1944 : la « bombe volante » d’Hitler ou la naissance du drone de combat

Le 13 juin 1944, un étrange nouvel avion apparut dans le ciel anglais. Alors que la Royal Air Force était habituée à effectuer des vols d’urgence pour intercepter les chasseurs et bombardiers allemands en provenance d’Europe continentale, cette nouvelle menace était différente. Il était sans pilote. Décrit par des observateurs perplexes comme un « avion sans pilote », il était équipé d’ailes, d’un réacteur et d’une ogive qui provoquait des dégâts explosifs considérables à l’impact. Son moteur s’est arrêté en plein vol peu avant de s’écraser sur ses cibles. Il était autoguidé. Il s’agissait du Fieseler Fi 103, ou Vergeltungswaffe 1, plus connu sous le nom de « bombe volante » V-1, souvent qualifié de premier missile de croisière. Mais le V-1 pourrait plus précisément être décrit, dans la nomenclature actuelle, comme un véhicule aérien sans pilote (UAV) – et plus précisément, comme le premier drone suicide.

Comme les drones actuels, le V-1 était peu coûteux à fabriquer et simple à assembler. Son prix abordable, ainsi que les dégâts et la terreur qu’il pouvait infliger, expliquent pourquoi le Troisième Reich a choisi d’investir dans sa production alors que la guerre s’éternisait. La pénurie de main-d’œuvre, une économie sous pression, croulant sous les coûts de la guerre, et une baisse générale du moral de la population civile affaiblissaient la capacité de l’Allemagne à soutenir son effort de guerre. Adolf Hitler espérait que le V-1 se révélerait une véritable Wunderwaffe, ou « arme miracle », capable de renverser la situation face aux Alliés et de remporter une victoire rapide.

Une arme en avance sur son temps Le V-1 était sophistiqué pour son époque. Il était préprogrammé pour trouver sa cible et pouvait corriger sa trajectoire automatiquement. Un système de pilotage automatique avancé, réglé avant le lancement, permettait de programmer la portée, l’altitude et même les conditions de vent auxquelles il devait s’adapter, selon le Deutsches Museum allemand. L’avion pouvait ajuster sa trajectoire en vol grâce à un altimètre barométrique, un compas magnétique et un gyroscope intégrés. Un télémètre, entraîné par son hélice, l’aidait à atteindre sa cible. Le V-1 était équipé d’une ogive de 820 kg et se déplaçait à une vitesse pouvant atteindre 640 km/h. Surnommé « bombe bourdonnante », il était tristement célèbre pour son bourdonnement, qui devenait ensuite mortellement silencieux avant l’impact. Il lui fallait entre 15 et 30 minutes pour atteindre une cible. Une seule explosion pouvait raser des bâtiments et tuer des centaines de personnes d’un coup. Outre son autonomie, le V-1 présentait d’autres similitudes avec les drones actuels. Comme plusieurs variantes de drones modernes, dont le Kratos XQ-58A Valkyrie, le V-1 pouvait être lancé via une rampe inclinée. Comme c’est souvent le cas dans la guerre moderne des drones, il était déployé en essaims. De même, comme beaucoup de drones actuels, les V-1 pouvaient être lancés depuis d’autres avions en vol. Selon la chaîne d’information Norddeutscher Rundfunk, des centaines de V-1 ont été lancés avec succès depuis des bombardiers Heinkel 111 pendant la guerre.

(…)
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Zita BALLINGER FLETCHER
Publié sur Military Times
26 septembre 2025

Zita Ballinger Fletcher a précédemment été rédactrice en chef des magazines Military History Quarterly et Vietnam, et historienne à la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine. Elle est titulaire d’une maîtrise en histoire militaire avec mention.

Légende photo : Gros plan sur la « bombe volante » V-1 utilisée par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Son ogive contenait plus de 820 kg d’explosifs. (Archives d’État polonaises)




Vidéo : Hommage à Paulette Duhalde engagée dès 1941

Paulette Duhalde

Paulette Duhalde (1921-1945), jeune employée de banque à Flers, s’engage dès 1941 dans le réseau de résistance « Jeanne », lié aux services spéciaux britanniques. Sous le pseudonyme « Jojo », elle assure des missions de liaison et de transmission essentielles au renseignement : acheminement de courriers, collecte d’informations, contacts avec des agents opérant à Caen, Alençon et Paris. Son action contribue directement au travail de contre-espionnage mené contre l’occupant allemand. Arrêtée par la Gestapo en décembre 1942 à la suite d’une trahison, elle est incarcérée à Fresnes, puis condamnée à cinq ans de forteresse par un tribunal militaire allemand.



Déportée en 1944, d’abord à Aix-la-Chapelle puis à Cottbus, elle est finalement transférée au camp de Ravensbrück. Elle y meurt d’épuisement le 23 avril 1945, quelques jours avant la libération. À titre posthume, la France lui décerne la Légion d’honneur, la Croix de guerre avec palmes et la Médaille de la Résistance. Son nom demeure associé aux femmes et hommes des services spéciaux qui, dans l’ombre, ont risqué et sacrifié leur vie pour entraver le renseignement ennemi et défendre la souveraineté nationale.




Mémoire vivante : Hommage aux « Merlinettes »

Hommage aux « Merlinettes » à Jouac en Limousin
Le 1er juin 2025

Ce dimanche matin en plein bois, côtoyant une clairière où furent parachutées dans la nuit du 5 au 6 avril 1944 trois Merlinettes, sous-lieutenantes opératrices–radio du Corps Féminin des Transmissions d’Afrique du Nord : Marie Louise Cloarec, Pierrette Louin et Suzanne Mertzisen-Boitte, se sont rassemblés 70 patriotes et 14 drapeaux d’associations dont la FNP de la Creuse, de la Vienne et de la Haute-Vienne, venus s’incliner devant la stèle inaugurée à leur mémoire le 30 septembre 2017 par Jean-Georges Jaillot-Combelas, neveu d’une autre Merlinette parachutée.

Elles seront arrêtées à la fin du mois d’avril 1944 à Paris où leur sœur d’armes Eugénie-Malika Djendi, parachutée au sud d’Orléans et arrêtée à l’atterrissage, les rejoindra dans la capitale.

