Mémoire : L’histoire méconnue de Marc Bloch

Mémoire du renseignement militaire, épisode 15 :
Marc Bloch, officier de renseignement dans les tranchées, l’histoire méconnue

Ils ont marqué l’histoire du renseignement. Nous ouvrons leur dossier militaire. Le 16 juin 1944, Marc Bloch est exécuté avec 29 de ses camarades. Le 23 juin 2026, il entrera au Panthéon. Historien majeur, cofondateur des Annales, résistant, l’auteur de L’Étrange Défaite fut aussi officier de renseignement au 72e régiment d’infanterie durant la Grande Guerre.

À l’été 1940, la France s’effondre. Démobilisé, Marc Bloch rédige à chaud L’Étrange Défaite, ouvrage dans lequel il analyse les causes de la débâcle. Il y fustige notamment l’action du renseignement militaire. Pour comprendre la sévérité de son jugement, il faut revenir vingt-cinq ans plus tôt : Bloch arpentait alors les tranchées de la Grande Guerre comme officier de renseignement.

Un renseignement recueilli directement sur le champ de bataille

Né en 1886 à Lyon dans une famille alsacienne de confession juive, Marc Bloch est professeur au lycée d’Amiens lorsque la guerre éclate en août 1914. Il est affecté au 272e régiment d’infanterie (RI) avant de rejoindre le 72e RI en juin 1915, au grade d’adjudant. « Ses qualités attirent l’attention du commandement. Brillant, volontaire et surtout polyglotte, il parle couramment l’allemand et l’anglais. D’abord chef de section, Bloch est affecté au service de renseignements du régiment (SRR) à partir de 1916 », explique le lieutenant-colonel Ivan Cadeau, docteur en histoire et chef de la section « opérations et renseignements » au Service historique de la Défense (SHD).

Dès la fin de l’année 1914, la guerre de position s’installe : le front se fige, les tranchées se généralisent. « La cavalerie, qui assurait traditionnellement une partie du recueil d’informations sur l’ennemi, ne peut plus remplir ce rôle. Résultat, le commandement est aveugle. Il faut donc inventer d’autres moyens pour savoir ce qui se passe en face », précise l’historien. Apparus pendant le conflit, les SRR alimentent les 2e Bureaux [1] des divisions et des corps d’armée en renseignement tactique, recueilli directement sur le champ de bataille. Deux sources dominent alors : l’observation et l’interrogatoire des prisonniers capturés par le régiment ou des déserteurs passés dans son secteur.

Observer le front et faire parler l’ennemi

« Faute d’une véritable culture du renseignement dans l’armée de l’époque, les militaires ne savent pas toujours quels indices relever », souligne le lieutenant-colonel Cadeau. « La formation d’historien de Bloch est ici un atout : il sait distinguer, classer, comparer, synthétiser. Au SRR, il exploite les signalements transmis par les postes d’observation avancés, ces “sonnettes” disséminées sur le front », poursuit-il. Au SRR, Bloch est également chargé d’interroger les prisonniers et les déserteurs. Sa maîtrise de l’allemand devient un avantage décisif. Mais l’exercice ne s’improvise pas. « L’interrogatoire est codifié et strictement encadré. Dès l’arrivée des prisonniers, il les trie par catégorie : officiers, sous-officiers, militaires du rang. Son rôle est d’identifier l’homme, son unité, son secteur d’origine », indique le lieutenant-colonel Cadeau. L’interrogatoire se double de l’exploitation des effets personnels du prisonnier, selon un ordre précis : « Plaque d’identité d’abord, puis pattes d’épaule, soutaches [2], passepoils, boutons de tunique ou de capote. Viennent ensuite les armes, vêtements, équipements, documents saisis », liste-t-il. Neuf fois sur dix, les indices recueillis se répètent. Mais c’est justement la dixième fois qui compte : « L’apparition d’une unité nouvelle, par exemple, peut annoncer une offensive. Dans le renseignement, les petits ruisseaux font souvent les grandes rivières. » Le prisonnier est ensuite envoyé vers l’échelon supérieur, à l’arrière.

Cette affectation au SRR ne le tient pas pour autant à distance du front. « Ce n’est pas un officier de bureau. Il parcourt les tranchées, assure des liaisons physiques entre les unités, circule dans les boyaux et les abris. Comme tout fantassin, il est exposé », signale l’historien. Ses états de service, conservés au SHD au château de Vincennes, en témoignent : quatre citations, une par an à partir de 1915, saluent son intelligence, son courage et son sang-froid.

1940 : l’amertume de Bloch envers le 2e Bureau

En 1939, à 53 ans et père de six enfants, Marc Bloch pourrait rester à l’écart. Pourtant, il demande à servir. Rappelé dès le 26 août, il est affecté à Strasbourg, où il participe à l’organisation de la mobilisation. Une fois celle-ci achevée, il tente de rejoindre le 2e Bureau, où ses compétences pourraient être utiles. Mais les postes sont déjà pourvus. Bloch intègre le 4e Bureau, responsable des transports et de la logistique, au parc des essences n° 1 de la 1re armée. Depuis ce poste, il observe la machine militaire dont il livrera une analyse sévère dans L’Étrange Défaite. Mais pour le lieutenant-colonel Cadeau, ce témoignage doit être replacé dans son contexte : « Bloch a travaillé dans un service logistique, connu pour ses pesanteurs administratives, ses circuits de décision et ses difficultés d’exécution. Il a aussi assisté aux rivalités internes. » Et si le Bloch de 1940 est aussi critique envers le 2e Bureau, c’est peut-être parce qu’il a connu, en 1914-1918, « l’âge d’or » du renseignement militaire français. « D’autres officiers, comme le général Navarre, ancien responsable du Service de renseignement et de la Section allemande, ont porté un regard plus favorable sur le 2B. Celui-ci a souvent correctement analysé les intentions et les capacités de l’adversaire », décrypte-t-il.

Touché par le statut des Juifs d’octobre 1940, Marc Bloch est exclu de la fonction publique. Relevé de cette mesure en janvier 1941 pour services exceptionnels rendus à la France, il est affecté à Montpellier en juillet. Après l’invasion de la zone sud en 1942, il rejoint la Résistance au sein de Franc-Tireur. « Jugé trop âgé, sa candidature ne suscite pas l’enthousiasme. Mais il prouve sa valeur et prend des responsabilités. Il participe aux réunions organisées par Jean Moulin, puis devient, en juillet 1943, l’un des trois membres du directoire régional des Mouvements unis de Résistance », commente le lieutenant-colonel Cadeau. Le 8 mars 1944, la Gestapo l’arrête à Lyon. Torturé, emprisonné à Montluc, il est exécuté le 16 juin 1944 avec 29 de ses camarades.

Propos du Lieutenant-colonel Ivan CADEAU,
Docteur en histoire
Chef de la section « opérations et renseignements »
au Service historique de la Défense (SHD)

Direction du Renseignement Militaire
Mardi 16 juin 2026

[1] Structures qui pilotent les actions de renseignement des forces armées
[2] Ornement sur l’uniforme militaire




Le naufrage de l’enseignement scientifique et technique compromet l’avenir de la France

Tribune de Yves Bréchet, physicien et membre de l’Académie des sciences, et de Joachim Le Floch-Imad, directeur de la Fondation Res Publica, publiée dans Le Figaro du vendredi 5 juin 2026.

S’il fallait une preuve supplémentaire de la chute libre du niveau scolaire des jeunes Français, une note publiée fin avril par la Direction de l’évaluation du ministère de l’Éducation nationale est venue la fournir. Elle établit que les résultats en sciences – physique-chimie, SVT et technologie – des élèves de troisième n’ont cessé de se dégrader depuis 2013. Ces chiffres s’ajoutent aux constats alarmants en mathématiques issus des évaluations nationales, qui montrent qu’un collégien sur deux ne maîtrise pas les automatismes élémentaires. L’étude Pisa révèle, pour sa part, qu’en vingt ans, le niveau en mathématiques des élèves de 15 ans a chuté de l’équivalent d’une année scolaire. Quant à TIMSS, elle classe les élèves français de CM1 derniers de l’Union européenne et, à l’échelle mondiale, derrière l’Azerbaïdjan et l’Albanie.

Bien sûr, des personnalités de tous horizons ont déjà alerté sur un sujet d’une gravité singulière dans un pays qui, jadis, tirait orgueil de voir la foule se presser au Panthéon pour contempler le pendule de Foucault démontrer la rotation de la Terre, tandis que la presse en faisait un événement national.
Des professeurs, des essayistes et des responsables politiques – avant d’arriver au pouvoir ou après l’avoir quitté – ont sonné le tocsin.
Des mathématiciens ont fait part de leur inquiétude, et l’ont parfois payé cher, à l’image du médaillé Fields Laurent Lafforgue, contraint de démissionner du Haut Conseil de l’éducation pour avoir dénoncé les responsabilités de la « Nomenklatura de l’Éducation nationale ».
De grands capitaines d’industrie sont montés au créneau : Louis Gallois, Patrice Caine, ainsi que le directeur général de Safran, Olivier Andriès.

