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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: La-Lec
 

LAFFITTE

Rose, Marie

 

 

Née le 13 octobre 1911  à  Tarnos (Landes) de Jean Laffitte  et de  Marthe Desclaux Divorcée de Albert Petit Décéde le 1er avril 1945  à  Neurolho (Allemagne) 

Réseau: S.S.M.F./T.R., groupe MorhangeAgent P2

 

Rose Laffitte, barmaid,  dans le groupe Morhange depuis le 1er juin 1943, est arrêtée par la Gestapo le 26 janvier 1944 pour avoir hébergé des résistants. Interrogée à plusieurs reprises, elle est libérée le 1er mai 1944, mais elle est filée et de nouveau arrêtée le 16 mai. Elle est alors transférée au Fort de Romainville, puis déportée le 17 juin 1944 à Ravensbruck. Elle meurt d'épuisement et de sévices, après avoir reçu une piqûre antityphique, dans un wagon entre Ravensbruck et Nene Brandebourg, d'après le témoignage d'une compagne, Madeleine Bompart, qui a eu la cadavre de Rose Laffitte quatre jours à côté d'elle.

Déclarée "Morte pour la France", Rose Laffitte recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  liste Fontès du 27 novembre 1997;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.29


LAFFORGUE

Pierre, Jean

Pseudonyme: PHILIPPE

 

 

Né le 8 mai 1915  à  Bergerac (Côte d'Or) de Jules Lafforgue  et de Alice Forgeot Célibataire Profession: officier d'active (saint-cyrien) Décédé le 12 août 1944 (corps retrouvé en forêt de Signes , Marseille) 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Jeune saint-cyrien, fils d'un général de brigade, le lieutenant de Tirailleurs Marocains Pierre Lafforgue a été blessé en 1939 et a alors fait l'objet de deux citations.

Puis, sur le front de Tunisie, il fut fait prisonnier fin 1942, bénéficia d'une mesure générale qui le fit rapatrier en France, début 1943, et fut alors démobilisé.

Une note sans signature de son dossier du Bureau Résistance raconte la suite de son histoire.

Par l'intermédiaire de son ancien instructeur à Saint-Cyr, il entre dans "l'un des réseaux clandestins que les Services Spéciaux de l'État-major d'Alger entretiennent en France. Il camoufle son activité d'officier de renseignement sous les fonctions très anodines d'officier des Eaux et Forêts. C'est à Nice qu'il débute. Les fréquents déplacements qu'exige son service forestier lui permettent de poursuivre son activité de S.R. En décembre 1943, il prend en titre le poste de Nice (poste "Bleuet", d'après un document sur le charniers de Signes; Henri Navarre, lui, dit qu'il est responsable du poste du S.S.M. précurseur de Clermont-Ferrand,"Clothilde ")

D'après la note du Bureau Résistance,"peu après le 4 janvier 1944, la police allemande, qui surveille le milieu des Eaux et Forêts depuis quelque temps, se présente à son bureau pour l'arrêter. Il l'évite de justesse. Il quitte alors le service forestier pour se consacrer uniquement au renseignement".

Vers la fin février 1944, il remplace Roger Morange, arrêté, comme chef du poste "Glaieul" à Marseille.

"Deux mois plus tard, poursuit la note du Bureau Résistance, le samedi 22 avril, à 15h, à Marseille, il a rendez-vous au bar de l'Avenue, place Castellane. Il y rencontre son officier adjoint Bertrand, son chef radio Fernand Cordogli et l'inspecteur de police Loiseau. La police allemande fait irruption et arrête tout le monde.(Il est alors arrêté par Dunker.)

Il est amené au bureau de la Gestapo, 425 rue de Paradis, puis en cellule à la prison des Baumettes.

De là, il parvient à faire sortir ce message daté du 2 mai 1944: "MESSAGES DU COL SERONT DESORMAIS SEULS VALABLES. CEUX DU VENTRE SERONT SANS IMPORTANCE.

RAPPELEZ-VOUS QU'UN MESSAGE PEUT ETRE PRIS. ATTENTION EN LES REDIGEANT.

POUR RATE. OUI LE BLOND ME PARAIT SUR. LUI PARLER PATRIOTISME ET NON ARGENT.

QUESTION PASTEUR. REPONSE NON.

SEILS (?) TRES UTILES. SINON NE LES DEMANDERAIS PAS.

DEMANDE AU BLOND TOUS RENSEIGNEMENTS SUR LA PRISON ET VOUS AVEZ PAULO S'IL VEUT LE VOIR LUI-MEME CE SERAIT UN AGENT INTERESSANT.

POUR PAULO. DELAGE TE CHERCHE FEBRILEMENT. AVEC ANTONIN IL S'INTERESSE AUSSI A JONGLEZ. TRANSFORMEZ-VOUS EN COURANTS D'AIR.JE PREFERE RESTER EN TOLE QUE DE T'Y VOIR M'Y REJOINDRE.

QUAND VIENT LE DEBARQUEMENT ET PEUT-ON COMPTER QU'IL Y EN AURA UN DANS LE SECTEUR POUR NOUS DELIVRER?

N'ORGANISE RIEN POUR NOUS DELIVRER QUI ENTRAINE DE LA CASSE.

LAISSE TORTORA TRANQUILLE CAR NOTRE VIE REPOND SANS DOUTE DE LA SIENNE.

NOS COEURS SONT AVEC VOUS QUI RESTEZ SUR LA BRECHE. SOUVENIR TRES AFFECTUEUX A TANTE MONIQUE. A TOI MON AFFECTION FRATERNELLE. ROGER"

 L'attitude DE Pierre Lafforgue au cours des interrogatoires lui vaut la considération de ses adversaires qui reconnaissent sa valeur morale exemplaire et ses hautes qualités.

En mai 1944, il part en train pour Compiègne. Le 4 juin quitte Compiègne pour l'Allemagne. Pierre Lafforgue est enfermé avec une soixantaine de détenus dans un wagon cadenassé. Sur le toit de chaque wagon, un S.S. armé d'une mitraillette. La nuit tombe. Un détenu sort de ses chaussures de minuscules lames de scie et se met à percer la paroi du wagon pour permettre l'ouverture de la porte. Vers 2 heures du matin, la porte est ouverte. Le train roule alors à 5O à l'heure vers Vitry-le-François. On se compte, on prend rang pour sauter. Lafforgue saute le vingtième. Il se rend dans un village tout proche, Pringis, où le curé le nourrit et l'envoie à l'abbé Mouchet, curé de Lenrhee (Marne). Celui-ci le recueille deux jours, lui donne un peu d'argent et lui fournit des papiers d'identité. Lafforgue se dirige alors vers Marseille.