Toutes les quatre seront déportées et exécutées dans le camp de Ravensbrück en Allemagne le 15 janvier 1945.

Etaient présents : les Maires de Jouac et de Saint-Léger-Magnazeix, le Délégué de Libre Résistance SOE F et la fille d’une Merlinette Huguette Colombeau.

Une gerbe fut déposée par la sous-préfète de Bellac, Mme Françoise Slinger-Cecotti, qui présidait la cérémonie,

Le général François Mermet, président d’honneur de l’Amicale, accompagné de Dominique Hennerick, vice-président de l’UNP et président de Bagheera, de M. Jean-Georges Jaillot-Combelas et de M. Hedy Belhassine déposa une gerbe au nom de notre Amicale.

Ensemble, nous n’oublierons jamais leur courage, leur exemple, leur abnégation et leur patriotisme.

Général François Mermet
Président d’honneur de l’AASSDN




La guerre du récit : quand l’information devient champ de bataille

La guerre de l’information a pris un rôle central dans les stratégies de l’Occident, se transformant d’un simple soutien aux objectifs de guerre plus larges en une fin en soi. L’objectif principal est désormais de contrôler le récit gagnant, considéré comme plus crucial que d’affronter la réalité des faits sur le terrain.

Dans cette perspective, la victoire virtuelle obtenue par la manipulation des perceptions publiques est jugée plus significative que tout succès concret sur le champ de bataille.
Cette stratégie vise à créer une réalité imaginée qui résonne avec le public, tant au niveau national qu’international, grâce à des médias complaisants et des récits simplifiés. L’objectif est d’aligner idéologiquement les sociétés occidentales contre un ennemi commun, présenté comme extrémiste et une menace pour la démocratie et les valeurs partagées. Cette approche crée un alignement social et politique rigide, qui rend difficile toute déviation de la ligne officielle et piège les gouvernements dans de fausses attentes.

Un exemple significatif de cette stratégie est l’incursion de l’OTAN dans la région de Koursk, choisie pour sa forte valeur symbolique. L’opération, si elle avait réussi, aurait permis aux forces ukrainiennes d’obtenir un levier de négociation important, forçant peut-être la Russie à réduire sa présence dans le Donbass.
Cependant, l’échec de l’incursion a renforcé la détermination de la Russie à poursuivre ses opérations en Ukraine, augmentant encore la méfiance envers l’Occident. L’utilisation d’équipements militaires allemands dans une zone historiquement significative comme Koursk a évoqué des souvenirs des invasions passées, alimentant le sentiment de menace existentielle perçue par la population russe.

[…]

Giuseppe GAGLIANO
Source : Cf2r
Dossier “Désinformation” publié dans la “Revue Services spéciaux” de l’AASSDN
Juin 2025

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Informations sur l’article :

Titre : “La guerre de l’information”
Auteur : Giuseppe GAGLIANO
Pages : 2
Extrait du dossier : Désinformation
Paru dans la revue : Revue Services spéciaux
Numéro : 271
Périodicité de la revue : Juin 2025
Revue de : AASSDN
Prix de la revue : 15€ (10€+5€ de frais de port)
Où acheter la revue : Sur la boutique de l’AASSDN dans la boutique (pour y accéder, cliquer ICI)




Guerre cognitive et influence 3.0 : Les nouveaux champs de bataille

Qu’elle soit menée à l’intérieur d’un État ou sur la scène internationale, l’influence peut être catégorisée selon son caractère moral ou non. Les opérations classiques s’adressent au conscient d’une cible qu’il s’agit de convaincre au travers d’une argumentation courtoise fondée sur des idées et des références, ou à son inconscient via la persuasion qui emprunte un chemin cognitif plus sophistiqué mais encore éthiquement acceptable. Elles autorisent toujours la capacité pour la cible de dire non.

Plus nombreuses, les opérations indélicates vont de la manipulation à la menace, en passant par l’intimidation et le chantage, toutes mâtinées de la notion de contrainte requérant une stratégie de contre-influence très élaborée pour contrer la loi de Brandolini1. Dans tous les cas, l’influence agit sur les perceptions des cibles visées afin de parvenir à l’objectif final qui est de modifier leur comportement ou leur décision.

Cela, c’était hier, du temps d’une influence « soft » 1.0. où, somme toute, les rapports de force se neutralisaient. Au début des années 1980, une influence 2.0 a vu le jour et a induit un bouleversement sociétal qui a profondément modifié les équilibres sociaux en Occident. Aujourd’hui, le retour au pouvoir de Donald Trump à la Maison blanche, la montée du populisme en Europe et la guerre en Ukraine redistribuent brutalement les cartes d’un jeu d’influence 3.0 qu’il s’agit de décrypter.

Général de brigade aérienne (2S) Bruno MIGNOT
Auteur de huit ouvrages dont cinq consacrés à l’influence
Dossier “Désinformation” publié dans la “Revue Services spéciaux” de l’AASSDN
Juin 2025

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Informations sur l’article :

Titre : “Vive l’influence 3.0”
Auteur : Général de brigade aérienne (2S) Bruno MIGNOT, Auteur de huit ouvrages dont cinq consacrés à l’influence
Pages : 6
Extrait du dossier : Désinformation
Paru dans la revue : Revue Services spéciaux
Numéro : 271
Périodicité de la revue : Juin 2025
Revue de : AASSDN
Prix de la revue : 15€ (10€+5€ de frais de port)
Où acheter la revue : Sur la boutique de l’AASSDN dans la boutique (pour y accéder, cliquer ICI)




Désinformation : Les vraies origines de la colonisation française en Algérie

La conquête de l’Algérie par la France en 1830 fait toujours l’objet d’une désinformation par omission du fait majeur qui a poussé Charles X à se lancer dans cette expédition. La version officielle qui est mise en exergue se rapporte à une sordide affaire de dette relative à un marché de fourniture de blé que le Directoire avait conclu avec le dey d’Alger en 1797.