Ces avertissements sont restés sans effet, si bien que la « crise de l’école », que notre classe dirigeante regarde avec indifférence, voire complaisance, s’est poursuivie à bas bruit, à la faveur d’un processus protéiforme : recul de l’exigence intellectuelle et de l’idéal méritocratique ; affaissement d’un corps social où l’amour des sciences a presque disparu ; pédagogies contestables et réformes délétères ; mépris de la technostructure ministérielle pour le corps enseignant ; mais aussi niveau insuffisant en mathématiques et en sciences d’une partie de celui-ci, la formation initiale n’en garantissant plus toujours la maîtrise et la formation continue ne parvenant pas à combler des lacunes qui conduisent certains instituteurs à les enseigner avec appréhension.

Une évidence s’impose : le naufrage de l’enseignement scientifique et technique compromet l’avenir de la nation en tout domaine.
Du point de vue, d’abord, de notre indispensable réindustrialisation, qui suppose que l’on forme davantage d’ouvriers qualifiés, de techniciens et d’ingénieurs – 100 000 de plus par an d’ici à 2035 selon l’Institut Montaigne – et que l’entrée sur le marché du travail soit plus précoce, ne serait-ce que pour augmenter le taux d’emploi des moins de 25 ans, inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne.
Du point de vue, ensuite, de la place future de la France dans la compétition internationale. Du rapport « Science : the Endless Frontier » publié en 1944 par Vannevar Bush aux travaux des économistes Eric Hanushek et Ludger Woessmann – selon lesquels 25 points supplémentaires à Pisa en mathématiques représenteraient, à l’horizon 2100, 30 % de PIB en plus -, tout montre que la prospérité, la productivité et l’innovation d’une nation dépendent de la qualité de son système éducatif.
Faut-il rappeler, enfin, l’importance des sciences et des mathématiques dans la formation de l’esprit critique et le développement de l’autonomie du jugement, socle sur lequel repose notre conception de la citoyenneté et de la souveraineté populaire ?

Aussi sombre que soit ce diagnostic, rien ne justifie de céder à la résignation. Des solutions existent pour réindustrialiser le pays, relever le défi écologique et orienter efficacement les jeunes vers des métiers plus conformes à leurs talents et aspirations que ceux auxquels peuvent conduire de longues études généralistes. Elles supposent néanmoins un virage à 180 degrés.
C’est d’abord l’image sociale dégradée des sciences qu’il faut restaurer afin d’en faire connaître la richesse et de susciter des vocations, en s’inspirant par exemple des ressources proposées et des actions menées dans les écoles par des initiatives comme MathAData ou
« La main à la pâte », redécouverte merveilleuse de la leçon de choses.
Comme le défend de longue date la Fondation Res Publica, l’Éducation nationale doit en outre renouer avec l’esprit des écoles normales d’instituteurs, où les savoirs disciplinaires occupaient une place centrale dans la formation des maîtres et où les scientifiques considéraient comme un devoir d’être impliqués, ce que nous rappelle le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson.

Dans le secondaire, il faut flécher davantage les jeunes Français vers les filières qui permettent de faire et d’agir sur le monde. Cela implique de revenir sur le dogme du collège unique au profit d’un collège modulaire, permettant à ceux qui le souhaitent une pré-orientation plus précoce vers la voie technique et l’apprentissage. La Suisse et l’Allemagne offrent à cet égard un modèle.
Qu’attendons-nous, en outre, pour refaire de la recherche une priorité nationale, du point de vue des investissements consentis comme de son articulation avec les logiques productives, et pour repenser en profondeur l’enseignement supérieur, où 36 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, contre 69 % au Royaume-Uni ? Puisque, comme le disait Georges Pompidou, « si l’université n’organise pas la sélection, la vie s’en chargera », une telle réforme exige une sélection plus rigoureuse à l’entrée, afin d’enrayer l’explosion des inscriptions et la dévaluation des diplômes – rupture qui gagnerait à aller de pair avec la création d’un « chèque formation », utilisable tout au long du parcours professionnel, pour (re)venir à l’université, actualiser ses compétences ou aider à se reconvertir. Elle suppose aussi un rééquilibrage des effectifs au profit des filières scientifiques, au détriment des sciences humaines saturées, où le risque de chômage à l’issue des études est deux fois plus élevé – paradoxe accablant pour le pays européen où le chômage des jeunes a justement le plus progressé l’an dernier.

Une telle feuille de route, non exhaustive, dessine, au-delà des demi-mesures palliatives, une refondation d’ensemble de notre système éducatif. Le chantier est immense. Il exige, face aux résistances politiques, administratives, syndicales et culturelles que l’on devine aisément, de la volonté, de la méthode et un cap clair, soit précisément ce qui fait défaut depuis des décennies. Mais c’est à ce prix que l’on pourra mettre fin à l’effondrement de l’enseignement scientifique et technique et relever les défis du XXIe siècle. Faute de quoi, le déclassement de la France se poursuivra et nous ne serons plus que les spectateurs d’un avenir qui s’écrira sans nous.

Yves BRECHET et Joachim LE FLOCH-IMAD
Le Figaro
5 juin 2026

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Géopolitique : L’Iran à la recherche de nouveaux relais

Le chemin de fer ne remplace pas Ormuz, mais il modifie le calcul de la résistance

La guerre ne se mène pas seulement avec des missiles, des drones et des porte-avions. Elle se mène aussi avec des conteneurs, des wagons ferroviaires, des douanes, des dépôts, du carburant, des pièces de rechange, des lignes de crédit et des corridors terrestres. C’est dans cette zone moins visible, mais décisive, que s’inscrit le nouvel effort iranien pour contourner le blocus américain et réduire sa dépendance au détroit d’Ormuz.

L’augmentation du trafic ferroviaire entre la Chine et l’Iran, le long de l’axe reliant Xi’an à Téhéran en passant par le Kazakhstan et le Turkménistan, ne doit pas être interprétée comme une solution miraculeuse. Aucun train ne peut réellement remplacer le volume des pétroliers qui traversaient Ormuz. Mais ce serait une erreur de considérer cette évolution comme marginale. Pour Téhéran, aujourd’hui, il ne s’agit pas de revenir à une normalité commerciale. Il s’agit d’empêcher l’effondrement, de maintenir en vie l’appareil productif, de conserver des marges de manœuvre et de montrer aux États-Unis que le siège ne produit pas d’effets immédiats.

La différence est décisive. L’Iran ne cherche pas à gagner économiquement. Il cherche à durer.

La Chine et la logique du soutien calibré

Pékin agit avec sa prudence habituelle. La Chine ne rompt pas ouvertement avec Washington au-delà d’un certain seuil, mais elle n’abandonne pas non plus Téhéran. Elle continue d’acheter du pétrole brut iranien, conteste la pression américaine, offre un appui diplomatique et, surtout, maintient ouvertes les infrastructures terrestres qui permettent à l’Iran de recevoir des marchandises industrielles, des générateurs, des composants électroniques, des pièces mécaniques et des biens de consommation.

C’est là le véritable enjeu économique. Il ne s’agit pas tant d’exporter du pétrole par train vers la Chine, opération logistiquement limitée et coûteuse, que de garantir que l’économie iranienne ne s’arrête pas faute de composants essentiels. Une guerre moderne consomme des pièces de rechange avec la même rapidité qu’elle consomme des munitions. Générateurs, circuits, pneus, pompes, matériaux industriels et équipements civils deviennent une partie intégrante de la capacité de résistance nationale.

Dans ce cadre, la Chine n’offre pas à l’Iran une victoire. Elle lui offre du temps. Et le temps, dans une guerre de pression, est déjà une forme de puissance.

La limite logistique du pétrole sur rail

Le nœud central reste le pétrole brut. Avant la guerre, l’Iran exportait vers la Chine plus d’un million de barils par jour. Imaginer transférer ces volumes par voie ferrée revient à ignorer l’échelle matérielle du problème. Un wagon-citerne ne peut transporter qu’une quantité limitée de pétrole. Pour compenser ne serait-ce qu’une partie modeste des exportations maritimes, il faudrait un flux continu de convois, des passages douaniers fluides, une sécurité assurée sur des milliers de kilomètres et des capacités de déchargement adaptées.

C’est pourquoi les routes terrestres ne sont pas le substitut du détroit d’Ormuz. Elles sont une soupape de pression. Elles servent à réduire l’asphyxie, non à l’éliminer. Elles servent à éviter que les dépôts iraniens ne soient saturés, que la production ne doive être interrompue de manière massive, que le système industriel ne reste privé de matériaux vitaux.

En termes économiques, Téhéran cherche à transformer une crise immédiate en crise prolongée. Et une crise prolongée devient politiquement plus difficile à gérer, y compris pour Washington.

L’évaluation militaire : blocus, usure et profondeur stratégique

Du point de vue militaire, la partie est claire. Les États-Unis cherchent à frapper la vulnérabilité structurelle de l’Iran : sa dépendance à la mer pour exporter son pétrole et financer son système. L’Iran répond en construisant une profondeur terrestre. Il ne peut pas briser le blocus naval, mais il peut le rendre moins décisif.

C’est une logique classique de guerre d’usure. Celui qui impose le blocus mise sur l’effondrement rapide de l’adversaire. Celui qui subit le blocus mise sur la durée, l’adaptation, la dispersion des routes et la capacité à supporter des coûts croissants. Si Téhéran peut réellement résister trois ou quatre mois avant de subir des dommages économiques plus graves, alors le problème n’est pas seulement iranien. Il devient aussi américain : combien de temps Washington est-il prêt à maintenir une pression militaire, navale, diplomatique et financière sans obtenir un résultat politique définitif ?

