Hommage à Marie-Madeleine FOURCADE, chef du réseau Alliance durant la Seconde Guerre mondiale

Née le 8 novembre 1909 à Marseille, dans une famille de la haute bourgeoisie catholique. Enfance à Shanghai, entre les cadres des Messageries Maritimes et les dîners en costume d’apparat. Rien dans ce milieu-là ne prédestinait à finir nue à s’arracher aux barreaux d’une cellule de la Gestapo.
En juin 1940, la France « capitule ». Elle refuse.⠀

Avant la guerre, pendant de nombreuses années, MM Fourcade a été l’adjointe du commandant Loustaunau – Lacau, comme rédactrice en chef des publications de la Spirale. Dès l’été 1940, c’est lui qui crée le réseau qui deviendra Alliance. Il est arrêté en AFN alors qu’il tentait de faire basculer l’Afrique du Nord dans la reprise du combat contre les Allemands et est déporté.

À 31 ans, sous le nom de Marie-Madeleine Méric — celui de son premier mari — elle succède alors au commandant Loustaunau-Lacau et prend la tête du réseau Alliance.
Jusqu’à 3 000 agents travaillent sous ses ordres pour l’Intelligence Service britannique : des soldats, des instituteurs, des médecins, des paysans. Ils transmettent les déplacements des sous-marins allemands, les positions des défenses côtières, les cartes des rampes de lancement des V1 et V2. La Gestapo, incapable de mettre un visage sur cette organisation tentaculaire, finit par la surnommer « l’Arche de Noé » — parce que ses membres portent des noms d’animaux. Son alias à elle : « Hérisson ». Longtemps, l’Intelligence Service et la Gestapo ignorent que c’est une femme qui est à la tête de ce réseau.⠀

En novembre 1942, la police française l’arrête à Marseille avec son état-major. Elle s’évade quelques jours plus tard, en route vers Castres.⠀
La guerre ronge aussi l’intime. Son compagnon, le commandant Léon Faye — le père de son fils né dans la clandestinité en juin 1943 — est arrêté à l’automne 1943. Déporté, il est assassiné en Allemagne en janvier 1945.⠀
Elle continue.⠀

Le 17 juillet 1944, la Gestapo la capture à Aix-en-Provence. Elle est détenue à la caserne Miollis. Elle sait ce qui l’attend. Elle connaît les codes du réseau. Elle connaît les noms.⠀

Dans la nuit du 17 au 18 juillet, elle se déshabille entièrement,  s’enduit le corps d’eau savonneuse, et au prix d’énormes douleurs, elle se glisse nue à travers les barreaux de sa fenêtre. Elle disparaît dans la nuit.⠀
Le réseau Alliance a compté 429 morts.⠀

Après la guerre, elle a consacré des années à les nommer, à reconstituer leurs dossiers, à les rendre à l’Histoire. Dans les manuels scolaires, dans les commémorations, dans les discours du 8 mai, c’est Jean Moulin qu’on cite. Elle, elle reste absente du récit qu’on enseigne aux enfants de France.⠀

Elle est morte le 20 juillet 1989 à Paris.⠀


La mémoire ne se transmet pas toute seule.




Armement : Succès des essais d’intégration des roquettes guidées laser sur Rafale pour la lutte anti-drone

La réactivité de la DGA et les moyens techniques dont elle dispose ainsi que les qualités remarquables du Rafale sont des atouts qui donnent rapidement des capacités nouvelles à notre armée de l’Air et de l’Espace.

La DGA annonce le succès des essais d’intégration des roquettes guidées laser sur Rafale pour la lutte anti-drone
Le 7 juillet 2026, la Direction générale de l’armement (DGA) a achevé avec succès la campagne d’essais d’intégration des roquettes guidées laser de 68 mm sur l’avion de combat Rafale. Moins de huit mois séparent la contractualisation de cette nouvelle capacité de la première capacité opérationnelle. Cette campagne, lancée pour disposer d’une capacité de lutte antidrones performante et à coût modéré, a mobilisé les experts de plusieurs centres d’essais et d’expertise, dont plus particulièrement DGA Essais en vol à Cazaux (33).

Conduit sous le pilotage de la DGA, en étroite collaboration avec le Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM) de l’armée de l’Air et l’Espace, avec le concours de Dassault Aviation et de Thales, ces essais avaient pour objectif de valider en vol l’efficacité de la nouvelle capacité de Lutte anti-drone sur avion de combat (LADAC) développée au profit des avions Rafale des forces françaises.

La mise à disposition par la DGA d’un premier lot de matériels afin de doter l’armée de l’Air et l’Espace d’une première capacité opérationnelle fin juillet 2026 ouvre la voie à une qualification complète, par la DGA, de ce nouveau système d’arme du Rafale. Les livraisons des matériels commandés (paniers lance-roquettes, roquettes guidées laser et pods de désignation laser TALIOS dotés du mode LADAC) débuteront concomitamment, dès juillet 2026.

Afin de répondre au besoin opérationnel de l’armée de l’Air et de l’Espace de disposer au plus vite d’un armement de lutte anti-drone efficace et à coût modéré, la DGA a étudié fin 2025 diverses solutions pour rapidement doter l’avion de combat Rafale d’une telle capacité. À l’issue de cette étude, la DGA a opté pour une solution déjà qualifiée, la roquette guidée laser de 68 mm développée et intégrée sur l’hélicoptère d’attaque Tigre.

Ainsi, dans le cadre d’une « Urgence Opération », la DGA a notifié, le 31 décembre 2025, à Dassault Aviation et à Thales un contrat pour le développement d’une capacité LADAC sur Rafale, en associant des roquettes guidées laser de 68 mm et le pod de désignation laser TALIOS. Depuis février 2026, plusieurs essais ont été menés par différents centres d’essais et d’expertise de la DGA afin d’adapter les capteurs du Rafale à la conduite de tir de roquettes et de tester notamment les différentes fonctions sollicitées pour cette capacité de lutte anti-drone : détection des drones par le radar, poursuite du drone par le pod TALIOS et désignation laser, emport des paniers lance-roquettes dans le domaine de vol de l’avion, tir de roquettes puis guidage laser jusqu’à la cible et enfin neutralisation des drones ciblés. Cette nouvelle capacité permettra, par exemple, aux Rafale d’abattre des drones Shahed avec des roquettes de 68 mm.

