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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Ga-Gl
 

GANTOU

Jules, François, Etienne

 

 

Né le 14 avril 1890  à  Portel (Aude) de Etienne Gantou  et de  Julie Bardou Epouse :  Jeanne ... Décédé le 8 décembre 1944  à  Flossenburg 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., Vénus du S.R. Kléber Agent P2

 

Jules Gantou, blessé  en novembre 1914  à Saint Julien, en Belgique, est trop âgé pour être mobilisé en 1939, mais, désireux de voir son pays libéré, il s'engage dans la Résistance.

Arrêté le 7 décembre 1943, il est déporté le 16 janvier 1944  et meurt à Flossenburg, après un an de camp de concentration. Il a un enfant.

Déclaré "Mort pour la France", Jules Gantou recevra la Médaille militaire et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


GARDES

André, Marcel

 

 

Né le 4 février 1914  à  Paris XVe de Eugène Gardes  et de  Blanche  Le Clerq  (ou Clerg?) Epouse:  Suzy Serrell Décédé le 30 avril 1943  à  Paris XVe

 Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R.  Kléber  (Poste P2)Agent P2

 

Très tôt André Gardes eut une vocation d'aviateur et son amour des grands espaces aériens ne devait pas le quitter. A treize ans, ce fut le baptême de l'air, à dix huit le brevet de pilote de tourisme. Lorsqu'il entama son service militaire, il avait déjà cent heures de vol, performance pour un adolescent de famille modeste.

Nommé mitrailleur à la 33e escadre aérienne, 1er groupe, à Essey-les-Nancy, à la suite d'un accrochage en vol, le 3 juillet 1936, il sauta en parachute et son sang-froid lui valut le grade de sergent. Cependant, à la suite d'un contrôle médical, il ne put passer pilote de réserve. En février 1937, il écrivait: "Toute ma personnalité se trouve influencée par ma déception de ne plus voler. (...) Depuis bientôt dix ans je cours après un idéal, et, malgré tant d'échecs, mon rêve demeure tenace."  En avril 1937 il disait :" Je sens que notre pauvre Patrie a besoin d'hommes forts, courageux, capables de tout donner, même leur vie."

Le 6 juillet 1939, dans le monde bouleversé, il se maria et, le 26 août rejoignit le G.A.O. ( Groupe Aérien d'Observation) 504 à Reims, comme mitrailleur.

Son premier fils, Michel, naquit le 24 mars 1940, le second, Philippe, quinze mois plus tard.

En mai 1940, le G.A.O. 504 était jeté dans la mêlée, équipé de Potez 63. L'équipage comprenait trois hommes. André Gardes mérita alors la citation suivante (Croix de guerre): "Sous-officier mitrailleur de grande valeur. Par son sang -froid et la précision de son tir, a largement contribué les 15 et 17 mai, au cours de la bataille des Flandres à la réussite des missions de reconnaissance dont il faisait partie, a eu son avion criblé de balles.".

Les formations aériennes ayant reçu l'ordre de rallier l'Afrique, le sergent-chef Gardes se retrouve à Alger. Là, il rencontre Georges Agoutin* qu'il a connu à Chartres.

Le 6 juillet 1940, il écrit: " Je veux croire que ma Patrie survivra et poursuivra son destin dans le monde. Je veux essayer de la servir encore de toutes mes forces, par tous les moyens! (...) Je vais rentrer en France servir, servir encore ma Patrie, mais comment, puisque le ciel ne veut plus de moi?"

En septembre 1940, il est à Marseille où il revoit le capitaine Agoutin qui va le recruter pour les Services spéciaux. Gardes travaille alors aux chantiers Lioré-Olivier du Loiret.

Au printemps 1941, il habite Paris, 86 avenue Félix Faure. Devenu contrôleur au Ravitaillement, il peut entrer dans les usines travaillant pour les Allemands et transmet ses observations. Puis, voyageant souvent, il fait du renseignement ferroviaire (mouvements de troupes, transport de matériel militaire) et assure la liaison avec d'autres agents.

Alors qu'il apporte à Agoutin un rapport concernant l'artillerie allemande, le 17 mai 1942, il est appréhendé dans la rue. En fait Agoutin vient lui-même d'être arrêté.

Tous deux sont au secret à Fresnes. Interrogatoires et menaces.

Le 11 janvier 1943, avec douze autres détenus, dont Georges Agoutin, Louis Cavelier*, Jean-Marie Le Boterff*, Gaston Le Le Métayer*, Jean Nicolas*, il passe en jugement pour espionnage devant le tribunal militaire allemand de la rue Boissy d'Anglas à Paris. Le 20 janvier, Gardes et Agoutin sont condamnés à mort. Gardes peut voir une dernière fois ses deux petits garçons et sa femme qui espère encore un recours en grâce.

A la même époque, son beau-père, M. Serrell, est interné à Compiègne comme citoyen américain, et Mme Serrell, sa belle-mère, à Vittel, pour avoir acquis par mariage la nationalité américaine.

Début mars 1943, il est mis au 3e étage de Fresnes, dans la cellule 411 B qu'il partage avec Agoutin et Le Boterff*. Il se réfugie dans la foi, aidé par l'abbé Stock, l'aumônier allemand de la prison, qui assiste les condamnés avec un dévouement et une humanité qui resteront dans les mémoires. Le 30 avril, lui et Agoutin apprennent que le recours en grâce a été rejeté. Gardes écrit alors cette dernière lettre:

"Ma pauvre chérie,

J'apprends la terrible nouvelle. C'est la dernière lettre que je t'adresse. Tout est fini, le jugement est revenu confirmé, il est environ 10 heures, et je dois être fusillé à 15 heures. Il me reste donc peu de temps à vivre. En premier lieu, je te supplie d'être forte, mon Aimée.  De mon côté, jusqu'à la dernière minute, je veux rester courageux. Ma dernière pensée sera pour toi, et nos deux petits.

Pardonne moi de te faire tant souffrir, toi qui m'a rendu si heureux. Tu sais quel idéal m'a toujours conduit.

Que Dieu te protège...

Je vais essayer de mourir en chrétien, moi qui me trouve au seuil de grand mystère, je n'ai plus de foi qu'en Dieu.

Fais que nos petits deviennent des hommes, de vrais hommes, de vrais Français. Ils n'ont pas le droit de désespérer de l'avenir. Je compte sur toi pour mener à bien cette grande tâche.

Pour moi, j'offre ma souffrance afin de t'éviter de nouvelles épreuves, ainsi qu'à nos petits.

Prie pour moi. De l'infini où je vais aller, heureux ou pas, mon âme ne pensera qu'à toi et à nos chers enfants.

