Les Services speciaux francais 1940-1942- Général Rivet

Voici donc le vieux S.R, rétabli dans la zone exiguë où le confinent les conditions d’un armistice inexorable.

Numériquement amoindri par la démobilisation des réserves, il dispose sensiblement de son effectif du temps de paix. Sa qualité est intacte. Son aire de travail, affectée par le débordement germanique à l’Ouest, le met en prise dicte avec l’adversaire : la ligne de démarcation n’est pas un obstacle.

L’étiquette trompeuse de Bureau M.A. l’abrite provisoirement des curiosités du dehors. Le large éventail de son implantation et une dissimulation réalisée au maximum lui permettent de poursuivre sans interruption ses oeuvres de la veille.

La suppression du S.R. ancienne manière, qui surviendra le 5 Août, restera sans résonance dans le public. La guerre du renseignement, la guerre contre l’Allemand et contre ceux, dociles ou traîtres qui le serviront, continue.




Des 1941, le 2eme bureau prédit la défaite de l’Allemagne

Nous avons reproduit dans le bulletin n°15 les passages les plus caractéristiques de la première “Note pour le Commandement” où, après avoir fait un bilan lumineux des forces qui s’affrontaient dans le conflit germano-russe, le Colonel BARIL concluait qu’en dépit de succès initiaux que remporterait l’Armée allemande à l’époque de sa puissance, Hitler serait hors d’état de venir à bout de la résistance russe et, par conséquent, d’échapper au terme fatal d’une victoire alliée.

La deuxième “Note pour le Commandement”, dont nous extrayons ci-dessous les passages essentiels, établit que la première phase de l’offensive allemande se solde en définitive par un échec, et fournit la condition première de l’affaiblissement de l’Allemagne en présence de la croissance accélérée des moyens dans le camp Anglo-Saxon. BARIL devient affirmatif : mis à part un miracle impossible, l’Allemagne est condamnée à terme, le désastre point à l’horizon.




Les vue prophetiques du 2eme bureau de l’armee d’armistice

Préfacés par notre Président d’Honneur, le Général L. RIVET, nous versons, au dossier de l’Histoire deux documents authentiques, oeuvres du Général BARIL, chef du 2ème Bureau de 1940 à 1942. Un rapport du 27 Juin 1941 envisageant les conséquences et les incidences du conflit germano-russe sur la conduite de la politique française, Une note du 4 Janvier 1942 sur la situation militaire et les perspectives qu’elle comporte. En publiant les extraits essentiels de ces documents, nous entendons rendre à l’Armée de l’Armistice et à son État-Major l’hommage dû à son patriotisme; trop de mensonges ont été et sont encore répandus sur son compte pour que de tels témoignages de son véritable état d’esprit restent plus longtemps ignorés. Nous voulons rappeler des faits qui pèsent aujourd’hui lourdement sur le sort du monde et dont la connaissance objective demeure indispensable pour juger sainement des graves problèmes internationaux que notre Pays doit résoudre.




Le plan d’invasion allemande de 1940 etait connu du SR francais

Parmi les événements qui ont, semble-t-il, ” surpris ” les Français. il en est un qui demeure toujours d’actualité par ses tragiques et innombrables conséquences, c’est l’invasion éclair de la France par l’Armée allemande au printemps 1940. Bien des fois nous avons prouvé que le Commandement (et le Gouvernement) français avaient été prévenus par les Services Spéciaux de cette éventualité.

Par le Colonel DOUDOT

Sur ordre du Colonel PAILLOLE, j’avais passé le mois de janvier 1940 en Hollande avec la mission d’y réorganiser nos réseaux CE.

Un de mes amis néerlandais (ma femme, belge d’origine hollandaise, avait de nombreux parents dans ce pays), me communiquait bénévolement tous les mois, depuis longtemps avant la guerre, les originaux des circulaires secrètes de la Gestapo (listes d’agents français et alliés arrêtés ou recherchés en Allemagne et aussi des renseignements militaires et des photographies (les ouvrages de la ligne Siegfried de la région d’Aix-la-Chapelle)

D’accord avec ma direction, je rédigeais des extraits de ces listes à l’intention des S.R. et C.E. belges.