Ainsi, ont été réalisés :

  • des essais en vol afin d’évaluer les modes de poursuite en air-air du pod TALIOS, par DGA Essais en vol fin 2025 et début 2026, avec le concours de la société EOS Technologie qui a mis en œuvre, au profit de la DGA, plusieurs drones représentatifs des menaces de drones ;
  • des expertises sur les performances de désignation laser du pod TALIOS en configuration air-air et de la roquette guidée laser, par DGA Maîtrise de l’information assisté du CEAM ;
  • des essais de qualification en environnement électromagnétique des paniers lance-roquettes, par DGA Techniques aérospatiales à Balma (31) au premier semestre 2026 ;
  • des essais d’ouverture du domaine d’emport puis de séparation sur un Rafale équipé de paniers lance-roquettes en février, avril puis juin 2026 par les experts de DGA Essais en vol à Istres (13) puis à Cazaux (33) ;
  • des tirs d’essais de roquettes guidées laser sur des cibles aériennes représentatives de la menace, début juillet 2026 sur le site de DGA Essais de missiles à Biscarosse (40), en étroite collaboration avec DGA Essais en vol, suivis par des tirs d’expérimentation exécutés par le CEAM.

Ces travaux ont également été rendus possible grâce à l’expertise de DGA Techniques terrestres à Bourges (18) et de DGA Ingénierie et projets à Paris (75), garants des performances globales du système LADAC et de sa conformité vis-à-vis du besoin opérationnel.

L’intégration de la LADAC sur l’avion de combat Rafale illustre la capacité de la « DGA de combat » à répondre rapidement aux besoins des forces au travers d’un processus agile pour satisfaire le besoin opérationnel dans un calendrier contraint.

Légende de la photo bandeau : Tir d’essai de RGL depuis un Rafale en juillet 2026
Crédit photo : Direction générale de l’armement 




Activité : Lancement de la mission PEGASE 2026

Le périple mondial pendant 38 jours de 4 Rafale contribue sans doute à la crédibilité de nos forces armées.
Mais la projection en moins de 48 heures  de 12 ou 16  Rafale en Guyane ou à la Réunion aurait probablement été perçue comme une véritable capacité de projection de puissance de la France.
Paris, le 11 juillet 2026

 L’armée de l’Air et de l’Espace lance la mission PEGASE 2026, à travers l’Arctique, l’Indopacifique et le Proche et Moyen-Orient.

  • Avec PEGASE 26, la France conduit son sixième déploiement aérien majeur et réaffirme sa capacité à projeter la puissance aérienne sur un arc stratégique étendu, de l’Arctique à l’Indopacifique, jusqu’au Proche et Moyen-Orient. 
  • Début septembre 2026, l’armée de l’Air et de l’Espace déploiera quatre Rafale standard F4, trois avions ravitailleurs A330 MRTT et deux avions de transport A400M Atlas.   
  • Ce déploiement s’appuie sur des moyens adaptés aux enjeux stratégiques. Il repose sur un dispositif opérationnel robuste et structuré autour des trois piliers fondamentaux de l’armée de l’Air et de l’Espace : la projection de puissance, la mobilité stratégique et le soutien logistique. 
  • Près de 300 Aviateurs sont engagés dans cette mission de 38 jours. 

PEGASE 26 débutera par une escale des appareils de transport stratégique et tactique au Groenland, permettant à l’armée de l’Air et de l’Espace de valider une nouvelle route aérienne vers l’Amérique du Nord et de poursuivre ses entrainements à des latitudes élevées et dans des conditions climatiques polaires. Après une séquence de coopération franco-américaine en Alaska qui sera rejointe d’une traite par les avions de combat Rafale, les Aviateurs traverseront le Pacifique faisant escale au Japon, en Corée du Sud puis en Indonésie afin d’illustrer la variété et la solidité des partenariats entretenus par les armées françaises dans cette zone. Une partie du dispositif fera ensuite route vers l’Inde, avec qui la France entretient une coopération historique et dynamique, renforcée par l’exercice TARANG SHAKTI tandis que les Forces armées en zone sud de l’océan Indien (FAZSOI) accueilleront l’autre partie du détachement aérien d’envergure, démontrant la capacité des armées françaises à renforcer ponctuellement ses bases ultramarines. 

Troisième phase du déploiement, le Moyen-Orient demeure une région d’engagement prioritaire pour la France, avec une escale d’une partie du dispositif au Qatar. Les avions de PEGASE 26 participeront enfin à l’exercice franco-égyptien AMUN 26, avant leur retour en France.

Lancée en 2018, la mission PEGASE confirme un savoir-faire opérationnel que très peu d’armées de l’air peuvent mettre en œuvre : la capacité à engager l’aviation de combat française dans tout type de mission n’importe où dans le monde, dans des délais très réduits, de manière autonome ou en coalition. Fidèle à cet esprit, l’édition 2026 repose sur une stricte adéquation entre objectifs stratégiques et moyens engagés, grâce à un dispositif agile et modulaire. Elle est planifiée et conduite par le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), basé à Lyon Mont-Verdun (69), véritable centre névralgique de la conduite des opérations aériennes françaises.

Du Groenland à l’Égypte en passant par le Japon et l’Inde : l’armée de l’Air et de l’Espace va traverser trois zones stratégiques majeures avec PEGASE 26. Cette mission fera l’objet d’une médiatisation à travers plusieurs embarquements proposés à la presse.Pour tout intérêt, veuillez formuler vos demandes au contact média, le Service d’information et de relations publiques de l’armée de l’Air et de l’Espace (SIRPAAE) ci-dessous.