Que Dieu soit pitoyable à mon sacrifice, moi qui aurait tant voulu mourir en plein ciel de bataille.

Qu'Il protège notre Patrie et la sauve.

Adieu à toi.

Adieu à nos petits.

Adieu à notre beau pays de France

André

 

P.S. - A l'instant je viens de me confesser et de recevoir la communion, aussi vais-je pouvoir partir plus confiant et plus fort."

L'enveloppe brune porte, à droite, "Liaison française du Palais Bourbon", et la mention classique sur tout courrier d'alors: "Un bon de solidarité ne se refuse pas".

Gardes et Agoutin sortent de leur cellule enchaînés. Ils crient :"Les condamnés à mort vous saluent une dernière fois! Vive la France!" Et ils entendent la réponse venue des cellules: "Vive la France!" et la Marseillaise. Ils vont être exécutés dans le stand de tir du champ de manoeuvre d'Issy les Moulineaux.

Déclaré "Mort pour la France", André Gardes recevra la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Archives et Réserves de l'Armée de l'Air;  Archives Nationales (dossier F 60 - 1576);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; "La Couronne t'attend" de Germaine L'Herbier Montagnon, 1945.


GARISSON

Maurice, Henri, Jules

Pseudonyme: GUILLEMET

 

 

Né le 14 décembre 1914  à  Villers Saint Christophe (Aisne) de Henri Garisson  et de  Marguerite Brouette Epouse:  Jacqueline Flament Décédé le 4 avril 1945  à  Buchenwald 

Réseau:  Villon du S.R. Air Agent P2

 

Engagé volontaire le 9 mars 1935, affecté à la base aérienne de Nancy, Maurice Garisson a été nommé au grade de sergent chef en octobre 1936 et devint chef du secrétariat du chef de corps du bataillon de l'Air 121. A la dissolution de ce dernier, il passa au bataillon de l'Air 109 à Tours et enfin fut affecté au ministère de l'Air en décembre 1939, en qualité de comptable du bureau du trésorier. C'est comme sergent chef qu'il fut placé en congé d'armistice le 1er novembre 1941.

Le 1er avril 1941 (en septembre 1942 d'après les archives de l'Armée de l'Air), il entre au S.R. Air comme agent P2, secrétaire d'un sous-réseau du réseau Villon, à Marseille.

Il est arrêté par la Gestapo à Marseille le 7 novembre 1943, le lendemain de l'arrestation de son chef de poste, Charles Boiron.

Relatant son arrestation, ainsi que celle de Charles Boiron*, de Madame Boiron, de Henri Pascal* et de Koenig, Jean Bézy insiste sur les " tortures effarantes exercées sur lui et sur ses codétenus".

Le général Bézy tenait ces informations notamment de "Jacques Roux, du réseau Goélette, détenu un moment à Fresnes dans la même cellule que Garisson. D'après tous ces témoins il semble que le principal grief retenu contre Boiron et sans doute ses équipiers ait été un camouflage d'armes.(...)

Et Roux, rapportant le témoignage de Garisson sur les séances de pendaison et de flagellation de Boiron, ajoute: "Les Allemands ont surtout insisté sur la clé du local de la rue de Crimée qui servait à camoufler du matériel qui a pu ainsi être sauvé".

Dans de courts papiers qu'ils ont pu faire passer pendant leur séjour à la prison des Baumettes, Boiron et Garisson affirment avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir pour minimiser les conséquences de leur arrestation. Témoin ce billet de Boiron: "Dites bien à nos camarades que nous n'avons rien à nous reprocher. Nous avons fait notre devoir jusqu'au bout, Guillemet (Garisson), ma femme et moi. Brandt."

Transféré de Fresnes à Compiègne, Maurice Garisson est ensuite déporté en Allemagne le 15 août 1944. Il meurt à Buchenwald le 4 avril 1945. Ses enfants, Alain et Guy, ont trois et sept ans.

Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Archives et Réserves de l'Armée de l'Air; "Le S.R. Air" de Jean Bézy, P.78, 164, 165, 302 (Ed. France Empire, 1979); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.47; Archives d'Alger (dossier 3203-89)


GASSER

Paul

 

 

Né le 16 mars 1921  à  Riquewihr (Haut-Rhin- de Ernest Gasser  et de Séphanie Ulrich Célibataire Profession: commerçant Décédé le 29 juillet 1944 à Hessel (Allemagne) 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., Uranus-Alsace du S.R. Kléber  Agent P2

 

Jeune Alsacien, Paul Gasser, qui a19 ans en 1940, n'a pas encore été appelé sous les drapeaux quand il est recruté par les Services spéciaux en février 1941. Il est alors employé aux Mines domaniales des potasse d'Alsace, à Amélie I-Wittelsheim. et parle l'allemand.

Plusieurs mois, il recueille et achemine des renseignements sur l'armée allemande.

Arrêté le 14 juillet 1941 près de Dôle, il est d'abord interné à Besançon, puis à Strasbourg en novembre 1941, avant d'être, en décembre 1941, déporté à Berlin, à Stuttgart (mai 1942), puis à Ulm . Le 1er septembre 1942, il est condamné à 18 mois de prison. Il est alors envoyé à Offenbourg et, en février 1943, de nouveau à Ulm (mars 1943), puis à Karlsruhe (août 1943), de nouveau à Strasbourg (octobre 1943) et à Stuttgart.

Le 3 novembre 1943, il passe devant le Tribunal du Peuple allemand, avec Clément Helfer* et Louis Voegli*. Condamné à mort, il bénéficie d'un sursis, mais pour être affecté  au désamorçage de bombes. Il est alors amené à Rheinbach (le 17 juillet 1944) et à Hessel, où il trouve la mort, le 29 juillet 1944, en pratiquant sa dangereuse besogne à laquelle il a été condamné.

Déclaré "Mort pour la France", Paul Gasser sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec étoile de vermeil et la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'Armée):

"Jeune Alsacien qui a payé de sa vie son attachement à la Patrie. A fait partie, dès février 1941, d'un réseau de recherche de renseignements travaillant au profit d'une importante organisation. A recueilli, durant la première partie de 1941, de précieux renseignements sur l'armée allemande, qu'il a régulièrement, sûrement et rapidement acheminés.

