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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Ma-Me
 

MAHE

Jeanne

 

Voir:  COUPLAN Jeanne


de MALEZIEU

Jean

 

 

Né le  26 novembre 1922  à  Angers (Maine et Loire) de François de Malézieu  et de  Solange Jeauffreau de Lagerie Célibataire Profession: officier d'active (Saint Cyr, promotion "Croix de Provence") Décédé le  13 avril 1945  à  Grunhof Mecklemburg (Allemagne)

 Réseaux: S.S.M.F./T.R., Marco du S.R. Kléber, D.G.E.R.

 

Jean de Malézieu, qui a fait du droit et une licence d'anglais, vient juste de sortir de Saint Cyr (promotion Croix de Provence) quand , après une vaine tentative d'entrer dans le maquis du Vercors, il intègre  en septembre 1943 le réseau Marco du S.R. Kléber.

Devenu agent de maîtrise des Eaux et Forêts à Evreux,  il travaille pour la Résistance avec l'aide de son père, le colonel de Malézieu, et effectue plusieurs missions difficiles en Bretagne et en Normandie.

Il transporte un important courrier lorsqu'il est arrêté le 31 mars 1944. Il refuse de parler et, condamné à la déportation, quitte Compiègne pour l'Allemagne le15 juillet 1944.

Il devait mourrir à Grunhof Mecklemburg (entre Wittemberg et Hambourg, dit Guy de Saint-Hilaire), alors que son camp ayant été libéré, il était sur la chemin du retour.

Jean de Malézieu sera déclaré "Mort pour la France".

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'Armée):

 "A effectué avec succès plusieurs missions très délicates en Bretagne et en Normandie."

Arrêté alors qu'il transportait un important courrier, il fut déporté en Allemagne, se refusant de révéler quoi que ce soit sur son organisation. Il resta toujours pour ses camarades un soutien moral des plus préciaux et un exemple de patriotisme sans défaillance. Il mourut quelques jours avant sa libération,alors qu'il était évacué."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";   Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4,; "Marco", de Guy Jousselin de Saint-Hilaire (A.A.S.S.D.N.); "L'ORA" du colonel A. de Dainville (Ed. Lavauzelle, 1974).


MANESCAU

Édouard

Pseudonyme: ARTAGNAN

 

 

Né le 19 octobre 1903  à Bilbao (Espagne) de Jean (de Dieu), Vincent, Denis Manescau  et de  Berthe Gavelle Épouse: Yvonne, Joséphine Latastère Profession: diplomate Décédé le 29 avril 1945  à  Bergen-Belsen

 Réseau: S.S.M.F./T.R.

 

Le père d'Edouard Manescau était alsacien; il avait fondé un bureau de change et une agence générale des Wagons-Lits à Bilbao. Sa mère avait été élevée en Angleterre. Ces origines expliquent peut-être qu'il ait lui-même parlé plusieurs langues: l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le portugais et l'espéranto. Il avait une licence de droit international et était, ajoute son fils Edmond, bon pianiste.

Réformé en 1940, Édouard Manescau était secrétaire d'ambassade (en disponibilité). Sous l'Occupation, il est agent P2 dans les Services spéciaux avec le grade de capitaine, et son fils travaille avec lui, comme agent de renseignements et de liaisons. Ce dernier dit qu'Édouard Manescau appartient, en décembre 1941, à un réseau de renseignements britannique, avant de faire partie, à partir de fin1942, des Travaux Ruraux.

Il s'occupe de l'alimentation et de l'armement de plusieurs réseaux, dirigeant une antenne de renseignements dans la région du Sud. (Parmi ses collaborateurs bénévoles: son beau-frère, Pierre Latastère, qui est arrêté plusieurs fois puis déporté, ainsi que son épouse.) Il obtient de nombreux renseignements sur les déplacements de troupes et les agents ennemis.

Il est arrêté  le 20 janvier 1944 à Pau, pour falsification de papiers, passage de la ligne de démarcation et trafic postal. On sait qu'il résiste aux pressions des Allemands et ne leur fait aucune révélation.

Interné durant 114 jours à la prison Saint Michel, à Toulouse, de là, il parvient à faire envoyer à son frère, à Levallois-Perret, un message daté du 12 mai 1944. Il écrit, au  crayon sur un petit morceau de papier quadrillé: "Je pars pour une destination inconnue, sans doute en all. Pas eu depuis arrestation 20-1 de nouvelles d'Yvonne et du petit. Les espère en bonne santé, dites leur de patienter, de garder bon moral, l'absence est très pénible mais pas irrémédiable et ne sera pas longue maintenant. Je leur demande de bien se soigner. Yvonne surtout. Je compte sur Pierre et Roger pour les aider. Lataste leur prêtera un peu d'argent. Vous espère tous bien. Gaby M... et enfants partis de Paris. Beaux jours reviendront. Moi vais bien, bon moral, fais projets pour avenir.(... passage effacé par le temps)  pourront habiter... comme Y voudra. Peut-être ont-ils quitté Pau- qu'ils soient prudents, ne sortent pas. Vous supplie me donner nouvelles d'eux souvent, lui dire de m'écrire, de ne pas s'inquiéter si je n'écris pas car dans certains camps on ne peut écrire- Je pense à eux tous les instants, ai passé 114 jours prison St Michel à Toulouse, attendant vainement du linge de rechange par Albertine- 54 rue d'Aubusson- camarades m'ont donné 2 chemises, I caleçon- ai passé jours d'angoisse attendant linge pour savoir où ils sont, ne sais plus que penser, envisage le pire (.... ) Si je demande colis, qu'elle m'envoie seulement pain bien grillé et de la farine "Germalp"(?) ou similaire n'ayant pas besoin de cuire pour épaissir soupe- Rien d'autre, ça n'arrive pas.

Vous embrasse tous. Edmond.

Au dernier moment nous apprenons qu'il se pourrait que affectation en France pour y travailler, tant mieux. Je ne vis que dans l'espoir que tout le monde est bien et dans l'attente de nouvelles. A bientôt peut-être: mille baisers pour toi."

 Un compagnon de détention, Gaston de Bonneval, aide de camp du général De Gaulle, écrira à Madame Manescau: "... Votre mari et vous même m'avez trop aidé au cours de cette dure année 1943 pour que je sois prêt de l'oublier... J'ai aperçu votre mari un jour à Toulouse en prison et n'ai pu lui adresser la moindre parole. Depuis plus rien...."

