que les dégâts et la terreur qu’il pouvait infliger, expliquent pourquoi le Troisième Reich a choisi d’investir dans sa production alors que la guerre s’éternisait. La pénurie de main-d’œuvre, une économie sous pression, croulant sous les coûts de la guerre, et une baisse générale du moral de la population civile affaiblissaient la capacité de l’Allemagne à soutenir son effort de guerre. Adolf Hitler espérait que le V-1 se révélerait une véritable Wunderwaffe, ou « arme miracle », capable de renverser la situation face aux Alliés et de remporter une victoire rapide.

Une arme en avance sur son temps Le V-1 était sophistiqué pour son époque. Il était préprogrammé pour trouver sa cible et pouvait corriger sa trajectoire automatiquement. Un système de pilotage automatique avancé, réglé avant le lancement, permettait de programmer la portée, l’altitude et même les conditions de vent auxquelles il devait s’adapter, selon le Deutsches Museum allemand. L’avion pouvait ajuster sa trajectoire en vol grâce à un altimètre barométrique, un compas magnétique et un gyroscope intégrés. Un télémètre, entraîné par son hélice, l’aidait à atteindre sa cible. Le V-1 était équipé d’une ogive de 820 kg et se déplaçait à une vitesse pouvant atteindre 640 km/h. Surnommé « bombe bourdonnante », il était tristement célèbre pour son bourdonnement, qui devenait ensuite mortellement silencieux avant l’impact. Il lui fallait entre 15 et 30 minutes pour atteindre une cible. Une seule explosion pouvait raser des bâtiments et tuer des centaines de personnes d’un coup. Outre son autonomie, le V-1 présentait d’autres similitudes avec les drones actuels. Comme plusieurs variantes de drones modernes, dont le Kratos XQ-58A Valkyrie, le V-1 pouvait être lancé via une rampe inclinée. Comme c’est souvent le cas dans la guerre moderne des drones, il était déployé en essaims. De même, comme beaucoup de drones actuels, les V-1 pouvaient être lancés depuis d’autres avions en vol. Selon la chaîne d’information Norddeutscher Rundfunk, des centaines de V-1 ont été lancés avec succès depuis des bombardiers Heinkel 111 pendant la guerre.

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Zita BALLINGER FLETCHER
Publié sur Military Times
26 septembre 2025

Zita Ballinger Fletcher a précédemment été rédactrice en chef des magazines Military History Quarterly et Vietnam, et historienne à la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine. Elle est titulaire d’une maîtrise en histoire militaire avec mention.

Légende photo : Gros plan sur la « bombe volante » V-1 utilisée par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Son ogive contenait plus de 820 kg d’explosifs. (Archives d’État polonaises)