Le 14 février 1940, j’étais en mission de liaison de ce genre à Bruxelles où j’apprenais l’aventure de l’avion allemand qui s’était posé par mégarde, le 11 février, sur la neige dans la ligne défensive belge près de Hasselt ; les occupants, deux officiers supérieurs allemands, transportaient un original du plan d’opérations allemand pour le front de l’Ouest (invasion du 10 mai 1940).

Voici ce qui s’était passé.

Un officier supérieur allemand avait été chargé de porter à la Kommandantur militaire de Cologne le plan d’opérations (Aufmarschplan) de l’armée allemande sur le front Ouest. A son passage à Munster en Westphalie il rencontra un de ses camarades de la première guerre mondiale, major de l’aviation, qui le supplia d’interrompre son voyage et de fêter convenablement leur rencontre.

Le dîner, très gai, se prolongea outre mesure et l’officier manqua sa correspondance de train de Cologne. Pour rattraper le retard le major aviateur lui proposa de le conduire le lendemain matin (tôt) avec un petit avion.

Le temps devint mauvais dans la matinée et la visibilité minime ; l’avion se perdit dans la nature. En survolant Maastricht (Limbourg hollandais), le pilote crut reconnaître la cathédrale de Cologne. En réalité il faut beaucoup d’imagination pour confondre la célèbre cathédrale allemande et ses deux clochers avec celle de Maastricht beaucoup moins haute.

Le pilote se posa alors un peu plus au Sud, en plein dans la ligne de défense belge.

Les occupants de l’avion furent arrêtés.

Conduits au poste de gendarmerie, les officiers allemands n’eurent pas l’occasion de faire disparaître le dossier secret. L’un d’eux jeta subitement tout le dossier dans le fourneau rouge de chaleur. Mais un gendarme belge eut le courage de retirer tout le paquet, se brûlant sérieusement la main. Les documents étaient déjà consumés sur les bords.

L’E.M. belge fut en mesure de déchiffrer toutes les phrases des textes.

Un de mes amis, bien placé à l’E.M. belge, me communiqua dans les grandes lignes le contenu des documents secrets allemands.

Etant donné que quelque temps auparavant le Roi des Belges avait prononcé un grand discours sur la neutralité de la Belgique – il y avait en 1940 presque autant de troupes belges à la frontière française qu’à la frontière allemande – mon ami n’osa pas me remettre le texte intégral du plan allemand.

Le même soir mes chefs étaient en possession de mon rapport détaillé. La réaction à la réception de ces renseignements fut peu encourageante.

En France, on estimait que le Gouvernement belge était en difficultés politiques et avait ” monté ” ou ” gonflé ” cette affaire pour en tirer profit.

Le Commandement pensa comme l’E.M. belge, au moins au début de l’affaire, qu’il s’agissait d’une intoxication bien présentée par le commandement allemand. L’erreur de navigation du pilote allemand trouva peu de crédit, surtout en raison du transport du plan d’opérations en question.

En Allemagne, Hitler croyant à une trahison, furieux, et surtout en colère contre l’Abwehr et son chef, l’Amiral Canaris (décapité après l’attentat contre le Führer de juillet 1944), voulut faire ” liquider ” les deux officiers en question.

L’instruction ouverte par la justice et la police, n’apporta pas la preuve d’un acte de trahison prémédité, mais conclut seulement à une négligence grave.

Les documents étaient authentiques et constituaient une nouvelle version du plan Schlieffen.

Le Général von Manstein fut chargé d’élaborer un nouveau plan d’opérations. Par manque de temps et devant l’incrédulité des alliés dont l’E.M. allemand eut rapidement conscience, ce nouveau plan ne se distingua guère de l’ancien.