La transaction avait été gérée par deux commerçants véreux d’Alger, Bacri et Busnach, qui entretenaient des relations frauduleuses avec un groupe de pirates. Lorsque les exportations de céréales vers la France commencèrent, les deux négociants corrompus communiquèrent pour chaque opération aux bandits des
mers le trajet et la date précise des convois. Les pirates pouvaient alors s’emparer des cargaisons de blé puis les revendre aux deux truands qui, à leur tour, réexpédiaient les produits rachetés vers leur destination. Le blé, objet d’un juteux trafic, arrivait finalement en France après de multiples péripéties et un long séjour dans des cales humides qui le rendaient impropre à la consommation. Dans ces conditions, on comprend les fortes réticences de l’acheteur à payer de telles marchandises. Les dettes prirent de l’ampleur et le contentieux entre la France et le dey d’Alger s’envenima jusqu’en avril 1827 lorsque le roi Charles X chargea le consul de France Pierre Deval de présenter au dey des explications sur cette situation intolérable. L’entrevue orageuse se termina par un coup d’éclat : dans un accès de colère, le dey frappa le représentant de la France avec son chasse-mouches, un acte considéré comme un affront au monarque français. La France humiliée devant l’absence d’excuses réagit en soumettant Alger à un blocus maritime. Mais l’expédition militaire ne sera lancée que trois ans plus tard par Charles X: la conquête de l’Algérie débute le 14 juin 1830 par le débarquement de troupes à Sidi Ferruch, une baie située à l’ouest d’Alger.

[…]

Michel KLEN,
Essayiste et auteur de plusieurs ouvrages dont “La tragédie de l’Algérie
Dossier “Désinformation” publié dans la “Revue Services spéciaux” de l’AASSDN
Juin 2025

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Informations sur l’article :

Titre : “Les vraies origines de la colonisation française en Algérie”
Auteur : Michel KLEN, Essayiste et auteur de plusieurs ouvrages dont “La tragédie de l’Algérie
française, Les ravages de la désinformation et La guerre du bluff est éternelle”
Pages : 4
Extrait du dossier : Désinformation
Paru dans la revue : Revue Services spéciaux
Numéro : 271
Périodicité de la revue : Juin 2025
Revue de : AASSDN
Prix de la revue : 15€ (10€+5€ de frais de port)
Où acheter la revue : Dans la boutique du site de l’AASSDN (pour y accéder, cliquer ICI)




Volaille importée du Mercosur : le sacrifice du monde rural sur l’autel du libre-échange

Les agriculteurs se mobilisent à nouveau contre le projet d’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Derrière l’importation de produits étrangers aux normes contradictoires, c’est un modèle de vie qui est en jeu, explique notre chroniqueur Jean-Étienne Rime.

Pauvre poulet ! On le mange à toutes les sauces et sous toutes les formes : salade César, nuggets, filets et même jambon, rillettes ou saucisses de volailles. Il se trouve dans tous les supermarchés, présenté de mille façons. Il est à la carte des restaurants les plus huppés et des spécialistes de burgers qui l’accommode à coups de crèmes sucrées et autres condiments. Il a été la nourriture de base des athlètes et leurs accompagnants aux Jeux olympiques de l’an dernier, nourriture consensuelle s’il en est et appréciée de tous les continents, toutes les religions ou convictions à l’exception des végétariens, végétaliens et autres adeptes du renoncement à la viande animale.

Des normes exigeantes

D’où vient ce poulet ? Bonne question en effet ; une grande majorité de consommateurs ne font pas le lien entre ce morceau de viande emballé dans un film plastique ou enroulé dans une panure croustillante, et l’animal qui vit huit semaines — douze pour les poulets fermiers qui pourtant sort bien d’un élevage qualifié d’”industriel” par ses détracteurs. C’est vrai, ce système n’est pas idéal mais l’on ne peut guère revenir à ce qui se faisait autrefois avec le poulailler de la ferme et ses volailles qui mangeaient restes alimentaires et vers de terre, car notre gallinacé est omnivore. 

Qui accepterait d’élever ainsi quelques volatiles et qui accepterait de payer trois ou quatre fois le prix pour être certain d’avoir un vrai poulet de ferme ? Personne. Les éleveurs se sont adaptés, ils ont créé des conditions d’élevage plus respectueuses de l’animal avec des parcours extérieurs par exemple, une limite du nombre d’animaux, mais pour une production qui reste à grande échelle. Les fermiers de notre temps sont attentifs à la santé et au bien-être de leurs animaux, condition essentielle pour que leur croissance se déroule bien. Ils sont aussi des investisseurs, ils nourrissent la vie locale : fournisseurs d’aliments, vétérinaires, installateurs de bâtiments et artisans de la maintenance. Ils produisent français, dans des normes infiniment plus exigeantes que celles pratiquées ailleurs et mettent dans nos assiettes des produits sains, sûrs et bons.

La folie du Mercosur

Oui, mais voilà. Si l’industrie française s’est externalisée à l’autre bout du monde au prétexte de la mondialisation, l’agriculture française et particulièrement l’élevage risquent de subir le même sort, pour tenter de sauver la construction aéronautique ou un autre pan de notre économie. Le poulet va venir du Brésil ou des pays d’Amérique du Sud, ceux qui déforestent pour semer du soja ou produire de l’huile de palme. Nous n’aurons plus aucune garantie sanitaire sauf celles décrétées par des administrations locales laxistes ; les questions de bien-être animal seront biffées d’un trait sans appel, l’écologie idem, sans parler des dépenses d’énergie liées aux transports longs, à la congélation, bref, tout ce qui ne fait pas le bien du consommateur.

Le poulet ne sera pas le seul élevage concerné ; bœuf et porc seront importés aussi de ces pays sans contrôle pour être vendus à bas prix en Europe. La folie du Mercosur est portée par des technocrates totalement déconnectés des réalités rurales, qui veulent réglementer, contraindre et faire plier plus encore une profession qui souffre alors qu’elle est essentielle et porte de si belles valeurs ancestrales et modernes à la fois. Ils annoncent des garanties, des volumes limités d’importation auxquels eux-mêmes ne croient pas. On a fait de même pour l’industrie et l’on voit le résultat.