Il veut y réunir ses affaires et cherche à prendre contact avec ses chefs. Marseille étant trop dangereux, il se réfugie à Aix-en-Provence chez le colonel Villard. Il y est arrêtéle 19 juin," de nouveau par hasard par Dunker, à l'angle du boulevard du Roi René et de la rue Malherbes, en sortant du domicile du pasteur J.P. Seer, fils du pasteur qui l'alimente  en cartes d'identité.

"Dans le courant de juillet, poursuit la note, des convois de détenus partent pour l'Allemagne, il n'en fait pas partie.

Le 15 août, sur la côte méditerranéenne, les troupes françaises débarquent, entrent à Marseille. Les détenus des Baumettes sont libérés, il n'est pas parmi eux. Son corps est retrouvé en forêt de Signes, deux mois plus tard."

Le colonel Henri Josset écrit dans le Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. (n°180, p.29): "Ils furent 39 résistants amenés de Marseille, de la prison des Baumettes, en deux fois, les 8 juillet et 12 août 1944. Les camions qui les transportaient s'arrêtèrent non loin du lieu dit: le camp du Castellet, sur la route de Signes. Ils descendirent pieds nus dans le fond d'un vallon où ils furent abattus et enterrés sommairement, certains vivaient encore.  Parmi eux, le lieutenant d'active Pierre Jean Lafforgue."

L'acte de décès dit: "Agé de 26 ans. Taille 1,75 m. Cheveux châtain clair reflet acajou... Costume laine gris clair - pantalon à revers - chemise col tenant, deux poches - bracelet montre..."

"Cet homme dont les qualités morales faisaient l'admiration de ses subordonnés et de ses camarades , ajoute la note du Bureau Résistance,avait été fusillé parce qu'il n'avait pas voulu révéler les secrets qu'il détenait."

Déclaré "Mort pour la France", Pierre Lafforgue sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation: "Officier volontaire pour participer à un service clandestin de C.E. en France occupée. Obligé de quitter son poste à la suite des poursuites de la police allemande, a accepté le commandement d'un poste voisin. Arrêté, s'est évadé. A été repris et massacré par les Allemands."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; fonds privé colonel Paul Paillole (Service historique de la Défense); "Le Service de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.275 (Ed. Plon, 1978); "Le Temps des vérités" de Henri Navarre, p.131 (Ed. Plon, 1979); "Rapport du capitaine Morange", p.17 à 58 (A.A.S.S.D.N.); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.54, n°103, p.8, n°180, p.29;  "Le contre-espionnage français sous l'occupation" de Gauderic Vannier, mémoire de Saint-Cyr 2002.


LAMOUCHE

Charles

 

 

Né le 9 janvier 1920  à  Colmar ( Haut Rhin) de Charles Lamouche  et de  Joséphine Becker Profession: mécanicien décédé le 5 novembre 1944  à  Hamein (Allemagne) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Uranus-Alsace ) Agent P2

 

Charles Lamouche est mécanicien. Il fait la guerre à partir du 8 juin 1940 et entre dans la Résistance le 1er février 1941.

Arrêté le 17 décembre 1942, il est immédiatement déporté et disparaît en Allemagne à l'âge de 22 ans.

Il sera déclaré "Mort pour la France".

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


LAMY

Jacques

Pseudonymes: JAKOMY, Charles MONVAL

 

 

Né le Ier décembre 1922  à  Paris VIe de Maurice Lamy  et de  Jacqueline Raux Célibataire Etudiant Décédé le 20 août 1944  à Saint Genis Laval (Rhône) Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber, 

Réseau: Roy (mission Lenoir), O.S.S. Agent P2

 

Jacques Lamy a à peine 18 ans quand il s'engage, fin 1940, dans la Résistance. Il est étudiant en philosophie. C'est un garçon de 1,75 m, aux cheveux très blonds, au front haut, aux yeux gris-vert.

Dès son entrée dans le S.R., ses activités sont intenses et multiples. Il devient agent de liaison et de renseignements, fournissant des informations sur les troupes allemandes.

Plusieurs fois, à la suite d'arrestations, il a le courage de pénétrer dans le dispositif allemand même, pour prendre les mesures de sécurité qui s'imposent: récupération de documents, rétablissement de contacts. Il participe aussi aux opérations de parachutages, parfois les dirige, comme il dirige un centre d'émission radio. Tout cela malgré son jeune âge.

En juin 1944, dans la Loire, il est arrêté avec son radio et parvient cependant à camoufler le poste d'émission. Aux interrogatoires, il tient ferme et s'évade avec son camarade.

Immédiatement, il reprend ses activités clandestines, dressant alors avec une grande intelligence un fichier général de l'ordre de bataille allemand.

Le 10 août 1944, des renseignements de cet ordre étant à envoyer d'urgence, faute d'une autre liaison, il va les porter au poste de transmission. Mais là, trois de ses camarades sont surpris en plein travail, lors d'une opération allemande d'encerclement d'un maquis, et Jacques Lamy est à son tour arrêté, à Morgon.

Interné à Lyon, au Fort Montluc, malgré les tortures, il nie tout lien avec les autres agents arrêtés, coupant ainsi tout recoupement possible avec ses chefs.

Les circonstances de sa mort ne sont pas claires. Il est vu pour la dernière fois par un camarade dans la cour du Fort Montluc le 19 août 1944 à 13 h. Il est présumé parti par convoi en direction de Mâcon d'après ses compagnons de cellule (fiche de la Direction générale des Services Spéciaux). Sur un état signalétique et des services est ajouté au crayon: "Brûlé à Saint Genis Laval (Rhône) le 20 août 1944". Ailleurs: "Massacré à Saint Genis Laval."

Tombé à 21 ans, Jacques Lamy sera déclaré "Mort pour la France" et recevra la Médaille militaire et la Croix de Guerre.

 

*

Citation (Médaille militaire):

"A accompli de très nombreuses missions de liaisons et de renseignements, soit sur le stationnement des unités, soit relatives à l'ordre de bataille...

"A pénétré plusieurs fois le dispositif de l'ennemi à la suite d'arrestations, notamment en avril 1942, afin de prendre des mesures de sécurité, rétablir des contacts, ou sauver des documents nécessaires à la poursuite de la mission.

