Etats-Unis–Russie : puisqu’il faut parler d’escalade…

Depuis le dimanche 23 juin 2024, tout s’est aggravé très vite entre les Etats-Unis et la Russie – mais il y avait des signes annonciateurs – des nuées qui s’accumulaient sans bruit. Avec des conséquences aussi sur la position d’Emmanuel Macron, passées ici inaperçues. Regardons les faits.

Commentaire AASSDN : Une analyse soigneusement argumentée et très pertinente sur la montée des risques d’embrasement et d’extension territoriale du conflit russo-ukrainien.

« L’administration Biden s’apprête à lever l’interdiction de facto imposée aux prestataires militaires américains de se déployer en Ukraine, ont indiqué à CNN quatre responsables américains au fait de la question, afin d’aider l’armée du pays à entretenir et à réparer les systèmes d’armement fournis par les Etats-Unis » (1).

La chaine américaine CNN en détaillait le 25 juin, les raisons. « Les discussions font suite à une série de décisions prises par les États-Unis ces derniers mois pour tenter d’aider l’Ukraine à repousser les Russes. Fin mai, M. Biden a autorisé l’Ukraine à frapper des cibles à l’intérieur de la Russie, près de la frontière avec la ville ukrainienne de Kharkov, avec des armes américaines – une demande que les États-Unis avaient refusée à plusieurs reprises par le passé. La semaine dernière, cette politique a semblé s’étendre une fois de plus, lorsque le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré que l’Ukraine pouvait contre-attaquer avec des armes américaines n’importe où le long de la frontière entre l’Ukraine et la Russie » – ce que Politico, qui suit l’actualité du Congrès à Washington, confirmait (2).

Puis tout s’est précipité en quelques jours.

Le résultat de l’autorisation américaine donnée aux Ukrainiens ne s’est pas fait attendre avec l’attaque le 23 juin, jour de la Pentecôte orthodoxe, de cinq missiles américains ATACMS équipés d’ogives à sous-munitions lancés par l’armée ukrainienne sur des plages, au nord de la ville de Sébastopol, en Crimée. Aucune cible militaire n’a été touchée. « Quatre missiles auraient été abattus par la défense russe, mais l’ogive d’un autre a explosé en l’air au-dessus de la plage, son épave et les sous-munitions ont frappé les civils » explique Anthony Marcus, correspondant pour Eurasia Business News (3). « Initialement, le bilan provisoire était de quatre personnes tuées, dont deux enfants, comme l’indique le ministère de la Santé. Le nombre de victimes blessées suite à ces frappes est passé à 144, dont 83 sont pris en charge dans les hôpitaux de Sébastopol (56 adultes et 27 enfants) puis à 153 victimes (données du 25 juin). Plusieurs enfants ont été envoyés à l’Hôpital pour enfants de Moscou, pour y recevoir des soins intensifs. Au moins cinq enfants ont été placés en réanimation ».

Peu d’échos dans la presse des deux côtés de l’Atlantique – mais, remarque le Canberra Times australien (4), « des responsables russes ont déclaré que le conflit entrait dans l’escalade la plus dangereuse à ce jour ».  

Officiels dont le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov. « “Bien entendu, l’implication des États-Unis dans les combats, qui entraînent la mort de Russes pacifiques, ne peut qu’avoir des conséquences”, a-t-il dit ». Ceci sachant que les Ukrainiens ne peuvent mettre en œuvre seuls lesdits missiles, installation et désignation des cibles. Dans le même temps, Sergueï Lavrov « a convoqué l’ambassadrice des États-Unis, Lynne Tracy, et lui a dit que Washington “menait une guerre hybride contre la Russie et était en fait devenu partie au conflit” » (4). Quelqu’un a dû entendre le sérieux de l’avertissement à Washington puisque, pour la première fois depuis plus d’un an, – le 15 mars 2023 exactement – le secrétaire à la Défense américain, Lloyd Austin, a appelé le 25 juin son homologue russe, Andreï Belousov, le récent successeur de Sergueï Choïgou (5) – annonce du Pentagone. Officiellement pour garder ouvertes des voies de communication. Et les informations sur le contenu réel de la conversation sont rares.

Rares et contradictoires, note un ancien sous-secrétaire adjoint à la défense, Stephen Bryen (6). Par exemple ? « Des blogueurs russes ont rapporté que les Russes avaient abattu un drone américain Global Hawk au-dessus de la mer Noire. Cependant, les États-Unis ont déclaré que leur drone supposé être impliqué dans le ciblage (des plages de Sébastopol), identifié comme un RQ-4 Global Hawk, était retourné sain et sauf à Sigonella (Sicile) ». Stephen Bryen note encore que « les informations russes ne concernent pas le maintien des communications (entre Washington et Moscou). Les Russes rapportent que Belousov et Austin ont “échangé des points de vue sur la situation en Ukraine”. Selon le ministère russe de la défense, M. Belousov “a souligné le danger d’une nouvelle escalade de la situation liée à la fourniture continue d’armes américaines aux forces armées ukrainiennes”.  Le ministère a également indiqué que “d’autres questions ont également été abordées” ».

C’est que, rappelle Stephen Bryen, les incidents graves se sont multipliés qui touchent à la sécurité de la Russie. 