Arrêté,le 14 juillet 1941, condamné à 18 mois de prison, passe en novembre 1943 devant le tribunal du peuple allemand qui le condamné à mort, bénéficie d'un sursis, mais se voit obligé de pratiquer le désamorçage des bombes, a trouvé la mort au cours de cette besogne dangereuse, le 29 juillet 1944."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Archives Nationales (AJ40/1505); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


GATARD

Jean, Georges, Thomas, Frédéric

Pseudonyme: GERMAIN, GALMOND

 

 

Né le 4 juillet 1908  à  Paris IVe de Gaston, Thomas Gatard  et de  Jeanne, Marie Dubois Lambert Epouse: Denise Jouve Profession: officier d'active (Ecole Polytechnique, promotion 1928) Décédé le 6 août 1943  à  Lyon 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P3 et P10), Marco PoloAgent P2

 

Jean Gatard était l'aîné d'une famille de trois garçons, avec une branche paternelle comptant surtout des militaires; son père, Gaston Gatard était amiral. Après être passé par le lycée Louis le Grand et avoir fait l'Ecole polytechnique (promotion 1928), il choisit l'Armée et fit l'École d'application d'artillerie. Sa curiosité naturelle l'incita à opter pour une carrière outre-mer, dans l'artillerie coloniale.

Lorsqu'il partit en 1933 pour l'Indochine, il parlait l'anglais et l'annamite, il était lieutenant (1932); marié à Denise Jouve (peintre et sculpteur), il avait un enfant, Marie. Il revint en France fin 1936, eut un second enfant, Jeanne, puis partit pour le Maroc avec sa famille en avril 1938. Il était alors capitaine.

Esprit constamment en éveil, il a appris entre temps l'espagnol et l'allemand, comme il est devenu acuponcteur à la suite d'une formation auprès de Soulier de Morand, l'introducteur de la médecine chinoise en France, et compétent en matière de philosophie comparative Orient-Occident.

En 1941, il est à l'État-major de Casablanca. Appréciation de ses chefs cette année là : "Valeur technique: excellente, très solidement basée sur une forte culture scientifique. Beaucoup d'énergie et de dynamisme. Activité débordante, impatience qu'il faut diriger, canaliser au besoin, ne freiner en aucun cas. Sait ce qu'il veut, insiste pour l'obtenir... Loyal, entreprenant. Très vif. Beaucoup de sensibilité... Très bonne éducation, avec beaucoup de spontanéité et de franc-parler dans le service... Niveau intellectuel général élevé... Culture très complète qu'il ne cesse d'accroître, d'affiner et d'élever... Dans l'ensemble, officier de valeur, homme d'action remarquablement doué."

C'est à Casablanca qu'il est recruté par les Services spéciaux en 1941. Rentré en France pour les servir, il suit d'abord un stage de formation (juin-septembre 1942) à Clermont-Ferrand, sous la coupe du capitaine Johannès.

Démobilisé en 1942, il est intégré au S.R. Guerre clandestin le 1er juin (Archives d'Alger); il est à Limoges (T.R.112) sous la direction du Dr. Jean Rigaud. Lors du rattachement du T.R. 112 au T.R. 113, par suite d'une vague d'arrestations à Limoges, il reste avec Richard Chotin, seuls du poste 112 à Limoges

Pour ses activités de renseignements, il travaille alors notamment avec un autre polytechnicien (camaraderie d'École). Ce dernier, M. Dumas Primbault, est  directeur régional des télécommunications et, pendant un an, lui fournit des renseignements sur les communications allemandes. En avril-mai 1943, Jean Gatard lui annonce qu'il dispose d'une liaison radio directe avec Alger et lui demande la carte des circuits de commandement allemands, que Dumas Primbault lui dresse la nuit dans ses services. Heureusement Jean Gatard peut les transmettre immédiatement, s'en débarrasser donc, car il est arrêté par la Gestapo le jour même.

Dans la seconde quinzaine de mai 1943, en effet,  on a appris par le capitaine Mercier que les Allemands semblaient avoir des renseignements précis sur les éléments de l'ancienne armée d'armistice dans la région de Clermont-Ferrand. La Gestapo et l'Abwehr préparent une vaste opération. "La Gestapo, dit Henri Navarre fait un premier coup de main sur l'antenne T.R. de Limoges (T.R. 112 rattaché à T.R.113 depuis l'affaire Martineau). Le capitaine Gatard, chef d'antenne, et son adjoint, l'adjudant-chef Richard Chotin, sont arrêtés le 26 mai." Lors d'une perquisition à son domicile, les policiers disent à son épouse que Jean Gatard a été arrêté parce qu'il travaillait au profit de l'Intelligence Service.

Il est incarcéré à la caserne Marceau de Limoges, et le rapport du 10 au 18 juin 1943 du soldat SS Meyer du SD de Limoges, le cite parmi les prises importantes.

Lui et sa femme parviennent à communiquer à travers des échanges de colis (encre sympathique, écriture minuscule derrière les boutons de chemise, etc., grâce auxquelles elle saura qui l'a indiqué aux Allemands lors de son arrestation dans la rue, et qui l'a vendu.) Ayant contracté une dysenterie outre-mer, il a le droit de recevoir un bol de riz par jour et sa femme, dont l'habileté est remarquable, confectionne de faux grains de riz avec de très fines bandelettes de papier à cigarette sur lesquelles elle écrit. Il peut entendre ses enfants jouer (bruyamment pour que leurs voix portent) sur la place au pied du mur de la prison.

Henri Navarre écrit: "Gatard voulut à tout prix s'évader. Au cours d'une sortie, il étrangla à demi, avec un fil électrique qu'il avait dissimulé, le soldat allemand qui l'escortait, et s'enfuit." Mais, dit Henri Amouroux "une sentinelle allemande avait donné l'alerte et Gatard fut rejoint après s'être cassé la cheville droite et foulé la cheville gauche en sautant d'une hauteur de huit mètres". "Finalement rattrapé, poursuit Henri Navarre, il subira un terrible martyr." La citation pour la Légion d'Honneur ajoute: "S'est refusé, malgré toutes sortes de pressions à donner des renseignements sur son service et ses camarades."

Il est enlevé à la Gestapo par l'Abwehr qui le transfère au Fort Montluc à Lyon. Il est alors jugé par une cour martiale, au Grand Hôtel, où il arrive avec des béquilles. Un défenseur allemand a été commis d'office. Celui-ci écrira: "Jamais de ma vie aucune défense ne m'a autant bouleversé... Il restera pour moi inoubliable."

Les Allemands, qui ne veulent pas faire étalage de ce qu'ils savent des activités du contre-espionnage français, le jugent pour une évasion manquée. La sentinelle attaquée est là pour témoigner, en bonne santé. Pourtant, Jean Gatard est condamné à mort, les officiers allemands ont hâte de se débarrasser d'un agent du contre-espionnage français. Les autorités françaises apprendront à la fois la condamnation et l'exécution.