Muté à la section opérations, a participé ou même dirigé des parachutages ou pick-up. Malgré son jeune âge a eu la direction d'un centre d'émission radio.

"Arrêté dans la Loire, avec son radio, en juin 1944, a eu le sang froid de camoufler le poste d'émission et tenu tête à ses interrogateurs; s'est ensuite évadé avec son camarade.

"A ensuite travaillé avec la plus grande conscience, une application soutenue et une intelligence pratique à la réalisation d'un fichier général sur l'ordre de bataille allemand.

"Le 10 août 1944, en l'absence d'une liaison et devant l'urgence des télégrammes à passer, est allé lui-même porter au poste radio un travail remarquable sur le stationnement des unités identifiées séjournant en France.

"Arrêté à Morgon, après ses camarades de poste surpris pendant une émission, au cours d'une opération d'encerclement contre un maquis, a tenu tête à l'ennemi. Sommé de dire s'il connaissait les trois autres agents, a toujours nié les connaître, malgré la menace et les tortures infligées. A empêché jusqu'au bout tout recoupement sur l'échelon supérieur qu'il était seul à connaître.

"Enfermé au Fort Montluc  et disparu.

"A fait preuve durant quatre années d'un patriotisme des plus ardents, de beaucoup de maîtrise de lui-même et d'un sang-froid peu commun. Aimé de ses hommes, s'est toujours imposé à eux par une autorité naturelle, d'un dévouement et d'une abnégation jamais démentis, animé par un idéal moral éminent."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


LANFANT

Henri, Antonin

 

 

Né le 1er mai 1918  à  Toulouse de François Lanfant  et de  Jeanne, Marie Allègre Epouse:  Denise Grangeteau Profession: officier de Paix de police Décédé le 16 août 1944  à  Calmont (Haute-Garonne)

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber, groupe Morhange (Toulouse), réseau O.J. (C.E.) rattaché à Alger par la base d'Espagne Agent P2

 

Lieutenant d'aviation de réserve, devenu officier de Paix de police, Henri Lanfant est licencié en droit et parle l'allemand, l'anglais, l'espagnol et l'arabe.

Entré dans le groupe Morhange en juin 1943, il est chargé de la formation des cadres de son maquis de Querigut (Ariège). Bien que traqué par la Gestapo, il assure de difficiles liaisons entre ce maquis des Pyrénées et la centrale du groupe. Il meurt au cours d'une mission sous les balles des Allemands, à Calmont, le 16 août 1944 (d'après le Bureau "Résistance", le 15  d'après la citation accompagnant sa Croix de Guerre).

Déclaré "Mort pour la France", Henri Lanfant sera cité à l'ordre de la division, recevra la Croix de Guerre avec étoile d'argent et la Médaille de la Résistance et fera l'objet d'une reconnaissance de services du Maréchal Montgomery.

 

*

Citation (Croix de Guerre avec étoile d'argent):

"Précieux agent de renseignement et de liaison. Bien que traqué par la Gestapo, a assumé de délicates liaisons entre le maquis des Pyrénées et la centrale d'un réseau d'action. Mort héroïquement au cours d'une mission le 15 juillet 1944  à Calmont sous les balles ennemies."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°3, p.6, n°86, p.11


LAVALLEE

Jean

Pseudonymes: VERTON, Victor (ou Henri) DELATTRE,

Henri MORTIER

 

 

Né le 11 octobre 1913  à  Saint Nazaire (Loire inférieure)   De Jean Lavallée  et de  Lucienne, Rose, Marie Lemoine Célibataire Profession: officier de marine Décédé le 5 octobre 1944  à  Buchenwald 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber, D.G.E.R.Agent P2

 

Officier de marine, Jean Lavallée, dont le grand-père avait été directeur d'école à Penhoet et le père premier nazairien victime de la guerre 14-18, était pupille de la Nation. Elevé par sa mère pour laquelle il avait un profond attachement, il fit ses études au collège Aristide Briand à Saint Nazaire, puis au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient. Ses anciens camarades de collège le décrivent comme un garçon particulièrement brillant et simple. "Jean Lavallée, dit l'un d'eux, René Gille, n'est pas un élève ordinaire: ils sont deux ou trois à émerger de l'ensemble, dont il est incontestablement le meilleur tant sur le plan intellectuel que moral; et quel délicieux camarade!"

En 1932, il intègre l'École Navale, est ensuite affecté  à l'aviso "Ville d'Ys" sur les bancs de Terre Neuve, puis, à sa demande, il sert dans les sous-marins jusqu'en 1943: sous-marin Agosta, escadre de l'Atlantique (1938-1940) où il est officier de manoeuvre; croiseur auxilliaire Amiénois (1940); sous-marin Henri Poincaré (1941); sous-marin Antiope, comme officier en second.

Son temps de service sur l'Amiénois lui vaut une citation à l'ordre de la division: "...a fait preuve de beaucoup d'allant et de sang-froid au cours des opérations auxquelles a pris part son bâtiment."

Les notes concernant son dernier commandement sur l'Antiope sont les suivantes:

"Officier exceptionnel à tous points de vue, réunissant l'ensemble des qualités suivantes:

-Professionnelles: excellent marin - son goût très vif pour la campagne, son allant, son influence sur le personnel, sa grande initiative se conciliant cependant avec un esprit très militaire font de lui un excellent officier en second.

- De caractère: confiance en soi, esprit de décision, d'à propos. Ténacité. Sportif.

- D'intelligence: Bon sens. Clarté. Culture très développée. Valeur morale hors pair. A noter que le côté réservé de son caractère l'empêche de se mettre suffisamment en valeur."

M. Badie, qui était en 1942 quartier maître mécanicien de Iére classe, sous les ordres  du capitaine Lavallée, relate ainsi une page de l'existence de ce dernier (Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°83):

"Après le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, le sous-marin Antiope (commandant Millet et, second, lieutenant de vaisseau Lavallée) peut enfin prendre part au combat dans des conditions régulières.(...)

Nous voilà partis pour participer aux missions sur toutes les côtes sud de la France, le golfe de Gênes, La Spezia, San Remo, Vintimille, la Corse, la Sardaigne. Les missions durent en moyenne 21 jours et sont très pénibles, missions pendant lesquelles nous vivons comme des robots, mangeant la nuit, dormant le jour, les postes de combat se succédant sans arrêt. (...) En un premier temps les missions consistent à intercepter et à repérer des objectifs sur la côte occupée par l'ennemi. C'est un travail exténuant et dangereux qui demande de la part de notre commandant et de son second des nerfs d'acier et un culot monstre, d'autant plus que notre bon vieux sous-marin commence à prendre de l'âge... Toute la journée à la barbe des Boches, en plongée périscopique pour les repérages au ras de la côte et ,la nuit, au large pour récupérer un peu en surface et recharger nos accus.

