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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Qa-Rz
 

RAMBAUD

Christian, Jean, René

Pseudonyme: Raymond

 

 

Né le 17 septembre 1913  à  Paris Xe de Marie, Edouard, Jean Rambaud  et de  Louise Martin Epouse: Simone Konevetzky Profession: officier d'active Décédé le 12 octobre 1944  à  Buchenwald (Allemagne)

 Réseau: S.S.M.F./T.R. (Action région de Roanne)Agent P2

 

Officier de carrière, Christian Rambaud, entré dans le Génie en 1934, avait obtenu un brevet de chef de section du Génie comme sapeur télégraphiste. Il était donc devenu spécialiste radio en 1937 et fut admis à L'EMAG à Versailles à la suite du concours de 1939. Cette année-là, il s'est marié avec Simone Konevetzky, ils auront quatre enfants.

Promu sous-lieutenant en décembre 1939, il a fait la guerre au Dépôt de guerre du Génie n°6 à Angers, puis au dépôt de guerre n°8, avant d'être affecté, d'août 1940 à fin 1940, dans des groupes de transmission, à Brive, à Limoges et à Bergerac. Nommé dans l'armée d'active, durant l'année scolaire 1940-1941, il suivit les cours de l'École du Génie; puis, promu lieutenant en août 1941, fut affecté au groupe de transmission d'Avignon. C'est comme lieutenant qu'il y est démobilisé le 29 novembre 1942, mais pour être rappelé le 1er mars 1943 et affecté à la 3e Compagnie de groupement de travailleurs civils pour les P.T.T., et enfin mis dans la position de "non disponibilité" en novembre 1943.

Depuis trois mois déjà, il est officier de transmission, chef d'antenne,  dans les T.R. pour lesquels il assure des liaisons avec l'Afrique du Nord .

Les circonstances de son arrestation sont les suivantes ( Bulletin de L'A.A.S.S.D.N.n° 188). Le 30 avril 1944 ( le 29 avril d'après le SHAT et le Bureau Résistance), le commandant Verneuil attend le lieutenant Rambaud à la gare du Puy. Celui-ci arrive par le train de Saint Étienne, devant apporter les directives préparatoires pour le débarquement de juin. Heureusement, il ne les a pas sur lui, car il est arrêté par la Gestapo sous les yeux du commandant Verneuil qui parvient à s'échapper.

Une citation dira que Christian Rambaud a alors "par son calme et son sang-froid empêché l'arrestation de ses camarades de combat."

Il est déporté en Allemagne le 15 août 1944 d'après le SHAT et le Bureau Résistance, en juillet 1944 d'après le témoignage de Richard Chotin, rescapé de déportation. Ce dernier dira en effet que Christian Rambaud faisait partie, avec le capitaine Vellaud*,"d'un groupe de 37 officiers français, anglais, canadiens et belges, arrivé au camp de Buchenwald en juillet 1944. Ce groupe, contrairement à l'usage, ne fut pas placé en quarantaine dans le petit camp, mais interné au Block 17 du grand camp, qui était un block de passage.

Dans la soirée du 16 septembre 1944, 16 d'entre ces officiers, la plupart appartenant à la French Section, furent pendus dans la cave du four crématoire. Parmi eux, Robert Benoit, coureur automobile notoire, et le lieutenant Leccia, d'origine corse, que j'avais connu à Limoges.

Peu de temps après, la Direction du camp décida l'affectation des 21 survivants du groupe dans les blocks du grand camp, mais avec défense expresse d'utiliser ces hommes à des travaux extérieurs au camp.

C'est ainsi que les capitaines Vellaud* et Avallard* et le lieutenant Heusch* furent affectés au block 45, et les lieutenants Rambaud, de Séguier* et Chaigneau* au block 1O, le mien. Je les fis placer à la table 5 de l'aile B, qui était la mienne.

Grâce à des complaisances, 2 ou 3 camarades parvinrent à partir en transport malgré les ordres donnés, et c'est ainsi que la capitaine J.M. Avallard fut dirigé sur Iéna.

Le 4 octobre 1944 à l'appel du soir (19 heures), 12 de ces camarades reçurent un avis d'avoir à se présenter le lendemain à 6 heures, rasés et coiffés, à la pancarte 5. Une lourde angoisse s'empara d'eux, car chacun savait que la pancarte 5 signifiait la mort. Ils nous firent leurs adieux ce soir là, et je quittai à 20 heures (heure de rentrée dans les blocks) le capitaine Vellaud et le lieutenant Heusch, qui me prièrent de recommander leur famille au commandant Paillole. Le capitaine Vellaud fit un mot et déposa plusieurs objets personnels qui furent cachés par un Allemand actuellement à Paris, Willy Heckel, ex-agent du S.R. de Belfort, condamné en 1937 pour espionnage et incarcéré depuis cette date. Heckel était pour ceux du service un véritable ami; il se dévoua sans compter pour nous tous.

Le 5 octobre au matin, avant le départ pour le travail, vers 5 heures 30, nous aperçumes nos malheureux camarades au rassemblement près de la pancarte 5. Le capitaine Hallard et moi-même dépéchâmes aussitôt l'Allemand précité Willy Heckel pour connaître le sort de ces infortunés. Willy Heckel, qui avait 7 ans d'internement, possédait un coupe-file qui lui permettait de circuler librement entre l'usine où j'étais employé et le camp, et ce à toute heure du jour.

De son côté, le lieutenant Rambaud, qui n'avait pas été convoqué, devait suivre également le scénario d'exécution, de l'intérieur du camp.

Vers 7 heures, le lieutenant S.S. Gusse (orthographe phonétique), adjoint du Lager fuhrer, une brute dans toute l'acception du mot, vint auprès de nos amis et, de sa cravache, leur indiqua la cheminée du crématoire tout proche.

A cette insolence, tous nos camarades éclatèrent de rire et le narguèrent.

Ils furent aussitôt après enfermés dans les bunkers proches.

Ce n'est qu'à partir de 14 heures que les exécutions commencèrent au stand de tir situé à environ 100 mètres en face de l'entrée principale.

Les détenus employés aux abord du stand furent éloignés.

Le lieutenant Rambaud vit nos camarades sortir deux par deux, les mains liées dans le dos, sérieusement encadrés et dirigés vers le stand de tir.

Les détenus que l'on avait écartés du stand entendirent l'exécution qui eut lieu à la mitraillette, sans coup de grâce.

Le lieutenant Rambaud aperçut ensuite le transport des corps et leur entrée au crématoire.

Vers 16 heures l'exécution était terminée.

Le lendemain, des S.S. allèrent chercher à Iéna le capitaine Avallard et un autre camarade dont je ne connais pas le nom, pour les fusiller également au stand de tir l'après-midi.

Le lieutenant Rambaud devait être fusillé le 12 octobre 1944. C'est un détenu employé à l'Arbeit Statistik qui vint le chercher vers midi. Il fut exécuté dans l'après-midi."

Déclaré "Mort pour la France" et promu capitaine, Christian Rambaud sera nommé dans l'ordre de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation  (Légion d'Honneur et  Croix de Guerre 1939-1945 avec palme):

"Officier d'élite. Volontaire pour participer au service clandestin de contre-espionnage en France occupée. S'est dépensé sans compter pour assurer les liaisons clandestines radio avec l'Afrique du Nord et a rempli avec résolution et succès plusieurs missions particulièrement dangereuses. Arrêté par la police allemande, a, par son calme et son sang froid, empêché l’arrestation de ses camarades de combat. Déporté en Allemagne, a été fusillé en captivité."

 

Références: Dossier du SHAT;  Archives du Bureau "Résistance";"Le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.268 (Ed. Plon 1978); L'ORA" du colonel A. de Dainville (Ed. Lavauzelle, 1974); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28, n°24, p.57, n°166, p.18.