Le terreau d’un style de vie

Nous avions la chance en France d’avoir une agriculture variée, d’une incroyable qualité et surtout excédentaire. Ce n’est plus le cas. Les paysans sont à la fois idéalisés et conspués, ils sont pourtant les tenants du conçu et produit et en France. Ils sont à l’amont d’emplois, non délocalisables et essentiels à nos campagnes. Ils sont les garants du goût, de la santé, de ce qui fait une richesse incomparable de notre pays, la gastronomie. Les agriculteurs ont manifesté ce 26 septembre, ils recommenceront dans une certaine indifférence. Nous sommes tous concernés. À travers ces mouvements, ce ne sont pas les seuls exploitants agricoles qui s’expriment mais toute la France attachée à un modèle rural, à une production variée qui se retrouve sur nos tables, celles du goût, celles de tous les jours à la cantine ou à l’hôpital, celle des fêtes et des rencontres de la famille et des amis. La production agricole française est le terreau d’un style de vie, préservons-là et mieux encourageons-là, soyons solidaires de ces paysans, ces éleveurs passionnés et passionnants, indispensables à notre pays.

Jean-Étienne RIME
Site : ALETEIA
29 septembre 2025




Vidéo : La guerre face au retour des mercenaires ?

mercenaires

Dans cette émission, Claude Medori et Alain Juillet accueillent Valère Llobet, analyste et chercheur en géopolitique, pour découvrir l’ampleur du phénomène des mercenaires au 21ème siècle dans les guerres modernes. Après la mise en lumière du groupe Wagner ou de Mozart et BlackWater, nous découvrons toute l’importance de ces sociétés militaires privées dans les conflits actuels au profit des politiques impérialistes des grandes puissances.

Où se situe la France dans ce mouvement irréversible des armées privées ? Réponse dans cette émission.

Date de mise en ligne :  24/09/2025
Durée : 00:45:55
Compte YouTube : Open Box TV




Le dilemme européen en Ukraine : préparer la paix ou alimenter la guerre industrielle ?

Il n’est actuellement question que « d’accords de sécurité ». Le professeur américain Jeffrey Sachs dans un très intéressant article montre que «…cette expression familière confond deux notions très différentes : le besoin légitime des grandes puissances d’empêcher un encerclement hostile et la prétention illégitime des grandes puissances à s’ingérer dans les affaires intérieures d’États plus faibles. La première notion est mieux décrite comme une sphère de sécurité, la seconde comme une sphère d’influence. ».

Reconnaître cette distinction est plus qu’une question de sémantique. Cela permet de clarifier ce qui doit être accepté comme légitime dans la politique mondiale et ce à quoi il faut s’opposer. Elle aide également à réévaluer des doctrines historiques telles que la doctrine Monroe et sa réinterprétation ultérieure dans le corollaire Roosevelt, et elle éclaire les débats contemporains entre la Russie et la Chine d’un côté, et les États-Unis de l’autre concernant la sécurité nationale. Enfin, elle pointe vers la neutralité comme politique pratique pour les petits États pris entre les grandes puissances : la neutralité respecte les préoccupations sécuritaires de leurs puissants voisins sans se soumettre à leur domination ou à leur sphère d’influence.

En termes plus simples, il s’agit d’établir ou de rétablir la confiance : la rencontre Trump-Poutine peut être considérée comme allant dans le bon sens : on se parle. Traiter Poutine d’ogre ne sert pas à améliorer le climat.

Le conflit russo-ukrainien, pour le limiter au champ de bataille, semble être entré dans une phase terminale, sans pour autant que soit désigné un vainqueur et un vaincu. Les enjeux sont en effet beaucoup plus vastes que le seul terrain conquis. Un des aspects d’une éventuelle « victoire » ukrainienne serait d’y avoir gagné ce qu’on appelle des « garanties de sécurité ».

Mais une grande confusion règne à ce sujet. Fondamentalement, elles devraient assurer la paix dans cette partie de l’Europe. Mais la notion de « force de réassurance » inventée par le Président Macron augmente ces confusions et fait oublier, me semble-t-il, l’essentiel.

La première question à se poser est : qui a besoin de garanties de sécurité ?

Revenons brièvement sur les causes de la situation actuelle.

On notera en préambule que la Russie souhaite tout particulièrement régler le problème des causes qui l’ont amené à déclencher cette SMO (opération militaire spéciale).

Depuis la fin de la guerre froide, les USA, (et le clan « néocon » qui a pris le pouvoir au sein du département d’Etat) prônent une stratégie visant à tout faire pour protéger la suprématie, alors incontestable, des USA, en empêchant l’émergence de tout concurrent. Parmi les concurrents potentiels de l’époque (années 90), la Russie d’après Eltsine, l’Europe, et surtout la conjonction Europe-Russie.

On connaît les écrits et déclarations des conseillers successifs (Zbigniew Brezinski, Paul Wolfowitz, Richard Perle), et de la Rand Corporation et son scénario réaliste prévoyant des jours sombres pour l’Ukraine, etc. A la seule fin d’éliminer un concurrent potentiel, ces politiques ont mis en musique les mesures à prendre contre l’Europe et contre la Russie, à base de sanctions économiques, financières, énergétiques. Mais ces mesures se révélant inefficaces, c’est l’utilisation de l’Ukraine comme proxy contre la Russie qui a été l’option choisie. D’où le coup de force de Maïdan[1]

Cet évènement va de fil en aiguille envenimer les relations, but justement visé par les « néocons » américains. Tout cela est assez bien documenté pour ne pas en dire plus. Les dirigeants russes qui lisent les textes néocons comme tout le monde, assistant au renforcement de l’armée ukrainienne, n’ont eu de cesse de demander une réunion pour construire un cadre de sécurité en Europe, qui respecterait ce qu’ils estimaient nécessaire à leur sécurité et qu’ils croyaient conforme à ce qui avait été accordé « oralement ? » par diverses autorités occidentales dans le passé. Ces demandes n’ont pas reçu de réponse, voire ont été considérées avec mépris. C’est cette « négligence » et la protection des russophones de l’Est ukrainien, qui a amené les russes à déclencher l’Opération Militaire Spéciale, action, tout le monde le reconnaît, parfaitement contraire aux règles internationales.

Sans pour autant la justifier, Trump a même reconnu comprendre la réaction Russe.