Contacts médias :
Service d’information et de relations publiques
de l’armée de l’Air et de l’Espace




Revivez le 14 Juillet dans un livret média format XXL

À l’occasion de la Fête nationale, le Livret Média 14 Juillet 2026 rassemblait l’ensemble des informations utiles destinées aux médias. Il présentait le déroulé des cérémonies, les dispositifs mis en place, les principales séquences du défilé ainsi que les informations pratiques nécessaires à la couverture de l’événement.

Conçu comme un outil de référence, ce livret accompagne les journalistes dans la préparation et le suivi de cette journée emblématique, en leur offrant une vision claire et synthétique de l’organisation du 14 Juillet 2026.

Pour télécharger le livret Media du 14 juillet 2026, cliquez ICI


Sont annulés :

  • Les rencontres avec les militaires au sein des Invalides et sur l’Esplanade des Invalides
  • Les rendez-vous pour le don du sang aux Invalides



Intelligence artificielle : L’IA de défense désignée comme intérêt essentiel de sécurité pour la nation française

La France désigne l’intelligence artificielle de défense comme intérêt essentiel de sécurité pour la nation

  • Face à la mutation rapide du champ de bataille et dans un contexte d’urgence stratégique nécessitant d’être prêt à un éventuel choc de haute intensité d’ici 2030, la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, a annoncé aujourd’hui ériger l’intelligence artificielle de défense au rang d’intérêt essentiel de sécurité.
  • L’Intelligence artificielle (IA) représente pour la France un enjeu crucial de souveraineté et de puissance. Le ministère des Armées et des Anciens combattants doit assurer la maîtrise et la protection intégrales de son cycle de vie, de la phase de conception jusqu’au déploiement opérationnel.

Lors de la cérémonie d’inauguration du nouveau bâtiment de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD) tenue à Bruz (35) ce jour, Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, a marqué un tournant stratégique en désignant l’IA de défense comme un intérêt essentiel de sécurité pour la France.

De la conception algorithmique au déploiement opérationnel, le ministère des Armées et des Anciens combattants doit être souverain dans la conception et l’exploitation de ses systèmes et contrôler les dépendances auxquelles il consent.

Pour disposer de systèmes d’IA de défense performants, il est indispensable de concilier rapidité d’acquisition, accès à la technologie de pointe et recours à des fournisseurs de confiance. Les procédures d’achat public traditionnelles peinent souvent à réunir ces trois exigences simultanément, faute d’une flexibilité suffisante pour répondre à l’urgence et à l’impératif d’innovation.

Pour lever les verrous actuels, la qualification d’intérêt essentiel de sécurité permet d’activer des mécanismes d’acquisition exceptionnels, conformément à ce qui est prévu par le droit européen.

Cette décision reconnaît le rôle central de l’intelligence artificielle au sein des systèmes de défense. L’IA de défense est entendue comme l’intelligence artificielle intégrée à des systèmes permettant l’emploi ou la suppression de la force.

« Cette décision est politique et stratégique », a déclaré la ministre des Armées et des Anciens combattants. « Elle est éminemment concrète. Elle hisse l’intelligence artificielle au même niveau que la dissuasion, le renseignement ou la cryptographie. Elle simplifie nos procédures d’achat public. Elle permettra d’intégrer plus vite de nouveaux acteurs, notamment des start-up prometteuses de l’intelligence artificielle. Elle permettra de passer, lorsque c’est nécessaire, de délais comptés en mois à des délais comptés en semaines. C’est crucial pour la cybersécurité de nos armées. C’est crucial pour le renseignement, pour la conduite des opérations, pour la préparation de nos forces, pour notre capacité à tenir notre rang dans les ruptures technologiques qui viennent. »

L’AMIAD est chargée de l’opérationnalisation de cette décision Dans les mois à venir, elle déploiera un ensemble de dispositifs innovants pour accélérer les acquisitions et faire valoir les intérêts spécifiques du ministère.

Source visuel : IA / Laure Fanjeau




Nomination : L’actuel directeur du renseignement militaire futur prochain CEMAT

Sur proposition de madame Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, le Président de la République nommera dans quelques jours les nouveaux chefs d’état-major de l’armée de Terre et de la Marine nationale.

Le général de corps d’armée Jacques Langlade de Montgros, actuel directeur du renseignement militaire, succédera au général d’armée Pierre Schill à la tête de l’armée de Terre et le vice-amiral d’escadre Christophe Cluzel, actuel commandant de la force d’action navale, succédera à l’amiral Nicolas Vaujour à la tête de la Marine nationale.

Ces décisions seront officialisées lors du prochain Conseil des ministres.

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Le général de corps d’armée Jacques Langlade de Montgros

Cinq ans après avoir pris les rênes de l’armée de Terre, qu’il a profondément transformée en promouvant le «commandement par intention», le général Pierre Schill s’apprête à passer la main. En effet, dans la soirée du 18 juin, le ministère des Armées a annoncé que le général Jacques Langlade de Montgros allait prochainement lui succéder. Cette décision sera «officialisée lors du prochain Conseil des ministres», a-t-il ajouté.

Admis à l’École spéciale miliaire [ESM] de Saint-Cyr Coëtquidan en 1988 [promotion général Deslestraint], le général Langlade de Montgros est issu de l’Arme blindée cavalerie. Affecté au 1er Régiment de Hussards Parachutistes [RHP] de Tarbes en 1992, d’abord en tant que chef de peloton blindé puis en qualité de commando parachutiste, il prend part à plusieurs opérations extérieures, notamment en Bosnie, au Rwanda et au Tchad.

Promu capitaine en 1995, il est muté au 2e Régiment de Dragons qui, alors basé à Laon, était encore une unité de chars de combat. Après un séjour aux États-Unis pour effectuer l’Armor Advanced Course à Fort Knox, il retrouve le 1er RHP, où il commande le 2e escadron, engagé en Centrafrique, au Tchad et en Bosnie.