« Avant l’attaque de la Crimée, l’Ukraine a lancé deux attaques de drones contre des stations radar stratégiques russes d’alerte précoce. Ces attaques auraient nécessité une aide au ciblage de la part des États-Unis et de l’OTAN, y compris des tactiques d’évasion pour éviter les défenses aériennes russes. Contrairement aux États-Unis, qui disposent de capacités d’alerte rapide par satellite, les Russes dépendent de radars terrestres capables d’alerter les défenses aériennes conçues pour intercepter les missiles balistiques ». On sait qu’une station a été touchée, sans en connaître la gravité. Et encore ? « Le même jour que l’attaque sur la plage de Sébastopol (23 juin), quatre missiles ATACMS ont été tirés sur la base radar NIP-16 du centre de communications spatiales à longue portée, à Vitino, en Crimée. “Le NIP-16 était destiné à accueillir le complexe de communication avec l’espace lointain Pluton, qui pouvait maintenir le contact avec des engins spatiaux jusqu’à une distance de 300 millions de kilomètres ». Enfin, « Le 26 juin, le lendemain de l’appel d’Austin, l’armée ukrainienne a bombardé une station de surveillance des radiations près de la centrale nucléaire de Zaporozhye, la plus grande installation de ce type en Europe. L’attaque visait une station de surveillance située à Velikaya Znamenka, un village situé à environ 15 km à l’ouest de la centrale nucléaire. La station de surveillance a été détruite lors de l’attaque ».

La situation inquiète aussi l’ancien ambassadeur britannique Alastair Crooke

On le sait, dit-il, Vladimir Poutine a proposé le 14 juin, en même temps que se tenait la « conférence pour la paix » en Suisse, près de Lucerne, sa solution pour mettre un terme à la guerre en Ukraine. Il a rejeté clairement « les dispositifs tels que les “cessez-le-feu” ou les “gels”. Il recherche quelque chose de permanent : Un arrangement qui a des “jambes solides”, qui est durable ». Pensait-il qu’il serait entendu à Washington ? « Pour être clair, Poutine ne s’attendait certainement pas à ce que ses propositions soient accueillies en Occident autrement que par le mépris et la dérision dont elles ont fait l’objet ». Pourquoi ce mépris ?

La raison en est, pour notre ambassadeur, que « les Etats-Unis, dans leur état d’esprit, sont restés bloqués à l’époque de la guerre froide, dans les années 1970 et 1980 ». On en trouve les fondements dès 1992 dans la doctrine Wolfowitz (8) qui « soulignait la suprématie américaine à tout prix dans un monde post-soviétique, ainsi que “l’élimination des rivaux, où qu’ils se trouvent” ». Et le successeur de la puissante URSS « n’était pas son égal et n’était donc pas considéré comme suffisamment important pour être impliqué dans le processus décisionnel mondial ». Sauf que « la Russie est aujourd’hui un acteur mondial de premier plan, tant sur le plan économique que politique. Pourtant, pour la strate dirigeante des États-Unis, il est hors de question d’accorder un statut égal à Moscou et à Washington ».

Un acteur russe de plus certain que « le monde ne sera plus jamais le même » avec la disparition du système de sécurité euro-atlantique. Et que seule une architecture de sécurité tenant compte des intérêts de chacun (« le Rimland et le Heartland dans un langage à la Mackinder* ») peut amener une paix durable. « Et pour être clair », ajoute Alastair Crooke, « si cette analyse est correcte, la Russie n’est peut-être pas si pressée de conclure les affaires en Ukraine. La perspective d’une telle négociation “globale” entre la Russie, la Chine et les États-Unis est encore lointaine ». Que peut-elle faire ? Laisser passer l’été et attendre l’après 5 novembre ? Avec le risque, d’escalade en escalade, de l’utilisation du nucléaire ? Les Américains pensent que Poutine bluffe.

Pourtant leurs « chiffres mettent en avant le risque d’un échange nucléaire. S’ils pensent qu’il s’agit d’un bluff, c’est parce qu’ils présument que la Russie n’a pas beaucoup d’autres options ».

Ce serait une erreur, affirme Alastair Crooke. « La Russie peut franchir plusieurs étapes dans l’escalade, avant d’atteindre le stade de l’arme nucléaire tactique : contre-attaque commerciale et financière ; fourniture symétrique d’armement avancé à des adversaires occidentaux (correspondant aux livraisons américaines à l’Ukraine) ; coupure de la distribution d’électricité en provenance de Pologne, de Slovaquie, de Hongrie et de Roumanie ; frappes sur les passages frontaliers de munitions ; et s’inspirer des Houthis qui ont abattu plusieurs drones américains sophistiqués et coûteux, mettant hors service l’infrastructure de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) de l’Amérique » – toutes choses que nous avons, ici, en effet observées.

La gravité de la situation serait-elle apparue à l’Elysée ?

Notamment avec l’annonce de troupes de mercenaires américains au sol – mercenaires plutôt que soldats réguliers, Joe Biden ne souhaitant simplement pas voir revenir des body bags dans les familles aux Etats-Unis ? Parce que TASS annonçait dès le 24 juin que « la France n’enverrait pas de soldats en Ukraine dans un avenir prévisible » (9). Et que de plus, Emmanuel Macron souhaitait « poursuivre le dialogue avec Vladimir Poutine (10). Ce à quoi le Kremlin répondait le même jour « qu’aucune condition n’est nécessaire pour relancer le dialogue entre la Russie et la France » (11). Nous n’avons pas plus d’explications. Nous posons des faits.  

« Nous marchons vers la guerre comme des somnambules » écrivait Henri Guaino le 12 mai dernier pour le Figaro. La voix de la France peut-elle encore compter ?

