Déstabilisation de la Nouvelle-Calédonie

Le général (2S) Michel Franceschi, ancien Commandant supérieur des forces armées de Nouvelle-Calédonie de 1984 à 1988, remet en perspective les graves évènements qui se déroulent dans cette collectivité territoriale à statut particulier. Il décrypte les évènements et estime qu’il n’y a pas d’autre voie pour l’Etat que le plein exercice de son pouvoir régalien pour contraindre tous les protagonistes à retrouver le droit chemin des engagements pris et des accords signés.

Commentaire AASSDN : Les troubles qui secouent à nouveau la Nouvelle-Calédonie constituent une menace pour l’intégrité du territoire comme c’est également le cas en Guyane et à Mayotte. Si la France a la chance de disposer avec les DROM-COM de 120 000 km2 de superficie terrestre et près de 11 millions de km2 de zone économique exclusive, encore faut-il que ce potentiel soit sécurisé et mis en valeur pour constituer des pôles de rayonnement et d’influence français dans le monde. Aussi, avant d’envisager d’envoyer des troupes en Ukraine (d’autant que ce pays n’a pas encore effectué de mobilisation générale), la France devrait renforcer son dispositif de sécurité en priorité dans ses DROM/COM soumis régulièrement à des entreprises de déstabilisation provoquées par des puissances étrangères. Notre crédibilité y gagnerait et notre souveraineté en sortirait renforcée.

La Nouvelle-Calédonie vient de rechuter dans une sanglante violence rappelant les heures sombres de1984-88, en prenant comme alors au dépourvu les autorités de tutelle. L’événement ne peut surprendre que les naïfs. On sait depuis Munich en 1938 que lorsque l’on achète la paix on se met en situation de la payer de plus en plus cher.

Reprenons l’historique de la question. Il importe d’abord de rappeler que le 13 septembre 1987, après trois années de troubles graves le gouvernement avait trouvé une solution on ne peut plus démocratique par un référendum d’autodétermination, préparé et conduit de main de maître par le corps judiciaire en garantie d’authenticité. Le résultat le plus significatif de la consultation concerna moins l’écrasante victoire des Loyalistes que la présence parmi eux de 60 % de Kanaks! Dès lors, la messe aurait dû être dite.

C’était sans compter sur l’action subversive d’un mouvement révolutionnaire identifié qui renversa la table démocratique par le complot terroriste d’Ouvéa d’avril 1988, avec, hélas d’inqualifiables complicités étatiques. Exploitant l’émotion provoquée dans le pays, on raya d’un trait de plume l’incontournable référendum de 1987, carrément jeté aux oubliettes, pour le remplacer par un expédient politique surréaliste qui finira par gruger à la fois les Loyalistes et les Indépendantistes du

Territoire. Aux premiers, on fit miroiter la pérennité d’une tranquillité retrouvée au prix de concessions acceptables. On assura les seconds de leur victoire finale grâce au dynamisme de leur démographie, au terme d’un patient processus de trente années, jalonné par trois référendums. Un incroyable gel d’une importante partie du corps électoral loyaliste ne pouvait que rendre victorieux l’un d’entre eux.

Mais les apprentis sorciers à la manœuvre se sont trompés sur toute la ligne. Comme on le sait, les trois référendums leurs ont été défavorables et le maléfique gel du corps électoral loyaliste leur explose aujourd’hui au visage, en même temps qu’à celui du gouvernement. Mais fi des réalités pour les idéologues! Le même mouvement subversif toujours identifiable a repris clandestinement du service et vient de fomenter sur le territoire une violence plus dévastatrice encore qu’en 1988, prenant moralement en otage le gouvernement en cette période sensible d’une élection nationale et de la tenue des Jeux Olympiques.

Il est pour le moins surprenant que les services de renseignements n’aient rien vu venir de cette opération d’envergure qui met le gouvernement en position critique. Les préposés à la fonction devront lui rendre des comptes et il devrait commencer par là.

Le problème à résoudre à présent procède toujours de la situation électorale de base, mais une inquiétante donnée nouvelle vient de surgir. La perte de confiance des Loyalistes envers le pouvoir central pour garantir la démocratie locale et assurer leur sécurité les pousse aujourd’hui à se faire justice eux-mêmes, faisant surgir le spectre d’une guerre civile pouvant déboucher sur une partition du Territoire. D’aucuns y voient d’ailleurs une solution.

En définitive, le gouvernement n’a plus d’autre alternative que le plein exercice de son pouvoir régalien pour contraindre énergiquement tous les protagonistes à retrouver le droit chemin des engagements pris et des accords signés. Sa main ne doit pas trembler, mais le réflexe munichois du report du débat constitutionnel n’est pas un signe de bon augure.

Général (2S) Michel FRANCESCHI
ex Commandant Supérieur des Forces Armes de Nouvelle-Calédonie de 1984 à 1988 16 mai 2024




Yvon et Simone Jézéquel : unis dans l’action et la mort au service de la France Libre

Yvon et Simone Jézéquel, jeunes résistants bretons, ont sacrifié leur vie pour la liberté de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur courage et leur engagement sont gravés dans la mémoire collective, honorés par des distinctions posthumes et inscrits sur le mémorial des Services spéciaux à Ramatuelle.