On connaît la suite : les difficultés de l’armée russe à se mettre en ordre de bataille, avec de petits effectifs contre une armée plus nombreuse et bien armée, les objectifs définis par Poutine, démilitariser, et dénazifier l’Ukraine… Contrairement à ce qu’ont compris de nombreux observateurs occidentaux, il ne s’est jamais agi de conquérir toute l’Ukraine. L’armée russe n’a jamais eu pour mission de conquérir du terrain. Il s‘agissait, de détruire l’armée ukrainienne (attrition), et au fur et à mesure des progrès de l’installation de réseaux russes en Ukraine capables de désigner les objectifs, de détruire et rendre ainsi inutile l’aide occidentale, en appauvrissant les pays donateurs, eux-mêmes en difficulté.

L’observateur impartial ne peut que constater que, pour le moment, l’objectif visé au départ par l’administration néocon de Biden, qui était de s’en prendre à l’économie russe afin de mobiliser les foules en colère contre Poutine pour le renverser, n’a pas fonctionné (cf. Biden lors de son dernier voyage à Kiev). Considérant l’Ukraine comme un vrai proxy, que Biden a toujours refusé de vraiment armer, craignant une réaction trop vive de la Russie, la consigne donnée est : « Continuez à tuer du Russe ».

Pour la Russie, le problème de la fin de la phase actuelle, ne peut se régler qu’avec la nouvelle administration américaine, en reprenant le dialogue interrompu en février 2022, en vue de statuer sur le cadre de sécurité en Europe, la fin des sanctions et éventuellement la fin des opérations sur le terrain, celles-ci dictant le sort de l’Ukraine. Contrairement à ce que propose une propagande facile (il est plus facile de haïr un seul homme), Poutine n’est pas seul à décider : c’est l’Armée russe, ses chefs et le poids de l’état-major, qui décident de l’objectif final, qui est de laisser les armes sur le terrain décider de l’issue du conflit.

Les garanties pour la Russie

Pour la Russie encore, il est essentiel d’obtenir que les garanties accordées par la signature d’un accord, assurent sa sécurité contre ce qui pourrait être la poursuite d’une lutte hybride par des éléments incontrôlés, alimentés par des pays européens mécontents, ou par des réseaux néocons (CIA hors contrôle, Deep state attendant le départ de Trump, UE, cf. les déclarations de Kaja Kallas responsable de la politique étrangère de l’UE, Estonienne, qui demande encore et toujours le démembrement de la Russie, etc.).

Poutine a déclaré qu’il voulait la paix, pour permettre à la Russie de reprendre sa marche vers le progrès, etc., toute déclaration ne pouvant que nourrir la poursuite des objectifs initiaux des néocons toujours à l’affût. Car Trump, après des débuts tonitruants et sans doute peu efficaces se retrouve, peut-être malade (?), enlisé entre la crainte de perdre son électorat MAGA, de se faire doubler par des amis Républicains mal intentionnés (Lindsay Graham), et les propres contradictions de son programme (a-t-il d’ailleurs un programme cohérent ? Ainsi sa politique douanière vis-à vis de l’Inde qui vient de pousser ce pays, pourtant ami de l’Ouest, dans le camp rassemblé à Pékin). Ou bien, d’après certaines sources, enlisé par divers lobbies qui risquent de l’emmener et nous emmener dans des guerres qu’il ne veut pas (d’après des observateurs sérieux, le Mossad tiendrait Trump par des Kompromats fournis en son temps par son agent Epstein…) comme la reprise de la guerre contre l’Iran annoncée pour octobre (les médias ont parlé de rassemblement d’avions et de ravitailleurs US vers le Proche-Orient.)

Les garanties pour les Etats-Unis

Les USA (ou Trump) ont eux aussi besoin de garanties de sécurité : Trump a besoin de transformer la défaite de la stratégie de Biden en victoire pour lui-même: Steve Witkoff, envoyé spécial des EU au Moyen-Orient, aurait demandé lors de sa première rencontre avec les Russes à Ryad, de ne rien faire qui puisse accélérer la dédollarisation de l’économie mondiale entreprise par les BRICS. Au sein du camp atlantiste (néocons + européens de EU + 3 ), Trump doit s’assurer de ne pas être traité de traitre lorsqu’il devra mener la seule politique efficace pour mettre un terme à la tuerie : arrêter les livraisons d‘armes et d’argent, et retirer les conseillers de la CIA en poste dans l’armée ukrainienne. C’est ce qu’il comptait faire dès le début de son mandat, mais les Européens l’en ont empêché. Enfin avoir l’assurance que les fonds de pension US qui posséderaient déjà 20% des terres cultivables (en Ukraine) puissent continuer à assurer le financement des retraités qui ont voté MAGA .

Donald Trump, qui reste une énigme en tant que président, a besoin de sécurité pour rester en vie : un coup à la JFK est vite arrivé, une tentative a déjà été menée. Son grand projet géopolitique semble être de régler par des « deal», les relations avec la Russie et la Chine, ce qui apparait ni plus ni moins comme un partage des zones d’influence.

 Des rumeurs – ou des fuites aux meilleures sources – toutes récentes, font état d’un projet d’une nouvelle stratégie de défense nationale qui placerait les missions nationales et régionales au-dessus de la lutte contre les adversaires traditionnels que constituent Pékin et Moscou.

Au-delà des rumeurs, il y a des faits : Au tout début du mois de septembre, des personnes proches du dossier ont révélé que des responsables du Pentagone ont informé les diplomates européens que les États-Unis ne financeraient plus les programmes de formation et d’équipement des armées des pays d’Europe de l’Est, qui se trouveraient en première ligne en cas de conflit avec la Russie. Par ailleurs, Trump a invité Poutine et Xi au prochain G20 qui se tiendra en 2026 aux USA. Au plan intérieur, il a lancé une initiative visant à placer les villes américaines en proie à la criminalité et au dysfonctionnement, sous la tutelle de l’armée et de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Cette disposition ne manquera pas de voir s’élever une très forte opposition de la part de l’Etat Profond, néocons bipartisans, CIA malgré la purge menée par Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national américain, mais aussi de la part des pays européens engagés dans une lutte contre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien. Pour le moment, pour calmer ces oppositions, il louvoie, entre les nouvelles sanctions ou menaces contre Poutine, ( – Père, gardez-vous à droite, – ), et des promesses vagues d’aide aux efforts européens ( – Père , gardez-vous gauche– ). L’interprétation de ces faits dépend de Trump : agit-il dans la plus grande improvisation, ou bien, avec ses outrances et ses foucades, se trace-t-il un chemin vers ce qui devrait être une Paix ? …évitant les provocations, fake-attaques,etc .. montées par ses amis et alliés pour l’empêcher de poursuivre ses propres objectifs.