Hélène NOUAILLE

Rimland et Heartland carte

Notes :

(1) CNN, le 25 juin 2024, Natasha Bertrand et Oren Liebermann, Ukraine: Biden administration moving towards allowing American military contractors to deploy to country
https://edition.cnn.com/2024/06/25/politics/biden-administration-american-military-contractors-ukraine/index.html 

(2) Politico, le 20 juin 2024, Laura Seligman, US says Ukraine can hit inside Russia ‘anywhere’ its forces attack across the border
https://www.politico.com/news/2024/06/20/us-says-ukraine-can-hit-inside-russia-anywhere-00164261

(3) Eurasia Business News, le 23 juin 2024, Crimée :  attaque de missiles américains ATACMS à Sébastopol, 153 victimes
https://eurasiabusinessnews.com/2024/06/23/crimee-attaque-de-missiles-americains-atacms-a-sebastopol-144-victimes/ 

(4) The Canberra Times, le 24 juin 2024, Russia swears retaliation against US for Ukraine strike
https://www.canberratimes.com.au/story/8673816/russia-swears-retaliation-against-us-for-ukraine-strike/

(5) TASS, le 25 juin 2024, US defense secretary speaks over phone with Russian defense minister — Pentagon
https://tass.com/world/1808411 

(6) Weapons and Strategy, le 27 juin 2024, Stephen Bryen, Why Did US SECDEF Austin Call Russian Defense Minister Belousov ?
https://weapons.substack.com/p/why-did-us-secdef-austin-call-russian

 (7) Strategic Culture, le 24 juin 2024, Alastair Crooke, Putin’s “war” to re-shape the American Zeitgeist
https://strategic-culture.su/news/2024/06/24/putins-war-to-re-shape-the-american-zeitgeist/ 

(8) The New York Times, le 8 mars 1992, Excerpts From Pentagon’s Plan: ‘Prevent the Re-Emergence of a New Rival’
https://www.nytimes.com/1992/03/08/world/excerpts-from-pentagon-s-plan-prevent-the-re-emergence-of-a-new-rival.html

 (9) TASS, le 24 juin 2024, France not to send troops to fight in Ukraine in near future – Macron
https://tass.com/world/1807781 

(10) TASS, le 25 juin 2024, Macron says ready for dialogue with Putin
https://tass.com/world/1807855 

(11) TASS, le 25 juin 2024, Kremlin says no conditions needed to revive Russia-France dialogue
https://tass.com/politics/1808141




L’engagement de la CIA dans la guerre en Ukraine

Afin de mieux mesurer l’ampleur de l’engagement de la CIA en Ukraine, il convient d’en rappeler les origines historiques et d’en analyser les opérations à partir des sources disponibles afin d’essayer de déterminer si l’agence essaie de limiter les dérapages du conflit ou s’attache seulement à le faire croire.

Commentaire AASSDN : Le dossier de recherche du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R) qui vous est proposé et auquel on peut accéder en suivant le lien placé en fin du bref résumé ci-dessous est particulièrement intéressant car il met une fois de plus en perspective les évènements récents dont on ne comprend l’origine, le sens et la finalité qu’en les inscrivant dans le temps long.
Il est maintenant parfaitement documenté que les actions menées notamment par les Services américains, russes, allemands, anglais et ukrainiens ne commencent pas en 2022 ni même en 2014 mais immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre de la Guerre froide.
Les opérations secrètes qui se développent aujourd’hui ne sont que le prolongement de la guerre secrète qui est engagée entre les Russes et les Anglo-saxons depuis près de 80 ans pour maintenir ou restaurer leur leadership. L’Ukraine n’est que leur terrain d’affrontement.

L’un des buts que se fixe l’AASSDN est de sensibiliser nos concitoyens aux dangers de la désinformation liée à la diffusion massive d’informations provenant souvent d’une seule source étrangère. Les anciens des Services spéciaux souhaitent contribuer à renforcer l’esprit critique des Français afin de les inciter et les aider à prendre le temps d’analyser et de décrypter les faits ou au minimum de faire preuve de prudence dans leur appréciation des situations. A cet égard, la quasi simultanéité entre la présentation des faits et des commentaires assénés par des experts auto-proclamés sur les plateaux de TV réduit à néant notre capacité d’analyse personnelle.

Celui qui ne prend plus le temps de réfléchir par lui-même et de chercher à comprendre devient alors manipulable. Si le peuple est manipulé, il est vite asservi et perd inévitablement sa liberté de décider et d’agir ; il perd sa souveraineté car il est conduit par celui qui le désinforme. Le conflit en cours en Europe orientale est un véritable cas d’école. Il mérite d’être analysé à partir de sources distinctes et fiables, avec prudence et bon sens. Gardons-nous des jugements hâtifs.

Savoir jusqu’où ne pas aller trop loin… Vraiment ?

Courant 2023 et début 2024, plusieurs journaux américains ont révélé l’ampleur de l’aide apportée par la CIA aux services spéciaux ukrainiens. Des opérations qui vont de l’infiltration en territoire ennemi au sabotage, en passant par les assassinats ciblés.

Ces médias attestent ainsi que depuis 2014, l’Agence a dépensé des dizaines de millions de dollars pour réorganiser les services ukrainiens, former de nouvelles unités d’action clandestine, fournir des systèmes de surveillance avancés et construire de nouvelles infrastructures afin d’espionner la Russie. Elle a également livré à son allié – mais aussi reçu de lui – une quantité impressionnante de renseignements.

Parallèlement à cet engagement massif et sans ambigüité aux côtés de Kiev, les médias américains insistent néanmoins sur l’autre préoccupation qui animerait la CIA: limiter les actions trop offensives de Kiev contre la Russie afin d’éviter que le conflit ne s’étende au-delà des frontières de l’Ukraine, ou ne provoquent une escalade pouvant conduire à un affrontement nucléaire. Le défi est donc de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin…

Le rapport peut être consulté sur le site




Pourquoi l’Afrique a rompu avec l’« Occident »

Enfermés dans leur bulle sociétale, les dirigeants occidentaux ne mesurent pas le niveau d’exaspération, voire d’indignation et d’écœurement provoqué par la guerre morale qu’ils mènent actuellement contre les piliers des cultures africaines.

Commentaire AASSDN : Ce texte de Bernard Lugan, africaniste reconnu, pose la question de la relation entre le monde occidental et l’Afrique sous un angle rarement évoqué par les médias officiels et les dirigeants politiques européens et américains. Le refus de voir et reconnaître certaines réalités constitue un obstacle majeur dans l’établissement de relations solides et confiantes entre occidentaux et africains et dont nos compétiteurs asiatiques et russes tirent largement profit.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ;
surtout, il faut toujours,
ce qui est plus difficile,
voir ce que l’on voit. »
Charles Péguy

Le 16 mai 2024, lors d’un discours consacré aux relations entre l’Afrique et l’Europe prononcé à Dakar devant les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop en présence de Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a déclaré que la « promotion des droits des homosexuels alimente le sentiment anti-occidental en Afrique ».