La Délégation française auprès de la Commission d'Armistice élèvera une énergique protestation (compte-rendu du 30 aout 1943) "contre l'exécution du capitaine Gatard. Le 12 août 1943, le général Bérard avait présenté, personnellement, au président de la C.A.A. un recours en grâce en faveur de cet officier qui avait, d'après une information officieuse, été condamné à mort le 27 juillet, pour avoi,r au cours d'une tentative d'évasion, molesté une sentinelle allemande.(...) La D.F.A. a exposé à la C.A.A. que, quelque soit le chef d'accusation retenu contre le capitaine Gatard, on ne saurait contester qu'il ait sont origine dans l'état de guerre survenu entre la France et l'Allemagne en septembre 1939. Dans ces conditions, cet officier aurait dû bénéficier de mesures analogues à celles qui sont observées pour les prisonniers de guerre par application des articles 60 et 66 de la Convention de Genève du 27 juillet 1913. La D.F.A. (...) a demandé que des assurances précises lui soient données pour l'avenir." (On sait à quel point une telle demande restera lettre morte!)

Événement exceptionnel à Montluc, un prêtre extérieur à la prison est envoyé à Jean Gatard (dérogation obtenue par son avocat allemand), c'est le curé de l'église Saint-Nom-de-Jésus. Dans son témoignage, parvenu à la famille par l'intermédiaire de religieuses, il décrit "un jeune homme d'une trentaine d'années, seulement vêtu d'un pantalon de toile légère et d'une chemise blanche, marchand péniblement à l'aide de deux béquilles". Et plus loin: "En m'efforçant d'être aussi calme que lui, je l'écoutais..."

Demande de recours en grâce rejetée, Jean Gatard est fusillé le 6 août 1943 à 20 heures, à la Doua, à Lyon.

Déclaré "Mort pour la France", il sera élevé au grade de commandant,  fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme, la Médaille de la Résistance et un témoignage de reconnaissance de services signé du maréchal Montgomery.

 

*

Citation (Légion d'Honneur) :

"Officier d'une haute valeur morale. Volontaire pour participer en France occupée au service clandestin de contre-espionnage. Arrêté par la police allemande et rattrapé, blessé après une tentative d'évasion."

 

Lieux de mémoire: son nom figure sur la plaque commémorative du cimetière de la Doua à Lyon, sur le monument aux morts de Montigny-sur-Loing (Seine et Marne), il a été donné à une rue à Limoges.

 

Références: "Dossier du SHAT; archives du Bureau Résistance; Archives Nationales (dossier F 60 - 1577);  Le Service de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.256 (Ed. Plon, 1978); "Mes camarades sont morts, Tome 1, La guerre du renseignement, de Pierre Nord (Ed. Flammarion, 1968); "La Vie des Français sous l'occupation" de Henri Amouroux, p.255 (Ed. Arthème Fayard, 1961); "Histoire de la Résistance en France", tome 3, de Henri Noguères, p.179 (Ed. Robert Laffont, 1972);  "La Guerre, mon père", de Marie Gatard (Ed. Mercure de France, 1978, Ed. Bleu autour, 2000); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.32, n°150, p.51, n°151, p.42, n°162, p.19, n°178, p.21, n°186, p.9.


GATELET

Robert, Jules, Marie

 

 

Né le 6 septembre 1924  à  Thionville (Moselle) de Daniel Gatelet  et de  Marie, Elisabeth Yone Célibataire Etudiant Décédé le 11 décembre 1944  à  Rockenberg (Allemagne) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R.,Uranus-Lorraine des Etudiants du S.R. Kléber, "L'Espoir Français",  S.R. Guerre (poste P4)Agent P2

 

Quand Robert Gatelet est né, son père était rédacteur à la sous-préfecture deThionville.

A vingt ans, le 18 juin 1940, dès l'occupation de Metz, il fonde, avec Robert Granthil et Albert Dehlinger, le réseau L'Espoir Français. C'est le premier mouvement de résistance de Moselle; il fait partie de la branche des étudiants de Lorraine du réseau Uranus du S.R. Kléber. L'article 3 des statuts de L'Espoir Français dit: "Le général De Gaulle nous inspire nos buts".

L'Espoir Français aide d'abord les prisonniers de guerre français qui veulent s'évader, il effectue de petits sabotages, des actes de propagande (tracts, affichettes), du stockage d'armes, et finit par couvrir huit districts. Fin août 1940, il cherche une liaison avec la France Libre. Son activité décuple: renseignements sur les mouvements de troupes, la défense aérienne, les usines de sidérurgie.

En mai 1941, l'arrestation d'un courrier porteur de documents entraîne l'arrestation de vingt de ses membres dont Robert Gatelet, Alfred Dehlinger, Émile Parisot*et  Marcel Ney*.

Robert Gatelet est arrêté le 4 juillet 1941. Il est interné à Sarrebruck et jugé dans le cadre du procès de "L'Espoir Français" devant le 4e Sénat du Wolksgerichthof de Berlin, qui se déroule du 30 septembre au 2 octobre 1942 à Zweibrücken, et compte vingt et un inculpés, dont Alfred Dehlinger et Emile Parisot* (les accusés de 1 à 19 n'ont pas de défenseur, ce qui est le cas de Gatelet).

Voici des extraits de l'acte d'accusation  qui fait 32 pages (selon la traduction qui figure dans le dossier "S.R. Kléber - Historique" du Bureau Résistance). Il est à considérer pour ce qu'il est: un document allemand, contenant donc les informations que possédaient les Allemands, pour certaines justes, pour d'autres sujettes à caution. Il est daté du 7 juillet 1942:

" J'accuse: de juillet 1940 à juillet 1941 (certains accusés seulement durant une partie  de ce temps) à Metz et environs.

1) Tous les accusés: d'avoir préparé l'entreprise de haute trahison d'empêcher - par la violence ou par menace de violence - le Führer et chancelier du Reich, ainsi que les membres du gouvernement d'exercer, dans un certain sens, leurs compétences constitutionnelles

A cette fin, l'action des accusés était dirigée vers l'établissement et le maintien d'une consistance organisée, et l'action des accusés Dehlinger et Gatelet aussi vers l'influence des masses par la propagation d'écrits.

2) Les accusés Dehlinger, Gatelet (...), Parisot (...) d'avoir, outre cela et par la même action, rassemblé ou essayé de rassembler, secrètement, en territoire de guerre de la Wehrmacht, des renseignements dans l'intention de les communiquer à l'ennemi. Les accusés (...), Gatelet (...) tant qu'ils n'étaient pas encore âgés de 18 ans au moment du crime, étaient cependant en mesure d'après leur développement intellectuel et moral de discerner l'illégal des méfaits et de subordonner leur volonté conformément à ce jugement. (...)