Au cours de l'une de ces promenades nocturnes, après un coup de semonce de notre bon vieux 75, nous interceptons un navire tout illuminé se disant de nationalité suisse...Piège, car le lendemain nous étions repérés, poursuivis et grenadés par toute une meute de vedettes anti sous-marin, chasse pendant laquelle nous enregistrons l'explosion de 90 grenades qui nous font subir de gros dégâts à bord: périscope inutilisable, Diesel droit en panne, une bouteille de CO2 explose en batterie AR, occasionnant un début d'asphyxie. Ce fut la plongée la plus terrible qui dura 48 heures consécutives, alors que nous avions une autonomie de plongée de 12 heures seulement. L'alerte se produisit à O h et l'attaque des vedettes 10 minutes après, bien entraînées ces vedettes qui attaquaient de tous les bords.

Nous naviguions par 30 mètres, 40 mètres, 50 et 8O mètres pour remonter rapidement à 20 mètres, virer à bâbord brusquement puis redescendre, tourner en rond pour essayer de nous camoufler, toutes les manoeuvres les plus hardies ont été faites par notre commandant et son second, jusqu'à épuisement complet des hommes et du matériel. Les hommes tenaient, en serait-il de même du matériel? Nous entendions le bruit de ces maudites hélices et à chacun de ces passages la déflagration écrasante des grenades de 250 Kg qui soulageaient notre malheureuse coque d'acier déjà très éprouvée... Que ces heures furent longues! Mais il est vraisemblable que la forte houle qui sévissait en surface nous sauva la mise et entrava la chasse des vedettes rapides, car petit à petit le bruit des hélices décrut et les explosions lointaines nous laissèrent supposer qu'ils s'acharnaient sur un fond rocheux, ce qui nous sauva la vie.

Tout n'était pourtant pas terminé et si notre brave Antiope n'était pas touché à mort, il naviguait comme un oiseau touché d'aile et ne pouvant plus se diriger... Plus d'oxygène et le CO2 qui se répand à bord... Notre petite chienne mascotte, Marquise, hurle à la mort. On la monte dans le kiosque avec le commandant. Dans l'impossibilité de mettre un appareil en marche, la surpression nous rend l'existence intolérable, la respiration devient de plus en plus pénible, nous ouvrons tous la bouche comme des poissons hors de l'eau en quête d'un peu d'air. Le silence est toujours de rigueur et, pour garder l'assiette horizontale du sous-marin, nous faisons circuler les hommes de  l'avant à l'arrière et vice versa à la demande, les pompes ne répondant plus.

Les latrines sont à bloc et débordent, elles sont consignées et, pour faire nos besoins, nous disposons de seaux à demi remplis de gas-oil et dissimulés derrière les moteurs Diesel inertes.

L'air devient de plus en plus vicié, les appareils régénérateurs ne fonctionnant toujours pas, les bouteilles d'oxygène sont également vides.

Nous sommes au bord de l'évanouissement. C'est alors que le capitaine (lieutenant de vaisseau) Lavallée nous fait disposer dans les coursives et sur les housses des matelas du granulé blanc, produit chimique que l'on introduit dans les appareils régénérateurs et qui a pour but de résorber le gaz carbonique.

C'est formidable et l'amélioration se fait sentir immédiatement. Nous hissons le périscope de combat qui reste utilisable avec la pompe à main. Un coup de pompe= 1cm, et comme il mesure 12m, vous m'avez compris. ..Nous nous relayons doucement, car la force nous a abandonnés, avec de la patience on y arrive quand même.

24 heures plus tard  notre radio n'intercepte aucun bruit dans les parages. Le commandant décide de tenter la dernière chance: tant bien que mal nous tenterons de faire surface et de mettre au combat le canon de 75, puisque nous ne pouvons, dans l'état actuel, torpiller ces maudites vedettes.

Étant servant d'éléments, je prends les consignes avec le canonnier, hausse et dérive, et, à minuit pile, n'en pouvant plus: surface. Les nerfs tendus, notre équipe saute sur le pont pour gagner la pièce, de l'eau jusqu'à la ceinture. Tout est paré pour faire feu, quel soulagement, la mer est comme de l'huile, la nuit claire, sans une ombre à l'horizon... Nous respirons à pleins poumons et c'est là que nous tombons les uns après les autres dans les pommes, ivres d'air pur, foudroyés par l'afflux d'oxygène.

La ventilation ayant été remise en service, nos camarades subissent le même malaise à bord. Après bien des efforts, l'un des moteurs Diesel se met en marche, puis le deuxième se met à tourner, nous redonnant l'espoir, et la propulsion lente commence en direction d'Alger.(...)

Après chaque mission, nous avions 15 jours de repos à la montagne et nous faisions souvent le méchoui, aucune différence de grade, et le capitaine Lavallée était un bout en train de première. Tous ceux qui l'ont connu gardent de lui un souvenir impérissable et en parlent avec admiration."

En 1943,Jean Lavallée est à Alger. En avril mai, écrit Paul Paillole, "nous avions pu renforcer nos moyens depuis la frontière belge jusqu'à la Bretagne. Par contre la zone allant de l'embouchure de la Loire à celle de la Gironde demeurait insuffisamment prospectée et reliée à nous. Conscient de cette lacune, j'ai demandé à l'Amirauté, en février 1943, le concours d'officiers de la Marine nationale volontaires pour effectuer des missions spéciales dans cette région de la France occupée.

Le 1er mars 1943, se présentait à mon P.C. d'El Biar, près d'Alger, le lieutenant de vaisseau Jean Lavallée. Il était chaudement parrainé par le capitaine de vaisseau Trautmann, l'un de nos plus anciens techniciens du renseignement. Il l'avait connu et apprécié en 1942 à Dakar où Lavallée commandait en second le sous-marin Antiope.

J'avais en face de moi un garçon d'à peine trente ans, bien sanglé dans son uniforme de marin sur lequel j'observais la Croix de Guerre avec étoile d'argent. Avec simplicité, peut-être un peu intimidé, il m'exposa son désir d'entrer le plus tôt possible dans l'action contre l'ennemi (...)

