Souveraineté : Quand la France finance sa dépendance numérique

Le 31 octobre dernier, la Cour des comptes a publié un rapport critique sur « les enjeux de souveraineté des systèmes d’information civils de l’État ». Elle y pointe les clouds interministériels sous-utilisés, la dépendance aux géants américains, les ministères en ordre dispersé et, plus généralement, l’absence d’une stratégie globale et cohérente.

Mais ce diagnostic va au-delà : il met en lumière la fragmentation et l’absence de coordination qui caractérisent la politique numérique française depuis 2017. La stratégie étatiste et centralisée d’Emmanuel Macron, fondée sur la dépense publique et la régulation, a accru la dépendance technologique de la France vis-à-vis des géants numériques étrangers sans pour autant faire émerger un écosystème numérique national.

Une e-administration éclatée

Le pays cumule une réglementation qui enfle sans cesse, une administration en augmentation constante et des programmes juxtaposés sans doctrine d’ensemble. La France légifère plus qu’elle n’anticipe, régule davantage qu’elle ne produit et numérise son administration sans la rationaliser.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, l’administration en charge du numérique s’est hypertrophiée et les structures se sont multipliées  (DINUM, France Num, Infranum, MedNum, Agence de l’innovation de défense, Campus Cyber, French Tech, Bpifrance Numérique, etc.) mais il n’existe toujours pas de ministre de plein exercice pour un secteur qui représente près de 20 % du PIB mondial et 35 % de la capitalisation boursière mondiale. Cette inflation institutionnelle entretient l’illusion d’une mobilisation permanente. L’État multiplie labels, comités et observatoires mais reste sans boussole. Résultat : une e-administration éclatée où la complexité a remplacé l’efficacité. Le classement des Nations unies sur le développement des administrations numériques illustre cette dégradation : la France est passée de la 10ᵉ place en 2016 à la 34ᵉ en 2024.

Millefeuille normatif indigeste

La régulation du secteur numérique suit la même logique. En cinq ans, les règlements et directives européens se sont multipliés : RGPD, DSA, DMA, Data Act, NIS 2, IA Act, Cyber Resilience Act, etc. Autant de textes formant un millefeuille normatif indigeste. Mais la France ne se contente pas d’appliquer les normes européennes, elle les surtranspose systématiquement.

Le droit français est devenu une forteresse réglementaire dans laquelle s’empilent lois, décrets et circulaires supplémentaires et se créent de nouvelles autorités de contrôle. Les start-ups et PME françaises supportent presque les mêmes contraintes que les GAFAM sans disposer, évidemment, de leur puissance financière. L’Union européenne, qui se voulait puissance économique, est devenue un modèle d’impuissance organisée pour ses États membres.

Acheteur non-stratège

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la surtransposition s’est également appliquée à la commande publique. L’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’OMC, combiné au droit européen de la concurrence, a privé l’État de tout levier permettant de protéger et de développer notre écosystème numérique. Transposés avec un zèle particulier dans le code de la commande publique en 2019, ces textes interdisent toute préférence industrielle et privent les entreprises françaises de débouchés stratégiques. Les 200 à 400 milliards d’euros annuels de commande publique (selon les méthodes de calculs) sont ainsi gérés dans un cadre juridiquement neutralisé, dans lequel la logique de concurrence prime sur celle de la puissance publique. Cette vision, à rebours de celle des grandes puissances numériques mondiales, est suicidaire.

Les plateformes d’achat public amplifient mécaniquement le phénomène en favorisant les géants numériques, bien plus à même de répondre à leurs cahiers des charges que les PME et TPE françaises. Les principaux prestataires de services de l’État — matériel informatique, hébergement, bureautique, maintenance, logiciels — sont étrangers ou adossés à des licences étrangères. La dématérialisation, censée renforcer la souveraineté, a externalisé la maîtrise technique et budgétaire de l’administration. L’État se comporte désormais en acheteur, non en stratège : il sous-traite ce qu’il ne sait plus concevoir et achète la dépendance qu’il prétend combattre. Le résultat est simple : l’argent public finance le développement des géants du numérique étrangers.

Investissement… étranger

Cette logique de transfert se vérifie aussi dans la politique publique d’investissement. La « Stratégie nationale pour le cloud », lancée en 2021 et censée bâtir une offre souveraine, a en réalité consacré la domination des infrastructures étrangères : le label « cloud de confiance » a ainsi permis aux opérateurs américains d’obtenir un agrément sans obligation de localisation ni autonomie technologique, tandis que le projet Bleu (Orange-Capgemini sous licence Azure) a figé cette dépendance sous la forme d’un partenariat public-privé asymétrique.

Trois ans plus tard, le même scénario se reproduit avec l’intelligence artificielle : les 109 milliards d’euros annoncés en 2025 par le président Macron pour faire de la France un « leader européen de l’IA » reposent sur des capitaux majoritairement étrangers — émiratis, canadiens, américains et chinois. Le futur campus d’IA de Seine-et-Marne, financé par le fonds MGX, concentrera sur le sol français des infrastructures sous pavillon extérieur, prolongeant le modèle du cloud de confiance.

La France compte bien 322 centres de données, ce qui la place au sixième rang mondial, mais la majorité des nouvelles capacités sont pilotées par des groupes étrangers. Elle accueille les infrastructures mais ne possède ni les technologies ni la valeur ajoutée. Du cloud à l’IA, le même modèle se reproduit : l’État investit au profit d’entreprises étrangères sans contreparties technologiques et aggrave son propre déclin industriel et numérique.

Nous vivons un paradoxe absolu : pendant que les discours sur la souveraineté numérique et la réindustrialisation se multiplient, la France continue d’appliquer des règles qui rendent ces objectifs inatteignables. Elle a multiplié les structures, empilé les normes, est passée de propriétaire à locataire de son propre écosystème numérique, et a neutralisé sa commande publique tout en affirmant vouloir devenir un leader mondial du numérique. Résultat : la France finance sa propre dépendance numérique.

Cyrille DALMONT
Directeur de recherche à l’Institut Thomas More
Article publié dans Le Point et sur le site de l’Institut Thomas More
28 novembre 2025
Vient de publier le rapport Politique numérique d’Emmanuel Macron : le bilan




Nouvelle revue “Services Spéciaux” : Défendre la souveraineté : le combat de notre avenir

La revue de rentrée de l’AASSDN parait alors que l’Europe découvre la réalité d’une Amérique qui impose sa vision manichéenne du monde tant pour la paix que pour l’économie. L’Union européenne qui a laissé passer sa chance alors qu’elle était globalement la première économie du monde et une puissance géopolitique majeure se retrouve marginalisée et étale son impuissance. Les déclarations volontaristes de nos dirigeants ne sont plus que des paroles qui s’envolent dans le vent d’un monde qui change car le vrai pouvoir est dorénavant ailleurs.

Pour faire face à cette situation notre pays doit mettre toute son énergie pour s’adapter à ce qui a toujours fait sa force : l’affirmation de sa souveraineté et des valeurs qu’il a sans cesse cultivées.
Dans les années 60, le général de Gaulle s’en était servi pour affirmer notre spécificité et c’est dorénavant le devoir de tous d’y contribuer pour construire l’avenir de nos enfants. Les membres actifs de l’AASSDN, fonctionnaires civils ou militaires ont servi leur pays, quelle que soit la couleur politique des dirigeants de l’époque, car ils travaillaient pour la France éternelle et ce qu’elle représente. Aujourd’hui nous devons être des ambassadeurs de ces valeurs auprès de nos concitoyens de tous âges, qui les ont oubliées sous la pression des modes, du laxisme ambiant, et des idées venues d’ailleurs.