Les routes passant par l’Asie centrale, le Pakistan, la Turquie et la mer Caspienne n’annulent pas la supériorité navale américaine. Elles la relativisent. Elles déplacent une partie du conflit d’Ormuz vers les réseaux terrestres eurasiatiques. Et là, la puissance maritime occidentale rencontre une limite : elle peut contrôler les détroits, mais elle ne peut pas fermer tout un continent.

La Caspienne, le Pakistan et la Turquie : la géographie redevient politique

L’expansion des liaisons par le Pakistan, la Turquie et la mer Caspienne montre que l’Iran tente de construire un réseau redondant. Non pas une seule voie de sortie, mais plusieurs voies, chacune imparfaite, chacune vulnérable, mais toutes utiles lorsqu’elles sont combinées.

La mer Caspienne relie Téhéran à la Russie et ouvre une profondeur septentrionale. Le Pakistan offre un appui vers l’Asie du Sud. La Turquie reste une porte obligée vers l’Europe et la Méditerranée. L’Asie centrale, à travers le Kazakhstan et le Turkménistan, relie l’Iran à la Chine continentale. Cette géographie, qui pendant des années avait semblé secondaire par rapport aux routes maritimes mondiales, redevient soudain centrale.

C’est le signe d’une transformation plus vaste : les sanctions, les blocus navals et les guerres redonnent de la valeur aux infrastructures terrestres. Chemins de fer, ports intérieurs, postes-frontières, oléoducs, routes et douanes deviennent des instruments de souveraineté. Celui qui possède des corridors alternatifs résiste mieux. Celui qui dépend d’une seule artère peut être étranglé.

Le scénario géoéconomique : l’Eurasie comme espace de compensation

Le cas iranien montre le visage concret de la géoéconomie contemporaine. La Chine n’a pas nécessairement besoin de défier militairement les États-Unis pour affaiblir leur stratégie. Il lui suffit de maintenir ouverts des canaux commerciaux, d’acheter de l’énergie à des conditions favorables, de soutenir des infrastructures eurasiatiques et d’empêcher que l’Iran soit totalement isolé.

Pour Pékin, l’Iran est à la fois fournisseur énergétique, partenaire stratégique et élément du containment de l’hégémonie américaine sur les routes maritimes. Si Washington utilise la marine et les sanctions, la Chine répond par les chemins de fer, le commerce, la continuité diplomatique et l’absorption sélective du risque.

De ce point de vue, la crise d’Ormuz n’est pas seulement une crise régionale. C’est un test sur l’avenir de la mondialisation. Celle dominée par la mer, les flottes et le dollar reste extrêmement puissante. Mais à côté d’elle grandit une mondialisation terrestre, plus lente, plus coûteuse, moins efficace, mais politiquement précieuse parce qu’elle est moins exposée au contrôle occidental.

Le message de Téhéran

L’Iran sait qu’il ne peut pas remplacer Ormuz par des trains. Mais il sait aussi qu’il n’a pas besoin de le faire entièrement. Il doit démontrer qu’il peut respirer même avec un seul poumon. Il doit convaincre sa population, ses alliés et ses adversaires que le blocus n’équivaut pas à une capitulation.

La valeur politique des routes terrestres est donc égale, sinon supérieure, à leur valeur commerciale. Chaque convoi qui arrive à Téhéran dit que l’Iran n’est pas isolé. Chaque expédition chinoise dit que Pékin n’accepte pas intégralement la discipline des sanctions américaines. Chaque liaison à travers l’Asie centrale dit que la masse eurasiatique peut offrir des alternatives à la pression navale.

La question décisive n’est pas de savoir si ces routes peuvent sauver l’économie iranienne à long terme. La question est de savoir si elles peuvent gagner assez de temps pour que le coût politique, militaire et économique du blocus devienne trop élevé pour celui qui l’a imposé.

Dans cette guerre, le chemin de fer ne bat pas le porte-avions. Mais il peut l’empêcher d’obtenir rapidement ce pour quoi il a été déployé. Et parfois, dans la politique internationale, empêcher l’adversaire de gagner vite est déjà le premier pas pour ne pas perdre.

Giuseppe GAGLIANO
Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le diplomate media
Samedi 23 mai 2026

Source photo bandeau : Le diplomate media




Souveraineté nationale : Le piège politique de l’autonomie corse

Adresse de Michel FRANCESCHI aux Parlementaires appelés à se prononcer sur l’autonomie de la Corse.

Depuis plus d’un demi siècle, un mouvement séparatiste corse trouble la vie politique du pays dans une atmosphère de Munich permanent, scandée par des flambées de violence culminant dans l’assassinat d’un préfet. En réponse, une succession de statuts particuliers de la Corse ont conduit à celui en vigueur de la Collectivité Territoriale de Corse, (CDC), dotée de larges pouvoirs dérogatoires. Mais l’engrenage des revendications ne s’est pas pour autant arrêté, aboutissant au projet en débat aujourd’hui, dit « processus de Beauvau », prônant une « autonomie de plein droit et de plein exercice », avec de surcroît un pouvoir législatif. Un Congrès du Parlement est appelé à se prononcer à une majorité des trois cinquièmes pour l’inscrire dans la Constitution.

Après un rappel succinct de la francité de la Corse, nous dénoncerons la nocivité de l’autonomie, et proposerons une sortie de crise par le haut.

Dans le cadre restreint de cette tribune, nous irons à l’essentiel sans tourner autour du pot dans ce débat engageant l’avenir du pays.

La francité de la Corse

Avant Nice et la Savoie, la Corse est française depuis le 30 novembre 1789, à la demande de ses députés à l’Assemblée Constituante l’accordant à l’unanimité dans l’euphorie d’une séance historique.

Au fil du temps, la Corse est ensuite devenue consubstantielle à la France.

D’abord par l’Histoire, à coups d’Empires, les deux napoléoniens et l’empire colonial, au sein duquel les Corses ont joué un rôle éminent dont a témoigné le grand Lyautey.

Consubstantielle à la France, ensuite, par le sang abondamment versé sans broncher sur tous les champs de bataille, au coude à coude patriotique avec tous les autres Français.

Consubstantielle encore par le sang mêlé. On ne compte plus les mariages mixtes Corses-Continentaux, comme l’atteste l’état civil.

Consubstantielle, enfin, par l’extraordinaire implication des Insulaires dans les affaires de la France, au point que d’aucuns ont insinué une colonisation occulte du pays. Paris et Marseille sont les deux plus grandes villes corses. Paris eut longtemps un maire insulaire. Jusqu’à nos jours, tout gouvernement a eu à cœur de comporter au moins un ministre corse.

Ajoutons la contribution reconnue des Corses au rayonnement de la France dans le monde, jusqu’à donner deux présidents de la république au Venezuela, après avoir autrefois longtemps armé la Garde pontificale de Rome. Dans les capitales de nos anciennes colonies, de puissantes amicales corses ont longtemps exercé leur forte influence locale, foi de témoin.

La francité de la Corse a connu son apothéose avec le sublime serment de Bastia, prononcé en 1939 en réplique aux visées annexionnistes de Mussolini : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français! ».

Comment expliquer alors que nombre de Corses renient aujourd’hui la parole de leurs pères ? La réponse est complexe mais relève pour l’essentiel de la psychanalyse.

« Lorsque les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » a écrit Rivarol. D’une intransigeante fierté, le Corse vénère la grandeur et méprise la faiblesse. Il avait trouvé l’épanouissement du destin de son île vénérée dans la Grande France initiée par Napoléon. Hélas, trois fois hélas, l’humiliant désastre militaire de 1940, plus dévastateur au plan psychologique que matériel, mit fin à une admiration passionnée et acta en fait dans les esprits la naissance du séparatisme insulaire. Le fossé ne cessa ensuite de se creuser au fil du déclassement ininterrompu de la France.

Puis le séparatisme fit tâche d’huile dans une proportion que l’on s’est toujours étrangement gardé de mesurer directement dans les urnes.

Circonstance aggravante, très engagés dans la colonisation les Corses ont été des victimes collatérales de la décolonisation. Sevrés de leur exutoire mondial, nombre d’entre eux en ont ressenti une amère nostalgie. L’esprit conquérant d’antan a dégénéré en mentalité casanière.

Puis, l’arrivée massive des Pieds Noirs en 1962, auxquels fut consentie une aide généreuse, provoqua un sentiment de frustration, voire de spoliation.

Et horreur et damnation aujourd’hui, une forte immigration, principalement continentale, s’ajoutant à une dénatalité record, vient de rendre minoritaires sur leur sol les intransigeants insulaires de souche. C’est ainsi que nombre d’entre eux ont poussé leur rancœur jusqu’à la haine de la France, « I francesi fora » ! ( Les Français dehors ! ).

A l’ouverture du débat institutionnel sur la Corse au Parlement, la question fondamentale qui vaille est celle de la pertinence de l’autonomie de l’île comme solution à son particularisme et à ses graves problèmes. Nous avons la conviction que cette solution est néfaste et qu’il y a beaucoup mieux à faire.

L’autonomie, archétype de la fausse bonne idée.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots », selon Platon.

Il faut d’abord faire litière du dogme de l’insularité synonyme d’autonomie. L’insularité n’est qu’une donnée géographique ne conditionnant en rien le statut politique des habitants qui ne relève que de leur seul choix, comme en témoignent maints exemples dans le monde, dont le département français de Mayotte. En revanche, l’insularité oblige l’État à instaurer des mesures de « continuité territoriale » en compensation du handicap géographique. Force est d’admettre que jusqu’ici elles n’ont jamais été à la hauteur des besoins, contribuant à attiser les rancœurs contre l’État, faute politique à ne plus commettre.