Au fur et à mesure que je parlais, je sentais s'affirmer sa détermination. J'étais frappé par son bon sens, la finesse de ses questions, la sûreté de son jugement, le calme de sa résolution.(...) Il avait au surplus l'avantage de connaître la région où j'envisageais de le faire évoluer.

Il restait à le confronter aux dures épreuves d'un stage physique (parachutage notamment) et d'initiations spéciales: connaissance de l'adversaire, règles de sécurité, méthodes et procédés clandestins de recherche, de liaisons et de transmissions, etc.

Trois mois plus tard, j'avais la conviction qu'il était prêt. Le 25 mai 1943, j'obtenais sa mutation dans mes services. Le 17 juillet 1943, je l'acheminais vers l'Angleterre avec l'équipe qu'il allait diriger: son adjoint, le sous-lieutenant Jacques Chaigneau*, et Parpaillon, leur opérateur radio.

Après un complément d'instruction technique à Londres, Jean Lavallée, devenu Henri Delattre, agent des ports et pêches, est parachuté en Vendée avec ses camarades et leur matériel dans la nuit du 16 au 17 août 1943.

L'équipe installe son poste émetteur près de Montaigu dans une maison amie, voisine de celle de l'oncle de Chaigneau (...) Contact radio est pris avec Londres le 19 août.

Préoccupation immédiate de Lavallée: implanter à Saint-Nazaire et Nantes un réseau "d'honorables correspondants" pour surveiller les ports et identifier les organisations et formations ennemies: Wehrmacht, Abwehr, Gestapo et leurs auxiliaires. Il fait appel à ses anciennes relations, à ses camarades. Il évite d'aller chez lui et de compromettre sa mère. Pourtant le 26 août 1943, il ne peut résister à la tentation de l'embrasser. En raison des bombardements fréquents à St-Nazaire, il sait que Mme Lavallée va travailler à Nantes. C'est là qu'il la rencontre pour la dernière fois.

Rapidement les renseignements affluent. Les plus urgents sont transmis par radio à Londres. Pour acheminer les autres vers Alger, il doit prendre contact à Marseille avec notre poste chargé des liaisons sous-marines clandestines. Il s'y rend en septembre 1943. Avec le capitaine Avallard, chef de poste, il met au point les conditions des remises mensuelles de ses courriers ainsi que la réception des courriers et des instructions venus d'Alger.

A son retour, il s'arrête à Paris, prend contact avec sa tante qui le met en rapport avec l'une de ses amies susceptible de le loger: Alice Martin, 68 rue de Rivoli. Ce sera son point de chute dans la capitale.

Dans la Loire et en Vendée, son organisation a pris tournure. Le rendement est bon. Les contacts avec Londres sont réguliers. Un nouveau voyage fin octobre à Marseille lui permet d'expédier de nouveaux rapports. Il fait la connaissance de quelques collaborateurs d'Avallard et précise avec eux ses moyens de liaisons. Est-ce l'explication de sa perte?

Depuis quelques jours la Gestapo de Marseille a réussi à infiltrer un traître d'une habileté diabolique dans notre réseau de Marseille. Il s'agit d'un agent déjà ancien de ce réseau, le belge Max Wilde. Arrêté par les Allemands, il a accepté de jouer le double jeu. Il a rencontré Lavallée et connaît la nature de ses activités. Les a-t-il dénoncées? Nous n'en avons pas la preuve...mais rien n'interdit de le penser.

Quoiqu'il en soit, fin novembre 1943, l'Abwehr arrive à introduire l'un de ses agents dans l'organisation de notre camarade. Il s'agit d'un "lieutenant André",  que hélas nous n'avons jamais pu identifier. (...)

Dès lors les événements vont se dérouler très vite. Tragiquement.

La découverte des activités de Lavallée, notamment de ses liaisons radios avec Londres  va inspirer aux Allemands une manoeuvre d'intoxication d'envergure, d'autant plus importante qu'ils espèrent en tirer des renseignements sur nos organisations clandestines et sur les intentions de débarquement des Alliés.

La manoeuvre implique la rafle instantanée de l'équipe entière, sa mise au secret le plus rigoureux et la poursuite par substitution des contacts radios avec l'Angleterre.

Le 11 décembre 1943 à 7 heures, Jean Lavallée est arrêté à Paris. Rentré la veille de Marseille où il avait porté un important courrier, il dormait sur le lit de camp dans le petit appartement de la rue de Rivoli. Sa logeuse, Alice Martin est appréhendée aussitôt, tout comme Chaigneau et le radio Parpaillon. En quelques heures toute l'équipe tombe aux mains de l'ennemi.

La Funkabwehr (Service radio du contre-espionnage allemand) prend possession du poste émetteur et après plusieurs jours de recherches découvre les codes. Le 25 décembre 1943, le "lieutenant André" rétablit le contact avec Londres, sans éveiller les soupçons des logeurs de Parpaillon, surtout, ce qui est inexplicable, ceux des opérateurs radios de Londres (...)

Dès lors commence le jeu subtil et terrible de l'intoxication.

Faute d'avoir connaissance du drame qui vient de se dérouler, nous acceptons toujours les messages de Lavallée. Nous y répondons de bonne foi, notamment par l'envoi de questionnaires qui, à l'évidence, peuvent à terme donner des indications sur les projets du commandement allié et notre propre organisation de renseignements.

Nous frôlons le désastre... lorsqu'un miracle va se produire. Du fond de sa cellule de Fresnes, l'un de nos officiers, arrêté en Auvergne fin 1943 et transféré à Paris, va réussir l'exploit qui tient du prodige de savoir ce qui se passe dans la prison, d'entrer en contact avec nos camarades au secret et de nous faire passer des messages...

Le 11 avril 1944, après bien des péripéties qui ont ralenti son cheminement, nous parvient la nouvelle stupéfiante que je reproduis in extenso:"lieutenant Lavallée arrêté Nantes- stop- Poste radio continue de fonctionner".

Le colonel Navarre (Archives d'Alger) apprend par une lettre écrite avec du sang l'arrestation de Lavallée et le fait que les Allemands tentent d'attirer le groupe dans un piège en faisant fonctionner son poste émetteur. (Le colonel Navarre suppose cette lettre écrite par Mercier, lui-même interné).

Paul Paillole poursuit:

"Nous sommes consternés. Notre réplique va être immédiate. A notre tour de tromper l'adversaire. Jusqu'en juin 1944, nous continuerons son jeu, mais cette fois à notre profit. Ainsi pourrons-nous avec le poste Lavallée et l'accord des Alliés participer au plan d'intoxication destiné à laisser peser les menaces de débarquements en d'autres lieux qu'en Normandie...