Voyant nos principes malmenés pour des motifs divers, nous avons le devoir de contribuer à faire connaitre les analyses de nos camarades de tous bords. Dans nos métiers, nous avons appris à ne pas faire confiance à l’idée qu’on impose, cette pensée unique issue de l’influence, qui nous éloigne de la vérité. Il faut savoir regarder le dessous des cartes. A côté de notre devoir de mémoire, c’est le but de cette revue et son seul objectif à travers des articles factuels et documentés.

L’été a vu disparaitre deux figures de notre monde de l’ombre. Le colonel Grué, ancien Directeur du renseignement du SDECE et combattant d’exception qui avait si bien écrit sur son long séjour comme prisonnier dans le camp n°1 des vietminhs. Vous découvrirez que ce légionnaire, par son humilité, sa ténacité, et son esprit d’ouverture, était un exemple pour nous tous. Eric Denécé, que nous avions accueilli au Congrès de Bon-Encontre, était un des meilleurs connaisseurs du renseignement sur lequel il avait écrit près de 30 livres. Disposant d’un réseau international impressionnant, il savait beaucoup de choses et n’avait pas peur de les écrire. C’est sans doute de ce côté-là qu’il faut chercher les raisons de sa disparition brutale.

Après le numéro spécial de 2025 sur la désinformation, nous commençons à mettre en chantier le numéro spécial qui sortira pour le Congrès de Granville. Le thème choisi, pour intéresser tout le monde, est l’influence mondiale, une ambition française. Nous y parlerons également de l’homme du renseignement que nous souhaitons mettre en valeur. Après André Sérot ce sera le colonel Fille Lambie, dit Morlanne, qui fut, entre autres réussites, le créateur du Service Action. Si nos moyens le permettent, nous voudrions faire un film sur lui, comme nous l’avons fait pour d’autres ; mais cela coûte cher

Vous avez tous accueilli avec des commentaires élogieux notre revue mais vous vous doutez qu’elle a un surcoût par rapport à l’ancien bulletin. Vous avez également apprécié notre film mémoriel sur le colonel Sérot qui représente un lourd investissement. C’est pourquoi, au-delà des cotisations, nous avons besoin de dons, qui sont partiellement déductibles des impôts, par des membres ou des amis, et recherchons des partenaires, pour des pages de publicité, afin de continuer à financer ces projets.

Je compte sur chacun de vous et vous souhaite une excellente lecture.

Alain JUILLET
Président de l’AASSDN

Extrait de la revue et sommaire




Volaille importée du Mercosur : le sacrifice du monde rural sur l’autel du libre-échange

Les agriculteurs se mobilisent à nouveau contre le projet d’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Derrière l’importation de produits étrangers aux normes contradictoires, c’est un modèle de vie qui est en jeu, explique notre chroniqueur Jean-Étienne Rime.

Pauvre poulet ! On le mange à toutes les sauces et sous toutes les formes : salade César, nuggets, filets et même jambon, rillettes ou saucisses de volailles. Il se trouve dans tous les supermarchés, présenté de mille façons. Il est à la carte des restaurants les plus huppés et des spécialistes de burgers qui l’accommode à coups de crèmes sucrées et autres condiments. Il a été la nourriture de base des athlètes et leurs accompagnants aux Jeux olympiques de l’an dernier, nourriture consensuelle s’il en est et appréciée de tous les continents, toutes les religions ou convictions à l’exception des végétariens, végétaliens et autres adeptes du renoncement à la viande animale.

Des normes exigeantes

D’où vient ce poulet ? Bonne question en effet ; une grande majorité de consommateurs ne font pas le lien entre ce morceau de viande emballé dans un film plastique ou enroulé dans une panure croustillante, et l’animal qui vit huit semaines — douze pour les poulets fermiers qui pourtant sort bien d’un élevage qualifié d’”industriel” par ses détracteurs. C’est vrai, ce système n’est pas idéal mais l’on ne peut guère revenir à ce qui se faisait autrefois avec le poulailler de la ferme et ses volailles qui mangeaient restes alimentaires et vers de terre, car notre gallinacé est omnivore. 

Qui accepterait d’élever ainsi quelques volatiles et qui accepterait de payer trois ou quatre fois le prix pour être certain d’avoir un vrai poulet de ferme ? Personne. Les éleveurs se sont adaptés, ils ont créé des conditions d’élevage plus respectueuses de l’animal avec des parcours extérieurs par exemple, une limite du nombre d’animaux, mais pour une production qui reste à grande échelle. Les fermiers de notre temps sont attentifs à la santé et au bien-être de leurs animaux, condition essentielle pour que leur croissance se déroule bien. Ils sont aussi des investisseurs, ils nourrissent la vie locale : fournisseurs d’aliments, vétérinaires, installateurs de bâtiments et artisans de la maintenance. Ils produisent français, dans des normes infiniment plus exigeantes que celles pratiquées ailleurs et mettent dans nos assiettes des produits sains, sûrs et bons.

La folie du Mercosur

Oui, mais voilà. Si l’industrie française s’est externalisée à l’autre bout du monde au prétexte de la mondialisation, l’agriculture française et particulièrement l’élevage risquent de subir le même sort, pour tenter de sauver la construction aéronautique ou un autre pan de notre économie. Le poulet va venir du Brésil ou des pays d’Amérique du Sud, ceux qui déforestent pour semer du soja ou produire de l’huile de palme. Nous n’aurons plus aucune garantie sanitaire sauf celles décrétées par des administrations locales laxistes ; les questions de bien-être animal seront biffées d’un trait sans appel, l’écologie idem, sans parler des dépenses d’énergie liées aux transports longs, à la congélation, bref, tout ce qui ne fait pas le bien du consommateur.

Le poulet ne sera pas le seul élevage concerné ; bœuf et porc seront importés aussi de ces pays sans contrôle pour être vendus à bas prix en Europe. La folie du Mercosur est portée par des technocrates totalement déconnectés des réalités rurales, qui veulent réglementer, contraindre et faire plier plus encore une profession qui souffre alors qu’elle est essentielle et porte de si belles valeurs ancestrales et modernes à la fois. Ils annoncent des garanties, des volumes limités d’importation auxquels eux-mêmes ne croient pas. On a fait de même pour l’industrie et l’on voit le résultat.

Le terreau d’un style de vie

Nous avions la chance en France d’avoir une agriculture variée, d’une incroyable qualité et surtout excédentaire. Ce n’est plus le cas. Les paysans sont à la fois idéalisés et conspués, ils sont pourtant les tenants du conçu et produit et en France. Ils sont à l’amont d’emplois, non délocalisables et essentiels à nos campagnes. Ils sont les garants du goût, de la santé, de ce qui fait une richesse incomparable de notre pays, la gastronomie. Les agriculteurs ont manifesté ce 26 septembre, ils recommenceront dans une certaine indifférence. Nous sommes tous concernés. À travers ces mouvements, ce ne sont pas les seuls exploitants agricoles qui s’expriment mais toute la France attachée à un modèle rural, à une production variée qui se retrouve sur nos tables, celles du goût, celles de tous les jours à la cantine ou à l’hôpital, celle des fêtes et des rencontres de la famille et des amis. La production agricole française est le terreau d’un style de vie, préservons-là et mieux encourageons-là, soyons solidaires de ces paysans, ces éleveurs passionnés et passionnants, indispensables à notre pays.

Jean-Étienne RIME
Site : ALETEIA
29 septembre 2025




Le dilemme européen en Ukraine : préparer la paix ou alimenter la guerre industrielle ?

Il n’est actuellement question que « d’accords de sécurité ». Le professeur américain Jeffrey Sachs dans un très intéressant article montre que «…cette expression familière confond deux notions très différentes : le besoin légitime des grandes puissances d’empêcher un encerclement hostile et la prétention illégitime des grandes puissances à s’ingérer dans les affaires intérieures d’États plus faibles. La première notion est mieux décrite comme une sphère de sécurité, la seconde comme une sphère d’influence. ».