Des garanties pour l’Ukraine

L’Ukraine, ou ce qu’il en restera, doit bien sûr obtenir toutes les garanties que peut recevoir une nation vaincue : on n’en est pas encore là. Des Ukrainiens vont encore se faire tuer (pas ceux qui vont profiter de la dernière autorisation de quitter librement le pays, Zelensky préférant voir sa jeunesse à l’étranger que manifester dans les rues contre le gouvernement).

Parmi les garanties à lui donner :

  • Un système permettant de contrôler les groupes nationalistes qui pourraient vouloir continuer à jouer les proxy au profit des néocons US en lançant une guerre clandestine sur le territoire russe, ce qui pourrait provoquer des réactions de la Russie contre les bases de départ de ces raids ;
  • Des garanties pour les populations restées en territoire occupé, soit pour rejoindre le territoire ukrainien, soit pour conserver leur culture, leur langue, etc.
  • Dans le même esprit, autoriser les visites entre familles de part et d’autre de la nouvelle frontière (éviter les séparations qui ont été provoquées par le Mur de Berlin)
  • Des garanties de recevoir l’énergie nécessaire à partir des centrales nucléaires en territoire occupé ou du gaz russe.
  • Des garanties contre d’éventuelles incursions russes, garanties assurées par des commissions (d’armistice) du type de celles installées en France pendant la dernière guerre, commissions ukrainiennes installées près des plus importantes garnisons en Russie et commissions russes installées en Ukraine etc.

Des garanties pour l’Europe

Enfin, l’Europe doit recevoir aussi des garanties :

Celles-ci devraient lui assurer les conditions favorables à la résolution d’une part de la crise économique autrement qu’en développant une industrie d’armement et de préparation à la guerre, moyen historique pour les élites de résoudre les crises, et d’autre part de la crise structurelle qu’elle traverse, en reprenant dès que possible contact avec la Russie. A cette fin, il lui faudra sans doute changer une partie du personnel politique européen trop impliqué, non dans le soutien à l’Ukraine, mais dans la poursuite de la destruction de la Russie. Dans cet objectif, elle pourrait puiser dans son passé et prendre exemple sur l’instauration de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Celle-ci, entrée en vigueur en juillet 1952 pour une durée de cinquante ans, avait créé les bases d’une démocratie européenne et le développement actuel de l’Union. Sur proposition du ministre des AE Robert Schuman, elle devait empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne, la guerre étant rendue « non seulement impensable mais aussi matériellement impossible ».

Ces garanties devraient lui assurer aussi de désinstaller tous les motifs de crises futures : référendum pour les minorités plus ou moins brimées, comme les Hongrois, les Polonais d’Ukraine, révision des mesures ayant mis fin à la crise des Balkans en particulier, et ayant engendré un certain nombre de problèmes, dont l’installation d’un islamisme radical, dont il faudrait neutraliser les têtes de pont.

Et l’OTAN ?

Reste le problème de l’OTAN, plus exactement de l’utilité de l’OTAN, une fois que les USA se seront retirés (partiellement) d’Europe. L’organisation pourrait avoir un réflexe de survie, et temporiser jusqu’au départ de Donald Trump, en attendant un chef sérieux qui trouvera bien le moyen de recréer une méga crise.

A ce stade, et pour répondre à la question du jour, posée récemment par Pierre Lellouche sur Europe 1, le président Macron propose de préparer, avec un certain nombre de partenaires qu’il a, semble-t-il, convaincus, une force qui serait déployée après un traité de paix.

Ce projet présente trois difficultés :

En premier lieu, un problème d’effectif : les forces européennes disponibles sont peu nombreuses : quelques milliers d’hommes, quinze à vingt mille au mieux, essentiellement Français et Britanniques. Mais surtout, il faudrait les protéger, car il est hors de question qu’un soldat d’Europe occidentale soit tué au cours de ce conflit en Europe orientale, lors d’une attaque russe. Ils ont donc besoin d’une couverture aérienne, qui ne peut être qu’américaine, du renseignement américain, le plus performant, et de la logistique américaine, la plus solide. Sur ce sujet, Donald Trump est très réticent. Il est d’une grande prudence et encore très vague dans ses intentions.

En deuxième lieu, l’inévitable opposition russe à ce projet : un des objectifs de cette malheureuse Opération militaire spéciale, était d’empêcher l’Ukraine de rejoindre l’Otan. Si on fait rentrer des soldats de pays de l’OTAN en Ukraine, on fait rentrer l’OTAN par la fenêtre. Les Russes n’en veulent donc évidemment pas.

Enfin, la division des Européens eux-mêmes est un réel handicap. En Allemagne, on souhaite que ce projet passe au Bundestag. Or les socialistes sont contre. Il n’y a pas de majorité pour aller en Ukraine. En Italie, Matteo Salvini, vice-président du conseil des ministres, est contre. Donc, Georgia Meloni enchaine : « Nous n’irons pas au sol en Ukraine ». Les Polonais, pourtant voisins, s’y refusent également. Ne restent que les Français et les Britanniques. On notera aussi que le secrétaire de général de l’OTAN, Mark Rutte, ancien Premier ministre néerlandais, très allant, voudrait qu’on envoie tout de suite des forces en Ukraine, et donc qu’on participe directement à la guerre….

Dans cette grande confusion, au milieu de tant d’incertitudes, les armées européennes ne sont ni prêtes, ni près à se déployer en Ukraine.