RENOULT

Louis, Maurice, Edouard

Pseudonyme: ÉTIENNE

 

 

Né le 15 janvier 1901  à  Mont Saint Sulpice (Yonne) de Charles, Henri Renoult  et de  Yvonne, Henriette Hugot Épouse:  Erna Gutgessell Profession: diplomate Décédé le 4 mai 1945  à  Dachau (Allemagne) 

Réseaux: Louis (à Budapest), S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Central)Agent P1 et P2

 

Louis Renoult avait été appelé sous les drapeaux, dans l'infanterie, en 1922, puis il fut mobilisé en Hongrie par les Affaires étrangères en 1939. En 1940, il est à Budapest, recruté sur place par le chef de la mission diplomatique. Au service de presse, il est chargé de lire et de résumer les articles de journaux hongrois. Également professeur de français, cette fonction le met en rapport avec des hommes politiques, des fonctionnaires et des hommes d'affaires auprès desquels il recueille des renseignements dont il fait bénéficier la Délégation et les Services spéciaux français et alliés. Agent des Services spéciaux depuis le  20 janvier 1941, il travaille pour le colonel Neuhauser, représentant du S.R. de la France Combattante à Beyrouth.

Il est arrêté à Budapest pour ses activités le 5 novembre 1943 (ou en octobre, Arch. d'Alger). Condamné à 20 ans de prison par les autorités hongroises, il est livré par celles-ci à la Gestapo en novembre 1944 .

Déporté le 19 décembre 1944  à Dachau, il y meurt le 4 mai 1945, juste avant l'arrivée des Alliés.

Déclaré "Mort pour la France, Louis Renoult recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Arch. d'Alger (dossier n° 3230-136); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


REVILLET

Pierre

 

 

Né le 26 novembre 1891 à Chamforgueil (Saône et Loire) Epouse (décédée) Décédé le 4 octobre 1943  à  Cologne (Allemagne) 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Uranus) Agent P2

 

Pierre Revillet, sous agent militaire au CM 82, avait fait la  1re guerre, au Monténégro de 1914 à 1916, et avait été blessé le 8 octobre 1918.

Entré dans la Résistance le 1er janvier 1941, il est arrêté huit jours plus tard à son domicile, 47 chemin du Paradis à Châlons-sur-Saône, probablement à la suite d'une dénonciation.

Déporté le 6 février 1942, il est fusillé à Cologne le 4 octobre 1943.

Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille militaire, la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


REYNARD

Michel, Jean, François

 

 

Né le 18 mai 1890  à  Arles (Bouches du Rhône) de Philémon, Félicien Reynard  et de  Joséphine, Marie Bouisseren Epouse: Ana Ribera Profession:  ingénieur Décédé le 14 février 1944  à  Buchenwald 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., FFCAgent P2

 

Michel Reynard est ingénieur, il habite Toulouse, rue Alphonse Talazas, avec sa femme et sa fille, Pilar.

Paul Paillole dit que, "fin 1942, Berthaud et Reynard sont les adjoints de Hoffelize, chef du T.R. 117. Quand ce dernier part pour l'A.O.F., ses deux adjoints assurent la direction du T.R., lequel est décimé à la suite de leur arrestation."

Michel Reynard cache chez lui des archives et des armes et fabrique de nombreux faux papiers.

Il parvient, lors de son arrestation, le 3 février 1943, à faire disparaître les papiers les plus compromettants. Il est interné à la prison militaire de Toulouse et, malgré les sévices, refuse de parler.

Transféré à Fresnes, puis à Compiègne, il est déporté à Buchenwald le 26 janvier 1944. Il y mourra très peu de jours après, le 14 février.

Déclaré "Mort pour la France", Michel Reynard recevra  la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'Armée):

"Entré dans la clandestinité en novembre 1942, a continué son travail dans la parfaite connaissance des dangers auxquels il s'exposait jusqu'au moment de son arrestation; a assuré chez lui personnellement la garde d'archives et d'armes. Il délivra dans l'intérêt du service, souvent sous son unique responsabilité, de nombreux papiers qu'il confectionnait lui-même.

Arrêté le 3 février 1943, a eu le temps de faire disparaître les papiers les plus compromettants. Interrogé et durement frappé, a refusé de donner toute indication susceptible de nuire au service.

Transféré de la prison militaire de Toulouse à Fresnes, puis à Compiègne, a été déporté le 26 janvier 1944.

Modèle d'abnégation et de courage, serviteur fidèle et modeste d'un service auquel il avait tout sacrifié; a bien mérité de la Patrie."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "Services Spéciaux" de Paul Paillole (Ed. Robert Laffont, 1975).


REYX

Michel

Pseudonyme: IMPERATOR

 

 

Né le 14 février 1917  à  Saint-Vérain en Puisaye (Nièvre) de Jean Reyx  et de  Marie-Thérèse Paley Profession: officier d'active (Saint Cyr, promotion 1936-1937) Disparu en mai 1945  au camp d’Ellrich (Dora)  

Réseaux: ORA, S.R. Air, groupe JadeAgent P2

 

Michel Reyx est entré  à l'École Spéciale de Saint Cyr le premier octobre 1936, dans la promotion du "Soldat Inconnu" (1936-1937). Il parlait l'allemand.

Il participa au combat en 1940, avec le 68e  BCP, fut blessé à Acy-en-Multien (Oise) et  cité à l'ordre du régiment puis à l'ordre de l'Armée.

Venu dès 1941 à la Résistance, il entre en décembre 1942 dans l'ORA puis dans le réseau Samson du S.R. Air. "De son pseudonyme, Imperator, dira Jean Madeline, chef de la section renseignement, il a non seulement l'allure, mais le charme, le don d'organisation...Chef des transmissions du réseau et chargé, à ce titre, des transmissions à Paris, il se dépense sans compter en faisant des liaisons à travers toute la France,  effectuant en particulier de nombreuses missions dans l'Ouest pour la recherche de renseignements militaires (fortifications du mur de l'Atlantique)".  A plusieurs reprises, il échappe à des pièges tendus par les Allemands. C'est à la fois "un organisateur et un exécutant de premier ordre", selon Jean Bézy. Peu de temps avant son arrestation, il arrive à se procurer un document très important, "le "Gotha" de la Gestapo, la liste des gens recherchés".

A partir de 1943, il est en liaison avec le groupe Jade Amicol et lui procure chaque semaine un courrier qui augmentera sans cesse.

En mars 1944 , il entre au S.R. qui notera: " Chef d'antenne, s'est imposé à ses subordonnés par son courage, son esprit de décision et son ardeur au travail".

Arrêté le 11  août (ou vers la mi juillet) 1944 par la Gestapo à Paris, "sur le pont Alexandre III, dit J. Bézy, alors qu'il avait rendez-vous avec un agent (non identifié par la suite), on ne sut rien sur les interrogatoires qu'il subit, si ce n'est qu'au moment de son embarquement pour la déportation, il laissa tomber sur le quai de la gare de Compiègne un mot disant que les gens du réseau pouvaient être tranquilles. Effectivement, alors qu'il était un de ceux qui connaissait le mieux aussi bien les têtes du réseau que ses opérateurs, personne ne fut inquiété". 

Après trois jours d'internement à Fresnes, il fut déporté. Son train arriva à Buchenwald le 20 août malgré la destruction du pont de Nanteuil Saacy sur la Marne. Avec le matricule 77712, le 3 septembre, il est à Dora (Nordhausen, Thuringe) et, le 6, au camp annexe d’Ellrich. Très éprouvé par une maladie pulmonaire, il est dispensé de travail le 12 février 1945, devenant un « ohne Kleidung », ce qui lui vaut, le 3 mars, de faire partie du transport de 1600 malades vers la  Boelcke Kasern de Nordhausen.

Il aurait été vu pour la dernière fois embarquant dans le train de 2252 détenus parti le 6 mars pour Bergen Belsen. « En son absence, disent les documents officiels, et en l’absence pour des raisons identiques des personnes qui le connaissaient le mieux (il n’y eut pas de rescapés de ce train du 6 mars) il est impossible de fournir sur son compte des renseignements plus précis. »

Porté disparu, à vingt-huit ans, il laisse son épouse et quatre enfants: Philippe , cinq ans, Danièle, 3 ans, Odile, deux ans, Françoise, un an.