Les accusés ont tous appartenu à une organisation, Espoir Français, créé à Metz en juillet 1940. Sa tâche consistait en premier lieu à rassembler pour le service de renseignements français des informations sur la Wehrmacht et à les diriger par Nancy vers le territoire français inoccupé. En même temps devait être créé un mouvement de résistance qui poursuivait le but de contraindre le gouvernement allemand, d'une manière ou d'une autre, mais particulièrement par une nouvelle intervention de la France, de renoncer au rétablissement définitif de la souveraineté du Reich en Lorraine. L'accusé Dehlinger était le chef de cette organisation à laquelle les accusés Gatelet, Harter et Muller ont activement participé. Les accusés Bour, Geiger, Houillon, Joly, Noel, Parisot (et six autres) se sont occupés de la recherche d'informations sur la Wehrmacht.

II. Résultats essentiels des recherches. L'organisation française de renseignements Espoir Français à Metz.

Une organisation française de renseignements dirigée de la France inoccupée, vraisemblablement de Lyon ou de Vichy, a été découverte en juillet 1941. Les membres étaient actifs en zone occupée et en Lorraine, entre autres Nancy et Metz.

Pour le groupe créé à Metz, qui fait l'objet de cet acte d'accusation, les conditions spéciales, avant tout la disposition encore francophile de la population, la possibilité de communications interdites avec le territoire français inoccupé et les relations personnelles encore existantes entre les Lorrains et la France, ont rendu aux créateurs facile de trouver, surtout parmi la jeunesse, des personnes se prêtant à leurs desseins.

Ainsi le Français Robert Granthil réussit déjà en juillet 1940 à créer à Metz une organisation qui reçut le nom "Espoir Français" et à laquelle les coaccusés Dehlinger et Gatelet appartenaient en premier lieu. (...)

Le groupement devait dépendre d'un chef suprême, supérieur aux chefs de district qui commandaient les districts au nombre de huit. (...)

Conformément aux directives données de Nancy, les membres de Espoir Français déployèrent une activité étendue d'espionnage dans les domaines militaire, économique et politique. Les résultats étaient rassemblés sous forme de rapports et amenés  à Nancy d'abord par Dehlinger lui-même, puis par des fonctionnaires de l'ancien consulat de Yougoslavie à Nancy, qui entretenaient un bureau secondaire à Metz et, finalement, après la dissolution du consulat en avril 1941, par deux courrier: Simminger* et Gillaut.

Comme il résulte des recherches effectuées envers ces deux courriers également arrêtés et leurs agents de liaison, les renseignements étaient dirigés de Nancy vers la France inoccupée.

A part la production de renseignements, les membres de Espoir Français s'occupaient aussi de la diffusion d'appels à la population et d'aide aux personnes désireuses de franchir illégalement la ligne de démarcation.

III. Appréciation de l'affaire

Comme il ressort de l'avis du commandement supérieur de la Wehrmacht, la conduite des accusés consiste en un crime contre le paragraphe 2 du décret de droit spécial de guerre.

En outre, la conduite des accusés, ainsi que leurs dépositions laissent nettement apparaître que leur but était de préparer le terrain à la France pour une reconquête de la Lorraine.

Vu que la question du futur droit politique du pays de Lorraine n'est pas encore clarifiée, les accusés ont donné un nouveau soutien aux cercles français qui refusaient une collaboration avec l'Allemagne et ainsi voulu influencer la politique française et l'amener à envisager la reconquête de la Lorraine avec l'aide venant des rangs de l'organisation et forcer le gouvernement allemand à renoncer à une annexion définitive de la Lorraine.

Ainsi les accusés se sont rendus coupables d'un crime contre les paragraphes 81, 83, alinéas 2 et 3-SIGG.

Moyens de preuve

1 - Les dépositions des accusés.

2 - Les témoins.

3 - L'expert encore à désigner pour représenter la Wehrmacht.

4 - Les extraits de casier judiciaire.

5 - Les pièces saisies à Nancy.

6 - Le billet saisi chez Geiger."

Dans un autre document allemand, toujours à prendre pour ce qu'il est, il est dit que Robert Gatelet:

"- A fourni des renseignements sur les unités allemandes installées à Metz.

- Savait que les demandes de renseignements reçues par Dehlinger passaient au retour par Nancy pour parvenir en France non occupée.

- A aidé Dehlinger à faire passer des personnes en France non occupée.

- A participé à la confection de tracts (appels à la population).

- A reconnu après son arrestation que les renseignements collectés étaient destinés à Vichy et que l'organisation ("Espoir Français") avait pour but de rendre la Lorraine à la France."

Robert Gatelet est condamné à huit ans de prison. Immédiatement déporté, il mourra en Allemagne, à Rockenberg, le 11 décembre 1944.

Il sera déclaré "Mort pour la France"  et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "L'Espoir Français", de Wittmer, Hoerdt et Geiger (A.A.S.S.D.N.); "Années noires" de Le Marec, p.250 (Ed. Serpenoise, 1990); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; mairie de Thionville


GAUCHET

Fernand

Pseudonyme: GABEL

 

 

Né le 22 juillet 1908  à  Chevremont ( Territoire de Belfort) de François Gauchet  et de  Anne, Cécile Perquin Décédé le 28 novembre 1941  à Besançon 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Uranus-Lorraine des Etudiants)

 

Fernand Gauchet, père de deux enfants, est arrêté le 1er juin 1941 et fusillé le 28 novembre de la même année à Besançon.

Il sera déclaré "Mort pour la France" et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


GEMIN

Jean, Pierre

Pseudonyme:  PIERROT

 

 

Né le 9 juin 1921  à  Caudrot (Gironde) de Jean, Robert  Gemin  et de  Jeanne Dubourg Célibataire Décédé le 13 juillet 1942  à Martignas-sur-Jalles (Gironde) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Air 4O,  Villon du S.R. Air, S.R. Kléber (Vénus- Chabor)Agent P2

 

Pierre Gemin , 19 ans,  s'engage dès décembre 1940 dans la Résistance; il travaille avec Albert Baudrillart*.

Ses parents,  qui tiennent le café restaurant du Drôt à Caudrot, y ont reçu Baudrillart. Le père de Jean Gemin, en témoignera ainsi:  "J'ai connu M. Baudrillart fin 1941 chez moi, car il était en liaison avec mon fils pour le service du 2e Bureau, sous la direction du lieutenant Morand (alias Mangès), qui habitait à l'hôtel de Paris à Marmande. M. Baudrillart est venu cinq ou six fois pour trouver mon fils qui lui faisait passer la ligne de démarcation".