En septembre 1944, un message radio parvenu à son fils dit que Edouard Manescau a été vu à Hanovre en bonne santé. Mais il meurt en déportation, à Bergen-Belsen le 29 avril 1945.

Edouard Manescau recevra la Médaille de la Résistance et une citation du Maréchal Montgomery.

 

*

Citation: "Entré en rapport avec le Service clandestin du C.E. en décembre 1942, fut chargé de diriger une antenne de renseignements de la région Sud et fut, à ce titre, un des agents les plus actifs du réseau. Actif, plein d'allant et d'initiative, obtient des renseignements nombreux et précis sur les activités des agents secrets ennemis et sur les déplacements des troupes ennemies. Calme, audacieux à bon escient, doué d'un sang-froid imperturbable, n' a jamais hésité à risquer sa propre sécurité pour obtenir un renseignement important. Arrêté en décembre 1943, a opposé le mutisme le plus complet aux tentatives faites par les policiers allemands pour l'obliger à parler.

Signalé à Buchenwald en avril 1945 , n'a plus donné signe de vie à partir de cette date."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.55


MANGES

Pierre, Alphonse, Marie

Pseudonyme: MORAND, MAILLARD, MOUCHET

 

 

Né le 25 juillet 1914  à  Nancy (Meurthe et Moselle) de Edmond Mangès  et de  Marie Simony Épouse:  Thérèse, Aline Saigne Profession: officier d'active (Saint Cyr 1932-1934) Décédé le 3 avril 1945  à  Neuengamme

Réseaux : S.S.M.F./T.R., Vénus du S.R. Kléber (Poste P3)Agent P2

 

Fils du colonel Edmond Mangès, Pierre Mangès a fait Saint-Cyr (1932-1934) et a été  incorporé en octobre 1932 dans l'infanterie, puis au 5e Bureau EMA. Il a passé un diplôme d'études germaniques en 1938-39.

Le 20 août 1940, alors capitaine, il s'engage dans les services de renseignements. Il devient chef d'antenne du S.R. Terre pour la région Sud-Ouest, à Marmande puis à Nîmes.

Il se marie un an après. Thérèse Mangès racontera ainsi la cérémonie à son fils Jean-Pierre:

"Nous nous sommes mariés le 5 novemvre 1941 à Virazeil, parce que ton père voulait se marier sous son vrai nom, alors qu'à Marmande il était sensé s'appeler Morand. A Virazeil, le maire était dans le coup: c'était une relation de M. Parrillaud (de Marmande) qui avait déjà obtenu la dispense de publication des bans. (Je ne sais si notre mariage était bien légal car, contrairement à la loi, nous nous sommes mariés à l'intérieur d'une mairie fermée à clé (!) Puis nous sommes partis par le train pour Vichy. Le lendemain, nous avons contacté le curé de l'église Saint Louis, et le surlendemain on se mariait. Le mariage religieux a eu lieu le 7 novembre. Papa était en uniforme (avec les marques d'un régiment dissous depuis l'armistice(!) Toutes les huiles de la Maison étaient là. Ensuite on a été en voyage de noces, une semaine à Nice où on a creuvé de faim!!. Nous sommes restés (à Marmande?) jusqu'en mai-juin 1942. Puis nous sommes partis à Agen. Nous nous appelions alors Maillard. Nous avions un logement au 2e, rue du maréchal Pétain (ex rue de la République). Tu es né à la clinique de l'Immaculée Conception le 15 septembre (au lieu de fin août). Nous sommes restés là jusqu'à l'invasion de la zone libre (11 novembre 1942). Nous nous sommes cachés quelques jours à la ferme La Jasse (commune d'Agnac, Lot et Garonne) en attendant de voir venir. Nous y allions parfois auparavant pour chercher du ravitaillement. (...) Nous avons atterri à Saint Michel de Montaigne dans une maison isolée destinée, je crois, à abriter des vendangeurs durant la saison. Entretemps, ta grand-mère Mangès était morte en 40 à Paris, puis ton grand-père, en avril 1941 à Clermont-Ferrand, où, bien que retraité, il avait repris du service volontairement en se mettant à la disposition de la Maison Rivet."

De novembre 1942 à mars 1943, Pierre Mangès opère à partir de Perreau, commune de Saint Michel de Montaigne (Dordogne), qui touche la ligne de démarcation, de nombreuses fois franchie avec des documents importants concernant les troupes allemandes stationnées dans le Sud-Ouest et prêtes à franchir les Pyrénées. Parmi les renseignements transmis, il faut ajouter ceux relatifs à la base aérienne de Mérignac, d'où partent des avions qui vont bombarder Londres.

"Outre le renseignement, dit le commandant Chabor, le lieutenant  Mangès s'est occupé avec les officiers de la subdivision d'Agen de camouflage d'armes et de marériel, aidé par plusieurs de ses agents. A Agen, il avait retrouvé un ami de son père, le lieutenant colonel Rihouey, chef de l'E.M. de la subdivision, qui lui avait fourni des informateurs. M. Parillaud, négociant en vins à Marmande, fut aussi une des principales chevilles ouvrières du réseau."

A l'actif de Pierre Mangès, en liaison avec le capitaine Hériard-Dubreuil du S.R. Air de Marmande, rapporte Patrice Bougrain-Dubourg, il faut aussi mettre la subtilisation de wagons entiers de matériel aéronautique, de plusieurs trains, grâce à de faux papiers et à des complicités, wagons menés de Bordeaux à Marseille, Cannes et l'Algérie.

Il est arrêté une première fois, sur dénonciation, le 30 octobre 1943 à Saint-Raphael. "Les jours passaient..., écrit Thérèse Mangès, pas de visite...pas de message...c'est finalement un gendarme qui est venu m'annoncer l'arrestation."

Pierre Mangès est interné à Nice, où une relation de la famille habitant la ville peut le voir.(A l'hôtel Hermitage, un palace réquisitionné par la Gestapo, sévit alors le redoutable Schultz.)

Il est ensuite transféré aux Baumettes, à Marseille, où il reste de mars à mai 1944. Là, dira encore Thérèse Mangès, "une tentative d'évasion organisée par les gens du service a échoué. Elle reposait sur la complicité d'un gardien alsacien Malgré nous, qui a été muté avant qu'on ait pu agir."