Nommé capitaine à titre posthume, Michel Reyx sera fait chevalier de la Légion d’Honneur  et recevra la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance .

 

 

*

Citation (Croix de Guerre):

"Type de l'officier français volontaire pour toutes les missions sous l'occupation allemande, a servi pendant deux ans dans un groupe de renseignement, acceptant tous les risques avec le sourire, joignant aux qualités de courage et de sang-froid, la droiture et la fermeté.

Arrêté et torturé, n'a rien révélé de son organisation. A été déporté en Allemagne".

 

Références: Dossier du SHAT; archives de Caen ; archives du mémorial de Dora "Le S.R. Air" de Jean Bézy (Ed. France Empire, 1979)


RIMEY

Pierre, Charles, Louis

Pseudonyme: Jacques MESSNER, JACQUES, RIC

 

 

Né le 25 août 1922  à  Luxeuil (Haute-Saône) de Marcel Rimey  et de  Lucie Roussel Epouse:  Régine, Elisabeth Lamboley Etudiant Décédé le 26 septembre 1944  à Besançon 

Réseaux: S.S.M.F./T.R.,  Marco du S.R. KléberAgent P2

 

Pierre Rimey était fils de médecin et avait une soeur, Madeleine et un frère, Jean, d'un an son aîné, alors étudiant en médecine. En 1939-40, élève de terminale au lycée de Rambouillet; il  parlait un peu l'allemand, lisait et comprenait l'anglais et l'espagnol (il avait été élève au lycée français de Barcelone). A Rambouillet, il avait comme professeur d'allemand Emmanuel Handrich. Celui-ci y avait été affecté après la fermeture du lycée Henri IV à Paris et, au même moment, avait été mobilisé au  S.R Guerre.

Les hasards de l'exode de 1940 font que l'élève et le professeur se retrouvent avec leur famille en Lozère, à Meyrueis. Amitié, confiance, ensemble, pour répondre à l'appel du 18 juin, ils envisagent une évasion par l'Espagne, ce que leur déconseille le Dr. Rimey. Déjà Pierre Rimey   camoufle des armes à Luxeuil et entre en contact avec des résistants.

 Chacun  regagne la zone occupée: Handrich devient interprète à la préfecture de l'Aube (toujours au service du colonel Rivet); Pierre Rimey est à l'Ecole de chimie de Nancy, puis prépare le concours de Saint-Cyr (dossier Marco).

Dès le retour de Handrich à Paris, Rimey fréquente sa maison, 36 rue de Varenne. Là se constitue  un petit groupe de résistants (5 à 6 personnes). Pierre Rimey, formé au renseignement, approchant de sa majorité légale, en devient l'animateur.

 A la même époque, dans le voisinage immédiat, 93 rue du Bac, se  trouve une pension de famille où habite J.Vivier, qui reçoit souvent son camarade de promotion à Saint-Cyr, Paul Guilhamon*. Ce dernier, début 1943, recrute des Saint-Cyriens. On ne sait comment Rimey et le groupe de la maison voisine se sont rencontrés.

 Guy de Saint-Hilaire (dossier "Marco") dit qu'il prend alors contact en Suisse avec des organismes de renseignement susceptibles de l'aider. Une de ses premières activités consiste à assurer la liaison entre la Résistance hollandaise (via Bruxelles) et la Suisse. En 1942, il a de bonnes filières de passage en Suisse par le pays de Gex.

Au début de 1943, il constitue autour de lui un petit noyau de base, recrutant dans le milieu des écoles militaires. Parmi les tout premiers, Paul Guilhamon* . Le groupe Messner (pseudonyme de Rimey) est surtout militaire, principalement issu de Saint-Cyr ou de sa préparation.  P. Rimey, tout en continuant ses liaisons Bruxelles-Paris-Genève, cherche à étendre ses activités. Il a deux adjoints, P. Guilhamon et Jean Vivier et son groupe finira par compter une cinquantaine d'agents.

C'est Guilhamon qui va, entre autres, se charger du recrutement des nouveaux agents. En mars 1943, celui-ci rencontre R. Lajoux, lui fait faire du transport de journaux clandestins puis, vers fin avril, le charge de recherche de renseignements en Bretagne. A partir de là se constitue le groupe dit "des Bretons".

"La répartition territoriale des agents de Jacques Messner avait abouti à une telle densité d'implantation en Bretagne que, pour deux C.A. allemands relativement stables, huit jeunes officiers avaient pu étudier en détail les plus petites unités et le système de fortifications" (dossier Marco)

Le groupe étend ses activités à la Normandie (notamment avec J. de Malézieu*).

"C'est vraisemblablement au printemps 1943, dit G. de Saint-Hilaire, que Rimey pense à s'occuper aussi de l'Est de la France."

Le 10 mars 1943, il  passe la frontière suisse avec des renseignements et est reçu au consulat américain. Il est alors mis en rapport avec le général français du S.R., puis avec Simon Cottoni (alias Monsieur Charles), commissaire divisionnaire de la D.S.T .

Paul Guilhamon anime l'équipe de Paris avec Vivier. Dans la capitale, le groupe dispose de deux sortes de locaux (dossier Marco):

" - Les boîtes à lettres: chambre de Jeanne Masse à l'hôtel Bonaparte, un guichet de la compagnie d'assurance L'Abeille rue Taitbout (tenu par MM. Dulauroy* et Istria*), l'atelier du peintre Labreux, rue de l'Amiral Mouchez, et une chambre de l'École de Chimie, rue Curie.

  - Les chambres de certains, utilisées comme lieu de travail, de rencontres et, accessoirement, de boîtes aux lettres, et un local loué ou emprunté par Rimey, rue de Vaugirard, puis rue de Phalsbourg."

 "Une antenne avait été installée à Dijon dès novembre 1943 par Pierre Rimey, ajoute Henri Navarre. Elle était dirigée par Edouard Almand et Mme Jacques. Elle fonctionna jusqu'au 9 mai 1944, mais fut détruite à cette date à la suite d'une trahison."

En octobre 1943 (ou janvier 1944), le groupe Ajax-Micromégas, dépendant du B.C.R.A., et dirigé par Simon Cottoni, absorbe le groupe Messner. Ce dernier travaille également pour le S.R. suisse. Mais, à la suite d'une interruption de contact avec Cottoni, il se trouve sans patron ni ressources ni filières françaises. "L'activité de son chef, Pierre Rimey, dit Guy de Saint-Hilaire, a été considérable, mais quelque peu décousue jusqu'au jour où la solide équipe qu'il avait rassemblée a été incorporée dans le réseau Marco" (avril 1944).

Les noms de ses divers faux papiers  sont les suivants: Rameau Jean-Jacques, Cie de S.A.P.; Dufretet Jacques, étudiant, rédacteur sportif à "Gringoire"; Duvernois Henri, voyageur;  Marceau Jean, inspecteur de police; Plouvier René; Peltier Robert; Janssen Charles, industriel belge; Messner Jacques, identité suisse(Arch. d'Alger).

A partir de papiers restés chez lui, son père, Marcel Rimey, a reconstitué une partie de ses activités.

On sait ainsi qu'en 1943, concernant les villes de Auxerre, Sens, Vendôme, Orléans, Reims et la région parisienne, il a envoyé trois ou quatre rapports par mois, contenant des renseignements divers: mouvements de troupes, arme secrète allemande (14 novembre 1943), plans de défense allemande dans le Nord en cas de débarquement allié (20 décembre 1943), notes sur la composition de l'armée allemande, plans d'évacuation des régions au nord de Dunkerque (8 décembre 1943). En 1944: rapport sur l'arme secrète allemande, avec une liste des chantiers, et sur l'arme nouvelle allemande (janvier); résultat des bombardements des chantiers de l'armée secrète; ordre de bataille général des troupes allemandes en France en date du 20 avril 1944. Enfin il a répondu à des demandes de renseignements (21 janvier et 1er février 1944).