En 2000, l’officier rejoint la cellule communication du cabinet du chef d’état-major des armées [CEMA]. Promu chef d’escadrons l’année suivante, il sert en Afghanistan, en 2002, avant d’être admis à suivre les cours de l’École de guerre pendant deux ans.

De nouveau affecté au 1er RHP pour assurer la fonction de chef du bureau opérations/instruction. Promu lieutenant-colonel, il est de nouveau engagé en Afghanistan en 2006 avant de retrouver l’État-major des armées [EMA] pour s’occuper des contrats opérationnels au sein de la division emploi.

Devenu colonel en 2008, alors qu’il était au cabinet du ministre de la Défense, il est nommé chef de corps du 1er RHP deux ans plus tard. Chargé du pilotage stratégique et de la transformation des armés à l’EMA à l’issue de son temps de commandement, il est auditeur du Centre des Hautes Études Militaires [CHEM] et de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale [IHEDN] entre 2014 et 2015.

Chef du bureau renseignement [J2] du Centre de Planification et de Conduite des Opérations [CPCO] jusqu’en 2017, il rejoint la cellule opérations-relations internationales du cabinet du ministre des Armées. Il y gagne ses étoiles de général de brigade et le commandement de la 11e Brigade Parachutiste [BP].

En 2021, le général Langlade de Montgros est nommé à la tête de la mission de l’Union européenne en Centrafrique [EUTM RCA] puis à l’Inspection de l’armée de Terre. Pas pour longtemps car, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il est désigné pour commander la Direction du renseignement militaire [DRM]. Poste qu’il occupe encore actuellement.

Originaire de Seine-Maritime, marié et père de sept enfants, le général Langlade de Montgros est officier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de deux citations.

Source photo : Ministère des Armées




Granville, nid d’espions ? Retour en image sur le congrès AASSDN avec France 3 Normandie

Revivez le Congrès national annuel de l’AASSDN qui s’est déroulé à Granville du 2 au 4 juin 2026, à travers l’oeil du journaliste de France 3 Normandie qui s’est “infiltré” dans cet événement






Histoire : Bataillons d’Afrique ou « Aller à Tataouine »

« Le rôle joué pendant la Grande Guerre par les indigènes algériens a été grand, leur sang s’est mêlé au sang français sur tous les champs de bataille, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs… ». (Baron de Feuchins « Rapport sur le bilan des pertes » (1924)).

Lors du dernier repas de l’Assemblée Générale d’une association de réservistes, je me trouvais à la table d’un type sympathique, ingénieur en retraite et commandant de réserve (h) de l’Armée de l’Air. Mais j’ai senti chez lui une sensibilité de gauche quand, alors que nous parlions de la grande boucherie de 14-18, il m’a servi le sempiternel couplet de repentance à l’égard de nos anciens colonisés. Sa sentence était sans appel : « On pas nier que nos troupes africaines ont servi de « chair à canon » pendant la Grande Guerre ». Et il a ajouté, sûr de son fait, que « les Bataillons d’Afrique ont donné d’excellents soldats ». Depuis que la France culpabilise sur son passé colonial, j’ai entendu cent fois ce discours qui voudrait que ces « salauds de Blancs » aient utilisé les troupes indigènes comme « chair à canon » en 14-18. Or c’est inexact ou, pour le moins, très exagéré ! Et dans un pays qui ne connaît pas son histoire, on confond souvent l’Armée d’Afrique et les Bataillons d’Afrique, les fameux « Bat’d’Af ». Aussi, je crois utile, régulièrement, de remettre les pendules à l’heure.

À l’époque coloniale, nos forces étaient réparties en trois ensembles: l’Armée métropolitaine, les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique qui dépendaient d’un même état-major général.

Dans la terminologie militaire, les troupes coloniales désignaient les troupes « indigènes », hors Afrique du Nord, et métropolitaines : les anciennes formations de marine (« Marsouins » pour l’infanterie et « Bigors » pour l’artillerie), qui fusionnent, en 1900, pour former l’« Armée coloniale » (ou « la Coloniale »). Ces troupes se distinguent donc des troupes d’Afrique du Nord « indigènes » (Tirailleurs, Spahis) et européennes (Zouaves, Chasseurs d’Afrique, Légion Étrangère), qui forment l’Armée d’Afrique (19ème Corps d’Armée) et provenaient essentiellement d’Algérie.
Certains régiments, mixtes, regroupaient des chrétiens, des juifs et des musulmans, comme les unités de Zouaves ou de Tirailleurs. On estime que l’Empire a fourni, en quatre années de guerre, entre 550.000 et 600.000 « indigènes » à la mère-patrie, dont 450.000 vinrent combattre en Europe. 270.000 mobilisés, dont 190.000 combattants, étaient des Maghrébins, 180 000 mobilisés, dont 134.000 combattants, étaient des « Sénégalais » (1). Les autres troupes venaient de tout l’Empire : Madagascar, Indochine, Océanie, etc… Les « indigènes » ont représenté 7% des 8.410.000 mobilisés de l’Armée française, affectés majoritairement dans les régiments de Tirailleurs. La proportion de Français blancs au sein des régiments de Tirailleurs nord-africains était d’environ 20 %. Un peu moins dans les bataillons de « Sénégalais ». En 1918, à la fin de la guerre, notre Armée disposait de cent divisions dont six divisions composées de troupes de l’Armée d’Afrique et sept divisions de troupes de l’Armée coloniale. La moitié des effectifs de ces treize divisions étant d’origine métropolitaine.

Si ces effectifs peuvent sembler relativement faibles, les troupes « indigènes » comptent à leur actif bon nombre de faits d’armes glorieux et leur rôle ne saurait être sous-estimé. Leur apport a été très important dans les semaines décisives de septembre 1914, lors de la bataille de la Marne. Si quelques cas de panique furent signalés lors des toutes premières semaines de combats (comme dans d’autres unités issues de métropole), par la suite, elles se montreront à l’égale des meilleurs.