Enfin Pierre Mangès est interné à Compiègne, avant d'être déporté (4 ou 5 juin). Durant le transport vers l'Allemagne, avec des camarades de convoi, ils réussit, pendant la nuit, dans la région de Vitry-le-François, à pratiquer une ouverture dans le wagon où ils sont enfermés. Lors d'un ralentissement, ils s'échappent et chacun tente sa chance de son côté.

Pierre Mangès essaie de se réfugier dans une des nombreuses institutions de religieuses de la région, mais en vain. Puis il demande asile dans une église, mais essuie un refus. Ne perdant pas courage, il pense pouvoir trouver de l'aide à la gendarmerie du lieu: il sera livré le6 juin 1944 par la Gendarmerie française, à la Kommandantur de Châlons-sur-Marne.

Il se tait sous la torture.

 Thérèse Mangès reçoit une lettre de la prison de Châlons et une relation de la famille peut le voir et lui annoncer qu'il a une fille, Marie Lorraine, qu'il ne connaîtra pas. Son fils a 21 mois.

Déporté le 25 août 1944, il meurt le 3 avril 1945 à Neuengamme.

Déclaré "Mort pour la France", Édouard Mangès, commandant F.F.C., sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme.

 

*

Citation (Croix de Guerre): "Magnifique officier d'une valeur technique et d'un courage exceptionnels."

 

Lieu de mémoire: monument à la mémoire du commandant Pierre Mangès, à Perreau, commune de Saint Michel de Montaigne (Dordogne).

 

Références : Archives du Bureau "Résistance"; "Le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p. 164 (Ed. Plon, 1978); rapport Morange, p.51 (A.A.S.S.D.N.); dossier A.A.S.D.N.; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°179, p.33;


MARLAND

Maurice, Raymond, Gustave

Pseudonyme: ROC

 

 

Né le 12 février 1888  à  Falaise (Calvados) de Georges, Gaston, Gustave Marland  et de  Angèle Prod'homme Divorcé de Renée Leprince Profession: enseignant Décédé le 23 juillet 1944 à Lucerne d'Outre-Mer (Manche) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber

 

Engagé volontaire le 21 août 1914, Maurice Marland fut blessé par un éclat d'obus  dix jours plus tard, à Tailley (Meuse). Il servit alors aux 104e, 82e et 38e régiments d'infanterie, puis au 2e chasseur et dans l'armée polonaise et termina cette guerre comme sergent major.

Ayant repris ses activités d'enseignant, il reçut la distinction d'officier d'Académie en 1923 et d'officier de l'Instruction publique en 1934.

C'est en Pologne, en 1919, qu'il aurait connu le capitaine Stanley et aurait pu alors, par son intermédiaire, établir des contacts avec l'Intelligence Service. C'est aussi pour cette raison que Stanley, blessé, trouvera refuge chez lui avec sept officiers anglais lors de l'arrivée des troupes ennemies en 1940.

En décembre 1941, quand il s'engage dans la Résistance, Maurice Marland est professeur d'anglais et de Lettres au Collège moderne de Granville (Manche). Ses enfants ont 21 et 26 ans.

Il est chef d'antenne du S.R. Kléber et a des relations avec le réseau Brutus à partir de novembre 1942, et avec Les Cloches des Halles et Libération Nord.

Son petit fils, Yann Le Pennec, dit: "Selon un témoin visuel, mon grand-père venait souvent émettre chez un de ses camarades de promotion de l'École normale d'instituteurs de Caen, ce qui ne rassurait guère la mère du témoin. Selon certaine source, le poste lui aurait été remis par Stanley".

Arrêté le 18 juin 1943, il est libéré le 11 septembre 1943. D'après son petit-fils, il a été appréhendé dans sa classe, puis incarcéré à Saint-Lô, Caen, Rouen et Fresnes. Là, il est confronté à d'autres détenus, "flagellé et torturé en même temps que Stanley". Ce dernier est fusillé, tandis Maurice Marland, "faisant état d'une plaie qu'il dit cancéreuse, est orienté sur le centre de Villejuif".

Il est repris le 22 juillet 1944, et son petit fils précise qu'il est alors "retenu au presbytère de La  Lucerne d'Outremer, après un passage à La Rochelle Normande où était repliée la Kriegskommandantur de Granville. Le 23 juillet à 1h30 du matin, divers témoins ont entendu des coups de feu venant du lieu où est érigée une stèle en son souvenir. La maîtresse française d'un feldgendarme a rapporté à la Gendarmerie française avoir parlé à Maurice Marland avant qu'il ne monte en voiture avec trois feldgendarmes et constaté que ceux-ci étaient revenus sans lui quelque temps plus tard."

 Maurice Marland a en effet été fusillé dans la forêt de la Lucerne d'Outremer (Granville). Le constat, fait le 23 juillet à 15 heures et enregistré dans l'acte de décès, dit que la mort "paraissait remonter le même jour à 2 heures" et que le corps a été trouvé au lieu dit "La Huronnière". Les trois feldgendarmes seront jugés par contumace et condamnés à mort après la Libération par le Tribunal militaire permanent de Paris, pour cet "assassinat probablement programmé entre les autorités allemandes et les représentants de la Milice à Granville", dit Yann Le Pennec. La préméditation sera effectivement retenue par la tribunal.

Déclaré "Mort pour la France", Maurice Marland recevra la Médaille de la Résistance avec rosette.

 

*

 

Lieu de mémoire:  Un monument a été érigé à la mémoire de Maurice Marland entre le village de la Lucerne d'Outremer et l'abbaye de la Lucerne, non loin de l'endroit où il a été assassiné.

Le lycée technique de Granville porte le nom de "Maurice Marland"

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; archives de la famille de Maurice Marland


MARTIN

Alice, Marie, Amélie

 

 

Née le 6 juillet 1883  à  Paris 16e de Joseph, Marie...  et de Amélie, Joséphine Verjus Epoux: Georges... Décédée le 23 mars 1945  entre Mauthausen et Bergen Belsen 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

A partir du 27 novembre 1942, Alice Martin, qui habite à Paris, 68 rue de Rivoli, met son domicile à la disposition des agents des services de contre-espionnage pour leurs liaisons  et comme boîte à lettres.

Arrêtée le 10 décembre 1943, pour "aide à parachutiste",elle est déportée et meurtà 61 ans, le 23 mars 1945 , durant son transfert de Mauthausen à Bergen Belsen.