Au moment de la fusion avec Marco, au printemps 1944, P. Rimey se voit confier par le capitaine de Saint-Hilaire, envoyé du S.R. d'Alger, le secteur Est, Nord-Est, où Marco est faiblement implanté. "C'est ainsi, écrit G. de Saint-Hilaire, que, basé sur Besançon, il a pu échapper personnellement aux recherches que ses activité antérieures, principalement parisiennes, n'avaient pas manqué de susciter. (...)

Au cours du mois de mai, la vie du réseau (Marco) est marquée par une série d'arrestations qui toutes affecteront des agents du groupe Messner."

Le 13 mai, Charlotte Mayaud (Catherine) est arrêtée à son domicile, 11 rue Ampère. "P. Rimey et sa femme qui partageaient le même appartement avaient déjà déménagé depuis quelque temps, ne se sentant plus en sécurité", à la suite de faits troublants, notamment de coups de téléphone d'un inconnu demandant Ric, pseudonyme de Rimey (deux nouvelles recrues étaient suspects).

Catherine, sauvagement torturée, ne dira rien et sera confrontée à Dulauroy et à Istria.

G. de Saint-Hilaire, cherchant à disperser le personnel en vue d'un ultérieur regroupement, un court séjour est organisé dans le Rouergue. "Le jeune ménage Rimey, Pierre et Régine, avaient été autorisés (pour ne pas dire que je les avais désignés), dit G. De Saint-Hilaire, à faire un voyage de noces - peut-être pas le premier - à Toulouse où sévissait la division S.S. Das Reich, danger n°1 pour les maquis du Sud-Ouest. Ils prirent donc le train à Paris, venant de Besançon, et ils eurent largement le temps de faire connaissance avec d'autres voyageurs. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'un et l'autre étaient avenants, et le charme de Régine fut particulièrement apprécié de leur vis-à-vis qui s'avéra très complaisant. En voyage de noces leur dit-il en substance, on ne peut se contenter du rationnement sévère d'une grande ville mal approvisionnée; ils seraient donc les bienvenus à la popote privilégiée qui était la sienne. Or, c'était celle de la Milice de Toulouse.

Évidemment, on y était bien renseigné, et Rimey le fut aussi. C'était son métier comme celui de ses hôtes. Le vin aidant et la confiance régnant, il apprit qu'un état-major français non identifié s'installait en Aveyron, et ferait l'objet de recherches attentives de la part des Allemands comme de la Milice.

Rimey ne tarda pas à m'en rendre compte, 120 Km sans doute à bicyclette n'étant pas pour lui faire peur."

Revenu en juillet 1944, il s'établit, avec deux cyrards, Grenier et Geschwing, à Besançon, où il voit souvent  le colonel Filippi, qui a également travaillé avec Simon Cottoni. Mais, à la suite de l'arrestation de Geschwing (le 3 août, selon Henri Navarre, le 13 août d'après le dossier "Marco"), il doit quitter Besançon (le fait que Geschwing n'ait pas parlé donne aux Rimey le temps de quitter la ville). Rimey emporte documents et armes à Luxeuil.

A la fin du mois d'août, il revient à Besançon où il entre en contact avec les F.F.I. et assure alors plusieurs liaisons durant l'avance alliée. C'est au cours de l'une d'elles qu'il est blessé à la cuisse par une balle explosive, le 7 septembre 1944, lors de la libération de la ville, au cours de l'attaque du faubourg Saint-Claude, aux côtés du colonel Filippi, tué net. Pierre Rimey mourra à l'hôpital de Besançon, le 26 septembre 1944, des suites de ses blessures. Il ne connaîtra pas son unique enfant, né en avril 1945.

Déclaré "Mort pour la France", commandant à titre posthume, il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme ainsi que la Médaille de la Résistance.

 

Références: "Le Service de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.235-241 (Ed. Plon 1978);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; dossier "Marco" (A.A.S.S.D.N.);  Arch. d'Alger (dossier n° 3284-50); "Le réseau Marco du S.R. Kléber" de Emmanuelle Robert, mémoire de maîtrise d'histoire, Université Paris I, octobre 1996


ROBELIN

Rémi, Thomas

Pseudonyme: DAUPHIN

 

 

Né le 4 octobre 1906  à  Dijon  (Côte d'Or) de Léon, Jean (Bureau Résistance) ou Jean-baptiste, Léon (SHAT) Robelinet de Esther (Bureau Résistance) ou Marie, Esther (SHAT) Gousset Epouse: Nelly, Louise Durieux Profession: officier de gendarmerie (Saint Cyr, promotion 1925-1927) Décédé (officiellement) le 19 août 1944    

Réseaux: S.S.M.F./T.R. , A.S. (Allier). Groupe F.F.I. région de Vichy (colonel Collion)Agent P2

 

Silhouette élancée, cheveux drus, Rémi Robelin est un saint-cyrien brillant (promotion 1925). Il a servi d'abord chez les tirailleurs algériens, à Blida, puis a opté en 1931 pour l'École des officiers de gendarmerie à Versailles, enfin a choisi la Garde républicaine en 1932, alors lieutenant.

Marié une première fois en 1929 avec Marcelle Merger, veuf, il épousa une reimoise, le 7 juin 1933, Nelly, Louise Durieux. Il sera père de deux garçons et d'une fille.

Il vécut les troubles sociaux de l'époque, notamment ceux du 6 février 1934 (40000 personnes place de la Concorde, des activistes de droite; la police tirant sur la foule, émeute, 17 morts, 1435 blessés), dit Pierre Accoce. Le lendemain, les camelots du roi s'opposérent aux communistes, Robelin fut blessé à la mâchoire (citation).

En 1935 il entra sur concours à l'École supérieure de guerre, rareté chez les gendarmes, et fut promu capitaine en 1936.

Quand éclata la guerre, il était à Saverne, au P.C. du général Bouret, qui était à la tête de la Ve Armée. Il fut alors cité à l'ordre du corps d'armée en ces termes: "Officier de choix, s'est dépensé sans compter pendant toute la durée des hostilités, remplissant avec calme et courage toutes les missions qui lui étaient confiées. Les 16 et 17 juin 1940, n'a pas hésité à franchir les lignes allemandes dans des conditions particulièrement périlleuses pour accomplir une mission difficile."

A la débâcle, Robelin entre dans le contre-espionnage aux côtés de P. Paillole (tous deux sont issus de la gendarmerie) et devient un des tout premiers honorables correspondants du C.E. clandestin dans la gendarmerie et la garde (T.R. 113). Paul Paillole écrit: "il est dans la gendarmerie et la garde notre meilleur H.C." Il le renseigne sur les collègues du corps susceptibles de les suivre. Le statut de la gendarmerie étant sauvegardé en zone occupée, il devient adjoint du général Bois, à l'état-major de la 2me brigade de la garde à Clermont-Ferrand, puis chef de bureau à la sous-direction de la cavalerie et de la garde (1940). Il est promu chef d'escadron en juin 1941. Le colonel Courtois émet à son sujet l'appréciation suivante pour l'année 1941: "Je confirme les qualités exceptionnelles signalées dans les notes précédentes.

Audacieux, dans ses conceptions et ses initiatives, dégage rapidement l'essentiel et l'expose parfaitement.

Enthousiaste pour la garde, travailleur acharné, a réussi à placer cette arme dans une situation d'effectif très favorable. Cherche par tous les moyens à en améliorer le recrutement et la valeur. Y réussit.

Son énergie, sa grande culture militaire, son cran, son autorité en feront, à la tête de la troupe, un chef hors de pair.

Officier supérieur de grande classe dépassant les meilleurs, à pousser vite. Peut jouer dans la Garde et dans l'Armée un rôle de premier plan."