Durant la Grande Guerre, le nombre de tués de nos troupes « indigènes » est estimé à plus de 70.000 : 36.000 Maghrébins et 30.000 « Sénégalais » : chiffres à rapprocher des 1.500.000 tués de la Grande Guerre. Les monuments aux morts des villes et villages français sont là pour nous rappeler que la grande boucherie de 14-18 aura été, hélas, assez « égalitaire ».
Les combattants de notre Empire y ont eu leur part…comme les autres, ni plus, ni moins.

Disons maintenant un mot des Bataillons d’Afrique: les « Bat’d’Af ».

Les Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique (BILA), plus connus sous les surnoms de « Bat’d’Af’ » ou de « Joyeux », étaient des unités qui relevaient, effectivement, de l’Armée d’Afrique.
L’Infanterie Légère d’Afrique, après un projet avorté en 1831, a été créée en juin 1832 pour recycler les soldats condamnés par la justice militaire.

Elle n’était pas une formation disciplinaire au sens strict du terme, mais il est indéniable qu’il y régnait une discipline plus rugueuse que dans les régiments d’infanterie classiques. On y incorporait des soldats au casier judiciaire chargé, puis à la fin du 19° siècle, des voyous, des petits truands, des proxénètes. Ils relevaient de 54 catégories judiciaires différentes, allant du simple délit à la tentative de meurtre. Basées en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc), « à Biribi », nom générique pour désigner leur cantonnement, ces unités constituaient l’instrument répressif de l’Armée française : destinées à mater les fortes têtes, elles étaient conçues pour « redresser ceux qui ont failli ».
L’expression « aller à Tataouine » vient des « Bat’d’Af », ce nom désigne un de leurs camps situé dans le sud tunisien (2). Les « Joyeux » avaient leurs traditions : le tatouage « Marche ou Crève » sur une jambe, et parfois, sur un bras « Né sous l’étoile du malheur, mort sous l’étoile du bonheur », en hommage à leur fétiche, « l’étoile du bazar ». À leur retour à la vie civile, c’est grâce à leurs tatouages qu’ils étaient craints et respectés dans le milieu de la pègre. Une autre particularité des « Bat’d’Af » : l’homosexualité dans leurs rangs (héritée des passages en prison).

En 1914, à la déclaration de la guerre, les effectifs restent en garnison en Afrique du Nord afin d’y assurer le maintien de l’ordre. On a formé pour la durée de la guerre, et par prélèvement dans les 5 BILA, trois Bataillons de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique (BMILA), qui ont été engagés en métropole où ils se sont distingués : les 1er , 2e et 3e BMILA.

Le chant de marche des « Bat’d’Af » – « Le bataillonnaire » (3) – a été modifié et repris plus tard, pendant la guerre d’Algérie, par les régiments parachutistes (4).

Sur le sort des bataillonnaires, citons André Nolat qui écrit en argot (5) :
« …Plus bas dans ces enfers, il y avait les travaux publics. Les Trav’s. Le bagne militaire. Pour ceux qui avaient commis un délit sous les drapeaux, aux Bat’d’Af ou ailleurs, pour les déserteurs, pour les insoumis…C’était Biribi avec ses compagnies de discipline, ses « maisons-mères » en Afrique du Nord : Dar-Bel-Hamrit, Bossuet au sud d’Oran, Douéra, Bougie, Téboursouk… Aux Trav’s, des soldats punis, pègres ou non. Les Trav’s, c’était pas du nougat… Crânes rasés, capotes grises…Fallait marcher bécif, tracer des routes, porter des pierres. Sous le soleil roi, le soleil lion, le soleil assassin. Le cagnard, luisant comme un dinar d’or rouge, qui plie les genoux des plus courageux. Et de la ler dumé(6) a becter. Par terre souvent… ou mêlée à des poignées de sel. Et les chaouchs. Pour la plupart des tocards féroces et provocants. Des pionnards, des fondus ; Peu d’hommes en réchappaient. On y mourrait. On y virait louf. Celui qui décarrait à peu près d’aplomb des Trav’s devenait souvent un vrai cador…Faut pas le nier, parmi ces détenus, il y avait des salauds, des ordures, des monstres. Mais pas tant que ça. Le gros des bataillons, c’était de pauvres mômes, des enfants du malheur, désespérés, qu’une société pourrissante…que l’abandon, l’absence de familles, avait brisé ou métamorphosé en fauves. Des petits qui allèrent à la viande avec rage. Des grands tels Paul Carbone qui fut roi de Marseille et Jo Attia roi du non-lieu. Des hors-la-loi mais des seigneurs loin des crapules d’aujourd’hui, sanglants épiciers de la schnouf. Des hommes qui avaient tout de même une certaine mentalité… »

Pour être franc, ce romantisme de la canaille ou de la racaille ne m’inspire que du mépris, pas la moindre pitié. Les « Bat’d’Af », définitivement supprimés en 1972, auront eu plusieurs fonctions salutaires.
Primo – apprendre à des voyous, des petites frappes, des maquereaux, à se réinsérer en travaillant ;
secundo – protéger la société en internant des truands loin de la métropole ; tertio – leur faire payer leur dette en cassant des cailloux, ce qui n’encourage pas à la récidive. Je ne m’étendrais pas sur les raisons de la montée en puissance des vols, crimes et délits, mais une chose est certaine : ce n’est pas en faisant un simple « rappel à la loi », pas même en infligeant une amende qui ne sera jamais payée (ou une peine de prison assortie du sursis) à un jeune multirécidiviste qu’on lui enlèvera l’envie de recommencer. Notre Code pénal n’a pas besoin d’être revu, il suffirait que les juges – qui se prennent trop souvent pour des justiciers – appliquent les peines prévues par nos lois.
Les BILA étaient composés en grande majorité de soldats blancs de souche européenne donc ce n’est pas dans ces unités, pas plus que dans d’autres d’ailleurs, qu’on a utilisé des basanés comme « chair à canon ». Nos Tirailleurs, Tabors, Goumiers, nos troupes indigènes dans leur ensemble ont fourni de bons soldats, c’est indéniable, mais ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi.