Commentaire AASSDN : Alors que la France s’apprête à commémorer le 80e anniversaire du débarquement de Normandie, l’AASSDN estime de son devoir de rappeler le comportement héroïque de milliers de Français qui ont servi dans les services spéciaux et les réseaux de Résistance. Ils ont transmis pendant des années, d’innombrables renseignements essentiels qui ont décidé du choix du lieu du débarquement et largement contribué au succès de cette opération. Héros souvent oubliés dans les médias, notamment en raison de la discrétion qui a entouré leurs actions, le sacrifice de ces jeunes patriotes doit permettre à nos concitoyens de retrouver leur fierté et à notre pays de relever les défis majeurs qui menacent sa cohésion et peut-être même son existence en tant que Nation libre et indépendante.

Yvon et Simone Jézéquel figurent sur le mémorial des Services spéciaux à Ramatuelle, où plus de 320 noms d’agents morts pour la France sont gravés. Ils sont parmi les très jeunes gens qui, comme eux, ont donné leur vie pour notre liberté.

Lorsqu’en 1943 Yvon Jézéquel rencontre le lieutenant de vaisseau Yves Le Henaff (réseau Dahlia des TR « Jeune »), par l’intermédiaire de l’éditeur Louis Aubert, il a dix-neuf ans. C’est un garçon mince, à la belle chevelure brune ondulée, au visage doux, d’une grande réserve et qui cache une rare fermeté. Il a déjà prouvé son engagement dans la Résistance.

Sa sœur Simone a dix-sept ans. Tous deux sont nés à Lézardrieux (Côtes-d’Armor). Yvon a été un très brillant étudiant : après avoir obtenu la mention « très bien » à la première partie de son baccalauréat, il a eu le bac mathématiques élémentaires et le bac philosophie la même année. Un de ses amis, qui deviendra rédacteur-en-chef d’Ouest-France en 1945, Paul Béguier, l’évoque au lycée de Saint-Brieux, où Yvon se trouvait à l’arrivée des Allemands. Il faisait déjà partie, dit-il, « d’une organisa- tion pour le repérage lumineux ». (repérage et balisage de terrains de parachutages)… Chassé du lycée de Saint-Brieux en juillet 1941, pour avoir mené une manifestation contre un professeur collaborateur, ses parents le mirent au lycée Saint-Louis à Paris, où il fut inscrit en classe préparatoire à l’École navale.

Mais l’occupation de la zone libre et le sabordage de la flotte à Toulon mettent fin à son espoir de servir la Marine nationale : Vichy ordonne la fermeture des classes préparatoires à Navale. Il décide de rejoindre la France libre pour entrer à l’école des cadets de la marine en Angleterre, section française. Les circonstances en décideront autrement.

Vers le milieu de l’année 1943, Le Hénaff cherche à monter une éva- sion vers l’Angleterre. C’est alors que naît le projet La Horaine. Yvon, va préparer l’évasion avec Le Hénaff et s’embarque à Lézardrieux comme matelot sur La Horaine, la nuit du 22 au 23 novembre 1943, enfin débarque en face de Dortmouth.

Incorporé au BCRA, il suit une formation intensive d’agent clandes- tin avant d’être chargé d’une mission en France. Il y est débarqué la nuit du 29 au 30 janvier 1944 par une corvette anglaise à l’île d’Er, avec son radio Neybel et gagne le littoral à marée basse.

Simone entre en action

Simone, spontanément, propose ses services au groupe qui se crée. Il faut dire que la famille Jézéquel est toute acquise à la cause : le père, Yves, fidèle serviteur de l’État dans l’administration coloniale, a été blessé en 1917 et, à Lézardrieux, la maison Jézéquel est un refuge pour tous.

La jeune fille accomplira des missions comme le transport de matériel radio. Des opérations maritimes ont en effet lieu tous les quinze jours par une vedette de la Royal Navy à l’île d’Er où sont débarqués des agents, du matériel, des instructions, des renseignements qui doivent être acheminés.

Début février, le capitaine André Cann (TR « Jeune », mission Fanfan) et le lieutenant canadien Robert Vanier rejoignent Yvon Jézéquel, après avoir échappé au naufrage du Jouet des Flots et aux arrestations qui ont suivi (Le Hénaff, Pierre Brossolette, Émile Bolaert).

Louis Aubert et sa sœur, Germaine Richard, facilitent l’implantation à Paris : c’est chez Louis Aubert qu’ont lieu les émissions vers Londres. Le 7 février 1944, ce dernier, prévenu que l’étau se resserre autour d’eux, quitte son appartement avec ses hôtes, mais le pâté de maisons est cerné par la Gestapo et la Feldgendarmerie.

La mère d’Yvon et de Simone, arrivée sur les lieux en voiture et voyant ce qui se passe, est là pour recueillir son fils, Louis Aubert et « Ernest », sortis par une porte de service le visage dissimulé. La voiture sème la Gestapo.

L’équipe, réfugiée à Laval, travaille deux mois. Malgré les difficultés de départ, le réseau se met en place. Il s’implante dans toute la Bretagne, à Paris, Lyon, Dijon ; compte 32 membres connus, d’après Alain, frère d’Yvon et de Simone (13 seront déportés, dont 6 en mourront ; deux seront fusillés).