Alice Martin recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation: "En relation dès novembre 1942 avec le Service clandestin du C.E. en France occupée a mis son domicile à la disposition des agents du Service pour des liaisons de natures diverses et a servi de boîte aux lettres. D'une discrétion absolue, a rendu au contre-espionnage des  services appréciés. Bonne Française qui n'a jamais désespéré des destinées de son pays. Arrêtée le 1O décembre 1943, a été déportée."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de L'A.A.S.S.D.N. n°24, p.55


MARX

Fred, Jacques

 

 

Né le 25 août 1913  à  Bourron-Marlotte (Seine et Marne) de Léon Marx  et de  Jeanne Bloch Célibataire Profession: ingénieur Décédé le 17 juillet 1944  à  Marseille` 

Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Fred Marx était un jeune homme de 1,63m, aux cheveux châtains et aux yeux gris vert. Sorti de l'École centrale des Arts et Manufacture en 1938, il fit la même année l'École d'application de cavalerie et fut nommé sous lieutenant de réserve.

Mobilisé le 15 avril 1939, il fut d'abord affecté à une compagnie du Train, puis démobilisé le 9 août 1940. S'étant illustré durant cette période, il reçut la Croix de Guerre avec étoile de bronze, avec cette citation:

" Le 13 mai 1940, chargé d'assurer un transport de troupe, a subi, au cours de sa mission, de violents bombardements de l'aviation ennemie des suites desquels trois de ses véhicules ont été incendiés. Par son sang-froid et son énergique intervention, a réussi à sauver le reste de son matériel sur lequel s'acharnait l'ennemi".

En octobre 1943, il entre dans le Service de contre-espionnage clandestin. Agent de liaison et chiffreur, il transporte documents et matériel radio, réceptionne le matériel et l'argent lors de parachutages.

C'est en cours de mission qu'il est arrêté, le 17 juillet 1944, avec son chef de réseau.

Ensuite, son sort est incertain. Dans son dossier du Bureau résistance, il est dit qu'il est arrêté  à Alès (Gard) et qu''il meurt le jour même à Marseille.

Déclaré "Mort pour la France", Fred Marx sera promu capitaine.

 

*

Citation : "Entré en octobre 1943 au service clandestin du contre-espionnage en France occupée, a rempli avec beaucoup de courage et  un parfait mépris du danger des missions diverses et pleines de risques: transport de documents et de matériel radio, réception d'argent et de matériel parachutés... Arrêté avec son chef de réseau au cours d'unemission le 17 juillet 1944. A disparu sans qu'il ait été possible de connaître son sort."

 

Références: Dossier du SHAT; archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.55


MATHERON

Laurent

 

 

Né le 27 décembre 1908  à  Tournus (Saône et Loire) de Laurent Matheron  et de  Anne Dand Flot Epouse:  Jeanne Cornet Profession: technicien des télécommunications Décédé le 2 octobre 1944  à  Dora 

Réseaux:   S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber, E.M.- P.T.T.Agent P2

 

Laurent Matheron, d'abord ouvrier de main-d'oeuvre aux P.T.T., était devenu soudeur en 1936. Affecté aux lignes à grande distance, c'était un des membres de l'équipe de l'ingénieur Robert Keller* qui, durant la "drôle de guerre", assurait de la réparation des lignes téléphoniques.

Dès le début de l'Occupation , les techniciens français, sous la direction de Robert Keller et sous contrôle allemand, sont  chargés de l'entretien de l'ensemble du réseau téléphonique, à l'exception des territoires intégrés au Reich.

La confiance absolue que Laurent Matheron a en son chef lui fait accepter immédiatement l'aventure périlleuse qui va permettre, en 1942, pendant plusieurs mois, l'écoute et la transmission aux Alliés des conversations téléphoniques des plus hautes institutions allemandes et des hauts dignitaires nazis, de Hitler lui-même. Ainsi fait-il partie de l'E.M.-P.T.T. à partie du 1er mai 1942.

L'action envisagée à l'instigation du S.R. Kléber Poste P2 ( capitaine Simoneau) consiste à établir sur les grands axes téléphoniques des dérivations permettant l'écoute, le tout sous le regard des Allemands.

La première est établie sur le câble Paris-Metz. Il faut trouver sur le trajet une maison libre pour placer les installations nécessaires à l'écoute, faire fabriquer et transporter clandestinement le matériel et intervenir sur les câbles sous le contrôle des  Allemands: trouver un prétexte pour intervenir sur une ligne, ouvrir les fouilles, travailler sur les fils, de nuit pour mieux déjouer la surveillance.

C'est ainsi qu'est trouvée la maison de Noisy-le-Grand sur le câble Paris-Metz.

Laurent Matheron, technicien de ligne, soudeur spécialiste des lignes souterraines à grande distance, est sur les premières fouilles avec son camarade Pierre Guillou* et Robert Keller la nuit du 15 avril 1942. Ils opérent sous une tente d'intempérie, à la chandelle. Travail long et minutieux à effectuer dans l'urgence, accroupi ou à genoux et sous le poids d'un danger extrême. Le travail commencé à 21 h est terminé à 4 h 40 du matin: 70 grands circuits dérivés entre Paris et Berlin, parmi lesquels ceux de la Kriegsmarine, de la Luftwaffe, de la Wehrmacht et de la Gestapo.

La seconde opération a lieu dans les mêmes conditions le 16 décembre 1942, à Livry-Gargan, sur le câble Paris-Strasbourg-Berlin,  Matheron et Guillou travaillant  cette fois sur 484 fils.

Arrêté le 17 (ou 15) janvier 1943, en même temps que Pierre Guillou, Laurent Matheron, père d'un enfant, est condamné comme "saboteur de lignes spécialisées grande distance". Il est déporté à Dora où il meurt le 2 octobre 1944 .

Il recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance

 

*

Lieu de mémoire: Le centre d'amplification de Lyon-Tassin s'appelle "Centre Laurent Matheron"

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";"Résistance P.T.T." de Raymond Ruffin, p.51, 62, 78 (Ed. Presses de la Cité, 1983); "Les Services de Renseignements 1871-1944," de Henri Navarre, p.155 (Ed. Plon 1978); "Chronique de la Résistance" de Alain Guérin (Ed. Omnibus, 2000); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4, n°18, p.107

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MEGNIN

Henri, Georges, Jacques, Léonard

 

 

Né le 14 janvier 1889  à  Mulhouse (Haut-Rhin) de Lucien, Victor Megnin  et de  Mathilde Berthaumier Célibataire Profession: ingénieur Décédé le 22 mai 1944  à  Epinal 

Réseaux:  S.R. Kléber (Bruno), CenturieAgent P2

 

Henri Megnin était ingénieur. Engagé volontaire en août 1914 à Rouen, il avait servi dans l'infanterie et avait été blessé par une grenade un an plus tard. Il avait fini cette guerre au service météorologique de l'aviation, puis comme interprète.