En conclusion, je me demande si, compte tenu de l’augmentation de la délinquance – petite, moyenne ou criminelle – dans notre pays, il ne faudra pas, recréer les Bataillons d’Afrique.

Eric de VERDELHAN

1) – En fait ce terme englobait toutes les troupes noires d’Afrique.
2) – J’ai eu l’occasion, il y a bien longtemps, de visiter l’ancienne garnison de « Bat’d’Af », à Tataouine, dans le sud tunisien.
3) – « En passant par la portière » (« Il est là-bas en Algérie… »). Ceux qui ont eu le privilège de servir chez les paras connaissent ce chant.
4) – Chanson que certains auteurs attribuent à Aristide Bruant, ce qui est inexact : Bruant a écrit « Au Bat’d’Af » qui n’est pas le chant de marche des BILA.5) — « Les Bat’d’Af et les Travaux » d’André Nolat.
6) – Lire « de la merde à becter ».




Le naufrage de l’enseignement scientifique et technique compromet l’avenir de la France

Tribune de Yves Bréchet, physicien et membre de l’Académie des sciences, et de Joachim Le Floch-Imad, directeur de la Fondation Res Publica, publiée dans Le Figaro du vendredi 5 juin 2026.

S’il fallait une preuve supplémentaire de la chute libre du niveau scolaire des jeunes Français, une note publiée fin avril par la Direction de l’évaluation du ministère de l’Éducation nationale est venue la fournir. Elle établit que les résultats en sciences – physique-chimie, SVT et technologie – des élèves de troisième n’ont cessé de se dégrader depuis 2013. Ces chiffres s’ajoutent aux constats alarmants en mathématiques issus des évaluations nationales, qui montrent qu’un collégien sur deux ne maîtrise pas les automatismes élémentaires. L’étude Pisa révèle, pour sa part, qu’en vingt ans, le niveau en mathématiques des élèves de 15 ans a chuté de l’équivalent d’une année scolaire. Quant à TIMSS, elle classe les élèves français de CM1 derniers de l’Union européenne et, à l’échelle mondiale, derrière l’Azerbaïdjan et l’Albanie.

Bien sûr, des personnalités de tous horizons ont déjà alerté sur un sujet d’une gravité singulière dans un pays qui, jadis, tirait orgueil de voir la foule se presser au Panthéon pour contempler le pendule de Foucault démontrer la rotation de la Terre, tandis que la presse en faisait un événement national.
Des professeurs, des essayistes et des responsables politiques – avant d’arriver au pouvoir ou après l’avoir quitté – ont sonné le tocsin.
Des mathématiciens ont fait part de leur inquiétude, et l’ont parfois payé cher, à l’image du médaillé Fields Laurent Lafforgue, contraint de démissionner du Haut Conseil de l’éducation pour avoir dénoncé les responsabilités de la « Nomenklatura de l’Éducation nationale ».
De grands capitaines d’industrie sont montés au créneau : Louis Gallois, Patrice Caine, ainsi que le directeur général de Safran, Olivier Andriès.

Ces avertissements sont restés sans effet, si bien que la « crise de l’école », que notre classe dirigeante regarde avec indifférence, voire complaisance, s’est poursuivie à bas bruit, à la faveur d’un processus protéiforme : recul de l’exigence intellectuelle et de l’idéal méritocratique ; affaissement d’un corps social où l’amour des sciences a presque disparu ; pédagogies contestables et réformes délétères ; mépris de la technostructure ministérielle pour le corps enseignant ; mais aussi niveau insuffisant en mathématiques et en sciences d’une partie de celui-ci, la formation initiale n’en garantissant plus toujours la maîtrise et la formation continue ne parvenant pas à combler des lacunes qui conduisent certains instituteurs à les enseigner avec appréhension.

Une évidence s’impose : le naufrage de l’enseignement scientifique et technique compromet l’avenir de la nation en tout domaine.
Du point de vue, d’abord, de notre indispensable réindustrialisation, qui suppose que l’on forme davantage d’ouvriers qualifiés, de techniciens et d’ingénieurs – 100 000 de plus par an d’ici à 2035 selon l’Institut Montaigne – et que l’entrée sur le marché du travail soit plus précoce, ne serait-ce que pour augmenter le taux d’emploi des moins de 25 ans, inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne.
Du point de vue, ensuite, de la place future de la France dans la compétition internationale. Du rapport « Science : the Endless Frontier » publié en 1944 par Vannevar Bush aux travaux des économistes Eric Hanushek et Ludger Woessmann – selon lesquels 25 points supplémentaires à Pisa en mathématiques représenteraient, à l’horizon 2100, 30 % de PIB en plus -, tout montre que la prospérité, la productivité et l’innovation d’une nation dépendent de la qualité de son système éducatif.
Faut-il rappeler, enfin, l’importance des sciences et des mathématiques dans la formation de l’esprit critique et le développement de l’autonomie du jugement, socle sur lequel repose notre conception de la citoyenneté et de la souveraineté populaire ?

Aussi sombre que soit ce diagnostic, rien ne justifie de céder à la résignation. Des solutions existent pour réindustrialiser le pays, relever le défi écologique et orienter efficacement les jeunes vers des métiers plus conformes à leurs talents et aspirations que ceux auxquels peuvent conduire de longues études généralistes. Elles supposent néanmoins un virage à 180 degrés.
C’est d’abord l’image sociale dégradée des sciences qu’il faut restaurer afin d’en faire connaître la richesse et de susciter des vocations, en s’inspirant par exemple des ressources proposées et des actions menées dans les écoles par des initiatives comme MathAData ou
« La main à la pâte », redécouverte merveilleuse de la leçon de choses.
Comme le défend de longue date la Fondation Res Publica, l’Éducation nationale doit en outre renouer avec l’esprit des écoles normales d’instituteurs, où les savoirs disciplinaires occupaient une place centrale dans la formation des maîtres et où les scientifiques considéraient comme un devoir d’être impliqués, ce que nous rappelle le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson.