Le colonel Medina exprime la même estime: "Intelligence très vive, esprit curieux et cultivé, très distingué et d'une éducation parfaite, le chef d'escadrons Robelin joint à cet ensemble de belles qualités le don remarquable de s'attirer d'emblée la sympathie de tous par l'aménité de son caractère et sa constante bonne humeur.

En bref, officier d'état-major particulièrement brillant, officier de troupe de tout premier ordre, tel est le chef d'escadron Robelin, que l'Armée se doit, dans son propre intérêt, de pousser résolument vers les plus hauts échelons de la hiérarchie."

En 1941, il est promu chef d'escadron.

Rémi Robelin fournit à Paillole des renseignements collectés par les gardes qui l'ont suivi, aidant ainsi à décimer les agents nazis qui tentent de s'infiltrer en zone libre.

En décembre 1942, il est détaché au Secrétariat général de la Police à Vichy. L'hiver 42-43, dit Pierre Accoce, quand Paillole doit partir à Alger (remplacé par le lieutenant-colonel Roger Lafont, alias Verneuil), il est tenté de l'accompagner. Les généraux Frère et Verneau l'en dissuadent. Ce dernier lui confie trois missions: neutraliser les décisions fâcheuses de la direction de la gendarmerie; canaliser et contrôler la participation de celle-ci au maintien de l'ordre; préparer son entrée en action au moment de l'insurrection. C'est ainsi qu'il accepte le rôle de sous-directeur technique de la gendarmerie le 15 avril 1944. Il s'entoure de gradés de la garde dont il est sûr. Tous seront étroitement surveillés par ordre d'Oberg et en danger permanent.

Les renseignements transitent par Verneuil. Robelin maintient des liens avec L'Armée secrète et le Front national. Il protège les maquisards, les résistants, sauve les juifs, cherche à neutraliser la milice. Il prépare le ralliement de la garde au maquis et s'appuie pour cela sur l'ORA (long texte sur ce point dans le livre de P. Accoce).

Dans une synthèse des informations relevées dans le livre du colonel Claude Cazals, paru en juin 1997 (Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°186), on voit que, promu lieutenant-colonel en juin 1943, puis colonel en juin 1944, "son projet reste inchangé, malgré les difficultés rencontrées. A Londres en effet, le B.C.R.A. juge son action trop voyante, au risque de faire du tort à la Résistance. Robelin poursuit sur sa lancée, jouant toujours double jeu. Cette attitude déplaît au B.C.R.A., qui souhaite alors qu'il démissionne (25 février 1944). De France pourtant, le réseau Action R6 et l'ORA soutiennent pleinement Robelin auprès du B.C.R.A., grâce à quoi, il peut continuer la tâche entreprise. (...)

En avril 1944, un rapport du milicien Vaugelas à l'encontre de la sous-direction technique et de son chef fait grief à la Garde d'être trop inactive vis-à-vis du maquis; c'en est au point que Darnand songe un moment à la dissoudre, et à interner certains de ses officiers." La surveillance du S.D. et de l'Abwehr s'accroît.

Les Alliés attaquent en Normandie le 6 juin. Une opération prématurée de ralliement aux F.F.I. de la région de Guéret , menée par un chef d'escadron, alors que les bases prévues dans le Cantal ne sont pas prêtes, oblige Robelin à remettre son action et déclenche une réaction de Vichy. "Cela n'empêche pas la défection de 500 hommes de l'école de Guéret, et de cinq escadrons entre le 5 et le 14 juin 1944, d'après la synthèse du livre du colonel Cazals. Le lieutenant-colonel Robelin tente d'atténuer cet événement, sans apaiser pour autant la méfiance et la curiosité des forces de l'ordre de Darnand."

Paul Paillole écrit que déjà l'arrestation de Johanès en 1943 a attiré sur Robelin l'attention de l'Abwehr et de la Gestapo. "Il est surveillé par les Allemands et épié par la Milice. Le capitaine Rouyer qui a pris la succession de Johanès à Vichy conseille la prudence. En vain. Robelin prépare avec l'ORA le passage en bloc des unités de la garde dans la Résistance. Il continue à nous fournir sur la Milice des informations qui permettent d'alerter des résistants et des maquis. Convoqué (le 6 juillet 1944) par le cabinet de Darnand, il est victime d'un véritable guet-apens. Il trouve, chez le chef de la Milice, deux agents de la Gestapo qui l'attendent et l'arrêtent. Son adjoint, le capitaine Morand, est appréhendé au moment où il se présente au domicile de Courson de Villeneuve (alias Pyramide) délégué militaire régional (D.M.R.) de la Résistance, lui-même déjà aux mains de l'ennemi."

Dans un rapport d'ensemble sur l'arrestation par la police allemande des officiers de la sous direction technique de la direction générale de la Garde, on lit: "Le lieutenant Robelin, dès avril 1944, avait fait entendre à la plupart des officiers de la sous direction technique de la Garde qu'il convenait, au moment favorable, avec le concours des unités de la Garde rassemblées à Vichy, de mettre la main sur Darnand et ses principaux collaborateurs, tout en neutralisant la Gestapo et la Milice. Cette action devait être le signal du passage effectif de l'ensemble de la Garde au maquis. Cette décision avait eu l'approbation totale des officiers de la sous direction technique (...)

On ignore dans quelles conditions le cabinet Darnand a pu être mis au courant."

Le colonel Paillole précise:"Dix officiers de la Garde seront de la sorte arrêtés avec la complicité de Darnand. Six seront déportés.

Robelin, mon ami, mon camarade intime de Saint-Cyr, va mourir à Vichy sous les coups de fouet de la brute chargée de le faire parler" (un S.S. d'origine roumaine, Schlimmer).

Robelin est transféré le 9 juillet à Clermont-Ferrand, caserne d'Assas. Il est torturé à la villa René à Chamalières.

 Paul Paillole cite le témoignage de M. Fischer, alias Bernard:

"La porte vient de s'ouvrir, plus rapidement que d'ordinaire. Plusieurs entrent, puis un agent de la Gestapo s'adresse à Courson et à moi: "Vous allez aider au transport et aux soins d'un blessé, mais la consigne est sévère: interdiction de parler." Nous sortons en silence. Sur une civière gît un blessé au visage jeune, noirci par la souffrance. Il se tient couché sur le flanc. On le déshabille: il gémit légèrement. Un spectacle horrible apparaît aux yeux des assistants: il a un trou de la grosseur du poing dans la fesse droite. On y voit des petits os, assez semblables à de petites arêtes de poisson. Sa jambe droite est démesurément enflée, au moins quatre à cinq fois la taille normale. Il a un peu partout des blessures, mais de moindre envergure. Un médecin allemand panse d'abord cet énorme trou, puis les autres. Il verse un liquide sur la jambe enflée. On nous apporte des draps et nous lui faisons un lit composé d'une paillasse posée à même la terre et deux couvertures. Puis nous transportons le blessé doucement, dans sa cellule. Le médecin lui prescrit du lait et lui laisse quelques cachets d'aspirine pour faire baisser la fièvre. Il s'en va enfin, accompagné par les agents de la Gestapo. Notre "sympathique" gardien nous reconduit dans notre cellule.

Une fois seuls, Courson me raconte le secret du blessé. C'est le lieutenant colonel Robelin de la garde de Vichy. Il voulait entrer dans la dissidence avec 6 000 gardes. Il envoie son adjoint chez de Courson, il est malheureusement suivi par la Gestapo. On arrête le colonel et dix de ses officiers. Robelin est tabassé au point qu'il ne puisse plus se tenir debout. Cette terrible blessure que nous avons pansée tout à l'heure est la conséquence des coups de nerf de boeuf assénés toujours au même endroit de telle sorte que, la chair étant ainsi arrachée par petits morceaux, on arrive à former cet horrible trou...

L'enflure de la jambe droite provient de coups de bouteille vide sur le tibia... On craint l'amputation de cette jambe...