Le 1er juillet 1943, il s'engage dans le réseau Centurie. Il est arrêté à Épinal, au Central Hôtel, le 22 janvier 1944  et interné à la prison militaire allemande. Condamné à mort par un tribunal militaire allemand le 25 avril 1944, il est exécuté le 25 mai 1944 à Épinal.

Déclaré "Mort pour la France", Henri Megnin recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"


MEIFRED-DEVALS

Edouard, Hippolyte, André

Pseudonymes: ALAIN, BOURBON

 

 

Né le 24 septembre 1883 à Lagny (Seine et Marne) de Emile Meifred-Devals et de Marie Thuilleaux Epouse: Andrée Fleureau Décédé le 16 mars 1944 à Buchenwald

 Réseau: S.R. Air (Turma Vengeance)

 

(Biographie communiquée par la famille de André Meifred-Devals)

 

André Meifred-Devals s'engage à 18 ans dans les Chasseurs alpins pour quatre ans, mais est réformé pour raison de santé. Se marie en 1908. Aura trois enfants.

Sous-officier de réserve en 14-18, participe aux combats les plus durs. Est blessé deux fois; reprend chaque fois le combat. Reçoit la Croix de guerre.

Après la guerre, exerce plusieurs professions, tant d'ordre littéraire et artistique que scientifique et tecchnique. Ainsi, à la création du Palais de la Découverte, en 1937, lui est confiée la création d'appareils de démonstration actionnés par le public.

En 1939, il est bibliothécaire aux Ets Barbier, Bénard et Turenne qui travaillent pour la Défense nationale et fermeront avec l'Occupation.

Est mis alors en contact, par une serveuse du restaurant Laurent (Fernande; s'agit-il de Fernande Ruelle?), avec Rupied et le S.R. Air (c'est lui qui prendra la succession de Zachariasen comme chef d'antenne parisienne du S.R. Air)

Il commence à sillonner la banlieue pour relever les effets des bombardements alliés sur les usines. Serait alors sous les ordres d'un officier de marine, pseudo Lefoc (Viaud) et auraient plusieurs agents sous ses ordres.

Arrêté fin juin 1942, près de Beauvais, par des soldats de la Wermacht, interné dans une caserne hors de la ville et assez vite relaché, une perquisition immédiate à son domicile parisien n'ayant rien donné.

Reprend ses missions et, sous le couvert d'une carte de voyageur de commerce pour une imprimerie de Levallois, fait de fréquents voyages dans la région. Le passage de la ligne de démarcation lui est facilitée par M. Frémond, propriétaire dans la région.

Le 6 août 1943, André Meifred-Devals est arrêté par la Gestapo,à Paris, au Palais de la Découverte,interné à Fresnes cinq mois, dont trois et demi d'isolement, entrecoupés d'interrogatoires. En janvier 1944, il est transféré à Compiègne, d'où il est dirigé vers Buchenwald par le convoi 1173 du 27-OI-44. Il y meurt le 16 mars 1944.

Déclaré "Mort pour la France, il est décoré de la Légion d'Honneur et reçoit à titre posthume la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance.

Son plus jeune fils, Pierre, entré dans la Résistance (Mouvement Défense de la France), a été fusillé par les Allemands le 20 juin 1944 dans le maquis de Seine et Oise. Il sera également déclaré "Mort pour la France.

 

*

 

Citation (à l'ordre de la division): "Agent de renseignements du réseau Turma Vengeance

 dès novembre 1942. D'un dévouement à toute épreuve, a fourni un travail régulier jusqu'à son arrestation le 6 août 1943. Ne révéla rien au cours de ses interrogatoires. Déporté, est mort pour la France dans un camp de concentration."

 

Références: Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.47; texte communiqué par la famille.


MENGIN

Hélène

Pseudonymes: COUSINE, capitaine MORTEUSE, GEORGETTE, HORTENSE

 

 

Née le 7 mars 1909  à  Phalène (Grèce) de Pierre Mengin et de  Louise Bruel Divorcée de M. Dubois Décédée le 8 mars 1945  à  Paris 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., Action, S.R.Kléber (Poste P2)Agent P2

 

Née en Grèce, Hélène Mengin a fait ses études en France de 1924 à 1928.

Elle est recrutée dès juillet 1940 par le commandant Simoneau et fait partie de l'I.S. d'octobre 1940 à 1942. Elle a alors 31 ans et vit séparée de son mari, M. Dubois. Son fils, Michel, est âgé de 10 ans. Elle est décrite (Arch. d'Alger, source Andromède) comme une femme "très élégante, très fardée, très mince".

Henri Navarre situe ainsi son action : "Un des problèmes les plus difficiles en ce qui concerne les annexes et antennes en zone occupée, dit-il, était celui des liaisons.

Dans les premières semaines qui suivirent l'armistice, une solution fut fournie par des auxiliaires bénévoles qui effectuaient, pour le compte du Secours national, de fréquents voyages Paris-Vichy par la route et ne faisaient généralement l'objet d'aucun contrôle. Seules les personnes très sûres et d'une discrétion éprouvée furent utilisées." Parmi elles, Hélène Mengin. "Les courriers remis le matin parvenaient le soir même et les réponses deux jours plus tard.(...) Ce système fonctionna plus de quinze mois sans le moindre incident."

 Hélène Mengin  effectue ainsi plus de deux cents passages à travers les lignes ennemies.

Elle est décédera  le 8 mai 1945, à l'hôpital militaire de la rue D'Alleray à Paris .

 

*

Citation (à l'ordre de l'Armée):

"Entrée au service de la Résistance comme agent de liaison des services de renseignements, a effectué dans des conditions toujours plus dangereuses plus de deux cents passages de documents à travers les lignes ennemies.

Arrêtée à deux reprises (dont février 1943), a toujours triomphé des interrogatoires et assuré la transmission de la totalité des courriers qui lui étaient confiés.