Sur un continent où les deux tiers des pays criminalisent l’homosexualité, les injonctions occidentales en la matière sont en effet ressenties comme des attaques directes à l’ordre naturel africain. Ici, les peines contre les homosexuels vont en effet de l’amende à la condamnation à mort. L’ancien président de Gambie, Yahya Jammeh affirmait pour sa part que son pays « lutterait contre ces vermines gays de la même manière qu’il combat les moustiques responsables du paludisme, sinon plus agressivement ». Quant au défunt président Mugabe du Zimbabwe, ce fut à la tribune de l’ONU qu’en 2015, il déclara que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. »

C’est dans un ferme discours au ton très mesuré qu’Ousmane Sonko a condamné les « velléités extérieures d’imposer l’importation de modes de vie et de pensée contraires à nos valeurs et qui risquent de constituer un nouveau casus belli parce que, dans des pays comme le Sénégal, cela soulève énormément de tensions et d’incompréhensions tant cela met face à face des cultures, des civilisations et des systèmes politiques à la vision diamétralement opposée ».

Refusant ce nouveau diktat qui, à la différence des précédents, n’est ni politique, ni économique, mais « existentiel », Ousmane Sonko a déploré que « la question du genre revienne régulièrement dans les programmes de la majorité des institutions internationales et dans les rapports bilatéraux, jusqu’à se poser comme une conditionnalité pour différents partenariats financiers ».

Enfermés dans leur bulle sociétale, les dirigeants occidentaux ne mesurent pas le niveau d’exaspération, voire d’indignation et d’écœurement provoqué par la guerre morale qu’ils mènent actuellement contre les piliers des cultures africaines.

Ancrés sur leur arrogance, eux qui ne trouvent d’échos que dans le cap ouest de l’Europe et en Amérique du Nord, sont partout ailleurs balayés dans ce que le reste du monde considère comme un réflexe de survie. Cependant qu’en Afrique, sur les volutes de leur prétention morale, Russes, Chinois, Indiens, Indonésiens et Turcs tirent les marrons du feu…

Le message d’Ousmane Sonko est très clair :  l’Afrique qui ne cédera pas à l’oukase existentiel du Nord a donc décidé de redevenir africaine. Un écho à ceux qui, de plus en plus nombreux, demandent quant à eux que l’Europe redevienne européenne… Ici et là,  référence est donc faite à l’identité, ce qui annonce le triomphe de l’ethno-différentialisme sur les nuées de l’universalisme.




Trois avions Rafale en Guyane pour le lancement d’Ariane 6

Trois avions Rafale seront déployés en Guyane du 1er au 17 juillet pour renforcer la protection du centre spatial, dans le cadre du lancement inaugural d’Ariane 6 prévu le 9 juillet prochain.

Commentaire AASSDN : Le lancement de la fusée Ariane 6 le 9 juillet 2024 devrait permettre à la France et à l’Europe de retrouver leur autonomie d’accès à l’espace perdu il y a un an avec l’arrêt de la production de la fusée Ariane 5. Kourou, est un atout indispensable à l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe. Sa pérennité exige que ce site et plus généralement la Guyane, soit développés et sécurisés sur le plan intérieur mais aussi protégés notamment lors des lancements face aux éventuelles agressions extérieures. Rappelons que les pas de tir de Kourou permettent de lancer non seulement les fusées Ariane VI, mais aussi les fusées Soyouz (jusqu’en février 2022)et Véga

Ces aéronefs de l’armée de l’Air, issus de la 4e escadre de chasse de la Base aérienne 113 de Saint-Dizier, seront stationnés sur la Base aérienne 367 « capitaine François Massé ». Ils seront accompagnés de deux hélicoptères Fennec de BA367. Les Rafale effectueront plusieurs vols de jour au-dessus de la Guyane.




Ingérences : des chercheurs français ciblés par des structures étrangères

Ce « flash ingérence » de la DGSI évoque 3 cas d’approches de chercheurs français primés, ayant été ciblés par des structures étrangères qui cherchaient à tirer profit de leur expertise, de leur réputation et de leur réseau professionnel.

Commentaire AASSDN : Reconnus pour leur excellence, les chercheurs français ayant reçu des distinctions constituent une communauté restreinte et facilement identifiable. Leur renommée les expose tout particulièrement aux approches d’acteurs étrangers souhaitant tirer profit de leurs savoirs, de leurs savoir-faire et de leurs réseaux professionnels. Afin de convaincre les chercheurs français primés d’engager des coopérations formelles ou informelles, ces acteurs étrangers promettent fréquemment des projets de recherche inédits et stimulants auxquels sont alloués des moyens financiers et matériels conséquents, ainsi que des cadeaux et des compensations financières attractives. Ils peuvent également tirer profit du besoin de financement des établissements auxquels les chercheurs sont rattachés pour les contraindre à consentir à des partenariats académiques déséquilibrés.

La recherche française bénéficie d’une reconnaissance internationale. Nombre de ses chercheurs bénéficient d’une notoriété internationale en raison de leurs travaux, de leurs publications, voire de leurs distinctions. Cette médiatisation peut toutefois les exposer à des approches d’acteurs étrangers.

S’appuyant sur les listes de distinctions académiques ou scientifiques, des acteurs étrangers offensifs peuvent identifier les chercheurs les plus qualifiés dans leur domaine et les cibler pour leurs compétences, leur renommée et leur réseau professionnel. Ils peuvent notamment chercher à établir avec ces chercheurs des coopérations académiques déséquilibrées, susceptibles d’entraîner des captations de savoirs et de savoir-faire. Ils sont également à même de les inciter à venir travailler dans leur pays, de manière durable ou temporaire, en échange de rémunérations très attractives ou de cadeaux disproportionnés.