On m'envoie panser les blessures du colonel Robelin. Il va un peu mieux et me chuchote à l'oreille: "Ne t'en fais pas, nous les aurons quand même..." Quelle force d'âme d'homme et de soldat. Malgré ses blessures, malgré la mort prochaine, il lutte encore. Je suis prêt à me prosterner devant ce grand Français... Je le change de position pour qu'il ait une attitude plus normale. Je lui fais manger sa soupe à la cuiller, comme un bébé, car il lui est impossible de bouger... Il se soulève seulement sur ses bras en rejetant légèrement la tête en arrière pour que je lui verse lentement dans la bouche le contenu. Après avoir vidé son assiette, il écrase entre ses dents un cachet d'aspirine, car il ne peut l'avaler. Il boit encore un peu d'eau et je quitte sa cellule..."

Pierre Accoce dit qu' André Grange, de son équipe, l'aperçoit par le soupirail de sa cellule, dans un état terrible. Robelin lui murmure :"Je suis foutu". Une heure plus tard, il est transféré à Vichy où son calvaire, entre les mains de nouveaux tortionnaires, se prolonge jusqu'au 9 août. La gangrène a gagné. Le 1O août, un S.S. l'étrangle dans sa cellule. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Il est officiellement disparu le 19 août 1944.

Déclaré "Mort  pour la France", colonel à titre posthume, Rémi Robelin a été fait chevalier de la Légion d'Honneur, a reçu la Croix de Guerre avec palme, la Croix du combattant, la Médaille de la Résistance et la Croix d'officier de l'Ordre du Ouissam alaouite chérifien.

 

*

Citation  (à l'ordre de l'Armée):

"Sous-directeur de la Garde, est resté à son poste, à l'ordre du général Verneau, chef de l'ORA. Grâce à son action, plusieurs unités de la Garde ont pu coopérer d'une façon active à la libération du territoire. Arrêté par la Gestapo à la suite de son activité, le 6 juillet 1944, mis en cellule, il subit les tortures les plus atroces, resta muet, ne divulguant aucun des secrets qu'il connaissait. Est mort victime du devoir, faisant le sacrifice de sa vie pour contribuer à la libération de sa Patrie"

 

Lieu de mémoire: Une caserne, à Ferette (Haut-Rhin) ainsi que la promotion d'officiers sortant de l'Ecole de Gendarmerie de Melun en 1963 portent le nom de Rémi Robelin.

 

Références: Dossier du SHAT; fonds privé colonel Paul Paillole; Service historique de la Gendarmerie; "Services Spéciaux" de Paul Paillole, p.558; "les Gendarmes dans la Résistance"" de Pierre Accoce (Ed. Presses de la Cité 2001); L'ORA" du colonel A. de Dainville (Ed. Lavauzelle, 1974); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°39, p.156, n°163, p.28, n°184, p.20, n°186, p.10.


ROBILLON

Jeanne, Henriette

 

 

Née le 11 avril 1897  à  Saint André le Coq (Pas-de-Calais) Célibataire Décédé le 28 février 1945  à  Ravensbrück (Allemagne) 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Le colonel Dulac, chef de service de la France Combattante, atteste que Jeanne Robillon a fait partie des Services spéciaux, comme agent de renseignement (agent P2, CM3), à partir du 1er janvier 1943.

Arrêtée le 10 juin 1943 , elle est déportée et considérée comme disparue le 28 février 1945, à Ravensbrück.

Jeanne Robillon sera déclarée "Morte pour la France".

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"


ROEMER

Pierre, André, Jean-Jacques

Pseudonyme: PIERRE

 

 

Né le 3 avril 1922  à  Cherbourg  (Manche) Célibataire   Profession: Officier d'active Décédé le 26 novembre 1944 à Fenétrange (Moselle)

 Réseaux:  S.S.M.F./T.R., Marco du S.R. Kléber, S.R. opérations de la 3e U.S. Army (mission Epinard)Agent P1

 

Elevé, ainsi que ses frères, par sa seule mère, veuve depuis 1930, Pierre Roemer a 21 ans quand il devient agent P1 du réseau F2 des F.F.C. (attestation signée Canonne).

Henri Navarre le cite pour son activité de renseignements dans le nord du Cotentin. "En Normandie, dit-il, les accès au Mur de l'Atlantique étaient particulièrement dangereux. Les seuls informateurs susceptibles de procéder à un travail continu étaient donc les habitants de la côte."

Guy de saint-Hilaire, qui l'a recruté en février 1944 pour le réseau Marco, précise que Pierre Roemer fournit des renseignements utilisés par le 2e Bureau de l'ORA pour la synthèse sur les côtes de la Manche (qui seront les plages de débarquement).

A partir du 30 octobre 1944, il  poursuit son activité de renseignement au sein de  la 3e U.S. Army. Au cours d'une reconnaissance, le 25 novembre 1944, à Fenétrange (Moselle), il est blessé par un obus et meurt le lendemain.

 

*

Citation  (à l'ordre du corps d'armée):

"Après avoir rendu de très grands services pendant l'occupation comme agent de renseignements dans un réseau français, a été affecté  depuis le 30 octobre 1944 à la 3e U.S. Army comme officier de renseignements attaché à une division.

S'est imposé immédiatement par ses magnifiques qualités morales, son mépris total du danger, son extrême modestie. Grièvement blessé par un obus au cours d'une reconnaissance sur la ligne de feu, le 25 novembre à Fenétrange (Moselle). Mort des suites de ses blessures."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.239 (Ed. Plon 1978); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; "Le réseau Marco du S.R. Kléber", de Emmanuelle Robert, mémoire de maîtise d'histoire, Université Paris I, oct. 1996


ROLANDEY

Pierre

 

 

Né le 26 août 1903  à  Vincennes Epouse: Renée, Jeanne Fournier Profession: officier d'active (Saint Cyr, promotion 1922-1923) Décédé le 9 ou 19 mars 1945  au camp de Nordhausen

Réseaux:  A.S., S.S.M.F./T.R., Bruno du S.R. Kléber, F.F.I.

 

Pierre Rolandey était saint-cyrien de la promotion "De Metz et Strasbourg" (1922-1923). Sorti 41e sur 344, il avait été nommé sous-lieutenant et, affecté au 27e BCA, bataillon qui partit le 19 juillet 1925 pour l'Afrique du Nord. Il fut ainsi en Tunisie puis au Maroc (24 juillet -17 novembre 1925) officier commandant de poste et officier des détails, et  se distingua alors par son allant, son courage, et sa brillante conduite qui lui valut d'être cité à l'ordre de l'Armée par le général commandant le territoire marocain: "Sous-lieutenant du 27 e BCA, s'est distingué dans les combats d'Astar. Le 3 octobre, a demandé à prendre le commandement d'un groupe de volontaires pour dégager un détachement attaqué par un ennemi supérieur en nombre. A mis cet ennemi en fuite par une habile manoeuvre terminée par un abordage à la baïonnette. Le 11 octobre, tombé dans une embuscade, près de la moitié de son effectif tué ou blessé, a fait preuve des plus belles qualités militaires, maintenant sa section sous un feu violent jusqu'à l'arrivée d'un renfort avec lequel il est reparti à l'attaque, chassant l'ennemi de sa position."

Nommé lieutenant le 1er octobre 1926, il devait être affecté deux mois plus tard au 62e Tirailleurs marocains et rester dans ce corps jusqu'au 5 mars 1929. Il venait d'épouser Renée Fournier; ils devaient avoir quatre enfants.

Le 5 mai 1929, retrouvant le 27e BCA, il se consacra à l'instruction militaire des jeunes recrues, tout en préparant l'examen d'entrée à l'École de guerre.

Affecté à la 53e demi brigade le 24 juillet 1934, il fut apprécié en 1936 et 1937 comme excellent commandant de compagnie. Enfin, il fut admis à l'École supérieure de guerre  en 1939 et noté: "sérieux, travailleur, bon instructeur, sachant parler, mais moins bien écouter".