La comparaison avec les îles italiennes autonomes voisines est fallacieuse. Séquelles des anciens royaumes absolus de Piémont-Sardaigne, de Naples et des Deux-Siciles, la conservation pour ces îles d’une autonomie de gestion lors de l’éclatement des monarchies impliquées était une nécessité indiscutable. Elles conservent d’ailleurs la nostalgie de l’indépendance d’antan.

Il importe ensuite, et surtout, de s’interroger sur la validité du projet de Beauvau.

Il est d’abord démocratiquement contestable. Initiateur et porteur du projet, le Conseil exécutif de Corse s’est bien gardé, allez savoir pourquoi, de solliciter l’onction de la population insulaire dans cette entreprise engageant pourtant son destin! Il ne peut arguer d’un empêchement constitutionnel de la consultation en raison de la jurisprudence du référendum local de 2003 relatif à la fusion des deux département de Corse, dont le verdict n’a d’ailleurs pas été respecté. Il a abusivement spéculé sur son prétendu triomphe électoral l’ayant porté au pouvoir en 2021. Mais ce résultat n’est qu’un trompe-l’œil à l’examen objectif des chiffres officiels de la consultation. Les Autonomistes et Indépendantistes ont bien totalisé 67,97 % des suffrages exprimés, mais l’exceptionnelle abstention de 41,09 %, qui en dit long par elle-même, plus les 3,2 % de bulletins blancs et nuls, rabaissent le résultat à 40,04 % du corps électoral, très loin de l’indispensable majorité populaire pour un choix de destin. Il y a donc en fait une usurpation du pouvoir constituant, que nous avons entendu un humoriste qualifier d’exercice illégal de la politique.

Comble de mépris démocratique, la prévision dans le projet Beauvau d’un référendum local après adoption du Parlement est d’avance ressentie comme un humiliant placement des Insulaires devant le fait accompli.

Une et indivisible, la République n’admet pas d’y avoir un pied dedans et un pied dehors. La revendication de l’autonomie s’apparente en fait à une demande de privatisation politique de l’île de beauté, promise à une mafia aux aguets prête à la transformer en république bananière. La récente prise de conscience locale de la puissance de cette pieuvre conquérante s’est  concrétisée par la fondation

courageuse, non pas seulement d’une, mais de deux associations anti-mafia. Alors est-il bien raisonnable de se priver de la pleine autorité régalienne de l’État pour terrasser la bête immonde ?

Autre argument majeur contre l’autonomie, le droit à la différence appelle inéluctablement une différence des droits. Avec l’autonomie, la Corse, région la plus pauvre de France, perdrait l’assurance tous risques de sa vitale solidarité nationale, coupant ainsi d’elle-même la branche sur laquelle elle est assise !

Mais c’est sans doute au plan national que l’autonomie de la Corse pourrait révéler ses effets les plus pervers. L’inéluctable contagion à d’autres régions, déjà sur les rangs, dynamiterait l’unité du pays qui retournerait alors aux provinces du Moyen-Age. Que l’on sache, la Constitution de la France n’a pas du tout vocation à la transformer en auberge espagnole ouverte aux quatre vents des égoïsmes provinciaux.

Rappelons que la France est le sublime aboutissement de quinze siècles d’un subtil assemblage de provinces toutes fières de leurs particularismes. Le contexte religieux ayant présidé à l’accomplissement de ce chef d’œuvre historique autorise l’allégorie d’une France-Chapelet, dont les grains constitueraient les multiples terroirs du pays et le cordon les reliant l’unité de la Nation. Un seul grain s’en échappant, tout le chapelet se déviderait. C’est ainsi que par contagion l’autonomie de la Corse menacerait la sacro-sainte survie de la France en tant que Nation.

Pour toutes ces raisons s’ajoutant au vice démocratique d’origine du projet Beauvau, le Congrès du Parlement doit impérativement le rejeter en cas de procédure allant à son terme.

Pour autant, on ne sera pas sorti de l’auberge. C’est au plan national que se pose en réalité la seule question qui vaille. Aujourd’hui toutes les régions aspirent à une émancipation administrative, en remplacement d’un centralisme autrefois fédérateur mais devenu entravant. Place à l’esprit girondin ! S’impose d’évidence la vigoureuse relance d’une décentralisation authentique sans compromis frileux.

La régionalisation de la France

La grande question politique du moment ne doit plus concerner un énième statut particulier de la Corse mais porter sur un nouveau statut général de la France. Il importe de procéder à un profond aggiornamento de son administration générale par stricte application du principe de subsidiarité, cette sorte de pierre philosophale de l’harmonie des relations humaines. En bref, ce qui peut être décidé à un niveau hiérarchique donné ne doit plus l’être à un tout autre échelon. Des énergies en jachère seront ainsi libérées dans l’intérêt général.

L’ensemble des Régions du pays doivent accéder à leur autogestion administrative, à l’exclusion bien évidemment des fonctions régaliennes, apanage inaliénable de l’État qui doit rester le gardien intransigeant du temple national. Dans ce creuset refondé d’une France revigorée, les fières et riches identités régionales pourront pleinement s’épanouir avec la garantie de l’État. De son côté, ce dernier doit saisir cette redistribution des pouvoirs pour affermir son autorité locale de contrôle, de péréquation et d’arbitrage. Il s’agira ainsi d’une sorte d’autonomie pour tous, mais dans la Liberté, l’Égalité et la Fraternité républicaines.

Cette espèce de révolution culturelle ne va pas manquer de rencontrer d’opiniâtres résistances. Il faudra certainement en passer par un référendum national donnant enfin aux Corses l’occasion de se prononcer directement sur leur destin. En raison de leur acquis ils devront bénéficier en la circonstance de la dérogation d’un choix entre trois options : l’adhésion, le statut quo ou un rejet qui acterait alors leur sortie définitive de la République. A eux de prendre toutes leurs responsabilités en connaissance de cause!

En définitive, honorables Parlementaires, vous êtes conviés à un rendez-vous de majesté avec la France. Vous avez une ardente obligation de vous montrer à la hauteur !

Michel FRANCESCHI




Résistance : Annie Almand, mourir sans jamais parler

En cette période de déséquilibre mondial où il est permis de douter de la nature humaine, il est bon d’évoquer la mémoire d’êtres qui, même s’ils n’ont pas accompli ces actes qui font les manuels d’histoire, par leur exemple de constance dans le courage, « remettent les pendules à l’heure ».

Annie Almand fut l’un d’eux, de ceux qui résistèrent à la torture pour ne pas mettre en danger leurs compagnons de lutte.

Le 30 juin 1944, Annie Almand a 23 ans. C’est une belle jeune femme au visage fin, au regard droit et intelligent, professeur de Latin, grec, français au collège de Lure (Haute-Saône). Elle apporte à la prison de Dijon un colis pour son frère Edouard, incarcéré par les Allemands pour ses activités de résistance (dans le réseau Marco qui sera plus tard affilié au SR Kléber). Pour lui, sa sœur est devenue une précieuse auxiliaire.

Dans le colis est dissimulée une lime. Celle-ci découverte, Annie est immédiatement arrêtée et inculpée de complicité.

Elle mourra dès son retour de Ravensbrück, le 23 juin 1945, mais aura le temps de raconter à sa famille les étapes de son calvaire, et son frère, lui aussi rescapé des camps, retranscrira fidèlement son témoignage.

Dès son arrestation, elle est interrogée par la Gestapo « 20 juin 1944.

[…]

Marie GATARD
Administratrice de l’AASSDN

Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

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Ukraine-Russie : L’heure des bilans

Après quatre ans de guerre, l’heure des bilans s’annonce sévère bien que ceux ci soient différenciés. C’est avec beaucoup de peine que j’ai rédigé cet article. D’abord, en qualité de Consul général de France à Kiev (URSS), puis comme premier Ambassadeur en Ukraine en 1991, j’ai assisté, en direct, à la réalisation d’un
rêve séculaire du peuple ukrainien. Accéder à l’indépendance. Celle-ci a été obtenue, non sans difficulté mais sans effusion de sang, comme je le relate dans mon ouvrage publié chez Flammarion, « Journal du premier Ambassadeur de France à Kiev ». La paix injuste mais nécessaire qui s’annonce donne une vague idée de l’immense gâchis. Ensuite, en qualité de diplomate, j’ai pu mesurer au fil des jours l’effacement de notre diplomatie dont les « coups de com » à usage domestique ne leurrent aucunement nos partenaires et encore moins nos adversaires.

La communication n’est pas de la diplomatie. La suppression, à défaut de le réformer, du corps diplomatique, exception française, est une erreur grave dont on mesurera la portée trop tard, quand
le mal sera fait, tout comme, par exemple, après avoir laissé se déliter notre industrie nucléaire. (Les soudeurs notamment, élément essentiel à la sureté nucléaire, font désormais cruellement défaut et
nous sommes devenus incapables de remédier rapidement à cette carence). La dissolution du corps diplomatique, se traduira demain par une perte de mémoire collective, alors que celle-ci semble déjà
nous manquer.