Tamponnée par un  véhicule militaire allemand en septembre 1941 et grièvement blessée, a refusé de se laisser évacuer, ayant comme seul souci de ne pas donner à l'ennemi une chance de se saisir de documents d'une grande valeur pour le Commandement.

Avec un courage tranquille, a poursuivi sa mission jusqu'à la libération du pays."

 

 

Citation (à l'ordre de la division):

"Agent de liaison entre les groupements de Résistance des départements de l'Eure, de l'Orne et du Calvados, a effectué plusieurs missions périlleuses, et s'est notamment dépensée sans compter pendant les opérations de Normandie, faisant preuve d'un courage admirable et d'une énergie farouche dépassant les limites de ses forces."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "Le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.163 (Ed. Plon, 1978); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; Archives d'Alger (dossier n°3014-M11)


MERCIER de LACOMBE

Marie, Joseph, Hippolyte, Charles

 

 

Né le 8 octobre 1911  à La Jonchère Saint Maurice (Haute-Vienne) de Charles, Marie, Mercier de Lacombe  et de  Elise, Pauline Leobardy Epouse: Elisabeth, Marie de Vanssay de Blavous Profession: assureur puis inspecteur à la S.G.W. Décédé le 12 avril 1945  entre Dora et Ravensbrück 

Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Charles de Lacombe, directeur d'une agence  d'assurance à Bourges, était père de trois enfants. Il avait fait son service miltaire à Moulins en 1931 et avait été appelé en 1939 (dans d'un groupe de reconnaissance motocycliste). Fait prisonnier, il s'évada en septembre 1940.

Dès 1941, il est agent du 2e Bureau de Clermont Ferrand, sous les ordres du lieutenant colonel de Driesen, chef de la 13e Division militaire de Clermont-Ferrand. Celui-ci, qui  l'avait d'abord recruté comme chauffeur civil au Bureau M.A.,  dira:

"Après le départ de son chef pour l'Afrique du Nord, Charles de Lacombe animé des plus purs sentiments français et anti-allemands, s'est mis spontanément à la disposition de l'organisation du colonel Boutet par l'intermédiaire du lieutenant Consot."

En 1942,"après l'arrestation de son beau-frère à Saint Léonard, dira Richard Chotin, Charles Mercier de Lacombe va prendre la succession de ce parent dans l'emploi qu'il occupait dans l'administration de la Société des Wagons à grande capacité. Dans ces nouvelles fonctions, qui l'obligeaient à rayonner dans toute la France, Lacombe eut de grandes  possibilités, dont il fit profiter la Résistance." Il est donc alors inspecteur de la S.G.W., à Paris, rue Saint Lazare.

Chotin donnera des exemples de ses activités: "Ses déplacements dans les mines de fer des Pyrénées lui permirent de faire acheminer sur l'Espagne des résistants traqués par la Gestapo ou des volontaires ralliant les F.F.L.

Il collecta également de très intéressants renseignements économiques, politiques et militaires qu'il remettait à Clermont-Ferrand, à des personnes qu'il m'a nommées, mais dont j'ai oublié les noms, ce dont je suis certain, c'est que ces personnes étaient des éléments du 2e Bureau travaillant pour le B.C.R.A."

Arrêté le 4 août 1943 (à Bassoleil, près de Saint Léonard de Noblat, Haute-Vienne), il sera interné à Limoges,Vichy, Clermont-Ferrand et Compiègne.

"De Lacombe, dit Chotin, fut torturé pendant trois jours consécutifs et mis au secret durant 72 jours, sans jamais avouer. Ses dénégations, son courage et son esprit de résistance ne permirent pas à la Gestapo d'arrêter certains éléments du 2e Bureau de Clermont-Ferrand que de Lacombe connaissait bien.

Charles de Lacombe fut accusé par la Gestapo de travailler avec moi. Il n'en était rien. Cette accusation reposait sur le fait que Lacombe avait appartenu en 1941-1942 aux mêmes service de C.E. que moi. J'ajouterai que Charles de Lacombe, animé du plus pur esprit  patriotique, fut un résistant authentique, très digne et très courageux."

Déporté à Buchenwald-Dora, il mourut entre Dora et Ravensbrück, le 12 avril 1945.

Déclaré "Mort pour la France", Charles Mercier de Lacombe recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance.

 


MERTZISEN

Née BOITTE

Suzanne, Camille, Raymonde, Marguerite

Pseudonymes: SUZY, LEROY, LEMESLE

 

 

Née le 15 mai 1919  à  Colombes (Hauts de Seine) de Edmond, Alphonse Boitte  et de Louise, Amélie Lemesle Divorcée de Gabriel Mertzisen Décédée le 18 janvier 1945  à  Ravensbrück 

Réseaux: S.S.M.F./T.R. , ITG-FFC

 

Suzanne Mertzisen avait une petite fille de six ans. Elle avait épousé un aviateur, Gabriel Mertzisen, le 12 novembre 1938.  Celui-ci combattit en Syrie ou il remporta quatre victoires sur les Britanniques, avant de rejoindre, en décembre 1943, le G.C. 3 "Normandie" à Toula.

A cette époque, Suzanne Mertzisen habite Alger, 20 rue de Constantine. Le 18 janvier 1943, elle s'engage  elle-même pour la durée de la guerre et entre  dans le corps féminin des Transmissions. Comme Marie-Louise Cloarec*, Pierrette Louin* et Eugènie Djendi*, elle fait partie de celles qu'on surnomme les Merlinettes (du nom du chef des Transmissions, le colonel Merlin). Un centre d'entraînement a été installé à Staouëli, près d'Alger.

C'est alors que Paul Paillole, commandant le 2e Bureau d'Alger, dit Mireille Hui (qui fut des Merlinettes), contacte le général Merlin pour recruter des spécialistes radio.

Suzanne Mertzizen, comme Pierrette Louin, Marie-Louise Cloarec et Eugénie Djendi,  est volontaire. Recevant les jeunes femmes, Paul Paillole ne leur cache pas l'extrême dangerosité des missions à effectuer, mais elles persistent dans leur engagement.

En janvier 1944, elles sont dirigées vers le Bureau Central de Renseignement et d'Action  d'Alger (B.C.R.A.A.) puis à Londres (B.C.R.A.L.) pour suivre des stages d'instruction d'opératrices radio. Mireille Hui précise que ce stage dure deux mois. Il a lieu en Grande-Bretagne, à Saint Albans et à Ringway, près de Manchester. Le programme: renseignement, topographie, identification des effectifs et matériels ennemis, repérage des objectifs à bombarder, sport de combat, séances de tir, maniement des explosifs, conduite et mécanique auto et moto, parachutisme, transmissions (émettre de France plus de trente minutes sans changer de longueur d'onde ou de lieu est suicidaire).