Le 22 août 1939, il fut appelé à rejoindre son poste. Là encore, les notes furent élogieuses: "excellent officier d'état-major, dévouement complet, grande activité, connaissances militaires étendues, intelligence vive, esprit ouvert et cultivé".

Le 5 juin 1940, affecté à la Mission franco-polonaise et nommé à l'état-major de la 10e Brigade blindée polonaise, encerclé par les Allemands dans un petit village près de Montbard, il réussit, en treize jours de marche, à passer en zone non occupée. Cet exploit lui valut une proposition pour la Croix de Guerre.

En 1940-1941, il fut dit "excellent officier, très digne du choix; officier d'état-major de qualité" et, en 1942, "très bien noté, esprit ouvert, idéal élevé, ardent, voit vite et juste".

Le 24 décembre 1942, commandant depuis six mois, il est appelé comme chef d'état-major de la subdivision d'Annecy  (dirigée par le lieutenant-colonel René Tramier), où il succède au commandant Vallette d'Osia. Il s'installe dans cette ville avec sa famille, 22 bis avenue Berthollet. Alors commence pour lui la lutte clandestine.

Pressenti pour faire partie du réseau Bruno, il y est en liaison avec  les officiers du 27e BCA et le commandant Vallette d'Osia . Ce dernier dira:

"En décembre 1942, je fus obligé d'abandonner brusquement mon poste où j'allais être arrêté sur ordre du préfet de Haute-Saône et demande du gouverneur de Lyon pour refus de livrer les dépôts d'armes clandestins dissimulés en Haute-Savoie.

Le commandant Rolandey me succédait. Je pris immédiatement contact avec lui pour qu'il nous aide dans toute la mesure du possible, avec ses moyens officiels mis à notre disposition, ce qui fut non moins immédiatement entendu.

C'est ainsi que bien des liaisons urgentes furent effectuées à bord de la voiture de la Subdivision munie de tous les sacrements officiels.

La Subdivision servait de relais pour les courriers qui venaient apporter les renseignements militaires glanés sur de nombreuses parties du territoire, renseignements qui étaient ensuite acheminés, souvent après étude critique et par exploitation (recherche de recoupements) et grossis des renseignements recueillis directement par le commandant Rolandey, par nos agents de liaison sur la Suisse, et remis au S.R. français travaillant en liaison avec les Américains; tous les renseignements pouvant intéresser la sécurité ou l'action nous étaient immédiatement communiqués. Ce travail en liaison intime a été extrêmement fructueux. Il a duré tout le temps où j'étais moi-même en Haute-Savoie et devait durer, étant donné son efficacité, jusqu'à ce que la situation devienne intenable."

De même, le commandant Clair, ex-commandant de l'Armée Secrète en Haute-Savoie, certifiera que Pierre Rolandey "a mis à la disposition de la Résistance (A.S.) les facilités que lui donnaient ses fonctions; il a notamment travaillé activement avec le S.R. (réseau Bruno du S.R. Kléber) et, à de multiples reprises, a fourni à l'A.S. des renseignements immédiatement exploitables de la plus haute importance. Il a constitué des dépôts d'essence qui ont été utilisés par l'A.S., et mis sa voiture à la disposition de l'A.S. pour effectuer des transports et liaisons urgentes sous sa responsabilité."

Au sein du réseau Bruno, Pierre Rolandey travaille sous les ordres du lieutenant-colonel Pourchot  et du lieutenant Meyer. Là, il fait un travail considérable et l'un de ses camarades écrira à son sujet: "En dehors de son activité sur le plan purement militaire, le commandant Rolandey travaillait activement avec le poste de S.R. français dont il devint bien vite un des agents les plus appréciés." Il franchit clandestinement la frontière à de nombreuses reprises. L'ampleur des renseignements fournis par ses rapports sur les troupes d'occupation était exceptionnelle.

Mais semblable activité ne reste pas inaperçue. Un matin de janvier 1944, la Subdivision d'Annecy est assaillie par un groupe d'assaut allemand, sous le prétexte que des terroristes ont jeté des grenades sur la caserne.(Il existe d'autres version des faits.) La troupe cerne le bâtiment et les employés sont arrêtés.

Avisé de la situation, Rolandey se rend aussitôt à la Subdivision pour s'occuper de ceux qui sont arrêtés. Les Allemands le retiennent toute la journée, de même que son chef, le colonel Tramier. Ils sont relâchés le soir, mais avec obligation de se présenter le lendemain à la Gestapo.

Un ami conseille en vain à Rolandey de prendre le maquis. "Mon devoir, dit celui-ci, est de rester car on ne pourra  me remplacer de sitôt dans le travail que je fais."

Le 7 février 1944, il est arrêté avec le colonel Tramier par le chef de la Gestapo, qui veut lui faire quitter son uniforme. Le refus est si énergique qu'on le lui laisse.

Sans avoir revu sa femme ni ses enfants, il est  envoyé à Lyon, au fort Montluc.

De là,trois semaines plus tard, il écrit à sa femme:

"Supportons avec courage cette épreuve et offrons en le sacrifice à Dieu, pour que la guerre finisse vite. Dans la tourmente générale, l'épreuve que nous subissons n'est pas unique en son genre. Faites tous vos efforts pour tenir, comme je fais de mon côté."

Transféré à Fresnes, Pierre Rolandey y reste six mois au secret. Il parvient alors à communiquer, par un tuyau, avec un prisonnier d'Annecy. Tous ses voisins de cellule rendent hommage à son magnifique moral: ils l'entendent qui encourage sans cesse ses voisins, particulièrement un jeune parachuté auquel il dit: "Ne te tourmente pas, mon vieux, ils ne te tueront pas!".

Le 15 août 1944, il est déporté en Allemagne, d'abord à Buchenwald. Dans les wagons sont entassés de 120 ou 150 déportés. Ses compagnons le nomment chef de wagon et son ascendant est tel qu'au moment où le train s'ébranle, il les entraîne à chanter le "Chant du départ" . Le voyage dure cinq jours et cinq nuits, de faim et de soif.

Le commandant Rolandey reste dix jours à Buchenwald, avant d'être transféré à Dora,  où il demeure 9 jours, avant d'être envoyé au camp d'Ellrich, kommando d'extermination créé depuis peu. Là, il travaille à la construction d'un tunnel qui doit abriter sous la montagne une usine de fabrication de V1 et de V2.

Reconnu chef de son détachement, il encourage ses compagnons à tenir. Un jour, il reçoit un coup de matraque qui lui ouvre le cuir chevelu. En dépit de tout, il garde le moral: "Courage, dit-il, bientôt nous serons vainqueurs et nous serons en occupation. Nous nous vengerons!" La faim, les coups, les émanations du tunnel où une odeur d'ammoniac rend l'air quasi irrespirable, les camarades écrasés par les éboulements ou morts d'épuisement, rien ne le désespère. Il a froid, avec un autre détenu, ils glissent sous leur tenue de bagnard de vieux sacs de ciment. On les découvre, on les matraque.

Rolandey va être, comme presque tous, victime de dysenterie. Il se soigne en brûlant des plantes qu'il écrase et dont il absorbe le résidu charbonné.

Le 3 mars 1945, par un froid de -32°, un camion emportant les affaiblis quitte le camp. Un rescapé, le Dr.Ségelle (qui a une liste de décès fournie par le Ministère et établie par les Allemands), dira, qu'alors en "fort mauvais état de santé, Rolandey fait partie de ce convoi de malades en direction de Nordhausen. Il serait décédé au camp de Nordhausen."

On apprendra, par des documents dont il a été fait état au procès de Nuremberg, que les Allemands ont achevé à coups de crosses  une partie du convoi. On suppose que la mort du commandant Rolandey est survenue à ce moment.