1. Bilan dramatique pour Kiev

    • Les pertes humaines, encore difficiles à recenser, sont de l’ordre du million de victimes, mortes au combat ou blessés ou traumatisés, durant les bombardements russes sur les villes. Les déplacés à l’intérieur et hors d’Ukraine se comptent par millions.Une économie dévastée, tant au niveau des infrastructures particulièrement visées par les bombardements russes, de l’industrie que de l’agriculture avec les champs de mines.
    • Des finances proches de la banqueroute et de surcroît gangrenées par une corruption endémique.
    • Un territoire amputé. Quelle que soit la solution retenue, Kiev, sauf coup de théâtre, devrait entériner la perte, plus ou moins définitive, selon la formule retenue, cessez le feu ou accord de paix, de près de 20 % de son territoire dont la Crimée et tout ou partie du Donbass.
    • Une société traumatisée qui devra affronter une crise politique et morale majeure sur le thème de l’injustice. Les soldats, de retour du front, sans avoir capitulé, après s’être battus avec une bravoure qui ne peut que susciter l’admiration, pourraient légitimement nourrir un sentiment d’amertume à l’égard des plus de deux millions de jeunes qui ont fui, souvent avec l’accord du gouvernement, leurs obligations militaires. C’est donc à une crise d’envergure qu’ il faut se préparer à affronter dans ce pays qui, contrairement aux présentations idylliques de certains de nos médias, n’a pas atteint un niveau de démocratie réelle. Les risques de propagation ne sont pas à négliger.
      Des garanties de sécurité très incertaines devraient assurer que de tels événements ne se reproduisent…. Sans ratification par le Congrès des États-Unis et sans réarmement – réel – de l’Europe, ces garanties seront aléatoires. L’absence de dispositifs analogues à ceux de l’article 5 de l’OTAN rendrait illusoire la valeur des engagements souscrits.
    • Le phénomène essentiel est qu’une Ukraine nouvelle consciente de ses destinées s’est forgée dans le sang et dans la résistance. Elle pourrait réserver de bonnes surprises. L’impasse faite par les dirigeants ukrainiens mais également français sur la réélection possible de D. Trump a également son coût. Il est élevé. Une diplomatie avisée auraitdu ménager les deux options durant la campagne électorale comme cela est de tradition et admis aux États-Unis.Si la responsabilité de la Russie est incontestable, celle de ceux qui n’ont pas su anticiper, prévenir ni arrêter, tant qu’il en était encore temps, ce désastre, feront l’objet d’études de la part des historiens….

    2. Bilan consternant pour l’UE

    Les pays constituant l’Union européenne n’ont globalement pas souffert de manière dramatique de cette crise en Europe.

    […]

    Hugues PERNET
    Premier ambassadeur de France en Ukraine

    Revue Services Spéciaux de l’AASSDN – n°274 – Mars 2026

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    Retour sur les « Journées du Royal Saint-Mart »

    Les « Journées du Royal Saint-Mart » réunissent chaque année pendant un weekend d’automne les anciens des services spéciaux de la défense nationale à l’Hôtel Royal Saint-Mart à Chamalières dans le Puy de Dôme. Ce lieu historique est emblématique de la résistance des services de renseignement et de contre-espionnage durant la guerre.

    Cet événement est strictement réservé aux anciens agents des services spéciaux de la défense nationale et à leurs invités.

    Son objectif est de mettre en lumière des femmes et des hommes de l’ombre lorsque la prescription du temps et la discrétion d’usage permettent de révéler certaines circonstances demeurées secrètes.

    Nous devons à notre Déléguée régionale Auvergne-Centre, membre de notre conseil d’administration Madame Monique Taillandier l’organisation irréprochable de cette édition inaugurale des « Journées du Royal Saint-Mart 2025 »

    Le colloque a été inauguré par une cérémonie devant la plaque en marbre noir scellée à l’entrée de l’Hôtel Royal Saint-Mart sur laquelle on peut lire ces mots gravés en lettres d’or :

    « Du 1er aout 1940 au 8 novembre 1942, l’État-Major des services spéciaux de la défense Nationale sous le commandement du Général Louis Rivet, a dirigé de l’hôtel Royal Saint-Mart à Chamalières, l’action clandestine contre l’occupant et assuré les liaisons avec les armées alliées »

    Encadrées par les drapeaux des anciens combattants et lecture faite des hommages à nos grands anciens, les autorités préfectorales et municipales et l’AASSND ont chacune déposé une gerbe de fleurs au pied du monument avant de se recueillir et d’entonner une vibrante Marseillaise sous la conduite de notre camarade la soprano Nathalie Nicaud.

    Puis, dans la grande salle de l’établissement, le général François Mermet a tenu une conférence illustrée par la projection de photos d’époque sur le thème :

    « Valéry Giscard et la défense nationale »

    On a oublié l’action vigoureuse en faveur de la modernisation de nos armées du Président VGE qui est surtout resté connu comme le « grand argentier » de la France de cette époque. Il fallait réparer cette injustice.

    Notre président d’honneur, qui fût entre 1977 et 1980 adjoint Air (chargé également du nucléaire et des exportations d’armement) de l’état-major particulier du président de la République a ponctué son intervention d’anecdotes méconnues et de révélations sur la politique de défense de VGE.

    Outre l’évocation du renforcement de nos capacités nucléaires, le général Mermet a relaté les détails des audacieuses opérations extérieures de la France en Mauritanie, au Tchad et au Zaïre pour sauver nos otages, assurer la paix en Afrique et rendre crédible les engagements de la France dans le Monde (le texte de l’intervention du général Mermet est publié sur le site de l’AASSDN)

    Monsieur Louis Giscard d’Estaing, maire de Chamalières, Président de la fondation Valéry Giscard d’Estaing, Président de l’Association des Villes Marraines des Forces Armée et ancien vice-Président de l’Assemblée National a ensuite pris la parole pour féliciter le Général Mermet, évoquer le souvenir de son père et ouvrir les débats avec la salle.

    En troisième partie de cette journée, les participants au nombre d’une centaine, ont assisté à la projection du film La Résistance au service de sa Majesté. Ce court métrage, produit notamment par ARTE et LCP et diffusé par plusieurs chaines de télévision anglo-saxonnes relate l’action du Service des Opérations Spéciales britanniques dont les 320 agentes et agents recrutés par le général Gubbins en 1940 ont conduit des opérations spectaculaires en Norvège, Belgique, Grèce, Yougoslavie, Danemark, mais également en France où les exploits de Lise de Baissac sont hélas oubliés. À l’issue de la projection, la réalisatrice Madame Cécile Coolen a présenté les circonstances de son tournage et répondu aux questions du public.

    Un diner gastronomique convivial est venu clôturer le programme du samedi qui s’est prolongé par d’enrichissants échanges dans les salons de l’hôtel.

    La matinée de dimanche a débuté par une messe à l’église de Châteaugay à quelques kilomètres de Chamalières.

    Puis l’assistance s’est transportée au cimetière du village pour rendre hommage et incliner les drapeaux devant la tombe de Marcel Taillandier Compagnon de la Libération.

    Sous un ciel pur et un soleil éclatant une autre cérémonie émouvante ponctuée de discours des autorités préfectorales et des élus locaux, de dépôts de gerbes et de chants, s’est tenue devant la stèle des six Compagnons de la Libération et des 727 Médaillés de la Résistance de Châteaugay. Tout comme les précédentes cérémonies, la voix de notre cantatrice a fait vibrer la Marseillaise.

    L’assemblée s’est retrouvée ensuite dans les locaux municipaux autour d’un verre de l’amitié.

    Dans l’après-midi, dans la grande salle de l’hôtel Royal Saint-Mart, Nathalie Nicaud nous a enchanté par son spectacle retraçant la vie de Joséphine Baker. Cette lumineuse représentation en chansons s’est prolongée par un débat et l’ouverture d’un bal improvisé entre notre président d’honneur et la cantatrice ! La soirée s’est poursuivie dans la bonne humeur.

    L’Auvergne, terre de résistance sait accueillir ses amis. Nos hôtesses avaient mis les petits plats dans les grands. Le Royal Saint-Mart est une table réputée à laquelle les congressistes ont fait honneur.

    Solennelles, instructives, conviviales et joyeuses sont les adjectifs qui résument ces deux trop courtes « Journées du Royal Saint-Mart »

    Tous les participants ont prêté le serment de revenir l’an prochain les 17 et 18 octobre 2026.

    RSM
    25-26 octobre 2025




    Hommage aux « MERLINETTES », Corps féminin des transmissions d’Afrique du Nord (Forces Françaises combattantes)

    Les surnom de Merlinettes est dérivé du général Merlin, commandant les transmissions dans l’armée française en Afrique du Nord.

    Ce fût indéniablement un évènement exceptionnel pour ces quatre-vingts parents des courageuses Merlinettes venues de tous les horizons de France, à l’initiative de Jean-Georges Jaillot-Combelas, neveu de l’une d’entre-elles.

    En cette froide matinée d’automne, ils se sont rassemblés dans le jardin de la Sous-lieutenante Eugénie Malika Djendi autour du sublime Monument des opérations extérieures situé dans le parc André Citroën à Paris. Retrouvailles ou premières rencontres, chaleureuses, fraternelles et toujours émouvantes en cet endroit vénéré, devenu un des dix Hauts lieux de la mémoire nationale.

    Le Colonel Arnaud Basset, chef de corps du 8e Régiment de Transmissions du Mont Valérien, accompagné d’un piquet d’honneur interarmées de son unité et en présence du drapeau de notre Amicale présidait cette cérémonie.