Suzanne Mertzisen est parachutée dans la nuit du 5 au 6 avril 1944, avec Pierrette Louin, Marie-Louise Cloarec, Philippe Cravat et Pierre (?)), dans la région de Limoges. D'après la synthèse de "l'affaire Louin", faite à Paris le 22 février 1945 (Arch. d'Alger), le parachutage aurait eu lieu près de Limoges ou d'Angoulême, et selon Albert Falquet, cousin de Marie-Louise Cloarec, en Dordogne. Les trois jeunes femmes sont regroupées par leur réseau à Jouac, Haute-Vienne (par une équipe T.R. ?), dit Mireille Hui. Puis elles gagnent Paris où Pierrette Louin et Marie-Louise Cloarec sont hébergées chez un cousin de P. Louin, Fernand Louin, horloger-bijoutier, 88 rue Saint Dominique.

Celui-ci, interrogé (archives d'Alger, 7 novembre 1944)), dit:  "Suzy s'est présentée à ma boutique vers midi. Son signalement: assez grande, assez chic, légèrement maquillée, châtain, yeux foncés. Le même jour, j'ai eu la visite d'un de leurs compagnons dont j'ignore le nom, mais dont le signalement est le suivant: moyen, très brun. Ils m'ont raconté que l'opération de parachutage avait été effectuée dans la région d'Angoulême; que les chefs de police locale se seraient occupés du convoyage".

Mme Saisset (gardienne de l'immeuble?, rue Saint Dominique), elle, le savait et dira avoir remarqué qu'un grand nombre de jeunes gens allaient et venaient sans arrêt.

Fernand Louin dit: "Nous allions manger au restaurant "Le Petit Panama", rue Amélie... Je crains qu'il y ait eu une délation devant venir de certains habitués de ce restaurant..."

On pense aussi que les jeunes femmes auraient été dénoncées par un agent ennemi infiltré dans le réseau.

Fernand Louin poursuit: Le jeudi 27 avril 1944, vers midi, un homme est entré demandant Mlle Pierrette. Je l'ai appelée au téléphone. Elle est descendu avec Marie-Louise. Elles sont ressorties sur le trottoir avec le dit individu et sont rentrées presque aussitôt, poussées par cinq individus revolver au poing. On a passé les menottes aux deux jeunes filles tandis que le premier rentré me tenait en respect avec son revolver en me priant de faire comme si de rien n'était. Ma cousine et son amie ont été poussées dans l'arrière magasin, puis ont été montées dans l'appartement...

Le policier allemand m'a demandé de lui signaler immédiatement l'arrivée de la troisième personne que je connaissais (il savait donc qu'il y avait trois personnes)... Tout l'après-midi il m'avait répété que je devais signaler l'arrivée de la troisième femme, faute de quoi ma femme et mes enfants seraient embarqués...

Comme à 7 h Suzy n'était toujours pas arrivée, il m'a dit de fermer le magasin et de les suivre rue Jean Nicot... Puis environ un quart d'heures après, je vis arriver Suzy (sans doute prise dans une souricière établie près du magasin), accompagnée de deux autres individus."

Mme Saisset dira: " Ces jeunes filles ne reçurent aucun courrier à l'exception d'une dépêche au nom d'une jeune fille qui venait très fréquemment mais qui n'habitait pas là. Cette dépêche a été portée le jour de l'arrestation et refusée par moi... La Gestapo se trouvait dans l'appartement. J'ai vu monter cette jeune fille (Suzy), j'ai voulu la prévenir mais j'ai hésité."

Alors, dit Fernand Louin,"nous partîmes tous pour l'avenue Foch...

Arrivés Av. Foch, on nous fait monter au 7e. On m'a fait entrer dans un cabinet de toilette où j'ai entendu l'interrogatoire d'identité de Pierrette, disant venir de Londres." Fernand Louin dira aussi à son frère  avoir été surpris lors de son interrogatoire de constater que la Gestapo était déjà au courant de tout et que les jeunes filles paraissaient avoir été suivies depuis leur parachutage. Et Marcel Louin se souvient "qu'elles prétendaient que la préfecture de Limoges était au courant et que le parachutage avait été très bien organisé".

Le vendredi matin, lendemain de l'arrestation, à midi, Pierrette Louin a pu montrer à son cousin un papier où étaient écrits ces mots :"Chefs arrêtés, sommes considérés comme prisonniers de guerre".

Si leur chef avait bien été arrêté, cela pouvait expliquer l'attente prolongée de Pierrette Louin et de Marie-Louise Cloarec rue Saint Dominique.

La Gestapo a trouvé dans leurs chambres  deux postes émetteurs et quatre revolvers.

Lors de son interrogatoire, après la Libération, l'interprète allemand Ernst Vogt dit qu'après l'interrogatoire d'Eugènie Djendi (arrêtée le 10 avril 1944), "trois autres jeunes filles appartenant au même service d'Alger furent parachutées en France. L'interrogatoire de ces trois jeunes filles ne nous apporta aucun fait nouveau. Elles ne connaissaient rien de leur futur travail ni de l'organisation en France. Aucune arrestation ne fut opérée à la suite de leurs déclarations." Il s'agissait de Suzanne Mertzisen, de Pierrette Louin, et de Marie-Louise Cloarec.

Ernst Vogt ajoute: "L'une d'entre elles, Suzy,ou celle dont j'ai oublié le nom, m'a déclaré le jour de son arrestation ou le lendemain avoir un rendez-vous vers midi au jardin du Luxembourg avec un agent de l'organisation de France. Je l'ai accompagnée à ce rendez-vous avec un camarade. Nous l'avons laissée se promener pendant une heure environ, en la surveillant à distance. Personne n'est venu". (La jeune femme avait-elle fait un signe conventionnel de prudence?)

Elles sont internées à Fresnes avant d'être déportées à Ravensbrück, probablement dans le convoi parti de Compiègne le 8 août 1944. Là, elles retrouvent Eugènie Djendi.