"Je ne l'oublierai pas, dit un de ses compagnons d'infortune rescapé du camp. Jamais il ne se plaignait, il nous encourageait, organisait les conversations, nous entretenait de l'avance américaine. C'était un grand croyant, le modèle de l'officier français avec toutes ses vertus. Il a été un grand exemple pour tout le monde."

Un texte de proposition pour la Légion d'Honneur est ainsi rédigé en octobre 1946:

"Magnifique officier. A organisé méthodiquement et sans tenir compte du danger que son action faisait courir à lui-même et à sa famille la  résistance militaire en  Haute-Savoie.

A eu en outre la responsabilité de l'organisation et du fonctionnement d'un réseau de renseignements. Son activité ayant été découverte, interrogé par la Gestapo, n'a pas voulu profiter d'une occasion qui lui était offerte d'échapper pour ne pas compromettre certains de ceux qui travaillaient sous ses ordres."

Déclaré "Mort pour la France", Pierre Rolandey recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

 

Lieu de mémoire: une plaque a été apposée le 11 novembre 2004 sur le bâtiment de la Subdivision Militaire, rue de l'Intendance, à Annecy, ainsi libellée: "A la mémoire du commandant Pierre Rolandey (1903-1945). Ancien du 27éme B.C.A. Agent du réseau de renseignements Bruno-Kléber. Arrêté par la Gestapo le 07 février 1944. Interné. Déporté, lâchement assassiné par les nazis au sein d'un convoi rejoignant le camp d'extermination de Nordhausen, le 19 mars 1945."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; dossier fourni par René G. Grivel-Delillarz (A.A.S.S.D.N.)


ROUSSELIN

Henry, Louis, Auguste

 

 

Né le 25 aôut 1914  à  Châlons-sur-Saône (Saône-et-Loire) De Pierre, Philibert Rousselin  et de  Thérèse, Marie Page Décédé le 2 juillet 1944 entre Compiègne et Dachau ("Train de la mort") 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Henry Rousselin, membre des T.R., arrêté le 1er décembre 1943, a fait partie du convoi qu'on appellera le "train de la mort", parti le 2 juillet 1944 de Compiègne à destination de Dachau.

Se trouvaient avec lui: Le Henaff*, Caubet*, Dubuc*, de Peich*, Denhaene*, Bellet*, Le Douguet, Mercier.

Un de ses compagnons de détention, Alexis Le Douguet (de la mission Joie), témoignera du départ pour Compiègne et de la suite de leur calvaire:

"Nous partons pour Compiègne.

Dès l'installation dans le car, des exclamations fusent: "Bonjour Fanfan, Mercier, Dubuc..." Le service semblait s'être donné rendez-vous, il y avait là Charles (Bellet), Mercier, Denhaene, Rousselin, Dubuc, Caubet, de Peich, Fanfan (Le Henaff) et moi.

Par chance, nous arrivons à Royallieu la veille du départ d'un convoi, ce qui nous faisait quinze jours à passer là.

Ces quinze jours ont été inoubliables pour tous. Le temps était beau et il n'y avait rien à faire. Nous passions nos après-midi étendus sur l'herbe, lisant un livre de la bibliothèque.

Pas d'Allemands ou peu. Quelques services rendus par notre équipe au cuisinier nous valait des carottes, de la soupe en supplément....

Mais les quinze jours délicieux eurent une fin. Le 2 juillet au matin, parmi 2 166 détenus (536 d'entre eux mourront dans les wagons, la plupart entre les 2 et 3 juillet), nous embarquions dans ce trop célèbre train qui sera appelé plus tard "le train de la mort". Nous avions réussi, malgré un appel par ordre alphabétique, à nous réunir à nouveau et nous étions tous dans le même wagon.

Dès l'installation nous nous rendîmes compte que le voyage ne serait pas de tout repos. Nous étions cent dans le même wagon et seules deux toutes petites ouvertures nous aéraient.

Le train démarre à midi. Nous nous installons tant bien que mal, encastrés les uns dans les autres. Il faut chaud. Vers quinze heures, l'atmosphère devient irrespirable. Nous nous aspergeons d'eau mutuellement pour avoir une illusion de fraîcheur. Beaucoup se lèvent pour se dégourdir un peu. D'autres somnolent. Le train avance trop lentement pour créer un courant d'air. A dix-sept heures, un orage formidable plane sur nous. Personne ne dit mot. Nous sommes tous accablés par cette chaleur. On entend des respirations haletantes. Je pense à mes narines. Charles est à un mètre de moi, assis. Il a un chapelet à la main et il prie à voix basse. De temps en temps, il regarde chacun de nous, un sourire sur sa face ruisselante de sueur: "çà va?" "ça va", lui répond-on. Puis c'est un autre qui pose la question, puis un autre.

Le nombre des dormeur augmente. Ceux qui ne dorment pas, comme moi, sont déjà inconscients de ce qui se passe. Je ne reprendrai le contrôle de moi-même que vers onze heures ou minuit.

Je touche un camarade, il est tout chaud, trop chaud pour que cela soit normal. A tâtons, dans l'obscurité, je cherche sa tête. Il ne respire plus. Une peur irraisonnée s'empare de moi; j'appelle à voix basse d'abord, puis plus fort: "Charles, Fanfan?". Enfin j'entends Mercier et je réalise. Ils sont morts en dormant, asphyxiés par la production de gaz nocifs. Nous essayons de nous compter mais jusqu'au lendemain matin, c'est impossible.

Je m'endors, brisé. Le lendemain, le spectacle est terrible. Combien sont-ils appuyés les uns contre les autres et qui ne se réveillerons plus? Combien restent vivants? Trente six sont debout. Soixante quatre sont là et qu'il faut dégager, ranger dans un coin pour que les autres essaient de vivre. ...

Dans l'après-midi nous nous arrêtons près de Revigny-sur- Ornain près de Bar-Le-Duc. Il nous faut alors prendre les cadavres du wagon d'à côté, les mettre dans le nôtre. Puis nous repartons à cent dans les wagons rendus libres. Jusqu'à Dachau nos amis, nos camarades de lutte sont là, à côté. Puis, nous descendons, abandonnant ce train et toutes ses victimes en gare. Que sont-ils devenus? Nous restions à deux du service: Mercier et moi..."

Déclaré "Mort pour la France", le capitaine Henry Rousselin recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références:  "le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.262; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28


ROUX

Née PY

Juliette, Joséphine, Fébronie

 

 

Née le 30 août 1896  à  Pantin (Seine) de Antoine, Jules Eugène Py  et de  Marie, Eugénie Ferry Epoux: René Roux Disparue le 5 février 1945  à  Koenigsberg 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Juliette Roux, Py de son nom de naissance, était la fille d'un chauffeur. Elle s'était mariée en 1922 avec René Roux et avait un enfant, Robert. La famille habitait 20 rue Étienne Marcel à Pantin.

Volontaire pour aider à poursuivre la lutte contre l'occupant, elle est recrutée par les Services spéciaux comme agent de renseignement le 1er avril 1943. Elle sert alors de boîte aux lettres, camouffle des documents compromettants et un officier français recherché par la Gestapo, et assure des liaisons et des transports de courriers.

C'est pour "espionnage" qu'elle est arrêtée, à son domicile, le 16 juin 1944.

Elle sera déportée à Nuremberg, où elle disparaîtra sans qu'on ait jamais de ses nouvelles (elle est considérée comme décédée à Koenigsberg).

Juliette Roux recevra la Croix de Guerre avec étoile de vermeil et la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'Armée):

"S'est mise spontanément à la disposition d'un service clandestin de contre-espionnage en France occupée. A servi de boîte aux lettres, a camouflé un officier français du service, recherché par la Gestapo, et des documents compromettants.

A accompli avec succès des missions de liaisons et de transport de courrier.

A fait preuve au cours de cette période de courage, de sang-froid et d'esprit de décision.

Arrêtée le 16 juin 1944 à son domicile, a été déportée à Nuremberg, sans nouvelle depuis. Serait décédée en captivité."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  le Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28, n°24, p.58


 

 

 
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