Reconnaître cette distinction est plus qu’une question de sémantique. Cela permet de clarifier ce qui doit être accepté comme légitime dans la politique mondiale et ce à quoi il faut s’opposer. Elle aide également à réévaluer des doctrines historiques telles que la doctrine Monroe et sa réinterprétation ultérieure dans le corollaire Roosevelt, et elle éclaire les débats contemporains entre la Russie et la Chine d’un côté, et les États-Unis de l’autre concernant la sécurité nationale. Enfin, elle pointe vers la neutralité comme politique pratique pour les petits États pris entre les grandes puissances : la neutralité respecte les préoccupations sécuritaires de leurs puissants voisins sans se soumettre à leur domination ou à leur sphère d’influence.

En termes plus simples, il s’agit d’établir ou de rétablir la confiance : la rencontre Trump-Poutine peut être considérée comme allant dans le bon sens : on se parle. Traiter Poutine d’ogre ne sert pas à améliorer le climat.

Le conflit russo-ukrainien, pour le limiter au champ de bataille, semble être entré dans une phase terminale, sans pour autant que soit désigné un vainqueur et un vaincu. Les enjeux sont en effet beaucoup plus vastes que le seul terrain conquis. Un des aspects d’une éventuelle « victoire » ukrainienne serait d’y avoir gagné ce qu’on appelle des « garanties de sécurité ».

Mais une grande confusion règne à ce sujet. Fondamentalement, elles devraient assurer la paix dans cette partie de l’Europe. Mais la notion de « force de réassurance » inventée par le Président Macron augmente ces confusions et fait oublier, me semble-t-il, l’essentiel.

La première question à se poser est : qui a besoin de garanties de sécurité ?

Revenons brièvement sur les causes de la situation actuelle.

On notera en préambule que la Russie souhaite tout particulièrement régler le problème des causes qui l’ont amené à déclencher cette SMO (opération militaire spéciale).

Depuis la fin de la guerre froide, les USA, (et le clan « néocon » qui a pris le pouvoir au sein du département d’Etat) prônent une stratégie visant à tout faire pour protéger la suprématie, alors incontestable, des USA, en empêchant l’émergence de tout concurrent. Parmi les concurrents potentiels de l’époque (années 90), la Russie d’après Eltsine, l’Europe, et surtout la conjonction Europe-Russie.

On connaît les écrits et déclarations des conseillers successifs (Zbigniew Brezinski, Paul Wolfowitz, Richard Perle), et de la Rand Corporation et son scénario réaliste prévoyant des jours sombres pour l’Ukraine, etc. A la seule fin d’éliminer un concurrent potentiel, ces politiques ont mis en musique les mesures à prendre contre l’Europe et contre la Russie, à base de sanctions économiques, financières, énergétiques. Mais ces mesures se révélant inefficaces, c’est l’utilisation de l’Ukraine comme proxy contre la Russie qui a été l’option choisie. D’où le coup de force de Maïdan[1]

Cet évènement va de fil en aiguille envenimer les relations, but justement visé par les « néocons » américains. Tout cela est assez bien documenté pour ne pas en dire plus. Les dirigeants russes qui lisent les textes néocons comme tout le monde, assistant au renforcement de l’armée ukrainienne, n’ont eu de cesse de demander une réunion pour construire un cadre de sécurité en Europe, qui respecterait ce qu’ils estimaient nécessaire à leur sécurité et qu’ils croyaient conforme à ce qui avait été accordé « oralement ? » par diverses autorités occidentales dans le passé. Ces demandes n’ont pas reçu de réponse, voire ont été considérées avec mépris. C’est cette « négligence » et la protection des russophones de l’Est ukrainien, qui a amené les russes à déclencher l’Opération Militaire Spéciale, action, tout le monde le reconnaît, parfaitement contraire aux règles internationales.

Sans pour autant la justifier, Trump a même reconnu comprendre la réaction Russe.

On connaît la suite : les difficultés de l’armée russe à se mettre en ordre de bataille, avec de petits effectifs contre une armée plus nombreuse et bien armée, les objectifs définis par Poutine, démilitariser, et dénazifier l’Ukraine… Contrairement à ce qu’ont compris de nombreux observateurs occidentaux, il ne s’est jamais agi de conquérir toute l’Ukraine. L’armée russe n’a jamais eu pour mission de conquérir du terrain. Il s‘agissait, de détruire l’armée ukrainienne (attrition), et au fur et à mesure des progrès de l’installation de réseaux russes en Ukraine capables de désigner les objectifs, de détruire et rendre ainsi inutile l’aide occidentale, en appauvrissant les pays donateurs, eux-mêmes en difficulté.

L’observateur impartial ne peut que constater que, pour le moment, l’objectif visé au départ par l’administration néocon de Biden, qui était de s’en prendre à l’économie russe afin de mobiliser les foules en colère contre Poutine pour le renverser, n’a pas fonctionné (cf. Biden lors de son dernier voyage à Kiev). Considérant l’Ukraine comme un vrai proxy, que Biden a toujours refusé de vraiment armer, craignant une réaction trop vive de la Russie, la consigne donnée est : « Continuez à tuer du Russe ».

Pour la Russie, le problème de la fin de la phase actuelle, ne peut se régler qu’avec la nouvelle administration américaine, en reprenant le dialogue interrompu en février 2022, en vue de statuer sur le cadre de sécurité en Europe, la fin des sanctions et éventuellement la fin des opérations sur le terrain, celles-ci dictant le sort de l’Ukraine. Contrairement à ce que propose une propagande facile (il est plus facile de haïr un seul homme), Poutine n’est pas seul à décider : c’est l’Armée russe, ses chefs et le poids de l’état-major, qui décident de l’objectif final, qui est de laisser les armes sur le terrain décider de l’issue du conflit.

Les garanties pour la Russie

Pour la Russie encore, il est essentiel d’obtenir que les garanties accordées par la signature d’un accord, assurent sa sécurité contre ce qui pourrait être la poursuite d’une lutte hybride par des éléments incontrôlés, alimentés par des pays européens mécontents, ou par des réseaux néocons (CIA hors contrôle, Deep state attendant le départ de Trump, UE, cf. les déclarations de Kaja Kallas responsable de la politique étrangère de l’UE, Estonienne, qui demande encore et toujours le démembrement de la Russie, etc.).

Poutine a déclaré qu’il voulait la paix, pour permettre à la Russie de reprendre sa marche vers le progrès, etc., toute déclaration ne pouvant que nourrir la poursuite des objectifs initiaux des néocons toujours à l’affût. Car Trump, après des débuts tonitruants et sans doute peu efficaces se retrouve, peut-être malade (?), enlisé entre la crainte de perdre son électorat MAGA, de se faire doubler par des amis Républicains mal intentionnés (Lindsay Graham), et les propres contradictions de son programme (a-t-il d’ailleurs un programme cohérent ? Ainsi sa politique douanière vis-à vis de l’Inde qui vient de pousser ce pays, pourtant ami de l’Ouest, dans le camp rassemblé à Pékin). Ou bien, d’après certaines sources, enlisé par divers lobbies qui risquent de l’emmener et nous emmener dans des guerres qu’il ne veut pas (d’après des observateurs sérieux, le Mossad tiendrait Trump par des Kompromats fournis en son temps par son agent Epstein…) comme la reprise de la guerre contre l’Iran annoncée pour octobre (les médias ont parlé de rassemblement d’avions et de ravitailleurs US vers le Proche-Orient.)