INTÉRÊTS ÉTRANGERS POUR UN SCIENTIFIQUE FRANÇAIS RECOMPENSÉ À DE NOMBREUSES REPRISES

Un chercheur lauréat d’une haute distinction académique en France a régulièrement été convié par ses homologues à participer à des congrès à l’étranger au cours desquels il a systématiquement été sollicité pour des partenariats scientifiques.

Invité à un symposium à l’étranger, dont le déplacement a été intégralement pris en charge par l’université organisatrice, le chercheur s’est vu proposer des visites privées de sites sensibles habituellement fermés au public. Au cours d’un événement organisé avec un chercheur proche du gouvernement du pays hôte, l’expert français a par ailleurs été interrogé sur des sujets d’ordre politique. Il a également été démarché par la direction d’une revue scientifique qui lui a proposé de rédiger des articles et de devenir un correspondant régulier. À son retour en France, le chercheur a reçu, de manière inexpliquée, un virement d’une importante somme d’argent en provenance des organisateurs du symposium. Il a également appris qu’un prix le récompensant pour sa coopération scientifique avec le pays étranger lui serait prochainement remis.

De sa propre initiative, le chercheur français a pris attache avec la DGSI afin de rendre compte de ces approches étrangères répétées.




Cables sous-marins : L’Etat français rachète Alcatel submarine networks (ASN)

L’Etat français a récemment passé un accord avec Nokia, pour acheter 80 % des actions de Alcatel submarine networks (ASN) , par l’intermédiaire de l’Agence des participations de l’Etat. L’Etat dispose d’une option pour acquérir la totalité du capital. À Calais sont fabriqués et embarqués les câbles sous-marins de télécommunications avec une production jusqu’à 50 000 kilomètres de câbles par an.

Commentaire AASSDN : C’est par les câbles sous-marins que transitent la quasi-totalité des données numériques. La France avec le groupe Alcatel submarine networks (ASN) qui un des leaders mondiaux dans la  fabrication et dans la pose de câbles sous-marins de télécommunication et en raison de sa position géographique avec ses façades atlantiques et méditerranéenne notamment est un acteur de premier plan dans ce domaine hautement stratégique.

Par ailleurs son expertise dans les activités sous-marines profondes civiles (Ifremer), l’intérêt majeur qu’elle porte dans le domaine militaire aux sous-marins nucléaires (lanceurs d’engins et d’attaque) et de l’excellence de ses industriels dans ce domaine, placent la France (2e espace maritime mondial avec 11 millions de km2) dans une position de leader au niveau international.

La destruction des gazoducs north stream 1 et 2 le 26 septembre 2022 confirme que les installations sous-marines sont à la fois stratégiques au regard des conséquences qu’entraine leur destruction et vulnérables à des actions discrètes mais qui ne peuvent cependant être réalisées que par des puissances disposant de compétences rares.

Rachat du groupe ASN par l’Etat français

Le 27 juin 2024, l’Etat français annonce avoir passé un accord avec Nokia, pour acheter 80 % des actions de ASN, par l’intermédiaire de l’Agence des participations de l’Etat. L’opération est estimée à 100 M€ valorisant l’entreprise à hauteur de 350 M€. L’Etat dispose d’une option pour acquérir la totalité du capital. Le groupe ASN emploie 2 000 personnes dans le monde. À Calais, l’annonce du rachat est accueillie favorablement par les 600 salariés. C’est là que sont fabriqués et embarqués les câbles sous-marins de télécommunications. Le site peut produire jusqu’à 50 000 kilomètres de câbles par an.

ASN possède en 2023 une flotte de 7 navires. Les bateaux Île de Bréhat, Île de Batz, Île de Sein, Île d’Aix et Île d’Yeu sont destinés à la pose des câbles sous-marins. Les navires Île d’Ouessant et Île de Molène sont eux destinés à l’entretien des câbles.

En 2011, ASN a acheté le CS Gulmar Badaro, en le renommant CS Ile d’Aix pour poursuivre l’expansion de ses opérations. Ce navire a été construit en 1992 et disposait des technologies de réparation et de pose de câbles.

Trois navires-jumeaux dits les “Coréens”

Les Île de Sein, Île de Bréhat, Île de Batz, sont trois navire-jumeaux construits par l’entreprise Hyundai Mipo Dockyard (HMD) en Corée du Sud.

Alcatel CS Île de Sein, 2005. Alcatel, CS Île de Bréhat en 2005 Alcatel CS Île de Batz à Brest en 2007

  • CS Île de Sein Construit en 2001. Longueur : 140,36 m. Travaux de câbles en 2003 des routes Açores à Madère et Madère à Porto Santo. En 2011, le Vol Air France 447, les deux boîtes noires furent retrouvées par un robot sous-marin.
  • CS Îlle de Bréhat Construit en 2002. Tracé principal de la route Nord de 4 400 km pour la route APOLLO 2003. Dégagement des routes en 2015 pour GTT Express.
  • CS Îlle de Batz Construit en 2001. APOLLO 2003 : Widemouth Bay, Bude, Angleterre à Brookhaven, EUA et Lannion, France à Manasquan, EUA, 2008 travail sur TPE (Trans Pacific Express).

L’Île d’Yeu : le plus gros câblier du monde

L’Île d’Yeu, à l’origine Knight est un câblier construit en 2001 par l’entreprise Hyundai Mipo Dockyard (HMD) en Corée du Sud, avec son navire jumeau le C/S Baron. Il est passé par plusieurs phases de conversion. À l’origine, le C/S Knight a été construit pour Dockwise afin de poser les câbles sous-marins de Tyco Submarine Systems. À la suite d’une chute du marché, il a été vendu en 2005 à GC Rieber Shipping où il a été rebaptisé Polar Queen et enregistré à Bergen, en Norvège. Il subit alors une conversion, passant de câblier à poseur de pipe : c’est alors le plus gros navire de leur flotte. Enfin, il est racheté par Subsea 7 sous le drapeau de la Grande-Bretagne,

En juin 2021, ASN annonce le rachat du Seven Mar de Subsea 7, devenu Île d’Yeu. Son baptême a eu lieu de 13 juin 2023 à La Rochelle.