Depuis son arrestation Lavallée a été sévèrement interrogé au siège de la Gestapo, avenue Foch. Il n'a pas parlé. Il est incarcéré à Fresnes, isolé et dans un secret que ses geôliers estiment absolu. Il en sera ainsi tant que les Allemands seront satisfaits de leur manoeuvre d'intoxication. De crainte d'indiscrétion, il n'y aura pas de procès, il n'y aura pas de transfert en Allemagne.

Il en sera tout autrement après les succès alliés en Normandie.

Après un séjour au camp de Royallieu, près de Compiègne, en compagnie de Chaigneau et de plusieurs autres officiers des Services Spéciaux - dont Avallard, victime avec d'autres de la trahison de Max Wilde - Lavallée est transféré le 17 août 1944 au camp de Buchenwald."

Sa fin, comme celle de ses camarades  sera relatée en ces termes par  Richard Chotin, rescapé de Buchenwald, dans un compte-rendu fait à Lille, daté du 5 février 1946:

Jean Lavallée faisait, avec le capitaine Vellaud, "partie d'un groupe de 37 officiers français, anglais, canadiens et belges, arrivé au camp de Buchenwald en juillet 1944. Ce groupe, contrairement à l'usage, ne fut pas placé en quarantaine dans le petit camp, mais interné au Block 17 du grand camp, qui était un block de passage.

Dans la soirée du 16 septembre 1944, 16 d'entre ces officiers, la plupart appartenant à la French Section, furent pendus dans la cave du four crématoire. Parmi eux, Robert Benoit, coureur automobile notoire, et le lieutenant Leccia, un Français d'origine corse, que l'avais connu à Limoges."

Le chanoine G. Stenger, présent au camp, témoigne également: "A partir de ce moment-là il fallait craindre le pire pour les survivants. Nous montions une garde vigilante autour d'eux(...)Je convins avec le commandant Frager (un officier français qu'on appelait "l'oncle Paul") qu'on ferait tout pour les soustraire à l'attention des S.S. Tout d'abord il fallait éviter qu'ils continuassent à vivre en groupe. On obtint du bureau du camp, administré par des détenus, que les survivants fussent répartis dans les autres blocks du camp, pêle-mêle avec les autres détenus. Ce fut bientôt fait. Puis nous essayâmes de les faire sortir du camp dans les kommandos de travail, pour leur fournir l'occasion d'une évasion possible, dangereuse certes, mais toujours préférable à la menace constante de pendaison. Bientôt arriva l'interdiction formelle de les faire sortir du camp, même pour le travail.

Un soir je fus prévenu qu'il y avait des préparatifs de pendaison.(...) On monta la garde jusque tard dans la nuit, car j'avais décidé de ne pas les laisser partir sans sacrements comme les premiers, pour lesquels nous avions été littéralement surpris."

Richard Chotin dit de son côté:

"Le 4 octobre 1944 à l'appel du soir (19 heures), 12 de ces camarades  (dont Jean Lavallée) reçurent un avis d'avoir à se présenter le lendemain à 6 heures, rasés et coiffés, à la pancarte 5. Une lourde angoisse s'empara d'eux, car chacun savait que la pancarte 5 signifiait la mort. Ils nous firent leurs adieux ce soir là,(...) Le capitaine Vellaud fit un mot et déposa plusieurs objets personnels qui furent cachés par un Allemand actuellement à Paris, Willy Heckel, ex-agent du S.R. de Belfort, condamné en 1937 pour espionnage et incarcéré depuis cette date. Heckel était pour ceux du service un véritable ami; il se dévoua sans compter pour nous tous.

Le 5 octobre au matin, avant le départ pour le travail, vers 5 heures 30, nous aperçûmes nos malheureux camarades au rassemblement près de la pancarte 5. Le capitaine Hallard et moi-même dépêchâmes aussitôt l'Allemand précité Willy Heckel pour connaître le sort de ces infortunés. Willy Heckel, qui avait 7 ans d'internement, possédait un coupe-file qui lui permettait de circuler librement entre l'usine où j'étais employé et le camp, et ce à toute heure du jour.

De son côté, le lieutenant Rambaud, qui n'avait pas été convoqué, devait suivre également le scénario d'exécution, de l'intérieur du camp."

Redonnons ici la parole au chanoine Stenger.

Le commandant Frager pensant être lui-même sur la liste "se confessa et communia, puis alla prévenir l'un après l'autre ses camarades catholiques. Ils se confessèrent au fur et à mesure. Mais lorsque l'heure de l'appel sonna deux d'entre eux n'avaient pas encore pu régler leur compte avec le Bon Dieu. Je me glissais parmi eux, lorsqu'ils s'en allaient à la Tour; chemin faisant et pendant les quelques minutes d'arrêt devant la Tour, je confessais les deux derniers catholiques, les communiais, ou plutôt leur donnais une parcelle d'hostie qu'ils devaient consommer eux-mêmes, pour ne pas attirer trop l'attention du Shutzhaftlagerfürer Schobert, qui déjà se présentait pour prendre livraison de sa fournée. La grande préoccupation de ces jeunes hommes n'était pas d'avoir à mourir, tous avaient fait courageusement et généreusement le sacrifice de leur vie, mais de savoir s'ils allaient être fusillés ou pendus (...) On tomba d'accord pour dire que mort pour mort c'était bien la même chose, qu'il n'y avait pas plus de déshonneur à être pendu qu'à être fusillé. Je leur disais toute mon admiration. (...) Puis, comme l'officier S.S. vérifiait déjà les numéros que les condamnés portaient cousus à leur veste, je leur dis au revoir dans l'au-delà, me mis à six pas d'eux et nous nous séparâmes sur un salut militaire réglementaire."

Revenons au témoignage de Richard Chotin:

"Vers 7 heures, le lieutenant S.S. Gusse (orthographe phonétique), adjoint du Lager fuhrer, une brute dans toute l'acception du mot, vint auprès de nos amis et, de sa cravache, leur indiqua la cheminée du crématoire tout proche.

A cette insolence, tous nos camarades éclatèrent de rire et le narguèrent.

Ils furent aussitôt après enfermés dans les bunkers proches.

Ce n'est qu'à partir de 14 heures que les exécutions commencèrent au stand de tir situé à environ 100 mètres en face de l'entrée principale.