Pierre Gemin est arrêté le 9 août 1941 sous l'inculpation "d'avoir cherché à porter atteinte à la sécurité des troupes d'occupation".

La demande de recours en grâce, qui tente d'atténuer sa responsabilité, dit: "L'intéressé était encore élève au lycée de Bordeaux lorsqu'il fut arrêté. Agé de vingt ans il préparait divers concours. Jamais il ne s'était livré à la moindre activité politique.(...) Etant donné l'âge de Pierre Gemin lorsqu'il a commis les faits qui lui sont reprochés, il y a tout lieu de croire qu'il était incapable de mesurer la portée et les conséquences des actes qui ont motivé sa condamnation. Ayant quitté ses parents qui habitaient la zone non occupée, pour continuer ses études à Bordeaux où il vivait seul, livré à lui-même dans une grande ville, et dans des circonstances exeptionnelles, cet enfant de vingt ans a dû se laisser facilement entraîner par des gens dont sa jeunesse et son inexpérience de la vie ne lui ont pas permis de déceler le caractère et qui l'ont aisément circonvenu.(...)"

Pierre Gemin est interné au fort de Hâ, à Bordeaux, le premier mois au secret, puis avec d'autres, avant d'être remis au secret en mai 1942.

M. F. Bosque,  interné en même temps que lui, témoigne, dans une lettre à M. Parilleaud, de la forte impression qu'il a gardé de cette rencontre:

"Je puis dire que sa conduite fit l'admiration de tous les détenus par son courage, son attitude et sa foi dans la victoire  alliée.

Gemin a tenté de s'évader pendant le parcours du fort de Hâ à la rue Cursol. Il fut ramené en cellule avec tous les égards qui lui étaient dus: revolver dans le dos, sur les côtes, et fers aux pieds et aux mains. Par la suite, chaque interrogatoire était un déplacement de forces armées.

Je puis dire que pendant son passage au fort de Hâ, Gemin était le seul détenu qui eût les fers aux mains et aux pieds jour et nuit.

... Je ne l'ai jamais vu, il lui était interdit d'aller à la promenade qui avait lieu tous les quinze jours ou vingt jours pendant un quart d'heure; il restait seul dans sa cellule. C'est par la Radio que nous nous sommes connus, lui était Colin et moi Radio la Souys. Je lui faisait la causette tous les jours pour que le temps lui soit moins monotone et pour lui donner des renseignements et la communication avec Baudrillart, un autre détenu avec lequel il avait de longues conversations et où il était question d'un nommé Bonhomme qui les aurait dénoncés tous les deux. (Pierre Gemin pourra faire savoir à son père les noms des deux hommes qu'il tient pour responsables de son arrestation.)

Je puis affirmer que Gemin et Baudrillart, malgré les bastonnades et les mauvais traitements, n'ont jamais parlé, d'ailleurs les Boches, ne pouvant rien en tirer, les ont fusillés."

Pierre Gemin a en effet été condamné à mort par le tribunal allemand de Bordeaux. Pourtant, dit Terres, un échange est organisé pour livrer l'espion allemand Albert Reymann contre Pierre Gemin. (...) Les Français rendent donc Reymann, mais le lendemain ils sont informés de l'exécution de Pierre Gemin (qui a eu lieu huit jours auparavant)

Il a été fusillé au camp de Souges, commune de Martignas-sur-Jalles, le 13 juillet 1942.

Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

Lieu de mémoire:  le nom de Pierre Gemin a été donné à une rue de Caudrot (Gironde), sa ville natale, et une plaque y a été apposée sur le monument aux morts.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Archives Nationales (dossier F 60 - 1577); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; mairie de Caudrot (Gironde); "Silence. Vichy et la chasse aux espions nazis", de Robert Terres ( Ed. Autrement, 2005)


GENEIX

Robert

Pseudonyme: JACQUES

 

Réseau: S.R. Air

 

Robert Geneix était radio dans l'aviation coloniale. Il fut parachuté en France, venant de Londres, le 13 novembre 1943, comme radio du groupe du S.R. Air de la région de Laon, sous la direction de Paul Berthe.

Il sera ainsi décrit par un de ses camarades du S.R. Air, le radio Robert Lemoine:

"Camarade idéal, d'humeur toujours égale, boute-en-train infatigable, il nous amusa souvent pendant nos soirées d'inactivité. Radio de grande classe, il aimait son petit matériel et le couvait comme son enfant dans les déplacements."

Début 1944,  avec Roger Camous, un jeune Français d'Algérie chargé de remplacer Oscar (André Duthilleul*), il est appelé par Robert Masson (alias Samson) qui commande deux réseaux (S.R. Air et Samson) et veut établir une section Opérations aériennes. C'est ainsi que le 7 mars 1944, Camous et Geneix effectuent une première double opération (départ de René Gervais, chef du S.R. Air) sur le terrain d'Estrées-Saint-Denis, et que l'équipe réalise les mois suivants d'autres opérations aériennes planifiées par Philouze.

En août 1944, tandis que les Alliés avancent, un poste est établi par le S.R. Air dans la région de Nancy, installation difficile du fait d'une surveillance très serrée des Allemands de plus en plus sur leurs gardes. Robert Geneix en fait partie comme radio (équipe de  Roger Camous).

"Geneix et Burgard, qui avaient fait la route à bicyclette en passant par de petits chemins, arrivèrent le 24 août, précise Jean Bézy.

Les renseignements sur l'avance des Alliés permettaient déjà de penser qu'il ne serait pas question d'organiser un vaste secteur géographique mais que les informations sur les défenses rapprochées de Nancy et Vittel, où Lemoine avait déjà des contacts, pouvaient être transmises rapidement et utilement.

Le 25 août des contacts radio furent pris avec Londres de la maison Perrier (Paillole) mais, du 26 au 28 août, aucun contact ne fut possible; le poste fut alors installé chez un cousin de Lemoine d'où la liaison s'avéra meilleure, après cependant de difficiles mises au point.(...)

Mais le 1er septembre, alors que la liaison radio était enfin établie et que de nombreuses informations pouvaient être envoyées, Geneix fut arrêté par les Allemands en pleine émission." Il fut torturé, rapportera Lemoine. Puis, emmené très vite au camp de Schirmeck et fusillé quelques jours plus tard.