Le secteur du réseau Turquoise (qui travaille aussi avec d’autres réseaux comme Résistance-Fer) comporte toute la zone côtière du Mont-Saint-Michel à Saint-Malo, région stratégique essentielle pour le débarquement allié. Il s’agit de fournir des renseignements sur les effectifs et armements allemands (43 750 hommes recensés), mouve- ments de trains (6 à 12 par jour), résultat des sabotages des groupes Action, bilan des bombardements alliés. Pour ces opérations, le code de Turquoise est Blavet.

« Les liaisons maritimes, lira-t-on dans La Presse d’Armor (10 octobre 1992), sont faites à l’île d’Er par une vedette anglaise qui vient la nuit par grande marée, en principe donc tous les quinze jours (…) Agents, matériel radio, armes étaient débarqués. C’est surtout le va et vient des valises d’instructions et de renseignements qui étaient importants et réguliers, car Blavet agissait pour le compte de plusieurs réseaux.

M. Kernanen se souvient de quatorze valises en une seule fois, trans- portées en charette par Louis Bougeant, de sa ferme de Kerbert jusqu’à celle de Joseph Coadou à Kerganzennec. » D’autres « participaient aux opérations avec canots de pêche et chevaux de la ferme de l’île d’Er.

Et tout cela sous les postes de surveillance côtière de la GAST. Ces convoyeurs étaient en ces débuts de 44 à peine armés. Voyant Marcel Kernanen ainsi dépourvu, Yvon Jézéquel lui prêta une nuit, pour quelques semaines, son 6,35 à crosse de nacre. »

Le frère et la sœur sont internés

Mais en avril 1944, le principal local d’émissions, rue Gutemberg à Rennes, est indiqué par dénonciation à la Gestapo. Celle-ci y tend une souricière. Le 14 avril Yvon réussit à y échapper en sautant par une fenêtre avec une valise contenant les papiers et la trésorerie du réseau.

Quelques instants plus tard, Simone Jézéquel arrive de Lézardrieux porteuse de faux papiers établis par leur père. Elle est arrêtée. Deux jours après, Yvon est arrêté à son tour par la Gestapo gare Montparnasse, à Paris. Le frère et la sœur sont tous deux internés à la prison Jacques Cartier à Rennes. Yvon parvient à communiquer avec sa mère par des livres codés. Ses messages contiennent des instructions. Il fait ainsi avertir Londres et parvient à limiter les arrestations.

Dans un de ses messages, il dit : « Suis bonne santé- arrêté Montparnasse après deux jours de poursuites ; suis découvert par la Gestapo centrale renseignements à Paris. Ai pu rouler Gestapo pour codes, mais crains essais allemands émissions. Prendre précautions. Le moral est magnifique et le débarquement aura lieu avant mon départ pour l’Allemagne. »

Dans un autre message : « Donner nouveaux combats navals suite à mon dernier message (à Londres) ». Il fait là allusion au fait que, dans les heures qui ont précédé son arrestation, il a informé Londres de l’itinéraire et du calendrier d’un important convoi allemand le long des côtes nord de la Bretagne. « Dans la nuit du 15 au 16 avril, rapportera son frère Alain, une escadre britannique attaque ce convoi au large de Plougrescant-Port-Blanc. L’engagement dure une grande partie de la nuit. Les batteries côtières allemandes dans un rayon de 20 km ouvrent le feu. Plusieurs bâtiments du convoi sont endommagés. L’unité alle- mande la plus importante (contre-torpilleur) est poussée à la côte par la flotte anglaise et coulée. Pendant des jours les populations côtières ramassent des débris, des canots bourrés de cadavres, des noyés par centaines… D’après des témoins, il y aurait eu entre 1 300 et 1 800 victimes allemandes. »

Dans un autre message encore, Yvon Jézéquel donne des consignes pour Germaine : « Le Roi d’Ys vous demande de faire tout votre pos- sible pour transmettre à Londres le message suivant : Message de Blavet: suis prison Rennes stop. Kervarec pris malchance stop espère sauver OK ou Mest-Bayanrd stop Attention messages Gestapo, TRG Fin. »

Il ajoute : « Transmettre à Germaine phrase suivante mot à mot : Amitiés du Potonec au roi Grégoire. Il rêve des trios de Beethoven et du menuet de Boccherini- médite sur origine Emidyce-Bonnes nouvelles de Cri-Cri. Ne sait plus où est Petit Louis. En relation avec Appel. Conclusion : l’Aventure est au coin de la rue. Fin. »

Mais il dit aussi : « Gestapo a proposé Simone libre si je donnais un ami. Suis sûr approuvez refus. »

De son côté Simone écrit à ses parents : « Mes chers parents, voici presque trois mois que je vous ai quittés sans me douter de ce qui allait suivre ce voyage […] J’ai eu des nouvelles d’Yvon qui a toujours gardé le moral et beaucoup de courage. Malheureusement, il a quitté le 28 notre chère Bretagne pour l’exil. Yvon n’a jamais été confronté avec moi. Il a été interrogé trois fois à ma connaissance. Moi j’ai été interrogée deux fois (15 heures). »

En fait, Yvon a été affreusement torturé dans la prison de Rennes. Dans le dernier billet de Simone, une bande de papier écrite au crayon et difficilement lisible : « Nouvelles excellentes hier soir. Temps splendide. Vivement Lézard, le sapin, le Trieux, les champs. Vivement une pièce qui sente bon, des fleurs, du linge propre, une table agréable. Vivement la liberté. »