Une fiche du ministère de la Défense dit: " Après avoir demandé plusieurs fois au commandant du camp, Fritz Suhren, leur transfert dans un camp de prisonniers de guerre, les jeunes femmes sont convoquées le 18 janvier 1945 vers 16h au bureau du camp.  A partir de là, les témoignages laissent place à des suppositions.

Mme Postel-Vinay (témoignage du 20 septembre 1949, Arch. d'Alger) a connu personnellement au camp Jenny Djendi et surtout Suzy Mertzisen  qui était devenue la meilleure amie de sa camarade tchèque Miléna Seborova. Celle-ci avait réussi à la faire embaucher dans la petite colonne de travailleurs qu'elle dirigeait, le Hilfskommando II, véritable entreprise de sabotage, où S. Mertzisen bénéficiait de conditions de vie exceptionnelles.

"Deux mois avant leur disparition, les quatre jeunes filles avaient été appelées à la Schreibstube, pour un interrogatoire d'identité. C'était l'usage avant les exécutions, mais pas invariablement. ces femmes croyaient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une réponse favorable à leur demande de transfert dans un camp de prisonniers militaires britanniques, d'autant que l'Allemand qui les avait reçues avait été très aimable et s'était inquiété de la santé de Djendi Jenny.

Le 18 janvier 1945, elles ont été à nouveau convoquées au bureau. Elles s'y sont rendues joyeusement, toujours convaincues qu'elles allaient être transférées dans un camp moins pénible.

Miléna Seborova, inquiète cependant, a suivi Suzy Mertzisen à distance. Elle l'a vue, en compagnie de ses trois camarades, sortir du bureau. Toutes les quatre avaient remplacé leurs chaussures par des savates légères." L'Allemande Ruth Neudecker, toujours volontaire pour les exécutions, les accompagnait.

Dans "Ravensbrück (Ed. de la Braconnière, Neuchâtel), il est écrit:"A la même heure, la route qui passait devant le Crématorium et conduisait chez Siemens fut barrée par les S.S." Mme Postel-Vinay et ses camarades ont alors supposé qu'elles avaient été pendues, car elles croyaient savoir qu'un gibet avait été construit dans le courant de l'année 1944, à côté du Crématorium...

En fouillant l'immense tas de vêtements des mortes, Miléna Seborova a retrouvé le manteau gris de Suzy Mertzisen et celui d'une autre, qui contenait encore dans la poche sa carte à son nom."

Rosane (Renée Lascroux), professeur de C.E.G., camarade de Pierrette Louin au lycée d'Oran, déportée à Ravensbrück et libérée à Bergen-Belsen (cité dans le Bulletin du Club Austerlitz, repris dans Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°184), rapporte: "Le 18 janvier 1945, le bloc français prend le deuil.  Dès l'appel du matin, Pierrette Loin et Marie-Louise Cloarec, nos petites parachutistes, ainsi que Suzy et Jenny leurs compagnes radio (...) sont averties qu'elles doivent se tenir à la disposition du commandant avec interdiction formelle de sortir du block jusqu'à l'heure fixée - seize heures et demie.

Peu d'entre nous savent la nouvelle, l'on n'ose imaginer le drame, il est prudent de se taire pour les petites et pour nous-mêmes. J'ai passé la journée avec elles. Pierrette et Marie-Louise sont des enfants. Pierrette, à vingt-deux ans, reçut ses galons à Alger, elle aime l'Afrique où elle a préparé le débarquement américain. Marie-Louise est une vaillante bretonne de vingt-quatre ans, elle fait la guerre, et Suzy, de Metz, est maman d'une fillette de six ans. Jenny adore le risque.(...) Seront-elles traitées en soldats?

Le coup fatal éclate, quelle stupeur s'empare de nous, les mieux prévenues. Le soir nous attendons leur retour au block, sans espoir. Marie-Louise a imaginé mille conjectures, pleine d'illusions encore, elle a emporté plusieurs adresses. Pierrette n'a dit mot, elle pensait. Cependant, elles ont été fusillées. La nuit survient, le block ferme, les petites ne coucheront pas là. Le lendemain nous faisons d'adroites recherches. Sur un registre figure à côté des quatre matricules, la mention vague et classique: "transport sans destination". C'est étrange. Entre ses dents, une femme murmure: c'est ainsi que l'on indique les fusillés."

Les témoignages ne se recoupent pas, les quatre jeunes femmes auraient été fusillées à 18h30 dans une baraque proche du crématoire ou pendues au gibet du camp.

Miléna Seborova, affectée à la buanderie, pense qu'elles auraient été pendues: il n'y avait pas de traces de balles ni de sang sur leurs vêtements.  Même écho de Mme Lindell, rescapée du camp, qui dit (Archives d'Alger, document des Renseignements généraux du 18 Mai 1949)) que Mlle Kate Johansen, norvégienne affectée au magasin d'habillement, a reçu les vêtements de quatre Françaises sans avoir remis de vêtements civils en échange. "Au moment où Mme Lindell constatait que ces défroques ne portaient aucune trace de balles et de sang, est-il dit dans le relevé de témoignage, un Allemand dont elle n'a pas connu le nom, employé au magasin d'habillement, a porté la main à son cou pour indiquer que ces femmes avaient été pendues."

 Suzanne Mertzisen sera éclarée "Morte pour la France".

 

De son côté, Gabriel Mertzisen, dont Suzanne Mertzisen était divorcée depuis le 24 avril 1944, continuera la guerre. Il sera touché, en mars 1945 par la D.C.A., son moteur explosera, le contraignant à se poser sur le ventre près de Wittenberg. Il remportera quatre victoires en Normandie. Après la guerre (1948),  affecté à l'escadrille de liaison aérienne E.L.A. 46 "Vaucluse", dont les missions seront effectuées pour le S.D.C.E., le capitaine Gabriel Mertzisen trouvera la mort (30 mai 1951) au cours d"une mission de "pick up" de nuit.

 

Références: "Les Merlinettes" de Mireille Hui (Ed. Livre à l'unité, 3e édition mars 2000); "Les Chemins de la mémoire" n°47, février 1995; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°3, p.38, n°18, p.107, n°143, p.23, n°166, p.18, n°17O, n°184, p.12; "Terre de Cendres" de Rosane (Renée Lascroux), Ed. Oeuvres françaises, Paris 1946; "Ravensbrück", auteur: Mme Postel-Vinay? (Ed. de la Braconnière, Neuchâtel, Coll. Les Cahiers du Rhône): Archives d'Alger (dossier 3331-66)


 

 

 
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