L’Île d’Yeu est en 2023 le plus gros câblier au monde, notamment grâce à la présence de trois cuves au lieu de deux. Une charrue de 35 équipera le navire, ainsi qu’un treuil de remorquage charrue électrique de 130 tonnes. L’Île d’Yeu aura un nouveau cabestan et une machine à câble linéaire avec 18 paires de roues pour la récupération et la pose de câbles. L’Île d’Yeu a une capacité de 8 500 tonnes de câbles, soit environ 15 000 km.




Douanes : Saisie record de 573 kilos de cocaïne aux Antilles

Saisie de 573 kilos de cocaïne aux Antilles dans le cadre d’une collaboration entre services douaniers français et garde-côtes de la Dominique. Les douaniers de la direction nationale garde-côtes des douanes (DNGCD) et de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) ont permis cette saisie record.

Commentaire AASSDN : La DNRED vient une fois encore de montrer son efficacité dans la traque des trafiquants de drogue avec la saisie dans les Antilles de 573 kilos de cocaïne.
Cette quantité importante de produits stupéfiants signifie aussi que l’Europe et en particulier la France, constituent des cibles privilégiées des trafiquants. Aussi, c’est une véritable guerre contre ces trafics que notre pays doit mener car les moyens financiers considérables dont disposent les trafiquants leurs permettent de corrompre et d’exercer des pressions sur des responsables fragilisant notre Etat et mettant en cause notre souveraineté. Par ailleurs, la consommation de tous les types de drogues entrainent une dégradation de la santé de nombreux Français et est à l’origine de milliers d’accidents causant de nombreux morts et blessés sur les routes. Enfin, le trafic de drogue dont le chiffre d’affaire pour la France est évalué à 5 milliards d’euros contribue au développement d’autres trafics et participe au financement de mouvements subversifs et de groupes violents.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 28 mai dernier, à 14h20 heure locale, l’hélicoptère H160 de la brigade des douanes garde-côtes de surveillance aéromaritime du Lamentin (Martinique) détecte à l’Est de l’île de La Dominique un go-fast faisant route vers la Guadeloupe, avec trois individus à bord. Lors d’un second passage, l’équipage de l’aéronef observe que les occupants de l’embarcation rejettent à la mer des ballots. Les coordonnées GPS des 17 ballots rejetés sont alors relevés.

Les ballots dérivant vers les eaux territoriales de la Dominique, le service garde-côtes des douanes Antilles-Guyane saisit la DNRED, qui constate que les informations recoupent un signalement pour suspicion de trafic de stupéfiants. La douane française sollicite aussitôt les autorités de La Dominique, qui dépêchent une vedette garde-côtes . Guidée par l’équipage du H160, celle-ci parvient à récupérer l’ensemble des 17 ballots.
Au total, 573 kg de cocaïne sont saisis par les autorités de La Dominique sur renseignement de la douane française.
En fin d’après-midi, le go-fast sera retrouvé en Dominique dans un bras de rivière, abandonné par son équipage. Les investigations des autorités judiciaires locales se poursuivent. À ce jour sept personnes, dont les trois individus visualisés par l’hélicoptère, ont été interpellées par les forces de l’ordre de La Dominique.
En 2023, le renseignement français a permis la saisie de 40 tonnes de cocaïne par des services étrangers.






Tir d’évaluation des forces du missile stratégique ASMPA rénové

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a exprimé sa satisfaction après le succès le 22 mai 2024 du premier tir d’évaluation des forces du missile stratégique air-sol moyenne portée amélioré rénové (ASMPA-R). Ce missile, dépourvu de sa charge militaire, a été tiré par un Rafale B des Forces aériennes stratégiques au terme d’un vol représentatif d’un raid nucléaire.

Commentaire AASSDN : Ce tir s’est déroulé alors que des propos sont tenus autour de l’emploi éventuel d’armes nucléaires tactiques en Ukraine si l’escalade relative au déploiement et à l’utilisation d’armes classiques susceptibles de frapper dans la profondeur du territoire russe se poursuivait. Pour la France, il s’agit avant tout de rappeler au monde qu’elle dispose d’un armement nucléaire modernisé, fiable et totalement indépendant dont la composante aérienne est susceptible d’effectuer une frappe dans la profondeur en dépit de défenses aériennes puissantes.

Le programme de rénovation de l’ASMPA est conduit par la Direction générale de l’armement (DGA).

Concrétisant l’investissement pour la dissuasion nucléaire dans la loi de programmation militaire (LPM), le programme de rénovation de l’ASMPA, conduit par la DGA, a permis de renforcer les performances intrinsèques du missile, maintenant la crédibilité de la composante nucléaire aéroportée de la dissuasion face à l’évolution des menaces jusqu’à l’arrivée du futur missile air-sol nucléaire de 4e génération (ASN4G, à l’horizon 2035). L’ASMPA-R répond ainsi à la volonté du Président de la République de maintenir sur le long terme la crédibilité opérationnelle des forces.

Le tir du missile et son vol libre ont été suivis par les moyens de la Direction générale de l’armement (DGA) depuis les sites de Biscarrosse, Hourtin et Quimper de DGA Essais de missiles.

Le missile, développé par MBDA, a été tiré dans le cadre de l’opération Durandal. Cette opération représentative d’un raid stratégique a été réalisée au-dessus du territoire national. Le raid, composé d’avions ravitailleurs A330 Phénix et de Rafale B des Forces aériennes stratégiques, a fait face à une menace d’opposition par des moyens air-air et sol-air de l’armée de l’Air et de l’Espace.