Neuengamme, Buchenwald

Yvon est parti le 28 juin 1944 pour Compiègne, puis pour l’Alle- magne. À Neuengamme il subit le sort spécial des détenus dangereux. Il y meurt le 8 janvier 1945, selon son frère Alain (le 6 janvier, à Hambourg, selon son dossier administratif). Ses dernières paroles seront rapportées par un compagnon de détention, M. Boulenger : « Dites à mon père et à ma mère que je leur demande pardon pour tout le mal que je leur ai causé. Et pourtant, si c’était à refaire, je le referais. »

Simone quitte la prison Jacques Cartier le 3 août 1944 par le dernier convoi de déportés, pour un trajet qui dure jusqu’à la fin du mois. Elle mourra à Ravensbrück deux mois après son frère (le 14 mars 1945 selon Alain Jézéquel; le 1er mars selon son dossier administratif). Yvon et Simone Jézéquel seront déclarés « Morts pour la France ».

Yvon sera fait chevalier de la Légion d’honneur, recevra la croix de guerre avec palme, la médaille de la Résistance et la médaille des évadés, et sera cité par le gouvernement britannique. Son le nom est inscrit sur le mémorial de la Bretagne résistante à Paimpol.

Simone recevra la médaille de la Résistance. Un témoignage de gratitude de l’Angleterre signé du maréchal Montgomery lui rend hommage en parlant d’elle comme d’« une volontaire des nations alliées qui a fait le sacrifice de sa vie pour que l’Europe puisse être libre ».

Marie GATARD
Membre du Comité Histoire de l’AASSDN




Ramatuelle : un spectacle devant le Mémorial de l’AASSDN en souvenir des héros de l’ombre

A l’occasion du 80e anniversaire du Débarquement de Provence, un spectacle sera donné au village de Ramatuelle, afin de mettre en valeur le sacrifice des Martyrs dont les noms figurent en lettres d’or sur le muret d’enceinte du Mémorial national de l’AASSDN.

Une pièce de théâtre créée par la Présidente du Cercle du littoral , d’une durée de 45 mn , met en valeur, le sacrifice de 7 agents figurant sur le livre d’or du Mémorial. Le scénario s’articule de la manière suivante,  dans une gare fictive dénommée “Terminus -Paradis ” les 7 agents qui viennent de rendre l’âme, se rencontrent et racontent leur vie , leur engagement,  leurs péripéties tragiques, sublimes et anecdotiques durant leurs actions clandestines entre 1940 et 1944 avant de rejoindre le Paradis…

Leurs récits s’inspirent du livre d’or du Memorial de l’AASSDN. Mr le Maire de Ramatuelle en a été informé ainsi que son adjointe à la culture, la présidente du  Comité local du Souvenir français également. 

Une présentation officielle, en costume d’époque se tiendra le Mercredi 12 juin 2024 au Memorial de l’AASSDN. Il est prévu également, le 15 Août  2024 une représentation sur la place du village. 

Ci-dessus : les 7 acteurs, la metteur en scène et la présidente du Cercle du littoral devant le mémorial de l’AASSDN.
A droite : l’Affiche du spectacle

Par Alain Henri Bonnaure, Délégué AASSDN au Memorial national de l’AASSDN. 




Les «Sussex», ces agents secrets qui ont permis le débarquement en Normandie

Ce sont des hommes de l’ombre dont on entend trop peu parler. Pourtant, ils ont, en grande partie, préparé le terrain au Débarquement du 6 juin 1944. Précurseurs du renseignement et des techniques d’espionnage, les agents Sussex ont fait office « d’éclaireurs », embarqués au cœur d’une des opérations les plus secrètes de la Seconde guerre mondiale.

Absents dans les manuels d’histoire et des cérémonies de commémoration, ces 120 agents étaient parachutés en civil derrière les lignes allemandes en France occupée, sur initiative du général Eisenhower. Par définition, ces agents avaient une fâcheuse habitude d’être trop discrets.






Plan Jedburgh : Les Français premiers acteurs de la Libération en France

Le plan Jedburgh, initié en juillet 1942 par le Special Operations Executive (SOE) et l’Office of Strategic Services (OSS), visait à soutenir la Résistance dans les territoires occupés pour faciliter l’avancée des troupes alliées après le débarquement. Cette collaboration anglo-américaine, enrichie par la participation des résistants français, belges et hollandais, comprenait la formation et le déploiement de 100 équipes d’opérations spéciales. Recrutées et entraînées dans le secret, ces équipes furent parachutées pour mener des missions de sabotage et de soutien aux maquis. Le bilan de cette opération secrète, bien que marqué par des pertes, témoigne de son impact crucial dans la lutte contre l’occupant nazi.