Les détenus employés aux abord du stand furent éloignés.

Le lieutenant Rambaud vit nos camarades sortir deux par deux, les mains liées dans le dos, sérieusement encadrés et dirigés vers le stand de tir.

Les détenus que l'on avait écartés du stand entendirent l'exécution qui eut lieu à la mitraillette, sans cou de grâce.

Le lieutenant Rambaud aperçut ensuite le transport des corps et leur entrée au crématoire.

Vers 16 heures l'exécution était terminée.

Le lendemain, des S.S. allèrent chercher à Iéna le capitaine Avallard et un autre camarade dont je ne connais pas le nom, pour les fusiller également au stand de tir l'après-midi."

Le chanoine Stenger dit que "le surlendemain, à la faveur d'une alerte aux avions qui mettait toujours la débandade dans les gardiens S.S., en revenant à la course de l'usine au camp pour nous abriter, je fis un crochet avec deux camarades par le stand de tir au pistolet et nous récitâmes un "De profundis" devant le poteau encore teint du sang de nos héros".

Déclaré "Mort pour la France" et cité à l'ordre de l'Armée, le lieutenant de vaisseau Jean Lavallée  sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance (il avait déjà la Croix de Guerre).

 

*

Lieu de mémoire: le nom de Jean Lavallée a été donné à un aviso en 1974.

 

Références : "Services Spéciaux de Paul Paillole, p.457, 513; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.54, n°61, p.17, n°83, p.15; Archives d'Alger (dossier 3331-57)


LE BOTERFF

Jean-Marie

 

 

Né la 15 avril 1894 à Inzinzac (Morbihan) de Jean-Marie Le Boterff  et de  Marie, Mathurine Le Boulicaut Profession: employé de la S.N.C.F. Décédé le 6 avril 1945  à  Obentraubling (Allemagne) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P2)Agent P2

 

Jean-Marie Le Boterff, entré à la S.N.C.F. en 1920, est facteur chef à Versailles Chantier. Il a fait la guerre de 1914-1918, au cours de laquelle il a été blessé, et celle de 1939-1940 (sur place).

Quand il est recruté par les services spéciaux, en 1941, il habite Versailles. Son fils de vingt-deux ans est prisonnier de guerre.

Le 9 juillet 1942 , il est arrêté à son domicile pour résistance et sabotage.

Plusieurs personnes et organisations interviennent alors pour tenter de le sauver, avançant qu'il "ne se s'est jamais signalé par une activité politique subversive". Qu'il a "vraisemblablement joué dans cette affaire un rôle assez effacé et n'a  pas saisi la gravité de l'action qu'il commettait." La Fédération Nationale des Travailleurs des Chemins de Fer ajoute qu'il "n'a jamais appartenu au Parti Communiste". Le directeur général de la S.N.C.F. écrit à de Brinon: Jean-Marie Le Boterff a été "arrêté par les Autorités allemandes pour avoir imprudemment renseigné deux civils qui le questionnaient sur la marche d'un train allemand passé en gare de Versailles." Même tentative de minimiser son rôle de la part de l'évêque de Versailles : "On l'a accusé d'espionnage parce qu'il a répondu à des questions posées par des espions anglais; mais il croyait avoir affaire à des agents de la S.N.C.F."

Cependant, à la Délégation du Gouvernement qui est intervenue, les Autorités allemandes font savoir le 14 novembre 1942 que "le susnommé a avoué s'être livré à une activité préjudiciable à la puissance occupante". L'activité de Jean-Marie Le Boterff contre l'occupant a effectivement été importante.

Jugé par le tribunal militaire allemand de la rue Boissy d'Anglas à Paris, avec notamment Georges Agoutin*, André Gardes*, Louis Cavelier*, Émile Le Dref*, Gaston Le Métayer* et Olivier Nicolas*, .il est condamné à mort le 20 janvier 1943. Sa peine étant commuée, il est déporté à Obentraubling, où il mourra le 6 avril 1945.

Déclaré "Mort pour la France, Jean-Marie Le Boterff recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives Nationales (dossier F 60 - 1576);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


 Madame LE BRETON

Pseudonyme: ARMOR

 

 

Madame Le Breton était veuve, employée à la Préfecture de la Seine et habitait rue des Batignolles, Paris XVIIe.

Elle a été intégrée au réseau Kléber en mars 1943  (incorporation au DSR le 14 décembre 1944).

Arrêtée le 7 juin 1944, elle a été déportée.

 

Références: Archives d'Alger ( dossier 3273212)


LECLERCQ

Bernard, Jean

Pseudonyme: OLIVIER

 

 

Né le 21 novembre (le 24 novembre d'après les notes de Marco) 1916  à  Paris (IIe) de Arthur Leclercq  et de  Germaine Rivière Epouse:... Décédé le 2 avril 1945  à  Flosenburg 

Réseaux: S.S.M.F./T.R.,Marco du S.R. Kléber Agent P2

 

Bernard Leclercq, bachelier, parlant l'anglais, est sous-lieutenant dans le Train des équipages (peloton E.O.R.) au début de 1940.

Son épouse écrit: "Mon mari a appartenu dès la fin de 1940 à une organisation de Résistance, sans que je sache le réseau auquel il appartenait".

Alain Leray, chef de l'organisation Vercors, attestera que Bernard Leclercq a servi sous ses ordres.

D'après les informations réunies par Emmanuelle Robert, au printemps 1943, il fait partie de l'équipe formée par Paul Guilhamon* et qui a rejoint Pierre Rimey* pour former le groupe Messner. Avec Bernard de Montferrand, il prend en charge une filière de courrier Amsterdam - Paris - Genève, montée par P. Rimey avec l'aide du S.R. suisse et l'accord de l'ORA. Quand Bernard de Montferrand est arrêté le 3 mars 1944, Bernard Leclercq rejoint son équipe à Paris. A la fin du 1er trimestre 1944, le groupe Messner est rattaché au groupe Ajax-Micromégas.

B. Leclercq et sa compagne, Charlotte Mayaud* s'installent alors définitivement à Paris où ils habitent sous le même toit que leur chef, P. Rimey, qui, à ce moment cherche une filière pour écouler les renseignements recueillis par son équipe. C'est Charlotte Mayaud qui, par l'intermédiaire d'un contact du Vercors, le mettra en relation avec le réseau Marco. La fusion entre les deux groupes s'effectue vers le 15 avril 1944.