Cet environnement donne au président Macron l’occasion de multiplier les sommets, de faire oublier la profonde crise politique et économique que traverse la France, en particulier : l’incapacité de l’Assemblée à voter un budget, entrainant la démission du Premier ministre, faute de majorité de soutien. La presse étrangère (Financial Times) évoque l’inconscience[2] [1] du Président Macron ou la recherche d’une diversion politique.

On peut imaginer que tous ces grands chefs sont mal renseignés, prenant leurs sources chez les Ukrainiens (pour eux les Russes ne savent pas se battre, les valeureux Ukrainiens mènent l’offensive, la victoire est possible, la chute de Poutine, « encore une minute Monsieur le bourreau … »). Cette hypothèse est (elle) réaliste ?

Ou bien tout le monde sait que la messe est dite, et on se comporte comme sur le Titanic, on multiplie les réunions, les repas, les embrassades avec tapes dans le dos du grand héros, ce qui permet à chacun de ces chefs d’Etat à mauvaise côte de popularité de durer, en attendant eux-aussi que Trump se casse ou soit cassé, pour reprendre le train-train ou marcher vers « enfin une vraie guerre sans empêcheur de faire la paix en rond ».

On pourrait en dire beaucoup plus, mais je pense que ce qui précède démontre que la « guerre » contre la Russie est tout aussi fantaisiste que les autres exemples de folie symbolique décrits ci-dessus. La difficulté, et peut-être le danger, vient du fait que les gouvernements ont effectivement le pouvoir de lancer des opérations de ce type, ou du moins d’essayer, et peuvent se persuader, par désespoir, qu’ils pourraient réussir. M. Macron a montré des signes inquiétants de ce type de réflexion ces dernières semaines, et le gouvernement français semble désormais préparer les hôpitaux à accueillir des centaines de milliers de victimes d’une future guerre. Nous avons besoin des hommes en blouse blanche.

Patrick FERRANT
Guerre en Ukraine : Les garanties de sécurité, opinion
Administrateur honoraire de l’AASSDN


[1] A ce sujet, Andriy Paroubiy, chef nationaliste et chef des snippers qui avaient tiré, lors de la Révolution de Maïdan sur la foule et sur la police, vient d’être abattu d’une balle dans la nuque à Lvov, par un Ukrainien mécontent .

[2] 2025 09 03 Blog Aurélien La guerre à notre époque




L’histoire au service du pouvoir : L’Algérie du président Tebboune

Dans la guerre mémorielle qu’il mène contre la France, le « Système » algérien aux abois vient de franchir un niveau supplémentaire dans le mensonge. Le président Abdelmajid Tebboune a en effet osé déclarer publiquement dans les médias d’Etat que, de 1830 à 1962, la France avait tué 5 millions d’Algériens, soit 3,5 millions avant 1954, et 1,5 million de 1954 à 1962, durant la guerre d’indépendance.  Avant de réfuter par le détail ces propos aussi mensongers qu’irresponsables, il est nécessaire de rappeler deux choses au président Tebboune :

– En 1830, quand la France débarqua à Alger, la colonie turque était un désert humain à peine peuplé d’un peu plus d’un million d’habitants, chiffre s’expliquant par la totale absence de médecine, d’où l’effarante mortalité, notamment infantile et post-natale.
– En 1961, les Algériens étaient 11 628 883, soit dix fois plus…

Dans ces conditions, où le président Tebboune est-il allé chercher le chiffre de cinq millions d’Algériens tués par la France ? Dans cette mise au point, la réfutation chiffrée des propos insensés du président Tebboune se fera en deux parties, à savoir la période 1830-1954, et la période 1954-1962.

1) La population algérienne de 1830 à 1954

L’Algérie turque était un désert humain en raison de l’inexistence des mesures d’hygiène et de l’absence totale de médecine. Les médecins y étant inconnus, les « soins » y étaient donnés par les soigneurs des bains maures. Quant aux accouchements, ils étaient réalisés par des matrones, les gablat.

Dès le mois d’août 1830, le Service de santé des Armées ouvrit ses premiers centres destinés à la population civile. Puis, en 1853 furent créés les Médecins de colonisation qui, dès les années 1860, œuvrèrent dans 60 circonscriptions. Ces dernières atteignirent le nombre de 112 en 1940, ce qui fit qu’à partir de cette année, 64% de la population eut accès à un médecin et à des vaccinations gratuites, le tout payé par la France.

Ces médecins éradiquèrent le typhus, firent reculer le paludisme, combattirent la syphilis le terrible mrid el kebir, et le trachome. Ils vaccinèrent contre la tuberculose, la rougeole, la coqueluche puis la poliomyélite. En 1962 existait un hôpital universitaire de 2 000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants. Résultat de cette colossale œuvre sanitaire, la population algérienne de souche passa d’un peu plus d’1 million d’âmes en 1830, à 11 628 883 en 1961. Nous sommes donc loin des fantasmes génocidaires du président Tebboune…

Les principales étapes de cette explosion démographique due à la France ont bien été identifiées à la progression du maillage sanitaire. Ainsi, en 1851 le premier recensement donne 2.4 millions habitants. Celui de 1880 entre 3,5 et 3,8 millions d’habitants, une progression d’autant plus spectaculaire que la décennie 1866‑1876 connut une succession d’épidémies diverses, de sécheresses et d’invasions de sauterelles détruisant les récoltes et provoquant la famine, le tout entraînant une surmortalité importante.

Vingt ans plus tard, en 1900, en dépit de la décennie noire des années 1866-1876, la population musulmane dépassa les 4 millions, ce qui faisait qu’elle avait doublé depuis le recensement de 1851. Puis, ce chiffre explosa littéralement puisqu’en 1961, l’on comptait quasiment 11,7 millions d’Algériens de souche, plus de dix fois plus qu’en 1830…

2) 1954-1962 ou le mythe du 1,5 million de morts

Passé maître dans le brouillard des chiffres, le régime algérien est ancré sur une affirmation aussi artificielle que celle des 3,5 millions de morts causés par la France entre 1830 et 1954. C’est celui du bilan de la guerre de 1954-1962 qui aurait fait 1,5 million de morts, soit plus d’un dixième de la population algérienne de souche.