    Cette commémoration est tout à fait exceptionnelle, car elle était la première mais aussi probablement la dernière réunissant des familles des enfants du baby-boom de l’après-guerre, en hommage à leurs mères, tantes ou grands-mères.

    Notre camarade Jaillot-Combelas leur fit découvrir ce jardin, niché dans le cœur du 15e arrondissement dont il obtint de la Mairie de Paris qu’il soit dédié en hommage à la S/LTN Eugénie Djendi (1923-1945) opératrice radio du Corps Féminin des Transmissions d’Afrique du Nord, parachutée par les Services Spéciaux d’Alger en France occupée, arrêtée et déportée en août 1944 et exécutée le 18 janvier 1945 à Ravensbrück, comme cela est inscrit sur les plaques apposées sur chacune des entrées de ce jardin.

    Jean-George le rappela dans un émouvant discours.

    L’après-midi une cérémonie eut lieu dans le fort du mont Valérien sur la place d’armes du 8ème Régiment de Transmissions dont le drapeau – soustrait aux allemands dans les heures sombres de l’occupation – a été ramené par le général Merlin en 1945.

    C’est le seul de l’armée française portant sur son étamine l’inscription Résistance « 1940-1944 ».

    Le colonel Delort Directeur de la Zone d’appui numérique a remis la Légion d’honneur à la colonelle Verney, avant de prononcer une allocution mentionnant la glorieuse épopée des Merlinettes et de clore la cérémonie.

    Privilège rare, avant de quitter la forteresse, ceux qui le souhaitaient purent visiter sous la conduite du capitaine Catteau de la cellule patrimoine, le musée du Régiment qui regroupe les riches collections de matériels, de documents et de souvenirs de l’histoire des Transmissions dont une machine Enigma.

    Monique Taillandier était particulièrement émue car elle découvrait pour la première fois l’endroit où son père opéra pendant trois ans au sein de nos Services d’écoutes avant de se replier à Bon-Encontre pour continuer le combat dans la clandestinité.

    Général d’armée aérienne François MERMET
    Président d’honneur de l’AASSDN
    CEREMONIE MEMOIRE du 28 octobre 2026

    Source création photo : AASSDN




    Liban – Israël : Un voisinage instable

    Cet article est un point de situation avant l’attaque du Hamas du 7 octobre puis celle contre le Hezbollah au Liban par les Israeliens quelques mois plus tard. En le lisant on voit qu’en dehors de la neutralisation du Hezbollah rien n’est réglé sur le problème territorial qui est la clé de la paix entre les deux pays.

    Le Liban n’a toujours pas résolu le problème crucial du recouvrement de sa pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire (cf. PFV n°105 et 106). Car d’une part, le désarmement des camps palestiniens, à peine entamé au printemps 2025, est loin d’être achevé, interdisant aux autorités libanaises d’y intervenir ; d’autre part, le désarmement du Hezbollah prévu par un plan voté l’été dernier par le gouvernement, qui confiait à l’armée libanaise sa mise en œuvre, se heurte à de nombreuses difficultés liées au refus du parti chiite de désarmer, dans le but de résister à l’occupation israélienne de plusieurs territoires libanais dans la région méridionale du pays. Le maintien de ses armes par le Hezbollah est considéré comme un danger existentiel pour Israël dont l’armée multiplie ses attaques quotidiennes sur ces régions majoritairement habitées par des chiites et de nombreux chrétiens . 

    Par ailleurs, la perspective de négociations directes entre Israël et le Liban, soutenue par plusieurs États alliés de ce dernier, demeure incertaine.  Pour une meilleure compréhension de la complexité qui caractérise les relations de voisinage entre le Liban et Israël, nous vous proposons ici d’en reprendre plusieurs étapes historiques. 

    Le Liban face à la création d’Israël

    À la suite du vote du partage de la Palestine, à l’ONU, le 29 novembre 1947, suivi par la proclamation de l’État d’Israël sur l’ensemble de la Palestine, le 14 mai 1948, dont la fondation avait été décidée lors du premier congrès sioniste de Bâle (Suisse) en 1897, les gouvernements des pays voisins ont refusé de reconnaître cette nouvelle entité. Coalisés sous l’appellation Forces armées arabes unifiées (Égypte, Irak, Jordanie, Syrie et Liban), ils déclenchèrent la première guerre arabo-israélienne. Indépendant depuis 1943 et ne disposant que d’une armée embryonnaire (3 000 hommes), le pays du Cèdre n’y participa que faiblement, se contentant de repousser les miliciens sionistes, qui occupèrent cependant une dizaine de villages situés dans sa région méridionale.  Lors de la signature de l’accord d’armistice, qui eut lieu le 23 mars 1949 au poste frontalier de Ras-Naqoura, le lieutenant-colonel Mordechai Makleff, négociateur israélien, déclara : « Israël n’a jamais eu de querelles avec le Liban dans le passé et n’a aucune raison d’en avoir dans l’avenir » (New York Times, 24 mars 1949).  Bien que parrainée par l’ONU et concernant des territoires reconnus internationalement, cette convention ne fixait pas le tracé d’une frontière commune entre les deux pays voisins, n’impliquait aucune reconnaissance réciproque officielle et excluait donc l’établissement de relations diplomatiques. Mais par sa signature, l’État hébreu renonçait aux plans conçus avant 1948 par des représentants de partis sionistes. Ces projets mêlaient des considérations territoriales, économiques et confessionnelles. En voici un aperçu. 

    Dans L’Orient-Le Jour (OLJ) du 24 novembre 2023, le journaliste Salah Hijazi cite cette information de l’historien Henry Laurens : « Avant 1948, la droite israélienne avait des vues sur le Liban-Sud ».  De fait, deux partis sionistes, Agoudat Israël (Rassemblement d’Israël) et Tehiya (Renaissance), demandaient l’incorporation au futur État juif de la région méridionale du Liban jusqu’au fleuve Litani, au motif que cette région, constituant le secteur septentrional de la Haute-Galilée historique, était partie intégrante de l’Israël biblique (cf. A. Laurent et A. Basbous, Guerres secrètes au Liban, Gallimard, 1987, p. 157).  Une revendication semblable émanait de l’Agence juive à la même époque, comme cela ressort d’une lettre envoyée par Eliahou Sasson, juif d’Alep (Syrie) et chef du département arabe de cette Agence, à Moshe Sharett, responsable du département politique de ladite Agence. Sasson y privilégiait les motifs confessionnels : « Je recommande d’encourager les éléments qui veulent le partage du Liban. Si un État chrétien y voyait le jour avant la création de l’État juif, nous profiterions de ce précédent pour résoudre le problème de la Palestine » (A. L. et A. B, op. cit., p.165). 

    Regards sionistes sur le Liban

    Dans L’Orient-Le Jour (OLJ) du 24 novembre 2023, le journaliste Salah Hijazi cite cette information de l’historien Henry Laurens : « Avant 1948, la droite israélienne avait des vues sur le Liban-Sud ». 

    De fait, deux partis sionistes, Agoudat Israël (Rassemblement d’Israël) et Tehiya (Renaissance), demandaient l’incorporation au futur État juif de la région méridionale du Liban jusqu’au fleuve Litani, au motif que cette région, constituant le secteur septentrional de la Haute-Galilée historique, était partie intégrante de l’Israël biblique (cf. A. Laurent et A. Basbous, Guerres secrètes au Liban, Gallimard, 1987, p. 157).  Une revendication semblable émanait de l’Agence juive à la même époque, comme cela ressort d’une lettre envoyée par Eliahou Sasson, juif d’Alep (Syrie) et chef du département arabe de cette Agence, à Moshe Sharett, responsable du département politique de ladite Agence. Sasson y privilégiait les motifs confessionnels : « Je recommande d’encourager les éléments qui veulent le partage du Liban. Si un État chrétien y voyait le jour avant la création de l’État juif, nous profiterions de ce précédent pour résoudre le problème de la Palestine » (A. L. et A. B, op. cit., p.165). 

    Dès avant la naissance d’Israël, David Ben Gourion, qui en fut le premier chef de gouvernement, avait développé ce projet : « Nous allons conquérir le Liban jusqu’au fleuve Litani, annexer le Sud, créer un État maronite au nord qui signera un traité de paix avec Israël ; les parties non chrétiennes seront annexées par la Syrie ou bien l’on trouvera d’autre arrangements ». Selon son biographe, le député travailliste Michel Bar-Zohar, « impressionné par la fuite des Palestiniens en 1948, Ben Gourion était persuadé qu’un phénomène identique se produirait au Liban. Ainsi vidée de sa composante chiite, cette région aurait été annexée sans problème ». Si, en 1949, le Premier ministre israélien accepta de retirer ses troupes de quatorze villages libanais conquis par Tsahal, c’est parce qu’il croyait Beyrouth prêt à signer un traité de paix et à exploiter conjointement les eaux fluviales du Liban-Sud. En 1967, Ben Gourion renonça toutefois à ce projet, affirmant au général de Gaulle qu’il ne voulait plus un pouce du Liban (A. L. et A. B., op. cit., p. 182 et 184). 

    Juifs, Druzes, Chiites et Maronites

    Salah Hijazi mentionne d’autres exemples répondant à ces motivations. En 1995, l‘historien israélien Eyal Zisser évoquait le fait que, quelques jours avant la création de leur État, des officiels sionistes s’étaient entretenus avec des figures maronites libanaises pour évoquer la possibilité de voir Beyrouth céder les régions du Sud à Israël, arguant que cela permettrait d’obtenir un équilibre démographique plus favorable aux maronites du Liban (OLJ, op.cit.). 