B. Leclercq fait alors partie des agents de la centrale de Marco où, avec Charlotte Mayaud comme secrétaire, il est chargé des problèmes d'organisation et d'intendance. Mais, quelques semaines plus tard, on sait la centrale menacée. Charlotte Mayaud est arrêtée à son domicile, 11 rue Ampère, le 13 mai à 8h du matin, au moment où elle prépare en toute hâte son déménagement et celui de Bernard Leclercq. Il est arrêté le même jour, au moment où il passe chez lui (Rimey et sa femme avaient déménagé quelque temps auparavant).

Tous deux ont été victimes de deux jeunes fraîchement recrutés par P. Rimey, qui, arrêtés, ont beaucoup parlé.

Charlotte Mayaud, sauvagement torturée, entend dans la pièce voisine les cris de son compagnon qui subit le même sort qu'elle: c'est ainsi qu'elle apprend son arrestation.

Il sera interné à Compiègne, puis déporté le 2 juillet 1944  à Dachau et, le 2 avril 1945 , au camp de Flossenburg , condamné à travailler dans une mine de cuivre . Il y  mourra le 2 avril 1945.

Déclaré "Mort pour la France", Bernard Leclercq recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  "Le Service de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.235 (Ed. Plon, 1978); "Le réseau Marco du S.R. Kléber" de Emmanuelle Robert, mémoire de maîtrise d'histoire, Université Paris I, octobre 1996


LECLERCQ

Francis, Gustave,Joseph

Pseudonyme:  MON AMI PIERROT

 

 

Né le 12 avril 1914  à  Anzin (Nord) de François, Louis  Leclercq  et de  Jeanne, Sidonie Lesenne Epouse: Daphnise Rossignol Profession: militaire de carrière Décédé le 1er décembre 1944  à  Struthof-Natzwiller (Bas-Rhin)

 Réseaux:  S.S.M.F./T.R., AllianceAgent P2

 

Francis Leclercq, dont le père était gendarme à cheval, est radio volant des F.A.F.L. Il est  parachuté en France le 15 août 1943,  comme officier attaché au S.R. anglais, réseau Alliance (qui l'a recruté en février 1943).

Arrêté le 19 mars 1944 par la Gestapo à Paris en raison de ses activités d'agent de liaison, il est dans le train 198 parti le 15 mai 1944 pour Schirmeck, d'où les déportés rejoignent à pied le camp du Struthof à Natzweiller. Classé N.N., il est enfermé dans la baraque 10 et meurt le 1er décembre 1944 , laissant deux enfants.

Déclaré "Mort pour la France", Francis Leclercq sera décoré de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.54; mairie de Anzin (Nord)


LECLERCQ

Henri, Théodore, Joseph

 

 

Né le 3 janvier 1920  à  Le Naumain (Oise) de Henri Leclercq  et de  Fernande Foussadier Profession: employé de bureau Décédé le 30 septembre 1941  à  Lille

 Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P3)Agent P2

 

Henri Leclercq est un jeune  employé du bureau de placement d' Armentières (Nord), où il habite, 35 rue de Chauffours. Il fait partie des sept jeunes gens de 17 à 20 ans qui, le 1er novembre 1940, se groupent à  Armentières dans un esprit de résistance. Cinq d'entre eux le paieront de leur vie : Henri Leclercq, Paul Desreumaux*, Roger Barbry*, Germain Lepoivre* et Ernest Lombart*.

Ils pensent d'abord à récupérer les armes et les munitions abandonnées après des combats entre chars allemands et troupes anglaises dans la région de Steenwerck (où habite le frère de Ernest Lombart). Puis, voulant faire plus, sans prévenir leur famille, ils quittent la ville dans l'intention de rejoindre l'Angleterre par l'Espagne. Après avoir fait 650 km à bicyclette, ils arrivent à Montmorillon, entre Poitiers et Limoges, et veulent s'engager auprès d'un bureau de recrutement. Deux des sept seulement sont acceptés, Auguste Rio et Louis Catiau, qui partiront pour l'armée d'Afrique. Les autres sont recrutés par un officier de renseignement.

Henri Leclercq, avec Germain Lepoivre, recueille des renseignements sur l'armée allemande en zone occupée

Il est arrêté à Saint-Omer, dans le Nord, et incarcéré à la prison de Loos à Lille. Condamné à mort au cours du même procés que celui de Germain Lepoivre, le 26 juin 1941, par le conseil de guerre allemand de Bruxelles, ils sont tous deux fusillés à la citadelle de Lille le 30 septembre. Henri Leclercq a vingt et un ans. Il a laissé cette lettre:

"Prison de Loos le 30-9-41

Ma chère petite soeur,

Quand tu recevras ce mot je serai loin près de Jésus, près de papa, de maman et grand-père. Nous avons appris cette nuit que notre recours en grâce a été refusé, nous serons exécutés ce matin.

Pour moi je suis heureux de pouvoir offrir ma vie au Christ pour la France. Je suis fort et courageux et je le serai jusqu'au bout. Quant à toi ne te désole pas, prends courage, aide bien grand-mère, je prierai pour vous là-Haut, je veillerai sur vous. Je ne regrette rien, j'ai fait mon devoir, eux ils font le leur. Je serai près de Jésus, près de notre mère la très Sainte Vierge, ils ne pourront refuser les grâces que je demanderai pour vous, pour tous mes camarades, pour la J.O.C., pour la France. Je ne t'en dis pas plus je resterai uni à vous tous par la prière. Sois courageuse, prie beaucoup, nous nous reverrons là-Haut un jour, là nous serons heureux pour l'éternité.

Je ne te dis pas adieu mais au revoir au Ciel là-Haut.

Je t'embrasse bien fort ainsi que grand-mère et toute la famille.

Ton petit frère qui t'aime et priera beaucoup pour toi là-Haut. Henri"

La famille de Henri Leclercq devra attendre la Libération pour retrouver son corps, qui sera alors transféré dans le carré militaire du cimetière d'Armentières.

Déclaré "Mort pour la France", il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation (Médaille de la Résistance): "Excellent agent, résistant de la première heure. Arrêté et fusillé à 21 an à peine".

 

Lieu de mémoire: Le nom de rue des Fusillés a été donné à l'ancienne rue de Flandres, à Armentières, en mémoire de Henri Leclercq et de ses quatre camarades morts pour la France. Une plaque commémorative y a été apposée.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4;  mairie d'Armentières; "La Voix du Nord", 11 et 15 septembre 1999


 

 

 
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