Les garanties pour les Etats-Unis

Les USA (ou Trump) ont eux aussi besoin de garanties de sécurité : Trump a besoin de transformer la défaite de la stratégie de Biden en victoire pour lui-même: Steve Witkoff, envoyé spécial des EU au Moyen-Orient, aurait demandé lors de sa première rencontre avec les Russes à Ryad, de ne rien faire qui puisse accélérer la dédollarisation de l’économie mondiale entreprise par les BRICS. Au sein du camp atlantiste (néocons + européens de EU + 3 ), Trump doit s’assurer de ne pas être traité de traitre lorsqu’il devra mener la seule politique efficace pour mettre un terme à la tuerie : arrêter les livraisons d‘armes et d’argent, et retirer les conseillers de la CIA en poste dans l’armée ukrainienne. C’est ce qu’il comptait faire dès le début de son mandat, mais les Européens l’en ont empêché. Enfin avoir l’assurance que les fonds de pension US qui posséderaient déjà 20% des terres cultivables (en Ukraine) puissent continuer à assurer le financement des retraités qui ont voté MAGA .

Donald Trump, qui reste une énigme en tant que président, a besoin de sécurité pour rester en vie : un coup à la JFK est vite arrivé, une tentative a déjà été menée. Son grand projet géopolitique semble être de régler par des « deal», les relations avec la Russie et la Chine, ce qui apparait ni plus ni moins comme un partage des zones d’influence.

 Des rumeurs – ou des fuites aux meilleures sources – toutes récentes, font état d’un projet d’une nouvelle stratégie de défense nationale qui placerait les missions nationales et régionales au-dessus de la lutte contre les adversaires traditionnels que constituent Pékin et Moscou.

Au-delà des rumeurs, il y a des faits : Au tout début du mois de septembre, des personnes proches du dossier ont révélé que des responsables du Pentagone ont informé les diplomates européens que les États-Unis ne financeraient plus les programmes de formation et d’équipement des armées des pays d’Europe de l’Est, qui se trouveraient en première ligne en cas de conflit avec la Russie. Par ailleurs, Trump a invité Poutine et Xi au prochain G20 qui se tiendra en 2026 aux USA. Au plan intérieur, il a lancé une initiative visant à placer les villes américaines en proie à la criminalité et au dysfonctionnement, sous la tutelle de l’armée et de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Cette disposition ne manquera pas de voir s’élever une très forte opposition de la part de l’Etat Profond, néocons bipartisans, CIA malgré la purge menée par Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national américain, mais aussi de la part des pays européens engagés dans une lutte contre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien. Pour le moment, pour calmer ces oppositions, il louvoie, entre les nouvelles sanctions ou menaces contre Poutine, ( – Père, gardez-vous à droite, – ), et des promesses vagues d’aide aux efforts européens ( – Père , gardez-vous gauche– ). L’interprétation de ces faits dépend de Trump : agit-il dans la plus grande improvisation, ou bien, avec ses outrances et ses foucades, se trace-t-il un chemin vers ce qui devrait être une Paix ? …évitant les provocations, fake-attaques,etc .. montées par ses amis et alliés pour l’empêcher de poursuivre ses propres objectifs.

Des garanties pour l’Ukraine

L’Ukraine, ou ce qu’il en restera, doit bien sûr obtenir toutes les garanties que peut recevoir une nation vaincue : on n’en est pas encore là. Des Ukrainiens vont encore se faire tuer (pas ceux qui vont profiter de la dernière autorisation de quitter librement le pays, Zelensky préférant voir sa jeunesse à l’étranger que manifester dans les rues contre le gouvernement).

Parmi les garanties à lui donner :

  • Un système permettant de contrôler les groupes nationalistes qui pourraient vouloir continuer à jouer les proxy au profit des néocons US en lançant une guerre clandestine sur le territoire russe, ce qui pourrait provoquer des réactions de la Russie contre les bases de départ de ces raids ;
  • Des garanties pour les populations restées en territoire occupé, soit pour rejoindre le territoire ukrainien, soit pour conserver leur culture, leur langue, etc.
  • Dans le même esprit, autoriser les visites entre familles de part et d’autre de la nouvelle frontière (éviter les séparations qui ont été provoquées par le Mur de Berlin)
  • Des garanties de recevoir l’énergie nécessaire à partir des centrales nucléaires en territoire occupé ou du gaz russe.
  • Des garanties contre d’éventuelles incursions russes, garanties assurées par des commissions (d’armistice) du type de celles installées en France pendant la dernière guerre, commissions ukrainiennes installées près des plus importantes garnisons en Russie et commissions russes installées en Ukraine etc.

Des garanties pour l’Europe

Enfin, l’Europe doit recevoir aussi des garanties :

Celles-ci devraient lui assurer les conditions favorables à la résolution d’une part de la crise économique autrement qu’en développant une industrie d’armement et de préparation à la guerre, moyen historique pour les élites de résoudre les crises, et d’autre part de la crise structurelle qu’elle traverse, en reprenant dès que possible contact avec la Russie. A cette fin, il lui faudra sans doute changer une partie du personnel politique européen trop impliqué, non dans le soutien à l’Ukraine, mais dans la poursuite de la destruction de la Russie. Dans cet objectif, elle pourrait puiser dans son passé et prendre exemple sur l’instauration de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Celle-ci, entrée en vigueur en juillet 1952 pour une durée de cinquante ans, avait créé les bases d’une démocratie européenne et le développement actuel de l’Union. Sur proposition du ministre des AE Robert Schuman, elle devait empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne, la guerre étant rendue « non seulement impensable mais aussi matériellement impossible ».

Ces garanties devraient lui assurer aussi de désinstaller tous les motifs de crises futures : référendum pour les minorités plus ou moins brimées, comme les Hongrois, les Polonais d’Ukraine, révision des mesures ayant mis fin à la crise des Balkans en particulier, et ayant engendré un certain nombre de problèmes, dont l’installation d’un islamisme radical, dont il faudrait neutraliser les têtes de pont.

Et l’OTAN ?

Reste le problème de l’OTAN, plus exactement de l’utilité de l’OTAN, une fois que les USA se seront retirés (partiellement) d’Europe. L’organisation pourrait avoir un réflexe de survie, et temporiser jusqu’au départ de Donald Trump, en attendant un chef sérieux qui trouvera bien le moyen de recréer une méga crise.

A ce stade, et pour répondre à la question du jour, posée récemment par Pierre Lellouche sur Europe 1, le président Macron propose de préparer, avec un certain nombre de partenaires qu’il a, semble-t-il, convaincus, une force qui serait déployée après un traité de paix.

Ce projet présente trois difficultés :

En premier lieu, un problème d’effectif : les forces européennes disponibles sont peu nombreuses : quelques milliers d’hommes, quinze à vingt mille au mieux, essentiellement Français et Britanniques. Mais surtout, il faudrait les protéger, car il est hors de question qu’un soldat d’Europe occidentale soit tué au cours de ce conflit en Europe orientale, lors d’une attaque russe. Ils ont donc besoin d’une couverture aérienne, qui ne peut être qu’américaine, du renseignement américain, le plus performant, et de la logistique américaine, la plus solide. Sur ce sujet, Donald Trump est très réticent. Il est d’une grande prudence et encore très vague dans ses intentions.

En deuxième lieu, l’inévitable opposition russe à ce projet : un des objectifs de cette malheureuse Opération militaire spéciale, était d’empêcher l’Ukraine de rejoindre l’Otan. Si on fait rentrer des soldats de pays de l’OTAN en Ukraine, on fait rentrer l’OTAN par la fenêtre. Les Russes n’en veulent donc évidemment pas.