Commentaire AASSDN : Comme chaque année mais plus encore cette année, les médias et la classe politique mettront en avant le rôle essentiel joué par les Alliés dans cette opération qui avait pour objectif de vaincre le nazisme après que Hitler ait déclaré la guerre aux Etats-Unis le 11 décembre 1941 soit 4 jours après Pearl Harbour.
La libération de la France démarra par les 2 débarquements de Normandie essentiellement anglo-saxon et canadien (6 juin 1944) et de Provence (15 août 1944) essentiellement franco-américain. Si ces débarquements furent des succès, ce fut d’abord grâce aux innombrables renseignements très précis et actualisés transmis à Londres (vers la France Libre et l’Intelligence service) pendant des mois sur les troupes allemandes (infrastructures, dispositifs et matériels) par les grands réseaux de Renseignement de la Résistance (Confrérie Notre-Dame et Alliance notamment) mais aussi par des équipes de deux ou trois « commandos » souvent dirigées par des Français, entrainées en Grande Bretagne, puis parachutées en France occupée (Plan Jedburgh et opération Sussex).
L’AASSDN tient particulièrement à rappeler le sacrifice de ces combattants de l’ombre, agissant dans la clandestinité et tenus au secret qui ont accepté de sacrifier leur vie pour la liberté de leur pays.
c’étaient des garçons et des filles de 17 ou 25 ans, des patriotes ardents et de vrais guerriers qui n’ont pas eu la notoriété donnée par Hollywood au « soldat Ryan » et à ceux du « jour le plus long ». Mais faut-il rappeler que le premier mort du débarquement fut un parachutiste français largué en Bretagne.
Enfin et quelles que soient les conflits actuels, n’oublions pas de 2 soldats allemands sur 3 furent tués par l’armée rouge aux côtés de laquelle l’escadrille française Normandie Niémen combattit et se couvrit de gloire. Elle fut la seule unité alliée à combattre sur le front oriental.

Naissance du plan Jedburgh

L’idée du plan Jedburgh est née en juillet 1942 au SOE (Special Operations Executive). L’OSS (Office of Strategic Services), se rapproche de lui dès avant le débarquement en Afrique du Nord pour analyser la possibilité d’envoyer du personnel en zone occupée afin de faciliter la progression des troupes après le débarquement, car le potentiel de la Résistance et l’expérience des réseaux anglais sont des atouts majeurs. Mais le plan stagne. Ainsi, afin de faire réagir le commandement, le SOE monte la manœuvre Spartan du 3 au 11 mars 1943. Les Américains y sont observateurs. L’exercice est si positif qu’un mémorandum est rédigé par les deux services 5 jours après. Il définit le rôle, les moyens de commandement et de contrôle ; un effectif de 70 équipes de 3 hommes dont 1 originaire du pays ; les fonctions au sein des maquis et les moyens de communication. On prévoit de larguer les équipes en uniforme pour leur assurer la protection des conventions en vigueur, cependant les habits civils sont admis.

En avril, le nombre des équipes est porté à 100 dont 30 fournies par les pays envahis (France, Belgique et Hollande) car on prévoit de lourdes pertes

Recrutement et entraînement

La création du Comité National de la Résistance en mai 1943 facilite le rapprochement entre la France et les Alliés. En juillet, la France est invitée à recruter pour le plan. De Gaulle accepte, et le commandant Saint Jacques du bureau central de renseignement et d’action (BCRA), fait le tour des régiments d’Afrique du Nord. Les critères sont bien établis. Il ne s’agit pas seulement de recruter des baroudeurs mais des hommes ayant du cran, intelligents, aptes à jauger une situation politique locale et à s’imposer aux chefs des maquis et aux autorités civiles en place. 

Si les Alliés fournissent leur quota sans difficulté, ce n’est pas le cas de la France. Saint Jacques puise la majorité des effectifs dans les unités non prévues pour la campagne d’Italie. Sa tâche est ardue suite aux réticences des colonels chefs de corps. Le quota n’est atteint qu’en avril 1944 alors que les cours ont débuté début février. Pour assurer la discrétion du plan Jedburgh, les Britanniques créent un nouveau camp d’instruction afin d’être sûrs qu’il reste inconnu de l’ennemi. Le château de Milton Hall, à Peterborough, est réquisitionné. Au lieu de STS (Special Training School), ce centre prend l’appellation de ME 65 (Military Establisment 65).

Bien qu’installés dans un superbe cadre, les rapports entre les nationalités manquent de cordialité. Les Britanniques découvrent leurs cousins d’Amérique différents de ce qu’ils imaginaient et parfois plus étrangers que les Français eux-mêmes. Ces derniers, qui ont vécu 3 années de propagande de Vichy et l’affaire de Mers-El-Kébir, gardent leurs distances à l’égard des Anglais. De plus, ils sont exclus de la direction de l’école que se partagent les Alliés, et font face à des instructeurs qui prétendent leur apprendre à combattre alors qu’ils ont connu la campagne de 40 et celle de Tunisie… C’est en fait la guérilla qu’ils vont apprendre. Les cours  s’enchaînent à un rythme soutenu et abordent tous les sujets utiles aux futures missions :  parachutisme ; armement allié et ennemi ; tir instinctif ; mise en œuvre d’explosifs ; radio et chiffrement  ; organisation de zone de parachutage et guidage d’avion ; marches commandos et close-combat avec le major Sykes.

L’ambiance est morose et la rigidité du directeur du centre, le colonel Spooner, n’arrange rien. En avril, il est remplacé par le Colonel Musgrave. Tout s’améliore. Des permissions sont  accordées. Il crée une osmose entre les stagiaires en formant avant l’heure les « teams » par libre choix des officiers qui choisissent ensuite leur radio. Puis, il organise un concours de dessin destiné à créer un insigne commun à tous. C’est Victor Gough qui gagne en créant les ailes « SF ». En mai et juin, 25 équipes partent pour Alger, le rayon d’action des avions ne pouvant assurer leur largage dans le sud de la France depuis l’Angleterre.

Les missions

A partir du 6 juin, Tempsford et Harrington sont les bases d’envol depuis l’Angleterre. En Algérie, ce sont celles de Maison Blanche et Blida. 