 Jean Bézy dit que "ses amis crurent d'abord à une délation; mais il fut prouvé que le poste avait été détecté par la gonio allemande au cours des difficiles essais des jours précédents et aussi du fait de la proximité d'un autre émetteur clandestin."

 

Référence: "Le S.R. Air" de Jean Bézy, Ed. France-Empire, 1979.

 


GENSAC

Jean

 

 

Né le 18 novembre 1897  à  Le Vernet (Haute Garonne) de Jacques Gensac  et de  Marie Gouazé Epouse:  Maria Marquié Profession: garagiste Décédé  en décembre 1944 à Dachau 

Réseau:  S.S.M.F./T.R.(Groupes Morhange et Cambronne) Agent P2

 

Jean Gensac, marié sans enfant, était garagiste-mécanicien à Toulouse depuis 1930. Il avait fait les guerres de 1914-18 et de 1939-40.

Pour la Résistance (groupes Morhange et Cambrone à partir du 1er août 1943), il répare des véhicules et camoufle des armes. C'est à son garage, qui est également son domicile et qui sera entièrement pillé, qu'il est arrêté le 26 mai 1944. Interné à la prison Saint-Michel à Toulouse, il est déporté le 15 juin 1944.

Il part en convoi pour Compiègne et, de là, le 2 juillet , pour Dachau. Il y serait mort en décembre 1944 (date retenue par l'administration). Mais, dans son dossier du Bureau Résistance, il est dit aussi qu'il a été à Dachau dans le Block 30 et aurait quitté ce dernier pour un commando en février 1945, sans laisser de trace ensuite.

Jean Gensac sera déclaré "Mort pour la France" et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28-29


GERHARDS

Théodore, Jean

 

 

Né le 1er février 1900  à  Saverne (Bas-Rhin) de Gérard Gerhards  et de  Elisabeth Leyenberger Epouse:  Claire Kannapel Profession: commerçant Décédé le 29 octobre 1943  à  Halle (Allemagne)

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Uranus) Agent P2

 

Premier né d'une famille alsacienne, dont le père est d'origine et de nationalité allemandes, Théodore Gerhards, dit Théo, commence ses études à l'école de Saverne, où il est né, puis, dès 1910, il est à Rémy Signeulx, en Belgique, où se trouve le noviciat des Pères de la Société de Marie (Marianistes). Il y reçoit une éducation où la religion tient une grande place.

Au début de la première guerre mondiale, il rentre à Saverne où il poursuit ses études au lycée jusqu'en seconde supérieure.

En 1916, l'Armée l'appelle au service auxiliaire de guerre pour travailler dans une fabrique de munitions, mais il s'esquive et, pour se soustraire à la police militaire, se cache et travaille chez ses parents. Cependant, il ne peut échapper au service militaire et, le 18 mai 1918, il est enrôlé dans l'armée du Kaiser; il doit se rendre à Berlin en garnison dans la garde de l'empereur. Classé comme francophile par ses supérieurs, il est particilièrement surveillé et ne peut échapper à 14 jours d'arrêts dans une prison militaire pour avoir été pris à parler à des prisonniers français du camp de Döberitz. Peu de temps après, trois nouveaux jours d'emprisonnement lui sont infligés pour avoir laissé s'échapper deux prisonniers. Enfin cinq jours supplémentaires sanctionnent le fait qu'il se soit soustrait au transport de soldats qui partaient vers le front.

En raison de la succession d'échecs militaires à l'Ouest, ce début du mois de novembre est particulièrement agité à Berlin. Théo relate cette période dans une lettre de mars 1919 au père Ernest Sorret, supérieur provincial des Marianistes: "J'ai combattu contre les troupes de l'empereur du 9 au 11 novembre 1918, et le 18 novembre avec les Spartakistes contre les troupes gouvernementales. Puis je ne suis sauvé de Berlin le 19 et suis retourné à Saverne.

Après l'armistice du 11 novembre à Rethondes, Théo fait une demande de réintégration chez les Marianistes, est admis le 5 février 1919 au collège des frères de Marie de Saint-Hippolyte  dans le Haut-Rhin, puis il se rend à Fribourg où il est élève à la Villa Saint Jean, la célèbre école marianiste qui a eu Antoine de Saint-Exupéry comme élève de 1915 à 1917.

Le 14 décembre 1918, un arrêté interministériel officialise la mise en place de quatre sortes de cartes d'identité pour les habitants d'Alsace. Le père de Théo se voit attribuer, en tant qu'étranger, de pays ennemi une carte de type "D". Par arrêté d'expulsion, la famille doit alors quitter Saverne au cours de l'été 1919. Elle va s'installer à Dalheim-Rödgen, près de Dremmen, où elle retrouve d'autres parents. Elle y séjourne jusque en 1924, le père de Théo ayant trouvé un emploi dans les chemins de fer allemands.

Théodore quitte l'école de Fribourg, fin 1919, pour effectuer 18 mois de service militaire, cette fois en France, et obtient la nationalité française le 28 décembre 1923.

Enfin, il rejoint sa famille en Rhénanie et fréquente l'école supérieure du textile de Münchengladbach.

A partir du 8 juin 1923, il occupe un emploi de commis des douanes pour le district d'Aix-la-Chapelle, auprès de la commission interalliée des territoires rhénans. Cette mission prend fin le 21 octobre 1924, à la suite de la levée des sanctions économiques contre l'Allemagne. Théodore reçoit alors une lettre de remerciements pour services rendus au gouvernement de sa majesté le roi des Belges.

L'annulation de l'arrêté d'expulsion permet à la famille de revenir à Saverne.  Théodore Gerhards travaille alors successivement comme expert auprès de la compagnie d'assurance Roux (1925-1927), puis, comme représentant en produits industriel pour la société Schneider-Jacquet (1928-1934) de Strasbourg et, après la cessation d'activité de l'entreprise, devient représentant multicartes des établissements Teisset-Brault, des pompes Lefi et de la société Volcan. Il travaille aussi pour la S.A. des fonderies Vogesia. Enfin, les années qui précédent la guerre, il est représentant en matériel électrique chez Diehl.

Le 24 novembre 1930, il a épousé Claire Joséphine Kannapel, dont les parents tiennent une épicerie-mercerie à Saverne. Une fille leur est née le 9 octobre 1931, Hedwige, une seconde le 31 août  1933, Élisabeth, puis, le16 septembre 1936, Monique; enfin Maurice naîtra le 1er février 1939.

Catholique fervent, Théodore Gerhards s'investit beaucoup dans les activités culturelles de sa paroisse. Très doué pour les arts plastiques, il réalise de nombreuses pyrogravures, des dessins à l'encre de Chine, des aquarelles. En outre, passionné d'histoire locale, il est depuis 1938 membre de la société d'histoire et d'archéologie de Saverne et des environs.