    Les sionistes faisaient souvent valoir le danger que pouvait représenter un État multiconfessionel, avec une importante composante musulmane (religion majoritaire chez les Palestiniens), dans le voisinage immédiat du futur Israël. De fait, bâti sur l’exclusivisme, le sionisme mêle indistinctement deux concepts : le judaïsme (religieux) et la judéité (ethnique). Ses représentants cherchaient donc à obtenir le soutien des communautés libanaises minoritaires. Ils songèrent aux druzes dont la doctrine enseigne que la foi juive leur est plus proche que l’islam et le christianisme (Anouar Yassin, Catéchisme des druzes, 1985), raison pour laquelle dans les années 1930, qu’ils soient de Palestine, de Syrie et du Liban, ces derniers avaient soutenu activement le projet sioniste. Ils songèrent même aux chiites, qui étaient alors privés de leur identité par les pouvoirs sunnites, majoritaires dans la région. 

    Leur choix se porta sur les maronites dont l’intelligentsia avait pourtant, au début du XXème siècle, émis des réserves sur le projet sioniste, mais les persécutions antijuives des nazis entraînèrent la bienveillance de cette Église envers le peuple juif. Ainsi, en 1937, lors d’une visite à la synagogue de Wadi Abou-Jamil (Beyrouth), le patriarche Antoine Arida et l’archevêque de Beyrouth, Ignace Moubarak, unirent leurs propos pour rassurer les juifs du Liban. Si en Palestine les Arabes persécutaient les juifs et les chassaient hors de leur territoire, le Liban les accueillerait « comme partie intégrante d’une même nation », ce qui leur valut de vives protestations de la part des musulmans. Renonçant au projet de « foyer national chrétien », l’Église maronite accréditait ainsi le concept plus large de libanisme (cf. A. L. et A. B.,op. cit., p.177). 

    Les conflits israélo-palestiniens au Liban

    Optant pour une neutralité de facto, le Liban ne participa pas aux autres guerres arabo-israéliennes de 1956, 1967 et 1973, mais il en subit les retombées douloureuses après l’accord du Caire qui lui fut imposé par la Ligue des États arabes en 1969 conférant aux réfugiés palestiniens, nombreux à avoir été accueillis au pays du Cèdre, toute liberté de lancer des opérations militaires contre l’État hébreu. Or, cette disposition contrevenait à l’armistice qui interdisait à chacun des signataires tout acte de guerre ou d’hostilité contre l’autre. Et l’accord prenait soin d’inclure les attaques qui seraient commises par des « forces non régulières » (cf. PFV n° 104). 

    C’est sur ce texte que l’État hébreu a fondé sa politique de représailles hors de ses frontières, le plus souvent dirigées contre les positions palestiniennes au Liban-Sud, mais aussi dans la banlieue de Beyrouth et des régions plus lointaines (le Nord et la Bekaa). Ces offensives se sont d’abord produites en 1970, 1972, 1973 et 1974 (il s’agissait là d’actions préventives). Elles se sont développées à partir de 1975, suite au début de la guerre déclenchée par les combattants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui visait les institutions et les populations libanaises (cf. PFV n° 104). Au début de ce conflit, Israël estimait que le modèle libanais est « un pays aux tendances suicidaires » (A. L. et A. B., op. cit., p. 163).

    En mars 1978, Tsahal a lancé une offensive d’envergure, atteignant les rives du fleuve Litani. Baptisée « Pierre de Sagesse », elle était destinée à repousser les Palestiniens au nord du fleuve Litani, mais elle visait aussi à créer « une zone de sécurité dans le Liban-Sud en collaboration avec les forces chrétiennes » de l’officier dissident melkite Saad Haddad. Chargé d’interdire l’accès de ce territoire, qu’il a constitué sous le nom d’« État du Liban libre », Haddad s’opposait aussi à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), composée de 6 000 « casques bleus », chargés d’aider l’État libanais à recouvrer sa souveraineté sur cette région (résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité). Tsahal s’est retirée du secteur en juin de la même année et a été remplacée par une milice appelée « Armée du Liban-Sud » (ALS) commandée par S. Haddad et inféodée à l’État hébreu. 

    La paix manquée de 1982

    « Pays à visage chrétien », le Liban ne pouvait, sous peine d’être mis au ban du monde arabe, conclure une paix formelle avec Israël tant qu’un État arabe sunnite n’aurait pas franchi le Rubicon. Sans complexe, Beyrouth s’apprêtait à emboîter le pas à l’Égypte en paix avec Israël depuis 1979, mais la Syrie qui occupait son territoire depuis 1976 s’y est opposée en ruinant le projet envisagé en juin 1982 lors de l’offensive israélienne « Paix en Galilée », destinée à anéantir l’OLP et ses bases militaires. En échange de l’aide qu’il accordait à la résistance chrétienne, le Premier ministre Menahem Begin espérait aussi signer un traité de paix avec le Liban comme le laissait entrevoir l’élection de Béchir Gemayel, chef des Forces libanaises, principal mouvement anti-palestinien. Ce sera une paix manquée : ayant succédé à Béchir, assassiné juste après son élection à la tête de l’État, son frère, Amine, refusa de ratifier l’accord israélo-libanais signé le 17 mai 1983 (A.L. et A.B., op. cit., p. 191-223). 

    C’est à partir de 1982 que le Hezbollah se révéla au grand jour en s’implantant au Liban-Sud d’où il entreprit la lutte armée à la fois contre Tsahal qui occupait cette région et contre le territoire israélien (cf. PFV n° 101). En 1996, Israël riposta à ces attaques en lançant l’opération « Raisins de la colère », qui se termina avec la signature d’un cessez-le-feu (26 avril 1996) confié à un « groupe de surveillance » formé des Etats-Unis, de la France et de la Syrie. Satisfait, le Premier ministre libanais, Rafic Hariri, déclara : « Le Hezbollah a le droit de combattre les troupes israéliennes dans la zone occupée, mais il n’a absolument pas le droit de tirer une seule roquette vers le territoire israélien » (OLJ, 13 février 2024). 

    Quant à Tsahal, elle maintint son occupation du Liban-Sud jusqu’en mai 2000, événement reconnu par l’ONU qui traça alors la démarcation entre les deux pays, appelée « ligne bleue » (7 juin 2 000). Ce retrait n’a pas empêché le Hezbollah de poursuivre ses offensives anti-israéliennes. Le 12 juillet 2006, il lança une offensive contre le nord de l’État hébreu, à laquelle ce dernier riposta. La résolution 1701, adoptée par l’ONU le 11 août 2006 pour mettre fin à cette guerre après plus d’un mois de combats et plus d’un millier de morts, prévoyait « l’établissement, entre la ligne bleue et le Litani, d’une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes, autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et la FINUL ». Elle appelait même Beyrouth « à étendre sa souveraineté sur tout son territoire », ce qui sous-entend le désarmement du parti chiite. 

    Autre point important : la résolution prévoyait que « soient délimitées pour de bon les frontières internationales du pays du Cèdre avec ses deux voisins » (art. 10). Cette clause, restée lettre morte, permet au Hezbollah de ne pas rendre ses armes au motif qu’une partie  du territoire libanais est toujours sous occupation. Et cela permet à Israël de justifier son occupation de cinq points stratégiques au Liban-Sud (PFV n° 106). 

    Le 8 octobre 2023, au lendemain du massacre anti-juif commis par le parti islamiste palestinien Hamas, rejoint par le Hezbollah, tout était donc prêt pour la reprise d’une guerre dont on ne voit pas encore la fin malgré la perspective de négociations israélo-libanaises encouragées par certains États alliés du pays du Cèdre.

    Ces deux questions seront au programme de la Petite Feuille Verte n° 108.

    Annie LAURENT
    Déléguée générale de CLARIFIER
    Source : clarifierassociation@gmail.com
    La petite feuille verte n°107
    Novembre 2025




    Guerre en Ukraine : La corruption comme un art de vivre

    21 avril 2019 – « En écrivant et en incarnant le rôle principal dans la série à succès Serviteur du peuple, dans laquelle un professeur d’histoire, Vasyl Holoborodko, est propulsé président pour nettoyer le pays de la corruption, M. Zelensky a simplement donné à des millions d’Ukrainiens le sentiment que la politique pouvait être autre chose ». Benoît Vitkine rapportait, pour Le Monde (1), la victoire avec 73% des voix de Volodimir Zelensky en Ukraine, en notant : « Il est assez facile de comprendre contre quoi les Ukrainiens ont voté : corruption, guerre, pauvreté, ces maux associés à l’ère Porochenko ».

    Ajoutant : « Ce changement plébiscité par les électeurs est aussi un pari. En 2014, les Ukrainiens ont estimé que nul n’était mieux placé pour démanteler le système politico-mafieux ukrainien que l’un de ses enfants, l’oligarque Petro Porochenko ; cinq ans plus tard, alors que leur pays est déchiré, ils misent sur un outsider investi d’une mission de salubrité publique ».