Les missions se regroupent en 5 zones d’actions : la Bretagne ; la vallée de la Loire ; l’axe Châteauroux-Toulouse ; les Alpes et le sud-est ; enfin le nord-est. En juin, le but principal de retarder les renforts allemands vers la Normandie est atteint. Les mois suivants, la mission de protection des flancs des armées de libération progressant depuis la Normandie et la Provence est une réussite.

L’utilisation du potentiel Jedburgh se répartit ainsi : en juin, 13 teams sont largués dans le sud, le centre et  la Bretagne. En juillet, 11 autres suivent vers la Bretagne et le centre-ouest. En août, suite au débarquement de Provence, l’aide aux maquis s’intensifie. 53 teams sont parachutés  vers le sud-ouest et les Alpes. En septembre, 10 teams renforcent l’est. Sur le front Atlantique, 4 autres sont déposés par mer. En novembre, un dernier team est positionné en Alsace face à la menace allemande. Chaque équipe saute avec une douzaine de containers d’armes ce qui permet aux Jedburghs d’instruire les maquis en attendant les parachutages demandés par radio. Le commandement des maquis n’est pas automatique et se fait en fonction des circonstances, mais la supervision reste la règle. 

Le bilan

Au total, 92 équipes Jedburghs sont envoyées en France dont 1 proche de la Belgique. En Hollande, 8 teams sont parachutés, dont 6 en appui à l’opération Market Garden.

285 hommes ont été Jedburghs en France (103 Français, 89 Britanniques, 83 Américains, 8 Hollandais, 1 Belge et 1 Canadien). Les prévisions de 40% de perte n’ont heureusement pas été atteintes. On déplore cependant 19 tués (13 au feu, 4 exécutés après capture et 2 sauts mortels); 25 blessés (18 au feu et 7 au saut); 4 prisonniers.

Bertrand SOUQUET
Historien, fils de Jefdburgh

Stagiaires Jed en salle de formation de télégraphie sans fil (W/T)
Entrainement aux barres parallèles dans la cour de Milton Hall

Team Daniel : Entraînement au stand de tir
Team IVOR : saut nuit du 6 au 7 aout 1944 à Beddes, 6 km de Chateaumeillant, Indre. Balisage par Jed team Hamish.
de G à D : T Sgt lewis GODDARD (US) W/T code name “Oregon “, atterrissage hors DZ, se tue a l’atterrissage, parachute en torche, KIA
Captain Brit John Howard COX, team leader, code name “Monmouth “, atterrissage hors DZ, tombe dans un trou et se fait une entorse
Ltn Fr Robert COLIN code name “Selune“, IF “LE DANTEC”, atterrissage hors DZ, tombe dans un trou, une balle de son pistolet lui traverse la jambe




Exposition “Les plans secrets du Débarquement” de 1944

Le délégué Ile-de-France a représenté l’AASSDN  le 22 mai 2024 à l’Hôtel de Lassay, à l’invitation de Madame Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale à l’inauguration de l’exposition « Les plans secrets du Débarquement », à partir des archives du colonel Passy.  

Parmi les personnalités présentes, madame la Secrétaire d’Etat Patricia Mirallès, chargée des Anciens combattants et de la mémoire, le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des Armées, monsieur Nicolas Lerner directeur général de la Sécurité extérieure ; Monsieur l’ambassadeur Emié était également présent.

Dans son discours d’ouverture, madame Braun-Pivet a tenu à rendre particulièrement hommage aux combattants de l’ombre qui avaient suivi l’appel de général de Gaulle, André Dewavrin qui prit pour nom de guerre celui de « colonel Passy », Maurice Duclos étant « Saint-Jacques », Alexandre Beresnikoff était « Corvisart ». Elle également salué leurs descendants présents à l’exposition.

La DGSE avait accepté de confier, le temps de cette exposition, l’un de ses trésors patrimoniaux : une machine Enigma, unique en son genre, fabriquée par les Français à partir des plans dérobés aux Allemands. Toujours parmi les objets exposés, la chevalière en or du colonel Passy, qui porte les initiales AD : celles de son vrai nom, André Dewarin, qui étaient également celles de son identité fictive, Antoine Dubocq, antiquaire à Neuilly.

Madame Yaël Braun-Pivet a tenu a rappeler qu’elle était petite-fille d’un réfugié originaire de Pologne qui s’engagea dans la Légion étrangère en 1939 pour défendre la France, puis qui rejoignit la Résistance. 

Discours de Madame Yaël Braun-Pivet
Passeport et identités du Commandant Passy
Note du Général de Gaulle au Commandant Passy
Exemplaire de la Machine Enigma
Pain d’explosif TNT



Hommage de l’AASSDN aux morts de Diên Biên Phu

Allocution du président de l’AASSDN prononcé lors dépôt de gerbe au Monument aux morts de Diên Biên Phu à Saint Cyr Coëtquidan le 17 Mai 2024

Mesdames, messieurs, mes chers camarades

Merci au général de Courrèges commandant l’Académie militaire de Saint Cyr Coëtquidan de nous avoir permis de nous retrouver ici aujourd’hui pour ce moment de recueillement.