Enfin, grand amoureux de la montagne, c'est un membre actif du club vosgien local et un grand connaisseur de tout le réseau des sentiers forestiers de la région de Saverne, Dabo, Abreschwiller, ainsi que de l'ensemble du secteur nord du massif du Donon. Cette parfaite connaissance du milieu local lui sera d'une très grande utilité quelques années plus tard lorsqu'il s'agira de favoriser le passage de prisonniers évadés.

En Alsace comme dans l'ensemble du pays,la période des années vingt et trente est très agitée sur le plan politique. Après la période du Front populaire, Théo adhère au Sarti Social Français du colonel de La Roque, parti fondé à la suite de la dissolution des Croix de Feu le 10 janvier 1936, et le vote de la loi relative aux milices et groupes de combat privés (ligues). Parti à la devise célèbre: "Travail, Famille, Patrie".

Après la naissance de son quatrième enfant en 1939, Théo se consacre essentiellement au commerce familial. A ce titre, il obtient un certificat lui accordant la priorité de transport pour les produits alimentaires en vue du ravitaillement de la population civile de la cité.

Mais la France rappelant ses réservistes, en avril 1940, Théo est envoyé dans une usine d'armement à Auxerre.

Les armées allemandes avancent vite. Dans des notes écrites après son retour à Saverne, Théo Gerhards relate son périple.:

"Le 14 juin 1940 à 9h15: départ de l'enfer d'Auxerre, la ville brûle, je fuis vers Avallon.

Mitraillages à Champs (Yonne), passage à Migé, Vincelles et Cravant qui brûle.

Le 15 juin: je suis à Vermenton où je passe une nuit terrible à 50 mètres de la route nationale sur laquelle circulent depuis une heure du matin des chars allemands. Il y a des combats et des mitraillages. Je dois la vie à Marie.

Au matin je poursuis ma route vers Sacy, Nitry où je vois les premières troupes allemandes, et Noyes. Je passe la nuit couché dans le foin, près d'une ferme de réfugiés à Pasilly.

Le 16 juin: le village est abandonné, je dois traite les vaches, puis je reprends mon chemin vers Moulins-en-Tonnerois, incendiée elle aussi, Villiers-le-Haut et Fulvy où l'épicerie Chanteux a été pillée.

Le soir je dors dans une ferme à Stigny, alors que des troupes de Sénégalais se battent dans le bois de Sennevoy

Le 17 juin, je reprends ma route vers Nicey et Griselles.

Le 18 juin, j'arrive à Laignes: c'est affreux. Tout est détruit par les bombardements et je participe à la mise en terre de 18 victimes. Je passe la nuit à l'hôtel de la gare.

Le 19 juin: je suis bloqué à Laignes où règne l'odeur de la mort. Ayant trouvé un vélo, je reprends ma route vers l'Alsace pour rejoindre Saverne."

Quand il s'engage dans la Résistance, dès le 20 août 1940, dans le réseau Uranus du S.R. Kléber, ses quatre enfants sont très jeunes: Edwige 8 ans, Elisabeth 7 ans, Monique 4 ans, Maurice 18 mois.  Il semble que ce soit par l'intermédiaire du Parti Social que les premiers contacts aient été établis.

A partir de l'arrivée des Allemands en France, il aide son épouse dans son commerce d'épicerie, tandis que, dans le réseau Uranus, responsable du secteur de Saverne, il dirige principalement une chaîne d'évasion de prisonniers de guerre et leur fournit de faux papiers d'identité, parfois des vêtements et de la nourriture, grâce à l'aide de ses soeurs.

Son neveu Auguste Gerhards dit que, d'après des documents retrouvés dans ses papiers, il cherchait à établir une nomenclature des Stalags et Oflags d'Allemagne à partir de renseignements fournis par les évadés. Vingt-cinq camps de prisonniers de guerre français sont ainsi localisés dans la région de Stuttgart, Munster, Munich.

Dans une lettre écrite à Mme Gerhards après le retour de ses cendres, Paul Kleffer, président de Chambre à la Cour d'appel de Colmar, témoigne ainsi:"Je sais moi-même avec quelle spontanéité Monsieur Gerhards s'est offert en 1942 d'assurer le passage clandestin de Robert Schumann vers la France Libre. Il était toujours prêt à faire le sacrifice de sa liberté et de sa vie pour que d'autres puissent retrouver leur liberté."

Son neveu ajoute: "L'importance de la personne citée permet de penser que Théo Gerhards avait des contacts bien établis avec d'autres groupes ou réseaux de résistance, qu'il avait connaissance de certains projets et qu'il était prêt à participer à des opérations importantes, même si, à ses débuts, ses actions semblent avoir un aspect isolé et artisanal"."

Arrêté sur dénonciation, par la Gestapo à Saverne, le 6 juillet 1942, il est interné à Strasbourg, puis à Kehl, avant d'être déporté à Berlin où il reste plus d'un an en cellule et est condamné à mort le 3 mai 1943 par le Tribunal du Peuple. Il est décapité  à Halle, le 29 octobre 1943 à 17 heures.

Déclaré "Mort pour la France", Théodore Gerhards sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance avec rosette.

 

*

 

Lieu de mémoire: Prison "Roter Ochse" à Halle-an-der-Saale où il fut exécuté et dont l'aile gauche est devenue mémorial.

 

Références: Extraits d'une note biographique fournie par Auguste  Gerhards, neveu de Théodore Gerhards et"Un Alsacien en Résistance" par Auguste Gerhards;  archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


GIRONCE

Andrée

Née CAZENAVE

 

 

Née le 9 juin 1920  à  Castelnau-Durban (Ariège) de Jean, Marceau Cazenave  et de  Alozy Anne Epoux: Henri, Gilbert, Jean Gironce Décédée le 26 juillet 1944  à  Ravensbrück 

Réseau: S.S.M.F./T.R. (groupe Morhange)Agent P2

 

Andrée Gironce a vingt ans au début de l'Occupation, est mariée depuis un an avec Henri Gironce. Engagée dans la Résistance, elle fait partie du réseau Morhange, dirigé par marcel Taillandier*.

Arrêtée le 12 janvier 1944, déportée quinze jours plus tard, elle meurt à Ravensbrück le 26 juillet 1944.

Déclarée"Morte pour la France", elle recevra la Croix de Guerre avec palme.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  liste Fontès du 27 novembre 1997; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28-29 , et n° 18,p.107


 

 

 
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