Dans le secondaire, il faut flécher davantage les jeunes Français vers les filières qui permettent de faire et d’agir sur le monde. Cela implique de revenir sur le dogme du collège unique au profit d’un collège modulaire, permettant à ceux qui le souhaitent une pré-orientation plus précoce vers la voie technique et l’apprentissage. La Suisse et l’Allemagne offrent à cet égard un modèle.
Qu’attendons-nous, en outre, pour refaire de la recherche une priorité nationale, du point de vue des investissements consentis comme de son articulation avec les logiques productives, et pour repenser en profondeur l’enseignement supérieur, où 36 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, contre 69 % au Royaume-Uni ? Puisque, comme le disait Georges Pompidou, « si l’université n’organise pas la sélection, la vie s’en chargera », une telle réforme exige une sélection plus rigoureuse à l’entrée, afin d’enrayer l’explosion des inscriptions et la dévaluation des diplômes – rupture qui gagnerait à aller de pair avec la création d’un « chèque formation », utilisable tout au long du parcours professionnel, pour (re)venir à l’université, actualiser ses compétences ou aider à se reconvertir. Elle suppose aussi un rééquilibrage des effectifs au profit des filières scientifiques, au détriment des sciences humaines saturées, où le risque de chômage à l’issue des études est deux fois plus élevé – paradoxe accablant pour le pays européen où le chômage des jeunes a justement le plus progressé l’an dernier.

Une telle feuille de route, non exhaustive, dessine, au-delà des demi-mesures palliatives, une refondation d’ensemble de notre système éducatif. Le chantier est immense. Il exige, face aux résistances politiques, administratives, syndicales et culturelles que l’on devine aisément, de la volonté, de la méthode et un cap clair, soit précisément ce qui fait défaut depuis des décennies. Mais c’est à ce prix que l’on pourra mettre fin à l’effondrement de l’enseignement scientifique et technique et relever les défis du XXIe siècle. Faute de quoi, le déclassement de la France se poursuivra et nous ne serons plus que les spectateurs d’un avenir qui s’écrira sans nous.

Yves BRECHET et Joachim LE FLOCH-IMAD
Le Figaro
5 juin 2026

Source photo bandeau : Pixabay




Arrangement de Narvik : vers des opérations nucléaires françaises en Arctique ?

Moins de trois mois après le discours de l’Île Longue du 2 mars 2026, dans lequel le président français a présenté le concept de dissuasion avancée impliquant huit États européens, l’initiative continue de convaincre des partenaires majeurs, avec l’entrée de la Norvège via l’Arrangement de Narvik, signé avec Paris le 27 mai 2026.

La dissuasion avancée est régulièrement présentée comme améliorant la résilience des forces stratégiques françaises par la dispersion sur une zone plus vaste que le seul territoire métropolitain.
Mais plus qu’une survivabilité accrue, c’est avant tout une porte d’accès à l’Arctique que pourrait offrir la Norvège aux Forces aériennes stratégiques (FAS).

En effet, l’arrivée d’Oslo dans l’initiative pourrait permettre de « désenclaver » la zone sur laquelle pourront évoluer les Rafale B des FAS. Si la Suède possède un vaste territoire permettant une dispersion des moyens sur de multiples terrains d’aviation, y compris sommaires, le pays est bordé au Nord, à l’Est et à l’Ouest par la Finlande et par la Norvège. Ainsi, seule une sortie par la mer Baltique était possible, sauf à violer l’espace aérien des pays limitrophes, tandis que le seul accès au territoire russe pouvait se faire via l’étroit golfe de Finlande, par lequel transitent régulièrement les appareils russes en route vers Kaliningrad.

Cette contrainte majeure est désormais levée puisque des appareils français déployés en Suède, mais également en Norvège, pourront sortir vers le Nord et ainsi avoir accès à un vaste ensemble de sites stratégiques russes, avec deux atouts majeurs : une plus grande réactivité, mais surtout une allonge bien plus importante.

La (presque) fin de la tyrannie des distances

De nombreuses cibles – principalement militaires – hautement stratégiques pour Moscou sont localisées dans le Nord-Ouest du pays. On peut par exemple citer :

  • Mourmansk et ses environs, accueillant la Flotte du Nord et ses sous-marins stratégiques ;
  • la base navale et le chantier naval militaire de Severodvinsk ;
  • le cosmodrome de Plesetsk, d’où sont lancés la très grande majorité des satellites militaires russes et qui est l’un des principaux sites d’essais pour les armements stratégiques ;
  • plusieurs radars d’alerte avancée antiaérienne et antimissiles nécessaires à la défense du territoire russe contre une attaque nucléaire états-unienne ;
  • ou encore la base aérienne d’Olenia, qui accueille de nombreux appareils, dont des bombardiers stratégiques.

Théoriquement, ces sites étaient d’ores et déjà atteignables par un raid nucléaire décollant depuis le territoire français. Cela nécessitait cependant au minimum un transit de plus de 2 000 km en traversant l’espace aérien de plusieurs États souverains. Un contour par la mer du Nord pouvait permettre d’éviter ces survols, au prix d’un allongement parfois important du transit.

Prépositionner des Rafale B des FAS au-delà du Cercle Polaire en Norvège ou en Suède raccourcirait drastiquement ce transit. Ainsi, un Rafale B décollant, par exemple, de la base aérienne norvégienne de Bardufoss n’aurait que quelques centaines de kilomètres à parcourir avant d’atteindre le point de tir de son missile de croisière supersonique à charge nucléaire ASMPA-R ciblant Mourmansk – dont la portée lui permet par ailleurs d’être tiré depuis l’intérieur de l’espace aérien norvégien. D’autres bases de desserrement encore plus proches sont également possibles. Outre un préavis extrêmement faible pour l’adversaire, cela permettrait également d’effectuer une mission sans ravitaillement en vol, diminuant significativement l’empreinte logistique du raid, donc sa visibilité.