Le 7 mai 1954, après 55 jours d’une bataille, qui fut pour les unités Parachutistes ce que Camerone est aux Légionnaires et Bazeilles aux Coloniaux, tombait Dien Bien Phu. Cette cuvette où le commandement voulait refaire le succès de Na San contre les troupes du général Giap fut le tombeau de 2 293 des nôtres. Ce triste bilan fut amplifié par les 7 801 morts sur la route puis dans les camps d’internement, soit un ratio d’extermination supérieur à celui des principaux camps de concentration nazis.

Qui peut oublier ce combat pour la gloire et pour l’honneur des bataillons de Bigeard, Tourret, Bréchignac, et tant d’autres qui firent l’impossible pour renverser une situation désespérée dès le départ et ne hissèrent jamais le drapeau blanc. Si le commandement avait écouté les rapports du Groupement de commandos mixtes aéroportés (GCMA) dont les maquis jalonnaient les déplacements des Viets, ils auraient su que Giap amenait par les pistes de jungle les canons de 105 de la victoire. Permettez-moi ici d’avoir une pensée pour le capitaine Hebert et ses partisans thaï du 8è commando du GCMA, le maquis Colibri, qui fut sacrifié pour permettre le début réussi de l’opération Castor et laissèrent leur vie sur un chemin sans croix.

Dans cette bataille qui clôtura le sort de l’Indochine, on n’a pas assez tenu compte des renseignements venus de ceux travaillant sur les arrières ennemis qui permettaient de comprendre ce qui allait se passer. On ne les a pas fait intervenir suffisamment pour insécuriser les routes d’approvisionnement. Enfin on n’a donné que le 27 avril l’ordre aux 1 500 partisans des maquis Malo, Servan et Podeur du capitaine Sassi de se rapprocher suffisamment du camp retranché pour servir de recueil quand il est devenu évident que la seule solution pour échapper à l’inéluctable serait de tenter des sorties. Le 7 mai, la colonne Crèvecoeur venue du Laos était encore à 40 km de la cuvette et Sassi encore à 100 km lors de son repli le 11 mai. Moins d’une centaine d’hommes réussirent à échapper.

C’est la différence avec le débarquement du 6 juin 1944 où les alliés demandèrent aux services spéciaux de se mettre en action pour informer sur l’ennemi et gêner ses opérations.  Du BCRA de Passy au 2è bureau de Paillole et Rivet à ceux de l’intelligence service (IS) anglais, comme Alliance de Marie Madeleine Fourcade et les réseaux Gilbert du colonel Groussard, ou de l’office of strategic services (OSS) américaine comme Roy de l’abbé Lapouge, ou encore les équipes alliées de Sussex, tout le monde apporta sa contribution à la victoire. Ici permettez-moi d’avoir une pensée particulière pour les 10 « merlinettes » chères au général Mermet et les 39 agentes anglaises parachutées en France, de Violette Szabo assassinée près de Limoges à Phyllis Latour qui vient de s’éteindre en octobre 2023.

Chacun se souvient de la phrase à la radio Londres qui déclencha leur action : « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone ». Depuis Sun Tzu nous savons que le renseignement est une des clés de la victoire mais, au Tonkin, certains l’avaient oublié.

Ceci n’a pas empêché nombre de nos combattants sur cette terre lointaine de rentrer dans l’histoire. Faisant partie de ceux ayant eu la chance d’avoir servi sous les ordres ou travaillé avec des anciens de Diên Biên Phu comme Bigeard, Trapp, Flamen, ou Pouget j’ai appris d’eux que l’on se bat pour une certaine idée de la France, par devoir, pour l’honneur, et avec panache quelles que soient les circonstances.  

Quels que soient les services d’où nous venons, soyons toujours digne d’eux qui nous ont montré le chemin.

Alain JUILLET
Président de l’AASSDN




13 Juin 2024 : conférence sur la souveraineté à Lyon

Au lendemain des élections européennes, quelle est la situation réelle de la France ? Quels sont les atouts que la France doit développer pour éviter la vassalisation, voire l’effondrement dans les prochaines décennies ?

L’objectif de cette conférence est d’aborder le thème de la souveraineté sous ses différents aspects, de faire prendre conscience des enjeux et d’esquisser des pistes de développements pour les décideurs publics, mais aussi des dirigeants d’entreprises et des citoyens.

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Souveraineté numérique ou autonomie stratégique

Par le Vice-amiral d’escadre (2S) Arnaud COUSTILLIÈRE, Président du Pôle d’Excellence Cyber 

Le thème de la souveraineté numérique est venu sur le devant de la scène française à la suite de plusieurs travaux parlementaires entre 2018 et 2021. Il prend acte du fait que l’espace numérique est devenu un domaine où les enjeux de puissance, tant des nations que des acteurs économiques et politiques, s’expriment sans retenue, transgressent les frontières et permettent une forme d’ingérence et d’extraterritorialité. C’est un terrain d’affrontement où tout semble permis afin d’assoir sa supériorité économique et stratégique, au point qu’il faille y redéfinir la place des États et de leur souveraineté.

Sans vouloir refaire toute l’histoire, plusieurs éléments méritent d’être cités. Internet est venu du monde universitaire avec l’appui de la DARPA. Il a mis en place des normes techniques permettant à des réseaux locaux d’échanger entre eux. Initialement déployé aux États-Unis, il s’est très rapidement répandu : il a balayé en Europe les normes et projets portés par les grands opérateurs historiques de télécommunication. Il est ainsi intéressant de relire le rapport Nora-Minc de décembre 1977 sur « l’Informatisation de la société ». Particulièrement visionnaire, il pose la question de la souveraineté européenne et celle des données et de leur traitement. Mais en dépit de cette analyse, la France et l’Europe ont raté le démarrage du numérique et laissé le champ libre à l’Internet, bientôt « colonisé » par les grandes sociétés informatiques américaines. La voie de l’hégémonie numérique américaine est alors ouverte ; seule la Chine viendra la challenger à partir des années 2010.