Capacité de projection de l’armée de l’Air et de l’Espace : l’armée lance la mission Pégase 2024 en Indopacifique

L’armée de l’Air et de l’Espace lance la mission Pégase 2024 en Indopacifique du 27 juin au 15 août 2024. Cet exercice est une démonstration de la capacité de protection de nos compatriotes ultra-marins et de dissuasion de la France dans ce vaste espace stratégique Indopacifique où notre pays possède plus de 50% de sa zone économique exclusive (ZEE). Rappelons que les DROM – COM représentent une superficie terrestre de 120 000 km2 et de 11 millions de km2 d’espace maritime (ZEE).

Commentaire AASSDN : Avec Pégase 2024, l’armée de l’Air et de l’Espace démontre ses capacités de projection de puissance en Indopacifique. Les Rafale avec leur soutien logistique ne mettront que quelques jours pour rejoindre les forces françaises de souveraineté déployées en permanence dans le Pacifique et dans l’Océan Indien.

Capacité de projection de l’armée de l’Air et de l’Espace

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et la Réunion constituent de véritables porte-avions capables d’accueillir non seulement des Rafale mais aussi des avions cargos et ravitailleurs susceptibles de renforcer les forces présentes sur place et des bâtiments de la Marine nationale.
A cet égard, il est indispensable d’accroitre le nombre d’A400 M (25 avions-cargos) et de ravitailleurs (12 MRTT A 330 Phénix) dont dispose l’armée de l’Air et de l’Espace.

Pégase 2024 confirme la montée en puissance de la capacité de projection fulgurante de l’armée de l’Air et de l’Espace autour du globe. Après une première en 2018 en Asie du Sud et une projection en Polynésie française en 2021 avec la mission Heifara / Wakea, les missions Pégase 2022 et 2023 en Indopacifique ont aguerri les aviateurs au déploiement d’un dispositif aérien de haute intensité, vite et loin.
Les missions des armées françaises s’inscrivent dans la stratégie de la France en Indopacifique, entre objectifs de protection d’espaces souverains, promotion du droit international et partenariats avec les pays riverains. Cette année, le dispositif Pégase se posera dans trois bases aériennes des Forces armées françaises, en Nouvelle-Calédonie (FANC), en Polynésie française (FAPF) et dans le sud de l’océan Indien (FAZSOI).
La mission 2024 aura une dimension européenne particulière avec un déploiement conjoint des pays du Système de combat aérien du futur SCAF (France, Allemagne, Espagne) sur une route ouest, et un déploiement conjoint avec l’Angleterre sur une route est, toutes deux à destination de l’Australie pour l’exercice interalliés « Pitch Black ». Sur leur trajet, les Rafale, A400M Atlas et A330 Phénix participeront à l’exercice de haute intensité « Arctic Defender » aux Etats-Unis (Alaska) et réaliseront une série d’escales valorisées et d’exercices conjoints au Canada, au Japon, aux Émirats Arabes Unis, à Singapour, en Indonésie, en Nouvelle-Zélande, en Malaisie, en Inde, au Qatar, en Égypte et pour la première fois aux Philippines.
L’ambition de Pégase 24 prend une résonance particulière en cette année anniversaire où l’armée de l’Air et de l’Espace célèbre ses 90 ans.




Point de vue : La désinformation sur l’Algérie, une menace insidieuse contre la France

Lors de son indépendance en 1962, l’Algérie hérita d’infrastructures et de ressources significatives construites par la France, y compris des routes, des écoles, des hôpitaux et un secteur industriel dynamique. Cependant, malgré ces investissements lourds, la France, considérée comme ayant créé l’Algérie moderne, aurait également engendré une situation complexe où elle subventionnait massivement l’Algérie sans réel bénéfice économique, faisant face à des coûts exorbitants qui ont contribué à sa propre ruine financière.

Commentaire AASSDN : Bernard Lugan est un africaniste français unanimement reconnu pour la pertinence de ses analyses et pour la rigueur de son argumentation qui repose toujours sur des faits documentés indiscutables. Il est fréquent de lire dans certains livres et journaux ou d’entendre dans de trop nombreux médias audiovisuels, venant de certains milieux des propos accusateurs et victimaires aux relents vengeurs relatifs à la présence française en Afrique. Ces propos cherchent avant tout à dénigrer la France et à culpabiliser les Français de leurs actions passées, pourtant à bien des égards, remarquables. Ces accusations doivent être dénoncées et ceux qui les tiennent combattus inlassablement. Il en va de la réhabilitation de l’histoire vraie de la France, du renforcement indispensable de la cohésion de la Nation et du devoir de mémoire envers tous les Français qui nous ont précédés et qui ont bâti notre Patrie. La désinformation est une menace existentielle. Lutter contre ce fléau est un devoir pour tous.

La France ne doit rien à l’Algérie, au contraire

Au moment de l’indépendance de juillet 1962, tout ce qui existait en Algérie y avait en effet été construit par la France à partir du néant, dans un pays qui n’avait jamais existé puisqu’il était directement passé de la colonisation turque à la colonisation française. Ce fut en effet la France qui créa l’Algérie en lui donnant ses frontières. Des frontières qui, à l’Ouest, furent tracées en amputant territorialement le Maroc. Le Tidikelt, le Gourara, le Touat, Tindouf, Colomb Béchar etc…furent ainsi arrachés au Maroc pour être généreusement offerts à Algérie française dont l’Algérie algérienne est l’héritière directe. Une héritière qui, sans le moindre remords, a conservé le legs exorbitant fait par la France aux dépens du Maroc.

Une Algérie que la France ouvrit vers le Sud en lui offrant un Sahara qu’elle n’avait, et par définition, jamais possédé puisqu’elle n’avait jamais existé…Une réalité historique résumée en une phrase par le général de Gaulle : « (…) Depuis que le monde est monde, il n’y a jamais eu d’unité, ni, à plus forte raison, de souveraineté algérienne. Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes syriens, Arabes de Cordoue, Turcs, Français, ont tour à tour pénétré le pays sans qu’il y ait eu à aucun moment, sous aucune forme, un Etat algérien » (Charles de Gaulle, 16 septembre 1959, déclaration à la RTF).