Enfin, la division des Européens eux-mêmes est un réel handicap. En Allemagne, on souhaite que ce projet passe au Bundestag. Or les socialistes sont contre. Il n’y a pas de majorité pour aller en Ukraine. En Italie, Matteo Salvini, vice-président du conseil des ministres, est contre. Donc, Georgia Meloni enchaine : « Nous n’irons pas au sol en Ukraine ». Les Polonais, pourtant voisins, s’y refusent également. Ne restent que les Français et les Britanniques. On notera aussi que le secrétaire de général de l’OTAN, Mark Rutte, ancien Premier ministre néerlandais, très allant, voudrait qu’on envoie tout de suite des forces en Ukraine, et donc qu’on participe directement à la guerre….

Dans cette grande confusion, au milieu de tant d’incertitudes, les armées européennes ne sont ni prêtes, ni près à se déployer en Ukraine.

Cet environnement donne au président Macron l’occasion de multiplier les sommets, de faire oublier la profonde crise politique et économique que traverse la France, en particulier : l’incapacité de l’Assemblée à voter un budget, entrainant la démission du Premier ministre, faute de majorité de soutien. La presse étrangère (Financial Times) évoque l’inconscience[2] [1] du Président Macron ou la recherche d’une diversion politique.

On peut imaginer que tous ces grands chefs sont mal renseignés, prenant leurs sources chez les Ukrainiens (pour eux les Russes ne savent pas se battre, les valeureux Ukrainiens mènent l’offensive, la victoire est possible, la chute de Poutine, « encore une minute Monsieur le bourreau … »). Cette hypothèse est (elle) réaliste ?

Ou bien tout le monde sait que la messe est dite, et on se comporte comme sur le Titanic, on multiplie les réunions, les repas, les embrassades avec tapes dans le dos du grand héros, ce qui permet à chacun de ces chefs d’Etat à mauvaise côte de popularité de durer, en attendant eux-aussi que Trump se casse ou soit cassé, pour reprendre le train-train ou marcher vers « enfin une vraie guerre sans empêcheur de faire la paix en rond ».

On pourrait en dire beaucoup plus, mais je pense que ce qui précède démontre que la « guerre » contre la Russie est tout aussi fantaisiste que les autres exemples de folie symbolique décrits ci-dessus. La difficulté, et peut-être le danger, vient du fait que les gouvernements ont effectivement le pouvoir de lancer des opérations de ce type, ou du moins d’essayer, et peuvent se persuader, par désespoir, qu’ils pourraient réussir. M. Macron a montré des signes inquiétants de ce type de réflexion ces dernières semaines, et le gouvernement français semble désormais préparer les hôpitaux à accueillir des centaines de milliers de victimes d’une future guerre. Nous avons besoin des hommes en blouse blanche.

Patrick FERRANT
Guerre en Ukraine : Les garanties de sécurité, opinion
Administrateur honoraire de l’AASSDN


[1] A ce sujet, Andriy Paroubiy, chef nationaliste et chef des snippers qui avaient tiré, lors de la Révolution de Maïdan sur la foule et sur la police, vient d’être abattu d’une balle dans la nuque à Lvov, par un Ukrainien mécontent .

[2] 2025 09 03 Blog Aurélien La guerre à notre époque




Equipement lutte anti-drones : Un nouveau démonstrateur de laser de forte puissance pour la DGA

AASSDN : Souveraineté nationale
Source : Communiqué du ministère des Armées 
Mots clefs : BITD – Technologie – laser – anti drones – Sydéral

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COMMUNIQUE DE PRESSE
DU MINISTERE DES ARMEES

Paris, le 4 septembre 2025

La DGA commande un démonstrateur de laser de forte puissance destiné à la lutte anti-drones

  • Cette commande a été notifiée le 22 août 2025 par la Direction générale de l’armement (DGA) auprès d’un consortium associant MBDA, Safran Electronics and Defense, Thales et CILAS.
  • Elle porte sur la réalisation d’un démonstrateur d’un système d’arme laser, dénommé SYDERAL (Système Laser de Défense de Nouvelle Génération), destiné à la lutte anti-drones et à la défense aérienne de courte portée, s’inscrivant dans le cadre de la loi de programmation militaire 2024-2030.
  • D’une puissance de plusieurs dizaines de kilowatts, le démonstrateur bénéficiera de technologies innovantes permettant de combiner et de concentrer l’énergie laser pour neutraliser notamment les drones tactiques avec une efficacité maximale.

Le démonstrateur SYDERAL permettra d’évaluer l’efficacité de l’arme laser pour la neutralisation de drones tactiques, de roquettes, d’obus de mortier et de munitions téléopérées, en vue d’équiper les forces armées à l’horizon 2030.

Construit sur la base d’une architecture évolutive et modulaire, utilisable de jour et de nuit, ce démonstrateur est conçu pour être relativement compact au regard de la puissance visée.

Le consortium apportera une expertise de haut niveau sur les technologies complexes nécessaires à la réalisation du démonstrateur, notamment dans les domaines de la combinaison de faisceaux laser, du suivi vidéo automatique de haute précision et de l’optique adaptative, offrant une efficacité accrue par rapport aux autres systèmes développés dans le monde.

Le développement de cette solution souveraine avait fait l’objet en 2024 d’une première notification auprès du consortium constitué des sociétés Lumibird et CILAS, pour un montant de 10 millions d’euros. Celle-ci visait à développer une filière de sources laser ayant des caractéristiques permettant d’en combiner un grand nombre, en vue d’obtenir une très forte puissance. Le démonstrateur SYDERAL constituera une première marche pour atteindre la très forte puissance et être en mesure de faire face à des menaces plus complexes tels que les missiles.

Crédit photo : MBDA




Vidéo : Exclusif – La télévision pénètre pour la première fois au sein de la DGSE

Pour la 1ere fois le patron de la DGSE ouvre les portes de l’institution à une télévision

Date de mise en ligne :  08/07/2025
Média : LCI
Invité :
Nicolas Lerner, directeur général de la DGSE
Durée : 00:51:00
Compte YouTube de LCI




Vidéo exclusive : Hommage au Colonel André Sérot, héros de l’ombre, assassiné à Jérusalem en 1948

L’AASSDN a réalisé un court-métrage sur le colonel André Sérot, officier de renseignement dans l’entre deux guerres et pendant la Seconde Guerre mondiale. Co-fondateur de l’AASSDN, il est mort pour la France à Jérusalem en septembre 1948 alors qu’il accompagnait le comte Bernadotte envoyé spécial de l’ONU qui tentait de trouver une solution au conflit opposant (déjà) Arabes et Juifs établis en Palestine.
Ce film peut être visionné gratuitement en cliquant ici ou ci-dessous :




A voir également : des vidéos exclusives ASAF / AASSDN

Jacques Voyer (BCRA)



Paulette Duhalde (SR)






Equipement. Thales lance une nouvelle arme contre le brouillage des communications sur les théâtres d’opérations

Thales signe une prouesse technologique en permettant désormais aux communications militaires de fonctionner sur plusieurs types d’orbites satellites, pour combiner à la fois la sécurité souveraine et la flexibilité des réseaux commerciaux.

C’est une avancée significative dans le domaine des communications satellitaires militaires sur laquelle Thales et SES ont décidé de communiquer ce lundi 10 mars. Les tests menés sous l’égide de la Direction générale de l’armement (DGA) ont pu confirmer la compatibilité du Modem21 de Thales avec les satellites à orbite moyenne (MEO) de SES, notamment la constellation O3b mPOWER, qui offre de belles perspectives stratégiques pour les forces armées. On vous explique.

Le Modem21 antibrouillage, vrai rempart contre les attaques électroniques en zone de combat

Le Modem21 de Thales est un modem satellite militaire sécurisé capable de résister aux interférences. Jusqu’à présent, il était destiné aux communications sur satellites géostationnaires (GEO).