Deux mois plus tard, l’armée allemande envahissait la Hollande, la Belgique et la France.

L’Offensive Rundstedt de 1944 était également connue à l’avance.

En haut lieu on ne crut donc pas à l’authenticité du plan d’opérations de 1940, pas plus que le Commandement U.S.A. ne crut à l’authenticité du rapport d’un déserteur allemand qui se présenta le 20 octobre 1941 à l’armée soviétique.

J’étais alors officier de liaison auprès d’une ” Task-Force ” interalliée (SCI) à Spa, chargée de saisir avec les premières troupes les documents de la Gestapo à Aix-la-Chapelle.

Je vois encore maintenant en esprit ce rapport du déserteur allemand qui était bien informé.

Il prédisait l’offensive de von Rundstedt ; il venait de l’Eifel où, sur le Nürburgring étaient concentrées les unités qui devaient participer à cette offensive.

Le déserteur appartenait à l’une de ces unités. Il révéla les objectifs prévus au jour le jour par le Commandement allemand, les axes de marche, l’effort principal sur Bastogne, en vue de la percée du front allié en direction de la Meuse et d’Anvers dans le but de couper les armées du Nord (Belgique et surtout Hollande), des troupes du Sud (Luxembourg et France).

Il fournit toutes les précisions sur les unités allemandes qui devaient prendre part à cette offensive. Le seul détail qu’il ignorait était la date de l’offensive. Elle fut en réalité déclenchée vers la mi-décembre 1944.

Vers Noël je me rendis de Tilburg (Brabant hollandais) en mission à Luxembourg et au lieu de prendre la route directe je dus passer par Rocroi-Longuyon.

A l’aide d’une copie du rapport du déserteur j’étais en mesure de vérifier journellement la progression des troupes allemandes et l’exactitude des renseignements fournis par lui.

Le Commandement américain n’avait nullement renforcé ses troupes face à l’Eifel le long des frontières luxembourgeoises et belges, secteur gardé par quelques postes isolés, lorsque l’armée von Rundstedt passa à l’attaque. Ndlr : – Comme pour l’affaire de 1940, ” on n’y croyait pas”… Ainsi est illustrée une fois de plus cette fâcheuse tendance des Commandements et Gouvernements d’accorder plus de crédit à ce qui entre dans leurs vues qu’à la réalité lorsqu’elle est présentée par les Services Spéciaux officiels sous un jour qui ne correspond ni aux plans établis ni aux hypothèses scientifiquement échafaudées…




Juin 1940- Le C.E. poursuivra la lutte contre « L’AXE » depuis L’A.F.N.

Nous avons maintes fois souligné l’efficacité des mesures prises par nos Services pour assurer, quoiqu’il advienne du sort des armes, la poursuite de leur mission contre l’Axe. L’une des premières mesures consistait à mettre hors d’atteinte de l’ennemi le personnel et les archives indispensables à la lutte contre l’ennemi.Le 20 juin 1940, soit deux jours avant l’armistice de Rethondes, le Commandant PAILLOLE demandait au Chef du B.C.R. (Bureau Central de Renseignements, ancêtre des Bureaux de Sécurité Militaire) de Marseille de mettre en route par bateau, à destination d’Alger, un spécialiste des affaires allemandes, le Capitaine Joseph DOUDOT, le plus remarqué de nos techniciens du C.E. Il devait convoyer le double des archives du C.E. français (fichiers et dossiers) constitué à Marseille depuis le 1° septembre 1939 sur l’ordre, extraordinaire de lucidité, du Colonel SCHLESSER Chef du 2 Bureau (S.C.R.).




Fiction et réalité sur les services spéciaux

Rien n’est pernicieux aux hommes autant que l’habitude d’entendre émettre sans cesse, sur le mode léger, des idées et des traits sur les choses sérieuses. Ils finissent par les accepter pour leur divertissement parce que, trop souvent, leur ignorance de ces choses les rend incapables de prendre leur défense et de s’opposer à leur discrédit.