Disons immédiatement que dans ses propos, le président Tebboune mélange deux mots, « moudjahid », qui désigne un combattant ayant participé directement à la guerre d’indépendance de 1954-1962, et « chahid » (martyr), un terme qui inclut toutes les victimes, combattantes ou civiles. Avant de nous lancer dans l’indécente estimation macabre imposée ces chiffres, il est utile de préciser que cette inflation du nombre des morts s’explique parce que la « légitimité » du « Système » repose sur sa propre version de la guerre d’indépendance. Or, celle-ci étant ancrée sur le mythe d’un peuple unanimement dressé contre le colonisateur, il fallait donc faire coïncider ce postulat idéologique à la démographie.

Le chiffre officiel de 1,5 million avancé par l’ONM (Office National des Moudjahidine) et le président Tebboune ne résiste pas à la critique historique. En effet, en 1961, les Algériens de souche étaient 11 969 451, dont 50% de femmes, soit environ 5 984 725 mâles, dont au minimum 50% de mineurs, ce qui donnerait une population mâle adulte d’environ 3 millions. Pour que le chiffre de 1,5 million de morts ait un début de vérification, il faudrait donc que ces 3 millions dans leur totalité aient pris les armes contre la France …et que 50% d’entre eux aient trouvé la mort. Des chiffres qui feraient passer les combats de Verdun ou de Stalingrad pour des promenades de santé…

Intéressons-nous au nombre de moudjahidines au moment du cessez-le-feu du mois de mars 1962, ce qui va permettre de mesure l’énormité du mensonge algérien. Pour le connaître, nous disposons des sources algériennes et des sources françaises.

La source algérienne la plus fiable est celle de Ben Youcef Benkhedda qui fut le dernier président du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne). Dans son livre paru en 1997 (L’Algérie à l’indépendance, la crise de 1962), il donne le chiffre de 65.000 combattants à la date du cessez-le-feu de mars 1962, à savoir :

– Les maquis de l’intérieur : 35 000 combattants, dont 7 000 pour la wilaya I, 5 000 pour la II, 6 000 pour la III, 12 000 pour la IV, 4 000 pour la V et 1 000 pour la VI.

– L’ALN, l’armée des frontières, réfugiée en Tunisie et au Maroc, un peu plus de 30 000 hommes.

Les sources françaises sont très proches de celles du GPRA puisqu’elles donnent le chiffre d’environ 50.000 combattants. Selon le 2° Bureau français, le nombre de maquisards de l’intérieur était en effet de 20 000 en 1958 et au mois de mars 1962, à la signature des accords d’Évian, les combattants nationalistes de l’intérieur étaient estimés à 15 200. Quant à ceux et ceux de l’extérieur, à savoir l’ALN, ils étaient de 32 000 dont 22 000 en Tunisie et 10 000 au Maroc.

Le mythe d’un peuple unanimement dressé contre le colonisateur connaît donc de sérieuses lézardes car nous sommes loin des 3 millions de combattants dressés contre la France. D’autant plus que les Algériens servant dans l’armée française, semblent avoir été plus nombreux que les moudjahidines…

En effet, au mois de janvier 1961, alors que le processus menant à l’indépendance était clairement engagé, 307 146 Algériens servaient alors dans l’armée française, soit 10% de tous les Algériens mâles adultes, contre environ 65 000 moudjahidines, autrement dit moins de 3% de toute la population mâle algérienne. 

Or, le chiffre de 307 146 est incontestable car l’historien dispose des registres précis concernant la situation exacte de chacun de ces hommes (matricule, pensions, blessures, temps de service, affectations, armes perçues etc.), Nous connaissons donc bien le profil de ces Algériens qui combattaient dans ou aux côtés de l’armée française, à savoir :
– 60 432 appelés pour le service militaire
– 27 714 engagés volontaires dans la « Régulière » (tirailleurs, spahis, parachutistes etc.)
– 213 700 harkis dont 63.000 directement intégrés au sein des unités combattantes.
– 700 officiers dont 250 appelés
– 4 600 sous-officiers

Même et à supposer que les 60 432 appelés étaient des « malgré-nous », ce qui n’était semble-t-il pas le cas puisque les désertions n’affectèrent qu’un faible pourcentage de ces hommes, il resterait encore 240 000 volontaires, soit, dans tous les cas, au moins trois fois plus que les 65 000 moudjahidines.

Les chiffres détaillés des pertes permettent également de montrer que l’ONM et le président Tebboune racontent n’importe quoi. Pour mémoire, il est nécessaire de bien préciser que les combattants indépendantistes tués par l’armée française faisaient l’objet d’un décompte précis et d’une recherche en identification très régulièrement effectuée par la gendarmerie, ce qui permet de donner des chiffres précis, à savoir 143 500 morts pour l’ALN et 24 614 pour les pertes françaises – dont 7 917 par accident et 1114 par maladie-, soit 15 583 au combat.
Si nous additionnons les 65 000 maquisards de 1961 et les 143 500 combattants indépendantistes morts au combat, nous aboutissons à 208 500 combattants pour un « réservoir » potentiel de 3 millions d’hommes, loin donc d’un peuple unanimement levé contre la France.

D’ailleurs, en 2008, Noureddine Aït Hamouda, fils du colonel Amirouche Aït Hamouda, chef emblématique du maquis kabyle de la willaya III tué au combat le 29 mars 1959, a réduit à néant le mythe du 1,5 million de morts, un chiffre totalement fantaisiste selon lui, mais qui permet de justifier le nombre exponentiel des ayants droit, notamment celui des veuves et des orphelins. Selon Noureddine Aït Hamouda, les 3/4 des porteurs de la carte de moudjahidine et d’ayants droit, sont en effet des faux et des imposteurs. Quant à l’ancien ministre algérien Abdeslam Ali Rachidi, il ne craignit pas de déclarer que « tout le monde sait que 90% des anciens combattants, les moudjahidines, sont des faux » (El Watan, 12 décembre 2015).

Pour la réfutation des mensonges de la propagande algérienne, on lira mon livre « Algérie, l’histoire à l’endroit. Les 10 grandes controverses de l’histoire »

Bernard LUGAN
Histoire : L’Algérie du président Tebboune
L’Afrique réelle