Sa technologie permet aux forces armées de maintenir des communications à haut débit, même face à des tentatives intensives de brouillage. Thales l’affirme, il s’agit d’un atout crucial sur les théâtres d’opérations modernes.

D’ailleurs, dès le mois d’octobre dernier, Thales et l’opérateur de satellites SES ont pu réaliser une démonstration décisive pour l’évolution des systèmes de communication militaires. Elle ouvre aujourd’hui la possibilité d’utiliser, simultanément, des satellites militaires souverains et des constellations commerciales, tout en conservant les niveaux de protection et de sécurité exigés pour les opérations sensibles.

Les forces armées pourront ainsi bénéficier d’une couverture plus étendue et de capacités accrues, grâce à cette hybridation entre différents types de satellites et d’orbites. De quoi renforcer la résilience des réseaux de communication stratégiques.

Un standard international pour les communications sécurisées multi-orbites

Grâce à sa technologie de pointe, le Modem21 a pu s’imposer comme une référence internationale. Il a par exemple été adopté par l’OTAN, sous la désignation STANAG 4606, pour les puristes. Sur le terrain, il équipe les postes de commandement qui nécessitent des communications parfaitement sécurisées. Ajoutons qu’il a été sélectionné par une dizaine d’États dans le monde pour sa technologie disruptive.

Alexandre Bottero, vice-président Systèmes de réseaux et d’infrastructures chez Thales, souligne toute l’importance de cette compatibilité multi-orbites pour « de futurs usages militaires, tout en maintenant les exigences de protection et de sécurité », inhérentes aux opérations militaires.

Le vice-président des ventes Espace & Défense pour l’Europe de SES, Roy Sielaff, complète cette vision en expliquant que « la combinaison du Modem21 avec le système O3b mPOWER promet une solution hautement sécurisée ». O3b mPOWER n’est autre qu’une constellation de satellites en orbite moyenne (MEO) de SES, qui offre une connectivité haut débit effectivement sécurisée.

Pour Sielaff, cette combinaison garantit aux clients gouvernementaux, parmi lesquels la France, à la fois « résilience, sûreté et souveraineté des communications », tout en leur permettant de conserver « le contrôle total sur leur réseau ». Un équilibre crucial dans l’environnement géopolitique complexe d’aujourd’hui.

Alexandre BOERO
Journaliste-reporter
Site CLUBIC
10 mars 2025




Souveraineté. L’Italie face à une perte de souveraineté : l’américanisation silencieuse de ses infrastructures stratégiques

L’Italie traverse une phase critique où son indépendance économique et géopolitique est mise à l’épreuve par une influence américaine croissante sur ses infrastructures stratégiques. La montée en puissance de BlackRock dans le secteur de la défense, l’intérêt d’Elon Musk pour les télécommunications et l’espace, ainsi que l’emprise progressive de la finance américaine sur les grandes entreprises italiennes posent un sérieux problème de souveraineté nationale. Cette pénétration, sous couvert d’investissements, pourrait transformer l’Italie en un simple rouage de la stratégie globale des États-Unis, limitant sa capacité de décision sur des enjeux cruciaux pour son avenir.

AASSDN Commentaire : L’arrivée de Donald Trump au pouvoir ne verra pas se réduire les pressions exercées par les Etats-Unis sur les pays européens dans les domaines stratégiques de l’économie, de la Défense et en particulier du renseignement.
Le principe politique « diviser pour régner » va continuer à s’appliquer par les Etats-Unis sur chacun des pays européens en fonction de leurs intérêts nationaux.

Cette politique probable des Etats-Unis conduira à une fragilisation et à une dépendance accrue des pays européens vis-à-vis de leur « grand allié », à moins qu’elle accélère le renforcement de relations privilégiées de certains pays qui souhaitent préserver leur souveraineté, c’est-à-dire leur liberté d’action politique. Ainsi ces pays pourraient développer des partenariats privilégiés avec d’autres pays dans le monde qui souhaitent, comme eux, ne pas entrer dans l’orbite d’une grande puissance.
 

L’Italie traverse une phase de transformation inquiétante : l’américanisation de ses infrastructures critiques. Ce phénomène, de plus en plus visible, ne relève pas uniquement de l’économie, mais aussi de la géopolitique et de la stratégie, avec des risques potentiels pour notre souveraineté nationale. Les récents développements, tels que l’acquisition de parts importantes de Leonardo par BlackRock et l’intérêt d’Elon Musk pour le secteur des télécommunications et de l’espace, illustrent clairement cette érosion progressive du contrôle italien sur des secteurs vitaux.

BlackRock : une pénétration financière déguisée en investissement

La récente opération de BlackRock, qui a dépassé 3% des parts de Leonardo, doit être perçue avec une extrême inquiétude. Il ne s’agit pas simplement d’un investissement dans une entreprise rentable : nous sommes face à une pénétration systématique de la finance américaine dans l’une des entreprises les plus stratégiques pour notre défense et notre sécurité nationale. Leonardo, acteur clé dans le secteur de la défense, est impliqué dans des projets sensibles tels que le programme F-35 et la mission Artemis, tous deux cruciaux pour notre politique de sécurité nationale.
La participation de BlackRock dans Leonardo représente un premier pas vers une influence croissante sur le contrôle de nos infrastructures stratégiques. Bien que la législation actuelle empêche les entités étrangères d’acquérir plus de 3% des actions avec droit de vote, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de danger. En effet, la simple présence d’un géant comme BlackRock dans la gestion de l’entreprise peut orienter les choix stratégiques et les alliances politiques de Leonardo vers les intérêts américains, au détriment de notre autonomie décisionnelle.

La finance américaine et le sacrifice de la souveraineté italienne

Ce n’est pas un cas isolé. Depuis quelque temps, le capitalisme américain s’infiltre dans les infrastructures critiques italiennes avec le soutien tacite ou explicite de nos gouvernements. BlackRock détient déjà des parts significatives dans d’autres entreprises italiennes, telles que Unicredit, Intesa Sanpaolo, ENI, Enel et Generali, renforçant ainsi son contrôle sur l’économie du pays. L’intervention dans le secteur de la défense est cependant particulièrement préoccupante car elle expose l’Italie à une vulnérabilité géopolitique sans précédent.
L’alliance entre la haute finance américaine et les actifs stratégiques italiens n’est pas qu’une question de profit : c’est une véritable opération de conquête silencieuse. Le risque est qu’à l’avenir, des décisions cruciales pour la sécurité nationale soient influencées par des entités étrangères, dont les intérêts pourraient ne pas coïncider avec ceux de l’Italie. Notre pays, de plus en plus lié aux États-Unis, risque de devenir un simple satellite de la politique américaine, perdant ainsi sa capacité à déterminer son propre destin dans un contexte mondial de plus en plus instable.

Elon Musk : un magnat avec trop de pouvoir

À ce scénario inquiétant s’ajoute l’intérêt d’Elon Musk pour l’Italie. L’entrepreneur américain, à la tête de « géants » comme Tesla, SpaceX et Starlink, a déjà manifesté son intention d’étendre son empire en Italie, en tirant parti de ses relations privilégiées avec le gouvernement Meloni. Son attention se porte principalement sur les secteurs des télécommunications et de l’espace, des domaines qui représentent l’avenir des infrastructures mondiales.
Musk n’est pas seulement un entrepreneur visionnaire, mais c’est aussi un acteur géopolitique avec un pouvoir énorme. Le contrôle qu’il exerce via son réseau satellitaire Starlink, par exemple, pourrait facilement se traduire par une influence directe sur les communications mondiales, avec des conséquences dévastatrices pour la souveraineté des pays qui dépendent de ses technologies. Si l’Italie permet à Musk d’entrer dans le secteur des télécommunications ou de l’espace, nous risquons de céder une autre partie cruciale de notre autonomie à une figure dont l’intérêt est de renforcer la domination américaine à l’échelle mondiale.