    Mais quelques mois plus tard, en octobre 2021, des ombres viennent ternir déjà le promoteur d’un « populisme d’un type nouveau : un populisme « sympa », proeuropéen, qui ne cherche pas le clivage mais le rassemblement d’une Ukraine aux identités morcelées » – promesses de campagne non tenues, comme on le sait. Un regroupement de journalistes d’enquête, l’OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), fondé en 2006, révèle que « M. Zelensky et ses partenaires dans une société de production télévisuelle, Kvartal 95, ont mis en place un réseau de sociétés offshore depuis au moins 2012, année où la société a commencé à produire régulièrement des contenus pour les chaînes de télévision appartenant à Ihor Kolomoisky, un oligarque poursuivi par des allégations de fraude portant sur plusieurs milliards de dollars ». C’est l’affaire des Pandora Papers, qui décrypte l’implication de Volodimir Zelensky, de sa femme et de leurs cercles proches dans l’achat de « coûteuses propriétés », notamment à Londres (2).

    Vient l’affrontement armé avec la Russie, en février 2022.

    Le 2 août 2022, c’est Thomas Friedman, trois fois prix Pulitzer, qui s’inquiète dans le New York Times, de « drôle d’affaires à Kiev ». Précisant : « En privé, les responsables américains sont beaucoup plus préoccupés par les dirigeants ukrainiens qu’ils ne le laissent paraître ». Le 7 août, c’est a chaîne américaine CBS (3) qui s’intéresse, avec précaution, au sort des « armes et équipements militaires » qui « sontacheminés jusqu’à la frontière polonaise, où les États-Unis et les alliés de l’OTAN les transportent rapidement de l’autre côté de la frontière pour les remettre aux autorités ukrainiennes ». Selon un témoin, « seulement « 30 à 40 % » des fournitures qui traversaient la frontière atteignaient leur destination finale ». Le doute traverse la presse américaine – dont Newsweek, le 10 août (4). « Ainsi, les contribuables américains empruntent des dizaines de milliards de dollars que leur pays n’a pas, pour envoyer des fortunes au dirigeant irresponsable d’un pays corrompu, tout cela pour intensifier une guerre dans laquelle les États-Unis n’ont aucun intérêt national vital. Oh, et cela pendant une récession marquée par une inflation galopante au niveau national. Je vois ».

    Un an après « l’opération militaire spéciale russe » cependant, les armes arrivent toujours à flots en Ukraine. A l’Ouest, on s’est donc fait une raison quant à la corruption ?

    Pourtant, la Cour des comptes européenne avait averti, dès 2021. Son rapport est toujours disponible en français. Et très clair, facile à lire, en synthèse ou in extenso. Que dit le rapport ? Il permet de comprendre comment les Ukrainiens acceptent cet état de fait. « L’Ukraine est minée de longue date par la corruption et est confrontée à la fois à la petite et à la grande corruption. La petite corruption est généralisée et est acceptée comme un phénomène presque inévitable par une grande partie de la population. Pour justifier leur participation à la petite corruption, les citoyens font souvent remarquer que de hauts fonctionnaires et des oligarques sont impliqués dans des malversations à une bien plus grande échelle. Les experts estiment que des montants considérables, à savoir des dizaines de milliards de dollars, sont perdus chaque année en raison de la corruption en Ukraine ».

    La grande corruption ?

    « Transparency International définit la grande corruption comme un abus de pouvoir de haut niveau, qui profite à quelques-uns au détriment du plus grand nombre et cause des préjudices graves et de grande ampleur aux individus et à la société. En Ukraine, la grande corruption repose sur des liens informels entre des fonctionnaires de l’exécutif, des membres du parlement, des procureurs, des juges, des agents des services répressifs, des dirigeants d’entreprises publiques, ainsi que des individus/entreprises jouissant de relations dans le monde politique (voir l’infographie, à ne pas manquer !). L’Ukraine compte environ 3 500 entreprises publiques au niveau central et 11 000 au niveau municipal ». Peut-on être plus clair ?

    Précision ? « La «captation de l’État» par des groupes de puissantes élites politiques et économiques à la structure pyramidale et enracinés dans l’ensemble des institutions publiques et de l’économie est considérée comme l’une des caractéristiques spécifiques de la corruption en Ukraine. Tant le Fonds monétaire international (FMI) que le gouvernement ukrainien ont reconnu que des intérêts particuliers ont généré une résistance aux réformes structurelles. La grande corruption due à la faiblesse de l’état de droit et à la large influence des oligarques va à l’encontre des valeurs de l’UE et constitue un obstacle majeur au développement de l’Ukraine. La grande corruption ou la corruption de haut niveau entrave la concurrence et la croissance du pays, nuit au processus démocratique et fait le lit de la petite corruption ».

    En 2021, la Cour pouvait espérer que les recommandations de l’Union européenne seraient efficaces.

    D’ailleurs un an après le début de la guerre, en février 2023, Yves Bourdillon notait pour les Echos (6), que « le simple comique troupier télévisuel » de 2019, Volodimir Zelensky, « vêtu de son désormais inévitable tee-shirt kaki, celui qui a été élu personnalité de l’année par le magazine « Time », a reçu à Kiev tous les grands chefs d’Etat et de gouvernement alliés. Joe Biden a été, lundi, le premier président américain à se rendre dans un pays en guerre sans que son armée y soit déployée ». On se souvient aussi comment Volodimir Zelensky a été acclamé par le Parlement français en mars 2022, Assemblée nationale et Sénat (7). Tout à sa détestation de Vladimir Poutine, Joe Biden, lui même concerné par les affaires de son fils en Ukraine, continue de déverser armes et milliards sur le pays.

    L’arrivée de Donald Trump en janvier 2025 ?

    Ce n’est pas la corruption mais une autre vision du monde qui lui fait changer de pied – avec sa spectaculaire rencontre avec le président russe en Alaska – la suite nous étant à peu près indéchiffrable les deux protagonistes se voulant pour l’heure taiseux. C’est l’Europe – qui ne participe en rien aux négociations – qui a bruyamment repris le flambeau du soutien à l’Ukraine. Et qui est touchée de front par la nouvelle affaire « de corruption d’une ampleur exceptionnelle » qui, nous dit le Figaro (8), « secoue les plus hautes sphères de l’Etat ukrainien ». On y parle de milliards et de très proches de Zelensky (Timur Mindish, son associé dans Kvartal 95, voir plus haut), de quoi rendre la vue aux aveugles. « Elle a été révélée le 11 novembre, quand le Bureau national anticorruption (Nabu) » dont Volodimir Zelensky voulait supprimer l’indépendance – « a annoncé l’inculpation de huit personnes pour corruption, détournement de fonds et enrichissement illicite dans le secteur énergétique ». L’affaire tombe très mal pour le président Macron au moment où il annonce la vente d’une centaine de Rafale à l’Ukraine d’ici à 2035 (comment les fabriquer, payés comment ?) alors qu’il lui reste un peu plus d’un an de mandat non renouvelable.

    Quant à la corruption, qui est notre sujet ici, une ONG citée par le Figaro résume : « Les mécanismes de corruption persistent. Même après trois années d’invasion totale et douze ans de guerre, certains continuent encore de s’enrichir sur le sang des Ukrainiens ».

    Mais pour ceux qui pratiquent autour de Volodimir Zelensky, la corruption est un art de vivre, en somme.

    Hélène NOUAILLE
    Directrice de la rédaction
    La lettre de Léosthène

    19 novembre 2025
    n°1951/2025

    Infographie :

    Le système ukrainien facilite la grande corruption (source : Cour des comptes européenne, 2021)

    https://op.europa.eu/webpub/eca/special-reports/ukraine-23-2021/fr/#figure1

    Notes :

    (1) Le Monde, le 21 avril 2019, Benoît Vitkine, Ukraine : Volodymyr Zelensky remporte la présidentielle, le pays fait un saut dans l’inconnu
    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/21/en-elisant-volodymyr-zelensky-president-l-ukraine-fait-un-saut-dans-l-inconnu_5453254_3210.html

    (2) OCCRP, le 3 octobre 2021, Pandora Papers Reveal Offshore Holdings of Ukrainian President and his Inner Circle
    https://www.occrp.org/en/the-pandora-papers/pandora-papers-reveal-offshore-holdings-of-ukrainian-president-and-his-inner-circle

    (3) CBS, le 7 août 2022, Adam Yamaguchi, Ales Pena, Why military aid in Ukraine may not always get to the front lines
    https://www.cbsnews.com/news/ukraine-military-aid-weapons-front-lines

    (4) Newsweek, le 10 août 2022, Steve Cortes, The Zelensky Narrative is Shifting
    https://www.newsweek.com/zelensky-narrative-shifting-opinion-1731875

    (5) Cour des comptes européenne, 2021, Rapport spécial, Réduction de la grande corruption en Ukraine : des résultats encore insuffisants malgré plusieurs initiatives de l’UE
    https://op.europa.eu/webpub/eca/special-reports/ukraine-23-2021/fr/#chapter0

    (6) Les Echos, le 23 février 2023, Yves Bourdillon, Volodymyr Zelensky, le « lion » inattendu
    https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/zelensky-le-lion-inattendu-1909503

    (7) France Inter, le 23 mars 2022, Julien Baldacchino, Devant le Parlement français, Zelensky évoque Verdun, la devise tricolore et les entreprises françaises
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/devant-le-parlement-francais-zelensky-evoque-verdun-la-devise-tricolore-et-les-entreprises-francaises-3488919

    (8) Le Figaro, le 17 novembre 2025, Clara Marchand, Corruption en Ukraine : cette affaire qui secoue les plus hautes sphères de l’Etat
    https://www.lefigaro.fr/international/corruption-en-ukraine-cette-affaire-qui-secoue-les-plus-hautes-spheres-de-l-etat-20251117

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