Dans l’ancienne Régence turque d’Alger, l’ouest reconnaissait l’autorité spirituelle du sultan du Maroc. Ce dernier avait d’ailleurs un représentant, un khalifat, dans la région, l’un d’entre eux ayant été le propre père d’Abd el-Kader. Quant à l’Est, il était tourné vers Istanbul. Nulle part, la prière n’était donc dite au nom d’un chef « algérien » car, à l’époque, la « nation algérienne » n’existait pas puisqu’il s’agissait d’un « non-concept ».

Ferhat Abbas (1899-1985), l’ancien chef du GPRA écrivit lui-même en 1936 : « Si j’avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste (…) je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les morts et les vivants ; j’ai visité les cimetières : personne ne m’en a parlé… ».

En 1962, la France légua à sa « chère Algérie » selon la formule de Daniel Lefeuvre, un héritage composé de 54 000 kilomètres de routes et pistes (80 000 avec les pistes sahariennes), de 31 routes nationales dont près de 9 000 kilomètres étaient goudronnés, de 4 300 km de voies ferrées, de 4 ports équipés aux normes internationales, de 23 ports aménagés (dont 10 accessibles aux grands cargos et dont 5 qui pouvaient être desservis par des paquebots),  de 34 phares maritimes, d’une douzaine d’aérodromes principaux, de centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), de milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels, de 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, d’une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., de milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités avec 800 000 enfants scolarisés dans 17 000 classes ( soit autant d’instituteurs, dont deux-tiers de Français), d’un hôpital universitaire de 2 000 lits à Alger, de trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, de 14 hôpitaux spécialisés et de 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.

Sans parler du pétrole découvert et mis en exploitation par des ingénieurs français. Ni même d’une agriculture florissante laissée en jachère après l’indépendance. A telle enseigne qu’aujourd’hui l’Algérie doit importer jusqu’à du concentré de tomate, des pois chiches et même de la semoule pour le couscous… Quant à sa seule exportation agricole, celle de ses succulentes dattes, elle ne sert même pas à compenser ses achats de yaourts fabriqués à l’étranger…

Or, tout ce qui existait en Algérie en 1962 avait été payé par les impôts des Français. En 1959, l’Algérie engloutissait ainsi 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce ! 

Pour la France, le fardeau algérien était donc devenu impossible à porter car, en soulageant les misères, en soignant, en vaccinant et en faisant reculer la mortalité infantile, elle avait créé les conditions de la catastrophe comme l’a écrit René Sédillot en 1965 :

« (En Algérie), la colonisation française a poussé l’ingénuité – ou la maladresse- jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle ».

Chaque année à partir du lendemain du second conflit mondial, 250 000 naissances étaient ainsi comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans. Or, la France s’était elle-même condamnée à nourrir ces bouches nouvelles et à créer ensuite autant d’emplois puisqu’elle considérait l’Algérie comme une de ses provinces, au même titre que la Bretagne ou que l’Alsace…

En 1953, comme les recettes locales ne permettaient plus de faire face aux dépenses de fonctionnement, l’Algérie fut en faillite. Au mois d’août 1952, anticipant en quelque sorte la situation, le gouvernement d’Antoine Pinay (8 mars 1952-23 décembre 1952), demanda au parlement le vote de 200 milliards d’impôts nouveaux, tout en étant contraint de faire des choix budgétaires douloureux. Pour aider encore davantage l’Algérie il fallut alors faire patienter la Corrèze et le Cantal.

L’addition des chiffres donne le vertige : durant les seuls 9 premiers mois de 1959 les investissements en Algérie atteignirent 103,7 milliards de crédit dont 71,5 milliards directement financés par le Trésor français. De 1950 à 1956 la seule industrie algérienne reçut, hors secteur minier, en moyenne 2 395 millions anciens francs annuellement. En 1959 et en 1960 cette somme atteignit en moyenne 5 390 millions (Lefeuvre, 2005). Entre 1959 et 1961, pour le seul plan de Constantine, les industries métropolitaines investirent 27,40 milliards d’anciens francs, gaz et pétrole non compris.

La France s’est donc ruinée en Algérie alors qu’elle n’y avait aucun intérêt économique réel. Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient des coûts supérieurs à ceux du marché international. Or, toujours généreuse, la France continua d’acheter à des cours largement supérieurs au marché des productions qu’elle avait déjà largement payées puisqu’elle n’avait jamais cessé de les subventionner !

Au bilan, l’Algérie a donc été placée sous « assistance respiratoire » par la France qui n’a cessé de l’alimenter artificiellement. Année après année, la France remplissait donc le « tonneau des Danaïdes », algérien, nourrissant les bouches nouvelles, bâtissant hôpitaux, écoles, routes, ponts et tentant de créer artificiellement des milliers d’emplois.

Non seulement la France n’a donc pas pillé l’Algérie, mais, plus encore, c’est elle qui serait fondée à lui « présenter la facture » …En effet, les demandes de Madame Rima Hassan ne valent pas davantage que celles faites au mois de janvier 2021 quand les médias officiels algériens exigèrent de la France un « dédommagement » pour le « pillage » du fer « algérien » qui, selon eux, aurait servi à fabriquer la Tour Eiffel !!!

Or, le minerai de fer ayant servi à édifier l’emblématique monument fut extrait de la mine de Lurdres en Lorraine, département de Meurthe-et-Moselle…Quant aux pièces métalliques composant la Tour, elles sont, comme ses visiteurs peuvent le constater, estampillées à la marque des aciéries de Pompey, également en Lorraine, là où elles furent fondues…

Bernard LUGAN