Une étreinte mortelle : les conséquences pour l’Italie

L’américanisation des infrastructures italiennes ne peut être considérée comme un phénomène neutre ou positif. Nous sommes face à une menace pour notre souveraineté, qu’elle soit économique, technologique ou géopolitique. Les secteurs les plus stratégiques, tels que la défense, l’énergie et les télécommunications, tombent progressivement sous le contrôle d’acteurs étrangers qui agissent selon des logiques de pouvoir global et non en fonction des intérêts nationaux italiens.
La présence croissante d’acteurs américains dans nos entreprises stratégiques expose l’Italie à des vulnérabilités dangereuses. Un pays qui ne contrôle pas ses infrastructures critiques est un pays qui ne peut pas déterminer son avenir de manière autonome. C’est la direction que nous prenons et le risque existe que cela devienne irréversible. L’Italie risque de se transformer en une pièce de la stratégie géopolitique américaine, incapable de résister à des pressions extérieures et contrainte d’accepter des décisions qui sapent sa souveraineté.

Il est temps de stopper cette invasion silencieuse !

L’Italie est face à un choix crucial : défendre sa souveraineté ou se soumettre à une dépendance croissante envers les États-Unis et leurs géants financiers et technologiques. Si nous continuons sur cette voie, nous risquons de devenir un pays incapable de protéger ses intérêts stratégiques, laissant d’autres décider à notre place.
Il est essentiel que le gouvernement italien prenne des mesures pour limiter l’influence américaine sur nos infrastructures critiques, en défendant les intérêts nationaux et notre capacité d’autodétermination. L’Italie doit rester un acteur indépendant sur la scène internationale, capable de décider de son propre avenir sans subir des pressions indues de puissances étrangères.
L’américanisation de nos infrastructures est une menace réelle. Le moment d’agir, c’est maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Giuseppe GAGLIANO
Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis
Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R
CF2R
Septembre 2024




Souveraineté numérique : Conférence sur les fondements et frontières de la souveraineté numérique

Le monde est en train de changer en passant de la domination des occidentaux à celle des BRICS. Parallèlement après avoir cru à la mondialisation depuis 1990 nous rentrons dans la multipolarité dans laquelle chaque groupe de pays veut affirmer sa spécificité et recouvrer une souveraineté mise à mal par le système occidental.

La souveraineté c’est le droit absolu d’exercer une autorité législative, judiciaire ou exécutive sur une région, un pays ou un peuple. Comme l’a défini le général De Gaulle : Tout système qui consisterait à transmettre notre souveraineté à des aéropages internationaux serait incompatible avec les droits et devoirs de la république française.

Au niveau d’un pays elle peut être politique, territoriale, économique, militaire et, pour ce qui nous intéresse, numérique.

A ce stade il faut rappeler la définition du numérique : c’est une information qui se présente sous forme de nombres, associés à une indication de la grandeur physique à laquelle ils s’appliquent, permettant les calculs, les statistiques, et la vérification des modèles.

La souveraineté numérique c’est donc tout ce qui permet à un état ou une organisation d’établir son autorité, pour exercer ses pouvoirs dans le cyberespace, en couvrant des domaines comme le contrôle des données personnelles ou la dépendance technologique.

Pour aller plus loin il faut se souvenir qu’elle est de deux ordres :

  • La souveraineté numérique proprement dite concerne la propriété et fait référence à la capacité de gouverner l’infrastructure numérique. Elle permet de donner confiance aux citoyens, aux entreprises et aux administrations en contribuant à la protection de leurs données personnelles, professionnelles ou étatiques. On la mesure en identifiant au niveau des fournisseurs, des technologies, et des personnes, les endroits où un effet de verrouillage ou d’autres problèmes affectent ou peuvent affecter la souveraineté numérique

  • La souveraineté des données concerne le contrôle. Elle fait référence aux lois et à la gouvernance entourant la collecte et le stockage des données. Elle repose sur l’autorité permettant de détenir des données et sert en droit générique au service des nombreux aspects liés au traitement des données numériques entre protection chiffrement transmission et stockage. 

En France la RGPD établit ce qui est acceptableen matière de collecte de traitement et de stockage des données personnelles. On attend des entreprises qu’elles respectent la vie privée, qu’elles soient transparentes sur la manière de collecter et d’utiliser les données, et qu’elles leurs fournissent les outils dont elles ont besoin pour gérer leurs données.

Au niveau de l’UE dans le cadre du Digital Cyber Act mis en marche le 6 mars 2024, le commissaire européen Thierry Breton a fait adopter 3 textes : le Digital Operational Resilience Act (DORA) pour les financiers, le Digital Service Act (DSA) pour les contenus illégaux , et le Digital Market Act (DMA) pour protéger les utilisateurs européens et leurs données.

Cette souveraineté des données de l’UE est garantie par l’application de ces réglementations assurant leur protection quel que soit leur lieu de traitement ou de stockage. 

Elle développe la concurrence sur les marchés numériques avec les géants du secteur. Sa mise en œuvre au niveau des enquêtes qui démarrent va permettre des sanctions réelles : ainsi Apple risque 6% d’amendes sur son CA mondial pour abus de monopole. Mais les capacités de remplacement des GAFAM par des acteurs européens est loin d’être évidente d’autant que la commission se mobilise peu pour y contribuer comme on l’a vu par exemple pour Nokia.

En complément de la souveraineté numérique et des données, il faut évoquer l’IA souveraine qui est la capacité d’une nation à développer l’IA avec des talents locaux à différents niveaux, en fonction de sa stratégie nationale en matière d’IA. Elle fait référence au contrôle exercé par un gouvernement ou une organisation sur les technologies d’IA et les données pour l’adapter à ses besoins locaux en vue de préserver ses valeurs et sa surveillance réglementaire.

Comme l’a dit Joseph Wehbe au World Economic Forum de Davos : Tous les gouvernements devraient travailler à lancer et développer des ecosystèmes d’IA locaux pour piloter la compétitivité économique et préserver leurs propres valeurs.

Selon la définition de Francois Jolain, la souveraineté numérique repose sur 3 piliers :

– l’électronique que l’on fabrique (hardware) 
– les logiciels qui tournent (software),
– les logiciels qui offrent un service en ligne sur internet (cloud)

Le Hardware :

C’est la filière des infrastructures commençant par les serveurs dans les datacenters reliés par des câbles de fibres optiques à travers le monde et se terminant en périphérie par tous les appareils connectés.

Les GAFAM et les BATX investissent dans les infrastructures. Les câbles sont surveillés et interceptés non seulement par les pays traversés mais aussi sur leur parcours sous-marins.

L’ensemble repose sur l’utilisation massive de semi-conducteurs. Il y a quelques années Intel contrôlait la chaine avec un quasi-monopole. Aujourd’hui c’est très fragmenté mais la majeure partie de la fabrication se concentre sur l’Asie, principalement à Taiwan avec TSMC, Foxcom, et Mediatel mais il y en a aussi en Corée, au Japon, et en Chine avec Huawei.

La clé du process est dans la réalisation des puces. Les schémas de base sont vendus par ARM ou RISC-V en open source. La fabrication passe par un producteur sélectionné pour sa capacité selon l’épaisseur en nanomètre sachant que plus les transistors du circuit électronique sont fins plus on peut densifier le circuit et dissiper la chaleur. La plupart des producteurs font des puces de 7nm, soit environ 10.000 fois moins que l’épaisseur d’un cheveu, qui répondent à des besoins courants.