La souveraineté numérique « globale » de l’Europe au sens classique du terme n’existe plus. Le numérique poursuit son développement avec une forte dynamique, les innovations s’enchainent. Parti d’une matière technique, il est devenu global avec des enjeux commerciaux, culturels, sociétaux et stratégiques. Les couches techniques et informationnelles se sont rejointes. Les infrastructures continuent à se renforcer. Les autoroutes de transport des données prennent progressivement une valeur stratégique. Les data centers et les techniques du Cloud permettent de mobiliser au moment opportun des puissances de calcul considérables. Les traitements Big Data sont devenus possibles et facilement accessibles. La maitrise des données confère la puissance. L’ère des algorithmes et de l’Intelligence artificielle est arrivée.

La souveraineté devrait s’appuyer sur :

  • un champ « technique » avec une infrastructure et un socle technologique permettant de protéger et garder les données dans un cadre exclusivement européen ;
  • un champ « valorisation » avec des capacités d’analyse et de valorisation des données via des algorithmes « certifiés/vérifiés » pour éviter les biais ;
  • un champ « perception » avec des réseaux sociaux imperméables aux actions d’ingérence et de propagande allant contre les intérêts de la nation.

Cette souveraineté n’est accessible qu’aux États-Unis, à la Chine et à certains grands GAFAM comme Google. Il s’agit donc de définir une voie d’autonomie stratégique qui corresponde à nos intérêts et à choisir ses formes et niveaux de dépendances, un peu comme cela a été fait pour la Dissuasion Nucléaire en son temps face à des grandes puissances bien plus fortes et équipées que notre nation.

Ce débat semble cependant très franco-français à ce stade et pas perçu de la même façon par nos différents partenaires européens. Un premier biais porte sur la notion de « souveraineté ». En France, la vision est politique et porte sur l’ensemble des trois champs décrits par la « Loi pour Sécuriser et Réguler l’Espace Numérique » de fin 2023. Pour d’autres partenaires européens, il s’agit simplement de pouvoir changer de prestataire de Cloud comme l’ont montré les travaux GAIA X sur le Cloud Européen. La vision sur les échanges des données, notamment avec nos partenaires américains, semble plus mature et les initiatives pour équilibrer la relation EU-US davantage partagées. Les conséquences de l’extraterritorialité des lois américaines et chinoises commencent à être mieux appréhendées, comme le montre le débat sur les données de santé des citoyens.

Il va donc falloir convaincre nos partenaires européens du bien-fondé de notre analyse, et ce d’autant que le monde est de plus en plus dangereux. Trois facteurs qui s’amplifient peuvent faire ouvrir les yeux et permettre d’accélérer cette prise de conscience. Le possible retour de Donald Trump pour un nouveau mandat. Les dernières déclarations se résument à « l’Europe devra encore plus payer pour rester le vassal des États-Unis… ». Cette vassalité est admise et acceptée par bon nombre de partenaires européens, voire les grandes sociétés du CAC 40. La guerre économique que les États-Unis mènent à l’Europe n’est pas nouvelle et permet de consolider son hégémonie face à la montée en puissance de la Chine. L’empire numérique fera tout pour garantir sa suprématie.

En 1996, François Mitterrand confiait au journaliste George-Marc Bennamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

La Chine poursuit son expansion économique et culturelle via la technologie et le développement d’infrastructures mondiales, des ventes à très bas prix et des réseaux sociaux ciblant la jeunesse. Elle se positionne en alternative au modèle occidental tout en verrouillant ses réseaux internes. L’Europe et l’Afrique sont des zones de conquête numérique et économique. La Russie poursuit ses agressions, elle vient troubler fortement l’ordre mondial établi et les règles du droit international. Le numérique est pour elle une capacité de combat, mais aussi un moyen d’ingérence dans les démocraties afin de les déstabiliser et les discréditer.

Dans un tel contexte, il va falloir faire preuve de pédagogie et de force de conviction pour rallier nos partenaires européens et prendre en commun des mesures concrètes et courageuses face aux trois acteurs évoqués. Le numérique est marqué par une forte asymétrie qui permet à un « petit » de challenger ou perturber un « grand », ce qui ouvre depuis quelques années la voie à des ingérences en provenance d’autres nations ou partenaires.




Hommage à Jacques Voyer, un résistant fusillé en 1944 à l’âge de 21 ans

Juin 1940, la France a subi une terrible défaite. Jacques Voyer, âgé de 17 ans, va être l’un des premiers Français à répondre à l’appel lancé par le général de Gaulle. Il va devenir agent secret de la France Libre. Parachuté 2 fois en France occupée, il est capturé en juin 1944 au cours d’une mission de renseignement. Torturé pendant 1 semaine, il est condamné à mort sans avoir parlé puis fusillé près de Chartres. Il meurt pour la France à 21 ans avec le grade de capitaine et titulaire de 4 citations. Il est fait Compagnon de la Libération à titre posthume.



Production : ASAF – Réalisation : Barthélémy Vieillot