Ainsi naissent et se propagent les idées fausses. Quand une institution a été par ce procédé compromise, il suffit pour mettre le comble à sa défaveur et pour passionner les esprits, d’un incident bénin ou malheureux, qui la cite devant l’opinion. Les SERVICES SPECIAUX DE LA DÉFENSE NATIONALE ont eu récemment ce sort infortuné (1962).




Pierre ORDIONI : “Tout commence a Alger”

Sous le titre « Tout commence à ALGER », notre camarade Pierre ORDIONI a publié en Novembre 1972, aux Editions STOCK, un ouvrage d’une importance exceptionnelle. Il s’agit du témoignage capital d’un homme que ses fonctions successives de Directeur de Cabinet du Préfet d’Alger de 1940 à 1942 et de Chef de la Délégation de l’Algérie de Novembre 1942 à Juin 1943, ont placé au coeur même du drame qui se jouera en Afrique du Nord entre 1940 et 1944 et dont les prolongements seront la rébellion de SETIF en Mai 1945, et les événements tragiques de 1954 à 1962.-




Etions nous renseignes en mai 1940 ? -bulletin n 20 -1958

Dans nos 3 derniers BULLETINS, nous avons publié sur les SERVICES SPÉCIAUX une étude historique dont nos lecteurs ont, sans peine, identifié l’auteur : le plus qualifié en cette délicate matière – nous devrions même écrire le seul -, le Général RIVET. Notre Président d’Honneur a fait apparaître notamment dans notre n° 19 que l’action des SERVICES SPECIAUX (SR. et C.E.) s’était révélée décisive a la veille de la 2ème guerre mondiale.Nous croyons indispensable, aujourd’hui, de démontrer l’oeuvre de Renseignement accomplie magistralement par nos Services jusqu’en 1940.Nous avons donc demandé, une fois de plus, au Général RIVET, de nous autoriser à publier l’étude qu’il a rédigée sur ce sujet.




1939 : La mobilisation des services speciaux militaires

Depuis le 9 juin 1939, nous savions par un message spécial de ” Notre agent chez Hitler (1)” que la fin août serait décisive.La volonté du Führer d’attaquer la Pologne, en plein accord avec l’U.R.S.S., était inébranlable. Son plan démoniaque, exposé en secret à la Chancellerie du Reich le 5 novembre 1937 et révélé dès le lendemain à nos Services par H.T. Schmidt, se développait. Implacable.

Le 29 septembre 1938, à Münich, en prétendant sauver la paix par le sacrifice de la Tchécoslovaquie leur alliée, Français et Anglais avaient en réalité offert à l’Allemagne le délai supplémentaire indispensable pour parfaire une puissance jugée en 1938 insuffisante par le Grand État-major de la Wehrmacht.




Le Contre espionage francais et l’ Abwehr dans les pays neutres-bulletin n46-1965

Nos services avaient constaté, dès le début de 1938, une recrudescence de l’activité des espions allemands en France, tant par les aveux détaillés des agents ennemis arrêtés que par nos propres agents de pénétration en contact étroit avec le SR allemand du Nord et du Sud. Nous étions ainsi au courant des préoccupations du gouvernement et du haut commandement allemand. L’adversaire voulait savoir quelle serait la réaction du gouvernement français en face des projets successifs d’expansion territoriale allemande (le nouveau « Drang nach Osten ») , l’état de l’aviation militaire, de l’arme blindée française et l’ordre de bataille des troupes derrière la ligne Maginot après le rappel des réservistes (suppression des permissions et mobilisation partielle ou totale).

Fin 1938, après l’affaire des Sudètes et avant l’occupation totale de la Tchécoslovaquie en mars 1939, les questions-mires du SR allemand se firent encore plus pressants dans ces domaines.