Les Hollandais d’ASML sont les seuls à faire des machines de gravure de 5nm. En position quasi monopolistique puisqu’elle est la seule capable de fabriquer des puces de 5nm, TSMC  est localisée dans la zone conflictuelle de Taiwan. Pour préserver la souveraineté numérique des occidentaux, les Américains ont obtenu la création de deux usines dans l’Arizona qui seront opérationnelles fin 2026. l’UE a également obtenu qu’une usine soit construite en Allemagne. Parallèlement on est obligé de constater que, depuis l’interdiction d’achat de puces taiwanaises et de machines ASML imposée par les Américains, la Chine rattrape son retard plus vite que prévu grâce à de très gros investissement dans la recherche avec l’aide de l’espionnage technologique.

Dépendre de puissances étrangères pour le hardware ouvre la porte à la surveillance et aux interceptions. On l’a vu avec Cisco pour la 4G et Huawei pour la 5G. Pour limiter le risque il faut avoir des entreprises capables de concevoir et de produire en France, comme ST Micro appuyé par des labos de recherche comme le CEA Tech à Grenoble qui intéresse nos concurrents. 

Le Software :

Il existe autant de logiciels tournant sur le hardware que d’usage, les plus critiques étant les systèmes d’exploitation (OS). Chacun crée une sorte de monopole car leurs applications sont conçues pour cet OS. De surcroit, plus il y a d’utilisateurs plus il y a d’applications ce qui attire plus d’utilisateurs. Le meilleur exemple est Microsoft qui propose un OS avec son ensemble d’applications permettant de répondre à tous les besoins.

Tout OS permet d’espionner son utilisateur directement ou par des back doors. C’est dans le software qu’apparaissent chaque semaine 5 000 virus nouveaux qui peuvent piller, détourner, copier ou détruire les données, ou encore organiser des demandes de rançons. Leur capacité peut aller jusqu’aux destructions massives avec des virus type Scada  comme Stuxnet et Olympic Games qui peuvent détruire des usines iraniennes ou couper des sources d’énergies comme la lumière de villes ukrainiennes.

D’un autre côté l‘exploitation des failles des OS et des applications ouvre des possibilités qui justifient les travaux de recherche pour les détecter et les éliminer.  L’open source qui réduit une partie du danger et de la dépendance est devenue la norme la plus utilisée. La Gendarmerie française qui utilise un OS, basé en open source, sur Linux en est un bon exemple.  

Le Cloud

Les Américains ont été les premiers à créer des clouds pour stocker des datas et créer nombre de services et logiciels en ligne. Le problème est venu des lois extraterritoriales des Etats-Unis qui permettent aux Services et administrations de pouvoir consulter et copier tout ce qui passe à travers ou utilise un élément américain.

De surcroit les différences de conception de la donnée, protégée en Europe mais commercialisée aux USA fait que des opérateurs comme, par exemple, Facebook, Tik tok ou Waze aspirent les données quand on les utilise.

Au-delà de son utilité indiscutable, le cloud est donc un endroit dangereux pour la sécurité des données si l’on n’y prend pas garde. Il faut toujours vérifier où sont localisés les datacenters et connaitre l’origine et les fonds du propriétaire du cloud. Ce risque réel a provoqué la création de clouds souverains européens et nationaux aux résultats variables car la concurrence est rude avec ceux d’outre atlantique qui sont en général moins coûteux et plus performants.

En réalité, si l’on veut vraiment sécuriser ses données, la solution passe par une évaluation hiérarchisée des données mises dans le cloud. On peut confier à un cloud américain ou international celles dont la diffusion ne représente aucun risque, à un cloud national celles qui sont très importantes ou essentielles, et à un cloud européen celles qui sont entre les deux.

La pratique montre que nous en sommes loin pour deux raisons ;

  •  Après l’échec du projet Andromède, la France ne dispose que d’un nombre très restreint de clouds souverains performants. De plus on est obligé de constater que les tentatives d’entrées en bourse d’OVH  pour se renforcer ont été perturbées selon un processus que l’on a déjà connu chaque fois que cela pouvait pénaliser des entreprises américaines.
  • En dépit des alertes et sensibilisations l’Etat et de nombreuses grandes entreprises continuent à traiter avec des clouds et des sociétés américaines dans des domaines variés comme la santé les impôts ou les énergies.

Au-delà du législatif, incluant la certification et les réglementations en vigueur, de l’optimisation de la chaine opérationnelle, et de la protection des données, le maintien de la souveraineté numérique implique l’utilisation de la cyberdéfense défensive et offensive face aux prédateurs de toute sortes et de toutes origines. Face à une évolution continue des technologies et des modes d’actions utilisés par les Etats, certaines entreprises et les groupes criminels, c’est un complément indispensable pour sécuriser sa position, qui utilise des outils conçus pour cette mission.

L’efficacité de la cybersécurité suppose une définition des objectifs à atteindre, un cadrage du périmètre et une identification préalable des vulnérabilités de l’entreprise. A ce stade il faut viser large en commençant par les modes de travail, les outils et leur utilisation, les bonnes pratiques, sans oublier les actions de prévention. Il ne faut jamais oublier que sans une politique de prévention on subit. Ajoutons que le développement de la mobilité et des outils nomades renforce l’importance des communications sécurisées et les risques d’interceptions.

 Vouloir une souveraineté numérique demande non seulement d’anticiper mais aussi de répondre aux attaques qui se multiplient. Ainsi en 2023 :

  • 69% des attaques ciblaient des entreprises
  • 20% des collectivités territoriales
  • 11% des établissements de santé

Sommes-nous numériquement souverains quand :

– en janvier 2024 l’hôpital Simone Veil de Cannes est attaqué par un ransomware et le groupe Ramsay santé subit une attaque conjointe dans deux établissements

– en février France Travail subit un malware infiltré ses systèmes informatiques

– en avril Saint-Nazaire subit une attaque qui paralyse les systèmes d’information et les services municipaux tandis qu’à Pont-à-Mousson la communauté de communes doit faire face à un cryptovirus

– en mai Engie subit une cyberattaque du groupe Lapsus tandis qu’Intersport se fait voler 52 Go de données sensibles.

– et pendant tout ce temps la SNCF et la Société générale affrontent des actions de pishing sur les clients qui continuent encore aujourd’hui

Les fondements et les frontières de la souveraineté numérique concernent aussi bien la data que la régulation, l’innovation que la cyberdéfense, sans oublier la puissance numérique dans tous les domaines que nous venons d’évoquer. Leur énumération et les problèmes rencontrés démontre qu’il est impossible pour un pays comme la France mais également pour l’Europe de contrôler toute la chaine. Notre souveraineté ne peut donc être totale. Elle ne peut être que partielle et sélective car certaines composantes doivent être partagées ou transférées. C’est à travers la liberté de choisir ce qui est transférable que s’exerce la véritable souveraineté. Le but ultime étant la protection du pays et la capacité d’assurer les fonctions essentielles à son bon fonctionnement. Cette option est donc réalisable en se focalisant sur certains niveaux et certains domaines comme les logiciels dans le software et dans le cloud ou sur des secteurs stratégiques.

Mais n’oublions pas l’évolution permanente des techniques et outils. L’arrivée du quantique risque de remettre en cause toute une partie de notre analyse et des éléments potentiels de souveraineté. Pouvant gérer d’énormes ensembles de données beaucoup plus efficacement, il va changer notre futur technologique dans de nombreux secteurs. De surcroit, il faut être conscient que ces innovations et leurs applications variées vont être amplifiée par l’intelligence artificielle.

Alain JUILLET
Conférence prononcée par le président de l’AASSDN
Producteur de la chaine Open Box TV

http://openboxtv.fr/emissions/