Carte représentant les différents aérodromes militaires sur la péninsule scandinave ainsi que des exemples de cibles potentielles pour un raid nucléaire aéroporté. La ligne jaune représente le rayon franchissable théorique (5 000 km) maximal d’un raid depuis la base aérienne de Saint-Dizier dans l’Est de la France, tandis que la ligne rouge correspond à celui depuis la base aérienne norvégienne de Bardufoss. Source du fond de carte : Google Earth.

De multiples possibilités pour l’avertissement nucléaire

Outre ces sites hautement stratégiques, dont la destruction relèverait d’une possible atteinte aux intérêts vitaux russes et qui sont donc peu adaptés à une frappe d’avertissement, le Grand Nord russe regroupe un panel de cibles potentielles pour cet élément fondamental de la doctrine nucléaire française.

Action unique et non renouvelable, le tir d’avertissement est destiné à démontrer la détermination de la France, et au travers elle de ses alliés, à défendre ses intérêts vitaux, y compris au moyen d’armes nucléaires. Il nécessite un choix de cibles particulièrement calibré, puisque tirer sur une cible anodine pourrait montrer une hésitation des autorités françaises, signe potentiel de faiblesse, tandis que la destruction d’une cible trop stratégique ou causant de graves dommages collatéraux pourrait entraîner une sur-escalade dévastatrice. 

Or, un grand nombre de cibles isolées sont localisées dans l’Arctique russe, avec des risques de dommages collatéraux limités mais une importance économique, militaire ou politique significative pour Moscou, comme de nombreux sites liés à l’industrie pétrolière ou gazière, ou encore des sites militaires en Nouvelle-Zemble ou sur l’Archipel François-Joseph. 

Un tir sur le principal site d’essais nucléaires russe aurait par exemple un fort effet symbolique sans pour autant avoir d’importantes conséquences stratégiques à court terme. Il s’agirait par ailleurs d’une cible relativement aisée d’un point de vue opérationnel pour un raid décollant de Norvège ou de Suède, avec un transit d’environ 1 000 km uniquement au-dessus de la mer de Barents, avec pour seul adversaire la chasse russe ne pouvant être soutenue par la défense sol-air en raison de l’éloignement des côtes. On notera par ailleurs que la participation de chasseurs furtifs F-35A norvégiens ou de GRIPEN-E suédois en tant qu’escorte du raid faciliterait encore plus ce type d’action.

L’Extrême-Orient à portée du raid

Si la participation de la Norvège à l’initiative facilitera grandement l’atteinte des cibles dans le Nord-Ouest de l’Arctique, nombre d’entre elles étaient déjà atteignables par un raid nucléaire décollant du territoire français. Les FAS avaient en effet déjà démontré leur capacité à se projeter sur plus de 9 000 km en un vol sans escale, incluant une phase de pénétration très basse altitude / très haute vitesse. 

Cette allonge considérable, permise par plusieurs ravitaillements en vol, rapportée à un départ depuis le Grand Nord ouvre la voie au ciblage de sites stratégiques en Extrême-Orient russe, jusque-là inatteignables par un raid français.

Alors que les États-Unis restent l’adversaire systémique de la Russie, Moscou craint une attaque surprise désarmante et a construit en conséquence un réseau de bases en Arctique visant à détecter et si possible à contrer une telle action hostile. La plupart de ces bases se retrouvent désormais à portée des Rafale B des FAS, y compris, théoriquement, l’aérodrome militaire d’Anadyr-Ugolny, point d’appui le plus oriental du dispositif russe dans l’Arctique. Or, en cas d’échange nucléaire, les forces stratégiques françaises, et possiblement britanniques, seraient à même d’infliger des dégâts colossaux à la Russie, la rendant vulnérable à une action prédatrice d’une autre puissance nucléaire, même en cas de victoire à la Pyrrhus sur Paris.

Cette agression d’opportunité serait d’autant plus facilitée par la neutralisation du réseau d’alerte avancée protégeant le flanc Nord de la Russie. Ainsi, la possibilité de prépositionner les FAS dans le Nord de la Suède ou de la Norvège fait peser une épée de Damoclès sur plusieurs de ces bases jusqu’à présent hors d’atteinte du raid et justifiant difficilement l’allocation d’un missile balistique M51. L’ouverture de ce domaine d’évolution en Arctique augmente donc les risques de dommages inacceptables encourus par la Russie, en raison d’une plus grande vulnérabilité à une seconde attaque par un acteur tiers, augmentant par conséquent un peu plus le pouvoir dissuasif de l’arsenal français.

En attendant la participation de la Finlande…

Dans la foulée de la signature des accords de Narvik, la Finlande a annoncé évaluer l’intérêt de la dissuasion nucléaire française, en complément de celle de l’OTAN. En cas d’aboutissement des négociations, la participation de la Finlande à l’initiative sur la dissuasion avancée aurait une portée similaire à celle de la Norvège. Elle rendrait vulnérable une part significative du flanc Ouest de la Russie, avec laquelle Helsinki partage plus de 1 300 km de frontière, ouvrant de nouveaux points d’entrée possibles du raid, voire uniquement du ou des missiles ASMPA-R, un certain nombre de cibles potentielles se trouvant à portée de tir depuis l’intérieur même du territoire finlandais.

Toute la péninsule scandinave deviendrait alors un terrain de déploiement et d’opérations des forces stratégiques françaises, complexifiant drastiquement la planification de la défense antiaérienne et antimissile russe en cas de conflit menaçant un État allié de la France, forçant à une dispersion des moyens de défense sur l’ensemble du flanc Nord et Nord-Ouest de la Russie. Resterait alors à convaincre les États baltes de rejoindre l’initiative, dont l’espace aérien permettrait de faire la jonction avec la Pologne.

Etienne MARCUZ
Note de la FRS n°16/2026
4 juin 2026

Source de la photo bandeau : Groupe Dassault